Disclaimer : Les personnages de l'univers de Mass Effect ne m'appartiennent pas. Ils sont la propriété intellectuelle de BioWare. En revanche, Dae Hyun Hwang, les races aliens inconnues et tous les éléments incorporés qui vous seront étrangers (planètes, systèmes, etc...) m'appartiennent et sont issus de mon imagination.

/!\ Cette histoire n'est pas canon ! Certaines choses changent afin de pouvoir correspondre à ce que j'ai imaginé. Certaines réactions, certaines interactions n'existent pas dans les jeux et ont été crées pour les besoins de l'histoire. Merci de votre compréhension.

J'en profite pour remercier mes bêtas lecteurs pour leur patience et le travail titanesque qu'ils fournissent !


— Commandant Shepard ?

La main posée en douceur sur son épaule la remua pour la tirer de ses songes. Eireann sursauta et leva ses iris émeraudes vers l'Onisowo qui l'avait réveillée. Elle se frotta les yeux avec vigueur puis s'étira, un gémissement de fatigue s'échappant de ses lèvres. Elle se redressa et serra la main du médecin.

— Je suis navrée, je me suis assoupie.
— Vous êtes ici depuis longtemps, c'est normal.

Elle tourna son regard vers les vitres opaques de l'unité médicale. Tac'zoq se tourna dans la même direction qu'elle.

— Comment va-t-il ? s'inquiéta-t-elle.
— Il a énormément souffert mais nous l'avons stabilisé.
— Il est donc... tiré d'affaire ?

Le médecin plissa les yeux et se tourna vers le Commandant. Il se mit alors à lui faire part de l'état général du soldat.

— Il aura de nombreuses cicatrices. Nous avons réussi à nettoyer ses tissus et son sang des produits qui lui ont été injectés. Certains de ses organes, comme ses reins, n'ont pas été épargnés et ont souffert. Il est dénutri et déshydraté. Mais son état n'est plus critique.

Même si le discours du médecin était clair et précis, Shepard ne pouvait qu'imaginer l'horreur que le soldat avait pu subir... pour elle. Elle prit une profonde inspiration et secoua la tête alors que le médecin terminait.

— Nous sommes en train de préparer des prothèses. Il nous faudra remplacer sa main ainsi que son œil droit. Nous allons le laisser se reposer quelques jours et reprendre des forces. Nous terminerons les opérations quand l'unité médicotechnologique se sera acquittée de sa tâche.
— Et Tali… ? Tali'Zorah ?
— Ses blessures étaient moins graves que celles de votre Lieutenant-commandant. Elle souffre de nombreuses contusions et d'un hématome intracrânien. Nous avons eu quelques difficultés avant de l'opérer, nous ne connaissons pas son espèce. Une fois qu'elle sera sortie du bloc opératoire, elle sera transférée dans une unité de repos et nous tâcherons de la sortir de son coma artificiel.

Shepard resta silencieuse et un immense soulagement l'envahit. Ses jambes tremblèrent un instant et elle s'appuya sur le dossier d'un fauteuil, non loin d'elle, tandis que Tac'zoq l'observait en silence. Dans un souffle, l'Humaine demanda.

— Est-ce que je peux voir le Lieutenant-commandant ?

Un sourire compatissant illumina le visage orangé bariolé de vert du médecin qui hocha la tête. D'un mouvement du bras, il invita la jeune femme à se diriger vers la salle des soins intensifs. C'est avec une certaine appréhension que Shepard s'y rendit. Avant de la laisser seule, Tac'zoq prit une dernière fois la parole.

— Il doit être complètement embrumé avec les antidouleurs que nous lui avons donnés. Il a besoin de calme et de repos. Mais tant que vous ne faites pas de bruit, l'infirmier ne devrait pas vous mettre dehors.

La pièce était froide et aseptisée. Des néons éclairaient la pièce d'une lumière blanche presque aveuglante. Plusieurs lits étaient alignés mais un seul était occupé, au fond de la pièce. Là, entouré de diverses machines, se trouvait le Lieutenant-commandant, un masque à oxygène posé sur la bouche. Le médecin eut un léger mouvement de la tête et la laissa seule dans la pièce. D'un pas raide mais discret, la jeune femme se rendit jusqu'au lit du blessé. Arrivée auprès de lui, elle tira doucement la chaise à elle et s'y installa, silencieuse. Le dos droit et les yeux rivés sur le visage du soldat, elle l'étudiait. Son visage avait été nettoyé et on y distinguait les diverses cicatrices qu'il arborait à présent et un bandage cachait son œil droit. La jeune femme soupira. Son attention fut attirée par le moignon à son bras droit. La coupure était nette et propre et son geste revint hanter ses pensées.

Un voile de tristesse et d'accablement s'abattit sur le visage de la jeune femme. Elle resta silencieuse un long moment. Le soldat était profondément endormi et elle doutait fortement qu'il puisse l'entendre. De l'autre côté du lit, elle aperçut la silhouette de la Mutilée qui, pour une fois, ne bronchait pas. Au moins, elle a la décence de se taire. C'était la moindre des choses pour respecter le sacrifice du soldat.

Combien de temps était-elle restée, à simplement le regarder ? Elle n'en avait aucune idée. De temps à autre, l'infirmier passait pour surveiller ses constantes et lui conseillait de se lever, pour se dégourdir les jambes. Elle n'avait aucune conscience du temps qui s'écoulait, tout comme elle n'avait aucune idée de la phase, jour ou nuit, de la station. Elle regardait le torse du jeune homme se soulever à intervalles réguliers, ses sourcils légèrement froncés trahissant son inquiétude. Elle regrettait de plus en plus son inaction. Elle pensait avoir agi bien trop tard et le poids de ce regret alourdissait sa poitrine. Pourtant, voir le visage du soldat, presque serein, l'apaisait. C'était une preuve de plus qu'elle n'avait pas fait ça pour rien. Alors elle restait là, à veiller sur son sommeil dans un silence profond, immobile comme une statue, les mains sur ses cuisses, toujours aussi droite.

Même si l'infirmier lui conseillait de bouger, de se nourrir, elle préférait rester là. Ce n'était qu'un juste retour des choses. Il avait subi son sarcasme, sa mauvaise humeur et ses accès de colère. Il avait subit la violence de ses propos. Elle l'avait empêché de se reposer maintenant, elle pouvait au moins veiller sur son sommeil.

La fatigue l'envahit. Elle n'avait que très peu dormi ces derniers temps. La préparation du sauvetage du Lieutenant-commandant, son expédition avec Samara, sa discussion avec sa mère… Sans parler du fait qu'elle avait reprit le commandement du Normandy. Tout cela ne l'avait pas ménagée. Elle réprima difficilement un bâillement et se dit que fermer les yeux un instant ne lui ferait pas de mal.

Elle sentit son esprit fuir tandis que le sommeil l'enveloppait Mais elle restait alerte et un gémissement, bien léger, la tira de ses songes. Rapidement, ses yeux se posèrent sur le Lieutenant, dont le visage se tordait un rictus de douleur. Peut-être est-il en train de faire un cauchemar ? Elle se leva de sa chaise et se pencha un peu vers le soldat. Avec une infinie délicatesse, elle posa sa main sur le front du jeune homme. Ses doigts glissèrent lentement sur sa joue alors qu'elle prenait soin à ne pas toucher les cicatrices fraîches. Un son apaisant s'échappa des lèvres mi-closes de la jeune femme alors qu'elle posait finalement sa paume contre la peau tiède du soldat. Il continuait à remuer et à gémir mais elle savait qu'il se calmerait. Si ce n'était qu'un cauchemar, il finirait par s'apaiser. Elle resta ainsi immobile un moment, surveillant la pression que sa main exerçait contre la peau du soldat. Son visage s'apaisa à mesure que celui du patient alité devenait moins agité. Son regard glissa sur son torse, qui se soulevait à un intervalle encore trop irrégulier. Ce ne fut que quand la respiration de Dae Hyun sembla retrouve son calme que Shepard soupira d'un certain soulagement. Sa main quitta la joue du jeune et elle se rassit sur sa chaise, braquant à nouveau ses iris émeraude sur le soldat inconscient.

De l'autre côté de la baie vitrée, Garrus observait la scène en silence. Si son cœur se serrait douloureusement, il préférait le museler. Elle fait ça par amitié, rien d'autre ! Il n'y avait aucune raison d'être jaloux. Il prit une profonde inspiration et rentra dans la salle de soins, sous l'œil peu amène de l'infirmier, qui l'enjoignit au plus grand silence. Le colosse turien lui jeta un rapide regard et opina simplement du chef. Pendant ce temps, Eireann s'était assise de nouveau et sa main avait quitté la joue du soldat pour se poser sur la seule qui restait à l'officier.

Le Turien s'éclaircit la gorge, pour manifester sa présence et ses mandibules remuèrent quand le visage fatigué d'Eireann se tourna vers lui. Elle lui offrit un léger sourire et il nota que sa main s'était précipitamment ôtée de celle de l'officier. Garrus posa sa main sur l'épaule de la jeune femme et l'interrogea à voix basse.

— Comment va-t-il ?

Shepard se contenta de hausser les épaules et retourna son attention sur le visage du soldat. Il semblait apaisé mais elle savait que, désormais, ses nuits ne seraient plus douces ni légères mais teintées des horreurs qu'il avait subi. Elle poussa un léger soupir et Garrus reprit la parole.

— Tu devrais aller te reposer. Ça ne sert à rien de rester ici.
— Je ne suis pas fatiguée, répondit Eireann, laconique.

Doucement, de ses trois doigts, le Turien attrapa le menton du Commandant et la força à tourner son visage vers le sien. Il plongea son regard gris dans le sien.

— Si vraiment tu t'inquiètes, je reste ici. Je prends le relais, mais par pitié, Eireann, va te reposer.

La surprise se voyait sur le visage de Shepard, qui arqua un sourcil. Garrus qui surveille Dae Hyun, c'est la meilleure ! Mais le regard de son compagnon ne laissait aucune place au doute. Elle soupira et se massa la nuque. Il avait raison. Elle ne pouvait pas rester à l'infirmerie indéfiniment, d'autant qu'elle devrait rencontrer le Superviseur, tôt ou tard, notamment pour commencer à réfléchir à leur avenir, pour comprendre pourquoi les Mudrost avaient été ainsi exterminés, pour savoir quoi faire, tout simplement.

Parce que t'es complètement paumée, ma pauvre fille. Honnêtement, tu devrais sérieusement te remettre en question.

Shepard ne répondit pas. Elle était fatiguée des multiples interventions sarcastiques de la Mutilée. Garrus avait laissé sa main sur son épaule et ne la retira que quand elle se leva de sa chaise. Eireann posa doucement sa dextre sur la joue du Turien et s'éloigna finalement sans dire un mot. C'est avec une certaine lourdeur que le soldat turien s'installa sur la chaise avant de poser son regard sur l'Humain. Peut-être te préfère-t-elle à moi, effectivement. Il avait de plus en plus de mal à ôter cette idée de son esprit. Et de regarder l'officier non-opérationnel lui permettait de faire le tri dans ce qu'il ressentait. Il n'était pas dans la tête de Shepard et pouvait difficilement se faire une idée de ce qu'elle pouvait penser. En revanche, il était évident qu'il ne pourrait bientôt plus supporter cette relation. Elle finirait par en souffrir et indubitablement, il en pâtirait aussi. Mais il connaissait sa compagne sur le bout des doigts, désormais. Il savait que s'il suggérait l'idée même qu'elle fasse une erreur, elle se braquerait. Ses mandibules s'agitèrent doucement tandis que le repos du soldat se troublait également.

Cette introspection n'était pas inutile pour le Turien. Eireann et lui s'étaient trouvés quand ils devaient faire le grand saut pour cette mission suicide. A ce moment-là, leurs chances de réussite n'étaient pas bien élevées et même si tous avaient suivis leur Commandant aveuglément, ils s'étaient mis dans la tête l'idée qu'aucun d'entre eux n'en réchapperait. Personne n'était censé revenir de cette mission. C'était peut-être pour ça qu'elle lui était tombée dans les bras.

Et puis, il y avait eu l'incarcération d'Eireann pour sa collaboration avec une organisation terroriste et pour avoir fait exploser un relais cosmodésique qui avait entraîné la mort de millions d'âmes. Tout ça pour ralentir l'arrivée des Moissonneurs. Mais la Guerre des Moissons n'avait pas pu être empêchée. Elle et lui s'étaient finalement retrouvés sur la lune de Palaven alors qu'elle venait chercher un politicien turien et leur histoire avait repris. Mais à nouveau, avait-elle fait le bon choix ? Garrus gardait son regard rivé sur le visage meurtri de l'Humain.

Elle avait peut-être fait ce qu'elle considérait juste sur le moment. Peut-être que lui, simple Turien, avait représenté aux yeux de la jeune femme une forme de stabilité, de réconfort, de soutien. Après tout, il avait été là depuis le départ, il avait été son plus fidèle ami avant de devenir son amant. Et si elle s'était ainsi accrochée à lui, c'était peut-être parce qu'elle était rassurée de voir que quelque chose filait droit pour une fois.

Si elle se leurrait autant, si elle fuyait tant le Lieutenant-commandant, n'était-ce pas justement parce qu'elle craignait l'éventualité d'un avenir avec lui ? Le Turien se pencha vers le blessé et continua de l'observer. Dae Hyun était un bon militaire mais au-delà de ça, il avait des qualités que Garrus, dans sa jalousie, n'avait jamais relevé. Il était loyal et fidèle. Honnête. Et à aucun moment, le soldat n'avait perdu ces qualités. Après cet éveil, cette prise de conscience, Garrus concéda une chose : il serait temps qu'il laisse Shepard partir.

— J'espère que tu prendras soin d'elle si elle veut vraiment de toi, grogna le Turien. Sinon, on sera perdants tous les deux.

Pour seule réponse, il n'obtint qu'un gémissement. Garrus soupira. La douleur devait être en train de se réveiller. Il se redressa et appuya sur le bouton d'appel. Il n'eut à attendre que quelques secondes pour qu'un infirmier onisowo ne débarque à toute vitesse comme s'il avait le diable aux trousses. Garrus soupira : une longue journée s'annonçait.

Eireann était rapidement retournée sur le Normandy, pour se rafraîchir. Elle avait flatté, absente, le haut du crâne de Fëanor avant de se glisser dans la petite salle de bain. Elle ressentait la fatigue s'immiscer dans les moindres recoins de son esprit et de son corps. Ses muscles étaient engourdis et elle avait l'impression d'avancer au ralenti. La douche chaude qu'elle prit lui permit de se sentir un peu plus en forme. Après une profonde inspiration, elle enfila son uniforme et remonta ses cheveux en une queue-de-cheval. Elle n'avait pas réellement envie les tirer en un chignon complexe et, de toute façon, elle n'était pas au combat. Ses cheveux ne risqueraient pas de la gêner, elle ne faisait que rencontrer le Superviseur. Elle avait ouï dire que son état de santé se dégradait et que plus le temps passait, plus son corps se fatiguait Contrairement à son esprit, que l'on disait toujours aussi aiguisé. Eireann trouvait merveilleux que l'esprit du chef des Onisowo soit aussi vif alors qu'il semblait être sur le déclin.

Le Commandant quitta sa cabine et rejoignit sa mère au niveau de la passerelle de commandement. Eireann avait insisté auprès de sa mère pour ne pas être seule pendant cette première rencontre. À dire vrai, elle redoutait certaines de ses possibles réactions et préférait l'avoir à ses côtés. Cette dernière s'occupa de la briefer pendant qu'elles se mettaient en route. Personne n'avait vraiment eu le temps d'étudier la politique onisowo, mais les différents vaisseaux étaient réunis sous la même bannière de ce que ces aliens appelaient « la Fédération de Yéraya ». Chaque vaisseau, cependant, avait sa propre constitution, qui respectait la Grande Constitution, celle qui avait été mis en place par le Superviseur au moment de la fondation de la Fédération.

— Je suppose que Superviseur, c'est un peu l'équivalent de Président, constata Eireann.
— À l'évidence. C'est un alien charmant mais j'aurais tendance à me méfier, avoua Hannah. Il y a trop de gentillesse en lui pour que ce soit honnête.
— Gentil n'a qu'un œil… soupira sa fille.

Hannah se contenta de relever son regard vers le Commandant et acquiesca en silence. Elle ne connaissait que trop bien le dicton.

— Pour le moment, reprit l'Amiral, nous avons échangé sur la biotique mais je ne sais pas quel paiement nous aurons à lui fournir pour les soins de Tali'Zorah et du Lieutenant-commandant Hwang.
— C'est justement tout l'intérêt de notre rencontre. Et je pense que voir le résultat des six mois de travail de ses compatriotes le brossera dans son ego, supposa le Commandant. Je t'ai déjà dit que je détestais la politique ?
— Pas vraiment, mais j'ai eu vent de certains de tes coups d'éclats auprès du Conseil de la Citadelle.

Mère et fille s'échangèrent un regard alors que deux Onisowo armés s'approchaient d'elles. Leurs airs bourrus et leurs regards neutres firent se redresser les deux Humaines. Pas question de courber l'échine devant deux troufions. Le rire de la Mutilée confirma la pensée d'Eireann : c'était bien l'une des rares fois où l'une et l'autre étaient d'accord. Les deux officiers de l'Alliance montèrent à bord de la navette grise et la porte latérale coulissa derrière elles. Eireann regarda la station médicale s'éloigner, avec le Normandy qui se faisait de plus en plus petit. Il n'y eut que quelques petites minutes de trajet pour atteindre la plus grosse station. Celle-ci était plate et de grands bâtiments, hauts comme deux Tours Eiffel, se dressaient sur ladite plateforme. Un dôme presque invisible à l'œil nu entourait la station. Protection efficace pour respirer. De plus, structurellement parlant, il y avait un avantage à ne pas posséder d'angle. Le dôme possédait moins de faiblesses que d'autres formes. Les forces de pression étaient équitablement répartie sur toute la surface. En somme, c'était la forme idéale de résistance. Elle eut un léger sourire. Il y avait des choses qui ne changeaient pas d'une galaxie à une autre.

La navette se posa et la porte latérale se rouvrit, dans une chuintement d'air pressurisé. Hannah posa pied à terre la première, suivie de près par Eireann. Guidées par les deux gardes armées, les deux femmes se dirigèrent vers le plus petit des bâtiments. À première vue, il ressemblait presque à des pavillons terriens, rectangulaires et au toit plat. Le Commandant nota la présence de deux autres gardes à l'entrée d'une porte en fer. Les rares fenêtres étaient obstruées par des stores. Les deux femmes échangèrent un regard interrogateur alors qu'elles pénétraient dans la maisonnée.

L'atmosphère était aseptique et l'odeur d'hôpital fit grimacer Eireann, bien trop sensible à ce genre d'effluve. L'un des gardes resta en poste au niveau de la porte d'entrée alors que l'autre s'occupait de les mener jusqu'à une porte située au fond d'un petit couloir. Les bruits de leur pas étaient atténués par une épaisse moquette d'un rouge bordeaux. Eireann prit le temps de détailler les divers drapeaux accrochés aux murs. Ils avaient tous les deux mêmes couleurs, noir et rouge, mais les symboles en leur centre étaient différents : des sortes d'oiseau ou du moins des créatures ailées pouvant s'en rapprocher et même un caducée médical dont le serpent était un tantinet plus effrayant et inquiétant que celui que les humains connaissaient. Hannah se pencha légèrement à l'oreille de sa fille.

— Sûrement les drapeaux des différentes stations.

Le Commandant hocha la tête. Elle était arrivée à la même conclusion. Mais de fait, elle se demandait lequel de ces drapeaux représentait celui de l'ensemble de la Fédération. Arrivées devant la porte, le garde posa sa main sur une interface de reconnaissance.

La porte s'ouvrit sur une pièce plongée dans la pénombre, lourdement chargée des parfums de médicaments, de désinfection… de fin de vie. Après avoir porté par réflexe leur main à leur nez, dégoûtées par l'odeur, les deux Shepard s'avancèrent à la suite du garde. Devant elles, dans un lit médicalisé, une forme décharnée se trouvait sous les draps aux couleurs de la Fédération. Si Eireann ne la connaissait pas, Hannah, elle, sembla un peu plus troublée par l'alien malade sous ses yeux. Même si, comme il le disait, son esprit était toujours vigoureux, son corps l'abandonnait doucement. Les auréoles vertes de sa peau avaient tourné à une couleur pastel maladive et l'orangée virait à une teinte plus cireuse. Deux infirmiers aidèrent le mourant à se redresser et, dans un souffle, Eireann s'excusa.

— Nous n'aurions pas dû venir. Ce n'est certainement pas le bon moment pour…
— Commandant Shepard, je suppose ? devina le Superviseur, sa voix fatiguée s'élevant péniblement.

L'officier hocha la tête alors que le vieil Onisowo tendait sa maigre main. D'un mouvement de la tête, Hannah encouragea sa fille à la saisir. La poigne était faible, fragile et Eireann craignit l'espace d'un instant de la lui briser. Le politicien reprit la parole.

— Je suis vraiment content de vous rencontrer. J'aurais préféré vous voir il y a un an mais vous étiez... indisposée.
— C'était une période compliquée effectivement et… elle l'est toujours, répondit prudemment Shepard
— J'ai eu vent de la situation dramatique des Mudrost. Je ne comprends pas l'intérêt de cette attaque soudaine.
— Et j'aurais espérée que vous puissiez m'en dire un peu plus, avoua Shepard, dépitée.

Une quinte de toux sèche saisit le vieil alien dont le corps s'agita de multiples soubresauts. Il reprit sa respiration à grand peine et un des infirmiers l'aida à se repositionner correctement dans le lit. Son souffle sifflant, l'Onisowo reprit la parole.

— Je prendrais plaisir à vous raconter nos lois et l'histoire de notre galaxie, Commandant, mais je dois me reposer et me préparer pour mon Éveil.
— Votre… Éveil ?

Un sourire étrange naquit sur le visage de l'alien malade.

— Il y a bien des choses que vous devez apprendre sur nous. Mais pas maintenant. Il y a une autre personne que vous devez rencontrer.
— Qui donc ? interrogea le Commandant.
— Onija Suru, un des Maîtres d'Armes de la République d'Iwalaaye. Je suis… bien trop fatigué aujourd'hui pour tenir une discussion plus longue. Mais je voulais vous voir… Et je suis bien heureux de constater que vous vous portez bien, Commandant.

D'un mouvement las de la main, il invita les deux Humaines à se retirer. Après un bref hochement de tête, les officiers quittèrent la pièce sombre. Alors qu'elles empruntaient le chemin en sens inverse, toujours suivies par les deux gardes, Eireann avoua son incompréhension.

— Il a parlé d'Éveil mais… il est mourant !

Un léger sourire se dessina sur les lèvres de l'Amiral.

— Comme il l'a dit, il y a beaucoup de choses que nous ignorons sur cette galaxie. Mais je pense que cette Onija Suru pourra nous en apprendre beaucoup. Allez, viens ! Ne la faisons pas plus attendre.