Enfin, après si longtemps, le dernier chapitre de De Sang et d'Âme ! Je vais enfin pouvoir me consacrer entièrement à finir Proies, même si j'ai d'autres projets qui arrivent... Merci à tous et toutes pour avoir persévéré dans cette lecture. J'espère que ce dernier chapitre vous plaira, n'hésitez pas à laisser une petite review !
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Chapitre 25 : To rebuild a world
Byakuya resserra son emprise sur son zanpakuto. Il était blessé et incapable de rejoindre le champ de bataille tant il avait perdu de sang. Toutefois, au vu de la façon dont se déroulaient les combats, il semblait évident que la bataille allait venir à lui qu'il le veuille ou non.
Ils perdaient.
Leur infériorité en nombre comme en force était indéniable. Sa blessure, celle d'Ukitake, la mort de Renji et la trahison de Sasakibe, l'absence de trois officiers toujours coincés dans la Fortaleza avaient dramatiquement affaiblis leur rangs. Même Hitsugaya, Kyoraku, Unohana, Zaraki et Kurosaki, leurs meilleurs combattants, menaçaient d'être submergés sous le nombre d'arrancars qui les assaillaient.
Dans la tente de commandement, transformé en avant poste médical, Kotetsu, Inoue et les autres membres de la quatrième division ne savaient plus où donner de la tête. Des blessés arrivaient, plus nombreux de minutes en minutes. Pire encore, Ukitake semblait être tombé dans un profond coma et était incapable de donner des ordres. Ils étaient livrés à eux-même.
Il fallait que quelqu'un prenne des initiatives. Kotetsu était débordée et n'avait pas le tempérament, Byakuya décida de s'en charger. Il se leva avec difficulté et s'adressa à quelques membres de la douzième division encore capable de bouger malgré leurs blessures.
« Vous. Commencez les préparatifs pour ouvrir un portail vers le Seireitei. Que quelqu'un aille chercher Kurotsuchi. La bataille est perdue.
Un silence horrifié lui répondit. Le capitaine fronça les sourcils.
-La bataille est perdue mais nous aurons plus de chance sur notre propre terrain, mentit-il. Que les plus en forme se préparent à déplacer les autres. Exécution. »
Le capitaine sortit de la tente pendant qu'une nouvelle frénésie, chargée d'espoir cette fois, s'emparait des shinigami. Il observa le champ de bataille. Tout était perdu. S'ils avaient de la chance, ils pourraient évacuer les blessés, voilà tout. Sans doute se feraient-ils suivre et massacrer par les partisans d'Aizen, mais ils devaient essayer. Deux espada se précipitèrent vers le capitaine blessé, visiblement déterminés à causer un massacre sur cette partie du champ de bataille. Byakuya s'apprêta à défendre chèrement sa vie et celle des shinigami sous sa garde.
Soudain, Gin Ichimaru atterrit sur le champ de bataille, seul, à quelques pas de Byakuya. Celui-ci sut immédiatement que tout était perdu. Il ne sentait aucun reiatsu émaner de lui et le jeune garçon était devenu un homme en l'espace de quelques heures. Il ne portait pas son sabre, mais celui d'Aizen. Un air impérieux s'affichait sur sa face, différent de toutes les expressions qu'avait jamais porté Ichimaru. Ses yeux étaient inhabituellement grands ouverts.
Les deux arrancars étaient visiblement aussi surpris que le capitaine.
« Et bien, susurra Ichimaru avec les intonations familières d'Aizen. On dirait que mes espada ont presque gagné la bataille.
-Aizen-sama vous avez réussi !, s'exclama le premier espada en s'agenouillant respectueusement.
-Nous pouvons anéantir les shinigami sur un ordre de vous, déclara l'autre en imitant son comparse.
-Parfait. Il y a toutefois eu un petit imprévu et un léger changement de plan.
Sur ces mots, Aizen dégaina son sabre et le planta dans la gorge du premier arrancar. De l'autre main, il saisit Shinso et la libéra. La lame s'allongea pour se planter dans le cœur du second arrancar. Tous deux s'effondrèrent sur le sol, agonisants.
-Ca c'est pour Kira.
-Aizen, traître, souffla en un râle l'un des arrancars.
-Aizen est mort, conclut Gin en fermant les yeux et souriant machiavéliquement, et c'est bientôt votre tour à tous. »
Au même instant, les reiatsu de Hirako, Hisagi, Starrk et Mitsuki apparurent sur les quatre coins du chmp de bataille, apportant leur soutien aux capitaines face à l'espada et aux arrancars. Bientôt, la nouvelle de la mort d'Aizen se propagea à toute vitesse à travers les rangs des deux adversaires, renforçant l'espoir déclinant des uns et détruisant le moral des autres. Les shinigami se mirent à attaquer avec une énergie renouvelée. Ichimaru rejoignit les rangs des combattants, abattant les arrangées autour de lui comme des mouches.
Byakuya s'engouffra à nouveau dans la tente des premiers soins.
« Cessez l'ouverture du portail, ordonna-t-il aux membres de la douzième division. Que tous ceux qui peuvent encore se battre rejoignent le champ de bataille. Aizen est mort et ses troupes reculent, nous devons leur administrer le coup fatal ! Que les médecins se préparent à arpenter le champ de bataille pour sauver nos blessés ! »
Une frénésie nouvelle envahit la tente. Si les soldats pouvaient commencer à penser au repos, la bataille des médecins ne faisait que commencer. Byakuya se laissa retomber au sol, enfin vaincu par la fatigue et le manque de sommeil et de sang.
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Ils gagnaient, exultait Gin. Enfin, après des années de complots et de soumission, des années à rejeter les seules personnes qui comptaient pour lui, il anéantissait et les plans et la vie d'Aizen. Quinze ans plus tôt il aurait abhoré l'idée de ne pas y être arrivé seul et d'avoir du s'appuyer sur d'autres, moins intelligents que lui. Aujourd'hui, il priait pour pouvoir fêter la victoire avec sa famille, Mitsuki, sa conscience nouvelle, Rangiku, son premier amour et sa meilleure amie, Ukitake dont il avait pu plus tôt admirer la promptitude d'esprit et la droiture d'âme qu'il était loin de posséder. Il désirait dorénavant l'approbation de cet homme. Et puis, il y avait Hirako.
Hirako.
Il allait devoir faire quelque chose à ce propos plus tard. Pour le moment, il devait se consacrer à sa survie et à achever la bataille.
Il vola au secours de Kurosaki, grièvement blessé, puis adressa un bref hochement de tête en remerciement à Unohana qui venait d'empêcher qu'il ne soit décapité. Il reprit son souffle et jeta un bref coup d'œil autour de lui.
Au cœur des combats, il était difficile de voir comment tournait la bataille. Toutefois, les vagues d'arrancars se faisaient plus espacées. Il étaient de plus en plus nombreux à fuir ou chercher à se rendre. Rasséréné sur l'issue du combat, Gin repartit à l'attaque. Les quelques espadas fanatiquement dévoués à Aizen furent finalement encerclés et forcés de rendre leurs armes.
La plaine de sable blanc ne résonnait désormais plus des hurlements de rage, du bruit des sabres s'entrechoquant et des sortilèges. On n'entendait plus que les blessés gémir et les médecins appeler du renfort. Une odeur de sang, de sueur et de chair brûlée flottait dans l'air. Gin se laissa tomber sur ses genoux et commença à récupérer son souffle.
Sur sa poitrine, le Hogyoku battait au même rythme rapide que son cœur. Lui et ses camarades échappés de la Fortaleza n'avaient pas eu le temps de réfléchir à un moyen de les séparer. C'était la seule chose qui ai résisté au bankai d'Aizen, ce qui donnait une idée de la puissance de l'artefact. Par contre, ils avaient pu en tirer profit. Gin avait pu utiliser le Hogyoku pour les aider tous à récupérer plus vite la force de se battre. Il en subissait maintenant le contrecoup et jamais il ne s'était senti autant fatigué.
« Ichimaru, l'interpella un siège de la première division. On te demande à la tente de commandement. »
Gin était trop fatigué pour émettre une protestation, même en entendant ce nom d'Ichimaru contre lequel il avait longtemps protesté. Il acceptait désormais qu'il était Ichimaru, qu'il n'était pas un autre homme. Maintenant, il faudrait que la Soul Society accepte qu'il était un homme différent. Il porterait ce nom honni avec fierté car il comptait bien en changer la signification dans l'esprit des gens. Ichimaru deviendrait synonyme de rédemption.
Ces pensées en tête, il pénétra dans la tente de commandement. Unohana, la seule capitaine à n'être couverte que de sang ennemi y supervisait l'évacuation des quelques blessés qui y étaient encore soignés. Quand elle vit Gin, elle fit signe à Kotetsu de la relayer et se dirigea vers lui. Gin s'apprêtait à lui demander ce qui se passait quand Mitsuki entra en boitillant, soutenue par Hisagi. Gin s'inquiéta un instant pour sa jumelle, mais elle ne semblait pas avoir d'autres blessures. Hisagi était lui aussi en meilleur état que bien des combattants que Gin avait croisé en ce jour. Seul un bandage sanglant sur son visage indiquait qu'il porterait les stigmates de la bataille. Une nouvelle balafre allait orner son visage.
« Le capitaine-commandant veut vous voir tous les trois, de même que le capitaine Hirako et Starrk, expliqua Unohana. En les attendant, je vais vérifier qu'il est en état de vous voir. »
Au vu de l'air sinistre qu'elle affichait, il était clair qu'elle en doutait. Malgré cela, Gin ressentait un certain soulagement à savoir le capitaine-commandant encore de ce monde. Il s'assit par terre en attendant et contempla un instant le ballet des civières qui entraient et sortaient dans la tente. Il lorgna ensuite Mitsuki qui, assise sur un banc, parlait à mi-voix à Hisagi. Quelque chose avait changé dans sa manière de se comporter envers lui. La timidité et l'insolence avaient disparu pour faire face à une douce assurance qui lui correspondait plus, selon Gin. Le capitaine, lui, semblait se tenir plus droit et fier de lui. Gin éprouva une bouffée de jalousie en les voyant si assurés dans leurs rapports. Il l'étouffa promptement.
Starrk les rejoignit rapidement, puis Hirako. Tous deux étaient blessés mais avaient été visiblement déjà été soignés et étaient hors de danger. Durant le court instant où ils attendirent tous ensemble le retour d'Unohana, Hirako et Gin évitèrent de se regarder.
Le prompt retour d'Unohana mit heureusement fin à leur situation inconfortable. Mitsuki interrogea Gin du regard, mais celui-ci préféra l'ignorer également. Il savait qu'il ne s'en tirerait pas aussi facilement mais il pouvait faire semblant.
« Le capitaine-commandant est en état de vous recevoir, déclara Unnohana, mais je vous prie de ne pas le fatiguer. Son état n'est pas encore stabilisé.
Le petit groupe suivit la capitaine derrière le rideau qui séparait la tente en deux. Assis sur une chaise, la tête bandée, le capitaine Kyoraku se tenait la tête entre les mains d'un air défait. Il ne releva pas la tête à leur arrivée. Allongé sur une table, Ukitake reposait, plus blanc qu'un linge. Tout son sang semblait avoir déserté son corps et il n'eut même pas la force de redresser la tête de l'oreiller qu'on lui avait fait avec des uniformes ensanglantés. Son torse, son épaule et son bras droit étaient couverts de bandages. Mitsuki retint un hoquet de stupéfaction, mais ne put camoufler sa tristesse et sa peur.
« J'ai l'air si pitoyable que ça ?, demanda le capitaine en trouvant la force de sourire.
-Sauf votre respect capitaine-commandant, répondit Hisagi, je crois que vous avez l'air pire encore.
-Mes muscles sont d'accord avec vous. Il faudra longtemps avant que je puisse me tenir beaucoup.
Le silence géné qui lui répondit était limpide. Aucun de ses visiteurs ne pensait qu'il survivrait une journée. Ukitake roula les yeux d'un air exaspéré.
-Je connais mon corps mieux qu'Unohana. Je survivrai, je pense, mais je vais devoir laisser la place de capitaine-commandant. Nous avons besoin d'un commandant qui puisse combattre, pas d'un invalide. Que je meure ou que je vive, un successeur sera nommé. Toutefois, il faudra du temps avant que nos dirigeants ne me choisissent un remplaçant. D'ici là il y a quelques petites choses qu'il nous faut régler.
Unohana ouvrit la bouche pour l'interrompre mais le capitaine la stoppa d'un geste impératif.
-Je ne laissera pas les vieilles générations tout gâcher maintenant alors que nous pouvons reconstruire. Ichimaru Gin, tu es désormais mon vice-capitaine.
Gin le regarda, incrédule. Il lui venait à l'esprit des dizaines de raisons pour lesquelles cette proposition était ridicule. Ses traîtrises étaient la moins grave de ces raisons. Ukitake balaya les dénégations qu'il sentait venir d'un geste de la main.
-J'ai touché ton esprit en même temps que celui de Mitsuki tout à l'heure. Je sais de quoi tu es capable, plus que nul autre ici. Tu as l'esprit et la rouerie qui te permettront, avec l'aide des autres capitaines, d'empêcher la chambre des 46 d'imposer une de ses marionnettes comme capitaine-commandant. Ils cherchent à le faire depuis la mort de mon prédécesseur. Lis nos lois. Trouve des failles. Ils finiront par se lasser et nommer un ancien, Kyoraku ou Unohana.
-Je ne veux pas de cette place, l'interrompit Unohana, les lèvres pincées et les yeux lançant des éclairs.
-Peut importe. Tu accepteras et tu aideras tous ces jeunes à changer le futur. Hirako, Starrk, Hisagi, à vous d'épauler Unohana et Kyoraku. Vous êtes assez jeunes pour avoir encore la force de vous battre contre ce monde sclérosé par de vieilles institutions et assez vieux pour savoir comment vous battre contre autre chose que des adversaires de chair et de sang. Kurosaki, Mitsuki, Rukia... ces jeunes n'ont pas encore l'expérience. À vous d'agir. Je n'en ai pas eu le temps car Aizen était une menace plus pressante et...
Une quinte de toux le secoua et le força à s'interrompre. Unohana se pencha vers lui avec des gestes plein d'attention et d'affection.
-Dépêchez-vous d'en finir avec ce que vous aviez à dire. Il faut vous transférer immédiatement à la Soul Society pour avoir une chance de vous sauver la vie.
-Un dernier mot alors, soupira Ukitake, aux jumeaux seulement. »
En silence, tous quittèrent le chevet du blessé. Unohana fronça les sourcils mais ne protesta pas. Kyoraku serra silencieusement la main d'Ukitake avant de partir également. Les jumeaux restèrent seuls avec le blessé, un de chaque côté de la table.
Pendant une courte minute, seul le souffle rauque du blessé se fit entendre. Enfin, il ouvrit la bouche et s'adressa à eux en les regardant tour à tour dans les yeux.
« Je suis fier de vous. En si peu de temps vous avez dépassé toutes les espérances que je pouvais avoir. Mitsuki, tu es devenue une grande shinigami : quelqu'un qui malgré son dégoût du combat est prêt à se dresser pour défendre ses opinions et la liberté des siens. Quand à ce bankai...Il a un potentiel comme j'en ai rarement vu dans ma vie. Il y a autant de valeur a être une soigneuse qu'une guerrière. Ce bankai peut te permettre de choisir ce que tu veux être.
-Je n'ai pas à choisir, l'interrompit Mituski. Je puis être les deux si je le veux.
-Exactement, sourit Ukitake. Quand à toi Gin... traître et héros. Ta rédemption, voilà quelque chose que nul n'avait vu venir.
-Pour être tout à fait sincère, c'est plus par hasard que volontairement. Ma loyauté...
-Je sais à qui elle va et je sais qu'une fois que tu la donne c'est pour toujours. Tu as ma confiance Ichimaru Gin. J'ai vu... quelque chose dans ton âme tout à l'heure qui n'y était pas, j'en suis sûr, avant. Entretient ce quelque chose et tu pourras atteindre une grandeur autrement plus durable et réelle que tout ce qu'Aizen aurait pu t'offrir ou que tu aurais pu prendre par toi-même.
Gin avait gardé la tête baissée pendant tout le discours d'Ukitake. En entendant ces mots, il redressa la tête et croisa son regard. Il y lut la fierté et la certitude que Gin pouvait obtenir la rédemption qu'il espérait. C'était l'approbation que Gin n'avait jamais réalisé qu'il cherchait à obtenir.
-Soyez vous même, poursuivit Ukitake d'une voix qui faiblissait. Soyez vous même, mais battez vous pour autrui. C'est le seul conseil que j'ai à vous donner. »
Unohana choisit cet instant pour revenir dans la pièce. Elle fut immédiatement suivie d'une dizaine de médecins qui préparèrent le transport d'Ukitake. Celui-ci adressa aux jumeaux un geste qui pouvait être une bénédiction ou un adieu, puis fut évacué de la tente.
Tous deux restèrent silencieusement dressés l'un à côté de l'autre. Ils ignoraient ce qu'ils pouvaient se dire désormais. Quand ils avaient échangé leurs places, leurs esprits avaient communié, bien plus profondément entre eux qu'avec Ukitake ou Aizen dont ils avaient pu surprendre quelques unes des horribles pensées. Ils savaient tout l'un de l'autre, les mensonges, les non-dits, les mesquineries, les concessions, les trahisons. Ils connaissaient aussi le reste, les mots d'amours refoulés, les instincts protecteurs, les espoirs qui leur permettaient de dépasser leurs peurs. Ils s'étaient mis à nu sans le vouloir, sans pouvoir l'empêcher, et ils ne pouvaient plus se regarder dans les yeux. L'amour était toujours là entre eux mais une barrière était apparue. Il faudrait du temps pour l'abattre, le temps pour chacun d'eux de trouver l'équilibre entre les souvenirs des quatre vies différentes qu'ils avaient vécu.
Gin finit par serrer faiblement la main à Mitsuki et quitta la tente. Un coup d'œil lui permit de repérer Hirako qui, seul, contemplait l'horizon désertique. Il alla lui tenir compagnie.
« Ichimaru, le salua Hirako d'une voix qui témoignait de sa lassitude.
-Capitaine, le salua en retour Gin.
Son ton n'était pas respectueux. C'était quelque chose qu'il doutait de jamais pouvoir faire transparaître dans sa voix. Cette fois cependant Hirako ne sembla pas s'en offusquer. Son salut était presque adressé à un égal.
-Vos camarades vizards ?
-En vie. Lisa a perdu un bras mais elles vivront. Je dois encore leur annoncer pour Rose.
Le capitaine jeta à Gin un regard qui semblait le défier de se moquer de la trahison de son camarade. Hier sans doute Gin l'aurait fait. Il se contenta de hocher la tête.
-J'imagine qu'il vaut mieux que ce ne soit pas moi qui explique à Hitsugaya comment est morte Hinamori. Tant de morts...
-Kira.
-Kira oui. Je dois l'annoncer à Rangiku. Soi-Fon aussi. J'ai vu son corps sur le champ de bataille.
-Kurosaki père. Abarai.
-Renji ?, répéta Gin en essayant de camoufler sa tristesse. J'espérais qu'il avait survécu...
-Sasakibe l'a tué. C'était lui le traître. Kuchiki m'a résumé ce qui c'est passé. Trop de morts. C'est ça le goût de la vengeance ?
-J'imagine que c'est le goût de la paix. Ils ont la même amertume.
Hirako approuva d'un grognement dégoûté. Gin se retourna vers lui, prenant bien soin à enlever toute ironie de son visage.
-Capitaine Hirako je vais être tout à fait sérieux pendant quelques minutes et je vous prie de m'écouter jusqu'au bout. Il est impossible de dire quand un tel événement se reproduira.
-J'écoute, répondit Hirako le visage impassible.
-Quelque part entre le moment où on vous a confié notre surveillance et celui où vous êtes devenu mon capitaine, je suis tombé amoureux de vous. J'imagine que cela a en grande partie à voir avec le fait que je ne supporte pas que l'on m'ignore. Il fallait que vous remarquiez d'une manière ou d'une autre et je me suis pris à mon piège. Vous étiez un caprice d'enfant.
Tout en parlant, Gin fit quelque pas en avant pour éviter d'avoir à regarder le vizard. Il respira lentement pour reprendre son souffle et sa maîtrise de lui-même.
-Vous le découvrirez prochainement, j'ai changé. J'ignore moi-même à quel point. La seule certitude c'est que je suis adulte aujourd'hui et que le monde est différent. Ce que j'ai ressenti alors... Je ne sais pas si c'était réel, ni si cela perdurera. J'imagine que ce que je cherche à dire, c'est que l'heure est venue de prendre un nouveau départ et de dire ''Je suis fier d'avoir servi avec vous. J'espère avoir l'occasion de le faire encore et d'apprendre à vous connaître''. La suite, nous pouvons découvrir ensemble ce qu'elle sera.
Il se retourna vers Hirako qui le fixait avec des yeux ronds. On aurait dit que son univers avait été mis sens dessus de sous, ce qui, étant donné la nature de ses pouvoirs, tenait du miracle. Il finit par secouer la tête comme pour remettre ses idées en place.
-Toi Ichimaru tu es quelque chose... Un jour j'arriverai à comprendre les pensées qui passent dans ta tête.
-Prévenez-moi ce jour là, vous m'aiderez peut être à y voir clair, ironisa le jeune homme.
-Et après aujourd'hui, poursuivit Hirako comme s'il n'avait pas été interrompu, qui suis-je pour dire qui est digne de confiance ? Je ne dirais pas que c'est ta dernière chance de prouver que tu vaut quelque chose. Juste que je suis prêt à te regarder sans préjugés pour le moment.
-Cela me suffit, répondit Gin avec un sourire large et sincère, une rareté chez lui. Merci. »
Il retourna son attention vers le campement. Les derniers blessés étaient évacués, entourés par les survivants. Bientôt ne resterait que les corps des arrancars et hollows ainsi que les dégâts causés par les sorts et les armes spirituelles pour témoigner de la bataille. Gin avait vécu la majeure partie de sa vie en attente de voir Aizen écrasé comme un moucheron. Maintenant que c'était fait, il ignorait ce qu'il allait faire de sa vie.
C'était une sensation fantastique.
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Cent ans plus tard...
C'était une soirée d'automne encore belle et l'ancien capitaine-commandant s'était installé sur la terrasse de sa demeure familiale pour profiter des derniers rayons de soleil et de leur chaleur réconfortante. Les yeux fermés, il respirait lentement, profitant du court répit que lui offrait la douleur, sa vieille compagne. À sa maladie se rajoutait depuis déjà bien longtemps la souffrance causée par la blessure de Sasakibe. Celle-ci se réveillait régulièrement et il sentait alors à nouveau les éclairs remonter dans son épaule jusqu'à sa nuque.
Ukitake savait que, malgré tous les soins que lui avaient apporté et continuaient à lui apporter Unohana et Inoue, il ne brandirait plus jamais son zanpakuto au combat. Même le bankai de Mitsuki n'avait rien pu pour lui. Les deux lames de Sogyo no Kotowari étaient désormais accrochées la plupart du temps dans son bureau. Il ne les utilisait plus que pour aider à entraîner les recrues de l'Académie ou quelques officiers prometteurs.
Il aurait pensé que quitter son poste après des siècles lui aurait pesé. Finalement, il se satisfait de sa semi-retraite. Les capitaines des treize divisions lui rendaient souvent visite pour lui demander un conseil ou simplement lui tenir compagnie. Ukitake avait pu voir ces cent dernières années s'élever au rang de capitaine des shinigami plus brillants les uns que les autres. Chaque fois qu'il voyait Rukia arborer le haori de la Seconde division il se sentait déborder de fierté. La jeune officier timide était devenue une redoutable combattante qui dirigeait la seconde division d'une main de fer, mais avec plus d'humanité que ses prédécesseurs.
Un bruit de pas l'arracha à ses pensées. Il se retourna vers sa visiteuse et sourit. Rukia le rendait peut être fier, mais Mitsuki plus encore. En cent ans, elle avait acquis l'assurance et la grâce meurtrière d'une grande shinigami. Elle portait le haori de la quatrième division depuis peu mais déjà avec aisance. La jeune femme lui sourit en retour et s'assit à ses côtés. Ukitake lui tendit une tasse de thé déjà prête.
« Pardonnez mon retard, j'ai fait un détour par la septième division.
-Oh ? Et comment va Gin ?
-Il terrorise ses subordonnés, les traite d'incompétents et en fait les meilleurs soldats du Seireitei.
-Comme d'habitude donc.
L'ancien capitaine et sa presque fille échangèrent un sourire amusé. Gin semblait avoir enfin trouvé l'équilibre entre son sadisme d'autrefois et sa volonté implacable de protéger les siens. Ichimaru avait été un shinigami puissant. Aoba Gin était un capitaine des plus compétents, ce qui aux yeux d'Ukitake était bien plus essentiel.
-Où en sont-ils avec Hirako ?, demanda-t-il, avide de potins.
-Ils ont à nouveau rompu, je crois. Qui peut savoir avec eux ? L'un d'eux finit toujours par dire un mot de trop. Je désespère de les voir jamais dans une relation stable.
-Il y a des gens à qui cela va très bien.
-Je sais. Tout le monde n'a pas envie de ce que je vis avec Shûhei, sourit Mitsuki. Je veux juste qu'il soit heureux. Malgré tout, c'est mon frère. Je sais plus que nul autre ce dont il est capable, mais je crois qu'il a droit au bonheur autant que n'importe qui.
Ils continuèrent à boire silencieusement. Ni l'un ni l'autre ne ressentait le besoin de combler le silence. Ils pouvaient presque deviner les pensées de l'autre.
Au bout d'un long moment Mitsuki se leva, posant au passage une main sur l'épaule d'Ukitake. D'un sort de kido, elle diminua sa douleur, sans pouvoir l'ôter tout à fait.
-J'aimerais pouvoir faire plus, murmura-t-elle.
-Tu en as fait suffisamment.
Il lut dans son regard qu'elle avait compris. Il la vit retenir des larmes de tristesse, comme Kyôraku quelques heures plus tôt.
-Ne puis-je vraiment rien faire ?
-Tu en as assez fait. Vas rejoindre Hisagi et sois heureuse. C'est tout ce que je puis te demander.
-Vous allez me manquer.
-C'est réciproque. Mais qui sait ? Peut-être nos âmes sont-elles destinées à se rencontrer une troisième fois.
-Je vais prier pour voir ce jour, souffla Mitsuki d'une voix tremblante.
-Moi aussi. Laisse-moi maintenant Il est temps que je parte. »
Mitsuki lui serra la main d'un geste tendre et triste, puis partit sans se retourner, les yeux emplis de larmes. Ukitake salua la jeune femme qui partit d'un pas lourd vers l'homme qu'elle aimait. Quand à lui, il reporta son regard sur le soleil couchant et le ciel enflammé.
Tout était paisible autour de lui. Depuis la mort d'Aizen, la paix régnait à l'intérieur de la Soul Society. Le Hogyoku avait été détruit par Gin sous les yeux de tous les capitaines assemblés. Nul danger ne menaçait plus l'équilibre du Seireitei et les shinigami vaquaient à leurs devoirs habituels. Unohana menait la Soul Society d'une main de fer, s'assurant que nul ne menace la paix de l'extérieur comme de l'intérieur. Même la dimension royale n'osait protester contre ses décisions. Ukitake était plus satisfait de la justice qui régnait au Seireitei que depuis des siècles. Le monde changeait, pour le mieux.
Il était temps, décida-t-il. Temps de laisser aux Kurosaki, Kuchiki, Aoba, Hisagi et Inoue le monde. Jyûshiro Ukitake ferma les yeux en souriant et s'endormit. Son âme s'envola et la douleur disparut.
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