Chapitre 25 Du sang et des larmes

Les portes du van avaient grincé en s'ouvrant.

Des dizaines et des dizaines de personnes étaient réunies autour d'un espace vide de terre battue éclairé par des spots ou par des phares de camion.

On aurait presque pu se représenter un terrain de baseball avant un match si, au milieu de l'espace vide, Rick, Sasha, Abraham, Aaron, Maggie, Carl et Eugène n'étaient pas agenouillés sur le sol en demi-cercle. Prêts pour leur exécution.

Face à eux, telle une scène de théâtre aux rideaux tirés, se trouvait le flanc droit du camping-car gardé par un homme moustachu posté près de la porte de la cabine. Le show allait commencer.

Les cinq prisonniers de Dwight rejoignirent par la manière forte leurs amis sur le sol poussiéreux et le moustachu prit la parole.

« Parfait ! On a l'équipe au complet ! Laissez-moi vous présenter le patron. » Annonça-t-il.

Il frappa trois fois sur la porte de la cabine et celle-ci s'ouvrit.

Un homme, non, un géant en sortit.

Avec une fière allure et un charisme frappant. Ses cheveux noirs soigneusement brossés en arrière, sa veste de cuir et le foulard rouge noué autour de son cou lui donnaient une présence imposante. Son visage était barré par un large sourire satisfait.

Il avait des épaules imposantes et carrées et de longues jambes chaussées de grosses bottes de motard en cuir.

Mais le plus saisissant c'était la batte de baseball, qu'il portait nonchalamment sur son épaule. Le bois était entouré de barbelés tel un atroce instrument de torture.

« Alors on pisse dans son froc ? » Ricana-t-il.

Il s'approcha lentement de chacun d'entre eux, les scrutant un à un. C'était insoutenable, presque sadique.

« Ça va être le concours du slip mouillé très bientôt... »

D'une démarche lente, toujours la batte fièrement posée sur l'épaule il se tourna face à eux.

« Qui est le chef dans votre équipe de trou du cul? Simon ? »

« C'est lui. » Fit Simon, le moustachu, en dénonçant Rick.

Ce dernier était méconnaissable. Ses yeux d'habitude si confiants étaient injectés de sang et rétrécis par la peur. Son front, perlé de sueur, était plissé à l'extrême. Audrey en eut des frissons, si Rick était dans cet état ce n'était pas bon du tout.

L'homme à la veste de cuir s'approcha de lui, le toisant de toute sa hauteur.

« Salut Rick. Moi c'est Negan. Je n'ai pas beaucoup apprécié le massacre que tu as fait chez mes hommes. »

Il parlait comme si Rick lui avait juste abîmé sa voiture. Ce dernier leva la tête vers Negan, choqué face à son comportement plus que déplacé.

« Alors j'ai envoyé mes amis, pour tuer tes amis qui avaient tué mes amis... Mais tu as tué encore plus de mes amis ! Pas cool... Pas cool du tout. T'as pas encore idée à quel point ce n'est pas cool, mais tu vas vite comprendre. »

La bouche de Negan s'étira d'un grand sourire.

« Oui tu vas regretter de m'avoir énervé dans quelques minutes... Bref ! Saches une chose, Rick, on ne déconne pas avec le nouvel ordre mondial, non. Faut que tu comprennes et, à part si tu es le dernier des cons ce qui est plausible, tu vas comprendre. Tu es prêt ? Écoutes bien. »

Il approcha sa batte près de l'oreille de Rick qui eut un mouvement de recul. Tout le monde retint son souffle. Audrey jeta un œil sur Daryl, il allait mal, il s'était remis à saigner.

« Donnes moi tout ce que tu possèdes, ou je te tue. »

Il se mit à rire et à refaire les cents pas devant chacune des personnes agenouillées devant lui.

« Aujourd'hui c'est la journée d'intégration. Mes hommes ont fait du bon boulot pour que vous puissiez me rencontrer. Vous travaillez pour moi maintenant. Vous avez trouvé des trucs ? Vous me les donnez ! Oh... » Dit-il en remarquant le regard haineux de Rick. « Je sais que c'est une bonne grosse pilule bien dégueulasse à avaler. Mais tu vas l'avaler, tu y es bien obligé.
Ah ! Rick...Tu faisais la loi. T'as construit quelque chose et tu pensais être en sécurité. Mais la réalité est tout autre. Vous n'êtes pas en sécurité, même quand vous êtes loin de moi. Vous êtes coincés. Surtout si je n'ai pas ce que je veux.
Ce que je veux c'est la moitié de ce que vous avez. Si ce n'est pas assez, trouvez plus, fabriquez plus, volez plus et on n'aura pas de problèmes.
Ça c'est votre nouvelle vie maintenant. Donc si quelqu'un vient sonner à votre porte. Vous ouvrez. Cette porte est à moi. Si vous n'ouvrez pas on la défoncera. »

Il se comportait comme s'il expliquait les règles d'un nouveau jeu très amusant. Toujours souriant et d'une assurance sans faille. Cet homme était impressionnant et effrayant. Ce n'était pas son physique car, avant, il aurait pu passer pour un mec sympathique avec qui on aurait pu boire une bonne bière et plaisanter devant un match. Non. Dans cette mise en scène, avec toute son armée de gros bras il inspirait le respect et la crainte.

« Vous avez bien compris ? Je ne veux pas vous tuer je vous assure. Si vous êtes morts vous ne pouvez pas bosser pour moi et vous ne servez à rien, c'est logique ! Mais ne croyez tout de même pas que vous allez repartir sans une petite punition hein ?
Vous avez tué tellement de mes hommes que ça en devient gênant pour moi. Donc vous allez devoir payer... Alors voilà comment ça va se passer : je vais choisir l'un d'entre vous et lui défoncer la gueule. »

Audrey sentit l'air devenir irrespirable et lourd. L'appréhension et la peur s'insinuaient vicieusement dans ses veines comme du poison. Ses amis s'agitaient eux aussi autour d'elle.

Les yeux rivés vers le sol elle vit deux grosses bottes noires se planter devant elle.

« Elle ? » Fit Negan en la désignant.

Daryl grogna à sa droite.

La brune sentit son cœur s'arrêter tandis que la batte de Negan la frôlait arrachant quelques-uns de ses cheveux au passage, pris dans les barbelés.

Negan fit quelques pas vers Rick et pointa Carl de sa batte.

« Le gamin ? »

Enfin, le géant recula, se mettant dos au groupe et faisant mine de réfléchir.

« On va faire autrement. Le hasard fait souvent mieux les choses non ? »

Satisfait de l'idée de génie qu'il semblait avoir découvert, Negan entama une contine d'enfant censée désigner l'un d'entre eux par le hasard.

Daryl.

Carl.

Sasha.

Maggie.

Glenn.

Rick.

Aaron.

Abraham.

Eugène.

Rosita.

Audrey.

Michonne.

Daryl.

Eugène.

Maggie.

Glenn

Audrey.

C'était atroce, un cruel et sanguinaire ascenseur émotionnel. Là où les pensées les plus sombres que vous aviez se révélaient à vous.

Audrey passa par plusieurs stades, à la fois honteusement soulagée quand la batte s'approchait de Sasha ou Eugène avec qui elle n'avait pas vraiment de lien affectif et à la fois terrorisée lorsque l'instrument visait Daryl, Aaron ou Rosita.

Negan la désigna deux reprises. La première fois elle eut si peur qu'elle faillit hurler et à la seconde, elle s'était résignée, fataliste, à se sacrifier pour que les autres vivent.

Rosita.

Aaron.

...

ABRAHAM.

« Le premier qui bouge, le premier qui dit quoi que ce soit, on enlève l'œil du gamin et on le fait bouffer à son père. Vous pouvez respirer, cligner, pleurer. Oh oui vous allez pleurer. »

PAM!

L'horrible batte s'écrasa contre le crâne du vaillant et courageux Abraham Ford.

« Oh regardez ça ! Il supporte comme un champion ! »

L'ancien soldat, tombé à terre se redressa fièrement.

« Suces ... mes ... boules... » Balbutia-il.

PAM ! PAM ! PAM !

Le bruit était insupportable, entendre Rosita et Sasha pleurer l'était deux fois plus.

« Vous avez entendu ? Il a dit 'Suces mes boules' ! » S'esclaffa le monstre à la veste de cuir.

PAM

« Oh mon dieu regardez ÇA ! Regardez l'état de ma pauvre fille ! »

Il agita joyeusement son macabre jouet couvert d'hémoglobine. Le sang éclaboussa le visage d'un Rick décomposé et profondément choqué.

Audrey releva à peine la tête mais se cacha à nouveau derrière ses mains quand elle entrevit la mare de sang qui brillait là où devait se trouver normalement la tête de son ami.

Entre ses doigts, elle vit à nouveau Negan s'avancer à sa gauche, vers Rosita. Il brandit sa batte sanguinolente devant la figure de la pauvre jeune femme.

« Chérie lève les yeux sur ça. »

Traumatisée, Rosita s'obstina à garder son regard rivé sur le sol.

« Oh vous étiez ensemble ? Quel dommage... Mais si c'était le cas tu comprends qu'il y a une raison à tout ça. Roux il était, il reste, et restera ! Il a pris les coups pour toute l'équipe ! Alors. Regarde. Cette. Putain. De. Batte. »

Negan avait prononcé la dernière phrase en hurlant.

Rosita pleurait, suffoquait mais ne pouvait regarder l'objet ensanglanté. Elle ne le ferait pas.

« Regarde cette putain de batte ! » Réitéra-t-il.

BAM !

« NOOOON ! » Hurla Audrey.

Daryl s'était levé et avait balancé son poing dans la figure de Negan. Impossible pour lui de se retenir plus longtemps.

Audrey sentit les larmes monter à nouveau. Daryl avait scellé son destin. Elle allait devoir regarder son visage si aimé être réduit en bouillie comme l'avait enduré Sasha et Rosita.

« Non ! » Hurla Negan en essuyant un filet de sang sur sa bouche et pestant comme un gamin pourri gâté à qui on aurait refusé un jouet. « Ça, non ! Oh mon dieu, ça c'est hors de question ! C'est tout à fait hors de question ! »

La batte brillante et rouge s'approcha du visage déjà tuméfié de Daryl. Audrey tremblait, ses dents claquaient, c'était insoutenable. Dwight sauta sur l'occasion et s'approcha, pointant l'arbalète sur Daryl déjà plaqué au sol par deux types.

« Tu veux que je le fasses ? Maintenant ? » Demanda ce dernier, fébrile.

Negan attrapa Daryl par les cheveux pour mieux voir son visage.

« Non tu le tues pas. Pas avant d'avoir tenté un truc. »

« Un truc ? Mais de quoi parle-t-il nom de dieu ? » Pensa Audrey, ne pouvant s'imaginer ce que Negan pouvait faire de pire.

Dwight, déçu, baissa l'arbalète et Daryl fut reconduit dans le cercle.

La brune poussa un discret soupir de soulagement, son cœur commençait à avoir du mal à supporter ces montagnes russes émotionnelles.

« De toute façon ça ne marche pas comme ça. Je vous l'ai déjà dit les gars ! Le premier est gratuit et après ? J'ai dit d'arrêter ces conneries ! Pas d'exceptions. Alors je ne sais pas à quel genre de baratineur vous avez eu affaire mais moi je tiens parole. Les premières impressions sont importantes. Il est essentiel que vous me connaissiez bien. Alors ! On y retourne ! »

BAM !

Audrey retint un hurlement quand Negan abattit sa batte sur le crâne de Glenn.

« Ben alors ? » Fit Negan au bout de trois coups. « Tu essaies de parler ? J'ai frappé si fort que ton œil est sorti de ton crâne ! C'est dégueulasse ! »

Glenn, horriblement défiguré se tourna vers sa femme qui tenait sa tête dans ses mains, horrifiée.

« Maggie. Je. Te. Retrouverai. » Réussit-il à dire.

Tout le monde pleurait, la respiration bloquée...

« Je suis désolé les gars. Je le suis sincèrement... » Fit Negan, un air faussement inquiet sur le visage. « Mais je vous avait prévenus ! Pas d'exception ! »

Il frappa encore et encore jusqu'à ce que le crâne de Glenn soit réduit au même stade que celui d'Abraham.

« Lucile a soif, c'est une batte vampire ! Hahaha »

Fier de sa besogne Negan parada encore devant ses prisonniers, faisant tourner son instrument entre ses mains.

« Je vais te tuer. » Fit la voix faible de Rick.

« Quoi ? » S'indigna Negan, un sourire aux lèvres. « J'ai pas bien entendu. Parles plus fort Rick ! »

« Pas aujourd'hui. Pas demain. Mais tu peux être sûr que je vais te tuer. »

Audrey tressaillit, Rick n'avait pas compris qu'il fallait arrêter de provoquer ce malade.

« Nom de Dieu. Simon qu'avait sur lui ? Un couteau ? »

« Il avait une hache. »

Negan partit dans un fou rire.

« Simon, tu vois c'est mon bras droit. C'est vachement important d'en avoir un. T'en as un toi ? Parmi tes potes encore vivants ? A moins que je l'ai ... »

Il fendit l'air avec sa batte pour mimer un coup. Du sang gicla encore et tomba en gouttelettes sur le groupe.

Rick lança un regard haineux à son bourreau.

« Ok. D'accord. Simon, passes-moi sa hache. »

Negan s'avança vers le leader et le traîna par le col de sa veste jusqu'au camping-car.

« Je reviens tout de suite. Peut-être que Rick sera avec moi. Sinon on aura qu'à descendre ce qu'il reste de ses potes. »

Audrey échangea un regard implorant avec Daryl.

Maintenant il ne leur restait qu'à prier.