Excusez moi pour le retard mais j'ai eu beaucoup de mal à me mettre à l'écriture de ce chapitre parce que, tout simplement, c'est le dernier…

Un dernier chapitre, une dernière chanson donc : James Morrison – Broken Strings.

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Une fois dehors, elle continua à courir sous le regard perplexe de l'assemblée humaine : avec sa longue robe verte et ses cheveux défaits, elle semblait quelques peu anachronique ou peut être légèrement surannée.

Ces belles considérations ne traversèrent pas l'esprit de la jeune fille, pas plus que le regard des gens fixé sur elle : elle ne pensait qu'à la boule au fond de son ventre et à l'expression de sa douleur qui voulait tant franchir ses yeux.

Elle ouvrit sa voiture à distance et s'engouffra dedans aussi vite. Presque instantanément, elle éclata en sanglot, les deux mains sur son volant et l'échine courbée. Elle se félicita de ne pas avoir montré sa faiblesse devant lui, devant eux mais réalisa qu'il était autant sinon plus pathétique de pleurer seule dans sa voiture. Elle se releva et colla sa nuque à l'appuie tête, cachant son visage de ses mains et ramenant ses jambes vers son buste. Elle était secouée de sanglots incontrôlables ; elle savait qu'elle frôlait la crise de panique mais songea que le mieux à faire, c'était encore de ne rien faire. Continuer à pleurer, exulter toute cette souffrance et toute cette tension en espérant sans y croire qu'elle en ressortirait différente. Au fond d'elle-même, elle savait que cela ne changerait rien, que la douleur qu'il lui avait infligé n'était pas l'affaire d'une soirée, d'une nuit ou même d'une parole ; cela resterait ancré en elle comme n'importe quelle souffrance qu'elle n'avait su calmer.

Elle frappa rageusement son volant en pensant à ce qui venait de se produire. Il fallait qu'elle arrête de penser à lui. Il fallait qu'elle fuit, loin, très loin de lui. Non pas car elle avait peur qu'il la retrouve - il ne ferait jamais ça, il ne l'avait jamais fait, mais parce qu'elle avait peur d'elle-même. Elle se savait capable de le chercher pour obtenir de nouvelles explications. Ce bref éclaire de lucidité la poussa à prendre la direction de son appartement afin d'éviter la colère, le ridicule, la déception et la souffrance, encore.

Elle se gara à proximité de la porte de son immeuble et descendit de sa voiture. Ses jambes semblaient lui peser des tonnes ; son visage, ses mains étaient collantes de larmes. Elle n'avait qu'une envie, celle d'avaler des somnifères pour dormir d'un sommeil sans rêve. Alors qu'elle montait son escalier d'un pas trainant, une voix derrière elle l'interpella :

« Mademoiselle ! »

La jeune fille se retourna et découvrit sa concierge, brandissant une lettre dans sa main gauche. Elle la rejoignit sur l'escalier d'un petit pas rapide :

« Mademoiselle Cameron ! Vous êtes là ! J'ai frappé à votre porte et…

- Madame Jenkins, calmez vous, dit-elle en posant une main sur son épaule - vieux réflexe de médecin, qu'est-ce qui se passe ? Demanda-t-elle étonnée de voir sa concierge dans cet état.

- On a déposé ça pour vous hier matin, dit-elle en lui tendant la lettre, essoufflée, j'aurais dû vous le dire hier soir quand vous êtes rentrée mais ça m'est totalement sorti de la tête, je suis désolée.

- Ce n'est pas grave. Je suppose que c'est encore une pub et je vais simplement... la jeter.

- Non non non ! S'affola la petite femme à grands renfort de mouvements de bras, ce n'est pas une pub ! Quelqu'un est venu le déposer spécialement pour vous !

- Vous vous… souvenez de quoi il avait l'air ? Demanda l'immunologiste, chemin faisant dans sa tête.

- Oh oui… ça je m'en souviens ! Il avait une canne et… un blouson de motard. Vous le connaissez au moins ? Ce n'est pas un de ces psychopathes bizarre qu'il y a sur le net ? Non parce que j'ai entendu ça hier à la télé et…

- Non, la coupa-t-elle dans un petit rire, non, rassurez vous, je le connais. Merci Madame Jenkins. »

Essayant d'échapper à une interminable discussion sur le voisinage, Cameron pénétra dans son appartement avec empressement.

Elle s'appuya contre la porte et regarda ce qui se trouvait entre ses mains tremblantes : une simple enveloppe, sans une inscription. Par un subtil jeu de transparence, elle remarqua qu'elle contenait une lettre et rien d'autre.

Elle aurait pu y réfléchir des heures, débattre intérieurement sur l'utilité ou non d'ouvrir cette lettre, se persuader que ça ne servirait à rien, que ce qui était fait était fait et qu'elle allait encore souffrir quoique puisse dire ces mots… mais elle ne se laissa pas cette chance.

Avec fébrilité, ses doigts décachetèrent l'enveloppe et en sortirent une lettre. Un instant, elle hésita. Autour d'elle, la pénombre du soir entouré d'un faible halo de lumière. Et elle. Et cette lettre. Après une grande inspiration, le dos toujours contre la porte, elle déplia la feuille et commença :

« Je te veux. Je te veux toute entière. Je veux ton corps, je veux ta peau, je veux ta tête : je veux que tu sois à moi.

Je te veux non seulement la nuit mais aussi le jour, quand il pleut, quand j'ai froid, quand je suis heureux, quand j'ai mal.

Je veux te voir à l'hôpital et te revoir le soir pour un cinéma ou pour un film (ce qui ne nous empêchera pas de faire l'amour ensuite), je veux manger avec toi, je veux boire avec toi, je veux dormir avec toi, faire des choses sans intérêts avec toi car elles en auront subitement à mes yeux si tu es à mes côtés.

Je veux vivre avec toi.

J'ai 20 ans de plus que toi, je suis irascible et chiant. Je ne suis pas pour toi, c'est vrai, mais je m'en fou parce que j'ai envie d'être avec toi. J'ai envie d'être cet homme là. Celui qui t'apportera du bonheur et de la tendresse, celui qui te rendra heureuse. Celui aussi, qui te fera souffrir de temps en temps car sans cela on ne vit pas. Celui qui abandonnera définitivement sa peur : mais pour cela, tu devras m'aider. Car cette peur est logée en moi depuis toujours et c'est celle là même qui m'empêche d'être et de vivre : c'est elle qui m'a tenu loin de toi quand tu étais dans le coma, c'est elle qui m'a fait te quitter, qui t'as fait tant souffrir.

Pardonne-la. Pardonne-moi.

Je lutte pour écrire ces mots et tu vois, c'est encore par peur que j'ai choisis l'écriture parce que c'est trop dure de te le dire en face.

Je me suis tant de fois détesté que j'arrive à peine à concevoir le fait que tu puisses balayer tout ce que je t'ai fait et que tu acceptes mon nouveau marché : recommencer. Vivre quelque chose de vrai, pas un simulacre de mes peurs. Vivre avec moi, simplement : sans limite, sans contrainte. La peur me paralyse rien qu'en écrivant ces mots : pourtant je les écris et je les réécris : vis avec moi. J'ai besoin de toi.

Je ne suis pas encore prêt à t'écrire ou à te dire les trois mots, les sept lettres mais sache que je suis à toi. Tout ce que je peux t'offrir en cet instant, c'est moi-même.

Atteint moi Allison. Aide-moi à ne plus souffrir. Pardonne-moi. Reviens-moi. »

Elle lut et relut la lettre sans pouvoir y croire. Un instant, l'absence de signature l'aurait presque persuadé que ce n'était pas lui : mais il y avait trop de détails personnels pour ce que soit le cas. C'était lui. C'était ses mots. C'était lui.

Elle lut la lettre une énième fois, une main devant sa bouche, des larmes au coin des yeux, son cœur palpitant à tout rompre, au bord de la syncope.

Sans plus y réfléchir, son esprit ayant semble-t-il décidé de donner sa démission ce soir, elle saisit ses clefs et fit le chemin inverse de celui qu'elle avait emprunté il y a peine une trentaine de minutes.

Elle se gara près de l'hôpital, coupa le moteur. Mais resta assise. Elle renversa sa tête en arrière, les deux mains crispées sur le volant, les yeux clos.

« Qu'est-ce que je fais ? Dit-elle à mi voix, merde… mais qu'est-ce que je fais ? »

Sa main effleura la clef de contact mais se ravisa. Elle alla se poser, tremblante, sur son front en sueur. Ses yeux se perdirent quelque part parmi les gens qui flânaient dehors pendant que son esprit cherchait inlassablement une réponse à cette question qu'elle se posait à voix haute. Elle réalisa alors qu'elle connaissait cette réponse et ce, depuis bien longtemps. Elle avait simplement voulu l'occulter mais elle n'en avait jamais été véritablement capable.

Alors elle fit la seule chose qu'elle devait faire : elle ouvrit la porte malgré sa main qui tremblait, et marcha vers l'hôpital. A chaque pas, elle avait la sensation que ses jambes allaient la lâcher : à chaque pas, ce qu'il y avait à l'intérieur d'elle-même, tout ce qu'il y avait à l'intérieur, se nouait un peu plus.

Mais elle marchait quand même.

House sortit de la salle de bal : trop de chansons mièvres, trop de gens souriant, trop de faux semblants. Trop de « trop » à son goût. Wilson l'accompagna afin de poursuivre leur discussion :

« Mais tu ne peux pas dire que le bonheur n'existe pas c'est…

- Si tu vois, je te le dis, le bonheur n'existe pas. Le bonheur c'est… une mascarade, un joli papier cadeau pour cacher tout ce que les gentils gens comme toi ne veulent pas voir.

- Donc tu es un visionnaire ?

- Non, je suis un homme réaliste, c'est tout.

- Mais il y a des moments de bonheur que tu ne peux pas nier !!! Une mère qui prend son enfant dans ses bras, les retrouvailles de deux amis… »

Wilson arrête là son énumération quand il vit que son ami ne l'écoutait pas. Il regarda dans la direction vers laquelle le néphrologue semblait absorbé et fut à peine surpris de découvrir Cameron.

« Ou deux personnes qui pensaient s'être définitivement perdus et se retrouvent lors d'une belle nuit d'été, ça marche aussi, ajouta-t-il dans un sourire.

- Hum… qu'est-ce que tu disais ? Dit-il en se retournant vers lui.

- Rien. Vas-y, dit-il en montrant Cameron de la tête. »

L'oncologue disparut dans la salle laissant House seul.

Il s'avança vers la jeune femme, descendit quelques marches. Elle se rapprocha de lui, montant quelques marches.

Des cœurs s'accélérèrent, des corps s'échauffèrent, des yeux se croisèrent. Des yeux se trouvèrent. Ils restèrent ainsi à se regarder un moment semblable à une éternité avant qu'elle ne parle d'une voix faible, tremblante, hésitante :

« Je… je dois… arrêter de penser à… toi. Je dois arrêter de souffrir, je dois arrêter de croire… des choses. Je dois arrêter d'être naïve, je dois… m'éloigner… de toi. »

House baissa la tête dans une grimace en fourrant ses mains dans ses poches. C'est fini, pensa-t-il pour lui-même, elle va partir, c'est… fini.

« Mais je ne peux pas, dit-elle d'une voix remplie de larmes. »

Le cœur du néphrologue manqua un battement. Il releva la tête, surpris, et la regarda avec intensité. Elle semblait toute petite, si fragile, presque en équilibre sur cette marche de pierre.

« Je ne peux pas je… je ne peux… pas. »

House s'approcha lentement d'elle ; une fois à sa hauteur, il posa ses mains sur ses avants bras, ses yeux réussissant difficilement à cacher son trouble. Elle le repoussa en douceur essayant tant bien que mal de contrôler seule les sanglots qui la secouaient :

« Ce que tu as écris, dit-elle entre deux pleurs, en levant ses yeux vers lui, est-ce que…

- C'est vrai, Allison, tout ce que je t'ai écrit c'est vrai…

- Je sais, je sais mais je…

- Ecoute moi, murmura-t-il, regarde moi. Regarde-moi Allison. Je veux être avec toi, je te le répète… je veux être avec toi, dit-il en détachant chaque mot. La seule question, la seule chose qui compte c'est… de savoir si… tu me pardonnes? Est-ce que tu me pardonnes ? »

Elle agrippa douloureusement ses bras pendant qu'un nouveau sanglot faisait trembler tout son corps.

Et ils étaient là, elle souffrant, lui sans arme. Il caressa ses bras doucement, un appel silencieux à son mutisme, à ses pleurs. Répond moi…

« Bien sûr, chuchota-t-elle ses yeux plongés dans les siens, bien sûr que je te pardonne. »

N'en tenant plus, il la prit dans ses bras brusquement. Les mains de la jeune femme agrippèrent avec force la chemise du diagnosticien qu'elle maculait de larmes. Lui se pencha doucement vers elle, une main dans son dos, une au creux de sa nuque. Il ferma les yeux et respira lentement l'odeur de ses cheveux essayant de ne penser à rien d'autre.

Toujours contre son torse, elle prononça des mots que lui-seul pouvait entendre :

« Je veux que tu sois cette homme là. Je veux que tu me rendes heureuse. Je veux te rendre heureux… je me sens capable d'effacer ta douleur. Je veux regarder la pluie avec toi, je veux manger des hamburgers infects avec toi et voir des films de guerre parce que je les déteste parce que… je pourrais m'endormir sur ton épaule. Je te veux. Je veux t'atteindre. »

Ils reculèrent ensemble d'un même mouvement pour s'observer mutuellement. Il avait les yeux troublés, elle avait les yeux mouillés. Mais un même sourire sur leurs lèvres.

« Tu m'as atteint, murmura-t-il, tu m'as atteint depuis longtemps. »

Elle posa son front contre le sien avant qu'il ne dépose un baiser sur sa joue et la prenne de nouveau dans ses bras, plus tendrement cette fois.

« On ne m'a jamais fait une déclaration comme tu m'as écrite dans cette lettre…

- Et bien figure toi que je n'ai jamais écrit de déclaration d'amour non plus… »

Elle échappa un petit rire nerveux, la tête toujours au creux de son cou ; ils restèrent ainsi, simplement, à savourer cette étreinte, apaisés. Elle pouvait sentir le cœur de House cogné dans sa poitrine et sourit à l'idée qu'elle avait douté un jour qu'il en soit véritablement doté.

« Je t'aime, dit-elle dans un souffle. »

Les mots sortirent naturellement de sa bouche, sans aucune peur, sans hésitation. Son cœur à lui battait encore plus fort lorsqu'il l'écarta d'elle, s'apprêtant à dire quelque chose. Elle le devança :

« Non, s'il te plait, ne dis rien. Je ne te dis pas ça pour que tu me dises la même chose. J'ai juste… besoin de te le dire. Alors… ne dis pas quelque chose que tu ne penses pas, d'accord ?

- D'accord. »

Sa réponse à lui, ce fut ses lèvres qui se déposèrent sur les siennes et ses mains encadrant son visage. Elle se laissa aller doucement contre lui, laissa sa bouche caresser la sienne, laissa le frisson d'envie parcourir leurs corps.

Les deux mêmes infirmières qui les avaient observés danser étaient de nouveau en train d'épier le couple enlacé dehors :

« Tu avais raison, ils sont beaux.

- Ils sont très beaux oui. »

Elles se regardèrent, puis éclatèrent d'un même rire sonore. Elles passèrent devant le couple avant de se diriger vers leurs voitures poursuivant leur discussion sur la nouvelle infirmière.

« Alors on essaye ? Dit-il doucement contre ses lèvres.

- On essaye, répondit-elle dans un sourire. Est-ce que tu crois qu'on peut être heureux ? »

Il la fixa un long moment en caressant sa joue, un sourire énigmatique au coin des lèvres, avant qu'il ne dise :

« J'avais tord.

- Tord sur quoi ? Demanda-t-elle en fronçant les sourcils, de quoi tu parles ?

- De… de rien. Fais-moi seulement penser à le dire à Wilson. »

Elle sourit en reconnaissant bien là son patron puis l'embrassa avec tendresse.

« J'ai peur, murmura-t-il dans un souffle, son regard planté dans le sien.

- Moi aussi, répondit-elle simplement. »

Autour d'eux, les gens bavardaient nonchalamment avec des verres aux liquides multicolores. A l'intérieur, d'autres riaient, dansaient, chantaient. Comme un fil invisible, la musique douce et voluptueuse. Dans la tiédeur du soir, elle semblait être juste un murmure :

You're the only one I ever believed in
Tu es la seule que je ne croyais jamais
The answer that could never be found
La réponse qui pourrait ne jamais être trouvée

The moment you decided to let love in…
Le moment où tu as décidé de laisser l'amour entrer

THE END.


Ainsi se termine cette histoire… Avec, je pense, les réponses à vos petites interrogations ^^

J'espère qu'elle vous a plu, j'espère que la fin vous a plu.

J'ai pris un très grand plaisir à l'écrire ainsi qu'à lire tous vos commentaires qui m'ont tous fait chaud au cœur. Au départ j'avais posté cette histoire sans réelle intention de la terminer mais face à toutes vos reviews je n'ai pas pu me défiler. Si cette histoire à une fin, c'est en grande partie grâce à vous. Merci beaucoup de m'avoir lu et d'avoir commenté, vous ne pouvez pas savoir comment cela m'a motivé.

Je suis à la fois heureuse et triste d'achever cette histoire : je n'ai pas besoin de vous dire pourquoi, je crois que vous avez deviné.

Je reviendrais peut être ici avec une nouvelle histoire… J'ai une scène en tête donc c'est un peu maigre pour écrire tout un récit mais qui sait ?

En vous remerciant encore…

Marie.