Bon, au vu des commentaires laissés, vous êtes à point pour la suite des événements ^^
Honnêtement, la tournure de l'histoire va peut-être en rebuter certain(e)s, mais là tout de suite, je veux changer les règles du jeu de départ. Bonne lecture !
Plusieurs semaines passèrent. Baddock fut engagé en bonne et due forme, à son grand soulagement, mais surtout au grand plaisir de Scorpius. Le garçon apprenait vite, et adorait découvrir de nouvelles choses. Il était fier d'expliquer à son père, quand il rentrait du travail, tout ce qu'il avait appris, tout ce qui l'étonnait, et tout ce qu'il voulait connaître encore. Si bien que Baddock devait parfois réfréner son jeune élève par des jeux ou des activités sportives pour le sortir des livres d'images et du tableau où il réécrivait sans fin des lettres, avide de déjà savoir les lire.
Lors de la semaine de Noël, Scorpius aurait sans doute volontiers passé la veillée et les cadeaux pour recevoir ses leçons, pourtant suspendues pour l'occasion. Il aura fallu l'attrait de nouveaux livres et d'une plume à écrire pour que Draco détourne son fils de sa soif de connaissance.
C'était une habitude entre les deux amants, de s'offrir un cadeau de Noël. Mais Draco eut un sourire plus qu'amusé de découvrir dans une boite blanche un objet bien moldu : une tenue complète moldue qu'il ne sortit de la boite qu'une fois seul. Un pantalon de coton épais bleu, une chemise sobre grise et une veste à la mode moldue, en velours côtelé d'un joli bleu roi. Le cadeau était une invitation à sortir chez les moldus. Une invitation qu'aurait volontiers accepté le Noble, s'il ne gardait pas en rancune son amant.
Draco en voulait toujours à Harry, mais pire encore, il s'inquiétait. L'Élu avait une image quasi-mythique dans le monde sorcier. C'était un héros, un défenseur de la loi par son poste de chef des Aurors, un homme épanoui, mari et père exemplaire, vu de l'extérieur. Qui croirait, même Draco, riche d'une influence à peine au-dessous d'Harry Potter, quel homme est réellement le brun ? Auparavant, Draco ne s'en serait pas soucier, car il avait plus peur des retombées médiatiques que des manigances de Harry pour le nuire, ou le séduire selon le point de vue. Il protégeait sa fierté et son image jusqu'à la stupidité, il se l'admettait, mais il savait que si ça allait vraiment au-dessus de ce qu'il pouvait endurer, Draco saurait mettre le holà, d'une manière ou d'une autre. Le fait restait qu'il était très, très endurant sur ce qu'il pouvait subir.
Pourtant, qu'Harry mette Scorpius en danger, sciemment, c'était une première. Une première qui révulsait d'autant plus Draco qu'il arrivera un jour où il cèdera, et verra Scorpius chez les Potter, jouant devant les yeux de Ginevra. La pensée seule lui fit monter un frisson de panique. Il n'aimait pas les femmes issues de Gryffondor. Elles étaient des héroïnes, mais à ses yeux, elles étaient surtout barbares. Prêtes à se battre pour un oui, pour un non, et parfois même pour des raisons stupides. Draco s'est retrouvé deux fois contre elles, Granger, puis Weasley, et ça s'est toujours mal fini. Et Harry le savait.
Alors pourquoi mettait-il Scorpius en face de son épouse ? Juste pour qu'ils soient ensemble plus longtemps ? La pensée pourrait être adorable, si la vie de son fils n'était pas risquée dans le processus. Pourtant, Harry a toujours été très prévenant avec Scorpius. Moins que Draco, il est vrai, car le Noble ne supportait pas de voir son fils même risquer une chute ou un coup, toujours aux abois quand ils étaient à l'extérieur, et tout de même attentif, même dans le manoir. Harry le laissait davantage faire ses expériences, même au risque de se faire un peu mal, ou de ne pas réussir du premier coup. A côté, si Scorpius se trouvait prêt à tomber ou à se faire mal, Draco savait que Harry le retenait ou le rattrapait avec l'instinct paternel. Alors pourquoi sur un coup de tête, Harry commençait à éluder ces précautions les plus élémentaires ? Était-ce dû à ces incidents qui se produisaient toujours au moment où il s'y attendait le moins, quand une foule l'entourait et qu'une silhouette finissait par réveiller son corps ? Harry sentait-il que Draco avait ressenti la chaleur particulière de la potion avec un autre que lui, alors même que Draco ne lui en ait pas parlé ? Ou le fait qu'elle réveille plus souvent son manque rendait-il Harry plus possessif ?
Ces questions et hypothèses tournaient en boucle dans la tête de Draco qui ne s'octroyait plus assez de sommeil en contrepartie. Le début de l'année était bien rempli, si bien qu'il lui arrivait de dormir debout, ou de perdre le fil de ses idées. Il était grand temps de prendre quelques vacances bien méritées. Une semaine loin de la Malfoy Corp. Devrait le détendre un peu. Scorpius était aussi pressé de voir plus souvent son père, quoique la plupart du temps, le garçon restait attentif à ses leçons. La présence de Draco semblait bénéfique pour l'enfant, et même Baddock en fit la remarque.
- C'est un garçon très attaché à vous, Mr Malefoy.
- Vous trouvez ? demanda Draco alors que Scorpius, à son pupitre, recopiait scrupuleusement ses lettres.
- Il a parfois du mal à se concentrer quand vous n'êtes pas là. Mais il est bien plus à l'aise, actuellement. J'aurais pensé que c'était dû à ce que vous m'aviez confié, sur le manoir, mais même en extérieur, il n'est pas plus calme et avenant qu'en votre présence.
Draco sourit poliment. Les incidents du Manoir avaient sans doute perturbé Scorpius, et il gardait dans son esprit d'enfant de mauvais souvenirs, même s'il se les était éludés de lui-même. Draco lui-même avait parfois une impression de présence, parfois oppressante, parfois bienveillante, qui déambulait dans le Manoir Malefoy. Avant même Scorpius, Draco gardait de mauvais souvenirs de ce qui s'était produit ici, pendant la guerre. Les hurlements, le sang, les sorts impardonnables lancés, projetés et souillant ces murs pourtant familiers, protecteurs. Il se sentait cependant plus chez lui ici que nulle part ailleurs dans ce monde.
- Où en est-il de sa lecture ?
- Et bien, sa motivation n'est en rien entamée, rit Baddock de son rire austère mais sincère. Il s'applique et sait reconnaître certaines lettres et même quelques sons. Honnêtement, il apprend autant par lui-même qu'avec moi. Il va vite devenir un littéraire assidu. Vous saviez qu'il avait déjà une liste de livres qu'il veut lire ? Principalement des livres d'histoire, mais aussi de sciences, et surtout de magie.
- Vous pensez que c'est une bonne chose ? Ça ne risque pas de provoquer des incidents ?
Draco faisait référence aux moments où son fils utilisait inconsciemment ou perdait le contrôle de ses pouvoirs. Il avait tenté de faire pousser une plante, qui avait pris la taille d'un chêne, ou avait de colère fusionné les lèvres qu'un autre enfant. Baddock lui-même s'était vu affublé d'un flamboyant costume de Salazar Serpentard, quand lors d'une leçon d'histoire, Scorpius avait laissé vagabonder son imagination. Le précepteur n'en avait pas gardé de séquelle, mais il avait été surpris de voir un tel pouvoir chez un si jeune enfant. Malgré tout, il restait confiant.
- Je pense que plus Scorpius en apprendra sur la magie, plus elle lui sera familière, et moins il craindra de l'utiliser. Mais je recommande tout de même par prudence qu'on ne lui laisse pas utiliser de baguette magique avant son entrée dans une école de sorcier.
- Je suis d'accord.
Scorpius leva le nez de son parchemin, vérifiant ce qu'il avait fait avant de se lever pour venir vers les deux hommes, bras tendus vers eux.
- J'ai fini !
- Oh vraiment ? fit Baddock. Vous êtes rapide ! Regardons…
L'écriture de l'enfant était d'abord incertaine, tremblante ou malhabile, mais Draco sourit en voyant que les dernière lettre étaient plus assurées et nette, ressemblant à des lettres que ferait n'importe quel enfant, de quelques années de plus que le garçon ! Même s'il trouvait toujours que Scorpius était très en avance pour apprendre à écrire, il ne pouvait pas vraiment cacher une grande fierté. Baddock fit un signe d'approbation en tendant le parchemin de son élève à son père.
- Qu'en pensez-vous ?
- Mmh...
Draco fit une mine inquisitrice, jouant faussement l'incertitude sous le regard plein d'attente de Scorpius. Les yeux de l'enfant semblaient immenses et presque larmoyants, de ne pas cligner pour ne pas rater le verdict de son père.
- Je dirais que c'est vraiment une jolie écriture.
Le sourire timide de Scorpius illumina son visage, qu'il cacha de ses mains tachées d'encre.
- C'est vrai ? C'est bien ?
Draco rit en posant une main sur les cheveux de son fils, ébouriffant gentiment ses cheveux blonds.
- C'est même très bien Scorpius, tu écris vraiment très bien !
- Merci, rit joyeusement le petit garçon, tout heureux. Je vais faire les lettres suivantes !
Et Baddock n'eut rien le temps de dire alors que Scorpius se rasseyait déjà à son pupitre, les jambes se balançant en rythme et la plume grattant déjà le parchemin suivant. Draco lui fit signe de le laisser faire. Et Baddock se gratta la tête en fixant le parchemin toujours dans ses mains.
- Moi qui pensais lui faire faire une pause. Il est plus strict encore que son professeur…
- Quand il a une idée en tête, il s'y accroche. C'est un trait qu'il tient de ses deux parents. On ne le lui enlèvera pas.
Sur un signe de tête approbateur de Baddock, Draco tendit la main pour prendre le parchemin. Mais en touchant les doigts du précepteur, la chaleur de la potion remonta dans ses doigts, et jusqu'à son coude. Comme brûlé, Draco retira vivement ses doigts, en faisant tomber le papier au sol. Baddock fut surpris, mais se baissa pour le ramasser.
- Tout va bien, Mr Malefoy ?
Draco resta une seconde silencieux, le souffle court, sa main dans l'autre. Ses yeux se baissèrent une seconde au sol, où se trouvait le papier, avant de suivre les doigts du précepteur, comme s'il s'agissait de serpents dangereux. Il frotta ses doigts, effaré, mais secoua la tête.
- Pardon, je… J'ai senti… ce n'est rien, de l'électricité statique.
Mais à la frayeur, suivi la curiosité. Avait-il… pour Baddock ? Il tendit à nouveau les doigts et pris le parchemin, mais pour ensuite prendre entre ses doigts l'index et le majeur du précepteur. Rien ne se produisit. Pas e chaleur, ni rien. Pourtant, Draco en était sûr, il n'avait pas halluciné la chaleur précédente, et même maintenant, il avait envie de revoir Harry pour faire passer la chaleur latente en lui. Baddock n'avait rien à voir avec celle-ci, non, en réalité, il n'avait plus rien à voir avec, mais Draco saisissait comme un nouvel élément, tout en lâchant les doigts du précepteur interdit.
- Oui, ce n'était rien. Encore pardon.
- Il n'y a pas de mal, Mr Malefoy, mais vous êtes soudain très pâle. Tout va bien ?
Draco ouvrit la bouche mais la referma aussi vite. Il avait eu peur. Peur que Baddock soit capable de provoquer… ça en lui. Ce pouvoir sur lui, il l'accordait déjà difficilement à Harry. Il a eu un instant peur de devoir composer avec un problème aussi complexe. La complexité de la situation, la jalousie de Harry, les sentiments ou l'absence de sentiments d'un autre… autre quoi ? Draco expira profondément en se tenant l'arête du nez.
- Ce doit être la fatigue. Je pense que…
Mais avant même qu'il finisse sa phrase, on frappa à la porte d'entrée du Manoir. Jester annonça la visite.
- Mme Hermione Weasley est dans l'entrée, Maître.
Draco fronça le regard. Hermione Granger-Weasley. C'était typiquement l'une des personnes qu'il avait déjà en temps normal le moins envie de voir, alors pendant ses congés... Draco s'excusa auprès de Baddock et suivit l'elfe de maison jusque dans l'entrée du Manoir.
De loin, Draco savait que la Sang-de-Bourbe aurait aussi préféré se trouver ailleurs. Elle regardait autour d'elle comme un prisonnier qui retourne dans sa vieille cellule. Draco savait que dans les cris et les douleurs que portait le vieux Manoir Malefoy, Granger y avait malgré elle participé. Sa voix tordue de douleur sous les sorts de sa tante, Draco s'en souvenait, horriblement. Quand Granger se tourna vers lui, il sentit que son visage l'avait trahi, car il reprit des traits plus neutres.
- Que me vaut ta visite, Granger ?
- C'est Weasley, maintenant, Hermione Weasley. Je l'ai dit à ton Elfe de maison.
Draco grommela en levant les yeux. Ses mains s'affairèrent à remettre ses manches qu'il avait relevées comme le Manoir était bien chauffé. Ce geste n'échappa pas au regard scrutateur de Weasley qui s'arrêta sur la marque des Ténèbres avec un air offusqué.
- Tu portes toujours la Marque ?
Draco la regarda et baissa les yeux sur son avant-bras, avant de le couvrir.
- J'ai fait des choix, et je ne peux pas faire comme s'ils n'avaient pas existé, ou comme si je n'avais rien fait de mal. Certaines leçons méritent de laisser des traces.
Il reboutonna sa manche avec un visage impassible, comme s'il parlait météo. Un belle illusion de flegme, qu'il n'avait pas du tout.
- En plus, si le Prince des Ténèbres venait à déjouer la mort encore une fois, autant que quelqu'un le sache avant qu'il réduise le monde à néant. Tu as aussi… des marques que tu n'as pas fait enlever…
La remarque provoqua le geste auquel s'attendait Draco. La brunette couvrit son propre avant-bras comme s'il était à nu, un regard courroucé vers le Noble qui ne s'en formalisa pas. Draco prit son manteau et invita Weasley à passer à nouveau la porte.
- Où m'emmènes-tu ? interrogea Weasley, suspicieuse.
- Au jardin, à moins que tu ne préfère rester ici. Je me doute, le lieu ne doit pas te sembler très hospitalier depuis ta dernière visite.
La jeune femme sembla surprise, encore suspicieuse mais en regardant Draco mettre son manteau et attendre sa réaction, elle le suivit avec une mine troublée.
- C'est étrangement attentionné de ta part. Merci.
Draco eut un simple geste de tête. Honnêtement, il ne voulait pas Granger, ou Weasley, près de Scorpius. Mais il savait aussi que le salon où il recevait les invités était précisément là où sa tante avait torturé la jeune femme. Il n'aimerait pas se retrouver dans une telle pièce, par solidarité féminine. Le jardin était parsemé d'une fine couche de neige tombée la veille mais qui ne résisterait pas longtemps au soleil d'hiver de cette matinée. Partout, les gouttelettes de neige fondue offraient un fond sonore fantastique et pourtant apaisant. Malgré le froid de ces derniers temps, la température avait assez remonté pour que leurs souffles ne produisent presque pas de brume. Le parc du Manoir était immense, mais on pouvait en faire un tour rapide autour de la maison sans passer par le cimetière familial ni les potagers ou les espaces verts boisés ou fleuris.
- Alors ? reprit Draco en observant une seconde de trop l'emplacement du cimetière Malfoy. Pourquoi venir me voir ?
- Cadger est mort. Et je sais, de sources sûres, que tu le connaissais.
Draco scruta le visage impassible de Weasley avant de détourner le regard. Une accusation, mais venant d'elle, Draco n'imaginait pas vraiment autre chose. Il haussa les épaules.
- Oh je présume que Potter a eu droit à cet interrogatoire, Mme la Procureure.
- Tu éludes ma question.
- Mon père faisait affaire avec lui. J'ai coupé toute relation avec cet homme à la fin de la guerre, depuis, je ne m'en suis pas occupé. Sérieusement, je pensais même qu'il avait arrêté son activité depuis longtemps. Que lui est-il arrivé ?
- On n'en sait rien encore, les Aurors enquêtent encore. Je ne peux rien dire, si ce n'est qu'il n'avait pas arrêté son commerce. Et il a fait de sacrés dégâts. Euh…
Weasley sembla incertaine, marchant un peu plus lentement en fixant la pointe de ses chaussures. Elle finit par relever les yeux vers Draco.
- Malefoy, je sais que suis mal placée pour ça, mais j'ai besoin de savoir. C'est seulement à cause de la potion que tu as… une relation avec Harry ?
Draco se sentit brusquement pâlir, de peur et de colère. Pourquoi savait-elle pour la potion, pour sa relation avec Harry ? Elle entre tous les autres ? Par réflexe, Draco porta sa main à l'étui de sa baguette mais ne fit pas plus.
- Qu'est-ce que tu sais ?
Weasley garda un air froid et un ton placide.
- Ginny et Harry sont mes amis. Et une telle histoire a peu de chance de rester secrète longtemps. Même si j'avoue, sept ans, c'est plus que je n'aurais cru Harry et toi capables. Je sais l'histoire de la potion, et comment elle a affecté votre relation, et pour Scorpius, aussi…
- Silence. Je vois que la subtilité, ce n'est toujours pas ton fort, Granger. Ça ne te concerne pas !
Elle eut un geste de tête dédaigneux mais reprit.
- Malefoy, ne méprends pas mes mots. Ce que je te demande, c'est « S'il y avait un remède aux effets de la potion, le prendrais-tu ? ».
Draco s'arrêta, observant la brunette avec perplexité. Un remède à la potion ?
- J'ai déjà remédié aux effets. Ils étaient… pires avant. De toute façon, le reste des effets n'ont pas de solut…
- S'il y en avait une ? Sois franc, la choisirais-tu ?
L'insistance de la jeune femme tournait à l'obsession. Draco grogna. S'il le pouvait, se libèrerait-il des effets de la potion ? Rien qu'à repenser à l'évènement avec Baddock, Draco le savait. Malgré l'amour qu'il portait pour Harry, s'il était un des effets de cette foutue potion, il n'aurait pas tant de scrupule à voir mourir cet amour factice et tout ce qu'il lui faisait faire. Souvent d'irraisonnable.
- Oui. Honnêtement, si un remède existait, je le prendrais. Mais il n'existe pas. Cadger n'en avait pas, Londubat non plus, et je me suis moi-même acharné quelques années avant d'abandonner l'idée. C'est une façon de te payer ma tête ?
- Pas du tout, Malefoy.
Elle ne semblait pas mentir, le regard droit, le visage dénué de tout sourire ou amusement. Mais Draco ne comprenait pas où elle voulait en venir.
- Alors quoi ? Tu comptes me marchander le remède contre quelque chose ?
- Je n'y avais pas pensé mais c'est tentant. Non, commençons déjà par te dire toute l'histoire. Cadger a volé des recettes de potions puissantes à… quelqu'un qu'il n'aurait pas dû. Ces potions étaient bénéfiques mais les ingrédients qu'elles exigeaient étaient rares, et donc hors de prix, ou introuvables pour un potionniste de bas étage de l'Allée des Embrumes. Et l'homme n'avait pas vraiment de scrupules. Il a tout simplement changé les compositions de ces potions avec des ingrédients moins nobles, rendant les potions, tout aussi puissantes, mais de surcroît dangereuses. Inutile de te faire un dessin.
- Inutile, grommela Draco, sentant tout de même que le récit avait tendance à satisfaire la Sang-de-Bourbe.
- La personne qui s'est fait voler n'avait pas retrouvé la trace de Cadger, reprit Weasley, mais avec sa mort, on a retrouvé et restitué le grimoire à sa propriétaire, en France. Je n'aurais sans doute pas dû mais… j'ai intercédé pour savoir si elle pourrait trouver un remède à ton état.
- Particulièrement mon état ? Je dois être flatté, ou deviner que c'est pour aider les Potter ?
La colère perça la froideur de la jeune femme qui grinça des dents.
- Harry a vraiment fait une connerie comme il en fait rarement, mais dont seul lui est capable, et je ne doute pas que tu en as profité aussi, Malefoy. Mais Ginny ne mérite pas ça. Je n'ai pas averti Harry parce que plus rien ne lui passe par la tête que sa lubie, que provoque cette potion idiote ! Et si au fond tu es prêt à prendre le remède, tu dois bien te rendre compte que ce que vous avez fait est mal, non ?
Draco fronça le regard, sombre et prêt à crier à son tour. Mais il préféra ne pas répondre. Elle ne comprendrait pas. Elle a toujours fait tout ce qu'il fallait, parfaitement, la parfaite petite sorcière bien comme il faut. Elle n'entendrait pas. Il soupira en regardant ses doigts, se souvenant de la chaleur qui avait remonté ses phalanges, cette chaleur qu'il avait crainte, appris à apprécier, crainte à nouveau et le cycle se répétait sans cesse. Il finit par simplement avouer.
- Les effets de la potion deviennent incontrôlables. Ils s'emballent depuis maintenant quelques semaines. Du côté de Potter aussi. Et ça met Scorpius en danger.
Draco releva les yeux vers Weasley, toujours en colère mais plus sur la défensive à l'évocation de l'enfant. En glissant ses mains dans ses poches, il la toisa comme il en avait toujours l'habitude auparavant, mais il le savait, avec bien moins de confiance que quand il était adolescent. Il avait tellement perdu depuis cette histoire, qui se poursuivait encore et encore, l'écrasant de peur et d'incertitudes qui l'humiliaient plus qu'elles l'assagissaient. Il avala sa salive à cette pensée.
- Il a eu la lubie de vouloir mettre Scorpius devant Ginevra, qui… m'a clairement fait comprendre que cet enfant était un ennemi pour elle, tout comme moi. Même s'il n'a rien fait d'autre que naître de moi. Tu me le demanderais maintenant, je te dirais que j'aime sincèrement Harry Potter. Pourtant si c'est un effet de la potion, rien que parce que Scorpius n'est pas à l'abri de ce que nous faisons, que ça pourrait le blesser, je renoncerai cent fois à ça pour être sûr que mon fils vive librement. Mais au fond, je veux être libre de ça aussi. Je veux retrouver mes esprits, et ne plus…
Draco serra les dents. Il ne pouvait pas avouer autant à Weasley. Ne plus être dépendant d'Harry, comme drogué par le contact et le parfum d'un homme qui perdait un peu plus la tête à chaque rencontre. Mais déjà la déclaration de Draco avait frappé Weasley. Voir la pitié se dessiner dans les yeux de la bureaucrate agaçait Draco, mais le dire le faisait bien se rendre compte qu'elle avait raison. Il était misérable, accroché à une relation de tromperies, de mensonges, de secrets qu'il savait nocive et qu'il entretenait pourtant. Il détourna encore le regard vers les jardins. Malgré tout, sa fierté tenait bon, et il ne baissait pas la tête, tenant à rien, mais tenant quand même.
- Et si tes sentiments ne sont pas dus à la potion ? Si tous les effets s'en vont mais que tu les gardes ?
Draco eut un rire narquois.
- Je sais qu'ils ne resteront pas. Sérieusement, tu nous as connus avant la potion, tu sais très bien qu'on se détestait. Il n'y a vraiment qu'une satanée fiole pour que…
Draco fit un geste pour effacer ses pensées et éluder la fin de sa phrase.
- Peu importe. Maintenant que je t'ai donné mes raisons, j'ai le droit de savoir quel est le remède ?
- Je l'ignore moi-même.
- Quoi ?! Mais alors… !
- Du calme, la propriétaire de la potion a subi assez de problèmes comme ça. Et à ta place, je n'irais pas l'énerver. Elle veut bien transmettre la recette d'un remède, mais seulement à qui en a besoin. Toi en l'occurrence.
Elle lui tendit un parchemin scellé et une étrange amulette.
- Tu vas devoir aller en France pour la rencontrer, mais je présume que le voyage en vaut la peine, avec ce que tu m'as raconté. Par contre, pas un mot de tout ça à Harry. Il tentera sans doute de t'en empêcher. Ginny et moi savons comment le retenir suffisamment longtemps pour te permettre d'y aller, mais tu devras sûrement prendre des dispositions avec ton fils.
Draco prit les objets et soupira.
- Vous êtes vraiment effrayantes.
Weasley ne sembla pas comprendre mais fut satisfaite de voir Draco empocher les deux objets dans la poche intérieur de son veston. Il restait sceptique sur le crédit qu'il pouvait apporter aux mots de cette femme, mais l'espoir à lui seul lui convenait. Être traité de « lubie », être pris en pitié et pire encore aidé par elle était abominable, mais il ne pouvait pas refuser la moindre des politesses à celle qui lui offrait une chance de se libérer enfin de l'enfer Potter. Il grinça des dents mais les desserra malgré sa mauvaise volonté.
- Merci, Wea… Hermione. Même si ce n'est pas pour moi que tu fais ça, je crois bien que c'est la meilleure nouvelle que j'ai reçue depuis la naissance de Scorpius.
- A ce point ?
Draco eut un rire triste.
- Sérieusement, même avec ce que je ressens, je laisserai volontiers Harry à sa femme.
La phrase offusqua la brunette qui sembla encore plus perplexe mais n'insista pas et salua Draco alors qu'ils finissaient le tour du Manoir et arrivaient à la porte. Il la vit rejoindre le portail au petit trot, et remarqua seulement la présence de Ronald Weasley attendant sa femme à la porte. Le regard qu'il lui lança n'était pas amical, mais pas froid non plus. Draco se dit que le rouquin devait le prendre aussi en pitié et préféra rentrer avant de s'en agacer.
Scorpius vint à sa rencontre quand il passa la porte, un nouveau parchemin dans les mains, prêt à présenter son nouveau travail. Mais il s'arrêta dans sa lancée.
- Papa ? Tu n'as pas l'air bien. Ça va ?
- Oui, oui, mentit Draco en lui souriant. Je suis un peu fatigué. Tu restes avec ton précepteur ?
- Oui, Papa, dit sagement l'enfant en déposant un bisou sur la joue de son père après que celui-ci lui en ait fait un.
Baddock invita Scorpius pour lire une histoire, hochant la tête vers Draco qui les regarda une dernière fois avant de monter à l'étage et dans sa chambre. Il s'y enferma pour savoir ce que contenait le parchemin scellé. L'idée d'appeler Jester resta dans sa tête mais il se dit que ce n'était pas le genre de Granger. Il n'y avait sur le papier qu'une ligne, une adresse des plus étrange.
Forêt de Brocéliande, après l'errance. L'amulette aidera.
Draco se demanda si Weasley ne s'était pas juste moqué de lui. L'une des forêts les plus mythiques et mystérieuses d'Europe. Et encore une forêt peuplée de créatures magiques dont Draco se passerait bien d'aller. Après celle de Poudlard, Draco n'était pas trop « balade en forêt ». Non, ce devait être une farce des Weasley. Un moyen d'éloigner Draco de Londres, et d'essayer de récupérer Harry à eux. Si c'était le cas, Draco le savait, ça échouerait. Il pouvait reprocher beaucoup à Harry, mais il fallait lui reconnaitre une ténacité presque inhumaine. L'amulette portait pourtant bien des armoiries magiques, comme on n'en trouve que sur les blasons des familles de Sang-Purs. Ce blason-là lui était aussi inconnu qu'il lui rappelait vaguement quelque chose.
Pour une fois, Draco croyait en cet espoir comme jamais. Au point d'en être imprudent ? Sans la moindre hésitation. Il aurait fait bien plus pour retrouver sa liberté envers cette potion, et celui qui la lui avait donnée. Le risque existait, mais pourquoi pas ? Draco soupira en hochant la tête négativement. De toute façon, si ce n'était pas une solution à ses soucis, il sentait que peu à peu, il perdrait sans doute la raison.
Alors avec le peu qu'il lui restait, il organisa son voyage, et prit soin d'éviter Harry avant le départ. Narcissa avait toujours des relations avec une famille de Sang-Purs française, les De Lys, prêts à accueillir Draco pour son séjour. La cheffe de famille était même une cliente fidèle des produits Malefoy. Le train partirait avant l'aube, trois jours après la visite de Weasley. Draco aurait préféré partir seul, et laisser Scorpius aux bons soins de Baddock. Mais si la propriétaire du grimoire connaissait le remède, peut-être saurait-elle si son fils, né de cette potion, risquait aussi quelque chose. Sans compter que le laisser en Angleterre revenait autant à le mettre entre les pattes des Potter, mari, ou femme. Baddock se proposa d'accompagner les Malefoy, comme le dictait sa casquette de nourrice. Draco était incertain, mais finit par accepter. Deux regards sur son fils valaient mieux qu'un seul. Et deux baguettes ne seraient pas de trop pour les protéger. Mais il s'était refusé de lui en dire trop sur le but de ce voyage, prétextant juste rendre visite à une famille ayant une amitié avec la sienne.
Pourtant, sur le quai, Draco était moins sûr de son idée. Il s'était empêché de voir Harry, et la chaleur de la potion avait doucement mais sûrement grandi en lui. Tout occupé qu'il était à préparer le voyage, Draco n'avait pas pensé à la calmer, et elle parasitait son esprit. Malgré l'heure plus nocturne que matinale, la gare bruissait de passages, des ombres fatiguées mais rapides, qui le bousculaient, lui et Baddock, avec des murmures las d'excuses. A chaque contact, Draco craignait de ressentir cette chaleur trop forte, trop pressante. Scorpius endormi dans ses bras, il aurait volontiers concentré son attention entière sur le petit blond, mais c'était risqué d'être pris par surprise si l'incident se produisait.
Draco le pressentait, il n'y échapperait pas. Il priait pour que ça n'arrive pas, mais une intuition horrible lui dictait presque clairement que ça arriverait. Ils atteignirent le train magique qui indiquait les différents arrêts par des lettres peintes qui se déplaçaient sur le tableau de bois, sautant ou se bousculant pour atteindre leur place, se figer et repartir en se tordant parfois pour changer de forme. Elles semblaient mimer l'agitation des quais et jouer des voyageuses pressées. Draco ne fut pas plus heureux que lorsqu'elles indiquèrent le Nantes magique, en France, après six autres destinations. Les De Lys avaient averti qu'une automobile les attendrait à leur arrivée, en début d'après-midi, pour les mener à leur propriété plus au Nord de la ville. Ils n'avaient plus qu'à entrer dans le train, et se laisser transporter jusqu'à destination.
Le wagon était privatisé pour eux. Draco avait beau s'être fait discret sur ce voyage, il n'allait pas non plus voyager comme un roturier. Les wagons de première classe bénéficiaient tous d'un sortilège qui les rendaient beaucoup plus spacieux. Et puis, Scorpius serait mieux installé dans une petite chambre à lui que sur une vulgaire banquette des wagons de seconde classe. Les deux hommes avaient aussi leurs couchages respectifs dans des espaces privés et le reste du wagon se composait d'une petite mais élégante salle de bain et d'une pièce digne d'un salon du Manoir, une superbe vue de l'extérieur en plus. Mais aucune trace de leurs valises, et il restait peu de temps avant le départ. Scorpius quitta sagement les bras de son père pour les draps de coton de sa chambrette, chauffés par une bouillotte à laquelle il se colla instinctivement, maintenant que son père ne le réchauffait plus.
Draco ferma précautionneusement la porte et demanda à Baddock de rester dans le wagon pendant qu'il s'assurait auprès du chef de gare que leurs bagages arrivaient bien. Il savait qu'il risquait de réveiller les effets de la potion, mais Baddock, même si sa réputation montait chaque semaine un peu plus, restait moins influent que son patron. Et les évènements lui donnaient raison : Leurs valises avaient été laissées sur le quai par un bagagiste peu attentif. Le chef de gare en ôta son chapeau pour s'excuser platement et fit venir trois gaillards pour réparer l'erreur au plus vite, sous le regard froid et inquisiteur de Draco. Il esquivait les voyageurs, le regard à l'affût comme un homme traqué, mais vite il se détendit quand le chef de gare lui annonça avec le souffle court et un grand sourire que tout était en ordre.
Alors que Draco le remercia, il vit l'incident se produire comme au ralenti. Pourquoi, alors qu'il avait réussi jusqu'ici à éviter tous les passants, le seul auquel il n'avait pas pensé était le chef de gare lui-même ? Et ce n'était pas une bousculade. Tout essoufflé et heureux d'avoir évité le pire avec ce voyageur de renom, le chef de gare n'avait pas fait attention au bord du quai. Il fallait que ça soit entre les deux wagons, pile là où on distingue clairement les rails sous le train, là où les charnières offrait un trépas douloureux et là où le pied du chef de gare se perdit… Draco n'y réfléchit pas vraiment, il se voyait agir avant même de penser aux conséquences. Il rattrapa l'homme déséquilibré, et se vit le tirer à lui, faute de pouvoir l'envoyer dans une autre direction. Son esprit lui-même hurla un « idiot » alors qu'il était sonné par la soudaine chaleur qui l'assomma. Par chance, le trolley des bagages était toujours là, et Draco s'y appuya pour ne pas se coller, se caler contre l'homme étourdi, mais sa main refusait de le lâcher, et Draco força de tout son être pour décrocher ses doigts du manchon du chef de gare.
Sa respiration bloquée, Draco savait, il se répétait et se concentrait autant que possible pour rester neutre, pour simplement saluer l'homme et monter dans le wagon, pour ne pas faire la moindre des choses qui défilaient dans son esprit. Mais il parvenait tout juste à rester immobile, les yeux rivés sur l'homme en face de lui qui lui donnait tellement envie. Et le chef de gare eut du mal à se remettre, bredouillant adorablement des mots que Draco avait envie de taire d'une façon bien précise.
- Monsieur, sifflez le départ, vous allez nous mettre en retard.
C'était la voix austère de Baddock qui jeta un froid sur les idées brûlantes de Draco. Sa poigne sur le bras de Draco lui fit presque mal mais le Noble était muettement reconnaissant que le précepteur le sorte de cette impasse. Le Chef de gare sembla se réveiller mais il n'avait pas tourné la tête vers les deux voyageurs que la porte du wagon avait claqué, et regardant sa montre, il s'empressa de siffler le départ.
Dans le corridor du wagon, Draco respira à nouveau, mais il était encore brûlant des sensations précédentes. Il reprit sa respiration, saccadée, tout comme le devenait celle de Baddock. L'obscurité n'aidait pas, mais la sensation du souffle du précepteur sur ses joues le fit remarquer qu'ils faisaient la même taille. La chaleur dans son corps ne se calmait pas, et si Draco ne voyait plus le chef de gare, la silhouette devant lui semblait bien suffisante pour son imagination déchaînée. Il pensa une seconde se dégager, et partir dans sa chambre, mais en levant les doigts, il toucha ceux du précepteur. Et la chaleur devint vite un feu. La voix du précepteur était devenue grave.
- Ce n'est donc pas de… L'électricité statique.
Ils restèrent une seconde l'un face à l'autre, dans ce couloir exigu, incapables de bouger, ni pour s'éloigner, ni pour se rapprocher. Leurs doigts comme collés semblaient soudain à Draco la sensation la plus agréable qu'il ait ressenti depuis Ha…
Draco eut un mouvement brusque de recul. Il avait chaud à en être fiévreux, et tanguait horriblement à chaque mouvement du train, mais au premier geste de Baddock pour l'aider, Draco le lui interdit, d'un geste de main qui l'aurait griffé s'il avait été suffisamment proche.
- Ne… ! Draco reprit sa voix, trop forte quand Scorpius était à côté. Ne me touchez pas. C'est… n'approchez juste pas de moi. Ça devrait passer.
Un pur mensonge, mais Baddock obéit et le laissa tituber jusque dans le wagon. Quand Draco réussi à atteindre un sofa, il n'eut pas le courage d'aller plus loin et s'affala dessus. Se montrer ainsi devant le précepteur de son fils était pire qu'indécent, mais Draco en était à se dire que ça restait mieux que de lui sauter dessus. Baddock en tout cas était inquiet d'entendre Draco respirer avec autant de difficulté et lui versa un grand verre d'eau qu'il lui tendit avant de changer d'avis et de le poser sur la table basse fixée devant le sofa. Draco de son côté luttait, un bras sur le visage, un autre sur son ventre qui se tordait d'un désir sauvage, recroquevillé sur l'un des accoudoirs comme un malade en pleine crise. Son visage le brûlait jusqu'aux oreilles, son corps jusqu'aux orteils, et il serrait poings et dents pour se retenir de simplement sauter sur Baddock et avoir avec lui le sexe le plus farouche et passionné de son existence. Baddock lui-même semblait agité, faisant des pas sur place, comme s'il hésitait à s'approcher, et n'arrivait pas à s'éloigner. Il finit par partir du wagon sans un mot, et fermer la porte des coursives derrière lui.
Draco mit plusieurs dizaines de minutes à se calmer. En temps normal, il se serait enfermé dans sa chambre au Manoir, se serait soulagé autant que possible, souvent avec un vêtement d'Harry, qu'il gardait bien caché. Mais hors de question de s'abaisser à cela dans un pareil endroit, encore moins en présence de Scorpius et Baddock. Draco ressentait une grande fierté de s'être fait entendre et même respecté par Baddock. Harry n'avait pas vraiment cette mesure et l'exclusivité d'être écouté était grisante. Le Noble trouva donc que son élan de fierté pouvait lui donner assez de motivation pour lutter contre cette foutue chaleur. Non sans mal, il se força à se remettre droit, et finalement à boire le verre d'eau devant lui. Il se sentait encore étourdi de la violence avec laquelle la potion avait réagi cette fois-ci. Il finit par presque se détendre mais il se refusa le sommeil. Pas tout de suite.
Quand il se sentit suffisamment maître de lui-même il se leva, et partit vers les coursives. Conscient du risque, il s'assura de ne croiser personne à moins de trois mètres de lui, mais visiblement, personne ne semblait enclin à profiter du vent hivernal que le train fendait en passant à travers le paysage anglais. Personne à l'exception de Baddock.
Assis, droit comme un i, sur un banc balayé d'un vent glacial, l'homme ne bougeait pour ainsi dire pas. Il vit Draco s'approcher, et sembla se redresser encore si c'était possible. Draco eut un pincement de cœur coupable. Dans la précipitation, le précepteur n'avait pas pris son manteau et bravait le vent depuis plus d'une demi-heure en chemise et veston. A bonne distance du banc, Draco éleva la voix au-dessus du bruit du vent et des machines.
- Pardon de vous avoir obligé à subir ça. Vous mériteriez de connaître l'histoire mais je ne pense pas être en mesure de vous la raconter maintenant. Simplement, ce voyage devrait y apporter la fin.
Baddock entendit et acquiesça. Il sembla chercher à dire quelque chose, réfléchissant en fixant parfois le paysage plongé dans la nuit, parfois le Noble éclairé des lumières vacillantes du train. Il finit par simplement acquiescer à nouveau. Draco ajouta.
- Vous devriez revenir dans le wagon. A condition que nous ne nous approchions pas, il ne risque pas de se produire d'autres incidents.
- Entendu. Je vous laisse ouvrir la marche, et je vous suis, à bonne distance.
Le silence de Baddock inquiétait un peu Draco, mais il mit ça sur le compte de l'engourdissement du pauvre homme sous le vent. Il ne perdit pas de temps et retourna le premier dans le wagon, où il mit une bouilloire à chauffer d'un coup de baguette en attendant l'arrivée du précepteur. L'homme arriva, pâle à cause du froid et sans doute de se remémorer les derniers évènements.
- J'ai fait chauffer de l'eau. Vous pourrez vous faire du thé pour vous réchauffer. Je m'excuse encore pour ce qu'il s'est passé…
- Vous n'êtes clairement pas responsable, si ce n'est d'avoir sauvé la jambe du chef de gare et en avoir payé les frais. C'est peut-être ma conduite qui a empiré les choses. Je suis tout autant en faute, et je m'excuse à la même mesure.
Baddock avait beau être un homme austère et encore d'une stature famélique qui le rendait plus sévère encore, il possédait une galanterie des plus exemplaires. Draco se sentait gêné d'avoir mis cet homme si droit en mauvaise posture, et il voyait bien que Baddock était aussi mal à l'aise. Il finit par soupirer en jetant un coup d'œil à l'horloge du wagon.
- Je vais aller dormir, ça me remettra sans doute un peu les idées en place.
Baddock acquiesça encore une fois, mais prit un air très sérieux en ajoutant.
- Si je puis seulement vous demander une seule chose : Fermez votre verrou, Mr Malefoy.
Draco fut surpris de sa demande et l'observa avec incompréhension.
- Pardon?
Baddock toussa et s'inclina légèrement.
- Nous en reparlerons plus tard, mais pour l'heure, disons que c'est par prudence. Cela… me rassurerait.
Draco craignait de comprendre, mais après ce qu'il s'était passé, et toutes les précautions que prenait le précepteur pour formuler sa demande, il n'était pas vraiment en mesure de lui refuser cela. Il ouvrit sa porte, frotta l'arête de son nez, épuisé de ce début de voyage catastrophique.
- C'est entendu.
Il prit sa valise de voyage et s'enferma dans sa cabine. Il fouilla dans son sac pour trouver un étui à fioles. Ses habitudes de potionniste lui faisaient toujours prendre avec lui quelques bouteilles d'élixir ou de potions utiles. Il piocha une fiole, et hésita avant de prendre une seconde en tout point semblable. C'étaient les potions qu'avait préparées Draco pour Scorpius, si le train l'empêchait de dormir. Sans être des somnifères, elles offraient une pleine détente, propice pour s'endormir, ou au moins pour que son fils ne soit pas anxieux du voyage. Et comme elles étaient prévues pour un bambin de seulement quatre ans, inutile de préciser qu'elles seraient bien moins puissantes sur un homme de vingt-six ans.
Draco les déboucha et les avala d'un trait. Le goût de pomme était agréable et la tiédeur calmante chassait un peu la fièvre folle qui persistait dans son corps. En s'asseyant sur le lit, Draco attendit de voir si les effets étaient suffisamment forts pour lui, alors que ses doigts le délestaient de ses chaussures et ses vêtements trop gênant pour dormir. Après quelques instants, il jugea que ça suffirait, et s'allongea en grognant mollement. Le voilà réduit à utiliser les potions de son fils.
Mais somme toute, Draco ne pouvait s'empêcher de trouver tout se qui se déroulait improbable. L'aide de Granger, l'espoir d'un remède à son état, au moment même où la potion devenait imprévisible, ce voyage. Non, plus avant. La mort de Cadger et le fait que le grimoire ait été rendu à sa propriétaire, alors qu'il contenait des potions puissantes, et dangereuses. Granger semblait craindre cette femme, mais pas au point de ne pas la déranger pour lui demander un service assez personnel. Et si cette femme avait tué Cadger et voulait effacer toutes traces de sa potion ? Si elle comptait faire disparaître Draco ? Mais Malgré tout, si elle l'aidait vraiment ?
Draco s'endormit sous le roulis du train, la fatigue et les réflexions qu'il ne parvenait pas à mener au bout. Il aurait encore le temps d'y réfléchir, de faire demi-tour, mais plus tard.
J'espère que vous allez aimer.
