Chapitre n°25 : Manoirs noirs

"Tu as du culot de m'en demander autant, Regulus !

-Et à qui veux-tu que je demande de l'aide ? Je ne peux pas me permettre d'aller crier n'importe où que je suis en vie !"

Andromeda ne répondit pas. Dire qu'elle était rentrée dans une colère noire contre Regulus n'aurait pas suffit. Trois jours avaient passé depuis qu'il était venu lui annoncer que lui et Caradoc étaient en vie. Ils s'étaient quittés précipitamment lors du retour de Ted et Nymphadora, et Andromeda leurs avait dit de revenir trois jours plus tard, quand il n'y aurait personne pour les déranger. Mais Caradoc commençait à se demander si elle n'avait pas attendue de pouvoir être seule avec eux pour mieux pouvoir crier sur Regulus.

Mais à sa place, Caradoc aurait sûrement réagit de la même manière. Regulus avait une façon d'agir efficace, trés efficace même. Mais parfois, Caradoc avait l'impression que les sentiments des gens n'étaient qu'un pourcentage d'erreur dans ses calculs. Le plan qu'avait réalisé Regulus était excellent. Il était quasiment parfait. Peut-être même trop parfait... Caradoc trouvait que Regulus était de plus en plus... bizarre. Il lui arrivait de se taire d'un seul coup et de rester plongé dans ses pensées des heures durant. Son regard devenait alors vide pendant plusieurs heures, comme s'il était en état de transe. Il pouvait, quelques heures plus tard, redevenir normal d'un seul coup.

Il ne disait alors rien de particulier. Il faisait comme si rien ne s'était passé.

"Je ne peux pas demander de l' aide à quelqu'un d'autre, Andromeda... C'est de ton aide, et pas de celle de quelqu'un d'autre, dont j'ai besoin.

-Vraiment ? Et en quoi suis-je si spéciale ? demanda t-elle ironiquement.

-Je ne connais pas tellement de monde qui soit déjà entré dans le manoir Malefoy, tu sais..."

A nouveau, Andromeda ne répondit plus rien. Peut-être que le plan n'avait pas l'air tellement parfait pour elle, pensa Caradoc. Regulus semblait avoir tout prévu, il avait tout expliqué à Caradoc. Si Andromeda les aidait, tout devrait se passer normalement. Mais le manoir des Malefoys était une plaque tournante des mangemorts, et un imprévu n'était pas à exclure. C'est ce que craignait le plus Caradoc. Regulus avait prévu des centaines de possibilités, même les pires. Mais une petite voix, au fond de Caradoc, continuait de lui souffler: "Rien ne se passe toujours comme on le souhaite."

Rookwood était de plus en plus difficile à suivre, à cause du grand nombre d'endroits différents qu'il fréquentait. Les membres de l'Ordre devaient donc se partager la tâche pour le suivre à différents endroits. Sirius se retrouvait donc à devoir le suivre sur tous les lieux du chemin de Traverse et de l'Allée des embrumes. Il était à peu près 15 heures quand il reçut un message de l'Ordre lui signalant que Rookwood avait transplané au chaudron baveur. Il s'y rendit aussitôt et faillit tomber nez à nez avec lui alors qu'il avait transplané dans l'arrière cour du Chaudron Baveur.

Il rentra aussitôt dans le Chaudron Baveur, comme pour aller prendre un verre, puis en ressortit dès que Rookwood fut passé du côté du chemin de Traverse. Rookwood ayant vu son visage d'un peu trop près, Sirius préféra rester à distance. Il n'était pas prêt de le perdre dans la foule, puisque ces derniers temps, le chemin de Traverse était plutôt...vide. Il le suivit donc de loin, le regardant aller d'un pas sûr à travers le chemin de Traverse. Sirius crut d'abord que Rookwood allait rentrer dans l'Allée des Embrumes, mais alors qu'il passait devant l'entrée du dédale de ruelles qu'était l'Allée de Embrumes, il continua son chemin et se dirigea vers Gringotts.

Voila qui n'allait pas arranger Sirius : Gringotts n'était pas l'endroit idéal pour suivre quelqu'un. Bien sûr, Sirius pouvait prétendre venir vérifier son coffre, mais suivant le temps que Rookwood allait passer dans le bâtiment, la comédie de Sirius marcherait plus ou moins bien. Il rentra malgré tout à la suite de Rookwood, qui se dirigea immédiatement vers un comptoir en bois derrière lequel on pouvait voir la tête d'un gobelin qui dépassait.

Sirius se dirigea vers un autre comptoir d'où il pourrait observer Rookwood. Cependant, il ne pourrait pas l'entendre. Sirius s'accouda au guichet et ne quitta pas des yeux Rookwood, qui semblait en discussion très active avec un gobelin. Il le vit montrer un papier au gobelin, puis le gobelin descendit de sa chaise et fit un signe à Rookwood qui commença à attendre.

"Monsieur ?"

Sirius regarda derrière le guichet, et s'aperçut qu'un gobelin le regardait et attendait de savoir pourquoi il était là.

"Heu, désolé, j'étais ailleurs.

-Ce n'est pas grave, monsieur, répondit le gobelin sur un ton totalement ironique que sa race connaissait si bien. Que puis-je faire pour vous?"

Sirius regarda le gobelin fixement. Rookwood était toujours en train d'attendre. Il ne pouvait pas demander au gobelin de l'emmener voir son coffre, il serait sûr que quand il reviendrait, le mangemort ne serait plus là. Conscient qu'il ne pouvait pas tromper le gobelin, Sirius repensa à la façon d'agir de ceux-ci. Ils n'aidaient quelqu'un que quand cela pouvait servir leurs intérêts. Sirius n'avait donc rien à perdre à poser des questions.

"Cet homme, là-bas, il vient souvent ici ? demanda Sirius.

- Assez souvent, répondit le gobelin, évasif.

-Et que vient-il faire ?

-Vous êtes auror ? interrogea le gobelin, suspicieux.

-Heu, non, mais...

-Nous ne pouvons donner des informations précises sur nos clients qu'à des aurors qui ont reçu une autorisation spéciale donnée d'un commun accord entre le ministre de la magie et le porte-parole gobelin, récita le banquier. Je n'ai donc aucune raison de vous donner ne serait-ce que le nom d'un client que vous connaîtriez déjà, termina le gobelin.

-Vous ne pouvez donc pas dire non plus à cet homme que je vous ai posé des questions sur lui?

-En effet."

Au moins, si Sirius n'avait rien gagné, sinon du temps, il n'avait rien perdu. Il put donc voir le gobelin de l'autre guichet revenir et faire signe à Rookwood de le suivre.

"Oui ? fit son propre gobelin, qui semblait perdre patience.

-Heu... J'aimerais voir mon coffre. Le 711, précisa Sirius.

-Bien, suivez-moi, monsieur."

Sirius suivit le gobelin, en espérant qu'il pourrait voir vers où se dirigeait Rookwood.

Le manoir Malefoy n'était pas un lieu "caché". En vérité, pour les sorciers, il était difficile de le rater, tellement il prenait de la place dans le paysage. Regulus et Caradoc avaient transplané à un bon kilomètre du manoir. D'où ils étaient, le manoir semblait plutôt calme, mais Regulus savait qu'il devait y avoir au minimum deux ou trois mangemorts à l'intérieur.

"Je sais que tu as tout prévu quand nous serons à l'intérieur, Regulus, mais comment va t-on faire pour rentrer ?"

Regulus ne répondit pas tout de suite. C'était le seul détail gênant, en plus des imprévus qui pouvaient avoir lieu. Il y avait des ifs de chaque côté de l'allée qui menait à l'entrée du domaine. Cependant, Regulus ne voulait pas rentrer par la grande porte... Mais les ifs étaient la seule cachette qui permettait d'arriver jusqu'au domaine sans être vu. Il était hors de question de transplaner ou d'utiliser de la poudre de cheminette pour entrer dans le manoir. La possibilité qu'il tombe nez à nez avec des mangemorts ou qu'il y ait des sorts de protection les obligeaient à rentrer dans le domaine "à la moldu".

"Attend ici, je vais aller voir quelque chose, fit Regulus."

Il se désilusionna et commença à longer l'allée en se cachant derrière les ifs. Il put bientôt voir une partie du domaine à travers la grille d'entrée. Regulus se souvenait à peu près à quoi ressemblait le domaine des Malefoys. Mais il ne se souvenait pas que des paons albinos déambulaient dans les jardins. Ils pouvaient être beaucoup plus ennuyeux que n'importe quel système d'alarme. Regulus arriva près du mur délimitant l'étendue du domaine Malefoy. Le mur faisait un peu plus de deux mètres de hauteur... Il ne s'était jamais aperçu à quel point ce mur lui faisait penser à un mur d'enceinte. Il parla mentalement à Grindelwald pour savoir s'il y avait des protections magiques.

"Mis à part les sortilèges repousses-moldus et autre, je crois qu'il y a une sorte de bouclier au-dessus de l'enceinte... Le briser ne me poserait aucun problème, bien entendu, rajouta l'esprit.

-Je ne pense pas que briser un bouclier de cette taille soit très discret... Je préférerais ouvrir une petite brèche dans le mur, à un endroit où ça ne se verrait pas.

-Tu connais cet endroit mieux que moi, non ? demanda Grindelwald, sarcastique. Trouve l'endroit, je te dirais ce qui peut être fait.

-Je pense bien avoir une idée..."

Regulus se souvenait qu'à l'extrême ouest du domaine, il y avait une serre, quasiment collée au mur. On lui avait dit de ne surtout pas y rentrer, car elle était remplie de plantes dangereuses utilisées pour des potions. Regulus pensa que si cette serre n'appartenait pas aux Malefoys, elle aurait sûrement était brûlée par le ministère depuis longtemps... Il commença à longer le mur d'enceinte pour atteindre le côté ouest. Celui-ci ne semblait souffrir de défauts à aucun endroit. Un sort devait l'avoir figé dans le temps, en quelque sorte. Regulus pensait devoir chercher longtemps, mais il s'aperçut qu'en s'écartant un peu du mur, on pouvait voir la serre de très loin. Celle-ci dépassait de deux ou trois mètres du mur d'enceinte.

Après une assez longue marche, qui témoignait de la taille du domaine des Malefoys, il arriva près de l'endroit où la serre et le mur se touchaient.

"Je peux ouvrir une brèche, mais si tu veux que ce soit discret, autant commencer tout de suite à affaiblir la structure du mur, précisa Grindelwald. Il ne sera pas cassé, mais quand nous arriverons, nous n'aurons plus qu'a finir le travail... Travailler de cette façon nous permettra aussi d'être plus silencieux. Personne ne s'apercevra que le mur peut casser tant que nous ne le briserons pas.

-Vraiment personne ?

-Je ne pense pas que de puissants sorciers viennent vérifier que le mur est intact tous les jours..."

Regulus commença donc à appliquer sa baguette sur le mur. Un petit rayon bleuté en sortit et sembla entrer dans le mur. Regulus resta une vingtaine de minutes devant le mur à appliquer le sortilège, jusqu'à ce que Grindelwald lui dise que c'était assez. A partir de maintenant, il n'y avait plus qu'a attendre...

Sirius était presque arrivé aux chariots qui circulaient dans Gringotts quand il aperçut Rookwood qui remontait un couloir accompagné du gobelin. Il fallait absolument qu'il le rattrape !

"Heu y'aurait-il un moyen de vérifier quelque chose dans vos papiers auparavant ? demanda Sirius.

-Tout dépend de ce que vous voulez savoir.

-J'aimerais voir les documents sur le coffre de mon oncle Alphard, si c'est possible.

-Vous êtes son héritier ?

-Oui."

Le gobelin regarda Sirius d'une façon agacé. Apparemment, il n'aimait pas qu'on le balade d'un bout à l'autre de Gringotts.

Il lui fit signe de le suivre et Sirius eut le plaisir de voir qu'il l'emmenait vers le couloir où il avait vu Rookwood entrer. Une fois arrivé dans le couloir, il put constater que celui-ci n'était qu'une longue suite de porte. Il allait être difficile de savoir où était rentré Rookwood. Le gobelin le fit entrer dans un petit bureau dont les dimensions semblaient être adaptées au gobelin, mais pas au sorcier. Sûrement une petite vengeance du gobelin. Sirius sentait ses cheveux toucher le plafond. Le gobelin claqua des doigts et ouvrit un tiroir. Pendant ce temps, Sirius tentait de garder la porte ouverte dans l'espoir d'entendre la voix de Rookwood filtrer.

Il dut cesser de se concentrer sur sa baguette qui maintenait la porte ouverte lorsque le gobelin lui tendit un dossier rempli de parchemins jaunis. Sirius rangea discrètement sa baguette dans sa manche, comme il l'avait si bien apprit à le faire à Poudlard, et ouvrit le dossier, qu'il lut distraitement. Il était toujours concentré sur la porte et le couloir. Cependant, il ne put que sursauter quand la porte claqua derrière son dos. Ne pouvant plus rien entendre de ce qui se passait dans le couloir, il dut se résigner à lire le dossier le plus vite possible pour pouvoir sortir du bureau.

Il oublia immédiatement Rookwood. Alphard ne lui avait pas laissé une part de sa fortune. Il lui avait laissé TOUTE sa fortune. Ce qui voulait dire la moitié de la fortune des Black. Sirius était maintenant plus riche que son propre père.

"Vous êtes satisfait, monsieur ?

-Heu... Oui, je crois bien.

-Si vous voulez, nous pouvons transmettre l'or de votre oncle dans le votre.

-Heu, oui, faites ça. Il faudrait que je me passe de l'eau sur le visage, je crois.

-Nous avons des toilettes, au fond du couloir, à droite, indiqua le gobelin.

-Merci, je reviens dans cinq minutes."

Sirius sortit du bureau et se dirigea vers le fond du couloir. Il n'en revenait pas. Mais il se souvint soudain pourquoi il était venu ici. Rookwood. Il fallait qu'il le trouve. Sirius regarda la série de porte du couloir. Il avait une chance sur cent de trouver la bonne porte. Il n'était même plus sûr de la porte par laquelle il était entré. Soudain, une porte s'ouvrit et c'est un Rookwood visiblement mécontent qui en sortit.

"Vous le regrettrez ! Vous n'aurez pas tous les jours de tels propositions !

-Les secrets de Gringotts sont à Gringotts, ceux des sorciers sont aux sorciers, répondit un gobelin qui semblait encore plus imbu de lui-même que ne pouvait l'être le père à Sirius. Si vous êtes venus pour ça, vous pouvez partir.

-Je reviendrais, je vous le garantis. Et pas seul.

-Et bien, faites-ce que vous voulez. Des gens comme vous, nous en avons qui viennent tous les mois, précisa le gobelin. "

Fou de rage, Rookwood fit volte-face et s'en alla en jetant des regards dégoûtés aux gobelins qu'il croisait. Oubliant celui qui l'attendait dans un bureau, Sirius se lança à la suite de Rookwood. Ils arrivèrent rapidement dans le hall, mais là, Sirius dut s'arrêter. Son père et sa mère étaient devant un guichet, et ils le regardaient.

Alors que Regulus se dirigeait vers le portail d'entrée, il put voir un sorcier qui attendait devant celui-ci. Il s'arrêta immédiatement. Le sort de désillusion était efficace, mais lorsque l'on bougeait, on augmentait les probabilités de se faire remarquer. Regulus entendit le crissement des cailloux qui annonçait l'arrivée de quelqu'un. Regulus reconnut rapidement la voix de Lucius Malefoy.

"Rookwood ? Qu'est ce que tu fais ici ?

-Il faut que nous parlions, répondit Rookwood. J'ai un problème avec...

-Silence ! l'interrompit Lucius. Entre. Nous allons discuter à l'intérieur du manoir.

-Il faut en parler dès maintenant, Lucius ! rétorqua Rookwood. Les gobelins ont refusé et il faut prévoir...

-Silence ! le coupa à nouveau Lucius. Entre, dépêche-toi, si c'est tellement urgent, mais cesse de parler tout haut !"

La portail s'ouvrit sans le moindre grincement et Rookwood suivit Lucius en silence, tandis que le portail se fermait derrière eux. Apparemment, Rookwood préparait quelque chose. Cela pourrait peut-être aider Regulus. Un peu d'agitation ne serait pas de trop pour faciliter son entrée dans le manoir. Il fallait simplement attendre le bon moment...

Sirius avait cessé de suivre Rookwood, au moment où il aurait du ne pas le lâcher d'une semelle. Il ne pouvait éviter le regard de ses parents. Pas parce qu'il était triste. Il ne ressentait que de la rancune. Au moment où il avait croisé leur regards, il savait ce qui allait se passer. Sa mère fut la première à ouvrir la bouche, comme à son habitude :

"Sirius... Le traître à son sang ose encore vivre chez les sorciers... cracha t-elle, sur un ton ouvertement dégoûté.

-Bonjour, mère, répondit Sirius en appuyant le mot d'une façon qui laissait parfaitement filtrer son cynisme.

-Ne m'appelle pas ainsi, petite pourriture. Te voir et t'entendre me dégoûtent. Si tu pouvais disparaître à tout jamais, je m'en porterais bien mieux, ajouta t-elle, hargneuse.

-Tu as bien raison, mère. Après tout, tu as déjà perdu un fils, alors en perdre un second ne changera rien !"

Alors qu'elle s'apprêtait à ouvrir la bouche, la mère de Sirius s'arrêta. Celui-ci crut quelques secondes déceler du chagrin dans ses yeux. Mais ce n'était pas possible : il connaissait trop bien sa mère. En public, elle ne pouvait que se taire face à ce qu'avait répondu Sirius. Elle se contentait de "faire comme tout le monde". Avant que Sirius n'ait pu observer de plus près la réaction de sa mère, son père se plaça devant elle et le regarda de la même façon qu'il l'avait regardé autrefois, avec ce regard empli de colère mêlé de dégoût.

"Sirius... Tu oses t'en prendre jusqu'à la mémoire de ton propre frère ?

-Ce n'est pas à sa mémoire que je m'en prend, c'est à vous ! A cause de qui croyez-vous qu'il est mort ? Qui l'a envoyé à la mort, à votre avis ?

-Surveilles tes paroles, Sirius ! Il a pris sa décision seul, ajouta son père.

-Seul ? Vraiment ? Tu penses qu'il n'a pas fait tout ça pour vous faire plaisir ?"

Sirius s'en était beaucoup voulu sur tout ce qui était arrivé, ces derniers temps. Mais à présent qu'il se trouvait devant ses parents, il ne pouvait plus s'en vouloir. Ce n'était pas à cause de lui que Regulus était mort. C'était la faute à ses parents qui l'avaient envoyé à la mort. C'était à cause de leurs idées stupides sur la pureté du sang. C'était parce qu'ils avaient voulu en faire un fils parfait, un fils parfait pour remplacer Sirius qui aurait dû l'être. Mais Sirius n'aurait jamais pu se regarder en face s'il l'avait été. Il s'était toujours demandé comment Regulus avait pu se regarder dans une glace, après être devenu un mangemort...

Le voir dégoûtait sa mère, mais pas autant qu'il était dégoûté par l'attitude de ses parents. Leur seule présence était pour lui comme une raison d'être fou de colère. Avant que son père ait pu répondre, Sirius tourna les talons et se dirigea vers la sortie de Gringotts (en oubliant une fois de plus un certain gobelin). Une fois sorti de Gringotts, il se rappela ses obligations. Il fallait qu'il contacte l'Ordre au plus vite.

"Demain matin ? Si tôt ? demanda Caradoc, incrédule.

-Oui, demain matin, répondit Regulus. C'est le moment idéal.

-Pourquoi ne pas attendre un peu, pour avoir plus d'information ? Nous pourrions observer quelques jours ce qui se passe au manoir...

-Les mangemorts vont probablement lancer une opération dans peu de temps. Un petit incident au manoir Malefoy pourrait les perturber, ou ils pourraient être absent quand nous allons y rentrer, demain matin, précisa Regulus."

Caradoc regarda Regulus comme s'il était fou. Il se demandait même s'il ne l'était pas vraiment. Entrer par infraction dans le manoir des Malefoys était déjà risqué, mais le faire aussi précipitamment... C'était suicidaire.

"Il y a trop d'hypothèses dans ce que tu avances, Regulus. De plus, lancer cette opération le matin signifie que nous serons beaucoup plus facilement repérable ! C'est à l'aurore et au crépuscule que le sort de désillusion est le moins efficace !

-Pas si on est à l'ombre d'un bâtiment, rétorqua Regulus. Nous entrerons du côté ouest, près de la serre. Nous serons donc d'abord à l'ombre de la serre, puis ensuite à l'ombre du manoir. Je ne vois pas où est le problème.

-La serre est un problème, répondit une autre voix."

Andromeda, qui n'avait rien dit jusqu'à maintenant, se leva du canapé où elle était assise et s'approcha de Regulus.

"Si les enfants et les invités n'ont pas le droit d'approcher cette serre, il doit y avoir une bonne raison, n'est ce pas ? s'informa Andromeda.

-Peut-être, mais nous n'avons pas de besoin d'y rentrer, si cela vous fait si peur, se moqua Regulus.

-Tu sais très bien qu'il faut passer par là, cousin ! Si nous quittons l'ombre de la serre, nous serons aisément repérable. Pour être directement à l'ombre du manoir, il faut passer par la serre, et tu le sais. Et tu sais encore mieux à quel point c'est dangereux ! J'ai accepté de t'aider, mais pas de prendre des risques inutiles.

-Si vous avez peur, j'irais seul. De toute façon, c'est demain matin ou jamais..."