BONNE ANNEE !

Et bonne santé et tout le reste qui va si bien avec ^.^

J'adore la théorie de la relativité, pas vous ? Grâce à elle, on peut relativiser les 2 ans entre le chapitre précédent et celui-ci par rapport aux 3 ans d'absence, pas vrai ?

Hem...

Bon ben bonne lecture hein ! :-S

NB : pour les RAR envoyés, j'ai écrit les premières quand je les recevais et j'avoue ne pas avoir eu le courage de les actualiser avant la sortie de ce chapitre... Désolée pour les quelques incohérences temporelles et autres que vous pourrez y trouver.

oOo

Chapitre 25 : Phœnix

L'après-midi était déjà bien avancée lorsque Sirius poussa la porte de la demeure Black.

Il laissa tomber ses clés sur le bahut de l'entrée et n'eut pas le temps de faire deux pas que Lily surgit devant lui. Elle l'observa un instant, tenta de regarder derrière puis reporta des yeux déçus sur lui.

La jeune fille aurait eu toutes les raisons de lui en valoir et de l'insulter, comme il n'avait pas cherché à la joindre depuis plusieurs heures qu'elle était partie avec Eline, mais elle se contenta de l'observer avec inquiétude avant de pousser un soupir.

- Eline est dans la chambre de Remus, elle pleure encore, annonça-t-elle. Je ne suis pas parvenue à la calmer, j'ignorais même qu'un enfant pouvait pleurer autant.

- Peste un jour... grommela le garçon en passant devant la jeune Evans.

Elle le suivit jusqu'au salon, où il se laissa tomber sur le canapé en fermant les yeux.

- Où est-il ? demanda-t-elle.

- Avec son ex, répondit-il en grimaçant. Avec qui d'autre pourrait-il être, hein ? C'est pas comme si je pouvais l'aider en quoi que ce soit, apparemment...

Lily ne répliqua pas. Pour elle, l'essentiel était que Remus ne soit pas seul pour le moment, et elle se moquait bien de la personne avec laquelle il se trouvait tant qu'elle pouvait lui apporter du réconfort.

- Sa sœur m'inquiète. La réaction qu'elle a...

- Et en quoi cela est-il censé m'intéresser ? l'interrompit Sirius avec humeur. Remus n'avait vraiment pas besoin de ça en plus. Parce qu'elle est petite, on devrait tout lui laisser passer ? A cet âge, surtout quand on voit la maturité qu'elle a pour certaines choses, on est capable de savoir quand on blesse les autres. Alors, oui c'est une gamine, oui elle a dû supporter pas mal de coups durs, mais on ne me fera jamais croire qu'elle n'a pas agi intentionnellement.

Il y avait une sorte de lassitude dans sa voix que Lily ne pensait pas le garçon capable de ressentir. Elle les connaissait depuis peu de temps, lui et sa bande, mais ils étaient si entiers et ouverts qu'elle avait le sentiment de les côtoyer depuis des années.

Elle pouvait même interpréter les non-dits dans leur façon d'être, comprendre que Sirius était rongé par quelque chose de plus grave qu'une simple mésentente entre un père et un fils, ou encore que la relation entre James et Sirius tenait d'un niveau qu'elle n'avait encore jamais vu, bien plus que de l'amitié, certainement pas du sentiment amoureux et pourtant plus que des frères. Et James la séduisait.

Il ne la séduisait pas au sens où il tentait d'attirer son attention, ce stade là avait déjà été dépassé, elle était séduite par lui. Par son sourire, ses yeux malicieux, ses blagues idiotes, ses comportements maladroits, sa droiture et sa confiance. Aujourd'hui, elle ne résistait plus que par jeu, pour voir jusqu'où il pouvait aller, ce qu'il pouvait encore inventer pour faire chavirer son cœur, et le jeune homme l'avait bien compris.

D'ici peu, ils formeraient un couple, et son instinct disait à Lily que cela durerait, qu'il était cet amoureux des chansons mièvres en lesquelles elle n'avait jamais cru. Cet instinct était accompagné de la certitude qu'en acceptant James, Sirius ferait forcément parti du lot, comme on peut parfois se traîner une belle-famille quelque peu encombrante. Non pas qu'elle y trouve à redire d'ailleurs...

Elle poussa un profond soupir, se rapprocha du garçon et lui balança une magistrale claque à l'arrière du crâne qui le fit partir en avant avec une exclamation de douleur.

- Non mais t'es pas...

- Abruti ! le coupa-t-elle en le plaquant des deux mains contre le canapé, ses yeux plantés dans les siens. Tu n'es vraiment qu'un imbécile, Sirius Black. Si tu crois que c'est le moment de faire une crise de jalousie, tu n'as vraiment rien compris à Remus.

Le jeune Black la regardait avec stupeur, il n'avait visiblement jamais envisagé une telle réaction de sa part.

- Que tu sois jaloux de cet autre type passe encore, quoi que cela dénote le peu de confiance que tu peux avoir envers Remus.

Il voulut répliquer vertement mais elle lui plaqua impérieusement un doigt sur les lèvres pour le faire taire.

- Mais de sa sœur ? Sérieusement ? Ce n'est certainement pas une nouveauté pour toi que le lien qui les unit est sans commune mesure à ce qu'on trouve habituellement dans une simple relation fraternelle. Et tu ne me feras pas non plus croire que tu ignores que ça ne date pas d'hier. Il se montre bien trop intime pour ne pas s'être dévoilé à ce point avec toi. Tu sais quel est ton problème, Black ? Tu t'imagines que tes réactions sont les seules valables en ce monde et que tout un chacun ne peut agir que d'une seule façon à une situation donnée. Mais laisse-moi te dire une chose, tu es bien loin de la réalité et si tu ne l'as pas encore compris à fréquenter Remus, je vais finir par croire que tu n'as jamais pensé qu'à toi.

Un éclair de fureur passa dans les yeux de Sirius, qui repoussa sans ménagement la jeune fille.

- Non mais tu te prends pour qui pour me donner ce genre de leçon ? siffla-t-il avec hargne.

Pour toute réponse, Lily le regarda avec étonnement, ce qui eut le don de le calmer immédiatement. Ce n'était pas une surprise due à l'accès de rage mais bien à la question en elle-même, comme si elle ne comprenait pas le pourquoi de celle-ci. Ses propos défilèrent à nouveau dans les pensées de Sirius et il éclata tout à coup de rire.

La jeune fille attendit qu'il se reprenne, en quête d'explications.

- Dis-donc poil de carotte, j'ai dû louper un épisode, quand est-ce que cette question est devenue superflue ? demanda-t-il après s'être calmé. T'es une petite maligne, toi.

Elle eut une exclamation moqueuse.

- Pas tant que ça, pour me retrouver dans un groupe aussi timbré que le vôtre.

- Pas faux...

Il y eut un autre silence durant lequel Sirius perdit de nouveau son sourire.

- J'ai toujours su que quelque chose n'allait pas entre Remus et sa sœur, je regrette juste de ne pas avoir pu y faire quelque chose avant que ça n'éclate. Et puis... est-ce que j'ai tort de me dire que c'est lui qui n'a aucune confiance en moi ? Je ne pense pas. Et quand je le reverrai, et je vais le revoir, même s'il essaie de m'éviter, il aura intérêt à avoir une bonne explication.

Ses yeux étaient résolus lorsqu'il regarda à nouveau Lily, comme ils l'avaient toujours été.

- Je ne nie pas avoir un ego sur développé, c'est ce que je suis et je ne m'en suis jamais mal porté, ce n'est pas aujourd'hui que ça va commencer. Remus le sait très bien et je n'ai aucun doute sur le fait que c'est une des raisons pour lesquelles il est avec moi. Je suis égocentrique à ce point que je connais pertinemment les raisons qui l'ont poussé à m'accepter pour petit ami. Et c'est aussi pourquoi je ne retiendrai jamais mes mots devant lui, dussent-ils le blesser pour mieux le sortir du marasme qu'est son passé.

La jeune fille voulut lui répondre mais une petite voix l'interrompit.

- Rem's ?

Eline se tenait dans l'entrée du salon, les yeux, le nez et les joues rouges de ses récents pleurs, l'air complètement perdu. Elle se tenait au chambranle, à demi cachée, et parcourait la pièce des yeux, à la recherche de son frère.

- Eline, tu devrais être dans la chambre, lui dit doucement Lily en s'approchant d'elle pour la prendre dans ses bras.

Mais l'enfant secoua la tête et repoussa l'adolescente avec un rictus d'angoisse.

- Où il est ? Où est Rem's ? Pourquoi il est pas rentré avec lui ? Où il est !

Sa voix partit dans les aigus comme elle désignait Sirius et que ses pleurs revenaient. Lily jeta un coup d'œil au garçon pour le voir porter un regard froid et dur sur la petite fille. Avec un soupir exaspéré, elle la prit dans ses bras pour la ramener dans la chambre.

- Écoute, Remus devait juste aller quelque part, mais il va revenir, tu le sais ça, lui expliqua-t-elle d'un ton rassurant.

- Non ! Non c'est pas vrai ! Il a dit qu'il me laisserait jamais mais il a encore menti ! C'est un menteur ! Et les menteurs, je les déteste ! hurla-t-elle.

La crise de larmes avait repris, aussi forte qu'avant, et Lily se sentait complètement désemparée. Si seulement Mme Black pouvait revenir, elle était certaine qu'elle saurait trouver les mots justes.

L'adolescente pouvait comprendre les pleurs de l'enfant, mais elle ne pouvait empêcher un certain sentiment d'agacement de poindre en elle. Après tout, Sirius n'avait pas totalement tort la concernant et, du temps du collège, c'était aussi pour l'éloigner de sa sœur qu'elle entraînait si souvent Remus sur ses rollers.

- Bon, je te laisse un instant, je...

- Non !

Eline s'agrippa à elle, le souffle court. Ses larmes semblaient figées sur son visage mais Lily sentit son cœur s'arrêter en voyant le désespoir et la panique s'inscrire sur ses traits si enfantins. La fillette respirait par à coups, comme sous l'effet d'une crise, et Lily posa ses mains sur ses petites épaules dans l'espoir de la calmer.

- Là, là, souffla-t-elle. Respire doucement. Ça va aller. Je suis là, je reste avec toi. C'est ça, respire doucement, ça va aller...

De nouveaux pleurs vinrent remplacer la crise d'angoisse, mais elle agrippa les bras de la jeune fille avec une force que Lily ne se doutait pas qu'un enfant pouvait posséder.

- C'est pas vrai... souffla la fillette, les yeux baissés.

- Quoi ? Qu'est-ce qui n'est pas vrai ? Remus va revenir, c'est certain. Il...

- C'est pas vrai ! la coupa Eline d'une voix plus aiguë.

Lily se tut, attendant qu'elle poursuive.

- J'ai... J'ai menti, hoqueta-t-elle. Je... Je le savais... qu'il avait mal. Je le... le savais. Parce que... Parce que... ça fait... mal... quand... on frappe... Mais... Mais...

Elle éclata en sanglots sous le regard ébahi de Lily.

- Je voulais pas dire ça ! Mais je savais pas ! Y'avait tout ce monde ! Et puis des gens bizarres ! Je comprends pas ! Pourquoi y'avait ces gens ? Remus, c'est sûr qu'il me déteste maintenant ! Parce que ! Parce que ! J'ai été une méchante fille ! Je lui ai dit des choses méchantes ! Mais j'ai ! Mais j'ai ! Mais c'était pas vrai ! Je veux revoir Remus ! Je veux revoir mon frère ! Je veux revoir mon frère ! Remus !

Elle se laissa aller contre Lily en continuant à appeler son frère, comme un appel de détresse incessant, dans des gémissements de désespoir qui firent peur à la jeune fille.

Il ne fallut cependant pas longtemps avant que l'enfant ne tombe endormie, épuisée des émotions de la journée et d'avoir tant pleuré. Lily la borda et resta un instant avec elle avant de sortir silencieusement.

Sirius se trouvait dans le couloir, adossé au mur.

- Tu as entendu ?

- Toute la ville a dû l'entendre, rétorqua-t-il. Et n'avais-je pas raison ?

- Je ne pense pas que ce qu'elle vient de dire revient à une volonté de faire souffrir son frère, tempéra Lily. Je crois... que c'était juste nécessaire...

- Ah oui, c'est certain. Remus avait vraiment besoin de retrouver son état précédent, aucun doute, ironisa Sirius.

- Bien, fais semblant de ne pas comprendre. C'est à régler entre vous après tout, remarqua la jeune fille avec un vague geste de la main. Je vais passer voir James, il m'a envoyé une dizaine de messages durant l'après-midi mais je me voyais mal lui expliquer la situation par téléphone. D'ailleurs ta messagerie doit être bien remplie. Envoie lui au moins un message pour lui dire que tu vas bien.

Elle le salua et partit sans attendre sa réponse.

Avec un certain agacement, Sirius vit que la mémoire de son téléphone était effectivement pleine. Pas seulement à cause de James d'ailleurs, Olivier, Stéphane et Mélodie avaient également essayé de le joindre. Ils s'inquiétaient tous de ce que ce rendez-vous imprévu aux service sociaux avait donné. Cette bande d'idiots...

Il leur renvoya un court message pour dire que Lily pouvait leur raconter la journée et s'affala sur le canapé. Dehors, le soleil commençait à se coucher. Mais Remus rentrerait sans aucun doute ce soir... Sans aucun doute...

oOo

Une odeur familière de café éveilla les sens de Remus. Il inspira lentement et profondément et cligna des yeux, surpris de réaliser qu'ils étaient ouverts. Un regard alentour lui fit découvrir un salon familier, avec ses canapés de cuir et la table basse en verre. Une grande baie vitrée laissait le soleil illuminer la pièce d'une douce chaleur et le jeune homme profita des rayons sur son visage jusqu'à ce qu'un bruit lui fasse tourner la tête.

Jonas venait de déposer un mug de café fumant juste devant lui et s'asseyait dans le fauteuil en face en soufflant sur sa propre tasse.

- Merci, dit Remus en attrapant la anse.

- Je pensais que tu n'émergerais pas avant d'avoir tout bu, remarqua son ancien collègue avec une pointe d'amusement qui dissimulait mal son inquiétude.

L'adolescent fixa le liquide noir avec un demi sourire et se laissa tomber contre le dossier avec un profond soupir.

- Je réfléchissais, c'est tout, expliqua-t-il doucement.

- Et tu avais besoin que je vienne te chercher pour ça ?

La curiosité de Jonas était sincère et Remus ne put retenir un petit rire.

- Oui, j'en avais besoin, admit-il. Parce que... Je suppose que tu es le seul avec qui je me sentais capable d'être pour me poser... Excuse-moi de t'utiliser de la sorte.

Le ton de sa voix n'était pas vraiment désolé. Leur relation avait toujours été ainsi, ils s'étaient servis l'un de l'autre dans un moment où ils avaient besoin de quelqu'un à leur côté. Ça n'avait jamais été plus compliqué que cela, et ça s'était fini de même.

- N'est-ce pas cruel pour le garçon qui était avec toi ?

Il n'y avait aucune accusation, juste une constatation. C'était la deuxième fois que l'homme rencontrait Sirius, et les deux fois celui-ci avait plus ou moins été laissé de côté par Remus, la question était légitime.

- Peut-être... Non, c'est même certain en fait. Mais il y a des choses que je dois dire, là, maintenant, sans attendre, et Sirius ne peut pas les comprendre. Enfin si, il le peut, mais il aurait réagi beaucoup trop violemment pour me permettre de m'exprimer. A vrai dire, tu n'es pas le seul à qui j'aurai pu en parler, mais tu es le seul dont j'ai le numéro.

Jonas le regarda un moment puis se mit à rire.

- Toi, tu n'as vraiment pas changé. Quel désespoir devrait me submerger en ce moment, s'amusa-t-il. Mais je suis heureux de voir que tu es en forme. Même si Farés nous assurait que tu allais bien, ton départ a été pour le moins brutal.

Remus le regarda avec étonnement.

- Monsieur Farés vous donne des nouvelles de moi ? Mais je ne suis plus en contact avec lui depuis plusieurs semaines.

- J'ignore d'où il tient ses informations mais nous avons droit à un rapport hebdomadaire. Enfin, il nous dit simplement de ne pas nous inquiéter pour toi et que tu es entre de bonnes mains, nous ignorons les détails. Mais je peux t'assurer que je ne suis pas le premier à lui tomber dessus pour avoir de tes nouvelles.

- Comment ça ?

- Qu'est-ce que tu croyais ? Tout le monde s'inquiète pour toi au Paradis Rouge. Même Yoann laisse traîner une oreille lorsque Farés fait son rapport. Théo ne le laisse pas partir sans avoir tenté de lui arracher la moindre bribe d'information supplémentaire et Serge essaie de poser des questions l'air de rien sans duper personne. Mais la plus véhémente est de loin Priscilla. Tu lui manques vraiment...

L'adolescent hocha la tête, parfaitement conscient de la véracité de ces propos. Il avait déjà prévu de repasser au Paradis Rouge, mais tant que l'histoire avec les services sociaux n'était pas terminée, c'était risqué. Il en avait d'ailleurs eu la preuve aujourd'hui avec ce que lui avait dit l'agent social concernant sa surveillance.

- Je vais te laisser une lettre pour chacun, dit-il lentement tout en y pensant. Pour le moment, je ne peux pas venir au Paradis. Peut-être dans un ou deux mois...

Il renversa la tête en arrière avec un soupir puis reporta son regard sur Jonas sans parler pendant un moment.

- Si tu le préfères, je ne dirai rien, je comprendrai parfaitement que tu ne veuilles pas entendre mon histoire, surtout que je suis persuadé que tu en as déjà perçu les grandes lignes, déclara-t-il. Je vais te dire ce que j'ai besoin de dire, parce que tu es une des personnes auxquelles je me sens de raconter cela. Je ne te dirai pas tout, il est des choses que personne ne saura sans doute jamais ou pas avant un très long moment, et un événement, sans doute le plus important, que je ne peux raconter actuellement qu'à une seule personne. Parce que... certaines choses ne peuvent être dîtes qu'à certaines personne, n'est-ce pas ?

Jonas hocha la tête, se cala dans le fauteuil et tendit sa tasse vers lui.

- J'écouterai ce que tu pourras me dire, assura-t-il.

Il fallut quelques secondes au châtain pour réordonner son récit avant de se lancer. Il parla lentement, afin d'être certain de structurer suffisamment ses propos pour ne pas perdre son ancien collègue en cours de route. Il lui parla de son enfance, de la folie de sa mère, la violence de son père, de l'arrivée d'Eline et tout ce que cela avait pu représenter, du suicide de Nadine, sa rencontre avec Sirius, combien leur propre relation l'avait permis d'aller plus loin avec lui, le suicide de son père, son apathie qui avait suivi... Il n'évoqua pas sa crise de folie qui l'avait mené à étrangler Sirius, il passa sous silence la liberté que son amitié avec Lily lui avait apporté, mais il raconta, encore et encore, la relation particulière qu'il entretenait avec sa sœur, jusqu'à sa crise d'il y avait quelques heures à peine.

L'homme ne l'interrompit pas, pas même lorsqu'il lui avait fallu plusieurs minutes de silence avant d'évoquer la mort de Francis. Il était resté attentif et laissa s'écouler une dizaine de minutes lorsque Remus eut terminé son récit pour l'assimiler. Il en avait deviné une partie, entre le père violent et les relations exacerbées, il n'en avait par contre jamais saisi l'intensité jusqu'alors. Il ouvrit la bouche pour prendre la parole mais un petit rire le coupa. Remus secoua la tête en signe d'auto dérision.

- J'ai vraiment été salaud avec Sirius, souffla-t-il. Je n'ai fait qu'agir avec lui de la façon dont ma sœur a agi avec moi, le punissant de quelque chose qu'il n'a pas fait.

- Tu comptes le revoir bientôt ?

- Évidemment. Je l'aime, ajouta-t-il en toute simplicité. Mais là... je ne voulais juste pas qu'il soit à mes côtés, le temps de réaliser, le temps d'accepter, le temps... de profiter...

- Tu n'as pas été si perturbé que cela par la réaction de ta sœur, nota Jonas.

- Non. Cela m'a fait un choc. Comme... Comme lorsqu'on tend un élastique à l'extrême et qu'on attend le point de rupture. Il y a ce moment de stagnation où l'on sait que tout va rompre mais où l'ensemble résiste plus que ce à quoi on s'attendait. Et puis... La cassure... On est surpris... mais on l'attendait dans le même temps...

Un sourire tendre s'afficha sur ses lèvres.

- Je suis un mauvais grand frère. Je le savais bien, et je sais aussi pertinemment qu'Eline ne pensait pas ce qu'elle disait, elle était juste complètement perdue, plus qu'elle ne l'a jamais été, et je l'ai laissé dans cet atroce moment en le sachant... J'ai affranchi ma sœur de la pire des façons qui soit. Maintenant, il va falloir reconstruire en évitant le piège de la facilité qui serait de rebâtir à l'identique...

- Tu t'es enfin séparé de ta sœur.

- Oh non, ce serait trop simple... Je l'ai séparé de moi mais la réciproque est trop ancrée. Ma sœur... est le sang qui coule dans mes veines, déclara-t-il doucement avant de lever un regard un peu mélancolique. Effrayant, pas vrai ?

- Au moins en as-tu conscience, grimaça Jonas avec un soupir.

- Il ne peut en être autrement. Cela fait trop longtemps que nos vies sont liées. Elle est et restera à jamais la première que je protégerai, personne ne pourra prendre cette place, quand bien même elle deviendrait un jour assez forte pour ne plus avoir besoin de moi. C'est ma folie... mais c'est aussi mon élixir de vie. Eline saura un jour se débrouiller sans moi, je lui enseigne et lui enseignerait ce qu'il faut pour cela, car c'est ce qu'elle mérite, mais ce ne pourra jamais être mon cas, quoi qu'il arrive. Son cœur peut grandir, le mien non, peu importe les heures que je pourrai passer en thérapie. Et au regard de ce que cela aurait pu être, c'est une malédiction que j'accepte avec plaisir.

Il but une gorgée de son café désormais froid et sourit tendrement.

- Et cette petite parcelle de mon cœur qui ne lui est pas attribuée peut contenir beaucoup plus que je ne le pensais.

La nuit était tombée le temps de son long récit. Quelques considérations effleurèrent l'esprit de Remus, prévenir ses amis et les Black qu'il allait bien, peut-être même rentrer au Val de la Garrigue pour rassurer totalement sa sœur et Sirius, mais elles ne firent que s'attarder vaguement avant de s'envoler.

Il était chez Jonas, dans cette alcôve du monde où il n'y avait plus que lui, son corps et son esprit réunis, où l'univers tout entier disparaissait à son profit lorsque les étoiles éclairaient le ciel. Ses paupières se fermèrent sans une pensée pour personne d'autre que lui malgré tout ce qu'il avait pu raconter. Il s'endormit d'un sommeil de plomb sans rêve, bercé par les pulsations de son propre cœur.

o

Un rayon de soleil directement sur son visage le réveilla tôt le lendemain matin. Jonas l'avait recouvert d'une couverture et lui avait même glissé un oreiller sous la tête, le laissant dormir sur le canapé.

Le café frais embaumait à nouveau l'appartement, accompagné du parfum suave de viennoiseries tout juste sorties du four. On parlait dans la cuisine, et ce n'était pas la radio.

Remus se dirigea vers l'origine de la conversation et marqua un temps d'arrêt surpris en découvrant l'interlocuteur de Jonas. Le nouveau venu ne prit quant à lui qu'une fraction de seconde pour se remettre lorsqu'il l'aperçut.

- Matt ! Je suis super content de te revoir ! s'écria le blond en se levant d'un bond pour le serrer fortement dans ses bras avant de l'éloigner en gardant les mains sur ses épaules pour l'observer. T'as l'air en forme, ça fait plaisir !

- Moi aussi je suis heureux de te voir, Théo, répondit Remus après s'être remis de sa surprise.

Son ancien collègue secoua la tête avec amusement.

- Hin hin ! Maxime, c'est mon vrai prénom.

- Et moi Remus, répondit l'adolescent en se demandant vaguement s'il le savait déjà.

- Wha ! Pas courant ! C'est plutôt classe ! Pas comme Jonas, Léandre est un prénom beaucoup plus cool, tu ne trouves pas ? se moqua l'homme avec amusement en regardant leur hôte.

Il passa un bras autour des épaules de Remus pour le rapprocher et se pencha vers lui comme en confidence.

- Il ne te l'a sûrement pas dit, ce grand timide, mais j'ai mis le grappin dessus, annonça-t-il avec un immense sourire satisfait.

Jonas roula des yeux en esquissant un sourire comme Remus paraissait un peu surpris. Était-ce lui, l'homme dont lui avait parlé le noir lorsqu'ils avaient mis fin à leur relation ? Même si le couple détonait un peu, entre l'exubérance optimiste de Th... Maxime et le calme pondéré de Jonas, il comprenait la dynamique qui les liait et ne pouvait que se réjouir pour eux deux.

- Félicitations, dit-il sincèrement, s'attirant un sourire encore plus éblouissant.

Il les quitta après le petit déjeuner, non sans la promesse à Maxime de remettre à Jonas les lettres dont il avait parlé la veille.

Il ne prit pas directement la direction du Val de la Garrigue, ses pas le menèrent d'abord chez Severus, mais la famille était absente. Cette éventualité ne lui avait pas échappé et il avait emprunté de quoi écrire chez Jonas. Il laissa un mot pour le rassurer sur son état en lui promettant une prochaine discussion. Au point où en étaient les choses, cela ne faisait plus vraiment de différence qu'il le voie avant ou après Sirius, peut-être même était-il préférable d'avoir extériorisé tous ses démons avant.

Il y avait en revanche une rencontre qu'il désirait vraiment faire avant et il ne lui fut pas facile de maintenir son angoisse à un niveau supportable alors qu'un bus le menait en dehors de la ville.

Son cœur battait à tout rompre comme il comparait le numéro d'une villa avec une adresse qu'il tenait de sa main crispée. Le garage était ouvert mais vide et les fenêtres de la maison étaient ouvertes, l'un des deux était donc sorti. Il espérait juste que ce soit elle qui réponde. Il pressa la sonnette.

oOo

La matinée avait été effroyable. Remus n'était finalement pas rentré de la nuit. Heureusement, Eline avait dormi d'une traite jusque tard et la mère de Sirius avait été là à son réveil pour calmer ses angoisses.

Procyon Black avait, à de nombreuses reprises, semblé vouloir interroger son aîné sur la raison de l'absence de Remus, mais il s'était toujours retenu. Quant à Regulus il avait surtout montré de l'inquiétude à l'air morose de son frère, craignant sûrement qu'il revienne à son attitude initiale envers sa famille. Sirius avait trouvé il ne savait où le réflexe de lui ébouriffer les cheveux en lui adressant un sourire narquois pour le rassurer, geste qui les avait surpris tous deux mais que l'aîné des Black avait simplement ponctué d'un haussement d'épaules pour signifier qu'il ne comprenait pas très bien lui-même mais que si les choses devaient être ainsi, elles le seraient.

Toute la bande avait évidemment débarqué pour prendre des nouvelles en fin de matinée, ce qui avait donné lieu à une scène surréaliste du point de vue de Sirius où sa mère les invita à rester manger. Le repas fut des plus improbables comme son père se joignit à eux. Il ne dit rien si ce n'est pour souhaiter un bon appétit à tous et ses amis, James le premier, se firent un devoir de parler de tout et de rien pour dissiper l'étrange malaise ambiant.

Eline, qui était assise face à la fenêtre et triturait sa nourriture sans vraiment la toucher, poussa brusquement une exclamation entre joie et soulagement en plein milieu du dessert, s'élançant vers le hall. On la suivit avec circonspection pour la voir ouvrir la porte d'entrée au moment même où quelqu'un sonnait.

Elle se jeta immédiatement dans les bras de son frère en pleurant, se répandant en excuses et l'assurant de tout l'amour qu'elle lui portait. Remus la serra tendrement dans ses bras sans répondre et observa sans la lâcher le groupe hétéroclite qui l'attendait dans le hall.

Cérès Black fut la première à se reprendre. Elle s'éclaircit la gorge pour souhaiter la bienvenue au jeune homme et lui indiquer qu'il pouvait déjeuner, s'il le désirait. Remus la remercia mais il avait déjà mangé.

Monsieur Black se contenta de le fixer un moment, finit par hocher la tête et se retira avec sa femme sans prononcer le moindre mot. Regulus passa son regard de Remus et Eline à son groupe d'amis, grimaça et préféra s'éclipser également.

Eline toujours dans les bras, Remus regarda Lily droit dans les yeux.

- Merci d'avoir ramené ma sœur.

La jeune fille lui répondit qu'il n'y avait pas de quoi. Elle hésita un instant à enchaîner sur ce qui s'était passé au centre social, comme elle avait eu le fin mot sur la raison du comportement de cet homme exécrable, mais ce n'était pas le moment.

- J'hésite très fortement à te foutre mon poing dans la gueule, lança soudain Sirius sans se soucier une seconde qu'une enfant entende ses propos.

Des regards allant de l'horreur à la désapprobation se tournèrent vivement vers lui, mais Remus se contenta de secouer la tête.

- Tu peux toujours essayer, je ne te laisserai pas faire.

- Vraiment ? Tu penses avoir encore de bons réflexes ? Pas trop fatigué par ta longue nuit ? répliqua son compagnon avec hargne.

- J'ai très bien dormi cette nuit, lui assura Remus sans perdre de son calme.

- Tu m'en vois ravi, on ne peut pas vraiment en dire autant. Mais ça n'a pas l'air de vraiment te préoccuper.

Le châtain l'ignora et regarda sa sœur.

- Eline, demain, on aura une discussion toi et moi. Nous avons beaucoup de choses à nous dire, n'est-ce pas ?

- Pas maintenant ? demanda l'enfant d'une petite voix.

- Non, pas maintenant, confirma Remus en gardant un ton doux. Maintenant, je dois parler avec Sirius, et ça va durer longtemps.

- Mais il vient de dire qu'il voulait te frapper ! Comme papa ! s'inquiéta-t-elle avec une sincérité qui fit grimacer James mais n'arracha qu'un soupir exaspéré à Sirius.

- Ce n'est qu'un cabot, affirma son frère sans retenir de l'amusement dans sa voix. Il aboie beaucoup mais ne mord pas.

L'héritier des Black se gonfla d'indignation mais James et Stéphane lui enfoncèrent respectivement et sans aucune douceur un coude dans le ventre et dans le dos tandis que Mélodie lui décochait un magistral coup de pied dans le mollet. La bouffée d'irritation du garçon expira en un râle de douleur d'autant plus outré.

- Nous, on va aller au Terrain, déclara Olivier avant que son ex petit ami n'ait eu le temps de se reprendre. Avec tout ça, l'entraînement a pris du retard !

- Je peux compter sur toi pour m'entraîner Lily ? enchaîna James avec son meilleur sourire innocent.

- Sans aucun problème. Mme Black avait déjà prévu de s'occuper d'Eline aujourd'hui, ajouta-t-elle à l'intention de Remus. Mais je compte sur toi pour demain.

- Je serai là.

Mais pas forcément opérationnel, songea-t-il intérieurement.

Il s'agirait de sa quatrième tentative sur les rampes, et les précédentes n'avaient pas été très concluantes. Les deux première fois, il n'avait tout simplement pas pu mettre le pied sur la rampe, frappé par de foudroyantes crises d'angoisse à la simple idée de monter dessus. La fois suivante, avec beaucoup de difficultés et une respiration erratique, il s'était balancé quelques secondes au centre d'une double rampe. Et la dernière fois, il était resté au sommet, près d'un quart d'heure debout sur le rebord sans se lancer et les trois quart d'heure qui avaient suivi simplement assis à observer les autres évoluer.

Mais sa conversation avec Sirius pouvait tout changer.

Leurs amis prirent congés sur l'assurance qu'ils auraient droit à leur part d'explications le lendemain. James annonça également, non sans un soupçon de réprimande, qu'il préviendrait Andromeda de l'évolution des choses et qu'il serait peut-être de bon ton de contacter également le professeur Hortense.

Remus lui accorda un léger sourire contrit qui dissimulait mal l'amusement face à son ton de papa grondant son enfant. James lui répondit par une grimace entre réprobation et dérision et la petite troupe s'éclipsa.

Sirius et Remus n'échangèrent pas le moindre mot le temps de confier Eline à Mme Black et de monter dans la chambre du premier. Mais dès que la porte fut refermée, Sirius repoussa son compagnon contre celle-ci, comprimant son torse de son bras droit, les yeux flamboyant de colère.

- Un cabot, hein ? Tu crois vraiment que c'est le moment d'être spirituel ? siffla-t-il.

Le châtain se contenta de le fixer sans aucune crainte, avec la patience d'un dresseur attendant qu'un fauve calme sa colère. Cela n'eut d'autre effet que d'arracher un grondement de rage au jeune Black qui le plaqua plus fortement contre la porte et planta impérieusement ses lèvres sur les siennes.

Remus ne se fit pas vraiment prier et ouvrit immédiatement les lèvres, ce qui eut le don d'exaspérer encore plus son ami. Il l'embrassa à l'en étouffer puis remonta le long de sa joue jusqu'à son oreille qu'il mordit assez fort pour arracher une grimace de douleur au châtain et faire perler quelques gouttes de sang.

Il posa ensuite son front sur l'épaule de son compagnon en imprimant une forte pression, sans le relâcher.

- Ton black doit être bien plus doux, grogna-t-il avec la même irritation qu'avant.

- En fait de spirituel, non seulement tu viens de prouver que tu pouvais mordre mais ton jeu de mot est des plus intéressants.

Sirius le fixa à nouveau, le mettant au défi de continuer à blaguer de la sorte.

- L'inconscience de tes propos ne le rend que plus amusant, s'entêta-t-il sans se démonter.

Le jeune Black souffla fortement, frustré, et s'éloigna en poussant sur le bras qui tenait son amant, lui tournant le dos pour éviter de commettre un massacre qu'il pourrait potentiellement regretter au bout de trente ans de prison.

- Je m'excuse de t'avoir inquiété, dit finalement Remus. J'avais besoin de temps pour mettre certaines choses au point avec moi-même.

- Toi-même ? lâcha Sirius dans une exclamation méprisante. Alors maintenant ce type fait carrément parti de toi ? De mieux en mieux, vraiment !

Il se retourna pour lui faire face à nouveau.

- Tu sembles en effet en pleine forme. Ça a dû être une sacrée partie de jambes en l'air !

- Il ne s'est strictement rien passé entre Jonas et moi, déclara-t-il calmement. J'ai parlé, il a écouté. Que tu me croies ou non ne dépend que de toi. J'ai des choses à te dire, mais c'est à toi de décider si je le ferai ou non.

Sirius écarta les bras avec un air ébahi, prêt à répliquer, mais ses mots se coincèrent dans sa gorge.

- Ça c'est la meilleure, grommela-t-il.

Il se passa la main dans les cheveux en inspirant fortement puis expira tout l'air d'un seul coup, croisa les bras, leva la tête en pinçant les lèvres puis relâcha tout son corps dans une attitude blasée.

- Ok, t'as pas couché avec lui. Et je suis donc sensé accepter sans rien dire que ce type arrive à te soigner en une nuit quand je galère pendant plusieurs jours ?

- Les circonstances étaient différentes... très différentes... Sirius, un jour j'essaierai de t'expliquer cela mais ce n'est pas ce dont je dois te parler pour le moment. Je t'aime, c'est la seule assurance que je peux te donner. C'est toi qui m'as voulu le premier et tu as réussi à faire en sorte que je te veuille également.

Il eut un petit rire désabusé.

- Est-ce que tu réalises que nos vies se sont liées il y a moins de six mois ? Cela me semble une éternité. Malgré tout ce qui a pu m'arriver, ces six mois ont été plus riches que l'intégralité des seize années que j'ai vécu. Et cela, je le dois en grande partie à toi.

Avec une profonde irritation, Sirius se souvint de la dernière conversation qu'il avait eue avec Severus Rogue. Cet abruti avait eu raison sur toute la ligne. Enfin, presque...

Il resta à observer le garçon qui lui faisait face, étudiant sa posture calme, ses traits qu'il connaissait de mieux en mieux, ses yeux si brillants par rapport à ce qu'ils avaient été, sa bouche si tentante... Et la morsure qu'il avait infligé à son oreille.

Il se rapprocha et se pencha pour lécher le lobe blessé, ne rencontrant aucune résistance. Il posa à nouveau ses lèvres sur les siennes, doucement, comme une caresse, puis appuya son front contre le sien avec un soupir.

- Tu me fais complètement perdre les pédales. Et je ne veux aucun commentaire sur les clichés romantiques, ajouta-t-il immédiatement.

Remus sourit, l'embrassa à son tour puis lui saisit les poignées pour le faire s'asseoir sur le lit. Ses mains tremblaient imperceptiblement.

- Je vais te raconter, souffla le châtain dans un murmure, pourquoi j'ai failli te tuer, le jour où nous sommes allés à l'appartement.

- Tu n'as pas...

- Si, le coupa-t-il doucement. Si James n'était pas intervenu, je ne pense pas que j'aurai pu m'arrêter tout seul, à moins que tu aies eu la chance que je m'évanouisse avant.

Sirius ne trouva rien à répondre et attendit que Remus se décide à commencer, ce qu'il ne fit qu'après une interminable minute de réflexion.

- Je n'ai pas pleuré, lâcha-t-il enfin.

Le jeune Black attendit la suite...

- Tu veux dire après la réaction d'Eline ? demanda-t-il finalement comme l'autre ne semblait pas décidé à poursuivre.

- Le jour où ma mère est morte. Je n'ai pas pleuré.

Son compagnon fronça les sourcils. Avec les larmes qu'il avait versé pour cet homme qu'il n'arrivait que difficilement à appeler père, il était peu crédible que ça ait été le cas.

- Je me souviens très bien de ma mère, se lança pour de bon Remus. Elle avait un sourire qui illuminait son visage. Sa bouche, ses yeux, ses joues, même ses sourcils formaient sur son front de petits plis lorsqu'elle riait. Son rire... C'est un son que je ne pourrai jamais oublier tellement il me réchauffait le cœur. Elle avait une voix très douce, basse et presque chantante.

Un sourire d'une tendresse infinie se rendit jusqu'à ses yeux à ce souvenir. Il secoua la tête et regarda très sérieusement Sirius.

- Ce n'est pas mon imagination, assura-t-il, ce ne sont pas des mensonges ou des souvenirs enjolivés, elle était la meilleure des mères qu'on puisse avoir, à ne jamais lever le ton, à toujours nous serrer tendrement dans ses bras et nous raconter des histoires. Mais tout cela s'effaçait si vite, dès que mon père s'énervait contre elle...

Son corps tout entier fut parcouru d'un frisson et il serra les bras autour de son torse.

- C'est un sentiment que je ne pourrai jamais oublier non plus. Cette mère si aimante, si parfaite, qui brusquement me plaçait devant un père en rage, menaçant, le suppliant de s'en prendre à moi plutôt qu'à elle, me retenant d'une force que je ne lui connaissais pas et dont je ne pouvais me dégager. C'était un sentiment... de pure terreur... Je n'étais qu'un gamin qui n'avait pour le protéger que ses parents et l'un me menaçait, l'autre me retenait. Francis ne m'a jamais battu lorsque Nadine faisait ça mais je l'avais déjà vu faire, je savais à quel point il pouvait être violent. Et après ça, lorsque Francis tournait le dos et partait, ma mère me prenait dans ses bras, elle caressait mes cheveux et me souriait de cet air si chaleureux tout en essuyant mes larmes. « Tu m'as si bien protégé, je t'aime tellement. » Elle m'embrassait, riait, puis nous allions jouer ensemble, à chaque fois. A chaque fois...

Il ferma les yeux en inspirant profondément pour comprimer les sentiments qui montaient en lui.

- Je l'aimais et je la détestais. Comme je pouvais l'adorer, Sirius, comme je pouvais la haïr...

Sa voix se brisa et Sirius se retint d'intervenir quand il surprit dans les yeux à nouveau ouverts de son amant un éclat qui ressemblait bel et bien à de la haine.

- Et puis Eline est arrivée.

Il se calma, retrouva son sourire, plus prononcé que la douceur du précédent, qui laissait transparaître une euphorie et une fierté contenues.

- Moi qui n'étais qu'un enfant perdu, un mauvais fils qui ne savait pas comment aimer sa mère et attirer l'attention de son père, je suis soudain devenu autre chose. J'avais une sœur, je n'étais plus qu'un enfant, je n'étais plus qu'un fils, j'étais un frère. Tu ne peux pas imaginer ce que cela a signifié, ce que j'ai pu ressentir en comprenant cela. Je pouvais oublier mon rôle de fils, si je me focalisais sur ma sœur je n'avais plus à me soucier de mes parents. Elle est devenue mon univers avant même qu'elle ne vienne au monde. Alors que j'étais en train de me perdre, à ne plus savoir où se trouvait la frontière de l'amour et de la haine, j'ai pu l'aimer et la protéger de tout mon être, j'ai pu lui offrir les mensonges qu'on m'avait servi en les rendant vrais. Si Eline n'était pas née, je ne suis pas sûr que je serai encore là...

Il y avait dans sa voix une sincérité qui fit grimacer Sirius. Il pensait pouvoir comprendre cela, mais il ne pouvait malgré tout s'empêcher d'en vouloir à la petite.

- Tu sais, le psy a une théorie intéressante au sujet de son prénom, dit Remus avec un certain amusement. C'est moi qui le lui ai donné et j'ai toujours su ce qu'il signifiait : Eline, aile de Nadine arrachée, libérée de son joug. Je l'ai toujours su mais il m'a posé une question qui m'a fait réaliser que c'était plus que cela. Il m'a demandé : « Quelle part de Nadine lui as-tu enlevé? ». Je n'avais jamais vraiment réalisé, je n'y avais jamais vraiment réfléchi, je voyais juste ça comme la symbolique du lien maternel qui unissait ma mère et ma sœur, la coupure du cordon ombilical. Ce psy est un malin... A ce moment, lorsqu'Eline est née, l'enfant que j'étais a enlevé à sa mère tout ce qu'il voyait de bon en elle. Mais tu sais, si j'avais enlevé tout l'amour que je lui portais, que pouvait-il rester sinon... la haine...

Un nouveau silence. Remus gigota, regarda le plafond, se déplaça sur le lit, inspira plusieurs fois, l'air un peu perdu.

- Je n'ai pas répondu au psy... Ce que je vais te raconter maintenant, personne ne le sait et, jusqu'à il y a quelques mois, même moi je l'avais refoulé et tentais de l'oublier, déclara-t-il finalement.

Il regarda Sirius, en attente d'un signe. Celui-ci se contenta de hocher la tête, s'il se mettait à parler, il risquait de ne pas pouvoir se retenir et se mettre à nouveau en colère, cette fois contre la culpabilité qui semblait littéralement transpirer de Remus.

- Je me suis beaucoup occupé d'Eline, même avant la mort de notre mère. Chaque fois qu'elle la touchait, chaque fois qu'elle la prenait dans ses bras, j'avais envie de la lui arracher, de l'éloigner autant que possible. Elle n'avait pas changé, elle était toujours aussi souriante et aimante, et Francis était moins violent qu'avant donc elle agissait moins comme une mauvaise mère, et pourtant ce jour-là... ce jour là...

Son regard se perdit loin, très loin. Il traversa les murs de la demeure, remonta dans un passé trop longtemps enfoui.

- Il faisait beau, souffla-t-il, un temps parfait pour la compétition de roller, un de ces jours d'été où la chaleur est apaisée par la brise, le temps d'un rêve...

« Une superbe démonstration ! Nous avons des champions parmi nous aujourd'hui, messieurs dames, la compétition s'annonce rude ! Nous appelons le concurrent n°12 ! »

Le skate-parc était blindé de monde, la compétition de roller avait attiré bien plus de personnes que les organisateurs avaient prévu et aucune ne regrettait de se trouver là.

- Je commence à avoir le trac, frissonna Lily qui avait pourtant un immense sourire sur les lèvres et contenait mal son excitation.

Elle détourna son attention des rampes pour regarder Remus comme il ne lui répondait pas. Les yeux dans le vague, il avait la tête tournée dans la direction opposée et Lily poussa un soupir avant de lui attraper le menton pour le forcer à lui faire face.

- Tu es vraiment sur-protecteur, monsieur le grand frère. Même si je me considère déjà chanceuse d'avoir réussi à te traîner ici, je compte bien te faire oublier Eline quelques heures. Concentre toi sur le programme. Après tout le mal qu'on s'est donné à l'entraînement, ce serait dommage qu'on se plante parce que tu n'es pas assez attentif.

- Ne t'en fais pas Lily, tu sais bien que lorsque je suis sur les rampes, je ne pense à rien d'autre.

- Si je pouvais t'y enchaîner, souffla son amie avec un sourire.

Remus le lui rendit et lui donna un coup d'épaule qui la fit rire. Il était heureux d'être là, en sa compagnie sous un grand soleil, à pratiquer le sport qu'il préférait. C'était grâce à l'insistance de son obstinée partenaire qu'il s'y trouvait et il lui en était très reconnaissant.

Une sonnerie de portable retentit et ils se regardèrent l'un l'autre avant que Lily désigne sa poche, aussi perplexe et quelque peu inquiète.

- C'est le tien.

Le numéro qui s'affichait était totalement inconnu à Remus. Il décrocha.

- Allô ?

- Allô ! Ici l'hôpital Ignace Paré1, êtes-vous un proche de madame Nadine Lupin ?

Il ne répondit pas immédiatement. L'hôpital ?

- Oui...

- Nous avons trouvé votre numéro en appel d'urgence dans ses affaires. Il faudrait que vous veniez au plus vite, madame Lupin a eu un accident. Elle s'est fait renversée par un bus et se trouve dans un état critique.

Une fraction de seconde s'écoula, qui aurait tout aussi bien pu être une heure.

- J'ai compris, j'arrive.

- Remus ? Ça va ? demanda la voix inquiète de Lily. Tu es tout pâle.

Il la regarda un instant sans réagir, l'esprit vide.

- Ma mère a eu un accident. Elle est à l'hôpital.

L'adolescente écarquilla les yeux.

- C'est grave ?

- Un bus l'a percuté... Son état est critique.

- Il faut s'y rendre tout de suite ! Où est-elle ? A l'hôpital du centre ? C'était ton père au téléphone ? Il est avec elle ?

- Je...

- Excusez-moi ?

Ils se tournèrent vers un jeune homme roux qui se tenait à côté d'eux, vêtu d'une veste à l'effigie du concours et portant un badge de bénévole.

- Je n'ai pas pu m'empêcher d'entendre ce que vous disiez. J'ai une voiture, je peux vous amener si vous voulez, dit-il d'un air grave.

- Oui ! s'exclama Lily. Oui, ce serait vraiment...

- Non...

L'adolescente regarda son ami sans comprendre.

- Mais ce sera bien plus rapide que...

- J'accepte votre proposition, assura Remus au rouquin. Lily, tu restes ici et tu passes comme prévu, tu peux exécuter le programme seule.

- Mais...

- Lily ! Fais-le s'il-te plaît... Et remporte le trophée.

Il avait dit ça dans un sourire, désemparant sa partenaire. Après un signe de tête à l'inconnu, ils s'éloignèrent sans qu'elle les retienne. Remus lui indiqua l'hôpital alors qu'il démarrait.

- On devrait y être d'ici dix minutes, assura le chauffeur. Au fait, je m'appelle Charlie, Charlie Weasley.

Son passager ne répondit pas et il n'insista pas.

Remus aurait dû se poser une foule de questions. Pourquoi Eline n'était pas avec sa mère, pourquoi ce n'était visiblement pas le cas non plus de son père, pourquoi le numéro d'urgence que sa mère possédait était le sien et non celui de Francis. Il aurait dû...

Charlie le déposa devant l'entrée.

- J'espère que tout ira bien pour ta mère. Et ne t'en fais pas pour ta partenaire, je veillerai sur elle, tu peux me faire confiance !

Il hocha la tête et entra dans l'hôpital. Le hall était relativement calme, il se dirigea vers l'accueil. L'infirmière derrière la vitre le fixa avec stupeur lorsqu'il expliqua la raison de sa présence ici.

- Mais... Quel âge avez-vous ?

- Douze ans, je suis son fils, expliqua-t-il.

- Douze... Je ne pense pas que... Attendez un instant.

Déstabilisée, la femme décrocha le téléphone et demanda après un docteur. Une femme dans la quarantaine arriva, écouta les explications de sa collègue puis regarda Remus avec un embarras mêlé de perplexité.

- Nous pensions voir arriver son mari ou un autre membre de la famille... Un adulte... dit-elle avec une certaine prudence. Tu as pu prévenir ton père ? Il arrive ?

- Je n'ai pas de moyens de le contacter, je n'ai que le numéro de notre appartement et il n'y est pas en ce moment.

C'était un mensonge. Enfin, pas vraiment, mais il ignorait si son père se trouvait à l'appartement ou non et, pour une raison qu'il ne s'expliquait pas, il n'avait aucune envie de le tenir au courant de la situation.

- Je peux la voir ? demanda-t-il.

Le médecin l'observa un moment, hésitante. Elle jeta un œil aux papiers qu'elle tenait en main puis sembla prendre une décision.

- Oui, décréta-t-elle. Suis-moi. Mais il faut que tu saches qu'elle ne va pas bien du tout. Pour le moment, nous avons endigué l'hé... Enfin... Disons qu'elle dort et que c'est une bonne chose, se reprit-elle en cherchant ses mots.

Elle ouvrit la bouche pour ajouter quelque chose mais se retint. Selon toute vraisemblance, il y avait plus à dire sur son état que ce qu'elle prétendait, mais pas devant un enfant de douze ans.

Nadine était dans un lit entouré d'énormes machines ronronnantes et aux Bip incessants qui rythmaient ses pulsations cardiaques. Son visage était méchamment éraflé, de même que ses mains qui reposaient sur les draps blancs, et ses longs cheveux d'ordinaire si bien entretenus et soyeux étaient poisseux de sang séché mais aussi de bitume et de poussière.

Bip... Bip... Bip...

- Nous avons déjà pratiqué une opération pour...

A nouveau, la femme s'arrêta d'elle-même et laissa échapper un soupir agacé clairement destiné à elle-même.

- Évite de la toucher, nous attendons encore des résultats pour savoir ce que nous devons faire d'autre. Je reviens dans une minute.

Une infirmière qui s'affairait autour du lit sortit également sous un signe du docteur et Remus se retrouva seul dans la chambre.

Bip... Bip... Bip...

Un moment, ses pieds refusèrent de bouger, puis il s'approcha au bord du lit. Qu'elle l'entendît ou qu'il ne se soit agi que d'une simple coïncidence, la femme ouvrit les yeux à ce moment. Elle cligna des paupières et balaya les alentours, la nuque immobilisée par une minerve. Son regard se posa sur son fils et un léger sourire apparut sur ses lèvres.

Un mouvement dévia l'attention de Remus, sa mère tentait difficilement de lever la main vers lui. Après une hésitation, il glissa la sienne dans sa paume.

Bip... Bip... Bip...

Nadine s'y reprit plusieurs fois avant de parvenir à parler, la respiration saccadée.

- Je suis… désolée… Fais attention à… elle… d'accord ? Tu la protèges… comme tu me protèges… Tu es… un gentil garçon… Je suis si fière… de toi…

La main de Remus s'était tellement crispée sur celle de sa mère qu'il lui coupait probablement la circulation, mais aucun des deux ne le réalisa. Elle referma les yeux sur un vague sourire. Le temps parut se figer durant une minute puis les signaux vitaux des moniteurs s'affolèrent soudain.

Une équipe médicale apparut presque aussitôt. On repoussa Remus, on tenta sûrement de le faire sortir de la chambre, mais il résista et comme il ne semblait pas bouger, on le laissa.

- Fibrillation ventriculaire. Défibrillateur !

Bipbipbiiipbipbipbipbiiipbiiiiii...

Remus regarda une infirmière faire un massage cardiaque puis le médecin envoyer une décharge dans le corps Nadine.

BiiiiiiiiiiiiBibip... Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii...

Des images lui revinrent. Le sourire de sa mère, ses bras qui l'enlaçaient, sa voix qui lui chantait des chansons et son rire, son si beau rire...

BiiiiiiiiiiiiBibip...Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii...

Et, le regard fixé sur sa mère, son rire dans sa tête, il serra les poings, son cœur s'emballa, une pensée se fraya un chemin jusqu'à son esprit.

« Meurs... »

BiiiiiiiiiiiiiipBibip...Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii...

- Encore !

Des hommes et des femmes se battaient pour la garder en vie, Remus ne les voyait plus, il n'entendait plus l'électrocardiogramme, il avait l'impression de n'entendre que les battements de cœur de sa mère, qui repartaient et s'arrêtaient aussitôt. Et à chaque nouvel arrêt...

« Meurs... … … Meurs... … … Meurs... Meurs... Meurs... … MEURS ! »

Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii...

- C'est fini... Heure de la mort ?

« Enfin... »

- Enfin... souffla Remus.

Il revint au présent, regarda Sirius qui avait les yeux plus plissés que jamais, dans l'attente.

- Quand je lui serrai la main, cette pensée était déjà là, je le sais maintenant, avoua le châtain. Je le savais... D'une façon ou d'une autre je savais qu'elle n'y survivrait pas et je me disais : « Ça y est, on y est enfin ! » Je lui serrai la main... dans l'attente qu'elle la lâche... Et elle a lâché... Ce que j'ai ressenti lorsque le médecin a annoncé sa mort, c'était un soulagement sans commune mesure, je me suis senti tellement léger...

Il cligna des yeux, baissa la tête. Sirius remarqua qu'il n'y avait nulle trace apparente de remords chez lui, il ne semblait que relater des faits arrivés à quelqu'un d'autre.

- Je me suis évanoui. Je ne comprends pas très bien encore pourquoi. Si c'est dû au soulagement en lui-même ou à une part de ma conscience qui au contraire refusait que je réagisse de la sorte, mais je me suis évanouis. A mon réveil, Francis était là et moi, j'avais tout oublié. Je me souvenais de ma mère, des sourires et des chants, mais les mains qui m'agrippaient, la folie qu'était la sienne, l'instant de sa mort... J'ai barricadé tout cela profondément, derrière une porte solidement fermée, entourée de lourdes chaînes dont j'ai jeté la clef... Mais même les chaînes finissent par rouiller un jour ou l'autre.

Il crispa les poings et la mâchoire et leva soudain vers Sirius un regard désespéré.

- Je la haïssais à un point que tu ne peux imaginer ! Je la haïssais parce qu'elle ne pouvait me protéger et... et...

Le vif accès de colère s'éteignit tout aussi vite. Les yeux exorbités de Remus poussèrent Sirius à lever une main pour le réconforter, mais il intercepta son geste tout en plaçant une main sur sa bouche pour l'empêcher de dire quoi que ce soit. Il devait encore parler.

- J'ai compris... tellement de choses récemment... Nadine était folle, mon père le savait, il savait beaucoup plus de choses sur elle que moi, il l'avait connu enceinte de moi après tout... Quand elle attendait Eline, nous avons déménagé. C'était tellement compliqué... Mais dans cet immeuble, il y avait un obstétricien installé à demeure, et il lui parlait souvent, il n'a jamais parlé autant à qui que ce soit.

Sirius fronça les sourcils, pas certain de comprendre où il voulait en venir.

- J'ai... des images très diffuses de ma petite enfance. Je n'ai jamais vraiment su s'il s'agissait de réalité ou de rêves mais j'entends le rire de mon père, je sens sa chaleur, j'entends sa voix qui me parle encore et encore. C'est un visage de Francis que je n'ai pourtant jamais vu. Imaginer que cela ait pu être semble... saugrenu, alors sans doute ai-je simplement mélangé songes et souvenirs. Un père relativement sain d'esprit qui me hait, une mère folle à lier qui m'aime, énuméra-t-il, un peu désabusé, qui pouvais-je être au milieu de tout cela ?

Il marqua à nouveau une pause, prit deux grandes inspirations.

- Je la haïssais parce qu'il l'aimait. Il aimait cette folle qui disait tant de mal de lui et il me détestait malgré tous les efforts que je faisais pour lui. Pourquoi... Pourquoi n'a-t-il pas pu m'aimer ?

La question avait été posée d'une voix très basse, étranglée, presque honteusement. Ce qu'il n'avait pu dire qu'à demi mot devant monsieur Black, il l'énonçait clairement devant son fils aujourd'hui. Une part de lui savait pertinemment qu'il y avait bel et bien eu une époque où Francis l'avait pris dans ses bras, lui avait murmuré des paroles remplies d'amour et de promesses de lendemain. C'était diffus mais il ne s'agissait pas d'un mirage.

Tout était révolu désormais. Il n'avait jamais cru qu'un jour son père puisse changer du tout au tout à son égard, mais ses questions demeureraient sans réponse, il ne pouvait qu'en profiler des ersatz qu'il ne saurait jamais correspondre à la réalité ou non.

- Ton père aussi était fou, lâcha Sirius, qui se contenait visiblement d'en rajouter.

Remus le regarda. S'il y avait bien une chose qu'il n'avait pas envie d'entendre en ce moment, c'était bien celle-là. Sirius n'arrivait pas à évaluer la situation dans son ensemble comme l'aurait fait Severus ou patienter pour laisser le temps à Remus d'organiser ses pensées comme Jonas. Ce type n'avait aucun tact... Et pourtant, curieusement, sa tension diminua.

Il se mit à rire, doucement, et leva la main pour taper de sa paume le front de Sirius.

- Imbécile, rigola-t-il. Tu crois que ça me rassure ?

Sirius avait saisi sa main au retour, surpris. Il ne comprenait pas la réaction de Remus, qui avait au moins eu le mérite de désamorcer sa colère montante.

- Mon psy m'a fait lire un certain nombre de bouquins sur les relations parents-enfants, enchaîna le châtain pour couper toute réplique. Il paraît que chaque enfant, d'une manière ou d'une autre, à un moment donné, va rêver de la mort de sa mère ou de son père, mais c'est un processus imaginaire. Comment disent-ils déjà ? Un meurtre symbolique. J'ai souhaité la mort de ma mère... et elle est morte...

- Mais c'était un suicide ! ne put s'empêcher d'intervenir Sirius, scandalisé. Tu ne crois quand même pas que c'est à cause de toi !

- Non, c'est plus certainement quelque chose que Francis a fait, je ne le saurai jamais de toute façon. Mais quelle que soit la raison de son suicide, je l'ai quand même tuée. En le souhaitant aussi fort, je l'ai fait mourir en moi et je ne traîne que son cadavre depuis.

Il serra la main que Sirius tenait toujours, une assurance nouvelle se propageant en lui.

- Je suis le dernier qui aurait pu la garder en vie. Francis est mort, Eline n'en a aucun souvenir, quant aux Tessadier, ils n'ont jamais vraiment connu Nadine. Et je ne la ressusciterai pas, je m'y refuse.

Cette fois Remus semblait en avoir terminé pour de bon avec tout ce qu'il avait à dire. Et Sirius, s'il devait être tout à fait honnête, n'y comprenait rien. Il comprenait tout ce que lui avait raconté son compagnon, mais ses réactions, sa façon de le vivre, c'était une autre paire de manche. Sa récente conversation avec Lily lui revint en mémoire, lui arrachant une grimace. Il était intelligent mais la nature humaine n'avait jamais été son fort, et puis de toute manière, ce n'était pas non plus comme si Remus l'ignorait.

- Et bien, qu'elle et Francis restent à six pieds sous terre dans ce cas, décréta-t-il. C'est encore là qu'ils sont le mieux. J'espère au moins que ça t'a permis de sortir de sous terre.

Aucun tact... Remus se redressa et lui donna un long et profond baiser.

- Vous avez bétonné le sol sous mes pieds pour vous assurer que je n'y retournerai pas.

- Tu aurais pu dire « tu », gronda Sirius en le plaquant sur le lit pour capturer ses lèvres, ses mains relevant la chemise du châtain sans cérémonie.

Il cessa un instant pour le fixer avec méfiance.

- Je t'ai écouté jusqu'au bout, c'est à ton tour non ?

Remus lui répondit par un sourire amusé et renversa leurs positions pour l'embrasser.

- Je compte bien t'écouter jusqu'au bout.

Les mots n'avaient plus lieu. Il y avait encore beaucoup à dire, à expliquer, à comprendre et à hurler, mais ce temps était aux sensations.

Ils se déshabillèrent l'un l'autre avec un acharnement et une rapidité qu'ils ne se connaissaient pas, touchant, pressant, serrant à l'en faire bleuir la chair de l'autre. Ils n'étaient pas assez proches, jamais. Sirius était affamé, aspirant la peau devenue hypersensible entre ses dents, arrachant des gémissements suppliants, Remus était assoiffé, glissant sa langue sur le corps arqué de son amant, soutirant des grognements d'impatience.

Gestes désordonnés, presque violents, souffles mêlés, langues enlacées à l'asphyxie, et les mains, doigts enflammés qui laissent des sillons brûlants, plus sensible, toujours plus sensible. Et lorsque Remus s'employa à préparer son ami à le recevoir, celui-ci n'émit cette fois aucune protestation.

Ils étaient fiévreux, pressés, haletants du désir de ne plus être qu'une entité de plaisir pur. A l'instant d'entrer en lui, Remus mordit l'oreille de Sirius comme il l'avait fait plus tôt.

- Embrase-moi... souffla-t-il.

Et il brûla. Il brûla les mots et les émotions, les souvenirs et les rêves, dans le brasier incandescent de leur étreinte. Il incendia son être, carbonisa son corps et son esprit, blotti dans la flamme ardente du sein de son compagnon. Et quand il ne resta plus rien que des cendres éparses, une litanie gémissante, hurlant son nom, lui refit prendre corps, se redresser sur les ruines de son passé et souffler d'une bourrasque les vestiges d'une autre vie.

Un cri avorté leur échappa à tous deux lorsque, par un caprice heureux du plaisir, ils atteignirent l'orgasme de concert, les laissant pantelants, enchevêtrés l'un dans l'autre sans volonté de se détacher.

Sirius était aveugle, sa vision ne se réduisait qu'à un petit point, au centre, qui finit bien par s'élargir. Il en fut un peu déçu, parce que la sensation extrême de jouissance s'estompait au fur et à mesure qu'il recouvrait la vue.

Il y avait eu une sensation étrange, quand les doigts de Remus le préparaient. Il n'avait jamais vraiment été contre mais il n'avait jamais non plus réellement envisagé se retrouver dans cette position. Puis la douleur, perçante, la douleur mêlé du plaisir que le reste de son corps ressentait sous les caresses du châtain, sa langue audacieuse. La douleur était restée, mais elle était devenue insignifiante sous les vagues de plaisir.

Ils avaient pris et donné, offert et reçu, sans distinction ni réserve.

Avec un soupir de contentement, Remus se retira et, geste surprenant chez lui, se blottit dans le giron de Sirius. Les jambes emmêlées, les mains sur ses épaules, la tête posée sur son torse, une oreille contre son cœur, il s'endormit avec un sourire satisfait.

Sirius gronda un peu, désireux de poursuivre leur étreinte, mais il se contint difficilement, conscient malgré tout de l'épuisement mental de Remus après ses révélations.

Il pressa le corps du châtain contre lui et finit par s'endormir également suite à sa nuit blanche sur une pensée satisfaisante : Lily et Severus s'étaient trompés sur un point, eux aussi ne voyaient le monde qu'à l'aune de leurs certitudes.

À suivre...

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Valà ! Il y a les petits veinards qui n'auront pas eu l'angoisse entre le chapitre 24 et le 25, en tout cas moins longtemps, lol. Il n'a jamais été dans mon intention de replonger Remus dans un état apathique mais je n'avais certes pas prévu de mettre à nouveau autant de temps avant de poster ce chapitre 25... Désolééééééééééééééééééééééée !

En tout cas, il s'agissait là des dernières grandes révélations sur Remus, à savoir quel était le démon qui l'habitait. Encore une fois, ce sont mes études de psycho qui m'ont mené à ça, donc j'espère ne pas avoir perdu trop de monde dans cette histoire de « bonne » et de « mauvaise » mère symbolique :-S Idem pour le père d'ailleurs. Quoi que, en ce qui concerne Francis, il a eu l'avantage d'avoir un chapitre pour lui pour mieux l'expliquer, je n'ai jamais prévu autant pour Nadine.

Mon souci principal, dans cette fic, c'était que je ne voulais rejeter la responsabilité sur personne en particulier ou sur tous en général, suivant comme on le voit. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je n'évoque qu'en filigrane les parents de Francis (je pense d'ailleurs qu'entre les infos à intégrer et le rythme chaotique de parution, personne n'a remarqué un élément quelque peu important et trèèèèèès en filigrane que je donne sur les grands parents de Remus. Pour indice, c'est dans le chapitre 22 « après la pluie » et cela concerne les prénoms...) et j'évite de fouiller trop loin dans l'histoire de Nadine.

J'ignore si j'y suis parvenue mais je l'espère sincèrement !

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Le prochain chapitre sera sûrement le dernier. Je pensais qu'il m'en restait plus mais... en fait non, lol. Et peut-être un épilogue qui est déjà en grande partie écrit mais j'ignore totalement si je le mettrais vraiment... Verrai bien quand j'y s'rai ^.^

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Les coulisses du chapitre (premier et dernier épisode...)

Pour une fois, le titre du chapitre était donné bieeeeeeeeeeeeeeeen avant son écriture. Il a d'ailleurs donné naissance à la fin du chapitre 22 sur la question de « se brûler ou non ». Le choix de l'orthographe « phœnix » (plutôt que phénix ou phoénix) n'est d'ailleurs pas anodin : je tenais à garder la notion d'œuf à laquelle peut renvoyer cette écriture pour renforcer l'idée d'une renaissance, une nouvelle vie qui commence.

1 Inventé à partir d'Ignace-Philippe Semmelweis et Ambroise Paré, cf encyclopédie !