Auteur : Umbre77

Titre : La magie d'une fleur

Résumé : Capturé par Voldemort, Harry n'a d'autre choix que d'accepter sa défaite. Mais Draco Malfoy, lui, n'a aucune envie de mourir ! Quitte à changer le passé pour se sauver !

Note de l'auteur : Bonjour à vous mes chers lecteurs ! Je sais, je sais… je suis en retard ! Mais bon, je n'ai eu qu'une plainte, donc, je suppose que vous ne m'en voulez pas trop, n'est-ce pas ? J'ai été pas mal occupée (et épuisée) ce week-end. J'avais un rendez-vous important à préparer pour lundi, je travaillais (encore) samedi et le soir, j'étais en babysitting. Bref, tout ça pour dire : désolé ! loll

Je suis officiellement arrivée à la fin de mes chapitres d'avance pour MF, ce qui est, disons le, catastrophique ! Mais ce n'est pas de ma faute si une lectrice étrangement motivante pour AP ne cesse de venir me parler et de me stimuler. Résultat ? AP avance et MF stagne… Bref, tout ça pour dire que je vais faire de mon mieux pour écrire le 25 avant la date butoir du mois prochain et que j'espère que ma correctrice aura le temps d'y jeter un œil. Si pas… ben il vous faudra attendre.

Et oui ! Aux lecteurs d'AP qui se plaignent d'un chapitre par mois, voilà la raison : empêcher cette situation d'arriver. Je ne peux pas vous livrer de date pour le prochain. Au mieux, ce sera le 12 mars. Au pire… allez savoir quand !

Sur ce, à dans un mois je l'espère !

Chapitre 24 : Alliance et scandales

« Ok… Je peux comprendre comment, par Merlin, tu t'es retrouvé à t'épancher sur l'épaule de ton frère. Après tout, ce n'est pas de ta faute si l'intelligence a sauté un membre de la famille… Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi j'ai été kidnappé pour finir dans le foutu dortoir des Gryffondors ? Et pas les meilleurs, d'ailleurs ! »

Un soupir collectif accueillit la déclaration de Severus. Forcément, il n'était pas des plus ravis d'être là. D'abord, il allait être en retard à son rendez-vous avec Ash. Et franchement, entre un rendez-vous avec Ash et être dans le dortoir de Sirius Black, James Potter, Remus Lupin et Peter Pettigrow, il préférait largement le premier. Très largement ! Surtout que Lily était présente et que son regard sur lui le mettait mal à l'aise.

Mais que ne ferait-il pas pour Regulus ? Ce dernier avait un regard si désespéré qu'il n'avait pas pu l'ignorer. Quoi qu'il soit arrivé au garçon, c'était assez horrible pour qu'il pleurniche dans les bras de son abruti de frère et pour que celui-ci décide enfin de prendre soin de celui dont il avait fermement nié l'existence pendant six ans. Que le petit frère en question lui pardonne du jour au lendemain relevait des mystères de la vie quotidienne. Ou des mystères de la fraternité, au choix.

« Bref, dit-il, un pli de contrariété sur le front. Quand tu m'as dit que tu n'approcherais pas de Rosier, tu mentais ?

- Non ! s'écria presque Regulus, le faisant grimacer. Il m'a coincé dans un couloir désert… Je n'ai rien pu faire, Severus…

- Et l'attaquer ? Tu sais, tous ses sorts que Drake t'envoie régulièrement, le samedi. Ils ne servent pas qu'à… à quoi, d'ailleurs, tu n'as pas l'air d'en retenir un seul !

- Pitié, Snivellus, laisse-le respirer, ce n'est qu'un gamin, intervint Sirius.

- Ce n'est pas qu'un gamin, il a seize ans, s'énerva Severus, tentant de ne pas ensorceler la langue de Black. Et il a l'honneur de recevoir chaque week-end un enseignement de premier choix en ce qui concerne les duels. Alors excuse-moi si j'estime que ton charmant petit frère avait d'autres options que de laisser Rosier le coincer.

- J'aurais bien voulu t'y voir, marmonna Regulus.

- Mais tu crois quoi ? s'impatienta l'autre Serpentard. Je partage leur dortoir, Regulus ! Tu crois qu'ils n'ont jamais tenté de me rallier, d'une façon ou d'une autre ? Bien sûr qu'ils ont essayé. Et crois-moi qu'ils ont tout essayé pour me convaincre. Les menaces, les flatteries… J'en passe et des meilleurs. Il est vrai que Rosier est particulièrement sournois. Mais tu lui as donné tous seuls les armes qu'il possède. Quand il a parlé de révéler à… ton amoureux tes sentiments, il fallait feinter de ne pas t'en préoccuper. Et quant à sa révélation auprès de ta mère… Pitié, tu n'avais qu'à faire comme si elle le savait déjà !

- Je sais que je n'ai pas été des plus doués, ok ? s'énerva Regulus, les poings serrés. Mais ce qui est fait est fait. Veux-tu bien m'aider ? »

Severus grogna. Quelle question !

« Je ne serais pas là, sinon, dit-il, croisant les bras. Qu'est-ce que je suis censé faire ?

- Rien de particulier, intervint Sirius. Juste le protéger dans votre dortoir et t'assurer que Rosier ne peut pas le coincer quelque part.

- En gros, je le protège là où tu ne peux pas aller. Bordel, je n'aurais jamais pensé finir surveillant d'un sixième année ! »

Il soupira en s'appuyant un peu mieux contre le piquet d'un des baldaquins Gryffondors. Vraiment, quel luxe dans les dortoirs des rouges et ors… Enfin, honnêtement, les Serpentard n'étaient pas en reste, mais Severus ne voyait pas pourquoi il serait honnête, surtout qu'il était contrarié de ne pas avoir pu dîner en paix avant d'être kidnappé. Surtout par Sirius Black !

« Et donc, votre plan, c'est quoi ? Allez tabasser Rosier et sa petite bande ? Vous êtes conscient que ces types sont des futurs mangemorts et qu'ils seront sûrement plus nombreux qu'on ne le pense ?

- Et ? demanda James Potter d'un air frondeur. S'ils sont des mangemorts, c'est une raison de plus pour les tabasser ! »

Severus leva les yeux au ciel. Quelle belle mentalité, vraiment !

« C'est sûr, ils ne vont pas du tout avoir envie de se venger sur Regulus après ça, dit-il d'un air moqueur. Les Gryffondors et la réflexion…

- Puisque tu es si malin, qu'est-ce que tu proposes ? », s'agaça Black sénior.

Severus prit le temps de la réflexion. Il n'y avait pratiquement que 5% de chance que Rosier et sa bande abandonnent et ce n'était pas avec quelques Gryffondors qu'ils seraient convaincus. Sans compter qu'à la fin de l'année, Sirius et la joyeuse bande ne seraient plus là. Il ne serait plus là non plus pour protéger Regulus. Il fallait donc que ce soit quelque chose d'assez impressionnant qui décourage les apprentis mages noirs…

« C'est Regulus qui va devoir se battre, dit-il. Vous, vous allez devoir rester caché…

- Quoi ? dit Remus Lupin, jusque là bien calme. Severus, il n'a aucune chance ! Comme tu l'as si bien dit, ce sont des mangemorts ! Regulus n'a que seize ans et même s'il suit des cours avec Ash et Drake…

- Si nous prenons la défense de Regulus, il est certain qu'il sera tranquille jusqu'à la fin de l'année, coupa Severus, agacé. Mais l'année prochaine ? Il doit se poser en leader, en combattant. Franchement, Reg… Tu te caches derrière ton frère ? C'est enfantin, comme comportement. Tu dois leur montrer fermement mais clairement quel camp tu as choisi ! Il menace de prévenir ta mère ? Black va t'accueillir, de toute façon. Et s'il ne l'avait pas fait, je l'aurais fait, qu'importe que mon père ait protesté ! Oui, enfin, comme je vais partir pendant deux ans, c'est mieux que tu ailles avec ton frère…

- Deux ans ? s'étonna Lily, près de James.

- Ouais, je vais faire une maîtrise en Australie, dit-il distraitement. Bref, Reg ! Pour ce qui est de… ton amoureux secret… »

Il était peut-être un peu trop ironique en disant ça ?

« Je ne crois pas qu'il dira quoi que ce soit. Il est très ouvert… Et puis je t'ai déjà dit cent fois que tu devais lui en parler !

- Il va me rejeter, dit Regulus d'un air inquiet.

- Et alors ? s'énerva Severus. On y survit ! Moi aussi, j'ai déjà été rejeté. La ferme, Black ! »

Sirius referma la bouche moqueuse qu'il avait ouverte.

« Moi aussi, j'étais fou amoureux, j'ai survécu ! continua Severus. Bon, j'ai démoli toute la salle de cours de Ash et il a passé une bonne heure à me calmer, mais j'ai survécu et je vais très bien, maintenant… Alors même s'il te repousse, s'il le fait, tu survivras à ça ! Et tu pourras repartir à zéro tranquille. Et au mieux, il ne te rejette pas, il te dit que c'est réciproque et tu vis heureux jusqu'à ce que vous vous quittiez !

- Super optimiste, se moqua Sirius.

- Oh ça va, combien de couple finisse leur vie ensemble ?

- Mes parents ? signala James. Bien que techniquement… Enfin, ils l'auraient fait, j'en suis sûr !

- Tes parents sont toujours ensemble, non ? Demanda Remus.

- Ouais, et ils vivent dans un bonheur étincelant, ironisa Severus, à la grande surprise des Gryffondors, sauf de Lily. Bref, Regulus, parle-lui ! Il est compréhensif, il ne va pas se moquer sur un sujet si important. L'a-t-il déjà fait une seule fois quand tu lui as parlé de quelque chose de capital ? Quand tu lui as parlé de ta putain de bulle, il a rit ?

- Sa bulle ? demanda Sirius.

- Non, répondit Regulus d'un air pensif. Il n'a pas ri… En fait, il avait l'air… catastrophé.

- Tu vois ? Il se soucie de toi ! dit Severus. Et dans la cabane de Hagrid. Rien ne l'obligeait à te rassurer. Bordel, il nous a carrément mis dehors pour être seul avec toi. Et d'après ce que tu m'as raconté, il a été plus que non-professionnel ! Que je sache, personne ne m'a jamais pris dans ses bras comme il l'a fait avec toi !

- Quoi ? dit Sirius. Attend, qu'est-ce que tu veux dire par non-professionnel ? Est-ce que c'est un prof, ton… amoureux secret ? »

Regulus rougit en hochant négativement de la tête. Puis, brutalement, Lily frappa dans ses mains.

« C'est Drake ! dit-elle. C'est lui, n'est-ce pas ? »

Regulus n'eut même pas besoin de répondre. Il devint si gêné que la réponse était écrite sur son visage.

« Ben ça ! dit James. Drake Manfred… Tu vises haut, non ? Je veux dire…Ce type est un vrai Don Juan…

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ? demanda Lily.

- Ben… Euh… Disons… Que j'ai un peu parlé avec lui aussi, répondit-il, un peu gêné. A la limite, avec Ash… Quoiqu'il semble totalement handicapé quand il s'agit des relations amoureuses… Mais Drake… Bonne chance ! »

Regulus marmonna quelque chose, le feu aux joues.

« Bref, dit Severus en les fusillant du regard. Peu importe qu'il soit un Don Juan, dis-lui ! Crois-moi, il ne se moquera pas. C'est pas son genre, surtout pour quelque chose d'aussi important !

- Je sais qu'il ne se moquera pas… Enfin, je crois, dit Regulus. Ce n'est pas ça qui m'effraie…

- Même s'il te rejette, tu l'aimes de toute façon. T'auras qu'à persévérer. Le… séduire ?

- Severus Snape qui donne des conseils amoureux, se moqua Sirius. On aura tout vu !

- Je suis dans un dortoir Gryffondor ! Si tu veux mon avis, c'est ça le pire de la situation ! »

Étrangement, aucun Gryffondor ne releva ce fait.

« Et pour les mangemorts, on fait quoi ? demanda Peter, assis sur son lit.

- C'est à Regulus de se battre, persévéra Severus. Mais rien ne nous empêche d'être en renfort ! »

Les Gryffondors le regardèrent d'un air interrogateur alors que le Serpentard affichait un air presque cruel.

« Franchement, je sais pas ce qui me fait plus peur, signala Sirius. Que tu aies un plan, qu'on l'écoute ou qu'on s'allie ?

- L'ensemble je dirais », dit philosophiquement Remus.

oOo

Regulus tentait vaguement de ne pas trembler de la tête aux pieds. Il devait avoir l'air ferme et assuré. Severus l'avait bassiné au sujet d'un masque de fierté et de force qu'il devait arborer, mais il n'y parvenait pas. Il savait que Sirius était quelque part pas loin, que Severus avait pris une potion d'invisibilité partielle alors que Lily Evans s'était désillusionnée en compagnie de son petit ami. Quant à Lupin, il était il ne savait trop où, mais tout près. Il était donc encadré, protégé… Du moins pour ce qui était d'une éventuelle bataille avec Rosier et compagnie. En ce qui concernait les révélations que Rosier voulait faire…

Soufflant pour se donner du courage, Regulus s'avança dans les graviers, le long du chemin menant aux grilles. Plus il approchait, plus il distinguait un attroupement. Il reconnut Rosier en premier, sans doute parce qu'il le cherchait. A ses côtés, il y avait également les jumeaux Lestrange ainsi qu'Avery, mais également un garçon de sa classe : Rookwood. Alors ce merdeux était un mangemort ? Il n'en était pas si surpris…

Quand Rosier l'aperçut, il eut un sourire victorieux. Regulus se retint de lui envoyer un doigt d'honneur. A la place, il s'approcha encore, jusqu'à s'arrêter à deux mètres de lui. Ses jambes ne tremblaient pas, c'était déjà ça…

« Te voilà enfin, Black, dit Rosier d'une voix radieuse. J'ai cru que tu ne te pointerais pas…

- Tu as bien cru, Rosier, coupa froidement Regulus. Je n'ai nullement l'intention de m'attarder. Je suis juste là pour te prévenir que je ne t'accompagne pas et ne t'accompagnerai jamais, quelque soit l'endroit où tu comptes m'emmener et quelque soit tes menaces ridicules ! »

Un long silence accueillit sa déclaration, long silence pendant lequel Regulus se retint de partir en courant. Rosier le regardait cette fois avec froideur, presque colère. Quant aux frères Lestrange, ils semblaient prêts à sortir leur baguette.

« Je ne crois pas que tu aies bien saisi, Black, dit Rosier d'un air menaçant. Tu n'as pas le choix.

- On a toujours le choix, se moqua Regulus, adoptant une attitude provocante. J'en ai rien à foutre des conneries que tu raconteras devant toute l'école. J'ai rien à prouver, rien à démontrer. Alors raconte toutes les merdes que tu veux, ça m'est égal. Je ne te suivrai pas. Je reste bien sagement à l'école et je vous laisse à vos petites réunions de bouseux ! »

Il y allait fort et il le savait, mais il était bien déterminé à lui prouver que c'était lui qui menait sa vie et personne d'autre. Étonnement, cette simple idée le grisa littéralement. Il était son propre maître. Qu'importe les commérages. C'était sa vie !

Bon, à la vue des baguettes qui se pointèrent sur lui, il déchanta un peu. Il n'aurait peut-être pas dû être si provocateur, finalement ? Au moment même où il sentit son courage vaciller, la main de Sirius apparut sur son épaule, suivie de tout son corps. Il jeta un regard méprisant aux Serpentards face à lui, plus frondeur encore que son frère.

« Tiens, tiens, dit-il avec ironie. Qu'avons-nous là ? Un petit nid de serpent…

- Si ce n'est pas mignon, se moqua Rosier. Tu as prévenu ton grand frère, Black ?

- Bien sûr qu'il l'a fait, se moqua Sirius. Et le grand frère, lui, il a appelé quelques amis qui sont tout autour de vous. Et croyez-moi, vous n'avez aucune envie que nous nous mêlions de vos affaires, Rosier. Alors je te conseille de laisser Regulus tranquille et de rentrer tranquille au château. Clair ?

- Tes conseils, tu te les gardes, Black. Clair ?

- Limpide, répondit Sirius. Et est-il aussi clair pour toi qu'aucun élève n'a l'autorisation de quitter l'école ? Et que de ce fait, je n'hésiterais pas à aller trouver Dumbledore pour lui signaler que certains Serpentards enfreignent cette règle ? »

Rosier parut recevoir un choc quand Sirius parla. Regulus se retint de sourire. Severus avait élaboré un plan presque machiavélique…

« Sauf… si tu laisses mon frère tranquille, poursuivit Sirius avec un sourire moqueur. Si tu me fais le serment que tu n'y toucheras pas, que tu ne t'en approcheras pas. Et que tu garderas tes petits vermisseaux en laisse...

- Qui tu traites de vermisseaux ? s'énerva Rabastan en avançant d'un pas menaçant.

- C'est pourtant clair, non ? se moqua Sirius. Alors, Rosier ? C'est un échange de bon procédé, non ? Ta tranquillité pour tes petites affaires louches contre la tranquillité de mon petit frère… »

Le Serpentard considérait Sirius comme s'il testait la possibilité de le tuer plutôt que de lui obéir. Il se savait coincé et Regulus le voyait tenter de trouver une sortie au piège que Severus avait pensé. Mais comme Severus l'avait prophétisé, il n'en avait pas. Signaler à Dumbledore qu'ils sortaient en cachette, c'était s'assurer plusieurs heures de retenues et des interrogations sur l'endroit où ils se rendaient. C'était attirer l'attention et Voldemort ne le voudrait sûrement pas. Alors il n'eut d'autre choix que de hocher la tête d'un air rageur.

« Bon, dit Sirius en s'approchant. Alors jure-le. Jure que tu ne tenteras plus jamais d'emmener mon frère à l'un de tes rendez-vous bizarre et que jamais tu ne l'attaqueras pendant la durée de ses études à Poudlard. Tu vois, je suis quand même honnête. Je ne te fais pas promettre de l'épargner pour toujours ! Je te laisse une possibilité de vengeance…

- Tu n'es pas censé protéger ton adorable petit frère ? dit Rosier avec moquerie.

- Quand il sortira de Poudlard, je ne doute pas que mon adorable petit frère saura se défendre tout seul, répliqua Sirius. Maintenant, jure ! »

Regulus s'approcha à son tour et tendit la main à Rosier qui le regarda comme s'il était la pire chose au monde. Toutefois, il tendit la main, Sirius levant sa baguette avec un sourire victorieux.

« A toi, Rosier », dit Sirius, moqueur.

Et le serment, bien que d'une voix rageuse, fut prononcé.

oOo

« Il se passe quelque chose ! »

C'était la dixième fois que Harry le disait, marchant de long en large dans sa salle de classe où, chaque week-end, il attendait son rendez-vous avec Severus avec une sorte d'impatience qu'il ne s'expliquait pas.

Assis avec nonchalance sur l'un des bancs, accoudés à la fenêtre, Draco ne répondit pas. Il savait que quelque chose se passait, lui aussi. Au déjeuner, Severus avait eu l'air inquiet pour Regulus et il n'aimait pas ça du tout. Le fait que leur deux protégés soit justement absents à leur rendez-vous hebdomadaire n'aidait pas. Que se passait-il exactement ?

« Drake, on devrait partir à leur recherche !

- On ne le fera pas, dit posément l'ancien Serpentard. On ne peut pas toujours les protéger de tout, Ash. Attends ici. »

Harry grogna avec agacement et recommença à tourner en rond. Draco avait raison, bien entendu. Mais il était certain que, d'une manière ou d'une autre, Regulus avait des ennuis. Severus ne leur aurait pas lancé un tel regard angoissé dans le cas contraire. Et comment Draco, qui avait pourtant des sentiments si puissants pour Regulus –bien qu'il le niât avec une force étonnante – pouvait-il rester si serein ? En apparence, du moins…

Des rires dans le couloir les firent sursauter et Harry se tourna vers la porte, tendu. Il ne connaissait pas ce rire, il ne l'avait jamais entendu. Par contre, il reconnaissait très bien la voix qui le produisait et cela lui donna un frisson dans tout le corps. Dans le couloir, Severus Snape riait aux éclats. Harry et Draco échangèrent un regard stupéfait. Puis, un coup fut frappé à la porte et Draco indiqua d'une voix rauque qu'ils pouvaient entrer. La porte s'ouvrit alors pour laisser passer Severus et Regulus, tous deux souriants d'un air étonnement victorieux.

« Bonjour, dit Severus, souriant. Désolé du retard, on avait une affaire à régler. »

Harry resta un instant interdit. Severus souriait et riait ? Bon, ce n'était pas vraiment qu'il en soit incapable, mais tout de même, c'était… inattendu.

« Pas de problème, répondit-il mécaniquement. Rien de grave, j'espère ?

- Non, rien de grave », répondit Regulus.

Draco fronça les sourcils. Le mensonge était clair mais il était difficile de confronter Regulus quand il le voyait si détendu et ravi. Le garçon semblait avoir reçu une magnifique nouvelle. Tout son corps était relâché et la colère qui brillait habituellement dans son regard était éteinte, ce qui était très étonnant, comparé à la veille. Il s'était passé quelque chose. Quelque chose d'énorme ! Mais quoi, ça…

« Nous l'apprendrons bien tôt ou tard, pensa-t-il. En attendant, je ferais mieux de trouver une façon de le refiler à Ash pour aujourd'hui. Je dois m'en tenir éloigné, il est bien trop dangereux que je passe du temps avec lui ! »

Fort de cette résolution, il sauta souplement de son banc en lançant un regard à Harry. Ce dernier soupira profondément.

« Bon, pour aujourd'hui, je vais travailler avec Regulus, dit-il, aussi ravi que s'il avait un rendez-vous avec une des jeunes filles gloussantes qui le poursuivaient depuis quelques jours. Drake a besoin de tes compétences en potion, Severus… »

Le concerné parut étonné, voir ennuyé, ce qui étonna Harry.

« Bon… D'accord », dit-il en lançant un regard interrogateur à Regulus.

Ce dernier répondit par un haussement d'épaule.

« Et on va faire quoi, nous ? demanda-t-il en regardant Ash, une moue boudeuse sur les lèvres.

- Euh… Je… Sport ? » demanda Ash.

Regulus soupira mais hocha de la tête. Il leva les bras, pour enlever sa robe de sorcier sans hésitation, sous l'œil presque contemplatif – mais très discret – de Draco. Harry soupira en le constatant, secouant la tête. Il fallait qu'il règle ça avec lui et vite. Draco était idiot de nier si vertement son attirance pour le garçon. Et il risquait d'aller au devant de gros ennuis avec ce dernier s'il persistait sur cette voie.

« On est venu ici pour sauver les gens que nous aimions… Mais rien ne nous empêche d'aimer et de vivre pleinement. »

Il sursauta quand Regulus se racla la gorge, attirant son attention sur lui. Il était en short et en t-shirt, tenue que Drake lui avait imposée.

« Le pervers se rince l'œil à chaque séance ! », réalisa Harry en constatant le regard presque hypnotisé de Draco.

Il leva les yeux au ciel et se dirigea vers la sortie.

« Bon, et bien allons courir, alors. A tout à l'heure ! »

Et suivit de Regulus, il sortit dans le couloir. Il aurait largement préféré s'entraîner avec Severus, mais on ne pouvait pas tout avoir, dans la vie.

« Que faites-vous, avec Drake, dans le parc ? demanda-t-il au garçon qui le suivait. Vous courrez, c'est tout ?

- Euh… Oui, pourquoi ?

- Pour savoir, répondit Harry, ennuyé. Je n'ai pas envie de courir, aujourd'hui ? Vous oui ? »

Regulus lui fit signe que non.

« C'est une idée de Drake de me faire faire ça, dit-il. Mais je suis plutôt… fainéant, comme garçon. »

Harry sourit en l'entendant. Alors il en était conscient, en plus ? Et il le revendiquait, vu sa posture nonchalante et son air agacé. Raison pour laquelle Draco s'amusait à le faire courir. L'ennuyer était sans doute sa distraction préférée.

« Qui aime bien châtie bien », pensa-t-il avec ironie.

« Je vois, dit-il. Alors je vous propose un sport facile qui ne vous fera pas de mal, en haut de la tour d'astronomie. Vous êtes partant ? »

Regulus le regarda d'un air stupéfait.

« Euh… Pourquoi pas », dit-il.

Harry eut un sourire amusé et se risqua à dire :

« Mais juste pour se donner bonne conscience et ne pas gâcher votre jolie tenue, nous allons nous y rendre en courant ! »

Regulus soupira mais obéit. Manifestement, Draco l'avait déjà bien dressé !

oOo

Severus n'était pas dupe. Draco n'avait strictement rien d'important à faire dans le domaine des potions. Oh, certes, ils en faisaient… mais ce n'était rien d'expérimental ni d'amusant. Ils brassaient en silence des potions de soin que Severus connaissait tellement qu'il aurait pu les faire les yeux fermés. Agacé, il regarda son entraîneur du jour avec un air désappointé.

« On ne pourrait pas… faire autre chose ? demanda-t-il, Draco sursautant.

- Quoi ? dit-il, brutalement sorti de ses pensées. Faire autre chose ? Les potions ne t'inspirent pas, Severus ?

- Et bien… pas celles-là, dit-il. La potion est pratiquement terminée, je ne vois même pas pourquoi tu m'as demandé de t'aider…

- Tu as plus de… feeling que moi, dit évasivement Draco.

- Oui, c'est évident, répliqua Severus en levant les yeux au ciel. Mais elle était déjà pratiquement terminée quand je suis rentré et ajouter quelques millilitres de bubobulb ne demande pas de feeling. Sincèrement, Drake, pourquoi m'avoir amené ici… ? »

Le concerné soupira en regardant Severus. C'était clairement injuste. Le garçon avait mieux à faire. Apprendre à se battre, par exemple.

« Bon, nous allons faire des duels dans la classe de Ash, dans ce cas…

- Mais ça ne répond pas à ma question ! s'agaça Severus.

- Parce qu'il n'y a aucun sens à cette question, Severus, répondit Drake. J'avais simplement envie de passer un peu de temps avec toi…

- Et de refiler Regulus à Ash, dit Severus, moqueur. Tu le fuis ? »

Draco se figea pour se tourner vers le jeune homme. Il avait oublié combien Severus était observateur. Mais il n'avait pas été un des meilleurs espions de l'ordre du Phénix pour rien…

« Peut-être, répondit-il. Regulus est trop attaché à moi. Il a besoin… d'ouvrir ses horizons, de faire confiance à d'autres personnes. En gros, il a besoin de passer un peu de temps avec Ash. Il est doué pour ça ! »

Ça avait du sens, même pour l'esprit aiguisé de Severus. Ash était doué pour s'infiltrer dans le cœur des gens, avec une sournoiserie presque reptilienne. La preuve en était que Severus était un peu frustré de ne pas être avec lui. Oh, il appréciait Drake… Mais il aimait passer du temps avec Ash. Il savait quand être calme et silencieux en sa présence, quand il devait lui tirer les verres du nez parce qu'il cachait quelque chose qu'il ne voulait pas dire mais qu'il devait dire. Et puis surtout, Ash était la seule personne qui le prenait dans ses bras, qui lui touchait l'épaule avec amitié, qui lui ébouriffait les cheveux sans être dégoûté par l'aspect de ces derniers, qui lui parlait comme à un égal. Drake le faisait aussi, mais il y avait dans ses manières une sorte d'arrogance, de supériorité naturelle qui l'agaçait parfois.

« J'admets, dit-il. Il est très doué pour ça, parfois un peu trop. Mais tu fuis quand même Regulus. Pourquoi ? »

Draco soupira. Satané Severus. Le pire était qu'il ne parvenait jamais à lui mentir. Si Harry faisait une nette distinction entre le Severus de leur époque et celui-ci, Draco, lui, en était incapable. Quand il regardait l'adolescent curieux, il y superposait automatiquement l'image de son ancien professeur. Et Draco était incapable de mentir à Severus Snape.

« Parce qu'il est attiré par moi, dit-il franchement. Et que ce n'est pas une bonne chose.

- Pourquoi ? »

Draco eut l'air étonné face à la question de Severus.

« Et bien… il est mon patient, dit-il, comme si c'était une évidence. Et il a seize ans. »

Étonnement, Severus sourit.

« Et ce sont tes obstacles ? Les seuls ?

- Oui, pourquoi ? demanda Draco, énervé.

- Et bien, si j'étais à ta place, j'aurais répondu : parce qu'il ne m'attire pas. »

Draco resta un instant figé avant de sentir une certaine rougeur envahir ses joues. Ou comment avouer son attirance pour un garçon sans s'en rendre compte. Satané ruse Snapienne. Il était le seul à toujours le mettre en péril de cette façon.

« Regulus t'aime, dit soudainement Severus. Il n'est pas attiré, il est amoureux. Il rêve de toi tout le temps, il te regarde tout le temps, il parle de toi sans arrêt. Il est prêt à tout pour avoir ton attention, ton respect. Même au pire. »

A l'expression de Severus, Draco sentit son cœur s'emballer. Qu'est-ce qu'il voulait dire, par là ? Quelle était cette gravité dans son ton ?

« Que veux-tu dire, Severus ? demanda-t-il, inquiet.

- Ce matin, Rosier lui a fait du chantage, dit le jeune homme. Pour qu'il rejoigne Tu-Sais-Qui. Et le sujet du chantage, c'était toi. Son amour pour toi. Tout particulièrement… Son envie.

- Son envie ? »

Severus rougit.

« Je ne sais pas exactement comment Rosier l'a su… Ou plutôt, je le devine. Je suppose que… Regulus se masturbe, la nuit, en pensant à toi. Et qu'un camarade de dortoir l'a entendu. Et l'a raconté à Rosier qui a vu là une opportunité de recruter Regulus. Et ça aurait pu marcher. Regulus était prêt à le suivre, même s'il en a fait une crise d'angoisse titanesque. Rosier a dit que s'il ne le suivait pas, il te raconterait tout. Il te dirait ce que Regulus fait en pensant à toi. Et il en a été terrorisé. Il est persuadé que tu ne l'aimes pas. Que tu te fiches de lui. Mais il ne pourrait pas supporter que tu le méprises et il est persuadé que ce serait ton sentiment, si tu apprenais son… activité nocturne. Alors il a juste plongé dans le piège.

- Ne me dis pas qu'il a suivi Rosier ? s'angoissa Draco, terrifié.

- Je t'ai dit que non ! Sirius Black est intervenu… »

La terreur laissa place à la stupéfaction. Sirius ? Mais la veille encore, les deux frères se regardaient avec haine…

« Attends, quand est-ce que c'est arrivé, tout ça ?

- Ce matin, dit Severus. D'où mon regard angoissé pendant le déjeuner. Mais sur ce coup, je dois dire que Black a été très efficace. Il a rencontré Regulus pendant sa crise d'angoisse. Il l'a calmé et il lui a dit qu'il l'aiderait. Que Regulus pourrait aller vivre avec lui, cet été et…

- Quoi ? coupa Draco. Mais pourquoi Regulus irait-il vivre chez Sirius ?

- Parce que Rosier va probablement envoyer une lettre à sa mère pour tout lui dire… Et que Wilburga Black tuera son fils plutôt que de le laisser se pervertir. »

Draco soupira. Il jeta sa cuillère de bubobulb dans son chaudron et diminua le feu de ce dernier. Puis il fit signe à Severus de le suivre et alla se laisser tomber dans un canapé.

« Bon, raconte-moi tout dans l'ordre et en détail, s'il te plait, je ne comprends rien ! »

Severus soupira et se laissa tomber dans le fauteuil en face. Une après-midi causette n'était pas une mauvaise idée !

oOo

Le yoga avait été créé pour lui. Regulus en était persuadé. Il ne s'était jamais senti aussi bien de toute sa vie. La colère habituelle qu'il ressentait s'était fondue en une sorte de tranquillité qu'il n'avait jamais ressentie jusque là. Et Ash Sadrah, dans son silence apaisant, y contribuait largement. L'homme ne l'interrogeait pas. Il ne le pressait pas de question, ne l'assaillait pas d'une supériorité qu'il devait juger inexistante malgré son rang élevé. Il était juste là, serein, ouvert et silencieux. Et c'était ce dont Regulus avait besoin, après sa matinée plus qu'épuisante et harassante.

Son corps était un peu engourdi, mais il avait l'esprit clair. L'air était frais sans être froid. Et la vue, depuis la tour d'astronomie, le son des oiseaux à l'extérieur, les rires qu'il entendait en contrebas… Tout l'aidait à se détendre. Au bout d'un moment, il sentit une émotion puissante l'envahir. Il n'avait jamais été aussi bien de toute sa vie et celui qui lui apportait ce confort était Ash Sadrah ? Celui qu'il était censé détester car il lui volait l'attention de l'homme qu'il aimait !

« Tout va bien, Regulus ? demanda justement le gêneur. Tu es tendu, soudainement… »

Regulus ouvrit les yeux pour découvrir que ceux de Ash étaient encore fermés. Alors comment savait-il ?

« Tu émets des ondes de contrariété, expliqua l'homme. Jusqu'ici, il n'y avait que de la sérénité, dans l'atmosphère, lorsque ta colère presque innée s'est fondue en toi… »

Regulus resta stupéfait. Il pouvait sentir ça ? Comment ?

« Je pratique souvent le yoga, répondit Ash, lorsque Regulus lui eut posé la question. J'en ai besoin car je suis quelqu'un de naturellement… angoissé. La nuit, je suis obligé de dormir avec Drake, car si je dors seul, je fais de si grandes crises d'angoisse que je n'en trouve pas le sommeil. Ah... c'est de la jalousie que vous émettez, à présent… »

Regulus baissa la tête alors que les incroyables yeux d'Ash s'ouvraient pour se poser sur lui.

« Vous l'aimez, n'est-ce pas ? demanda Ash, souriant. J'apprécie cela. J'espère chaque jour que Drake va trouver le bonheur avec quelqu'un et si vous étiez cette personne, ce serait encore mieux. »

Face à la surprise de Regulus, il éclata de rire.

« Ne croyez pas que je sois amoureux de Drake, Regulus. Drake et moi nous nous aimons, c'est vrai. Mais ce n'est pas un amour charnel. C'est un amour fraternel.

- Mais vous êtes si… proches ! dit-il.

- Nous le sommes car nous savons. Nous nous connaissons mieux que personne ne nous connaîtra jamais. Nous partageons une douleur que personne ne saura et ne comprendra jamais. Nous combattons côte à côte avec un désespoir que personne ne ressentira jamais. Personne, sauf les frères que le destin a fait de nous. C'est une proximité que vous n'aurez jamais avec lui, quel que soit la relation que vous entretiendrez avec lui. Un amant, un compagnon, un ami… Peu importe ce que vous deviendrez pour lui. Même s'il vous raconte toute sa vie, vous ne pourrez jamais atteindre la proximité que nous avons, car vous n'aurez pas vécu nos drames, nos douleurs. Mais cette proximité… Vous ne devez pas la voir comme un obstacle. Voyez-là plutôt… Comme un aspect de la personnalité de Drake.

- Un aspect de sa personnalité ? s'étonna Regulus.

- Tout comme je suis espiègle, manipulateur à mes heures, fonceur, courageux, angoissé, psychotique parfois et dangereux. Et comme je suis son frère, quoi qu'il arrive. Drake est fier, arrogant, prétentieux, drôle, tendre, obsédé et fashion victime, mais il est mon frère également. Ce sont nos personnalités. Si vous l'aimez, vous devrez accepter ça. »

Regulus laissa ces révélations l'envahir avant de soupirer. Il baissa la tête, ramenant ses jambes contre sa poitrine.

« Mais lui ne m'aime pas, dit-il. Il se fiche totalement de moi…

- Non, ça, c'est ce qu'il essaye de vous faire croire, dit Ash. Et il est très doué pour ça, je le sais. Mais il tient énormément à vous. Il est juste… un peu perdu, je crois. Et je pense également qu'il tente de vous protéger, à sa façon.

- Me protéger ? demanda Regulus.

- Vous êtes son patient Regulus, dit doucement Ash. Et vous avez seize ans. Que croyez-vous que dira votre mère, quand elle apprendra que son fils est gay et qu'il sort avec son psychologue ? »

Regulus parut y réfléchir un long moment.

« Je suppose qu'elle dira qu'il m'a influencé ?

- Exactement, dit Ash. Et pire encore. Elle dira qu'il est un pédophile qui a entraîné son fils dans la dépravation, que Drake est dangereux pour l'esprit fragile des enfants. Elle lui fera perdre son travail, le traînera en justice. Au mieux, Drake s'en tirera avec une ordonnance de justice lui interdisant de vous approcher. Au pire, il ira en prison pour détournement de mineur. Est-ce ce que vous voulez ?

- Non ! s'écria presque Regulus, horrifié. Surtout pas !

- Drake non plus. Il vous trouve beau. J'ignore s'il vous aime, même si je le soupçonne. Mais il veut vous protéger de ça. Il veut pouvoir être avec vous, dans un avenir proche. Mais cet avenir se déroulera après vos études à Poudlard. Si vous l'aimez et si vous avez la patience…

- J'attendrais ! dit Regulus, soudain heureux. Oui, j'attendrais, s'il veut bien de moi !

- Pour ça, je ne peux rien affirmer, Regulus, dit Ash en souriant. Mais je pense qu'il veut de vous. Même s'il vous le cache et le nie de tout son cœur, même à moi. Soyez patient. Devenez son ami. Montrez-vous à lui, tel que vous êtes. Et si vos cœurs résistent au temps… alors vous serez ensembles. Et vous aurez votre propre proximité. »

Regulus médita un long moment ses paroles, ses yeux se perdant sur la forêt interdite qu'ils pouvaient voir de leur poste. Puis il regarda à nouveau Ash qui arborait une position demandant une souplesse inhumaine.

« Je crois que je comprends pourquoi Severus aime tant passer du temps avec vous… »

Bien qu'il n'ouvrît pas les yeux, Ash sourit face à lui, continuant ses exercices de relaxation. Regulus tenta de l'imiter. Bien qu'il était fort moins gracieux dans ses mouvements !

oOo

Avachi dans le canapé, Draco avait écouté tout ce que lui racontait Severus avec un regard horrifié. Alors ça y était ? D'une manière ou d'une autre, Voldemort avait réussi à atteindre une personne qu'il aimait et pas n'importe laquelle, Regulus et cela, par sa faute ? Bien sûr, ce n'était pas entièrement sa faute. Il ne pouvait pas présager que Regulus tomberait amoureux de lui et donnerait au camp adverse des éléments pour l'atteindre. L'élément étant justement Draco. Non, il ne pouvait pas le présager. Mais il pouvait l'éviter et pour cela, il savait qu'il devrait avoir une conversation difficile avec le garçon.

« Mais que je sois maudit si je sais ce que je suis censé lui dire… Avec son caractère emporté, voudra-t-il seulement m'écouter ? Ou va-t-il juste me traiter de lâche sans chercher à comprendre ? Parce que c'est ce que je suis… Je suis lâche de ne même pas vouloir essayer d'affronter le danger pour être avec lui. Mais le danger est trop grand et s'il a une once d'intelligence, il le comprendra bien. Pitié, qu'il comprenne… »

Face à lui, Severus se taisait. Il savait qu'il réfléchissait et respectait ça. Ou alors, il n'avait rien envie de dire. Mais Draco savait que le garçon avait sa propre opinion de ça. Et parce qu'il avait souvent fait appel au jugement de son professeur, il fit appel à celui de l'adolescent.

« Que penses-tu de cette situation ? demanda-t-il. Que dois-je faire, selon toi ? »

Severus parut étonné un instant. Puis il y réfléchit sérieusement, pendant de longues minutes qui lui semblèrent interminables.

« Est-ce que tu veux être avec Regulus ? »

La question pouvait paraître mal placée, mais Draco savait que c'était en fait la principale. Alors il hocha la tête, après avoir pesé le pour et le contre. Oui, il voulait de ce garçon à ses côtés. Il voulait le toucher, l'aimer. Mais aussi se reposer un peu sur lui. Lui faire confiance. Parce qu'il avait besoin de faire confiance à d'autres personnes qu'à Harry et Fixe. Dumbledore n'était pas dans le lot, il était trop manipulateur. Lucius était trop opportuniste et Narcissa trop amoureuse de son époux.

« Je le veux, dit-il.

- Alors il faut déterminer ce qui est le plus important actuellement. Rosier écrira sa lettre à la mère de Regulus, c'est une certitude. Et il y aura sûrement une enquête pour savoir si tu séduis tes élèves. J'affirmerais que non, si ça peut te soulager. Je ne suis pas du tout séduit ! »

Draco sourit. Il imaginait très mal Severus amoureux de lui.

« Une bonne centaine de filles dira que oui, car elles bavent toutes sur toi et Ash, mais ce ne sont que de petites écervelées dont les piaillements n'atteindront pas les Aurors. Reste à savoir ce que Regulus leur dira… »

Draco souffla en l'entendant.

« Je ne peux pas prendre le risque de m'en approcher maintenant, c'est ça ?

- C'est inévitable, dit Severus. Regulus et toi devez en parler. Avant que tout ne soit lancé. Tu devrais peut-être même en parler directement avec le directeur. »

Draco soupira. Forcément, la vieille chèvre curieuse allait devoir s'en mêler. Il allait être celui qui devrait faire face aux accusations à ses côtés… Ash aussi… Foutu Rosier.

« Pourquoi ne l'avez-vous pas persuadé de prêter le serment inviolable sur ça aussi ? s'énerva Draco.

- Parce que même s'il l'avait fait, ses amis savent écrire, répliqua Severus. Donc, ça ne servait à rien. »

Draco soupira en l'entendant. Avec cette crise allait exploser une autre. Celle de son affiliation à la famille Malfoy. Celle de sa bâtardise. C'était beaucoup de scandale d'un coup. Même pour lui qui aimait tellement en provoquer !

« Voilà qui promet, dit-il, soufflant péniblement.

- Tu dois parler à Regulus avant tout, lui signala Severus. Pour éviter qu'il interprète mal ce qu'il va se passer avec tout ça. Pour éviter qu'il soit blessé. »

Draco soupira et hocha de la tête. Il n'y avait pas le choix.

« Je suppose, en effet », dit-il.

Il eut un mouvement de main et brutalement, son patronus surgit de sa bague. Le petit sapajou ce tourna vers lui d'un air interrogateur et Draco lui dit d'une voix fatiguée :

« Va chercher Ash et Regulus. Ramène-les ici. J'ai des choses à dire au gamin ! »

Le petit singe s'élança aussitôt, sous l'œil surpris de Severus.

« Original, comme patronus, dit-il. Un… singe ?

- C'est Ash, dit Draco avec négligence. Son animagus… »

Il ne s'inquiétait pas de ce que ferait Severus avec cette information. Après tout, il savait déjà que Draco était un rouge-gorge. Il poussa un autre soupir résolu et invoqua du thé. Avec peut-être une pointe d'alcool dedans. Franchement, il avait imaginé une autre situation, pour parler à Regulus. Foutu Rosier ! Il allait lui faire payer ça, d'une manière ou d'une autre, foi de Draco Malfoy !

Il ne fallut pas longtemps avant que Harry et Regulus n'arrivent. A la vue de leurs tenues, il eut envie de gémir. Manifestement, Harry avait initié le garçon au yoga et cela avait porté ses fruits. Habillé d'un jogging noir plutôt que du petit short – un tantinet plus court que ne l'exigeait une séance de sport – et d'une veste noire, Regulus était… beau. C'était pourtant des vêtements simples, mais ils lui allaient à ravir.

« Tu nous as appelé ? Un problème ? demanda Harry, sur ses gardes.

- Aucun d'ordre mage noir, ne t'inquiète pas, dit Draco. Pourrais-tu prendre Severus en charge. Il a une histoire passionnante à te raconter. Moi, j'aimerais parler avec Regulus. »

Harry éleva un sourcil sceptique et jeta un coup d'œil au Serpentard le plus âgé. Ce dernier avait un air neutre qui ne l'éclaira nullement. Alors il inspira et expira avec force puis hocha de la tête.

« Bien sûr, dit-il. Severus, je ne pense pas vous avoir déjà montré mes appartements ? Allons-y. »

Le jeune homme approuva et le suivit docilement jusqu'à la porte communicante. Harry la lui ouvrit et, d'un signe de la main, l'invita à la passer. Il jeta un vague coup d'œil à Draco et Regulus qui se faisaient face et sourit, quittant la pièce avec amusement. Que n'aurait-il pas donné pour être une petite souris ?

Quand la porte fut refermée, il souffla et regarda Severus.

« Et bien, cette histoire ? dit-il en lui montrant les canapés bleus. Je suis impatient de l'entendre ! »

Et pour la seconde fois, Severus raconta.

oOo

Le silence régnait dans la pièce depuis le départ de Harry et de Severus. Draco ne savait pas vraiment par où commencer. Regulus avait l'air interrogateur, sans plus. Le yoga lui avait fait du bien, semblait-il, car il était détendu comme jamais.

« Et bien ? demanda-t-il. Qu'est-ce qu'il y a ? »

Draco souffla. Qu'était-il censé dire ? Comment devait-il commencer la conversation ? Par le gronder pour son comportement infect de la veille, avec Sirius ? Ou par lui dire clairement qu'il savait déjà tout au sujet des grands bouleversements de sa vie et des actes de Rosier ? Draco l'ignorait totalement !

« Regulus, dit-il d'une voix un peu hésitante. Je pense que tu devrais t'asseoir. »

Le garçon obéit avec complaisance, allant s'installer dans le même canapé que Draco, à l'autre bout. Ce dernier inspira, nerveux. Il ne l'avait jamais été, jusqu'à présent, lorsqu'il était avec une des personnes qu'il tentait de séduire. Mais comme il s'agissait de Regulus, il avait l'impression d'être totalement perdu !

« Je… ne sais pas trop par où commencer, dit-il. Mais je sais que, quelque soit la façon dont je le ferais, ça risque de te blesser, d'être brutal et désagréable et je te présente mes excuses pour ça. »

Regulus fronça les sourcils et Draco eut envie de tendre la main pour passer ses doigts sur son front et l'aider à se détendre. A la place, il poussa un soupir et le regarda à nouveau.

« Severus m'a raconté, pour Rosier, dit-il, le garçon blêmissant soudainement. Il m'a dit qu'il t'avait fait du chantage. Qu'il voulait me dire… ce que tu ressentais pour moi. Ce que tu faisais en pensant à moi…

- Oh Merlin, gémit Regulus en se levant brutalement.

- Non, ne panique pas ! s'exclama Draco, se levant à son tour et le rejoignant d'une seule enjambée. Tu n'as pas à paniquer, Regulus, parce que je le savais déjà. Enfin, je ne savais pas que tu… te touchais en pensant à moi, bien que j'aurais du m'en douter, mais je savais déjà que tu avais des sentiments pour moi. »

Regulus le regardait à la fois d'un air atterré et effrayé. Draco eut un léger sourire et tendit les bras pour poser ses mains sur ses épaules. Elles lui semblèrent frêles et fragiles et il exerça une légère pression sur elles, l'amenant jusqu'à lui avec douceur.

« Tu n'as pas à paniquer pour ça. D'abord, parce que je sais ce que c'est que d'être un adolescent et d'avoir des désirs, Regulus. Ensuite… Le fait que tu aies des sentiments pour moi… me ravit assez. »

Regulus déglutit en le regardant. Il semblait attendre et être effrayé pour autant. Et Draco le trouva adorable avec son petit air de chiot dans l'expectative. Alors il l'attira plus près de lui encore, l'enlaçant totalement. Regulus haleta quand il le fit, comme surpris et ravi.

« Je partage ces sentiments, Regulus. Même si j'ai tout tenté pour te le cacher. Je les partage. Il est dangereux que je te le révèle, parce que… et bien, tu es encore à l'école et tu es mon patient alors…

- On va devoir attendre, dit Regulus. Ash m'a expliqué, tout à l'heure. Les risques que ça encourraient. »

Draco frissonna. Foutu manipulateur de Saint Potter. Forcément ! Il avait fourré son nez là-dedans. Pourquoi en était-il seulement étonné ?

« Et tu es prêt à attendre ? demanda-t-il en s'écartant légèrement, le regardant. Tu es prêt à traverser tout ça et à m'attendre ? »

Regulus hocha de la tête, les yeux brillants.

« Oui, j'attendrais, dit-il. Je suis désolé des ennuis que tu vas avoir… J'étais loin de me douter que…

- Ce n'est rien, le coupa Draco, caressant sa joue. Ne t'en fais pas pour ça. Dumbledore aura sûrement une solution. Ash aussi. Alors ne t'inquiète pas pour moi, d'accord. Ne t'occupe que de toi et de tes études. Et si tu as le moindre problème, si qui que ce soit tente encore de te faire du chantage, viens me trouver. Ou va trouver Ash si je ne peux t'aider. D'accord ? »

Regulus hocha de la tête. Il semblait presque planer alors que son corps s'appuyait contre celui de Draco. Ce dernier tentait vaguement d'ignorer les formes qu'il sentait contre lui, mais cela lui était très difficile. Pourtant, il savait qu'il devait être raisonnable et l'écarter de lui. Si Regulus était interrogé sous Veritaserum, qu'on lui demandait si Draco avait eu un geste déplacé envers lui, le garçon devait être capable de dire non. Alors, péniblement, il l'écarta de lui.

« Tant que tu ne seras pas majeur et diplômé, nous ne devrons jamais avoir de contact physique rapproché. »

Regulus hocha de la tête. Il aurait dû avoir l'air atterré ou horrifié, mais il souriait avec une joie débordante qui surprenait Draco.

« Je ne pensais pas que tu prendrais ça si facilement…, dit-il étonné.

- Et comment devrais-je le prendre, exactement ? Demanda Regulus. Tu dis que tu as des sentiments pour moi alors qu'hier encore, j'étais persuadé que je n'étais que du travail à tes yeux ! »

Draco eut un soupir en l'entendant et, sans pouvoir se retenir, l'attira de nouveau contre lui.

« Comment peux-tu penser ça ? dit-il. Sais-tu combien j'ai été bouleversé lorsque je t'ai vu être torturé par ses mangemorts à Pré-Au-Lard ? Combien j'ai été touché par tes larmes dans la cabane de Hagrid. Ne pense pas que tu n'es que mon travail car je crois que tu ne l'as jamais été. Bon sang, même ton petit air boudeur au tout début, même ta petite moue adorable du premier jour quand tu me regardais avec tant de haine… »

Regulus frémit contre lui et Draco savait pourquoi. Il n'avait pas pu s'en empêcher, il avait fallu qu'il utilise ce ton avec lui, celui-là même qu'il employait lorsqu'il voulait exciter la personne avec qui il était. Il avait fallu qu'il laisse ses mains passer sur le corps du garçon contre lui, qu'il le caresse, qu'il touche son dos, ses fesses.

« Oh Merlin, gémit Regulus en le sentant faire, ses propres mains se posant sur son corps. Pitié, arrête… »

Mais Draco ne voulait pas. Il avait eu envie de le toucher chaque fois qu'il l'avait vu, que ce soit quand il courait dans son mini-short devant lui le samedi, qu'il le croise dans un couloir ou pendant l'une de leur séance psychologique. Et il ne le pourrait pas avant un an. Un an, c'était si long. Trop long.

« Je déteste ce putain de destin, grogna-t-il dans la gorge de Regulus. Putain, je le hais vraiment ! »

Contre lui, Regulus approuva par un son à mi chemin entre le gémissement et la supplique.

« Drake, arrête ! cria soudain la voix de Ash, le dénommé se reculant brutalement de Regulus comme si une guêpe l'avait piqué. Tu ne sais donc pas être raisonnable ?

- Plus facile à dire qu'à faire, marmonna Draco en se tournant vers son ami qui était entré précipitamment, Severus derrière lui.

- Nous allons devoir discuter, dit Harry. Préparer un plan quelconque. Wilburga Black ne va pas laisser passer ça. Crois-moi ! Je connais ce genre de personne. Si Rosier écrit cette lettre – et il le fera, ne serait-ce que pour satisfaire Voldemort – nous allons devoir te défendre. Et il faut réunir beaucoup de monde pour préparer ça. Fixe. Lucius. Dumbledore aussi. Peut-être devrions-nous demander à Sirius de venir. Il pourra nous aider…

- Je peux aussi ! dit Regulus.

- Non, toi, il vaut mieux que tu ne sois pas trop en présence de Drake. Ne le prends pas mal, Regulus, mais votre proximité pendant l'année, vos rendez-vous du samedi et même les réunions en semaine vont nous porter préjudices à présent. Pour autant, il ne faudra surtout pas arrêter, car le faire éveillerait les soupçons. Tu es bien d'accord pour ne pas tenter quoi que ce soit avec Drake tant que tout ça ne sera pas terminé, n'est-ce pas ?

- Oui, répondit Regulus, une pointe de remord dans la voix.

- Ne t'inquiète pas, dit aussitôt Harry. Je déteste ça, mais mon nom va me servir à quelque chose, autre qu'à recevoir des milliers d'invitations à des banquets ridicules ! Je n'ai jamais été aussi content d'être adopté par Fixe. Drake, contacte Lucius, d'accord ?

- Faut-il vraiment faire cette réunion de crise ? demanda Draco. Rosier n'écrira pas sa lettre aujourd'hui…

- Mais il la fera, coupa Harry. Et je ne veux pas prendre de risque et te voir exclure. J'ai besoin de toi ici. Tes patients ont besoin de toi et je ne parle pas que de Regulus, mais de tous. Alors oui, il faut agir maintenant, se préparer tant qu'on le peut. Appelle Lucius. Severus, Regulus, retournez dans votre dortoir. Et ne vous inquiétez pas, Regulus. On s'occupe de tout. »

Le plus jeune n'eut d'autre choix que d'accepter et de se diriger vers la sortie, non sans avoir dit au revoir aux adultes. A ses côtés, Severus lança un regard impassible aux deux psychologues et sortit sans rien ajouter. Rester seuls, Harry et Draco soupirèrent.

« Je suppose que nous allons essuyer une véritable tempête, dit Draco en se passant une main dans les cheveux. Tu vois ? C'est pour çà que je ne voulais pas me rapprocher de lui…

- Merlin Draco, lui dit Harry en le fusillant du regard. Ce qui est fait est fait. A présent, nous allons devoir nous attaquer un peu à Rosier…

- Rosier ? Demanda Draco.

- Nous devons savoir s'il a écrit cette satanée lettre. S'il l'a déjà faite, ce sera trop tard. Mais dans le cas contraire, nous pourrions tenter de l'en dissuader… »

Draco eut une moue sceptique mais approuva. C'était le mieux qu'il puisse faire pour empêcher le monde magique de regarder vers eux avec hostilité.

oOo

Coincer Rosier avait été très facile. Un petit oiseau innocent avait simplement renversé son jus de citrouille au souper. Et alors que le jeune homme pestait et sortait de la grande salle, il n'eut pas le temps de réaliser qu'il était paralysé de la tête aux pieds et emmené dans une salle vide. Personne n'avait rien vu ni entendu. Et le gentil petit rouge-gorge était sorti de Poudlard pour rentrer dans la salle plus si vide par la fenêtre. Harry avait pris la liberté d'installer Rosier sur une chaise et de le ligoter. Là, à l'aide de plusieurs sorts qui le répugnaient, il l'avait envouté suffisamment pour l'empêcher de reconnaître les personnes qui lui parleraient et pour oublier aussitôt son expérience inédite.

« Et donc, disait Harry d'une voix polaire. Qu'en est-il de cette lettre que vous désirez envoyer à Madame Black ?

- Déjà envoyée, répondit Rosier d'une voix atone. Je l'avais envoyée bien avant de faire chanter le petit Black… »

Draco fronça les sourcils. Le bâtard !

« Pourquoi ? demanda-t-il.

- Le maître a dit de le faire. Ça va causer des problèmes aux psys… Et il veut les distraire.

- Pourquoi ? » demanda Harry.

Mais seul un rire lui répondit. Bien sûr, Rosier n'en savait rien. Wilburga Black avait reçu la lettre depuis trois jours. Son manque de réactivité était surprenant, cependant. Mais il savait qu'elle devait juste rassembler ses forces. Peut-être voulait-elle juste confronter son fils avant tout.

Ils prirent le soin de se désillusionner avant de libérer Rosier de tous les charmes qui l'entravaient. Le garçon parut stupéfait de se retrouver dans une salle dans laquelle il ne se souvenait pas d'être entrer. Mais il parut comprendre que quelqu'un était responsable de ça, eut un air furieux et quitta la pièce rapidement. Ni Harry ni Draco n'eurent de culpabilité pour lui. Il serait un ennemi puissant. Preuve en était la marque qu'il avait déjà sur le bras et qu'Harry avait découverte avant l'arrivée de Draco.

« C'est dimanche, dit Harry. Lucius et Albus seront disponibles. Allons-y. »

Draco approuva.

La réunion fut une succession d'expression de stupeur, de la part des deux hommes. Lucius ignorait que son fils était attiré par les hommes, bien que Draco lui ait avoué qu'il appréciait en vérité les deux sexes.

« J'ai juste… une forte attirance pour Regulus actuellement. »

Il tentait de diminuer l'intensité de son attraction pour le jeune Serpentard et Harry leva les yeux au ciel.

« Une simple attirance ne nous pousserait pas à être ici, dit Harry. Qu'importe le prétendu manque de sentiment de Draco, Regulus est gay et amoureux de lui. Et Rosier en a informé Wilburga Black. Et même si elle n'a pas encore agi, je sais qu'elle le fera. Donc… je vous ai réuni car nous devons dès à présent nous préparer. Lucius, il va vous falloir reconnaître officiellement Draco comme votre frère. Même bâtard, s'en prendre à un Malfoy reconnu est encore synonyme de suicide social pour beaucoup d'employés du Ministère et cela, même parmi les plus élevés. Votre soutien en plus du mien, notre assurance des bonnes mœurs de Draco devrait étouffer toute idée de licenciement. Quant à vous, Albus… Et bien, vous êtes le directeur de cette école et donc… il vaut mieux que vous nous appuyez.

- Je ne comptais pas agir autrement, lui dit le directeur. Mais tant que Wilburga Black n'a pas bougé, nous ne pouvons rien faire.

- Peut-être pourrions-nous l'empêcher de le faire ? proposa Lucius. Si je reconnais Draco comme mon frère tout de suite, cela sera peut-être efficace. Les Black me respectent, respectent ma famille, du fait de mon mariage avec Narcissa. »

Ils y réfléchirent un long moment. Wilburga Black pouvait se sentir incapable d'attaquer la noble famille Malfoy, surtout si l'homme qu'elle désirait attaquer pour détournement de mineur était appuyé par le descendant légitime des Sadrah.

« Je pense que Lucius a raison, dit Dumbledore. Peut-être même la famille Malfoy pourrait-elle faire pression sur elle pour l'empêcher d'attenter toute action et toute vengeance envers son fils. Homosexualité ou non, être affilié à votre famille est un bonus.

- Pas quand on perd la dernière possibilité d'engendrer un ultime descendant…

- Wilburga n'est pas vraiment tant attachée au nom Black, intervint Lucius. La renommée de Regulus, en tant que compagnon de mon frère, lui sera plus intéressante. Et puis il y a Sirius…

- Qu'elle considère comme mort, répliqua Harry. Je doute fort qu'il soit une échappatoire possible. Non, je pense qu'Albus a raison, il faut reconnaître Draco et persuader Wilburga de ne pas agir.

- Alors faisons ainsi, dit Albus. Lucius, il est temps d'entamer la procédure d'adoption de Draco. Quant à toi, Harry… Une petite visite à Madame Black ne serait pas de trop. »

Le jeune homme hocha de la tête, le cœur serré. Il allait devoir jouer finement pour convaincre cette vieille folle que son fils serait mieux avec Draco qu'avec toute autre personne.

oOo

Lucius rendit visite au ministère le lendemain, un lundi de début avril. Et rapidement, la nouvelle se propagea, malgré la fausse demande de discrétion du jeune dirigeant de la famille Malfoy. Et le lendemain, le mardi, le scandale éclatait dans la gazette du sorcier :

« Drake Manfred, fils bâtard d'Abraxas Malfoy »

La nouvelle était en première page de toutes les gazettes sorcières, qu'importe le magazine. Dans la grande salle, quand Draco entra, tout le monde s'était tu et l'avait regardé. Et c'est dans un silence de plomb qu'ils entendirent tous le soupire résolu de Draco alors que Harry enroulait un bras autour du sien.

« Ils s'y feront, dit Harry d'une voix parfaitement audible. Et tu verras, on s'habitue à être dévisagé par tout le monde… »

Les élèves comprirent le reproche et firent semblant de s'intéresser à autre chose. Mais la pierre était lancée dans le lac et les ondes eurent tôt fait de les atteindre. Cela commença par une invasion de question pendant leur séance, par l'arrivée en fanfare de James, Sirius, Remus, Regulus et Severus dans leur bureau pendant l'heure du dîner. Harry avait été amusé de les voir tous débarquer. D'abord les trois Gryffondors, ensuite les deux Serpentard. Tous s'étaient lancé des regards à la dérobée, hésitant quant à leur comportement… Jusqu'à ce que finalement, la curiosité l'emporte sur la haine.

« Fils d'Abraxas Malfoy ? dit Severus à Draco. Vraiment ?

- Plus vrai que jamais, répondit Draco d'un air usé. Cette révélation était nécessaire… »

Il regarda Regulus de façon suffisamment appuyée pour être parfaitement compris par les personnes présentes dans la pièce.

« Ma mère n'osera pas vous attaquer, intervint soudainement Sirius, les faisant sursauter. Hem… Reg m'a raconté pour votre discussion de samedi. »

Il était un peu gêné et semblait ne pas vouloir regarder Draco réellement. Sans doute imaginait-il un peu trop la future relation de Draco et Regulus.

« Avec une telle affiliation, elle hésitera avant de porter un coup, à moins qu'elle n'ait une dent contre la famille Malfoy. Mais je sais qu'elle les respecte beaucoup. Bref. Elle va surtout vouloir s'en prendre à Reg, mais comme il va venir vivre avec moi...

- C'est décidé ? intervint Harry, attirant l'attention sur lui.

- Oui, dit Sirius. Je pensais me prendre une petite maison à Pré-Au-Lard. J'ai assez d'argent pour ça, vu que ma mère a eu l'immensément bonne idée de m'ouvrir un compte à ma naissance et de le pourvoir en argent chaque année depuis. Enfin, elle a arrêté quand j'ai eu 16 ans, vu que j'ai fugué, mais… Elle l'a fait quand même. Et pour Regulus aussi. Donc, on a de quoi vivre facilement. »

Harry hocha de la tête, rassuré. Il faudrait quand même qu'il aille visualiser les protections de la future maison, au cas où quelqu'un voudrait s'en prendre à son futur parrain.

« Bon, dit-il. D'autres questions tant qu'on y est ou vous désirez juste manger en notre compagnie ? demanda-t-il, taquin.

- Pourquoi ne pas faire les deux ? » proposa Severus, rusé.

Harry se résolut face à son air motivé et appela un Dobby ravi de servir autant de monde. Harry dut invoquer plusieurs petites tables et chaises et il en fit apparaître une de plus lorsque Lily vint frapper à la porte avec une moue agacée.

« Je savais qu'ils auraient la stupide idée de venir ici en premier lieu, dit-elle en levant les yeux.

- Mangerez-vous avec nous ? demanda Harry, une de ses mains croisant les doigts dans une poche de sa robe.

- Et bien… oui », répondit la jeune fille en entrant.

Harry la laissa donc entrer et la regarda aller s'asseoir à côté de James. De l'autre côté de la table, l'air contrarié de Severus ne lui échappa pas. Pour autant, Harry ne put contenir le sentiment de bonheur qu'il ressentait. Toutes les personnes qu'il appréciait étaient réunies autour de la même table. Il ne pensait pas voir ça avant des années au moins ! Pour autant, il s'empressa d'aller s'installer aux côtés de son ancien professeur, passant une main discrète mais consolatrice dans son dos. Le garçon se tendit puis lui lança un regard reconnaissant, son corps se relâchant légèrement tandis qu'il recommençait à se chamailler avec un Sirius un peu trop indiscret envers son pauvre frère mortifié. Harry échangea un regard presque ravi avec un Draco levant les yeux au ciel. Ce dernier savait parfaitement que Harry savourait chaque seconde de ce repas, aussi bruyant soit-il. Cela devait sans doute être le rêve le plus insensé de ce petit rêveur de Harry Potter. Pourtant, il ne fit aucun commentaire et se contenta de sourire. Ne restait plus qu'à convaincre Wilburga Black de ne rien tenter et de juste accepter. Mais il avait le pressentiment que rien ne serait plus difficile.

A suivre…

En honneur à mon tendre chien mort il y a déjà trois semaines… Je vous dis à dans un mois (j'espère) mes petits chiots !

Pour les Revs, ce sera soit ce week-end, soit plic ploc pendant la semaine si j'ai le courage après le boulot ! Bisous à tous !