30 octobre 514, Monde


Kei fixe le plafond de sa cabine. Ça y est, dernier jour à bord du train. Elle repense à tout ce qui s'est passé durant ces deux semaines. Elle a couché avec des tas de gens, mais toujours avec Kami. Elle s'est battue contre Claire, et elles ont toutes les deux perdu à cause des vers-intestins mongols. Amalthea a évolué et des ailes lui ont poussé. Elle s'est disputée puis réconciliée avec Kami, de nombreuses fois. Elle a appris à parler européen. Elle a appris des tas de choses dans la géologie, dont elle ne soupçonnait même pas l'existence.

Et puis, ses pokémons ont l'air d'avoir grandi. Céra tout du moins. Elle a rattrapé Joey dans la maturité de son comportement. Céra a l'air d'un enfant de six ou sept ans, Joey a l'air d'être un peu plus vieux. Léo aussi s'est assagi : semblable à un enfant de dix ans, il donne l'impression d'avoir gagné un an ou deux. Sakura par contre s'est aigri. Sa façon de considérer les trois couples autour de lui rappelle un vieux célibataire encore puceau à l'âge avancé de trente ou quarante ans. C'est fou comme les pokémons changent vite.
Puis elle sourit en contemplant Amalthea et Saturnin. On dirait une ménagère de plus de quarante ans qui retrouve une seconde jeunesse dans les bras des amis de son fils. Saturnin, qu'elle a vu grandir, a atteint en quelques mois l'équivalent en âge humain d'une vingtaine d'années. Oui, ils ont tous bien grandi.

S'étirant, elle se demande comment va Pixel, et si Régis s'en occupe bien. Comment va le vieux Chen aussi, et où il se trouve en ce moment. Et Totoro, ses enfants ont-il grandi ? Ont-ils déjà quitté le nid ? Newton, le vieux Newton, s'est-il adapté à son nouvel environnement ? A-t-il décidé de traîner encore un peu dans cette vie ou s'est-il complètement dissipé désormais ? Léo, se remettra-t-il un jour ? Auraient-ils pu vivre ensemble, elle et lui ? Et son ex-mari, Ichigo ? Et son amie Iria ? Et son ancien partenaire caninos, désormais évolué en arcanin ? En prend-on bien soin comme elle le faisait ? Et le petit Kazushige de la Team Rocket, qui n'avait pas l'air d'être au fond un mauvais garçon ? A-t-il décidé de poursuivre sa carrière dans le crime, va-t-il se rebeller et s'enfuir ? Va-t-il servir d'indic' à la police ou au contraire plonger dans le vol de pokémons avec l'esprit retors d'un gentleman cambrioleur ?

Dans son sommeil, Kami enroule sa queue autour d'elle, comme un boa. Elle se laisse faire, souriant. C'est tellement doux et agréablement chaud. Elle sent sous ses doigts jouer des muscles capable d'entrouvrir la terre ou de déchirer le ciel, et pour elle, il est doux comme un agneau.
Comment en est-elle arrivée là, aimer un pokémon ? Ne pas le voir comme étant un pokémon ?
Alors, comment le voit-elle ?

Elle penche la tête de côté et caresse le front de son amant. Non, ce n'est pas un pokémon. Il parle et raisonne comme un humain, même si son aspect et ses pouvoirs ne sont pas ceux d'un humain. Pour elle il est un peu comme... comme... un peu comme une race extraterrestre d'égale intelligence. Il existe des tas de livres de science-fiction, les préférés de son ex-mari d'ailleurs, dans lesquels les humains se lient à des extraterrestres et partagent avec eux des moments très intimes. Et puis, c'est consensuel, entre Kami et elle. C'est pas comme si elle utilisait sa position de dresseuse pour s'imposer à, disons, Saturnin par exemple.
Rien qu'à repenser à leurs moments ensemble, elle se sent toute émoustillée. Un regard à l'horloge : ils ont encore une bonne demi-douzaine d'heures devant eux avant d'arriver à la gare du quartier Centre de la capitale. Par chance, le département de géologie se trouve lui aussi dans le même quartier. Heureusement qu'elle n'est pas liée au département d'étude des pokémons qui, lui, se situe dans le quartier Colmar, bien au sud, à une ou deux heures en tram-train.

N'y tenant plus, enfin, elle abandonne toutes ses bonnes manières de femme japonaise bien élevée et embrasse délicatement Kami sur la joue, tout en prenant sa main pour la plonger dans ses profondeurs chaudes et déjà bien trempées. Le pokémon grogne et entrouvre les yeux. Elle voit dans ses prunelles couleur d'améthyste la soudaine réalisation de la situation, et ses pupilles qui s'élargissent en conséquence.
- Kei ? s'étonne Kami. Qu'est-ce que... ?
- Kami... murmure Kei en retour.

Elle ne parvient pas vraiment à formuler de phrase correcte.
- Hum, logistiquement ça risque d'être un peu compliqué tu ne penses pas ? remarque Kami. Je n'ai pas d'avatar à ma disposition...
- Nous pouvons faire comme deux femmes, murmure Kei à son oreille, le regard suppliant.
- Attends-toi alors à ce que j'en profite au maximum, répond Kami en se dégageant.

Il s'installe un peu plus confortablement, attirant Kei contre lui. Déjà elle ressent cette impression ineffable mais familière indiquant qu'il partage désormais ses sensations physiques. Elle ferme à demi les yeux, et ne pense plus à rien, se contenant de suivre ces quatre mains qui parcourent leurs deux corps, lentement, tendrement. C'est à peine si elle note la différence entre les siennes, longues et délicates avec cinq doigts et des ongles, et celles du pokémon, plus large, plus courtes, plus grandes, avec trois doigt charnus sans ongles et couverts d'un velours d'une douceur infinie. Qui est qui ce n'est pas important. Le monde n'est plus que douceur est chaleur.


Berthe s'étire en bâillant. Le tram-train est en train de remonter paresseusement la capitale, du sud vers le nord. Son arrêt ? Gare Centrale.
Elle gratte Schnèck derrière les oreilles. Ça fait du bien d'être de retour au pays. Déjà elle ne se sent plus obligée de porter la robe rouge et le corsage blanc qui ne lui va pas du tout à cause de ses bourrelets. Une fois de retour à la maison, elle échangera le corsage aux dentelles délicates pour un simple T-shirt humoristique, et la jupe rouge pour un pantalon de toile à poches multiples. Mais elle gardera le gros ruban noir à sa faluche d'étudiante.
Ah, et dès les vacances d'hiver, elle pourra retourner chez ses grands-parents dans les Vosges, au village du Haut-Koenigsbourg, et récupérer son cher monstre-sapin.

Karamell claque du bec doucement malgré le froid. Elle aussi est contente de retrouver un horizon barré de montagnes mais sans la mer, un vent chaud lorsqu'il vient de l'est ou de l'ouest, et glacé lorsqu'il vient du nord. Et puis, d'ici quelques heures, elle retrouvera une cuisine normale, où on mange la viande les légumes et les patates ensemble dans la même assiette, des repas avec du fromage, un bon baeckeofe. Et de la tofaye chez les grands-parents cet hiver.
Milou est bien sagement installé sur les genoux de sa dresseuse. Désormais il est parfaitement apprivoisé et ne tente plus de mordiller quoi que ce soit d'autre que les jouets que Berthe achète spécialement pour lui. Néanmoins il s'excite toujours autant à l'odeur du sang, et elle doit faire attention à ne pas laisser traîner à sa portée ses bandes hygiéniques souillées.

Le tangage du train berce Berthe dans des rêves de choucroute et de tarte flambée, de bon vin et de bière à volonté. Ses cheveux sont coiffés serrés, il n'y a plus de professeur Battagliola à portée de vue. Encore un mois, et ça sera le début du Marché de Noël avec les petits gâteaux « bredeles », les pains d'épices, le vin chaud, les veillées, les lumières dans toute la capitale, et les traditionnels bonnets rouges à fourrure blanche. Encore quelques heures et elle marchera entre les maisons à colombage du centre de la ville, où vivent ses parents, juste en face de la cathédrale, à portée de vue de la plus belle maison et meilleur restaurant du quartier Centre. Certes, ça ne vaut pas le quartier Obernai, mais la cathédrale de pierre rose est une vision onirique dans la lumière du matin. Toute la capitale tuerait pour dormir dans la chambre que Berthe a chez ses parents elle y a grandi et y demeure encore.

Les légendes de son peuple galopent follement dans ses veines, auréolées d'une bonne odeur de chou, de saucisses « knacks » et de fromage de Munster. L'hiver est déjà en chemin, avec sa froidure, et la fourrure de Schnèck est déjà en train de passer au blanc-bleu hivernal, touffe après touffe, tandis que la laine lui pousse sur le dos.
Le nez collé à la vitre, Schprittz le lynx de roche et de glace tente d'apercevoir, malgré la distance, les montagnes de son enfance. L'hiver revient, il va pouvoir retourner bondir dans la forêt en compagnie de sa dresseuse et du sapin des glaces. Dès les premières gelées, ils enfourcheront le chien de feu chinois de l'ami astronome pour aller faire de la luge au Champ du Feu, et lorsque la capitale sera recouverte de neige, ils feront des batailles dans les jardins de l'université. Le Campus des Sciences de la Terre est un endroit magnifique en hiver aux yeux du lynx de glace.

- Hon hârrifera chûste hà temps, commente Berthe. Ho hârrifera chûste hau même môment que le Trânssipérien Hêxpress. C'hest hun chôli train. Hon hâ te la chânce !
- Mraw, approuve Shprittz.
- Yap ? fait Milou d'un air interrogateur.
- Pâr côntre hil fa fâlloir reefenir tans vôs câpsules, les z'hênfants.
Devant la mine dépitée de ses capsumons, Berthe en a le cœur fendu.
- Hy fâ hy âfoir tu mônde hâ la kâre, explique-t-elle. Che peûx pas rîsquer te foûs peertre !
Avec un dernier soupir, un par un sauf Milou, ils reviennent dans leurs capsules.

Berthe regarde le paysage qui défile avec un grand sourire. Encore quelques minutes, et ils seront arrivés à la gare du quartier Centre.


Encore une fois, Giovanni repasse la vidéo de surveillance. Il a eu raison de vouloir vérifier les dires de Kazushige concernant le porygon, suite à un rapide échange de mails avec Madame Boss, sa mère et précédente dirigeante de la Team Rocket. Il a reçu un message juste dix minutes avant d'embarquer à bord du Transsibérien Express 997, et pendant quelques minutes, ils ont pu discuter. Sa mère n'était pas très heureuse d'apprendre que Mewtwo désormais erre en compagnie de ce qui semble être soit un dresseur soit une marionnette lui servant à donner le change. Elle a encore une fois rappelé à son fils que c'était Mew, à la base, qui était censé être leur cible. Elle lui a bien fait comprendre qu'elle a beau être âgée, elle est loin d'être gaga, et qu'elle a encore plus d'un tour dans son sac. Elle a donné une adresse à Giovanni dans la capitale, celle d'un de ses hôtels particuliers, dans le quartier de Karlsruhe, le quartier le plus au nord de la mégalopole, très connu pour sa course annuelle de vélo, pour laquelle les vêtements sont optionnels. Elle lui a assuré qu'elle aurait une discussion face à face avec son fils, vu qu'il se dirige désormais vers l'Europe, au sujet de la façon la plus efficace de capturer la bête. Elle l'a tout de même encouragé à trouver une autre solution de son côté, car mieux vaut avoir plusieurs cordes à son arc lorsqu'on parle de Mewtwo.

Il re-focalise ses pensées vers la vidéo qu'il regarde en boucle. Le porygon a l'air tout à fait bien. Il n'a pas le son et il ne peut pas voir ce que le pokédex de Kazushige affiche lorsque le porygon le touche, mais tout semble indiquer que le jeune garçon a envoyé le pokémon en mission. Si on recoupe cette information avec la nervosité de l'adolescent à chaque fois qu'il le croise dans les couloirs, ses airs de secret, ses connaissances au sujet de Miura Kei, son silence...

Le doute n'est plus permis. Kazushige, le jeune élément le plus prometteur de tous, est un traître. Pour une raison, il s'est allié aux côtés de cette Cerise et donc aux côtés de Mewtwo. Giovanni n'est pas certain de savoir comment l'adolescent et la jeune femme se sont rencontrés, et il n'en a cure. Le plus important est de l'empêcher désormais de communiquer la moindre information à l'extérieur de l'organisation.
Le tuer serait facile. Il y a des dizaines de façons de faire disparaître le cadavre. Mais en ce moment ses scientifiques sont en train de travailler sur le projet S-M2, et ils vont avoir besoin, sans doute, de cobayes, pokémons et humains. Kazushige est humain, il a en poche des pokémons.
Giovanni se lève brusquement de son siège et en quelques enjambées, il parvient au compartiment voisin, occupé par son fidèle bras droit, la vieillissante – quoiqu'encore charmante – Domino, alias la Tulipe Noire. Sans même frapper, il ouvre la porte d'un geste brusque en annonçant :
- Domino, j'ai une mission pour vous !

Une boulette de bande de cire dépilatoire, pleine de poils, lui atterrit sur la tête.
- Vous pourriez frapper avant d'entrer, Boss ! hurle la blonde, complètement nue, assise sur une serviette de bain.
D'un bras pudique, elle recouvre ses seins, tout en croisant les jambes comme elle le peut vu l'endroit où elle vient d'étaler la cire.
- Et vous, vous pourriez attendre un moment plus propice pour faire ce genre de choses ! râle Giovanni en décollant la cire de ses cheveux. Il y a des moments pour les soins esthétiques et des moments pour partir en mission !
- Je ne pense pas que la vingt-troisième heure d'un voyage de quinze jour soit un moment propice pour partir en mission ! beugle Domino en faisant un mouvement brusque des jambes.

Elle se met à jurer, désormais complètement collée par la cire.
- Regardez ce que vous m'avez fait faire ! Boss, vous êtes un abruti !
- Et vous, Domino, vous êtes le pire de tous mes agents !
- Ça me fait une belle jambe ! Et fermez la porte !

L'homme en costume sur-mesures claque le battant derrière lui.
- Domino, puisque vous êtes en tenue...
- Quoi ? râle la blonde en tentant de se décoller.
- Vous savez, depuis le temps que nous nous connaissons...
- Je mélange pas sexe et vie professionnelle, coupe-t-elle sèchement.
- Et si je vous vire ?
- Ça ne serait pas dans votre intérêt.
- Voyons, Domino, regardez les choses en face : vous ne faites plus le poids.

Elle grogne. Enfin décollée, elle serre les dents et arrache la cire d'un coup sec, bien parallèlement à la peau, et étouffe un gémissement de douleur. Sa peau est toute rougie par l'assaut constant de l'arrachage de poils.
- Je peux toujours coordonner les attaques, finit par soupirer la plus que trentenaire, je ne suis pas encore bonne pour la retraite.
- Si vous échouez dans votre prochaine mission...
- Ça va, pas la peine de me stresser, Boss !
Il se masse les tempes. Comment lui faire comprendre ?
- Domino, je ne veux plus que vous travailliez pour moi. Rien à voir avec vos capacités.
- Mais pourquoi ?

Les grands yeux s'humidifient de larmes.
- La Team Rocket, c'est toute ma vie !
- C'est toute la mienne aussi, Domino.
- Mais alors, pourquoi essayez-vous de ruiner ma carrière ?
Il s'assoit sur le bord de la couchette, causant un retrait rapide de Domino derrière sa serviette de bain, un rictus de rage sur le visage.
- Simplement parce que vous refusez de mélanger sexe et vie professionnelle.
Les yeux de la blonde s'agrandissent. Elle a compris le sous-entendu.
- Vous... le pensez vraiment ? s'étonne la femme.

Il grogne et grimace et détourne les yeux.
- Ne me forcez pas à me répéter ! grogne le chef incontesté de la Team Rocket.
- C'est... la chose la plus gentille que vous m'ayez jamais dite, Boss.
- Alors, une dernière mission, et je vous vire, vu ?
Elle acquiesce de la tête.
- Compris, Boss. Vous ne serez pas déçu.
- Trouvez-moi ce gosse, Kazushige, et enfermez-le avec les scientifiques. Même traitement. Qu'il ne revoie plus jamais la lumière du jour.
- Entendu.

En refermant la porte de la cabine derrière lui, Giovanni jette un œil dans les deux directions du couloir, puis il s'appuie au battant.
- Domino, Domino, tout ce temps et tu n'avais toujours pas compris... et moi non plus... Mais ça va changer, Domino... Tu seras la plus belle des femmes, et tu ne seras rien qu'à moi.


Kei serre son manteau autour d'elle tout en descendant sur le quai de la gare. Elle fait ses adieux à Claire et au contrôleur, ainsi qu'au maître d'hôtel, et à la moitié du train, récoltant au passage des derniers compliments au sujet de ses prouesses en chambre. Sakura est logé dans son écharpe immense, et ses pokémons sont tous dans leurs noigrumes. Le froid est prenant. L'hiver est déjà là, même si le calendrier affiche un sobre « automne ». Kami la suit de très près. C'est la première fois qu'il se montre dans un endroit public avec tellement d'humains. Il recueille de nombreux regards surpris, et quelques personnes vont jusqu'à dégainer leur pokédex. Des yeux admiratifs se posent sur Kei alors qu'elle fait signe à Kami de la suivre d'une main gantée de cuir. En prévision des chutes de neige, elle a déjà sur le nez une paire de lunettes de soleil. Ses bottines se posent sans bruit sur les pavés.

Elle lève le nez pour regarder la gare de la capitale européenne – enfin, du moins, la gare du quartier Centre. C'est un édifice de pierre jaunâtre, que Kei, grâce aux leçons données par Kami, reconnaît aussitôt comme étant une roche sédimentaire régionale.
Quelque chose la heurte de plein fouet, la projetant dans les bras de son amant. C'est l'occasion ou jamais de commencer à parler européen.
- Jamais où vous vous dirigez vous ne regardez ? s'exclame la Japonaise.
- Yo hoplà ! Hêxcusez-moi, che faîsais pas hâttention.
- Euh, pardon, votre accent à comprendre je ne parviens pas...

Kei dévisage de haut en bas la jeune femme qui vient de lui rentrer dedans. Elle est énorme, comme un lutteur sumo. Elle porte une longue jupe rouge, un corsage blanc, est enroulée dans un énorme châle noir en laine, et a un drôle de chapeau noir au sommet du crâne. Ses cheveux sont blonds et coiffés serrés.
- Heh mais fous hêtes hune hâsiatique ! Vous pârlez hà l'eenfers ! C'êst rîcolo !
Un regard désespéré en direction de Kami, et se dernier veut bien traduire l'incompréhensible accent local. Kei rougit en comprenant que sa grammaire laisse à désirer. Puis, une soudaine inspiration lui vient. Elle affiche sur son pokédex l'adresse de son futur lieu de travail, ainsi que celle des résidences pour doctorants qui lui ont été suggérées, et interroge la grosse jeune fille.

- Excusez-moi, peut-être l'un de ces lieux vous connaissez ? D'un logement besoin j'ai, dans ce laboratoire travailler je vais.
- Oh pûnaise, quelle coîncitence ! Moi haussi che trâfaille tans cet hentroit ! Che suis hétutiante hen chééolochie !
- Quel heureux hasard c'est ! M'accompagner peut-être vous pourriez ?
- Sans prôpleme ! Mais t'abord hon fa haller mâncher chez mes pârents !
- Oh, mais de m'inviter à déjeuner obligée vous n'êtes pas !
- Mais foyons, che fais pas laîsser sûr le cârreau une héfentuelle fûture prof !
- Pourquoi votre future enseignante être je devrais ?
- Maîs foyons, les théésards c'est toûchours heux qui font le poûlot des cheercheurs ! Het hils font tes coûrs haussi ! Ça leur pêrmet te gâgner plus t'ârchent.
- Vraiment ? Une information intéressante cela est !

Kei regarde le chiot étrange, noir et rouge, qui se serre dans les pieds de la grosse fille. Les pokémons locaux sont vraiment bizarres.
- Suîfez-moi, hôn fa prentre le tram.
Docilement, Kei emboîte le pas à sa guide qui soudain se retourne et tend la main.
- Hau fait, moî c'est Perthe. Nuss Perthe. Het lui (elle désigne le chiot qui l'accompagne) c'est Mîlou.
- Enchantée. Miura Kei mon nom est. Sakura mon ceriflor est. Et lui, Kami son nom est.

Berthe acquiesce en observant les deux pokémons, faisant visiblement des efforts pour ne pas avoir l'air trop surprise. Puis elle prend la direction des bornes pour les tickets de tram.


Berthe est agréablement surprise d'avoir fait la rencontre d'une passagère du Transsibérien Express. Et une passagère de qualité, si elle en juge par le wagon dont elle est descendue, et les au-revoir de la foule. L'heure de l'arrivée, midi, est l'occasion rêvée d'avoir à la table de sa famille une personne de si haut rang social. Sans compter ses monstres, totalement exotiques ! Cette fleur rose toute mignonne qui tremble de froid dans son écharpe, et ce gros chat mauve bipède, aux allures de kangourou, c'est du jamais vu dans la famille Nuss et sans doute même, du jamais vu à Strasbourg, tous quartiers confondus !

Elle babille gentiment de tout et de rien, articulant du mieux qu'elle peut pour ne pas trop déranger son invitée par sa diction.
- Het là, fous fôyez, ce sont les pôrnes pour les pîllets tu tram. Fous y troûferez hà châque fois hune cârte téétaillée tu quârtier tans leequel vous z'hêtes, het une cârte schêmatique tu reste te la fîlle hafec les lîgnes te tram het te pûs.
- Hum, très pratique...
- Pon, hil hy â haussi tout pleîn te pillets tîfférents pour les reetraîtés, les z'ênfants, les kroûpes, hon fa prêntre hun pîllet pour troîs.

Elle regarde du coin de l'œil l'asiatique qui étudie le plan et les tarifs. Étrangement, le monstre dénommé Kami semble lui aussi lire avec attention les informations affichées sur tous les côtés de la borne. Puis il se colle le nez à la liste touristique des bâtiments importants du quartier Centre, et se tourne vers sa dresseuse, qui lève le visage vers lui. Comme s'ils avaient un moyen de communiquer au-delà des mots. Peu importe, les Asiatiques sont vraiment des gens étranges, pas la peine de polémiquer pendant des heures.
Le sourire aux lèvres, Milou dans les bras, Berthe regarde Miura Kei s'émerveiller devant l'architecture de la ville et les différents magasins devant lesquels elles passent. Elle a beau être une personne de qualité avec toutes les manières qui vont avec, elle n'en reste pas moins une Asiatique qui n'a jamais mis les pieds en Europe auparavant. Mais quelle veinarde, d'avoir pu prendre le Transsibérien Express, ce train de légende !

Après le voyage en tram, ce sont les ruelles de l'île de la cathédrale.
- Foîlà, explique Berthe à la manière d'un guide touristique, nous sômmes hârrifés tans la pârtie la plus fieille te la câpitale.
- Des musées pas loin trouver on peut, remarque justement Miura Kei.
- Uî, êxactement, s'étonne Berthe. Cômment fous sâfez ?
- Sur le plan indiqué c'était, répond l'asiatique après un coup d'œil bref à son monstre violet.
- Het fous hâfez tééchà reegarté tout leuh plan ?
- Juste un rapide coup d'œil.
- Fous hâfez hune pônne méémoire !
- Merci...

Berthe continue ses explications.
- Hâncien camp rômain hil hy â teuh ça plûs te teûx mîllénaires, le Quârtier Cêntre fût hênsuite hun cârrefours te cômmerce turant tes siêcles hafant te teûfenir hun cêntre pôlitique. Maîntenant c'est le siêche te la moîtié tes hînstitutions heûropéennes.
- La moitié seulement ? s'étonne la Japonaise.
- L'aûtre moîtié hest hâ euh... Prûxelles che crois.
- Étrange que la capitale le centre politique ne soit pas c'est.
- Çâ tâte t'hâfant le Câtaclysme. Faût pas chêrcher hà cômprentre.

Quelques ruelles étroites de plus. Les balcons sont sculptés de monstres, les maisons sont peintes de couleurs vives et les volets sont découpés de formes de fleurs, sapins, trèfles... Ici ou là, dans les vitrines, des affichettes annoncent les prochains tournois de combats de monstres, les différentes catégories, les modalité d'inscriptions. À une fenêtre, des écharpes aux couleurs de l'équipe du quartier Centre indiquent le lieu de vie d'un supporter aguerri. Ailleurs, ce sont les couleurs des équipes régionales des environs, dont la fière bannière de l'équipe alsacienne, jouant tantôt sous tempête de sable et tantôt sous le blizzard, et malheureusement disqualifiée pour la Coupe Européenne de cette année, après un match acharné contre le Luxembourg et ses picots. Berthe ne veut même pas se souvenir du nom de l'équipe européenne qui a remporté la coupe cet été. Elle aiguise déjà mentalement ses armes de supporter en vue des matchs de clubs juniors, son petit frère dressant une orchidée avec son équipe, les Ailes du Centre.


En Sicile, Ma'ame Capone se mordille l'ongle du pouce. Bien lui a pris d'envoyer un email à son fils pour lui parler de ses échecs avec la créature qu'il poursuit sans relâche. Elle a ainsi pu lui remonter les bretelles et lui rappeler d'une part, qu'elle est et restera sa mère et donc, plus expérimentée que lui, et d'autre part, qu'il doit apprendre à se débrouiller seul. Maintenant, à elle d'utiliser son expérience pour tenter de trouver une solution au problème.
Aucune pokéball existante ne peut le capturer, elle en est certaine. Même infaillible dans son taux de capture, une pokéball peut facilement être déviée par les pouvoirs psychiques de la créature. Il faut quelque chose qu'aucun pouvoir de pokémon ne peut éviter. Quelque chose de très rapide, quelque chose qui fasse mal, quelque chose qui blesse. Seule la douleur saura mettre un terme aux agissements de ce monstre et permettre sa capture.

- Encore à réfléchir au sujet de ce soit-disant tout-puissant monstre psychique ? se moque Fiorangela en essuyant la table. On va manger, descend tes coudes, Maman.
- C'est un problème grave auquel tu ne peux rien comprendre.
- Encore à voir avec mon incapable de frère ?
- Précisément.
- Pfff...
La blonde secoue ses cheveux tout en mettant la table.
- Je suis capable de faire bien mieux.
- Et que suggèrerais-tu ?

La blonde toute sèche sourit largement de toutes ses dents.
- Pas ton spiritomb quand même ? s'exclame Ma'ame Capone.
- Et pourquoi pas ?
Elle hausse les épaules et apporte un plat de pâtes aux fruits de mers.
- Mon spititomb est tout à fait capable de tenir tête à n'importe quel monstre.
- Ne dis pas de bêtises...
- Il n'a aucune faiblesse !
- Cela ne veut pas dire qu'il soit immunisé aux coups.
- L'un de ses types est « ténèbres », il est immunisé aux attaques psychiques.
- Pas si ton adversaire maîtrise l'œil miracle.

Encore une fois, Fiorangela souffle et fait un geste pour éloigner l'idée. Elle tire sa chaise et prend sa fourchette.
- Il ne sera pas aussi futé.
- Qu'en sais-tu ?
- Tu parles dans ton sommeil, Maman.
- Grmpf...
- « Le pokémon le plus puissant du monde », tu n'arrêtes pas de répéter ça. Et moi je te dis, si c'est vraiment le monstre le plus puissant du monde, il est plein d'orgueil et imbu de lui-même, comme mon frère. Il va foncer tête baissée dans le premier adversaire venu.
- Giovanni lui a enseigné à utiliser la ball'ombre, Fior. Ne sur-estime pas tes forces et mêle-toi de ce qui te regarde. Si je ne t'ai pas lancée dans le business familial c'est pour une bonne raison.
- Tu as peur que je prenne ta place ?

La vieille dame sursaute elle n'aime pas le ton employé par sa fille.
- Je suis pas aussi bête que mon frère, et je suis bien plus arriviste que toi, car j'ai encore la jeunesse que tu as perdue. Tu as peur que je te remplace au sein de la mafia ? Que je détrône mon frère à la tête de la Team Rocket et que je relève enfin ton organisation de sa gloire passée ? Que je mette moi-même la main sur ce fameux Mewtwo dont tu ne cesses de parler, et sur ce fantôme Mew qui te fais te retourner dans ton lit même après toutes ces années ?

Ma'ame Capone baisse la tête et grogne.
- Arrête de prendre tes rêves pour des réalités, Fior. Je ne dors peut-être pas à force de regretter ne pas avoir su capturer Mew, mais je saurai trouver un moyen de capturer ce Mewtwo tant que Dieu me prête vie. Parce que c'est mon droit et mon devoir.
- Nous verrons bien.
La sèche blonde avale sa dernière bouchée.
- Nous verrons bien, Maman, laquelle de nous deux mettra la première la main sur ce gros gibier.
- Est-ce un défi ?

Les deux femmes se regardent en chien de faïence par-dessus leurs assiettes désormais vides. Puis Fiorangela débarrasse et apporte d'autres assiettes qu'elle remplit de brochettes constituées de tranches de viande très fines roulées, farcies et piquées à la suite les unes des autres. Elle se laisse ensuite retomber sur son siège, en face de sa mère.
- Un an, jour pour jour, annonce Fiorangela.
- Donc c'est un défi, soupire Ma'ame Capone.
- Nous verrons qui de toi, Gio ou moi, capturera la bête.
- Mmh...


Dans la maison familiale des parents de Berthe, c'est la grande réunion. Le petit frère, accompagné de son orchidée – un pokémon local assez rare, si Kei en croit la dernière mise à jour de son pokédex – est le premier à se jeter dans ses jambes et à tirer la queue de Kami, très mal à l'aise. Puis c'est la cohorte des cousins et cousines, une demi-douzaine de tous les âges, chacun avec un pokémon local dans les bras, qui un oisillon de cigogne, qui un hamster de combat au pelage brun et noir, qui un chaton de lynx des glaces, qui un faon, une larve de moustique géante, un blaireau ou une sorte de marcacrin de type unique sol. Kei ouvre de grands yeux émerveillés. Jamais elle n'avait vu ces pokémons auparavant. Ils sont tellement différents de ceux du Japon !

Les oncles et tantes la saluent de quelques mots difficilement déchiffrables sans l'aide de Kami. Berthe déjà fait sortir son équipe qui, explique-t-elle, a déjà participé à plusieurs tournois au sein de l'université, tout en lui permettant de se classer à une bonne place. Kei ouvre de grands yeux devant la darou d'un blanc jaunâtre avec des reflets bleus, devant l'immense cigogne qui claque joyeusement du bec, et le lynx de glace et de roche à la taille et au froid imposants.
- Het maîtenant, môntrez-nous tônc fôtre héquipe ! encourage le père de Berthe.

Kei a un sourire crispé. On ne lui a même pas laissé le temps d'enlever sa veste. À peine a-t-elle commencé à la déboutonner que déjà la mère de famille la saisit, écharpe comprise, pour les accrocher dans l'entrée. Le pauvre Sakura en perd l'équilibre et se retrouve au sol, aussitôt entouré des pokémons de la maison. Kei remarque plusieurs cigognes dans un coin, sans doute une tradition familiale, à moins que ça ne soit l'une des espèces les plus communes dans cette localité ?

Hésitant, Kei présente Sakura, puis Léo, Joey et Céra, Saturnin et Amalthea. Les exclamations sont nombreuses en vain la mère de famille appelle à table. Seuls les grands-parents se sont installés devant leurs assiettes, pestant contre les étrangers et leur manie de venir prendre le travail et la place et la gloire au combat des enfants du pays. Kei voit Kami plaquer ses oreilles en arrière à l'adresse des deux vieux, elle l'entend refuser de traduire, mais elle a bien compris le sens global de leurs murmures.
- Het le grând là, fous ne le prêsentez pas ?

Kei sourit au petit frère de Berthe. Il est absolument mignon, et son délicat pokémon de type plante l'est aussi, mais elle sent à la réaction de Sakura que les deux sont de niveau équivalent et se regardent déjà comme des rivaux.
- Kami son nom est, présente Kei.
- Hil vîent t'où ?
- Hil est fôrt ?
- C'hest hun kârçon hou une fîlle ?
- Fous l'afez âttrapé cômment ?
- Hon en troûfe où tes cômme lui ?

Kei est assaillie de questions par la cohorte des cousins mais également par un oncle exhibant fièrement deux badges au revers de son veston.
- Doucement vous je prie ! Une question à la fois ! Quatre oreilles je n'ai pas !
- Het hen plûs hil seerait temps t'âller mâncher, fous ne pênsez pas ? insiste la mère de famille.
Avec regrets et protestations, les enfants vont se laver les mains tandis que les adultes tentent d'y couper. D'un coup de spatule en bois, la mère de famille rappelle tout le monde à l'ordre et envoie Kei au milieu du troupeau.

- Étranges coutumes et étranges personnes, commente Kami dans l'esprit de Kei. Ce séjour promet d'être intéressant. As-tu déjà prévu ce que tu vas leur répondre à mon sujet ?
Kei secoue doucement la tête de gauche à droite, imperceptiblement, tout en se savonnant les mains vigoureusement. Son estomac grogne. Elle a hâte de goûter à la cuisine locale.
- Oh, tu n'auras qu'à dire que tu m'as ramassé en cours de route quelque part en Russie.
Kei secoue à nouveau la tête de gauche à droite, faisant mine de rejeter en arrière ses courts cheveux noirs.
- Je comprends, murmure Kami. Cette histoire ne tient pas la route.
- Premier, cadeau ? suggère Kei à mi-voix, en asiatique.
- Un cadeau, oui, c'est plus simple et plus crédible, et ça t'évitera de répondre à des questions comme « où peut-on en trouver à l'état sauvage ? ».

Souriant, Kei s'installe sur la chaise qui vient juste d'être rapportée tandis qu'une assiette supplémentaire est ajoutée à la table, devant elle. C'est une très belle assiette de terre cuite toute décorée de motifs de fleurs de couleurs fauves, de blanc et de brun foncé, avec une touche de vert. Kei est émerveillée de voir que sur les plats également, bien que d'une manufacture visiblement différente, les mêmes couleurs se retrouvent. Comment une telle uniformité peut-elle être possible avec des pigments ?
- C'est tout de l'argile, souffle Kami à son oreille. N'as-tu donc rien appris ? Les argiles colorées, l'argile verte utilisée pour les plats ?

Après une pause, Kami rit doucement.
- Effectivement, ce n'est pas quelque chose que je t'ai enseigné. Je l'ai lu pour ma culture personnelle mais j'avais jugé sur le moment que c'étaient des informations trop pointues et trop locales pour te les implanter.
- Foûs haîmez le sêrfice que nous hûtilisons ? demande la grand-mère, qui n'a pas lâché un instant Kei des yeux.
- Très joli c'est, admet la Japonaise. Rustique mais très joli. Très différent de mon pays.
- Eh les âssiettes sont cômment dans fôtre pâys ? interroge le petit frère.
- De toutes formes et de toutes couleurs, répond Kei. Peintes, mais différemment. Et plus petites.

Elle ose à peine toucher à l'assiette devant elle, qui a la taille d'un plat de son pays.
- Mânchez, ça fa reefroitir, ordonne la mère de famille en lui servant une large portion.
Kei ouvre de grands yeux. Avec ce qu'elle a dans l'assiette, elle peut manger pendant un jour entier, peut-être un jour et demi.
- Chez moi, ça, un plat on appelle, s'amuse Kei en pointant sa portion.
- Chez noûs c'est hûne teemi-pôrtion, rétorque le grand-père.

Kei contemple le mélange informe de racines et de viandes qu'elle a devant elle. Un seul plat pour tout le repas, mais quel plat !
- C'est tû baeckeofe, explique gentiment la grand-mère. Ça vâ pâs fous mâncher.
- Et... avec quoi cela cuisiné est ?
- La reecette hest un seecret te fâmille, rétorque la mère. Hon faît la prîère !
Kei imite ses voisins de table et joint ses mains, un peu intimidée. Son ventre gargouille bruyamment. Le plat ne paye peut-être pas de mine mais il sent bon.

Elle ne comprend pas vraiment ce que le père de Berthe récite, et Kami ne se donne pas la peine de traduire, préférant se concentrer sur la description du plat.
- Côté légumes, c'est un mélange de carottes, navets, chou, pommes de terre, poireaux. Il y a trois sortes de viande, porc, mouton et bœuf. Je pourrais sauter ce repas sans problème – il ne m'inspire pas vraiment, je dois avouer – mais essaye de me trouver de quoi manger pour ce soir. Je ne suis pas encore habitué à la façon locale de penser, et devoir tout te traduire à cause de leur accent est nerveusement épuisant.

Kei acquiesce doucement de la tête alors que toute la famille éclate en un « Amen ! » retentissant. Enfin, enfin, elle peut manger.
Installé confortablement sur l'étrange fourneau recouvert de carreaux émaillés, Kami a l'air songeur et en même temps, tout à fait à sa place dans l'étrange décor rustique si différent de son Japon natal. Kei sourit. Le fourneau est vraiment amusant, à aller voir de plus près après le repas. De là où elle est il semble entouré de toutes parts d'un rebord fait pour s'assoir, et où Kami s'est installé, et il a au moins un compartiment pour garder des choses au chaud, dans lequel l'énorme plat de terre cuite contenant le repas a été engouffré une fois tout le monde servi. Vraiment, une ville atypique aux gens hors du commun.


Kami observe la nuit tomber sur la ville depuis le haut de la cathédrale. C'est un très joli temple, mais le style architectural et la façon de prier ne sont pas du tout les mêmes que dans les sanctuaires auxquels il est habitué.
La famille de Berthe a été très accueillante mais en même temps froide et protectrice. Très attachée à ses valeurs et à son confort, n'hésitant pas à ouvrir la porte aux amis des amis des amis, mais refusant de laisser s'approcher les étrangers. Râlant sans cesse au sujet de tous ces gens de l'est et du sud qui viennent chercher à Strasbourg la réalisation de leurs rêves. Une famille passionnée, aussi, passionnée de tournois sportifs de combats de pokémons, et plaçant tous ses espoirs dans le jeune fils et son équipe les Ailes du Centre, malgré les réussites de Berthe en compétition amateur.

Malgré la distance, il sait exactement ce que pense et ressent Kei alors qu'elle s'installe dans son petit studio d'étudiante, à environ deux kilomètres au sud-est, dans le magnifique campus des Sciences de la Terre. Il y a un parc, un observatoire astronomique, de grands laboratoires d'étude de la physique des matériaux et de la chimie des roches, des bâtiments magnifiques datant d'avant le Cataclysme et modernisés avec des verrières et des étages supplémentaires. Un cadre de vie et de travail superbe, avec une excellente connexion internet, de fréquentes animations étudiantes, un niveau de ressources en tous genres très élevé. Et ce n'est que le département le moins populaire de toute la mégalopole !

Il se sent heureux pour Kei, alors qu'elle déballe ses affaires et se prépare à descendre à la buanderie lancer une grosse lessive de presque tout son linge. Berthe lui a promis de lui servir de guide dans la ville, de lui montrer tous les bons coins, les petits bars sympas dans les ruelles étroites, les boutiques les moins chères, les points de distribution des coupons-réductions publicitaires pour les grandes enseignes, les dépôts d'articles dégriffés. Beaucoup d'avarice humaine dans tout ça, mais, Kami s'en rend à présent compte, de l'avarice mesurée et nécessaire quand on vit dans le quartier Centre de la capitale de l'Europe.

Il lève les yeux vers le ciel. Des nuées de poichigeons s'élèvent et s'abattent sur les toits, s'installant pour la nuit. Déjà quelques nosféraptis peu frileux ou optimistes sont en chasse et zigzaguent dans le ciel rouge. Sur les bords de l'Ill, la rivière qui entoure l'île où est bâtie la cathédrale, des lacmécygnes et des étranges canards à tête verte, l'équivalent local des psykokwaks, broutent quelques dernières touffes d'herbes et se rassemblent pour dormir. Sans bruit, l'équivalent local d'un noarfang, d'un blanc fantomatique, passe à ses côtés, le frôlant presque. Quelques aboiements résonnent au loin, puis des éclats de voix de personnes d'une vingtaine d'années ou un peu plus. Des chants, des rires, un groupe d'étudiants portant tous un étrange béret noir couvert de pin's et de rubans, comme celui de Berthe, rentrent dans un « bierstub », une mini-brasserie servant bière et tartes flambées.

Tout est si différent, tout est si exotique. Il n'aurait jamais vu cela s'il n'avait pas suivi Kei. S'il n'avait pas laissé la jeune femme – plus si jeune que ça, et tellement femme – lui toucher l'âme de par son sacrifice désintéressé, non, jamais il n'aurait vu ce si beau coucher de soleil. Jamais il n'aurait vu de l'intérieur un déjeuner dans une famille d'humains, servi par des humains tandis que les pokémons se prélassent autour et font la sieste. Des humains servant des humains, ce n'est donc pas un luxe que les plus riches se payent au détriment de ceux qui ont désespérément besoin ou envie d'argent. C'est l'ordre naturel des choses. Des pokémons qui se font chouchouter lorsqu'ils ne sont pas en train de combattre dans l'arène, c'est l'ordre naturel des choses. Kei n'est peut-être pas si différente ni si exceptionnelle que ça après tout ?

Qu'ose-t-il penser ? Kei est unique. C'est en la suivant elle, et nulle autre, qu'il est arrivé aussi loin. Ici, dans la Ville des Villes, au sommet d'un temple dédié à un Dieu qui n'a rien à voir avec les pokémons, il est hors de portée de Giovanni, hors de portée des souffrances de ce monde.
La brise nocturne est froide mais il n'en a cure. Il ferme à demi les yeux et écoute les cloches des horloges de toutes les églises de la ville sonner en même temps. Il ne compte pas les coups. Il sait très bien l'heure qu'il est. L'heure de dire enfin à Kei ce qu'il a sur le cœur depuis l'instant où il l'a vue relâcher ses pokémons dans les rues de Tokyo pour leur éviter d'être blessés et éventuellement, périr par leurs mains plutôt que de finir dans celles des yakuzas. Il sourit amèrement de n'avoir pas le courage de lui dire en face, mais c'est maintenant ou jamais.
Malgré la distance, il parvient sans problèmes à murmurer télépathiquement à l'oreille de la Japonaise :
- Kei, il y a quelque chose que je dois te dire. Depuis très longtemps.
Il la sent lever la tête et écouter de toutes ses oreilles physiques, n'ayant pas encore vraiment appris à écouter avec son esprit.
- Kei... je t'aime.
Il la sent sourire doucement.
- Moi aussi, Kami, je t'aime.


Fin du chapitre


Chapitre inspiré de la chanson Nothing else matters de Metallica.


Bibliographie et remerciements


Cette bibliographie s'additionne à celle de la saison 1.

Pokébip. Pokédex, un maximum d'informations pour tous les pokémons !Consulté à plusieurs reprises courant 2011. Disponible sur www.(point)pokebip(point)com/pokemon/pokedex/index(point)php

Prononciations de la Haute-Alsace.Consulté en février 2011. Disponible sur accentsdefrance(point)free(point)fr/alsace/alsace(point)html

Wikipedia. La particularité du « fralsacien ».Consulté en février 2011. Disponible sur fr(point)wikipedia(point)org/wiki/Alsacien#La_particularit(point)C3(point)A9_du_(point)C2(point)AB_fralsacien_(point)C2(point)BB

Commune di Messina.Consulté en février 2011. Disponible sur www(point)comune(point)messina(point)it/

Robert DUMONT. Note sur « La Bête du Gévaudan » de Pascal CAZOTTES.2006. Consulté en mars 2011. Disponible sur initial(point)bipedalism(point)pagesperso-orange(point)fr/24c(point)htm

Dans l'Ombre de la Bête.Consulté en mars 2011. Disponible sur www(point)labetedugevaudan(point)com/accueil(point)html

Emily Tibbatts. Etudes de tueurs en série.Consulté en mars 2011. Disponible sur www(point)tueursenserie(point)org/spip(point)php?rubrique2

Projet communautaire Encyclopædiæ Pokémonis.Consulté à plusieurs reprises en 2011. Disponible sur www(point)encyclopaediae-pokemonis(point)org/

Le Bal. Le bal des débutantes de Paris.Consulté en mars 2011. Disponible sur www(point)lebal(point)fr/

Chef Mayhem. Phantom Manor.Consulté en mars 2011. Disponible sur www(point)doombuggies(point)com/phantom1(point)php

Gérard Morin. Phantom Manor, l'attraction de Disney vue à la loupe.Consulté en mars 2011. Disponible sur www(point)adcp-disneyfan(point)com/loupe/pm/loupepm(point)html

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Tula samovar. Russian samovar: manufacturing samovars – Coal samovars, Electric samovars, Exclusive samovars, Antique samovars.Consulté en avril 2011. Disponible sur www(point)shopsamovar(point)com(point)ru/

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Espace Est-Ouest. Vladivostok-Moscou en train de luxe.Consulté en mai 2011. Disponible sur www(point)espace-transsiberien(point)com/voyages/transsiberien-de-luxe/vladivostok-moscou-en-train-de-luxe(point)php?id=322

Voituriez B. La circulation thermohaline et le tapis roulant : une prime pour le Gulf Stream in Le Gulf Stream peut-il s'arrêter ?. Mis à jour septembre 2006. Consulté en mai 2011. Disponible sur www(point)futura-sciences(point)com/fr/doc/t/climatologie/d/le-gulf-stream-peut-il-sarreter_637/c3/221/p5/

Judith J. Ho. The legend of the Lamb-Plant.Consulté en mai 2011. Disponible sur www(point)nal(point)usda(point)gov/pgdic/Probe/v2n3/legend(point)html

Michel Raynal. Olgoï-Khorhoï, le « ver-intestin » mongol.Consulté en mai 2011. Dernière mis à jour 10 août 1999. Disponible sur cryptozoo(point)pagesperso-orange(point)fr/dossiers/olgoi/olgoi(point)htm

Leiji Matsumoto. Galaxy Express 999. Édition Kana. 1997. Volumes 1-21.

Leiji Matsumoto. Capitaine Albator le pirate de l'espace. Édition Kana. 1980. Volumes 1-5.

Ma . La Mafia sicilienne de nos jours. Consulté en printemps 2011. Disponible sur www(point)masicile(point)com/97-la-mafia-sicilienne-de-nos-jours(point)htm

Wikipédia. Le cercle de Mohr. Consulté en printemps 2011. Disponible sur fr(point)wikipedia(point)org/wiki/Cercle_de_Mohr

Wikipédia. Miléralogie. (et autres pages annexes) Consulté à plusieurs reprises printemps 2011. Disponible sur fr(point)wikipedia(point)org/wiki/Minéralogie

Un gros MERCI à qui de droit pour les liens suivants :

Kansass of Elsass. Kansas of Elsass – LMAA.Disponible sur www(point)kansasofelsass(point)fr/

StrasTV. Tom Sawyer en Alsace. Épisode 9 et liste des autres épisodes disponibles sur www(point)strastv(point)com/catalogue/Culture/tom-sawyer-a-la-robertsau-episode-9-alsace-alsacien-humour-parodie-baguarre-rives-jardin-strasbourg-strastv-hucky(point)html

Remerciements chaleureux au collègue qui m'a servi d'interprète pour mes recherches en italien.
Remerciements éternels à Antonia pour le personnage de la professeur Battagliola, qui sans elle n'existerait pas.
Remerciements très spéciaux à Arthamis, joueur sur Starcraft2, pour son aide concernant le personnage de Pixel.


Le mot de l'auteure


Coucou, c'est moi ! Et qui est ce petit personnage ?
...blague à part, je n'ai pas grand-chose à dire au sujet de cette seconde saison. Je n'y ai pas passé autant de temps que pour la première (un tiers du temps passé sur la première saison) donc elle a subi moins de remaniements.

Au départ, cette saison devait être d'une part le voyage en train de Cerise, d'autre part la vie monotone de Berthe en Sicile. Puis, petit à petit, l'intrigue telle que vous l'avez lue s'est construite.
Du côté de Cerise, elle ne pouvait pas quitter comme ça le Japon en un chapitre. Elle avait tellement de choses à faire d'abord : obtenir l'ordre de mission à Strasbourg, se trouver une nouvelle identité, dire adieu à Léo, mais aussi à son mari, obtenir de l'argent par un autre moyen que la prostitution... Cela ne pouvait décidément pas tenir dans un seul chapitre, à moins de déséquilibrer complètement tout le rythme de la fic. Est alors venue la « mode » (ou la « coïncidence », appelez ça comme vous voulez) de faire des fics sur les évènements mythologiques pokémons. Alors, je n'ai fait ni une ni deux, j'ai lu et re-lu les pages correspondantes du pokédex, et j'ai suivi le mouvement, renforçant au passage l'impression de divinisation des pokémons en Asie, que j'avais perdue au fil des chapitres dans la première saison.

Du côté de Berthe, les tribulations quotidiennes d'une étudiante n'étaient décidément pas passionnantes et je risquais fort soit de perdre des lecteurs en route, soit de les voir sauter un chapitre sur deux. C'est bien la peine d'écrire 25 chapitres pour n'être lue que 12 et demi. Si cette phrase à un sens. La mafia Sicilienne et la mère de Giovanni se sont imposées d'elles-mêmes. Néanmoins il manquait un élément à suspens et à angoisse. La solution m'est venue en regardant NCIS ou les Experts, je sais plus vraiment, chez mes parents, un soir. Mais c'était bien sûr ! Une enquête policière qui capote ! Plus encore que les tribulations de Berthe et de sa prof cinglée, rien de mieux pour montrer comment les régions d'Europe se sont refermées sur elles-mêmes, et à quel point l'organisation politique mondiale globale bat de l'aile. En effet, malgré tout ce que j'ai pu écrire au début de la première saison sur le contexte politique japonais chaotique en ce sixième siècle de l'après-Cataclysme, ce n'est pas assez pour donner une impression de désorganisation mondiale et de renfermement régional. Depuis une quinzaine d'années nous sommes habitués à ce concept de « lancer son gosse de 10 ans sur les routes pour braconner des animaux sauvages, vivre comme un clochard et rencontrer plein d'inconnus ». C'est d'ailleurs la définition même du voyage initiatique. Pour moi, une nation qui se comporte de la sorte est soit hyper-sécurisée (ce qui n'est pas le cas, Team Rocket en est la preuve) soit complètement désorganisée. Va pour la désorganisation. Pourquoi le Japon serait-il plus désorganisé que les autres pays ? Aucune raison. Le Cataclysme était un événement mondial. Donc, tous les pays sont désorganisés, chacun à leur façon. L'Europe, belle et grande vue de l'extérieure, est devenue hyper-régionaliste, au point que les gens exhibent fièrement leur costume local de façon régulière. Berthe le porte d'ailleurs lorsqu'elle voyage à l'« étranger ».

Le chapitre dans la villa Ravenswood m'a sauté dessus tout à fait par hasard, un peu comme la relation entre Fujii et Oshiro (je devrais les surveiller de plus près ces deux là, ils n'en font vraiment qu'à leur tête). Ce ne devait être qu'une petite partie du chapitre précédent, mais mes recherches bibliographiques m'ont montré qu'on pouvait en tirer bien plus, surtout avec l'intelligence de ne pas se contenter de copier ce dont ce chapitre est inspiré et les répliques cultes (j'ai lu une fic avec la copie de toutes les répliques cultes, ça tombait comme un cheveu sur la soupe...). J'ai eu beaucoup d'appréhensions pour ce chapitre, j'ai d'ailleurs dû retirer les fantômes pour pas que ça soit trop lourd scénaristiquement (MERCI DRAGIBUS pour cette judicieuse remarque). C'est pas plus mal.

La partie « voyage » a été remaniée plusieurs fois. Tout d'abord elle devait se faire à dos de galopa et s'intercaler avec des chapitres en Sicile. Puis je me suis dit que le train, c'est plus sympa – et puis j'aime les trains presque autant que les licornes. Rapidement je me suis rendue compte que la vitesse du voyage en train (une vingtaine de jours pour faire Corée-Strasbourg) ne me permettait pas d'intercaler chronologiquement les chapitres se déroulant en Sicile. J'ai eu dans l'idée alors d'intercaler le voyage de Kei avec les chapitres se situant dans le futur en Sicile, mais ça devenait trop confus. Et puis c'est pas drôle si le lecteur sait d'avance ce qui... devait se passer dans la saison 2 mais a finalement été envoyé à grands coups de pieds au cul dans la saison 3. Ce qui n'est pas plus mal, quand on se rend compte de ce que devait être la saison 3.

D'autre part, la partie « voyage » devait à l'origine être une série d'aventures en plein air, avec pour décor les montagnes de l'Himalaya et la steppe russe, puis les contreforts de l'Oural et les étendues sauvages de l'Europe de l'Est. Malheureusement Kami et Kei ont eu la (fausse) bonne idée de passer à l'acte avant leur arrivée à Strasbourg, bande d'impatients ! Et je me retrouve avec une histoire d'amour en quasi huis-clôt. Heureusement que Claire est là pour leur faire prendre l'air de temps en temps !

Bien entendu, nombreux sont ceux qui, sur le coup, se sont demandés pourquoi, mais pourquoi diable, Kami n'a pas d'appareil génital ?

Au départ, aucun pokémon dans ma fic n'était censé avoir ce genre d'organes, afin de mettre en exergue l'énigme posée par leur reproduction. Ainsi, esprits de la nature, ils naissent de la nature au moment où on les rencontre dans les hautes herbes, et se dissolvent une fois mis KO (c'est pour cela qu'on ne peut pas capturer un pokémon sauvage mis KO). Comme ils ne s'accouplent pas, le mystère de leurs œufs est encore plus insondable. Mais cela ne correspondait pas au premier chapitre de la première saison, ni à d'autres scènes de la première et de la deuxième saison. Donc, les pokémons ont des organes génitaux. Zut. Je me suis contredite moi-même dès le premier chapitre.

Il me fallait donc inventer à quoi ça peut ressembler chez un pokémon, ayant vaguement entendu que dans le règne animal, la forme est différente chez chaque espèce. Pour plus de réalisme, je me suis mise à chercher un tableau comparatif des différentes formes. Je suis tombée sur ce qui me semblait être une planche schématique de différentes espèces de champignons.

C'étaient pas des champignons.

J'avais les yeux comme ça : o_O et puis après j'ai fait des yeux comme ça : _ et finalement des yeux comme ça : x_x

J'ai renoncé à mes recherches, et, par commodité (ou par crise de « faites-moi dé-voir ça ») j'ai décidé qu'il allait être privé de service trois-pièces. Je sais, c'est stupide, mais après coup, ça explique pas mal de choses au sujet du personnage, dont son obsession pour l'affaire. Et puis, il est censé être asexué d'après le jeu !

J'ai bizarrement eu en même temps beaucoup de mal et beaucoup de facilité à rédiger cette deuxième saison. Beaucoup de mal, parce que le scénario m'inspirait franchement moins que celui de la première saison. Ou alors c'était le manque de chocolat ? Peu importe. Mais j'ai mis moins de temps, parce que je me suis botté les fesses, suite à une judicieuse remarque de ShiroiRyu. C'était peut-être ça, la partie pénible de la rédaction... Se botter les fesses...