Notes de l'auteur :
Bon, je vais être parfaitement honnête avec vous. En termes de difficulté d'écriture, ce chapitre est un nouveau record pour moi. Étant donné ce qui s'y déroule, cous comprendrez aisément pourquoi, sans que j'aie besoin d'entrer dans les détails. Mais pour que je sois contraint de faire appel à un béta-lecteur pour voir mes inepties validées par un œil impartial, vous vous doutez du malaise certain qui m'a gagné, au cours des heures qu'il m'a fallu pour composer cette scène particulière. Un grand merci encore à Galak0 pour s'être dévoué à la tâche.
Mais vous l'avez voulu, ce passage, bande de sacripants ! Vous saviez très bien où nous allions, au chapitre précédent, et je vous avais demandé ce qu'il fallait que je fasse. Devais-je faire une ellipse temporelle, ou raconter ? Vous m'avez bien fait comprendre que vous souhaitiez que je raconte, et je ne m'en cache pas, j'avais également envie de me lancer dans cette aventure, et de me frotter à la rédaction d'une scène de ce type, chose que je n'avais jamais fait auparavant... Et bon dieu, je comprends pourquoi je redoutais l'expérience, à présent.
En dépit de mes efforts les plus intenses pour édulcorer la chose au maximum, je suis contraint de placer un avertissement en ce début de chapitre : on dépasse très largement, à mon sens (et à celui de Galak0 également), les limites d'un classement T, même si je pense qu'on n'entre pas réellement dans une catégorisation M... J'ai un peu le cul entre deux chaises, pour le coup, mais Galak0, tout comme moi, étions vraiment très satisfaits du résultat final, alors je me suis dit, qu'à cela ne tienne, je le propose sous sa forme première, et on verra bien ce que ça donnera.
Voilà, mais je suis obligé de le faire, malgré tout :
AVERTISSEMENT : Ce chapitre contient une scène de nature tendancieuse qui pourrait heurter la sensibilité du jeune lectorat.
En dépit du reste, je vous souhaite une très agréable lecture, et vous remercie une nouvelle fois pour votre soutien sans failles.
A très vite !
PS : 300 000 mots dépassés. Hourra !
Chapitre 25 : Une nouvelle étape
Judy avait du mal à reconnaître la lapine qui lui faisait face. Il s'agissait pourtant, ni plus ni moins, que de son propre reflet dans le miroir. Elle se trouvait dans la salle de bain de la chambre que Nick avait loué pour eux à l'hôtel du Cap Tusk. En revenant de la plage, la décision avait été prise, pour l'un comme pour l'autre. Ce soir serait le soir… Si elle avait pu profiter de l'intensité de l'instant, après leur course effrénée dans le sable, et succombé au désir qui l'avait gagné sous les tendre attentions dont le renard l'avait ensuite comblé, la chose serait sans doute déjà faite. Mais le lieu, bien que plongé dans la pénombre et donc à l'abri des regards indiscrets, aussi romantique fut-il, n'était clairement pas adapté à ce qu'elle était prête à accepter en terme de « cadre » pour sa première fois. Judy savait qu'elle aurait besoin d'un espace sécurisant, neutre, parce qu'elle n'avait absolument aucune idée de la façon dont les choses allaient se dérouler, comment elle réagirait, le temps qu'il lui faudrait pour être concrètement « prête »… Et surtout, si les choses allaient réellement au bout, ce qu'elle espérait et redoutait en même temps (mais les contradictions fondaient à présent son état d'esprit à la fois anxieux et enfiévré), Nick nouerait ce « nœud » avec elle, et il l'avait prévenu qu'un tel lien pouvait durer un certain temps… Mieux valait donc prendre en compte toutes ces spécificités, et si elle devait admettre que perdre sa virginité avec le mâle qu'elle aimait, au couvert des dunes de sable, en bordure de l'océan sous la pâle lueur de la lune, éveillait en elle un soupçon de romantisme, elle était néanmoins suffisamment adulte, sensée et pragmatique pour savoir que le meilleur endroit pour franchir cette nouvelle étape, était certainement celui qu'elle avait finalement choisi : leur chambre.
Cependant, leurs ébats tout à la fois joyeux et érotiques sur la plage avaient provoqué quelques déboires dans son pelage… Elle s'était retrouvée couverte de sable, et la sensation n'était pas forcément la plus agréable qui fut. Aussi, lorsqu'ils eurent regagné la chambre, patte dans la patte, elle s'était excusée auprès de Nick, lui expliquant qu'elle devait se décrasser un peu, avant tout chose. Le renard avait acquiescé, admettant que lui aussi en profiterait pour se débarbouiller… Il ressemblait à un renard des sables, et la réflexion les fit beaucoup rire. Leur euphorie était bien entendu nerveuse. Ni l'un ni l'autre ne cherchait plus à se substituer au déroulement des évènements, mais cela ne rendait pas la chose moins angoissante. Oh, bien entendu, pas de quoi ressentir une réelle anxiété. Judy était sûre et certaine de ce qu'elle voulait, et elle était presque certaine qu'il en allait de même pour Nick… Mais forcément, faire face à l'inconnu, dans ce qu'elle considérait encore comme l'une des choses les plus importantes qu'il lui restait à accomplir, faisait naître une certaine pression au creux de son estomac.
A présent, elle était propre, fraiche et disposée. Elle se contemplait dans la glace, entièrement nue, se demandant vaguement ce qu'elle avait de si spécial pour être à même de plaire à un renard aussi fantastique que Nicholas Wilde. Ayant grandi au milieu d'une immense fratrie, Judy ne se trouvait rien de particulier pour une lapine… Elle se fondait globalement dans la masse, et c'était plutôt par sa personnalité, sa détermination sans faille et ses ambitions démesurées qu'elle avait su forger sa propre individualité. Bien que son corps fût rendu athlétique par les innombrables heures d'entraînements qu'elle lui avait fait subir, et qu'elle se reconnaissait donc au moins le fait d'être particulièrement svelte, elle n'appréciait pas particulièrement son anatomie. Elle n'avait pour ainsi dire aucune poitrine (en cela, elle différait assez peu de la plupart des femelles, mais l'évolution avait été plus généreuse avec certaines espèces, et même avec certaines lapines, qu'avec elle sur ce point), et elle complexait toujours sur la largeur de sa croupe… C'était bien sûr un signe morphologique distinctif des lagomorphes, contre lequel elle ne pouvait rien faire. Pattes antérieures puissantes et épaisses, bassin large, fait pour enfanter… Elle plaqua une patte contre son visage en secouant la tête. Elle n'était pas du genre à passer des heures devant un miroir à se lamenter de son physique, chose pour laquelle elle n'avait qu'une considération très secondaire, la forme et la santé passant loin devant l'esthétique, à ses yeux, mais là, la situation était complètement différente… Le mâle qu'elle aimait allait la voir nue. Intégralement nue. La dernière personne à l'avoir vue ainsi était sa mère, et elle avait neuf ans. Depuis, elle s'était toujours arrangée pour se ménager une certaine forme d'intimité (ce qui tenait de l'exploit dans un terrier où cohabitaient près de trois cents de ses congénères). La plupart de ses frères et sœurs se moquaient totalement de cette notion. Il était plus pratique et rapide de profiter des douches collectives du terrier, et de se changer directement dans les dortoirs, que de mettre en place des stratégies pour se laver et se vêtir à l'abri des regards. Mais Judy était comme ça… Elle n'avait jamais vraiment rien fait comme les autres, et s'était toujours démarquée par ce genre de petits comportements étranges, propres à sa personnalité particulière.
Toutes ces pensées confuses animaient son esprit, et elle savait qu'elle ne devait pas s'y laisser prendre… Cela faisait déjà un petit moment qu'elle avait laissé Nick seul dans la chambre, et elle ne voulait pas qu'il s'inquiète, en se demandant si au bout du compte, elle n'avait pas renoncé et n'osait pas sortir de la salle de bain afin de le lui avouer. Pour cela, en tout cas, les choses demeuraient immuables. Judy était décidée, et ne reviendrait pas en arrière. L'instant qu'elle s'apprêtait à vivre était une sorte de nouveau but qu'elle s'était fixé, et quand la lapine avait convenu d'aller au bout d'un projet, rien ne pouvait se dresser en travers de sa route, et cela même si le chemin était pavé de pièges et d'embuches. Aussi, s'obligea-t-elle à rejeter au loin ses doutes et ses craintes. Allait-elle plaire à Nick ? Question stupide : elle savait qu'elle lui plaisait déjà. Les réactions du renard à ses avances et à ce qu'elle avait déjà dévoilé de son intimité le lui avait fait comprendre depuis longtemps. Est-ce qu'elle allait souffrir ? Peut-être bien, ce n'était pas impossible, en effet… La première fois était toujours assez spéciale, de ce qu'elle en savait, et si c'était déjà le cas pour des rapports communs entre individus de la même espèce, cela serait sans doute plus difficile encore les concernant, étant donné les différences anatomiques assez évidentes qu'il y avait entre eux. Mais est-ce que cela l'inquiétait réellement ? Pas vraiment, en somme, car elle savait déjà qu'elle saurait trouver du plaisir au sein de cet échange, ne serait-ce que par la symbolique qu'il prendrait à ses yeux. De fait, si tout se passait bien contre toute attente, cela ne pourrait être que meilleur encore. Et dans tous les cas, elle demeurait persuadée que cela resterait l'une des expériences les plus mémorables de son existence.
Judy poussa une profonde inspiration. Le temps des questions et des suppositions était largement dépassé, et il lui fallait admette que la seule chose qui la retenait encore dans cette salle de bain était son sentiment d'appréhension irraisonné. Il fallait seulement se poser cette ultime interrogation : Judy, es-tu effrayée ? Sa propre voix lui répondit, faisant écho à un leitmotiv qui l'avait suivi depuis l'enfance : la seule chose dont il faut avoir peur, c'est de la peur elle-même. C'était bien là le seul frein à l'existence, et elle se l'était prouvée un nombre incalculable de fois au cours de sa vie. Avoir peur de l'inconnu, de la nouveauté, était le meilleur moyen de passer à côté des plus belles choses que le destin pouvait réserver. Elle ne ferait plus jamais cette erreur. Elle fronça les sourcils, appréciant l'expression décidée manifestée par son reflet dans le miroir. Elle se reconnaissait déjà beaucoup mieux ainsi. D'un coup d'œil, elle considéra les sous-vêtements et le débardeur qu'elle avait mis de côté, et secoua la tête en signe de dénégation. Elle était prête, et elle souhaitait que Nick le sache dès qu'elle sortirait de cette pièce…
Elle déverrouilla la porte de la salle de bain pour regagner la chambre, ne portant rien d'autre sur elle que l'odeur intense qu'elle dégageait fragrance encore renforcée par son état fébrile, et que plus rien ne venait atténuer, à présent.
Après avoir passé des coups de serviette insistant dans son pelage sur le balcon de la chambre, afin de se défaire de tout le sable insidieux qui s'y était glissé, Nick avait tiré le fauteuil mis à disposition dans la pièce pour le positionner face à la baie vitrée, et s'était installé dedans, le regard happé par l'horizon, dont la ligne était rendue vaguement perceptible par l'éclat blanchâtre de la lune. L'appréhension au cœur, il s'était dit que le meilleur moyen de se détendre, en attendant le retour de Judy, serait sans doute d'essayer de ne penser à rien…
Chose quasiment impossible pour le commun des mortels, et totalement infaisable pour un esprit aussi actif que celui de Nicholas Wilde. Le renard se connaissait comme un mammifère d'ordre et de tactique. Il savait anticiper les actions des autres, et cela même lorsque ces actes n'étaient guère plus que des réflexes. Sa tendance à prévoir tous les coups à l'avance, afin de se défaire de n'importe quelle situation épineuse en vue de la tourner à son avantage, était une aptitude que près de vingt années passées à arnaquer ses concitoyens lui avaient conférée, et dont il avait su tirer profit à maintes reprises. Cependant, ce soir, il se trouvait bien incapable de déterminer à quoi il devait s'attendre…
Il se fit le constat que, depuis sa rencontre avec Judy, il avait été pris au dépourvu plus d'une fois. S'il était capable d'anticiper les actions et les humeurs de la lapine avec une certaine aisance, il n'en demeurait pas moins qu'il s'agissait certainement du mammifère qui restait le plus imprévisible à ses yeux, parmi tous ceux qu'il avait rencontré au cours de son existence. Et c'était en partie ce qui faisait son charme tout particulier, selon lui.
Seulement, ils se retrouvaient tous deux dans une situation qu'il avait certes anticipé, mais néanmoins redouté… Judy ne s'était pas cachée, depuis un moment déjà, de l'attirance qu'elle ressentait pour lui, et s'il avait su jusqu'à présent résister à ses avances (avec néanmoins une difficulté toujours plus importante à chaque nouvelle situation tendancieuse, car il devait bien l'admettre, l'attirance en question était réciproque), il savait pertinemment que ce soir serait le soir, qu'il n'y aurait plus de détours, ni d'excuses, et encore moins de possibilité de retraite. Non pas que ce fut ce qu'il aurait souhaité, bien entendu, mais demeurait la probabilité que tout parte en vrille, à un moment ou à un autre, tout simplement parce que ni elle, ni lui, n'avaient la moindre idée de la façon dont les choses allaient se dérouler. C'était le plongeon, les yeux bandés, dans le précipice de l'inconnu…
Et ce genre d'action ne ressemblait pas à un esprit aussi calculateur et pragmatique que celui de Nick. Pour lui, en mammifère de réflexion, la vie était une partie de poker, où l'on bluffait pour rafler la mise. Parfois, les cartes qu'il avait en patte étaient particulièrement mauvaises, mais ça ne l'empêchait pas de gagner pour autant… Nick aimait avoir le contrôle en toute situation, connaître les données, les paramètres. S'en remettre au hasard, c'était un concept inacceptable pour lui, et la seule certitude qu'il voyait dans la situation actuelle demeurait le fait qu'il était amoureux de Judy, et que visiblement, elle éprouvait la même chose pour lui. Loin de le rassurer, cependant, cette vérité rendait la chose plus difficile encore à appréhender : il y avait beaucoup à perdre, s'il jouait les mauvaises cartes.
Il fronça les sourcils, une part de son esprit le blâmant soudainement pour oser mettre en parallèle sa relation amoureuse avec un stupide jeu de cartes. C'était vrai… Il ne considérait pas Judy comme il considérait les autres. Il avait toujours eu une place spéciale dans son estime et dans son cœur pour les mammifères réellement proches de lui… Sa famille, ses amis les plus chers (qui se comptaient sur les doigts d'une patte qui aurait été sévèrement mutilée), et c'était à peu près tout… Et Judy, bien entendu. A présent, il y avait une sorte de place à part dans le « salon de l'estime » de Nick Wilde, occupée par Judy Hopps, une petite fliquette qu'il avait pensé pouvoir arnaquer et qui, en bout de course, en sus de lui rendre la pareille, avait pris son cœur au passage, histoire de faire bonne mesure. Oui, avec elle, la vie n'était plus un jeu où il mesurait chaque risque en vue de prendre la décision qui le ferait gagner… Avec elle, tout ça n'avait plus aucune importance. Il ne servait à rien d'anticiper, de deviner les intentions de l'autre, de fausser son tempérament, d'attendre le bon moment pour placer le coup gagnant… Il ne restait que des instants simples, à vivre au présent, sans songer à rien d'autre qu'à ce qu'ils signifiaient, qu'à ce vers quoi ils pourraient mener, et où, plutôt que de triompher en égoïste solitaire, il luttait pour préserver ces liens si précieux qu'il avait tissé avec elle.
Et le plus précieux de ces liens, à l'heure actuelle, était celui qu'il lui réservait encore, et auquel lui-même accordait une forme d'importance quasi-mystique. Ce n'était pas tant parce que son père lui avait enseigné l'aspect capital de ce lien et que, désireux d'honorer sa mémoire, il se préservait pour la bonne personne. Non, ça allait bien plus loin que ça. C'était une promesse qu'il s'était fait à lui-même. Nick n'était pas dupe : en dépit de sa capacité à toujours s'en tirer à bon compte, il avait mené une vie dont il n'était ni fier, ni satisfait, faite d'une succession incroyable et cataclysmique de choix plus mauvais les uns que les autres. Certains auraient prétendu qu'il y avait beaucoup gagné, mais lui ne voyait que tout ce qu'il y avait perdu. Sa fierté, son honneur, et une grande part de son innocence en tête, loin devant presque tout le reste… Au moment où il avait fait la connaissance de Judy, il en était arrivé à un stade où il pensait ne pas pouvoir tomber plus bas. Il représentait alors tout ce que les mammifères pouvaient s'imaginer lorsqu'on leur demandait de définir le stéréotype du renard : fourbe, arrogant, indigne de confiance, manipulateur, et autres joyeusetés du même acabit. Mais en dépit de toutes ces « qualités » hautement indignes, il demeurait une chose à laquelle il pouvait se rattacher : il lui restait une parcelle de son innocence, qu'il avait su préserver. Nick ne s'était pas fourvoyé au point de sacrifier la dernière fibre de son âme d'enfant, et si cet aspect de sa personnalité lui semblait presque curieux (en tout cas, il avait toujours beaucoup fait rire Finnick), il était fier de l'avoir conservé, envers et contre tout.
Il semblait bien qu'au final, Nick ne fut rien de plus qu'un grand romantique, qui attendait que sa chance tourne, et que la bonne femelle arrive dans sa vie afin de le pousser à y faire un sacré ménage. C'était une pensée à posteriori, bien entendu, et elle ne lui venait à présent que parce qu'il semblait évident qu'il s'agissait de ce qu'il lui était effectivement arrivé. La bonne femelle était Judy. Et cette minuscule part d'innocence qu'il avait su conserver, en dépit de tout ce qu'il avait à la fois gâché et perdu, il était prêt à lui offrir ce soir, si elle voulait bien de lui… Si elle voulait bien d'eux.
La réponse à cette ultime question lui fut apportée très rapidement, et ce, sans l'ombre d'une compromission, lorsqu'il entendit la porte de la salle de bain s'ouvrir, et qu'il vit approcher vers lui, à pas feutrés, intimidée mais souriante, Judy, qui lui faisait l'honneur de s'exposer à ses yeux sans camouflage ni artifice, dans la seule beauté naturelle qui la caractérisait.
Deux certitudes le gagnèrent, tandis qu'il se tournait vers elle, s'efforçant de ne pas paraître trop abasourdi. La première, c'était qu'il allait nouer ce lien avec cette lapine, dont il était fou amoureux, il n'y avait plus aucun doute à ce sujet. La seconde, c'était que son père avait eu raison : la personne avec laquelle on scellait ce nœud était celle avec laquelle on scellait son destin. Judy Hopps était la femelle avec laquelle il passerait le reste de son existence. Là encore, il n'y avait plus aucun doute à ce sujet.
Dire que Judy Hopps était sublime en cet instant aurait été un euphémisme presque grossier aux yeux de Nick Wilde. Sous la lueur tamisée de la lampe de chevet, seule source de lumière éclairant la chambre, si l'on exceptait l'éclat blafard de la lune, les contours de la jeune lapine semblaient transfigurer l'espace. Nick écarquilla les yeux, la bouche entrouverte. Bien entendu, il aurait dû s'attendre à un tour pareil de la part de Judy, mais encore une fois, elle était parvenue à le prendre à contre-pied, à briser toutes ses anticipations, et à le laisser démuni, incapable de penser, de raisonner et encore moins d'amorcer une forme de réponse tangible. Il demeurait donc là, muet et époustouflé, un léger rictus aux lèvres, avec la seule certitude qu'il faisait face à la chose la plus charmante qu'il avait jamais vu, et qu'il devait certainement passer pour un parfait idiot.
Il avait été en mesure d'anticiper ce à quoi le corps de Judy pouvait ressembler, car son uniforme du ZPD laissait très clairement entrevoir sa morphologie, mais entre se l'imaginer et le contempler, il y avait un monde. Plus rien ne dissimulait l'éclat blanc du pelage qui descendait de sa gorge, épousait les contours de sa légère poitrine, avant de couvrir son ventre, d'amorcer une courbure légère au niveau de ses cuisses, et de s'engouffrer entre ses jambes, dissimulant à peine la vue de la zone la plus intime de sa personne. De même, Nick n'aurait pu deviner que le coloris gris dominant de son pelage contenait autant de nuances subtiles et harmonieuses, ni à quel point il soulignait la grâce délicate de son bassin, de ses hanches et de ses jambes à la fois musculeuses et puissantes.
Elle avança vers lui, se tenant le bras droit de la patte gauche, un petit sourire gêné au visage, sans le quitter des yeux une seule seconde. Bien qu'elle apparût légèrement mal à l'aise en se dévoilant ainsi, elle semblait apprécier l'éclat passionnel qu'elle lisait dans le regard de son renard. Elle s'arrêta juste devant le fauteuil où il était installé, se plaçant entre ses jambes, avant de se pencher vers son museau. D'une patte gracile, elle lui referma la bouche, qu'il avait toujours entrouverte, et poussa un petit rire.
« Il semblerait que j'aie enfin trouvé le moyen de faire taire Nicholas Wilde. » déclara-t-elle, la note de fierté qu'elle donnait à sa voix dissimulant à peine sa tonalité tremblante de nervosité.
Il fallut quelques secondes à Nick pour réagir, et Judy craignit, l'espace d'un instant, qu'il ait fait une sorte de malaise vagal. Aussi, elle accueillit le son de sa voix avec un soulagement manifeste.
« N'abuse pas de ce pouvoir sur moi… Le mutisme n'est pas mon état naturel. » répondit-il d'une voix légèrement vrillée par l'émotion, qu'il eut du mal à reconnaître comme étant la sienne.
« Si on en est à parler d'état naturel… » commença Judy en se penchant d'avantage vers lui, avant de passer une jambe au-dessus de la sienne, pour finalement venir s'asseoir sur ses cuisses. « … tu te souviens de la théorie de ce yak qui tenait le club de naturisme où tu as jugé bon de m'emmener, lorsque nous nous sommes rencontrés ? »
Nick essayait de rester détendu en dépit de la situation, mais il ne pouvait refreiner la crispation de son corps, résultante de l'effort qu'il déployait pour ne pas trembler de nervosité et d'excitation. La proximité de Judy, son attitude légèrement provocante, le fait qu'elle se soit assise sur lui… Alors qu'elle était nue… Ce côté entreprenant qui lui ressemblait tellement, cette manière qu'elle avait de surmonter ses craintes et de le provoquer directement sur son terrain, lui, qui était censé être le plus expérimenté en la matière au sein de leur couple… Il avait l'impression de se retrouver confronté à cette situation pour la première fois de sa vie, et peut être était-ce le cas, s'il prenait en considération que la femelle qui lui faisait face comptait réellement pour lui, et que tout ce jeu de séduction avait un sens concret et profond. Et tout cela, ce n'était rien comparé à ce qui le frappa ensuite.
Judy s'était lavée, ce qui avait retiré toute trace de l'atténuateur olfactif dont elle avait jusqu'alors bénéficiée. Et de surcroît, aucun vêtement ne venait faire barrage aux bombardements hormonaux produits par son corps en chaleur, et qui brûlait visiblement de désir. Nick avait été confronté plus d'une fois à cette odeur insidieuse, vibrante, tellement insistante qu'elle semblait presque palpable et malléable, étouffante et délicieuse à la fois lorsqu'elle s'insinuait dans ses naseaux, dans sa gorge, jusqu'au plus profond de son estomac, pour y éveiller des besoins pulsionnels des plus bestiaux, mais là, cela atteignait un degré encore supérieur sur l'échelle de l'extase. L'effet que cette odeur avait sur lui était quasiment indescriptible, mais ses sens en alerte le mettaient en garde contre la dépendance qu'une telle gamme olfactive pourrait générer chez lui… Il craignait de ne jamais parvenir à s'en remettre. La source de ces effluves se trouvait si proche de lui, sans barrière, sans rempart, sans la moindre protection, qu'il ne put s'empêcher de glisser ses naseaux tout contre elle, plaquant son museau dans le creux de son cou pour humer avec délectation, ses pupilles se révulsant de plaisir sous ses paupières.
« Nick… ? Tu es toujours avec moi ? » demanda Judy d'une voix légèrement anxieuse, bien qu'elle poussa un léger soupir de contentement en sentant le souffle brûlant de son partenaire caresser le pelage de sa gorge.
« Excuse-moi, Carotte… » marmonna piteusement Nick en déployant un effort surnaturel pour s'arracher au délice odorant, afin de porter le regard sur elle. « Tu disais ? »
« Je te parlais de ce yak au club de naturisme… »
Nick grimaça et secoua la tête, comme pour rejeter cette idée, avant de replonger son museau dans le creux du cou de la lapine, ce qui eut pour effet de la faire légèrement glousser.
« Pas vraiment envie de penser à ce type tout nu et à sa relation privilégiée avec les mouches… » marmonna le renard en inspirant profondément l'odeur de la lapine, tout en glissant ses pattes dans son dos. Judy poussa un gémissement langoureux en sentant les lèvres du renard faire pression contre son pelage, et sa langue brûlante le couvrir d'une première lampée, appliquée et délicate. Elle agrippa sa tête entre ses pattes, faisant légèrement pression pour l'inciter à continuer… Ce que Nick accepta de bon cœur.
« Je… Je ne voulais pas… Parler de lui… Pas directement… » déclara Judy, haletante en réponse aux marques d'affection prodiguées par le renard. « Mais de ce qu'il… De ce qu'il avait dit… ». Elle se figea, légèrement tremblante, en sentant les crocs de Nick caresser la peau de son épaule et se mordit la lèvre, avant de frémir de plus belle. « Oh… Nick… »
Elle se pencha sur lui et embrassa vigoureusement les parties de son visage qu'elle pouvait atteindre, tout en déployant des caresses d'une tendresse rare dans le pelage qui recouvrait sa nuque et son cou. Bien vite, son besoin de le marquer fut plus pressant que tout le reste, et elle commença à se frotter à lui avec empressement et avidité, ce qui ne fit qu'accroître encore d'avantage les décharges hormonales qu'elle dégageait.
Nick poussa un grognement bestial, tandis qu'il était frappé par cette nouvelle attaque olfactive, et qu'elle se répandait littéralement sur lui, s'imprégnait à son pelage, sous l'effet du marquage insistant dont le gratifiait Judy. Cette réponse gutturale et primale ne fit qu'accroître l'excitation de la lapine, qui poussa un nouveau gémissement de plaisir et usa de toute sa force pour repousser Nick au fond du fauteuil. Celui-ci ne s'était pas attendu à un tel déploiement de puissance, et resta médusé, contemplant la lapine qui le dominait à présent de toute sa hauteur, et le contemplait d'un regard où brillait une pointe évidente de lubricité.
« Il disait que… Que des animaux avec des vêtements… C'était bizarre… » parvint-elle finalement à expliquer, sa voix entrecoupée par un souffle haletant. Le cœur de Judy battait à tout rompre, soulevant sa petite poitrine en des soubresauts frénétiques.
« Et donc ? » demanda Nick en affichant un léger rictus. « Que doit-on comprendre des paroles d'un tel philosophe ? »
« Oh Nick… » répondit Judy en souriant d'un air narquois, avant de se pencher sur lui, ses doigts glissant le long de son museau pour rejoindre sa gorge, et finalement stopper leur course aux abords de la chemise noire dont il était toujours revêtu. « L'un de nous deux est « bizarre », ce soir… Et je suis prête à parier que ce n'est pas moi… »
« Si l'on s'en réfère aux seules estimations de Yax le sage, je te le confirme… » déclara le renard en poussant un léger ricanement.
« Rien que l'on ne puisse arranger, heureusement… » commenta la lapine avant de plaquer ses lèvres contre les siennes, l'embrassant à pleine bouche avec avidité, tandis que ses doigts tremblants courraient le long des boutons de sa chemise, les faisant sauter les uns après les autres.
Son odeur était outrageusement agressive maintenant, et Nick suffoquait presque sous cette insistance sensorielle dans laquelle il avait l'impression de se noyer. Le parfum de son propre musc, plus subtil, mais néanmoins invasif, ne tarda pas à se joindre à la fête, créant un embaumement particulier qui devait déterminer la fragrance de leur passion mutuelle. Ils s'enlacèrent au creux de cette gamme qui symbolisait tout ce qu'ils représentaient, l'union exacte de leurs natures opposées, et pourtant étrangement complémentaires. Un premier lien harmonieux, qu'eux seuls étaient capables de générer, et se trouvaient en droit de percevoir… Une sorte de voile fusionnel qui les entourait, créant une sphère odorante autour d'eux, qui les isolait du monde… D'un point de vue purement sensoriel, il n'y avait plus qu'eux, à présent. Pour l'un comme pour l'autre, le reste de l'univers avait cessé d'exister.
« Je t'aime… » souffla Nick au creux de l'oreille de Judy, au cours de l'un des rares moments où il était parvenu à se libérer de ses lèvres.
« Je t'aime… » répondit-elle, un sourire ému au coin des lèvres, son regard enfiévré et légèrement humide plongeant dans le sien. « Plus que tu ne saurais l'imaginer… »
« J'ai une imagination débordante. » répondit le renard en frottant son museau contre sa joue.
« Alors elle va déborder. » ironisa Judy avec douceur, avant de l'embrasser à nouveau, glissant sa langue entre ses lèvres pour encourager la sienne à la rejoindre dans ce balai doucereux et extatique.
La passion de ces échanges intimes ne fit qu'accentuer l'urgence que ressentaient leurs corps. Judy le perçut rapidement, à la pression palpable qui grandissait inéluctablement en Nick, et se manifestait physiquement, demandant à se voir libérée. Elle-même était en feu, l'effet qu'elle générait sur son compagnon ne faisant qu'accroître sa propre excitation. L'odeur qu'elle dégageait gagna encore en intensité, et se voyait à présent générée d'une manière très localisée, en provenance des parties les plus intimes de son anatomie. Son corps hurlait à pleine voix qu'il était prêt, et qu'il avait assez attendu. Tous ces préliminaires étaient un régal pour ses sens… Mais elle était en chaleur, et il y avait des urgences instinctives qui avaient besoin d'être assouvies, au risque qu'elle finisse par en perdre la raison.
De ses pattes tremblantes, elle défit la ceinture de Nick, et s'acharna à le délester de son pantalon. L'excitation et la maladresse rendirent l'opération confuse et chaotique, ce qui eut au moins le mérite de les faire rire, en dépit de la tension qui allait croissante entre eux, dans l'appréhension du moment fatidique, qui se précisait de secondes en secondes. Finalement, Judy se retrouva debout entre les jambes de Nick, celui-ci n'étant plus vêtu que de sa chemise entièrement défaite, et de son caleçon, qui dissimulait difficilement ses attentes particulières. Le renard grimaça, quelque peu gêné, avant d'essayer de se redresser, prêt à prendre la situation en pattes.
Mais Judy ne le laissa pas faire. Elle secoua la tête, un sourire de confiance figé sur les lèvres. Ils n'eurent pas besoin d'échanger le moindre mot… Nick céda à la demande silencieuse de sa partenaire sans broncher, se laissant lentement retomber au fond du fauteuil. Il valait peut être mieux céder à la lapine le droit de gérer les choses à sa manière, car au final, il devait bien l'admettre, le plus dur serait pour elle. Si elle gardait le contrôle de la situation, elle pourrait imposer son propre rythme, et ménager l'effort à sa façon. Tout ce que souhaitait le renard, c'était que les choses se passent le mieux possible pour celle qu'il aimait. De toute manière, à présent, il était trop tard pour reculer. Leur conscience évoluée était reléguée au second plan, et c'étaient leurs instincts primordiaux qui ménageaient un contrôle presque total sur leurs actes passionnés. C'était sans doute mieux ainsi… Tant qu'ils se comprenaient, et se faisaient confiance, tout se passerait bien.
Judy s'accroupit et poussa un soupir, avant de retirer l'ultime rempart qui protégeait Nick de l'état de nudité dans lequel elle-même se trouvait depuis à présent près de vingt minutes. Ceci fait, elle se redressa, contemplant avec une avidité teintée d'appréhension, ce à quoi ressemblait son compagnon à l'état naturel… Et elle dû admettre que la vision n'avait rien de déplaisante, bien que certaines parcelles bien spécifiques lui semblèrent effrayantes, puisqu'elle serait bientôt amenée à composer avec leurs dimensions quelque peu exubérantes pour sa condition de lapine.
Il n'y a aucune chance pour que ça passe, marmonna une parcelle angoissée de son esprit conscient, bien vite mise à mal par les hurlements exaspérés, extatiques, enfiévrés et bouillonnants de désir du reste de sa psyché primale, qui proclamaient des discours d'une nature nettement moins raisonnable. Inutile de préciser laquelle de ces voix elle préféra écouter… Elle poussa un léger soupir, le cœur gonflé par l'appréhension, et saisit la patte droite de Nick entre les siennes. Elle se rapprocha de lui, acceptant l'aide qu'il lui offrait pour grimper à califourchon sur le fauteuil, et passer ses jambes de chaque côté des siennes. Le renard se redressa, ajustant sa position, tout en caressant les oreilles de la lapine avec une tendresse affectée. Judy saisit le museau du renard entre ses pattes, l'obligeant à la regarder droit dans les yeux. Abîme d'améthyste contre abîme d'émeraude. Le même éclat, la même intensité, le même désir.
Elle l'embrassa une nouvelle fois, avec une douceur inimaginable… Ses lèvres tremblaient contre celles de son partenaire, qui put presque saisir le goût de sa nervosité et de son envie conjuguées. Sans le lâcher des yeux, leurs regards scellés l'un dans l'autre, elle réduisit lentement l'écart entre leurs corps. Elle abaissa sa croupe jusqu'à rencontrer une certaine forme de résistance. Alors elle ferma les yeux, retint sa respiration pendant une demi-seconde, et solda l'effort par une ultime poussée.
Judy ferma les yeux et serra les dents au moment où elle faisait le deuil de sa virginité. Une chose qui n'arrivait qu'une fois dans une vie, un moment unique, élément symbolique s'il en était, et qu'elle fut plus qu'heureuse de partager avec Nick. La lapine se figea, le souffle coupé, tandis que la seule sensation qu'elle était capable d'appréhender, en dépit de toutes les décharges sensorielles que son organisme en ébullition tentait de lui faire parvenir, était une douleur sourde et profonde. Elle s'immobilisa pendant quelques secondes, ses doigts se resserrant sur le pelage de Nick, tandis qu'elle grimaçait d'inconfort.
Immédiatement, le renard s'inquiéta, et tenta de se retirer, mais elle le retint en place d'une patte ferme, avant de murmurer d'une voix brisée par l'émotion. « Non… Ne bouge pas, Nick… »
« Tu… Tu as très mal ? » s'enquit le renard, qui s'en voulait presque, car pour sa part, ce premier contact intime était une source de plaisir indescriptible, d'une douceur qu'il n'aurait jamais pu soupçonner.
« N… Non… » mentit-elle en secouant la tête, les yeux toujours fermés.
Face à l'adversité, ne jamais faire machine arrière. On n'avait jamais vu de lapin dans la police. Les lapins faisaient pas ça. Jamais. Elle serait jamais qu'une planteuse de carottes. Un lapin flic, nan mais n'importe quoi ! Un lapin et un renard ensemble ? Aucune chance que ça marche. Les relations inter-espèces étaient une aberration. Une perversion vouée à l'échec. Où l'avait-elle lu, entendu ? Les murmures dans les allées, les messages sur les réseaux sociaux, les regards accusateurs quand ils marchaient côte à côte dans la rue.
Foutaises, s'hurla-t-elle à elle-même, avant de faire pression de son corps vers le bas.
Elle poussa un cri de surprise, mélange étrange de douleur et de plaisir. Une décharge intense et indescriptible, qui la changeait du seul inconfort qu'elle avait ressenti jusqu'alors. Nick se plia en deux, tandis que Judy et lui ne faisaient définitivement plus qu'un, envers et contre tout, et en dépit de ce qu'il avait pu craindre… Au final, elle venait tout simplement de prouver que même à un niveau intime, ils étaient capables de s'accorder à la perfection.
Un sentiment de bien-être conjoint les gagna, tandis que Judy laissait à nouveau glisser ses lèvres contre celles de son renard, de son partenaire, de son petit-ami… et à présent, de son amant.
« Est-ce que ça va ? » finit-il par lui demander, tandis qu'elle poussait de légers gémissements au creux de son oreille, son organisme en ébullition lui faisant découvrir toutes les merveilles sensorielles de ce nouvel état extatique qu'elle appréhendait pour la toute première fois.
« Oui… Parfaitement bien, Nick… Ne t'en fais pas. Laisse-moi juste un petit instant… » répondit-elle, les yeux toujours clos, tandis qu'elle luttait pour apaiser les décharges de contentement que son corps en chaleur lui faisait parvenir, afin de la remercier d'avoir enfin mis un terme à tant d'années de restrictions. Une pensée des plus lagomorphes, pour le coup, songea-t-elle, un rictus aux lèvres. Certains stéréotypes avaient la vie dure, sans doute parce qu'ils n'en étaient pas réellement, au final. En l'état actuel, peu lui importait… Ce qui comptait réellement, c'était celui qui l'enlaçait en cet instant, et avec lequel elle était enfin unie, sur un plan affectif aussi bien que physique.
La pulsion ardente de son désir la poussa néanmoins à se mettre en activité, car ce n'était là que le début des manœuvres. Le plus dur était sans doute passé, mais il y avait encore mille et une choses nouvelles et merveilleuses qu'elle rêvait de découvrir. Tremblante, mais sûre d'elle, elle commença à remuer légèrement, testant progressivement les limites de sa tolérance à des mouvements répétés, toujours plus amples, qui généraient autant de plaisir que d'inconfort. Après tout, cela restait sa première fois… Ce ne serait certainement pas parfait, et ça n'avait pas besoin de l'être.
Nick serra les dents, tout en s'obligeant à demeurer immobile. Mieux valait, encore une fois, laisser Judy gérer la chose à sa façon pour le moment. Il ne voulait pas ajouter à la douleur qu'elle pouvait ressentir, bien qu'il doutât de plus en plus que cette souffrance éventuelle soit réelle ou concrète, car la lapine ne tarda pas à accélérer le rythme, et à émettre des petits gémissements langoureux, entrecoupés de soupirs erratiques. Agrippée à sa nuque, le visage enfoui dans le creux de son cou, elle maintenait une certaine cadence, qui mettait le renard au supplice. Il tentait de retenir au maximum les manifestations de plaisir qu'il ressentait, celles-ci s'extériorisant partiellement par des tremblements convulsifs, et de légers grognements qui parvenaient à s'exfiltrer entre ses crocs resserrés. S'il devait être parfaitement honnête avec lui-même, jamais il n'avait ressenti quelque chose d'aussi intense et puissant que ce qu'il était en train de vivre. Ses pattes glissèrent dans le dos de Judy, caressant tout ce qu'elles étaient en mesure d'atteindre, tout en l'incitant inconsciemment à poursuivre sa gestuelle répétitive, et à maintenir ce rythme des plus satisfaisants.
Finalement, Judy se redressa, arquant le dos en arrière, les yeux clos et les dents serrées, tout en plaquant ses deux pattes contre sa bouche dans le but d'étouffer un cri d'extase, qui mourut au fond de sa gorge, et résultat en l'émergence d'un son aigu particulièrement adorable. Haletante, elle poursuivit l'effort dans cette nouvelle posture, qui ne faisait qu'accroître les sensations générées chez Nick. Il fut bientôt impossible pour le renard de contrôler son plaisir, et son corps répondit instinctivement, sans lui laisser le temps de modérer ses ardeurs. Il agrippa les hanches de Judy de ses deux pattes, et accompagna son rythme d'un mouvement du bassin. La réaction de la lapine fut immédiate : elle écarquilla les yeux de surprise, en poussant un gémissement de plaisir non-feint. Les deux se figèrent, leurs regards se rejoignant une nouvelle fois, brillants d'une confiance et d'un désir partagé. Et cela fut suffisant pour faire comprendre à Nick qu'il était libre de participer librement à l'action, désormais.
La suite de leur premier ébat amoureux se poursuivit sur cette lancée. Ils se montrèrent tous deux maladroits, inexpérimentés, quelque peu gauches, mais ni l'un ni l'autre ne perçut ces quelques imperfections, qui au final n'en étaient pas vraiment, car la seule chose qui importait en cet instant, était la manifestation concrète et physique des sentiments qu'ils éprouvaient. Le tout se perdit rapidement dans un nuage cotonneux de plaisir, d'odeurs, de douceur et d'extase, où le temps, le monde et même l'espace n'avaient plus aucune forme d'importance. Ils étaient dans leur propre univers, leur bulle hermétique privée, composée de sensations, d'instincts, de confiance et d'amour.
Néanmoins, aussi parfaite que put leur sembler cette première expérience, elle ne pouvait durer éternellement… A bout de souffle, et en dépit des efforts qu'elle ménageait depuis elle ne savait même plus combien de temps, Judy poursuivait inexorablement ses manœuvres affectueuses, et n'affichait plus la moindre retenue dans la manifestation orale de son plaisir. Elle n'en était pas arrivée à hurler à gorge déployée, bien entendu, mais chaque soubresaut était à présent accompagné d'un petit cri sporadique ou d'un gémissement particulièrement langoureux. Nick lui-même avait bien du mal à retenir sa satisfaction, et aussi ridicule que cela pouvait lui paraître, il haletait présentement à la manière des canidés. Il ne rentrait plus la langue dans sa bouche si ce n'était pour accueillir avec un plaisir non dissimulé les baisers que Judy lui offrait régulièrement, entre deux saccades.
Mais cette manifestation physique propre à son espèce n'était pas celle qui l'inquiétait le plus à l'heure actuelle… Alors qu'il sentait poindre le summum de son extase, et qu'une boule euphorique se formait au creux de son estomac, signe indubitable qu'il était au bord de l'orgasme, il se figea, espérant que Judy l'imiterait dans son mouvement. La lapine entrouvrit les yeux, légèrement surprise, mais ne stoppa que brièvement la cadence.
« Qu'est-ce qu'il y a, Nick ? » demanda-t-elle d'une voix légèrement essoufflée, mais rieuse. « On fatigue ? »
« N… Non… C'est qu… A… Attends, Judy… A… Arrête, s'il te plaît. » marmonna-t-il en essayant de calmer ses ardeurs, chose qui lui semblait quasiment impossible.
Presque à contrecœur, Judy ralentit ses mouvements, sans réellement les stopper néanmoins. « Quelque chose ne va pas ? » demanda-t-elle, soudain inquiète. « Je… Je te fais mal ? »
« Non, bien au contraire… » répondit-il en secouant la tête. « C'est bien le problème d'ailleurs, je… C'est que… »
Il n'eut pas besoin d'en dire plus pour que la lapine comprenne qu'il était en bout de course, et que n'allait pas tarder à se produire ce contre quoi il l'avait mise en garde, quelques jours auparavant.
« Nick… » murmura-t-elle en se penchant vers lui, caressant son museau de la patte avec une extrême douceur. « Je n'ai pas changé d'avis par rapport à ça… Mais si tu as le moindre doute, je… Je ne t'en voudrais pas si tu souhaitais qu'on arrête tout maintenant. Je sais à quel point c'est important pour toi, et… »
« La seule chose qui m'importe, c'est toi… » répondit-il dans un souffle.
Comment était-il possible que Judy ait la force de lui remonter le moral en cet instant, sachant l'état émotionnel dans lequel elle devait se trouver, et tous les sacrifices auxquels elle avait déjà consenti ce soir ? Elle était allée au-delà de ses doutes, de ses appréhensions, de sa propre souffrance, tout cela en raison de l'amour et de la foi qu'elle avait pour lui… Et elle avait encore la force morale de chercher à l'apaiser, en cet ultime instant, où il sentait son courage lui échapper une nouvelle fois. S'il se débinait maintenant, il apparaîtrait clair qu'il n'était pas digne d'elle, et de tout ce qu'elle lui avait offert. Et elle lui avait concrètement tout offert ce qu'elle n'avait jamais donné à personne d'autre, une chose précieuse, qui l'avait quitté à tout jamais, et qu'elle avait sacrifié pour lui. Jamais personne ne lui avait témoigné une confiance aussi pleine et entière… S'il ne lui rendait pas la pareille, ce serait un désaveu… Exactement comme Finnick le lui avait dit, quelques heures auparavant. Et rien n'avait changé dans sa perception des choses et ses certitudes : il savait qu'il aimait Judy, et qu'il n'y avait qu'avec elle qu'il voulait resserrer ce lien, ce soir et pour toujours.
« Tu es prête ? » demanda-t-il avec un sourire, lui faisant ainsi comprendre qu'il était décidé à aller jusqu'au bout.
« Plus que jamais… » déclara-t-elle avant de l'embrasser, tout en reprenant délicatement la gestuelle de ses hanches, qu'elle avait mise en suspens.
« Lapin malin… » maugréa-t-il entre ses crocs, sentant la pression monter de plus en plus, tandis qu'il répondait à ses avances avec plus d'ardeur.
« Renard crétin… » répondit-elle en lui mordant la lèvre, plissant les yeux tandis qu'elle se voyait parcourue d'un nouvel éclair extatique, et que son corps traduisait par une série de soubresauts son deuxième orgasme de la soirée, accompagnant le tout d'une décharge odorante particulièrement intense.
Ce fut en réponse à cet ultime stimulus olfactif que Nick perdit tout contrôle sur son propre corps, et ce pour la première fois de sa vie. Il n'avait pas su à quoi s'attendre, n'ayant jamais été au bout des choses. Une pression sourde gonfla dans son bas-ventre, et il poussa un grognement de satisfaction lorsque celle-ci s'évacua, et qu'un renflement dur et épais jaillissait, scellant son corps à celui de Judy.
Cette-dernière poussa un cri de surprise, avant de s'effondrer contre lui, s'agrippant à son cou en gémissant.
« Aïe. Aïe. Aïe. Trop gros ! Trop gros ! » protesta-t-elle d'une voix plaintive.
Nick se redressa du mieux qu'il put, ajustant sa position pour pouvoir laisser son dos reposer contre le dossier du fauteuil, tout en gardant Judy tout contre lui. La réévaluation de leur posture sembla diminuer la pression invasive que ressentait la lapine, et celle-ci poussa un soupir de contentement, avant d'enfoncer son visage dans le pelage épais qui poussait sur le torse du renard. Le nœud était scellé entre eux, et cela risquait de durer un moment.
Nick demeura silencieux pendant un certain temps, cherchant à déterminer jusqu'à quel point il se sentait différent, maintenant qu'il avait finalement passé le cap, et que Judy et lui étaient plus proches que jamais. En dehors d'une certaine forme de béatitude molle, et l'impression de flotter sur un nuage cotonneux, il ne ressentait pas de changement particulier en son for intérieur… Si ce n'était un profond et intense sentiment de satisfaction.
Ses pattes parcouraient avec douceur l'échine de Judy, remontant le long de ses oreilles, tandis que la lapine le gratifiait de caresses similaires, qu'elle appliquait à son cou et à son torse. Il fut surpris de constater avec quelle vitesse l'odeur presque étouffante qu'elle avait dégagé s'était résorbée, maintenant que ses besoins étaient pleinement satisfaits, mais comme ils étaient encore liés l'un à l'autre, il demeura un léger arôme persistant, qui semblait déterminer le plaisir volatil mais continu qu'elle ressentait au maintien obligatoire de ce contact. Nick avait craint que cette durée d'union imposée par le nœud serait dérangeante, inconfortable, voir pénible pour elle, mais au final, elle semblait y trouver une certaine forme d'appréciation particulière, qu'elle ne tarda pas à manifester oralement.
« En fait, je trouve que c'est vraiment une bonne chose, ce temps de rapprochement imposé après l'amour… » déclara-t-elle d'une voix douce et enjouée. « Je n'ai jamais rien eu contre les câlins, les caresses, et toutes ces petites attentions, tu sais ? »
« Tiens donc ? » demanda-t-il d'une voix feignant la surprise. « Je ne m'en serai jamais douté ! »
Judy redressa la tête à l'audition de son ton cynique et se figea à la vue de son expression légèrement narquoise, avant de pouffer de rire. « Eh bien, il n'aura pas fallu longtemps au Nick Wilde de tous les jours pour refaire surface. »
« Que veux-tu, Carotte ? » questionna le renard en haussant les épaules. « C'est de celui-ci dont tu es tombée amoureuse, pas vrai ? »
Elle hocha la tête avec vigueur, cette lueur de plaisir persistante continuant à illuminer son regard pétillant. « Oui, et mille fois oui. »
« Tant mieux… Parce que je ne me voyais pas trop du genre à te lancer un regard langoureux, empli de fierté mal placée pour te demander « Alors… Heureuse ? ». » expliqua-t-il en faisant une imitation absolument pitoyable de l'acteur de comédies sentimentales Hugh Groant.
« Est-ce une manière détournée pour obtenir malgré tout une réponse à ladite question ? »
« Officier, vous êtes une enquêtrice au moins aussi fine que Miss Gnawple. » répondit-il en levant les yeux au ciel. Il poussa un soupir avant de détourner le regard, légèrement honteux, et de reprendre une voix plus normale et sincère : « Sérieusement, Judy… Comment tu te sens ? »
Judy calla sa tête dans le creux du cou du renard, prit une profonde inspiration, avant de fermer les yeux, un sourire de contentement illuminant son visage. « Eh bien, je suis littéralement éreintée, j'ai l'impression que chaque fibre d'énergie que contenait mon corps a été drainée jusqu'à la moelle, mais en dehors de ça… Comment dire ? » Elle força cet instant d'hésitation en vue de renforcer le malaise palpable et l'anxiété qu'elle percevait chez Nick, qui s'était crispé dans l'attente de sa réponse. Finalement, elle décida d'arrêter de le torturer en se montrant parfaitement honnête. « Je ne me suis jamais sentie aussi bien, Nick… »
Elle releva lentement le visage pour pouvoir l'embrasser avec douceur, avant de laisser sa tête retomber dans le giron qu'elle n'avait quitté que pour ce bref instant de plaisir. Elle n'avait pas menti… Elle se sentait totalement vidée. Connaître sa première expérience au moment de ses chaleurs n'avait peut-être pas été la meilleure des idées, cette période intensifiant encore d'avantage la stimulation et l'énergie déployée dans l'acte, jusqu'à ce que ses besoins soient entièrement contentés… Ce qui pouvait se faire au détriment du corps, visiblement.
Mais en dehors de cet état d'extrême fatigue, la lapine ne pouvait nier avoir vécu l'un des moments les plus intenses de son existence… Bien au-delà de ce qu'elle avait pu s'imaginer. Le vague souvenir des aspects les moins plaisants de la chose, notamment la douleur ressentie (et qui ne manquerait certainement pas de se rappeler à elle lorsqu'elle serait à nouveau fraîche et disposée), ne parvenait pas à occulter ce qui demeurait l'essentiel à ses yeux : tout le reste avait été une explosion de sensations, d'émotions, de tensions telles qu'elle n'en avait jamais ressentie… Et la plus palpable au cœur de toutes celles-ci demeurait la force du lien, autant physique que spirituel qui l'avait relié (et la reliait toujours, d'ailleurs) à Nick, son renard, le mâle de sa vie. Elle comprenait mieux maintenant pourquoi on appelait ça « faire l'amour ».
« Et pour toi ? » demanda-t-elle finalement d'une voix frêle, laissant sous-entendre qu'elle était à deux doigts de s'endormir tout contre lui. « Est-ce que tu te sens différent, maintenant ? »
« En quel sens, Carotte ? » répondit-il, visiblement pris au dépourvu par la question.
« Eh bien… Tu n'avais jamais été jusqu'au bout, auparavant… Du coup, c'était en quelques sortes une première fois pour toi aussi… » explicita Judy, tout en ressentant une boule épineuse se former dans sa gorge à l'évocation des relations que Nick avait pu avoir précédemment… Même s'il n'avait jamais concrétisé leur finalité, elle ne pouvait raisonner le sentiment de jalousie qui la gagna en cet instant. Mais elle le rejeta rapidement au loin.
La question était légitime, dans le sens où il lui avait présenté cette histoire de nœud comme ayant une importance quasi-spirituelle. Au moment où s'était formé le lien qui perdurait toujours entre eux, et durerait certainement encore un petit moment, il avait effectivement eut l'impression de « perdre » une chose, et d'en « gagner » une autre… Une sorte de tractation inconsciente de biens d'une valeur à priori équivalente. Mais il restait persuadé que ce qu'il venait d'obtenir valait bien plus que ce qu'il avait eu à sacrifier. Indubitablement.
« Je ne me sens pas différent, Carotte. » déclara-t-il finalement après quelques secondes de silence, saisissant immédiatement la légère déception de Judy à cette réponse, qui dû lui paraître quelque peu négative sur l'instant. Aussi, s'obligea-t-il à préciser sa pensée. « Mais c'est plutôt normal… Ce n'était pas moi qui étais appelé à changer, par ce principe. C'était ce que nous sommes… Ce que notre couple représente. »
« A tes yeux ? » demanda-t-elle d'un ton légèrement anxieux.
Il hocha la tête pour confirmer, avant de développer. « Mais pas seulement. Aux tiens, également. A ceux du monde entier, je suppose. » Il poussa un soupir avant de la serrer plus fort contre lui, réajustant doucement sa position afin de pouvoir reposer au fond du fauteuil avec d'avantage de confort, tout en s'assurant que sa lapine ne souffrirait pas dans le processus. Après tout, ils étaient plus qu'intimement liés l'un à l'autre, en cet instant, le moindre mouvement de travers pouvait donc avoir des conséquences désastreuses.
« Faire le nœud avec une personne, c'est s'offrir totalement à elle, dans un degré de confiance quasi-absolu, c'est bien ça ? » demanda-t-elle, tout en se frottant doucement au pelage de son cou.
« Entre autres choses, oui. » confirma Nick. « Si tu veux, c'est une… Une sorte de promesse de pérennité au sein du couple. »
« C'est un engagement à long terme, monsieur Wilde. » répondit-elle en se redressant pour mettre son visage au niveau du sien, grimaçant légèrement à la douleur que ce simple mouvement éveilla dans son bas ventre.
Nick passa une patte contre la joue de Judy, semblant vouloir apprécier chacun des traits de son visage fin et délicat. « En effet… Mais je crois que je suis prêt à courir le risque. »
« Tu ne pourrais pas me rendre plus heureuse qu'en cet instant. » répondit-elle, émue aux larmes, comprenant ce que sous-entendait la réponse de Nick, à savoir qu'à ses yeux elle était la femelle avec laquelle il souhaitait passer le reste de son existence. Rien de choquant, ni de désolant, pour la lapine… Elle avait déjà fait le même choix.
Il glissa son museau vers le sien, et ils passèrent la minute suivante en tendres embrassades, comme pour sceller la promesse tacite qu'ils venaient de se faire, et dont leurs corps reliés étaient les témoins.
Judy s'endormit dans ses bras quelques minutes plus tard, et lui-même ne tarda pas à sombrer, le rythme lent et apaisé de la respiration de la lapine ayant un effet des plus contagieux sur lui. Après tout, Nick aussi était éreinté. Pas uniquement de leur folle activité physique de la soirée, mais de tout ce qu'ils avaient traversé au cours des derniers jours. Au final, ce moment de paix et de sérénité partagé apparaissait comme une nécessité absolue, un bienfait qui devait avoir lieu, sinon quoi il aurait peut être fini par perdre la raison.
Il se réveilla une quarantaine de minutes après, tandis qu'une sensation étrange de régression et de vide le tirait de son sommeil. Il comprit sans mal que le nœud s'était finalement rétracté, ce qui provoqua en lui une sorte de déception inconsciente, qu'il chassa rapidement de son esprit. Judy marmonna quelques mots en le sentant s'agiter sous elle, et s'agrippa à son cou. Que ce fut parce qu'il avait bougé, ou parce qu'elle avait elle-même sentie que le lien qui les unissait s'était finalement résorbé, elle demeura néanmoins endormie.
Nick se redressa le plus délicatement possible tout en prenant Judy entre ses bras, et se dirigea d'un pas gauche en direction du lit qui leur tendait les bras. Pourquoi s'étaient-ils laissés aller à faire l'amour sur ce fauteuil, alors qu'à deux pas se trouvait une couche king-size sur laquelle ils auraient été bien plus à l'aise ? L'enfièvrement les avaient rendus aveugles à toute forme de praticité, il fallait croire. Mais bon, à présent, le renard était capable de raisonner un peu plus sereinement.
Il allongea Judy en travers du lit, veillant à ce qu'elle soit confortablement installée, avant de se glisser derrière elle, passant ses bras autour de son petit corps, qu'il sera fort contre lui en poussant un soupir de contentement quasi-extatique. Etait-il légal d'être aussi parfaitement heureux ? Il décida de ne pas trop considérer la question, et déposa un léger baiser dans le creux de la nuque de sa lapine, avant de se calfeutrer autour d'elle, et de fermer les yeux pour la rejoindre dans son sommeil. Il était endormi quelques secondes après.
Il fut réveillé alors que le soleil était déjà haut dans le ciel, et jeta un regard fatigué à l'heure affichée par le réveil digital qui se trouvait sur la table de chevet attenante au lit. Celle-ci proclamait de ses chiffres digitaux d'un vert criard qu'il était neuf-heures-quinze, et qu'il était grand temps pour lui de s'extirper au confort indéniable de l'étreinte qu'il partageait avec Judy… Sauf que cette dernière ne semblait pas l'entendre de cette oreille. Toujours endormie, elle avait dû se tourner au cours de la nuit, et s'était glissée au creux de ses bras, le visage enfoncé contre son torse, ses pattes nouées dans son dos, et sa jambe droite passée pardessus lui, l'immobilisant presque totalement.
Nick poussa un soupir de contentement… La lumière du jour donnait un aspect presque surréel, mais néanmoins authentique, aux évènements de la soirée précédente. Il n'avait pas rêvé : cette charmante lapine se trouvait bien là, nue et enlacée contre lui, preuve s'il en était que tout ce qui s'était déroulé avait bel et bien eut lieu. L'odeur qui subsistait sur leurs corps, mélange fauve de fragrances diverses et variées, composant un parfum assez agressif, qu'on aurait tout simplement pu nommer « SEXE » en lettre capitale d'imprimerie, soldait la liste des marqueurs attestant la véracité de ce qui s'était produit entre eux quelques heures auparavant… Et affecta le constat assez misérable qui s'ensuivit : ils avaient tous deux besoin d'une bonne douche. Sérieusement et rapidement.
« Carotte… » marmonna Nick à l'oreille de Judy, essayant de l'extirper avec douceur de son sommeil. Il n'obtint qu'un vague gémissement de protestation en guise de réponse… Peu importait le degré de somnolence qui affectait la lapine, elle ne semblait pas disposer à le quitter avant un petit moment. Le renard n'aurait pas demandé mieux que de la laisser dormir pendant qu'il prenait le premier tour dans la salle de bain, mais elle le retenait à sa merci avec une force insoupçonnée.
« Judy… Il faut que je me lève… » murmura une nouvelle fois Nick à son oreille, celle-ci tressautant légèrement sous le souffle chaud du renard. Immédiatement, ce-dernier fut frappé par le premier assaut olfactif de la journée, qui lui rappela un constat désarmant : le fait qu'ils aient fait l'amour la veille ne retirait rien au fait que Judy était en chaleur… Et son corps répondait déjà présent, vaillant petit soldat de l'amour, prêt à repartir au combat au premier coup de clairon. Nick avala à sec, se demandant soudainement si réveiller une lapine en chaleur était la meilleure des choses à faire maintenant…
Mais il était trop tard. Elle venait d'ouvrir les yeux et les avait relevés vers lui, un sourire étrange imprimé sur le visage. « Bonjour, monsieur Wilde... » murmura-t-elle d'une voix douce, empêtrée de sommeil.
« Salut, Carotte… » répondit-il d'un air gauche.
« Tu veux déjà te lever ? » demanda-t-elle en le voyant s'extraire délicatement de son étreinte.
« On a encore pas mal de route, tu sais… Et il est plus de neuf heures. »
Elle poussa un soupir de déception, avant de secouer la tête, lui attrapant le bras dans l'espoir de le retenir encore un moment. « Nick, s'il-te-plaît… Reste un peu avec moi. »
Ce regard légèrement suppliant, à moitié endormi, cette petite frimousse adorable qui lui souriait de son air à la fois fatigué et légèrement tendancieux… C'était un piège dans lequel il ne devait absolument pas tomber. Mais il s'y précipita malgré tout. En définitive, il n'était qu'un faible renard : qui était-il pour lutter contre les lois cosmiques de l'attraction ?
« Très bien, Carotte. Tu as gagné. » répondit-il en regagnant le confort de ses bras, et en se voyant immédiatement accueillir par un baiser des plus insistants.
« Merci, mon cœur… »
Et de fil en aiguille, l'horloge du réveil matin indiquait dix heures quarante, lorsque le second nœud qu'ils nouèrent se désolidarisa, les laissant enfin libres de quitter le lit. Judy semblait satisfaite d'avoir pu profiter d'une session d'amour matinale, et se leva, après avoir embrassé son renard éreinté une nouvelle fois… Nick était allongé sur le dos, le regard rivé au plafond. Il jeta un léger coup d'œil à la petite queue en panache qui virevoltait au sommet de la croupe de sa femelle, tandis que celle-ci se rendait d'un pas guilleret en direction de la salle de bain, l'odeur renouvelée de leurs ébats sur les talons. Elle n'était pas encore expérimentée, certes, mais elle semblait déjà avoir pris goût aux joies de la chose, bien qu'elle se soit montrée désireuse de laisser Nick gérer la manœuvre au cours de cette deuxième session… Le pauvre renard, peu acclimaté à une telle fréquence, se sentait littéralement vidé de toute énergie. Mais lorsqu'il entendit le jet d'eau de la douche ruisseler, et la voix guillerette de Judy se mettre à fredonner (atrocement faux, bien entendu), il ne put refreiner la naissance d'un sourire extatique, qui lui fendit le museau de part en part. Il était vraiment le renard le plus chanceux au monde.
Lorsqu'ils furent tous deux propres, frais et dispos, ils se rendirent au restaurant de l'hôtel, espérant pouvoir encore bénéficier du petit-déjeuner compris dans l'offre de demi-pension, en dépit de l'heure très tardive à laquelle ils avaient quitté leur chambre. Heureusement, les tenanciers de l'établissement se montrèrent généreux et tolérants, et ils purent profiter d'un copieux brunch, qui leur permit de faire le plein de calories pour la journée, mais également de compenser toutes celles qu'ils avaient dépensé la veille au soir, et ce matin encore.
Finalement, ils libérèrent les locaux et rendirent la clé de leur chambre à la réception… Tous deux savaient très bien qu'ils garderaient à jamais en mémoire cet hôtel et cette chambre en particulier, étant donné les évènements particulièrement forts qu'ils y avaient vécus.
« A combien d'heures est-on d'Atlantea, à partir d'ici ? » demanda Judy en aidant Nick à fixer leurs sacoches de voyage sur les flancs de la moto.
« A peu près quatre heures. Un peu moins si ça roule bien. » répondit le renard, en s'assurant que tout était bien maintenu en place.
« Je sais que tu ne veux pas arriver trop tard, mais je me demandais si on avait encore le temps de se promener un peu, par ici. Cet endroit est magnifique, et j'aimerais bien faire quelques photos. »
Nick se redressa, tournant un visage intrigué vers Judy, qui lui souriait d'un air euphorique, son appareil photo entre les pattes. Elle semblait d'une humeur plus que radieuse, et sa bonhomie manifeste avait quelque chose de contagieux. Nick acquiesça de bon cœur, et elle lui agrippa le bras afin de le guider vers la plage, heureuse de pouvoir l'arpenter à la lueur du jour.
Bien entendu, elle était plus fréquentée à cette heure-ci qu'en pleine nuit. Les mammifères marins, principaux occupants des lieux, leur jetèrent quelques regards intrigués en les voyant avancer parmi eux, bras-dessus, bras-dessous. Ce n'était pas tant le fait qu'ils s'affichent en couple inter-espèces qui motivait cette curiosité toute locale, mais il demeurait rare de voir des mammifères de l'intérieur se rendre au Cap Tusk à cette période de l'année.
Cependant, Nick et Judy s'éloignèrent assez rapidement de la plage privative de l'hôtel, arborant rapidement des abords plus sauvages, où l'océan se déchaînait contre les récifs. Ils s'arrêtèrent ici pour permettre à la lapine de faire quelques photos du paysage, avant que, bien entendu, elle n'insiste pour immortaliser leur couple. Satisfaite de ses clichés, elle s'appliqua à changer sa photo de profil sur Furbook (où elle s'affichait déjà aux côtés de Nick), afin de la remplacer par sa prise la plus satisfaisante. Les deux mammifères se tenaient côtes à côtes, souriants, joue contre joue, leurs regards tournés l'un vers l'autre, avec l'horizon marin s'étendant à perte de vue derrière eux… La photo semblait proclamer avec une intensité certaine la profondeur de leurs sentiments respectifs, et Nick fut presque gêné que Judy en fasse sa nouvelle photo de profil, sans pour autant manifester la moindre protestation à cette idée. Il n'avait pas honte de s'afficher clairement aux côtés de celle qu'il aimait… Mais les afficionados, tous comme les détracteurs du web, ne tarderaient pas à s'emparer de cette nouvelle pépite pour alimenter leurs débats désuets et stériles.
Nick, tout comme Judy, se moquait éperdument de l'opinion publique quant à la définition de leur couple. Ils n'étaient pas des mammifères surconnectés, avides de gossip, et toujours à suivre les actualités les concernant. Parfois, ils prenaient quelques minutes pour découvrir les nouvelles inepties qui se disaient à leur sujet, que ces avis soient de l'ordre du soutien ou de la protestation cela les faisait surtout beaucoup rire. En réalité, leur absence de réaction à ce sujet avait rapidement fait mourir la polémique dans l'œuf, et la plupart de leurs concitoyens étaient passés à autre chose maintenant. Il y avait largement de quoi faire, avec les horreurs qui émaillaient l'actualité, ces derniers temps. Judy se félicita d'être très loin de tout ceci, à l'heure actuelle. Elle avait eu besoin de ce break, sans en avoir pleinement conscience… Mais maintenant qu'elle pouvait profiter de ce moment de recul, et contempler la situation avec plus de détachement, elle était satisfaite d'avoir mis un peu de distance entre Zootopie et elle.
« Nous irons directement chez ta mère, une fois arrivés à Atlantea ? » demanda Judy en rangeant son appareil photo dans sa sacoche.
« Oui. » acquiesça Nick, le regard perdu au loin. « Ça nous évitera d'avoir à payer une nouvelle nuit d'hôtel. Ma mère a une assez grande maison, elle pourra nous héberger, le temps de notre séjour. »
« Ça ne va pas la déranger, au moins ? » questionna la lapine d'un ton légèrement anxieux.
« Ça me surprendrait si c'était le cas. Je ne l'ai pas vu depuis presque un an… Je pense qu'elle sera heureuse de notre visite. »
Judy hésita un instant, les oreilles plaquées dans le dos et l'air concerné. Finalement, elle poussa un léger soupir avant de lui demander : « Tu… Tu crois qu'elle m'appréciera ? »
Nick lança un regard empli de curiosité à la lapine, surpris de la voir si nerveuse à l'idée de rencontrer sa mère. Il n'avait pas soupçonné que la chose puisse avoir une telle importance à ses yeux, mais cela ne le surprenait qu'à moitié, finalement. Judy était soucieuse de faire bonne impression, la plupart du temps, son dynamisme et son excitation habituelle n'étant qu'un rempart à sa timidité latente, mais néanmoins bien réelle.
« Je suis persuadé qu'elle va t'adorer. » répondit Nick en secouant la tête.
« Qu'est-ce qui te fait croire ça ? »
« Elle me damne le pion depuis des années pour que je trouve une femelle sérieuse qui me remette dans le droit chemin… Et là, c'est elle que je cite. Est-ce que tu as l'impression de répondre à cette définition, Carotte ? » demanda-t-il d'un air narquois.
« Si l'on exclue toute la part cynique et quelque peu égocentrique qui transpire de chacune de tes syllabes, alors je pense que oui, on peut dire que ça me ressemble assez. » répondit la lapine en levant les yeux au ciel avant d'enchaîner. « Mais j'espère bien que ce n'est pas là la seule raison qui te pousse à rester avec moi. »
Nick poussa un petit ricanement, en croisant les bras sur son torse. « Hoho, regardez-moi cette mignonne petite lapine en quête de compliments. »
Judy redressa le doigt d'un air courroucé, mais il devança ses propos en secouant la tête. « Non, non, j'ai un forfait sur le mot en « M », Carotte… Et puis, il y a prescription, maintenant. Si même le mâle avec qui tu partages ton lit n'a pas le droit de dire que tu es mignonne, alors rien ne va plus. »
« Tu ne partageras plus mon lit de sitôt, si tu continues comme ça, Nick Wilde ! » l'avertit Judy, un léger rictus au bord des lèvres, témoignant qu'en dépit de l'attitude courroucée qu'elle ménageait, elle s'amusait encore et toujours de ces incessants échanges de provocations.
« C'est mon lit en définitive, à partir de ce soir… Puisque nous allons passer quelques jours chez ma mère… Mais si le tapis te fait envie, libre à toi d'en éprouver le confort tout relatif, très chère. »
Judy s'approcha à pas lents de Nick, prenant une pose quelque peu lascive avant de glisser ses deux pattes dans le pelage de son cou, et ce, sans le lâcher une seconde des yeux. Elle se redressa sur la pointe des pieds, glissant sa joue contre son museau tout en y déposant une fin liseré de marquage odorant, avant de remonter jusqu'à son oreille, où elle murmura : « Le tapis et son confort relatif me conviendront parfaitement, trésor. J'espère que tu apprécieras celui de ton lit, car c'est bien le seul dont tu disposeras avant un bon moment. »
Elle s'éloigna d'un pas, soutenant son air médusé d'un regard langoureux, avant d'ajouter un petit clin d'œil tendancieux pour bien lui confirmer que ce qu'il avait cru comprendre était bien ce qu'il y avait à comprendre.
« Hum… Tu… Tu plaisantais, pas vrai ? » demanda Nick d'un ton anxieux en la voyant s'éloigner d'un pas affirmé. Judy ne tourna pas le regard vers lui, de crainte de manquer son effet s'il entrevoyait le rictus euphorique qui marquait à présent son visage, tandis qu'elle luttait contre le fou-rire qui la gagnait.
« Ouai, okay, Finn' ! Mais fais gaffe quand tu seras là-bas, d'accord ? » précisa Fangmeyer en avalant une gorgée de café, son téléphone entre les pattes. La voix grave de Finnick lui parvint au travers de l'appareil, proclamant quelques-unes des joyeusetés graciles dont il avait le secret pour gratifier ceux qui avaient le malheur de s'alarmer un peu trop quant à sa sécurité.
« Bon, bon, d'accord ! Fais comme tu veux, mais joue la discrète malgré tout, hein ? » s'enquit le loup blanc après avoir poussé un soupir de lassitude. Le fennec répondit par l'affirmative, sur un ton détaché, et il mit fin à la conversation.
Fangmeyer reposa son téléphone sur son bureau avant de s'étirer longuement. Bogo ne l'avait pas collé au stationnement, comme il l'avait redouté, mais l'avait confiné à la bureautique jusqu'à nouvel ordre. Le chef devait sans doute craindre que le loup blanc n'aille fureter de droite à gauche, entre deux procès-verbaux. Le tenir en laisse derrière une montagne de paperasse à classifier, annoter, trier et archiver était sans doute plus sûr. Fangmeyer aurait aimé être capable de voir les choses autrement, mais la tournure récente des évènements lui avait fait perdre confiance en l'intégrité des plus hauts gradés de la police. Son intuition lupine lui criait qu'il y avait anguille sous roche, et que certaines apparences étaient certainement trompeuses.
Finnick devait aller faire un tour dans les quartiers les plus malfamés de la ville, afin de se renseigner sur la nouvelle drogue qu'on y distribuait. Fangmeyer avait tenté de se renseigner à ce sujet auprès des équipes spécialisées dans la filature et la gestion des trafics de stupéfiants, mais on l'avait quelque peu rudoyé, lui conseillant de se mêler de ses affaires, et de cesser de remuer la merde : la situation était déjà bien assez complexe sans qu'il vienne y fourrer son museau. C'était la preuve tacite qu'il y avait bien un nouveau trafic en cours, mais que les responsables de cette affaire au ZPD étaient en manque d'informations à ce sujet, la tension palpable qui les gagnaient lorsqu'on les y confrontait étant manifeste. Comme Judy l'avait annoncé, les autorités seraient bientôt obligées de communiquer officiellement à ce sujet… Alors il serait libre de fouiner à sa guise… Et il se fit l'amer constat de ce qu'il avait l'impression d'être devenu, depuis qu'il s'investissait dans cette enquête : pas un officier de police en mission pour le bien de la cité, mais rien de plus qu'un fouineur qui ennuyait ses collègues et ses supérieurs. Ni gratifiant, ni réconfortant…
Mais prendre la température sur le terrain, et jouer des contacts de Finnick dans le milieu serait une piste à suivre, car cette drogue était intimement liée au dérivé du sérum que les Gardiens du Troupeau avaient employé lors de leur attaque sur la marche pour la paix. Peut-être qu'en anticipant les démarches officielles, il saurait prendre de cours sa hiérarchie et aller à l'encontre des barricades qu'elle ne manquerait pas de mettre en travers de sa route, à partir du moment où ils seraient tous ouvertement en course. Il n'y avait pas de mal à prendre ses dispositions, et à se ménager un temps d'avance, pas vrai ?
Le loup blanc posa ses coudes contre son bureau, avant d'enfouir son visage entre ses pattes, son esprit une nouvelle fois hanté par la combattante des Gardiens, cette brebis surentraînée qui l'avait laissé sur le carreau. Sa ressemblance avec Liane l'avait tellement troublé qu'il lui avait offert l'opportunité de leur échapper. S'il s'était montré digne de son rang et de sa plaque, à ce moment, ils auraient aujourd'hui entre leurs pattes un membre éminent des Gardiens, mais surtout une combattante issue de la Compagnie 112… Et le lien entre les deux groupuscules serait alors évident et incontestable. Une bonne parcelle de la vérité leur aurait été offerte, mais il avait tout gâché à cause de sa stupide faiblesse.
« Tu ne paies rien pour attendre, sale garce… » maugréa-t-il avant de lancer un regard patibulaire en direction de l'horloge qui surplombait la porte des bureaux, et lui indiqua qu'il était déjà plus de midi. Temps de prendre sa pause, et de s'extraire quelques instants à ce travail hautement stimulant et intellectuel. Il poussa un profond soupir, avant de quitter sa chaise, prenant la direction de l'accueil pour voir si Clawhauser était d'humeur à partager sa pause déjeuner avec lui… Ce dont il était à peu près persuadé, le guépard ne refusant jamais la compagnie de ses collègues les plus proches autour d'un bon repas.
« Yo, Ben. » déclara le loup blanc en s'accoudant au comptoir du ZPD, attirant l'attention du jovial Clawhauser dans sa direction.
« Salut, Simon ! Alors, comme ça se passe là-haut ? Intense, cette classification de la documentation en retard ? »
« Inutile de remuer le couteau dans la plaie, espèce de sadique. »
La répartie fit beaucoup rire le guépard, qui haussa les épaules avant d'afficher une mine un peu plus dépitée. « Pas juste de te voir toujours relégué aux tâches ingrates, mon vieux. »
« Boarf ! On va dire que je l'ai bien cherché. » argua Fangmeyer, peu désireux d'entrer dans une discussion sur le sujet avec Clawhauser. Il appréciait énormément le guépard, mais le savait profondément attaché au ZPD dans son intégralité, et surtout à Bogo, envers qui il était loyal, en dépit de tout. Il n'avait pas envie d'entacher cette confiance avec les sombres suppositions qui émaillaient ses soupçons. Pas tant qu'il n'avait pas de certitudes, tout du moins.
« Alors… Est-ce que ça te dirait qu'on aille manger un morceau ? » proposa finalement le loup blanc avec bonne humeur.
« Avec plaisir, mon vieux ! » répondit Clawhauser en hochant de la tête. « Je termine mon service dans cinq minutes, si tu es d'accord d'attendre. »
« C'est pas comme si ma journée avait été particulièrement palpitante, Ben. » déclara Fangmeyer d'un ton cynique. « Ça ne me changera pas beaucoup d'attendre cinq minutes de plus. »
Au même moment s'approchait du comptoir un civil à la dégaine relativement impressionnante. Il s'agissait d'un chien de berger de grande taille, au gabarit musculeux, et au pelage dense, d'une intense couleur noire et feu. Ses yeux bleus brillaient d'une étrange lueur, qui laissait entrevoir un aspect quelque peu vitreux et larmoyant, signe qu'il était particulièrement affecté, ou bien qu'il venait de pleurer.
« Bonjour monsieur. » répondit Clawhauser en essayant de se montrer aussi neutre et avenant que possible. « Comment puis-je vous aider ? »
« Je… Je voudrais voir le lieutenant Hopps. Judy Hopps… » marmonna le chien de berger en jetant un coup d'œil nerveux par-dessus son épaule au moment où il prononça le nom de la lapine, comme s'il cherchait à s'assurer que personne ne l'avait suivi pour entendre ce qu'il venait de dire.
« Le lieutenant Hopps n'a pas encore repris le service, monsieur. » explicita Clawhauser, sur le même ton calme et rassurant. « Puis-je vous aiguiller vers un autre de nos agents ? »
« Non. » répondit le mammifère, visiblement nerveux, tout en secouant la tête. « Je… Je ne veux m'adresser qu'à elle, d'accord ? »
Fangmeyer s'était figé, contemplant le prédateur, particulièrement attentif à son attitude nerveuse, et à la tension palpable qu'il dégageait, autant par ses tremblements légèrement convulsifs que par sa diction paniquée et confuse. Il avait déjà flairé l'odeur qu'il dégageait à de nombreuses reprises : ce chien de berger était terrifié. Purement et simplement terrifié.
« Vous comprenez, non ? Il faut que je lui parle… Il faut qu'elle m'aide… Ma femme… Ma femme est en danger… » reprit le chien de berger en secouant la tête, tout en plaquant une patte tremblante contre ses yeux. Il avait l'air au comble du désespoir.
« Malheureusement, elle n'est pas présente au poste. Le lieutenant Hopps ne reprendra le service qu'à partir de la semaine prochaine. » explicita Clawhauser sur un ton diplomatique des plus travaillés, qui laissa Fangmeyer admiratif, car le guépard ne se laissait pas emporter par l'émotion, et parvenait à maintenir son interlocuteur dans un état de calme relatif, en dépit de son anxiété manifeste. « Visiblement, vous n'êtes pas en mesure d'attendre son retour, et si un membre de votre famille est réellement menacé, il vaudrait mieux en parler tout de suite à l'un de nos officiers, vous comprenez ? »
Le chien de berger acquiesça en reniflant, après avoir émis un léger sanglot anxieux. « Je… Je comprends… » marmonna-t-il.
« Bien… Je vais prendre votre nom, si vous le voulez bien »
Le mammifère hocha la tête, visiblement convaincu. Le nom qu'il déclara eut néanmoins l'effet d'une bombe, autant pour Clawhauser que pour Fangmeyer, qui peinèrent à dissimuler leur surprise et leur effroi lorsqu'ils l'entendirent.
« Je m'appelle Shepard. Shepard Bellwether. » déclara le chien d'une voix tremblante. « Je suis le mari de Dawn Bellwether. »
