En réponse à Pauline, et à tous ceux qui se seraient posé la question, pas de lemon B/V en perspective, désolée ça rentre pas dans les cases ^^ (même un rikiki)
Chapitre 25
Trunks n'avait rien dit.
Il avait gardé longuement en mémoire l'air navré de Goten. Ses yeux désolés, sa stupéfaction, sa mine de gamin perdu. Il avait bien cru qu'il allait se jeter sur lui. C'était la dernière chose à faire. Trunks avait tremblé en réalisant qu'il aurait été capable de s'interposer, et de raconter n'importe quoi, juste à ce moment, devant les policiers qui étaient déjà sur les dents. Cette idée l'avait glacé autant qu'elle l'avait réconforté. Le nom de Goten ne devait pas apparaître dans cette histoire. Jamais.
Au premier interrogatoire, à la première minute, il était resté totalement silencieux. La Capsule avait immédiatement envoyé une avocate, qui lui avait expliqué qu'Alice avait porté plainte contre lui pour coups et blessures. Elle avait une entorse au poignet et, dans le fond, Trunks fut rassuré et étonné qu'il n'y ait rien de plus grave. Mais il n'avait rien dit à l'avocate non plus. Il avait attentivement écouté ce qu'elle lui avait raconté, il avait enregistré les détails de sa situation pour mieux comprendre, mais il avait refusé de lui livrer quoi que ce soit, malgré ses encouragements. Finalement, elle avait soupiré doucement et n'avait plus insisté. Il soupçonnait vaguement qu'elle reviendrait à la charge, mais sur l'instant, elle s'était contentée de l'accompagner consciencieusement, en griffonnant de temps à autre sur son bloc. Comme cela lui avait été unanimement annoncé, Trunks passa donc la nuit au poste.
Dans la pénombre de la cellule puante, malgré la fatigue, il n'était pas parvenu à s'endormir. Il repensait à Goten, au fait, que très certainement, il ne le tiendrait plus jamais entre ses bras, et que, certainement aussi, il devrait désormais vivre sa vie sans lui. Cette idée flambait douloureusement au creux de son estomac, et il essayait de l'apprivoiser, sans y parvenir. C'était d'autant plus pénible qu'il était parfaitement conscient, que Goten aurait accepté sans hésitation qu'ils reprennent là où ils en étaient restés. Il avait vu ses yeux au moment où les policiers l'avaient emmené, et il avait compris que Goten tenait à lui.
Trunks avait senti sa détermination vaciller en ressentant sa détresse, en croisant ses yeux noirs et luisants, à nuls autres pareils. Ils pourraient continuer. Ce ne serait pas exactement ce que Trunks voulait, mais ce serait déjà la moitié de ce qu'il recherchait. Cette liaison clandestine, c'était quand même une liaison. Et avec le temps, peut-être… Peut-être Goten se rendrait-il à l'évidence, et accepterait-il plus... Mais c'était faible de penser comme ça. C'était réconfortant de se dire qu'il pourrait continuer à vivre avec Goten, le voir, le sentir, le toucher, mais c'était un réconfort superficiel, et Trunks le savait. Il se mentait de croire qu'il pourrait s'en satisfaire: ce serait juste une souffrance continue, ponctuée de mille épines, comme l'incident du bar, ou celui du poste de sécurité. Ce serait, se contenter de la rumeur sournoise et salissante, plutôt que de la proclamation fière d'une des plus grandes joies de sa vie. Trunks ne voulait pas que cette histoire devienne une hypocrisie perfide, il ne voulait plus de cet embarras constant, de cette vigilance éreintante, qui réprimait et gâchait le moindre de ses élans vers Goten. Il ne voulait plus de tout ça, même s'il concevait la terreur de Goten de l'annoncer à ses parents, même s'il avait pu tester la sienne pour en parler à son père.
Il se souvenait trop bien de la réaction de Bulma quand il lui avait avoué ce qu'il y avait entre Goten et lui. Il avait été déçu et peiné, même si il ne lui en voulait pas. Tu avais toutes les filles. Quelle que soit la fille qu'il ait pu lui ramener, elle n'aurait jamais eu l'audace de considérer son choix à l'aune de ses précédentes petites amies. Mais elle n'avait pas hésité à considérer que Goten était, et resterait, forcément incomparable à toutes les filles, celles que Trunks avait eues avant. Ça l'avait blessé. Parce que, à ses yeux, Goten était mieux que toutes ces filles réunies. Aucune d'entre elles ne lui avait jamais apporté ce qu'il avait trouvé chez lui. Il était bien mieux, mais c'était justement le seul qu'il ne pourrait pas avoir vraiment.
Dans le silence de la cellule sombre, incapable de dormir, exténué, Trunks avait fini par sentir ses larmes couler sans bruit, à l'abri des regards, celles qu'il n'avait jamais voulu laisser jaillir. Elles avaient fini par tracer leur route.
Il n'avait rien dit. Le deuxième jour, il avait continué à se taire. Les flics se relayaient, tentant des approches différentes. Certains s'énervaient, d'autres le prenaient sur un ton confident, lui ramenaient le café, dédramatisaient cette histoire, somme toute banale. Ils avaient lu mille fois la déposition d'Alice. Elle était dans le bar, avec un garçon, ils s'embrassaient, Trunks avait surgi pour les séparer. Il y avait eu une dispute et il l'avait violemment saisie par le poignet jusqu'à ce que les vigiles n'interviennent. Il y avait des témoins.
Mais Trunks se taisait. Même avec l'avocate, il n'avait plus rien à dire à personne. Et finalement, alors qu'il ne s'y attendait plus, on le libéra.
Bulma vint le récupérer discrètement en voiture. Il prit place sur le siège passager, toujours sans un mot, et laissa sa tête basculer en arrière sur l'appuie-tête. Bulma le fixa un instant et passa affectueusement sa main sur sa joue.
- Ça va ? demanda-t-elle timidement.
Il hocha imperceptiblement la tête et lui jeta un œil rassurant en réponse à son geste. Elle sourit faiblement et alluma une cigarette avant de démarrer. Elle était nerveuse.
- Je ne peux pas te ramener à la maison, c'est l'enfer avec les journalistes, annonça-t-elle, je t'ai pris une chambre dans un hôtel tranquille.
Elle conduisit silencieusement un moment.
- Tu n'as rien dit, il paraît ? reprit-elle enfin.
- J'avais rien à dire, souffla-t-il.
Bulma serra les lèvres, certainement déçue qu'il ne lui parle pas plus qu'il n'avait parlé aux autres. Mais il ne sentait pas la force pour l'instant. Il se sentait vidé de toute énergie et n'aspirait qu'à une vraie nuit de sommeil.
- En tout cas, ça rend les journalistes complètement tarés. Ils traquent même Alice maintenant.
Trunks écoutait à peine, il tourna la tête et observa le paysage urbain qui défilait. Bulma percevait son épuisement et n'insista pas. Elle se gara dans la cour d'une vieille bâtisse aux charmes historiques, et se tourna vers lui.
- C'est un peu vieillot, mais tu ne croiseras que des vieux friqués qui n'ont pas la moindre idée de qui tu es. Et c'est loin du centre-ville, précisa-t-elle.
L'hôtel que Bulma avait choisi affichait un certain standing, malgré tout, et Trunks ne put s'empêcher de relever que sa mère avait veillé à son confort. Elle disposait déjà de la clé de la chambre, ce qui lui évita les négociations d'usage pour s'enregistrer à la réception. La chambre était douillette et décorée à la mode de l'ancien temps. Mais de toute façon, Trunks ne prêtait déjà plus attention à ces détails. Il s'assit lourdement sur le lit, tandis que Bulma faisait le tour de la chambre, dans laquelle elle avait déjà installé ses affaires.
- L'avocat a dit que le procès était prévu dans trois jours, rappela Bulma.
- Paraît, soupira Trunks en enlevant ses chaussures.
Il s'allongea sur le lit avec lassitude. Son corps accueillit le moelleux du matelas avec gratitude. Bulma s'approcha et s'assit doucement près de lui. Elle baissa des yeux attendris sur son visage et caressa tendrement ses cheveux.
- Qu'est-ce qui s'est passé, Trunks ? Tu ne veux pas me dire ? Tu m'avais dit qu'Alice ne t'intéressait plus...Tu m'avais dit…
Trunks se retourna brusquement, et se recroquevilla, prêt à s'endormir en lui tournant le dos. Une expression de tristesse affaissa les traits de Bulma, qui comprit qu'il ne se confierait pas à elle. Elle soupira en laissant glisser encore une dernière mèches de ses cheveux entre ses doigts.
- Tu as changé, murmura-t-elle.
Elle se leva et quitta silencieusement la chambre pour le laisser se reposer.
Il dormit d'une traite jusqu'au lendemain matin. Il n'avait pas pensé être à ce point épuisé, et fut étonné de se réveiller dans la position exacte dans laquelle il s'était endormi, alors que la matinée commençait tout juste. Il portait les mêmes vêtements de ville depuis plus de deux jours, et avait dormi tout habillé. Il se déshabilla avec un vague dégoût et se doucha.
Il s'aperçut que Bulma avait aussi veillé à le fournir en vêtements. Tout était neuf et Trunks se fit la réflexion qu'il déménageait beaucoup ces derniers jours, sa garde-robe était éparpillée aux quatre vents, à l'image de sa vie. Il repensa à sa mère. Il savait qu'elle était peinée qu'il ne lui raconte pas ce qui s'était passé. Il savait aussi qu'elle brûlait de lui demander s'il avait vraiment agressé Alice. Il se souvenait de la rage qui s'était emparée de lui ce soir-là et, même s'il jugeait qu'il était resté très calme, avec la puissance qui était la sienne, ça n'avait pas suffi à préserver la frêle Alice. La si frêle, et si sournoise, Alice.
Trunks lui en voulait plus d'avoir essayé de séduire Goten, que d'avoir déposé plainte, dans le fond. Surtout, il avait été soulagé qu'elle ne mentionne pas Goten dans sa plainte. Elle n'avait rien dit sur lui. Elle n'avait même pas donné son nom, fournissant plutôt une pelletée de témoins, tous des employés du bar de son frère, et mentionnant que son rendez-vous galant était dans un état d'ébriété avancé. Du coup, les flics n'avaient pas vraiment cherché à savoir. Trunks était reconnaissant à Alice pour ça. Il se sentait si soulagé de le savoir à l'abri.
Après sa douche, Trunks renonça à appeler Bulma. Il était navré de la peine qu'il lui faisait mais se sentait incapable de discuter de tout ça, même avec elle. Il lui semblait que, s'il descellait ses lèvres, toute sa souffrance allait aussitôt se déverser en torrent indomptable, emportant avec elle toute l'énergie et la force dont il avait encore besoin. Il descendit prendre son petit déjeuner sur la terrasse ensoleillée.
Il faisait chaud déjà, bien qu'il soit à peine huit heures et demi. L'arrière de l'hôtel donnait sur un petit parc impeccablement entretenu, qui donnait l'impression d'une autre époque. A part un couple âgé, qui menait une discussion étrange avec son caniche, de l'autre côté de la terrasse, il n'y avait aucun client à cette heure. Trop tôt. Ou trop tard. De toute façon, le décor convenait à Trunks. Comme Bulma l'avait souligné, il avait peu de chance d'être reconnu ici.
Il déplia le journal qu'on avait déposé sur la table devant lui et commença à parcourir les nouvelles. Ses déboires, évidemment ne faisaient pas la une, mais il finit par repérer un article le concernant, et il s'appliqua à détourner les yeux.
- Monsieur Briefs ?
Il leva les yeux avec méfiance. Le serveur lui tendit le téléphone. Trunks hésita un instant, mais s'empara du combiné.
- Monsieur Briefs ? Comment allez-vous ce matin ? grésilla une voix à l'autre bout de la ligne.
Il reconnut l'avocate. La même qui l'avait accompagné chez les policiers. Il se décontracta et replia négligemment son journal.
- Ça va.
- J'ai eu un appel de l'avocat d'Alice.
- Des bonnes nouvelles ? demanda Trunks aussitôt, sans pouvoir s'en empêcher.
- Je ne sais pas. Pas forcément. Elle veut vous voir. Seule.
Trunks ferma les yeux avec fatigue. Il connaissait Alice. Alice avait toujours quelque chose à vendre. Goten. Est-ce qu'elle avait l'intention d'ajouter un chantage à sa plainte ? C'était plus que probable.
- C'est pas une bonne idée, j'aime pas du tout ça, reprit l'avocate, sans s'inquiéter de son silence.
- Moi non plus, souffla Trunks.
- Mais… On n'a pas vraiment le choix pour l'instant, qu'en pensez-vous ?
- Je sais plus.
- Un lieu public, bien sûr, mais sans avocat, résuma-t-elle, il faudrait tenir votre langue au maximum, mais je crois que vous avez prouvé que vous savez faire ça, Monsieur Briefs. Laissez la parler, et ne dites rien de définitif. Vous êtes d'accord ?
Trunks réfléchit un instant. Alice était certainement la dernière personne à qui il avait envie de parler. Mais elle avait encore une arme dans sa manche. Goten. Le secret. Que pouvait-elle encore vouloir, après avoir détruit sa vie ? Du fric sûrement. Elle n'en avait jamais assez. Peut-être. Il espérait que c'était ce qu'elle voulait, parce que, ça, il pouvait le lui donner. Mais pour savoir, il fallait la voir. Tout ça était trop personnel pour se négocier entre avocats, ou même en présence d'avocats. C'était entre elle et lui.
- Je n'aime pas vous laisser seul avec elle, Monsieur Briefs, poursuivit l'avocate. On peut refuser. C'est peut-être une occasion d'en sortir cependant.
- Dites-lui de venir à l'hôtel dans l'après-midi. Son heure sera la mienne, soupira Trunks.
Il y eut un blanc à l'autre bout de la ligne. Trunks n'y prit pas vraiment garde, il avait très chaud subitement.
- Dans l'après-midi. Je vous rappelle pour vous donner l'heure, conclut l'avocate avant de raccrocher.
Trunks reposa le téléphone d'une main tremblante. Il n'était pas sûr d'être capable de l'affronter. Elle avait décimé son existence en quelques jours. Elle l'avait déjà fait auparavant. Et elle allait maintenir venir afficher son minois triomphant et ses airs sarcastiques, pour verser son sel brûlant sur ses blessures. Elle allait, à l'évidence, lui parler de Goten. Rien qu'à l'idée d'entendre prononcer son nom par ses lèvres malicieuses, Trunks sentait qu'il aurait du mal à garder le contrôle. Il ne savait pas dire ce qu'il redoutait vraiment de faire, lui basculer la table en pleine figure, fondre en larmes comme un petit enfant… Peu importait, l'avocate n'avait pas tort, ce n'était pas forcément une bonne idée. Il se surprit à réaliser, que, s'il détestait toujours autant Alice, il la craignait aussi maintenant. Il craignait son pouvoir de nuisance sur lui, sur Goten. Ça ne lui était jamais arrivé.
Mais quand elle se présenta, en plein après-midi, sur la terrasse cuisante et désertée, Alice ne souriait pas. Ce jour-là, sa mine était inhabituellement grave, etTrunks ne se souvenait pas l'avoir jamais vue comme ça. Même du temps où ils partageaient leur intimité, il ne se remémorait pas un jour où son expression avait paru si sombre. Elle portait des lunettes de soleil qui empêchaient de voir ses yeux, mais sa bouche était pincée d'une façon qui ne laissait aucun doute sur son humeur. Trunks en fut aussitôt intrigué. Il l'observa s'avancer vers sa table ombragée, dans une robe noire toute simple, inhabituellement discrète. Alice conservait sa démarche résolue mais il sentait une ombre en elle.
Elle prit place en face de lui et déposa négligemment son sac sur la table, sans un salut. Elle se tourna aussitôt vers le serveur et lui commanda un verre d'alcool, d'un ton pressé, sans attendre qu'il s'approche. Trunks remuait le fond de café devant lui, sans dire un mot. Laissez-la parler. Il n'avait rien à lui dire de toute façon. Il valait mieux qu'il ne réfléchisse pas à ce qu'il pourrait bien lui dire. Elle alluma une cigarette nerveusement et releva ses lunettes de soleil sur sa tête. Ses yeux noisette trahissaient sa fatigue et sa nervosité. Trunks tenta un instant de se souvenir du temps où il était tombée amoureux d'elle. Il tenta de se rappeler ce qui, en elle, l'avait si incroyablement subjugué. Rien ne lui venait à l'esprit.
- Le procès est après-demain, annonça-t-elle froidement.
- Je sais.
- Je ne pensais pas…
Elle s'interrompit avec embarras et parut chercher ses mots en détournant les yeux.
- Je ne pensais pas que les médias seraient si acharnés, reprit-elle, pourquoi tu n'as pas parlé ?
- Dire quoi ?
Alice soupira avec agacement et essuya sa cendre, en continuant à éviter de le regarder.
- Je peux retirer ma plainte, déclara-t-elle d'une voix nerveuse.
- En échange de quoi ? Du fric ?
- Entre autre, mais ça c'est juste une question de chiffre… On s'en fout, n'est-ce pas ?
Elle avait planté ses yeux dans les siens pour ponctuer sa réponse. Trunks serra les dents. Il s'était attendu à ce que les choses soient plus compliqués et se désolaient de constater que son instinct ne l'avait pas tromper.
- Goten n'est pas ici ? demanda-t-elle subitement.
Trunks se raidit. Entendre son nom. Dans sa bouche. Dans cette question, qu'il savait ne pas être innocente, cette question qui pointait son absence auprès de lui, dans ce moment si pénible. Il préféra ne pas répondre.
- Vous vous êtes séparés, n'est-ce pas ? insista-t-elle.
- En quoi ça te regarde ? marmonna Trunks.
Elle sourit faiblement. Presque tristement.
- Toi, bien sûr, tu ne regardes jamais que ton reflet dans la glace, ton nombril, Trunks.
Elle parlait à mi-voix, les yeux dans le vague, et il ressentit une certaine détresse dans son intonation.
- Tu sais, je n'ai pas parlé de lui à la police. Je n'ai jamais donné son nom. Je n'ai jamais expliqué qui il était, ajouta-t-elle.
- Je sais ça. C'est une bonne chose, admit Trunks, après tout, toute cette merde, c'est entre nous.
Elle hocha la tête et baissa les yeux. Elle semblait exténuée et tremblait légèrement. Il crut qu'elle allait pleurer. Elle fixait sa main, plaquée sur la table et il ne voyait plus que le sommet de son crâne.
- Si je retire ma plainte, tu penses que vous pouvez vous réconcilier ?
Trunks haussa les sourcils. Il ne comprenait pas la question. Il ne comprenait pas où elle voulait en venir, avec ces questions personnelles sur Goten et lui. Il n'avait surtout aucune envie de lui parler de ça. Elle était à l'origine de l'éclatement de leur lien.
- J'en sais rien, Alice, siffla-t-il, encore une fois, c'est pas tes affaires.
Elle releva la tête subitement. Ses yeux étaient redevenus clairs et déterminés, et elle les planta sans hésitations dans ceux de Trunks.
- Je veux Goten. Je le veux, comme j'ai jamais voulu personne, énonça-t-elle d'une voix sourde.
Trunks eut un mouvement de recul. La stupéfaction l'emporta sur la colère.
- Goten n'est pas un jouet, Alice, siffla-t-il.
- Evidemment ! s'exclama-t-elle.
Elle avait presque crié et se reprit, après avoir vérifié furtivement qu'il n'y avait personne autour d'eux.
- Tu ne comprends vraiment jamais rien ! T'as cru… Comme d'habitude, t'as cru que tout ça avait à voir avec toi, t'as cru que je lui courais après que pour le coup d'un soir, forcément, que, si je l'ai retenu quand tu as voulu l'emmener, c'était uniquement pour toi ! Pour te faire chier, toi !
Elle parlait rapidement, d'un ton irrité, presque à perdre haleine. Trunks enregistrait péniblement ses paroles.
- Qu'est-ce que t'essayes de me dire ? grinça-t-il.
Elle écrasa sa cigarette et en ralluma une autre aussitôt.
- Pourquoi tu crois que je l'ai couvert dans ma plainte ? Pourquoi tu crois que je n'ai pas donné son nom ? A ton avis ? murmura-t-elle.
- Pour te ménager une chance de le baiser plus tard ? répliqua Trunks méchamment.
Elle leva la main instantanément pour le gifler mais se retint à la dernière minute. Ses yeux lançaient des éclairs de colère. Les mêmes que Trunks se souvenait avoir vus, dans le bar, quand il l'avait éloignée de Goten. Et subitement, l'évidence le frappa, incroyable, improbable, insupportable même.
- Je dois reconnaître. On dirait que tu es bien accroc à lui, constata-t-il amèrement.
Elle couvrit ses yeux de sa main, un instant, dans un geste de désespoir fatigué, cherchant à reprendre sa contenance. Quand elle dévoila à nouveau son regard, ses traits étaient redevenus calmes et décidés. Elle tira une bouffée sur sa cigarette et se pencha vers Trunks.
- Trunks, je peux retirer ma plainte, reprit-elle, toute cette merde, ces journalistes qui fouillent nos vies comme les chiens les poubelles. Tout ça serait fini. Fais-moi un chèque, et promets-moi juste qu'il n'y aura pas de réconciliation avec Goten, ça fera l'affaire.
Trunks la considéra et sembla réfléchir. Il n'avait plus peur d'elle. Il n'était même plus franchement en colère. Il ressentait un vague sentiment de mépris et surtout une sorte de jubilation bizarre et inexplicable. C'était donc ce qu'elle voulait ? Goten ? Et elle se sentait obligée d'éloigner Trunks pour s'assurer une chance de succès ? Elle, toujours si sûre d'elle, la chasseuse hors-paire, infaillible, était obligée d'acheter cette chance, parce qu'elle avait compris que ses charmes n'y suffiraient pas. Parce qu'elle avait compris aussi que le mal qu'elle faisait à Trunks étouffait l'embryon de chance qui pouvait exister, parce que Goten ne lui pardonnerait peut-être jamais. Cette pensée le réconforta à un point qu'elle n'aurait jamais soupçonné. Si elle s'en était doutée un seul instant, elle n'aurait jamais mis le marché sur la table. D'une certaine façon, il avait l'impression qu'elle venait de lui donner la garantie qu'elle n'aurait jamais Goten. Il se leva tranquillement et se pencha vers elle. Elle leva des yeux intrigués sur lui, tandis qu'il approchait ses lèvres de sa joue. Elle fronça légèrement les sourcils et retint sa respiration. Mais il suspendit son geste à quelques centimètres de sa peau.
- Va te faire foutre, souffla-t-il suavement.
Elle eut un mouvement de recul et se renfrogna tout à fait. Il n'y prêta pas attention et quitta la table.
- Trunks ! aboya-t-elle d'une voix sévère.
Mais il continuait à marcher en lui tournant le dos, pour regagner l'intérieur de l'hôtel.
- Crève, Alice ! Tu ne l'auras jamais ! répondit-il sans se retourner.
Il l'entendit l'appeler à nouveau, mais il s'était déjà engouffré dans le salon feutré, un sourire flottant sur ses lèvres.
oooo0ooooo0oooo
