Drago profitait comme il pouvait de ses derniers jours de vacances. Le 1er Septembre, il commencerait ses études en médicomagie. Il avait mis beaucoup de temps à se décider.
Lui qui pensait ne pas avoir à faire carrière et s'occuper simplement de faire prospérer la fortune de sa famille, comme l'avaient fait ses ancêtres et son père avant lui était tombé de haut lorsque Lucius lui avait imposé de choisir le métier qu'il souhaiterait exercer.
Le père et le fils ne se comprenaient plus depuis quelques temps. Les rares conversations qu'ils avaient été houleuses. Drago passait son temps de mauvaise humeur et prenait tout le monde de haut, son père nouvel adorateur des moldus l'exaspérait. Il ne reconnaissait plus l'homme qui l'avait élevé. Ils étaient en conflit permanent. Et cette haine qu'il ressentait, il ne savait plus comment la gérer.
Sa mère essayait de le tempérer, se montrant aimante comme jamais, mais cela ne changeait rien. Même ses amis, avec qui autrefois il passait du bon temps, ne voulait plus le voir, le trouvant trop extrême. En effet, ils avaient changé, les idées extrêmes qu'ils ressentaient auparavant étaient mortes en même temps que le Seigneur des Ténèbres. Drago se retrouvait seul désormais. Non pas que Blaise ou Théodore refusaient de passer du temps avec lui, mais dès que Drago se mettait à critiquer quelqu'un comme avant, il lui faisaient le reproche de ses idées.
Et plus cela allait, plus le jeune homme pensait être schizophrène. Toute l'année dernière, il l'avait passée sur un nuage, heureux comme jamais. Il ne savait toujours pas ce qu'il s'était passé en lui. Il avait donc choisit de commencer à étudier la médicomagie, pour comprendre ce qu'il lui était arrivé et parce que Sainte Mangouste avait toujours été un endroit qui l'attirait.
La souffrance des gens y était telle, qu'il se sentait apaisé de voir que d'autres étaient plus malheureux que lui. C'était très égoïste mais il en avait besoin. Bien entendu, lors de son entretien d'admission avec le responsable des guérisseurs stagiaires, il avait parlé de son envie d'aider les gens, de sa passion pour les potions et de ses connaissances en herbologies.
Il ne regrettait pas son choix, puisque deux semaines avant sa rentrée, il avait reçu la robe verte avec le blason de l'hôpital brodé et quand il l'avait essayé, sa mère l'avait serré dans ses bras, émue. Et si il avait réussi à rendre sa mère heureuse, c'était le plus important. Son père l'avait également félicité, lui assurant qu'aucun Malefoy n'avait jamais eu autant de classe et qu'il serait d'ailleurs le premier à être formé, pour avoir une vraie carrière, et que c'était là une magnifique occasion de prouver sa valeur.
La veille de sa première journée à Sainte Mangouste, Drago était très stressé. Jamais il n'avait dû faire ses preuves quelque part, son nom parlait pour lui en général. Mais là, c'était différent. Il se devait d'être performant. Il espérait aussi qu'Hermione ne se retrouverait pas avec lui.
Elle avait évoqué son envie de faire médicomagie. Si Hermione était à l'hôpital demain, il partirait. Il priait Merlin pour qu'elle n'ait pas été idiote et qu'elle n'ait pas gardé son bâtard. Il n'avait osé avouer à ses parents la raison pour laquelle ils s'étaient séparés.
D'ailleurs, il refoulait toujours l'idée qu'elle avait été enceinte dans un coin de sa tête. Mais ce soir, dans son lit, il n'arrivait pas à dormir et tout refaisait surface. De toute façon, se dit-il, Granger est quelqu'un de très raisonnable, jamais elle n'aurait gardé un gamin non désiré, et surtout, elle ne laisserait en aucun cas un enfant naître dans une famille sans père. Après, ça ferait un déséquilibré psychologique et il était évident que Granger voudrait voir sa progéniture au tableau d'honneur plutôt qu'à l'asile. Il n'avait donc aucune raison pour qu'il informe ses parents de ce léger incident.
Puis il repensa à ce qu'il lui arrivait. Il était tombé amoureux de la Gryffondor, ça c'était évident.
Et là, maintenant, dans son lit, il le savait, il donnerait n'importe quoi pour éprouver à nouveau ce sentiment de plénitude, celui qu'il avait ressenti tout au long de l'année scolaire. Mais ce qu'il savait aussi, c'est que la Sang de Bourbe qu'était Granger le répugnait désormais. Et c'est ce qu'il ne comprenait pas. Pourquoi son cerveau faisait-il le yoyo ainsi ? Avait-il été dupé ?
Il se dit alors qu'il n'avait plus le choix. Il devait en parler à son père. Il s'était toujours confié à lui jusqu'à présent. Alors pourquoi ne pas continuer ? Même si ils étaient dans une relation conflictuelle depuis quelque temps, il avait toujours eu confiance en lui.
Il se décida de discuter avec lui dès que son père reviendrait de Poudlard, car Luciu avait accepté de rempiler pour l'année à suivre. Il avait promis à Narcissa de revenir pour le week-end. Les choses seraient plus facile puisque Drago rentrerait tous les soirs. Elle se sentirait moins seule que l'année passée.
Le lendemain, le traits tirés, le jeune homme se présenta auprès de la sorcière de l'accueil qui lui indiqua la salle où étaient convoqués tous les stagiaires. Il entra et vit une vingtaine de personnes assises de part et d'autres de la pièce. Il ne repéra pas la tignasse châtain de son ex copine et il se rendit compte que ce n'était en aucun cas un soulagement qu'il ressentait mais bel et bien de la déception.
Mais pourquoi de la déception ?
Parce qu'il ne pourrait pas lui faire toutes sortes de remarques désobligeantes ou pour autre chose ?
Il repoussa cette idée et alla s'installer puisqu'un homme venait de faire son entrée et tentait de capter l'attention des jeunes gens présents.
Ils restèrent trois bonnes heures à écouter l'homme qui présentait chaque étage de l'hôpital, son fonctionnement et les tâches qu'ils auraient à accomplir dans les deux ans à venir, avant d'être nommés médicomages et affectés à un poste. Puis ils eurent droit à une visite guidée des lieux avec toutes les explications qui s'imposaient.
La première année, le matin serait consacré à l'enseignement et l'après-midi à la pratique. Puis la deuxième année, seule une journée par semaine serait employée pour la théorie.
Contre toute attente, Drago se rendit compte qu'il ne perdait pas une miette de ce qu'il entendait et qu'il avait vraiment envie de réussir, il était suspendu aux lèvres de l'intervenant. Et quand l'homme annonça qu'ils étaient trente cette année et qu'au final, seule une dizaine resterait et deviendrait vraiment médicomage, il se jura de tout faire pour faire partie de ces dix, de l'élite.
Ils furent conviés à aller manger à la cafétéria de l'hôpital. Chaque apprenti serait affecté à un médicomage pour toute la durée du cycle. Drago espérait grandement se retrouver avec le meilleur des meilleurs, de manière à apprendre le plus possible. C'est pourquoi, en début d'après-midi, Drago et les autres rencontrèrent les médicomages.
Ils étaient tous assis à des tables différentes et les élèves passaient d'une table à une autre pour discuter et se vendre. Drago se plût à l'exercice, il fit du mieux qu'il pu, même lorsque le sosie du Professeur Rogue lui posa mille questions sur les différentes herbes et potions médicinales ou quand une femme à l'air pincé lui demanda de quitter sa table après qu'il se soit présenté, l'informant qu'elle refusait totalement qu'un homme du nom de Malefoy pose ses mains sur ses patients. Il ne perdit rien de sa superbe et se leva dignement.
Le praticien qui lui fit la meilleure impression fût le dernier qu'il rencontra. C'était un homme d'une quarantaine d'années, les cheveux châtains légèrement grisonnants, avec une barbe naissantes et des yeux très bleus. Il le regardait comme s'il voulait le jauger et savoir si il s'entendrait bien avec lui. L'entrevue fût totalement irréelle.
Alors, Drago. Qu'est-ce qu'est-ce que tu aimes dans la vie ?
Heu... Les filles, le quidditch, sortir avec mes amis, lire et me prélasser dans mon bain.
Excellent. Et tu étais à quelle maison à Poudlard ?
Serpentard.
Génial. Préfêt ?
Oui.
Le Pr Rogue ?
Le meilleur professeur que j'ai eu.
Quel poste au quidditch ?
Attrapeur.
Des bonbons ?
Dragée surprises de Berthie Crochue.
Très bien. C'est tout ce que je voulais savoir. Des questions ?
Pourquoi vous ne me posez pas tout un tas de question sur ma motivation comme les autres ?
L'homme haussa les épaules.
Il est évident que la motivation est là puisque vous avez réussit les entretiens avec notre directeur. Autre chose ?
Vous êtes sur quel étage ?
Le quatrième. Pathologie des sortilèges. Miriam Strout gérait ça avant, il y a quelques années, mais elle a été remerciée pur avoir laissé passer un filet du diable qui a tué Moroz. Horrible histoire. Donc j'ai été engagé ici. J'étais en Norvège avant,je bossais sur les sortilèges dus à la Magie noire. Alors, tu en es ?
Drago leva un sourcil. L'homme, Mark Dane d'après la petite étiquette posée sur la table, lui demandait de travailler avec lui parce qu'il avait été à Serpentard, aimait le quidditch, les filles et le Professeur Rogue ? C'était une sélection comme une autre après tout.
Et puis, l'étage pathologie des sortilèges, c'était ce qu'il avait secrètement espéré. Il n'avait eu qu'une hantise, se retrouver à la maternité. Depuis qu'à l'entretien d'admission, l'homme l'avait informé que l'affectation aux étages étaient aléatoire, il avait eu une peur panique d'être muté au mauvais étage. Il se pressa donc de serrer la main du médicomage pour accepter son offre.
Dans le milieu de l'après-midi, chaque élève ayant son mentor, ils partirent explorer leur service. Mark présenta Drago à tous les patients qu'il avait sous sa coupe. Expliquant tous les maux dont ceux-ci souffraient. Puis il fût présenté au chef de l'étage, Helbert Spleen. Drago serra vigoureusement la main à l'homme qu'il reconnut comme étant celui qui répondait aux requêtes médicales sur la page des problèmes de la Gazette du Sorcier.
Helbert lui souhaita la bienvenue au quatrième étage et lui expliqua qu'ici, les fainéants n'étaient pas acceptés et que la seule chose qu'il aurait à faire serait de « soigner, soigner et soigner sans relâche ». Cela effraya quelque peu Drago mais le clin d'œil de Mark le rassura.
La fin de la journée se déroula très bien. Il regardait surtout ce qu'il se passait mais il y avait tellement de choses à observer, tellement à retenir. Il écoutait toutes les explications des médicomages comme quand il était enfant et qu'il écoutait sa mère lui lire les contes de Beedle le barde. Il quitta le bâtiment en fin de journée, d'excellente humeur. Sur le chemin, il acheta une boîte de chocolat pour sa mère et rentra chez lui.
A peine arrivée, il appela sa mère partout dans le manoir, pour lui raconter sa rentrée, comme le ferait un enfant. Chose qu'il n'avait jamais pu faire puisqu'il avait eu un percepteur puis était allé à Poudlard, et vivant à l'école, il ne pouvait lui raconter qu'à travers ses lettres.
Il entra dans les détails de tout ce qu'il avait fait, tout ce qu'il s'était dit, et se lança dans tout un tas de description. La seule chose dont il ne lui parla pas, c'était les noms des patients, à cause du secret professionnel mais il ne se priva pas de préciser une dizaine de fois dans ses explications qu'il n'avait pas le droit de mentionner les noms et prénoms ou même des détails à leur sujet.
Effectivement, Mark avait vraiment été intraitable à ce sujet, on ne donne en aucun cas du nom de ses patients, à personne !
Narcissa, qui avait écouté religieusement son fils, les yeux brillants, lui déclara d'une voix douce :
Tu vois mon petit Dragon, tu devrais remercier ton père. Tu lui en as voulu de te forcer à embrasser une carrière, mais regarde toi, vois comme tu es heureux ! Il a vraiment bien fait.
Drago ne répondit rien et préféra se retirer dans la bibliothèque, pour étudier quelques livres sur l'anatomie que Mark lui avait conseillé.
Le week-end arriva et Drago était toujours complètement enthousiasme par ses nouvelles études. Il avait trouve en Mark un modèle. Autrefois il avait eu son père, maintenant il avait le médicomage. Ils étaient pareils. Ils se pavanaient dans l'hôpital, conscients tous les deux de l'effet qu'ils faisaient à la gente féminine, que se soit les patientes ou le corps médicales.
Mark avait toujours été surnommé le « sexycomage » et tout naturellement, Drago était le « sexycomage stagiaire ». Ils avaient le même humour, les mêmes références et ils s'étaient retrouvés deux soirs dans la semaine au Chaudron Baveur pour boire un verre. Ils s'entendaient vraiment bien. Drago appréciait aussi de ne plus penser à l'année précédente, à ce qu'il lui était arrivé, à Granger.
Mais le samedi, il devait pourtant s'y plonger puisqu'il avait prévu d'en discuter avec son père, qui était rentré de sa première semaine à Poudlard. Lucius était arrivé le vendredi soir, et il avait fait part à son épouse et à son fils de son inquiétude pour Minerva Mc Gonnagall. En effet, la directrice de Poudlard lui avait semblé très amaigrie et très affaiblie. Elle marchait avec une canne et passait son temps à tousser. La correction de Lucius, l'avait empêché de lui demander si elle avait quelques ennuis de santé même si il en mourrait d'envie.
Le samedi, en milieu de journée, Drago rassembla son courage et alla frapper à la porte du bureau de son père, qu'il savait en pleine correction de copies.
Quand la porte s'ouvrit, il prit un air grave et alla s'asseoir sur la chaise face au bureau, qui semblait l'attendre. Légèrement stressé, car son père l'intimidait toujours un peu, il se passa la main dans les cheveux, patientant calmement que l'homme face à lui lève les yeux.
Drago, que puis-je pour toi aujourd'hui ?
Eh bien. J'aimerais te parler de quelque chose. Ne me prends pas pour un fou surtout. Tu sais bien que j'ai eu le droit à toute une batterie de tests pour entrer à Sainte-Mangouste.
Lucius posa sa plume et plissa les yeux. Il invita son fils à continuer d'un hochement de tête, ce qui encouragea Drago. Le jeune homme lui déballa tout. Le changement qu'il avait senti s'opérer en lui, le fait que Lucius ait changé également de comportement, ses excellents souvenirs, et ses crises plus récentes, sa relation avec Hermione, tout cela. La seule chose qu'il tût, ce fût le fait d'avoir mis Hermione enceinte.
Lucius l'écoutait religieusement, il ne l'interrompait pas mais semblait concentré. Quand Drago cessa de parler, il se mit à arpenter la pièce, les bras croisés dans le dos. Il s'arrêta devant la fenêtre pour observer ses paons. Les femelles avaient couvés leurs œufs au printemps et quelques bébés gambadaient dans la pelouse avec nonchalance. Ce qu'ils étaient mignons ! Il aurait pu les regarder pendant des heures. Au lieu de ça, il se tourna vers Drago, brusquement.
- Je sais de quoi il s'agît. Je vais tout t'expliquer.
Il se lança dans un grand monologue. Il raconta à son fils tout ce qu'il s'était passé, le procès, la proposition du ministère, puis il entama la partie concernant Drago. En entendant qu'il avait été abusé ainsi, Drago blêmit. Il sera fortement les accoudoirs de la chaise, les jointures de ses mains pâlirent à vue d'œil. Lucius entama alors la partie concernant Hemione, comment elle avait tout découvert, la pression qu'elle avait fait sur le ministère après avoir étudié les informations laissées par le professeur Rogue et le cruel choix qu'elle avait fait, par respect de la loi.
Drago se sentait mal, il fût pris de vertige. Il avait eu trop d'informations d'un coup, son cerveau tentait d'analyser tout cela, mais il en était incapable. Il quitta la pièce et alla se réfugier dans sa chambre. Lucius resta dans son bureau, à regarder par la fenêtre. Si seulement Drago était resté enfant, comme ces paons, cela aurait été beaucoup plus simple. Il se remémora les premières sorties de son fils, sur cette même pelouse, de nombreuses années auparavant. Tout était beaucoup plus simple à l'époque. Il lui suffisait de quelques sucreries et il soignait tous les maux.
