Posté le : 12 Mai 2012. Yes, I know... Surprise !


Note : Alors, alors, du temps s'est écoulé sous les ponts depuis la publication du premier chapitre de cette histoire. Une suite a été écrite (cf. ROCKRITIC II), j'ai rédigé des bonus ci et là. Mais, il me manquait quelque chose... J'ai toujours été attirée par les jeunes années de ROCKRITIC et plus particulièrement son enfance. Comment est-il devenu lui ? Quelles ont été ses influences ? Ses amis ? Tout. Dernièrement, j'ai effectué un sondage sur ma page Facebook (« The Baba O'Riley » que vous pouvez rejoindre) et les lecteurs ont massivement choisis comme histoire préférée ROCKRITIC – même si Baba O'Riley n'était pas loin. En 24H j'ai eu plus de 18 votants. De fait, je leur ai promis 18 000 mots pour ce bonus. Ils ont également choisis de diviser ce bonus en deux parties. Je vous présente donc la première en espérant que cela vous plaise plus que tout. Vous aurez aussi remarqué que j'ai changé de pseudo, passant de Dairy's Scribenpenne pour D. Would. Vous pouvez m'appeler D, Would, ou continuer à dire Dairy. Ça ne me dérange pas. Je voulais aussi dire que j'avais un autre UA en route « La Perfidie des Petites Choses » et une fic post-T7 du nom de « Gaslight » (ouais, je fais ma promo, and so what?). Autre bidule à dire : Prochainemment, j'effectuerais un envoie PDF (gratuit, of course) de cette fanfiction dans son intégralité. Vous pourrez me la demander sur ma page Facebook, où bientôt le partage de fichier en groupe sera autorisé. Donc, autre raison valable pour rejoindre la secte addictive. Je tenais à remercier les lecteur ayant lu, ajouté en favoris ou commenté cette histoire depuis son achèvement. C'est aussi une opportunité pour vous de la faire revivre quelques minutes et, peut-être, séduire de nouveaux lecteurs. Je vous bombarde de pages écrites pour ce week-end ensoleillé. N'oubliez pas de rendre le mien merveilleux en déposant un petit commentaire pour m'encourager à écrire cette suite. Je tenais à remercier la correctrice de ce chapitre, SamaireLabiche. Merci ma belle et j'espère qu'on vivra assez vieilles pour connaître des livreurs de sushis en moto volante.

D. Would.

post-scriptum : Vous avez intérêt à vous régaler.


Playlist : 01. Forever Young – Bob Dylan. 02. Undenied – Portishead. 03. For Today I'm a Boy – Anthony and The Johnsons. 04. Birds In Strom – AaRON.05. Little Girls – Lana Del Rey. 06. Spring – Tracy Chapman. 07. Summertime – Selah Sue.


Mot de la bêta :Cette première partie du bonus était plus qu'attendue, et on n'est pas déçu une seconde. Déjà enfant, on retrouve le futur ROCKRITIC qu'on aime tant. Merci D., encore une fois, d'avoir créé ce personnage.


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''Enfin bref, j'ai eu le droit à tout. J'étais fils unique, pourri gâté. Quand je faisais une bêtise c'était parce que j'étais trop gesticulant. Quand je cassais un objet c'était à cause de ma maladresse. Quand je foutais le feu à un meuble c'était ma curiosité maladive. Quand je criais c'était parce que j'avais un caractère bien trempé. Quand je m'amusais à avaler des cachets c'était à cause de mon goût du risque. Quand on me surprenait en plein plan cul c'était parce que j'aimais les expériences nouvelles. Quand on trouvait de la cocaïne dans mon oreiller c'était à cause de mes mauvaises fréquentations. Quand on me retrouvait à l'hôpital après une bagarre qui avait mal tournée c'était à cause de ces stupides voyous du centre-ville. Quand je ratais mes examens c'était à cause de Pansy Parkinson. Tu vois Albus, on m'a toujours tout pardonné, à tort et à travers. J'avais toujours le dernier mot sans même ouvrir la bouche. On ne m'a jamais foutu de raclé, on ne m'a jamais dit ce qu'était le bien ou le mal, on ne m'a jamais dit que je n'avais pas le droit de. On ne m'a pas inculqué le respect. J'ai dû apprendre ça tout seul.'' (Draco Malfoy, in. ROCKRITIC, Chapitre 18 « Faide et Freud »)


''Ton... père - faute d'un autre terme - a cumulé les mauvais choix dans sa vie, poursuit Lucius. Il n'est pas gérable. Parfois, le soir, j'avais envie d'aller dans sa chambre et de l'étouffer avec un oreiller juste pour qu'il se taise. Oui, ne sois pas choqué. J'ai plusieurs fois envisagé le meurtre. Et puis, la prison est moins pénible que ton père. Crois-moi. Mais c'était ma chair, mon sang... Je ne pouvais pas lui faire de mal. Je lui laissais encore plus de marge pour qu'il aille s'amuser de son propre chef. On trouvait des médicaments sous son matelas, des herbes étranges. Il revenait dans un état déplorable de soirée. Parfois même sans ses vêtements... Il nous a mené la vie dure, sa mère et moi. Il nous faisait perdre des cheveux. On voulait l'emmener chez un psy. Mais rien à faire. Monsieur se vengeait. Il nous crachait à la figure. Un vrai cadeau tombé du ciel.'' (Lucius Malfoy à propos de Draco, in. ROCKRITIC II, Chapitre 3 « Cinderella is Hooking »)


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Préquelle de ROCKRITIC

(y. 7 18)

young

« Ce jour où l'on découvre que l'on n'est pas aimé de tout le monde. Qu'on ne le sera jamais, quelques efforts que l'on déploie, et même qu'on répugnera à certaines personnes. Qu'elles nous vomiront. »

Gilles Leroy, in. Grandir

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Des pas pressés et des murmures se firent entendre dans le vaste couloir menant au majestueux living-room.

Sur les murs de celui-ci se trouvaient d'innombrables photographies d'un petit garçon aux traits parfaits – le cheveu blond et le regard gris vif, rempli d'intelligence. Les portraits semblaient si vivants que le docteur Hans, spécialiste en pédopsychiatrie, eu l'impression qu'ils le suivaient du regard. C'était plus que déstabilisant, comme des dizaines de Joconde tournant les yeux au moindre mouvement.

Devant lui, la maîtresse de maison relevait les longs pans de sa robe prune et montait les escaliers en courbe avec délicatesse mais d'un air toutefois décidé. Le docteur Hans posa sa main sur la rambarde et leva le nez en l'air.

Au plafond était peinte une toile spectaculaire bordée de dorures. Une scène de la mythologie y était représentée : Zeus métamorphosé en taureau blanc et enlevant la belle Europe. La qualité de réalisation était extraordinaire.

Subjugué, le docteur eut un air béat et appréciateur. Le plafond en coupole était soutenu par douze colonnes dont les bases avaient été sculptées avec des motifs différents selon l'Olympien qui l'occupait. Un puits de lumière tombait exactement au centre d'un cadran solaire réalisé avec du marbre et de la mosaïque topaze, bleu-vert et cyan.

– C'est un petit garçon très spécial.

Sortant de sa contemplation muette, le docteur Hans répondit à la jeune femme :

– Oui, c'est pour ça que je suis ici. Votre mari m'en a longuement parlé au téléphone hier soir.

– Une conversation au téléphone ne suffirait pas pour tout dire en ce qui concerne le cas Draco, répondit-elle en prenant l'aile gauche après les escaliers. Ma sœur croit qu'il est dérangé. Il... Il est fort probable que durant l'accouchement il ait manqué d'oxygène.

Elle sembla tout à coup inquiète et fronça les sourcils d'un air soucieux. Mr Hans déambula à ses côtés et Narcissa Malfoy évoqua pudiquement les complications lors de la naissance de son fils unique et des décisions radicales qu'avait prises le médecin pour le sauver.

– Ne vous en faites pas, Madame Malfoy. Votre fils est en bonne santé. Il traverse juste une petite crise infantile et je suis là pour tout remettre en ordre. J'ai connu beaucoup d'enfants dans son genre. Il est dans cette phase de transition où il se pose de vrais questions sur le monde et... et abuse peut-être – de temps à autre – de sa clairvoyance.

Narcissa Malfoy eut un petit rire franc.

– Draco n'est pas clairvoyant. Il est un peu perfide. Enfin, vous verrez.

Elle ouvrit une grande porte ornée de boiseries anciennes.

À l'intérieur, une chambre d'enfant dans un désordre monstrueux. Le grand lit à baldaquin trônait au milieu de la pièce et un de ses voiles bleu-ciel avait été arraché, puis enroulé autour d'une gigantesque peluche éventrée.

Des soldats de plomb étaient répandus au sol par millier et le docteur Hans dû plusieurs fois prendre garde où il mettait les pieds. Il fut toutefois étonné de voir que zigzaguait dans la pièce un parcours de dominos, alignés d'une précision de géomètre.

Sur le lit était posé un grand camion rouge de pompier calciné... Il n'eut cependant pas le temps de détailler les lieux que Mrs Malfoy dit :

– Je vous laisse ici. Il vaudrait mieux.

Le pédopsychiatre acquiesça et elle ferma doucement la porte derrière lui. Subitement, les dominos se mirent à tomber un à un et un petit garçon apparut d'un coin sombre de la pièce. Le docteur ne pu s'empêcher de sursauter mais reprit bien vite contenance.

Le petit garçon – celui des portraits – s'assit à même le sol, parmi ses jouets, sans le quitter des yeux.

– Alors c'est vous le nouveau médecin pour ma tête ?

– Euh, oui. Tu es Draco, c'est bien ça ?

– Draco c'est comment eux m'appellent. Mais mon vrai nom, c'est Tom.

Le pédopsychiatre arqua un sourcil mais ne s'en étonna pas. Il n'était pas rare dans sa profession d'avoir à faire à des dédoublements de la personnalité surtout quand les enfants avaient dû mal à s'inscrire dans un cadre.

– D'accord, Tom. Je peux m'assoir ?

– Oui.

Le docteur Hans prit une chaise et s'apprêta à y poser son postérieur :

– J'ai dit que vous aviez le droit de vous assoir. Je n'ai pas précisé où. Et je ne pensais pas à ce fauteuil, ajouta sournoisement Draco. Là, ça sera parfait.

Il désignait une petite chaise inconfortable dont le siège en velours avait disparu. Le thérapeute remarqua alors que Draco était assis dessus, un sourire victorieux sur les lèvres.

– Pourrais-je avoir le siège ?

– Non.

– Pourquoi ?

– Parce que mes parents vous payent suffisamment pour rester debout. Mais si vous tenez à vous assoir, je ne suis pas contre.

– Je resterai debout, alors.

– Qu'est-ce qu'on vous a déjà dit sur moi ? s'inquiéta-t-il.

– C'est moi qui poserai les questions à partir de maintenant, d'accord ?

– Pourquoi ?

– Parce que c'est comme ça.

– Pourquoi ?

– Parce qu'il faut que je te soigne.

– Pourquoi ?

– Pour que tu grandisses un peu.

– Pourquoi ?

Lassé, le docteur Hans poussa un soupir. Draco mit son doigt dans son nez et regarda par la fenêtre d'un air complètement fasciné.

– Tu as l'habitude de répondre aux questions par des questions, n'est-ce pas ?

– Et c'est un problème ?

Draco prit un ourson en peluche dans ses bras puis le posa à ses côtés, le trempant dans un liquide visqueux que le docteur Hans ne voulut identifier.

– Présente-moi un peu ton univers.

– Oh, bah ça c'est ma chambre mais le soir, j'ai plus l'impression que c'est une prison. Mes jouets préférés sont ici, dit-il en indiquant ceux se trouvant à ses pieds. Même si je les aime beaucoup, je préfère être dehors. Par contre, Maman me l'interdit depuis que Pansy a failli avoir un accident.

– Un accident ?

– On jouait aux pirates. C'était la perdante. Je l'avais capturée. Donc je lui avais attaché les mains avec une corde. Ensuite, je lui ai dit que les perdants devaient prononcer leurs derniers remords avant d'être livrés aux requins. Mais elle a dit n'avoir rien fait de mal.

Draco pris le ton de la confidence, murmurant juste :

– C'était une menteuse. Alors, reprit-il d'un ton plus joyeux, je l'ai jetée à l'eau.

– Tu as jeté... Pansy... dans l'eau ?

– Oui. Il y a un petit lac dans le jardin.

Abasourdi, le pédopsychiatre regardait Draco avec de grands yeux.

– Tu l'as jetée à l'eau et elle avait les mains attachées ?

– On jouait, dit-il en un haussement d'épaules. Et puis, je suis un sorcier alors si elle avait été en difficulté, je l'aurais sorti de là d'un coup de baguette magique. Vous voulez voir ma baguette ? Je sais faire des trucs très cool. Rien de bien poussé, c'est sûr, mais je m'impose doucement dans le milieu. Hier soir, j'ai réussi à crever l'oeil d'un dragon.

– Et Pansy s'en est sortie ?

Draco ne semblait pas très heureux que le médecin ne s'attarde pas trop sur ses capacités paranormales et arbora un air boudeur.

– Plus ou moins, grogna-t-il. Maman a sauté dans l'eau toute habillée pour la sortir de là. C'était très drôle. Puis quand elle m'a vu rire, elle m'a giflé.

– Et toi, tu en as pensé quoi ?

– Que si c'était moi qui étais tombé dans l'eau, Maman aussi aurait certainement rigolé.

Mr Hans s'apprêtait à dire quelque chose, mais se ravisa.

– Tu es toujours ami avec Pansy ?

– Elle veut se marier avec moi, plus tard, ajouta Draco comme si cela éludait le mystère.

– Pansy venait souvent chez toi, n'est-ce pas ? Ton père m'a dit au téléphone que depuis, plus aucun parent ne voulait emmener son enfant ici.

– Ils pensent tous que je suis un fou dangereux ! se révolta le petit garçon.

– Tu te sens incompris ?

Il hocha de la tête.

– Dites docteur, vous pensez réellement que j'ai une maladie ? prononça-t-il d'une toute petite voix. Je veux dire... je suis né comme ça, alors je ne sais pas ce que ça fait d'être... normal. Papa dit que quand je serai guéri, on pourra faire plus de choses ensemble. Il a peur de me présenter à ses amis et que je dise des bêtises... ou que je fasse des choses bizarres.

– Quel genre de choses ?

Draco haussa des épaules.

– Des choses. Elles sont toujours très différentes. C'est... C'est comme si tout à coup vous aviez envie de le faire et que rien ne peut vous arrêter.

– Et tu sais que c'est mal ?

– Parfois oui, mais la plupart du temps, je ne sais pas.

– Tu ne sais pas faire la différence entre le bien et le mal ?

Le jeune patient le regarda longuement et formula :

– Est-ce que c'est mal de forcer un enfant à raconter ses pires secrets à un inconnu ?

– Pas si c'est pour le guérir.

– Et si c'est juste pour les raconter ensuite à ses parents ?

Le pédopsychiatre sembla tout à coup mal à l'aise. Il s'assit en tailleur face à lui et dit :

– Je ne raconterai rien de ce que tu me diras, Draco.

– Tom.

– Oui, Tom.

– Promettez-le. Crachez dans votre main.

Le docteur Hans arqua un sourcil.

– Et en quoi cracher dans ma main prouvera que...

– Faites-le.

Le pédopsychiatre s'exécuta.

– Il n'y en a pas assez, jugea Draco d'un air déçu. Encore.

Il cracha à nouveau.

– Satisfait ?

– Pansy avait fait terriblement mieux. Et c'est une fille, articula Draco d'un ton dédaigneux.

– Qu'est-ce que ça veut dire ?

– C'est vous le médecin ici, pas moi.

– On peut parler de ta relation avec Pansy un peu plus longuement ?

– Si vous trouvez ça amusant, je veux bien jouer à ce jeu.

– Depuis combien de temps connais-tu Pansy ?

– Depuis tout bébé.

– Tu l'aimes bien ?

– Mmh, ça va. Elle est un peu chiante parfois, quand elle veut faire ses trucs de filles. Mais elle aime bien être sous mes ordres. Elle fait tout ce que je lui dis.

– Tout ?

– Oui, tout. Je lui dis : « Pansy, je vais essayer de sauter par la fenêtre. Quand je serai en bas, tu diras que c'est toi qui m'as poussé » et elle le fait. Sa mère lui a donné de magnifiques fessées pendant que la mienne se précipitait vers moi pour voir si je n'avais pas trop de bobos.

– Tu aimes faire punir Pansy à ta place ?

– Bah oui, dit-il sur le ton de l'évidence. Sinon ça sert à quoi d'avoir des amis ?

Le thérapeute marqua un court silence et nota que Draco nageait dans le même liquide poisseux que tout à l'heure.

– Qu'est-ce que c'est ?

– Une potion magique. Une onction pour mes jouets et moi.

Draco s'en mis tout de suite sur les jambes et sur son pull.

– Vous ne faites pas d'onction, vous ?

– Non.

– Il paraît que c'est bon pour la santé.

Des coups discrets furent toqués à la porte. Narcissa Malfoy arriva avec un plateau de thé et de gâteaux qu'elle tenta tant bien que mal de déposer sur la table à dessins de Draco, recouverte de pots de peinture. Le docteur Hans sauta sur ses jambes pour l'aider et débarrassa le meuble.

– Alors, ça va pour l'instant ? murmura la jeune maman.

– Eh bien, c'est vraiment un curieux petit garçon. Il...

Le pédopsychiatre n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'une espèce de ronflement survint dans la pièce. Les deux adultes firent volte-face.

Draco tenait un paquet d'allumettes dans la main, la silhouette nimbée de flammes.

Sa mère poussa un cri strident tandis que le médecin prenait la couverture du lit afin d'étouffer le feu qui montait par salve. Narcissa éteignit les dernières flammèches à l'aide de son jupon. Les cheveux de Draco, en partie brûlés, sentaient le roussi. Des larmes parcourraient les joues de sa mère, prise de hoquets incontrôlables. Un tendre sourire s'étira sur le visage angélique de Draco, étendu, les bras en croix, parmi ses jouets calcinés.

– Tu as vu maman, je suis un vrai magicien. Je sais faire apparaître le feu de nulle part.

– Appelez une ambulance, s'il vous plaît, dit celle-ci au médecin d'une voix étrangement distante.

Il se leva et en s'éloignant il l'entendit pleurer à l'oreille de son petit garçon :

– Tout va bien mon chéri, on va te soigner... on va te soigner...

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Draco était sorti de l'hôpital quelques jours plus tard, des bandages aux bras et aux jambes. Plus de peur que de mal. Ses diverses couches de vêtements et la rapidité d'intervention de sa mère et du docteur Hans l'avaient sauvé.

Toutefois, cet épisode mettait en lumière le problème préoccupant qu'il était devenu.

Son père était dans le grand salon, faisant les cent pas alors que Mr Hans et un autre spécialiste de la pédopsychiatrie lui déballaient leur verdict sans appel. Sa femme les écoutait, distante et à la fois terriblement préoccupée.

– Lucius, dit-elle, tu... tu crois qu'on devrait l'interner ?

– Il est encore un peu trop petit pour ça. Et si en l'internant, ça devenait encore pire qu'avant ?

– On ne serait pas à l'abri, répondit calmement le docteur Hans. Mais il faudrait essayer de l'entourer de spécialistes. Est-ce qu'il... qu'il y aurait des tares dans vos familles ? Des pathologies survenues chez vos aïeux qui pourraient ressortir...

Lucius et Narcissa échangèrent un regard éloquent.

– Pas à nos souvenirs. Et nous sommes parfaitement normaux ma femme et moi.

– Loin de là mon envie de vous rendre mal à l'aise, mais c'est important dans ces cas là de... de revoir ensemble votre arbre généalogique. On pourrait y comprendre de nombreuses choses et mieux cibler les problèmes concernant votre enfant.

– Draco est juste un enfant original, banalisa tout à coup son père. Je suis certain que ça ira mieux avec le temps. Il finira par s'adoucir.

– Et si ce n'est pas le cas ? émit le second pédopsychiatre. Et s'il développait d'autres problèmes en grandissant ? Votre fils n'a que sept ans pour l'instant. Mais quand il en aura le double, il sera en pleine crise d'adolescence. S'il n'est pas guéri ou contrôlé d'ici là, il sera beaucoup plus difficile d'intervenir. Il pourra être violent et beaucoup plus imprévisible. Certains patients font aussi des fugues et ont une fâcheuse tendance à s'attirer des ennuis. Si vous ne mettez pas du votre dans l'affaire, on n'avancera pas. Alors si vous savez qu'il y a des pathologies qui traînent dans votre famille, il serait temps de nous le dire.

Lucius Malfoy regarda le bois se consumer dans la cheminée, le coude appuyé sur le manteau en marbre.

– Mon oncle était alcoolique. Mon père Abraxas aussi. Ils étaient tous les deux très violents.

– Ma mère, souffla Narcissa, Drusilla, était devenue... dépressive... et... enfin, elle était accro aux médicaments. On ne savait pas si ses hallucinations étaient dues aux effets secondaires ou à quelque chose de plus inquiétant. À la fin de sa vie, elle était devenue légèrement schizophrène. Et son frère Alfard – dont on ne parlait jamais à la maison – était un fugueur professionnel. Il parlait d'un syndrome de Peter Pan, ou quelque chose dans ce goût là, finit-elle avec moquerie.

– Narcissa et moi nous avons aussi un grand-oncle commun. Mais, rien de très proche, hein, ajouta précipitamment Lucius. Il était un peu fêlé, je dois dire. Il croyait être invisible. À part ça, il était incroyablement riche.

– J-Je vois, balbutia le docteur Hans en griffonnant quelque chose sur un bloc-notes. Je pense que pour l'instant, nous allons mettre votre fils sous calmants avant d'élaborer un plan de sauvetage, dirons-nous. Je vais en discuter avec mes confrères et nous vous convoquerons prochainement à la clinique.

Il rédigea rapidement une ordonnance.

– Demandez ça à la pharmacie et écrasez les comprimés dans les aliments qu'il préfère. Un tous les jours. Il devrait se calmer.

– C'est... sans danger ? demanda Narcissa en prenant rapidement le feuillet. Vous en êtes sûr ?

– Il dormira juste un peu plus longtemps.

Lucius Malfoy s'étira.

– Eh bien, ça faisait longtemps qu'on n'avait pas fait la grasse matinée, ici. Ce sera tout ?

– Oui, je pense, ajouta le second médecin. N'oubliez pas de lui administrer ses doses. Si un jour vous en venez à oublier, la rechute pourrait être difficile. Dans ce cas-là, amenez-le tout de suite au centre.

– Vous pensez que Draco ne se doutera de rien ? interrogea la jeune mère. Draco est très malin pour son âge, vous savez.

– Mais pas malin au point de berner des médecins.

Les deux hommes finirent par s'en aller, et Lucius Malfoy les accompagna.

– Je vais de suite à la pharmacie, lança-t-il avec entrain.

Il embrassa sa femme et disparut.

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Les jours suivants l'achat du traitement, Narcissa eut beaucoup de scrupules à l'utiliser pour – contre ? - son fils. En milieu de semaine, cédant à la pression de son mari, elle finit par écraser la gélule dans une généreuse part de gâteau au chocolat et se rendit dans la chambre de son fils, plus en désordre que jamais.

Draco était enseveli sous ses jouets, un slip de bain sur la tête, des touffes de cheveux blonds s'échappant de part et autre. Lorsqu'elle entra dans la pièce, il l'observa depuis une longue-vue qu'il tenait à l'envers. Elle posa l'assiette à même le sol, lui souhaita un bon goûter et referma la porte derrière elle, la main sur le cœur et la respiration lourde.

Pour ne pas éveiller les soupçons de son fils unique, elle descendit bruyamment les escaliers sur ses petits talons et attendit. Devait-il forcément se passer quelque chose ? La notice avait-elle été bien claire quant aux effets secondaires ? Serait-il soudainement pris de somnolence ?

– Alors ? argua Lucius en jetant un coup d'oeil en haut des escaliers. Il l'a mangé ?

– Je l'ai déposé et je suis partie.

– On n'a plus qu'à attendre, alors.

– Lucius, et si c'était dangereux ? Et si les médecins ne nous disaient pas tout ?

Le père de famille haussa vaguement des épaules et repartit sans un mot dans son bureau.

Quelques minutes plus tard, Draco était allongé, les bras en croix, dans sa chambre, le visage barbouillé de chocolat. Il dormait paisiblement et semblait faire un rêve particulièrement agréable.

Sa mère le porta jusque dans son lit et rabattit la couverture au niveau de son nombril. Il semblait si calme, que s'il n'avait pas eu un sous-vêtement en guise de couvre-chef, les cheveux désordonné, et le visage sale, il aurait pu ressembler au fils idéal. Elle le regarda longuement alors que son mari arrivait à ses côtés.

– Il dort ?

– Comme un ange. Je crois que les médicaments sont plutôt forts. Ou peut-être que c'est lui qui réagit comme ça puisque c'est la première fois. Tu te rends compte que nous sommes en train de le droguer ?

Lucius s'assit au bord du lit, l'air épuisé.

– Moi aussi je regrette d'en arriver là pour le calmer. Je veux dire... s'il ne faisait de mal ni à lui, ni aux autres, je l'aurais laissé avec ses... excentricités. Mais on devait faire quelque chose. On devait le... canaliser. Tu as entendu les médecins ? Il vaut mieux s'y prendre trop tôt plutôt que trop tard.

Narcissa acquiesça sombrement.

– En attendant, dit-elle, j'imagine que tu ne veux pas d'autre enfant.

– On a déjà bien assez de mal avec celui-là. Et puis, on en a déjà parlé des dizaines de fois. On ne sait pas comment réagirait Draco s'il avait un petit frère ou une petite sœur. Et s'il s'en prenait à son cadet ? Et s'il se livrait une nouvelle fois à un de ses jeux dangereux comme avec Pansy ? On ne pourra pas toujours tout surveiller.

– Mais moi, renifla Narcissa, je le veux ce deuxième enfant. On s'était dit, depuis le début, qu'on en voulait deux. Alors...

Lucius passa sa main en bas de son dos.

– Peut-être quand il ira mieux. En attendant, focalisons-nous d'abord sur lui.

Narcissa essuya ses quelques larmes et s'excusa inutilement. Elle se leva et quitta la pièce, sous le bras de son époux.

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Les quatre mois suivants furent d'un calme sans précédent.

Draco se réveillait aux alentours de onze heures, puis prenait ses médicaments dissouts dans son brunch, essayait de jouer avec de maigres forces, puis s'endormait aussitôt pour une longue sieste. Groggy, il était rare qu'il parvienne à formuler des propos cohérents.

Il était si calme que ses parents furent d'accord pour l'emmener dans un parc au contact d'autres enfants, ou encore dans des réceptions mondaines.

Draco passait le plus clair de son temps à balbutier des inepties attendrissantes, suspendu au bras de son père, ou somnolant contre la cuisse de sa mère. Les Malfoy étaient fiers d'avoir trouvé un remède imparable et disaient à qui voulaient l'entendre que leur fils avait été diagnostiqué hyperactif quelques temps auparavant et pris en charge par une armada de médecins plus que compétents.

– Maman, j'ai sommeil, grogna Draco en tirant sur la manche de son pull en cachemire.

Narcissa tapota gentiment sur le sommet de son crâne et continua sa conversation avec ses amies tout en buvant son thé au ginseng. Son fils s'éloigna en traînant des pieds. Ils se trouvaient en ce moment dans le domaine d'une autre famille fortunée, à quelques miles plus au nord de leur Manoir.

Draco descendit lentement les escaliers en pierre de la terrasse où un serveur était posté au garde-à-vous afin de servir ces dames. Une brise d'été parcourut rapidement l'ensemble du petit verger avoisinant et ses pas l'amenèrent sous un cerisier en fleurs.

Un craquement survint et Draco tourna la tête. Un petit garçon malingre, le cheveu brun, et les yeux d'un bleu très clair – presque translucide, tenait dans ses mains une branche de cerisier. Draco poussa un cri impressionné, subitement libéré de l'engourdissement provoqué par ses médicaments.

– Toi aussi tu crées des baguettes magiques dans ton jardin ?

L'autre petit garçon fronça des sourcils.

– Non, c'était la fleur préférée de ma mère. Elle est morte l'année dernière.

– Tu t'appelles comment ?

– Théodore Nott. J'habite ici.

– Ton père est mort avec ta mère ?

– Non, il est là. C'était son idée la réception. C'est la première depuis que maman est partie au ciel.

Théodore tourna la branche entre ses doigts pâles et fins d'un air absent.

– Ton père c'est Monsieur Nott ? réalisa Draco. Ce vieil homme tout rabougri et ami avec mon père ?

Théodore fronça des sourcils et Draco su immédiatement qu'il venait de dire une énorme bêtise. Il plaqua sa main sur sa bouche, murmura un léger « oops » et s'assit dans l'herbe tendre. Il en saisit une poignée, l'arracha, la montra à Théodore et l'enfourna dans sa bouche.

– C'est pour laver le mensonge, dit-il en mâchouillant les brins d'herbe. Comme ça, tu ne peux plus m'en vouloir.

L'autre garçon jeta un regard autour de lui, se demandant si cet énergumène n'était pas envoyé par un autre groupe d'enfants présents pour le ridiculiser. Mais tout compte fait, le seul à être ridicule ici c'était bel et bien l'autre.

– Toi, tu es Draco, n'est-ce pas ?

– Je crois... Tu veux des FizzWizzBizz ? dit-il en sortant de sa poche un paquet de bonbons.

Théodore fit non de la tête.

– Alors, c'est vrai ce que tout le monde raconte. Tu es hyperactif ?

– Hyper-quoi ? Non, moi je suis juste fou. Ça me suffit bien assez comme ça.

Il mordit dans une confiserie et poussa un soupir de contentement.

– Comment ta mère est morte ?

Théodore tourna la tête vers lui.

– Elle était malade, comme moi. Sauf qu'elle n'a pas bien résisté à la maladie ces dernières années. L'hiver l'avait beaucoup affaiblie.

– Tu es malade ?

– Oui, depuis ma naissance.

– C'est pas vrai ! baragouina Draco. Moi aussi ! Les médecins disent que je peux guérir mais je ne pense pas trop. Et puis c'est cool d'être malade.

– Ah bon ? Tu trouves ?

– Tout le monde est plus gentil avec toi quand on sait que tu as des problèmes. Tu peux raconter des mensonges.

– Je n'aime pas mentir. Ma mère disait que c'était mal.

– Les adultes mentent quand ils disent que c'est mal de mentir. Mais ne le répète surtout à personne.

Draco appuya sa petite déclaration d'un clin d'oeil et piocha à nouveau dans son paquet de bonbons – bleus cette fois, le nez levé en l'air. Une main étrangère, timide, se glissa près de la sienne.

– Je te conseille de prendre les noirs ou les roses, ce sont les meilleurs, dit Draco d'un ton très sérieux.

Théodore prit un noir et le fourra dans sa bouche.

– C'est la première fois de ma vie que je mange des bonbons.

– Non, c'est pas vrai... murmura l'autre garçon comme si on venait de lui annoncer que les hommes pouvaient pondre des œufs. T'es quoi au juste ? Une espèce d'alien intergalactique ? Tous les enfants ont déjà mangé des bonbons ! Tiens, prends-les tous. J'en ai plein à la maison des comme ça.

– Merci, murmura Théodore en rangeant le paquet dans sa poche. Je devrais faire attention à ce que mon père ne les voit pas. Il dit que ce n'est pas très bon pour les dents.

– Tu sais, si on écoutait les médecins et les parents, on ne vivrait plus. Allez, viens ! Montre-moi les alentours !

Théodore sauta sur ses jambes d'une énergie qu'on ne lui avait jamais vue. Ils cavalèrent dans le jardin et regardèrent tout ce qu'il y avait à voir, évitant soigneusement le groupe d'autres enfants menés par un petit garçon noir bien fanfaron et autoritaire.

En le voyant passer, caché derrière un buisson, Draco murmura silencieusement le mot « dingue » en apposant son index contre sa tempe.

Théodore alla cueillir des radis dans le potager et en grignota quelques-uns en route. Ils se frayèrent un chemin parmi les hautes herbes devenant de plus en plus nombreuses alors qu'ils s'éloignaient de la demeure des Nott.

– Tu sais c'était qui le garçon de tout à l'heure, avec toutes les filles aux trousses ?

– B'aise Z'bini, marmonna Théodore.

Draco se stoppa net, regardant son nouvel ami avec des yeux incrédules. Il le désigna d'un doigt tremblant.

– Tu viens de dire un gros mot.

– Lequel ?

– Je n'ose même pas le dire ou l'épeler.

– Tiens, prends cette branche et écrit-le dans la terre.

– Je ne sais pas l'écrire. Tu as dit...

Draco prononça silencieusement le mot « baise » et Thédore fut emporté par un immense fou rire.

– Mais non ! Il s'appelle Blaise ! J'avais juste les joues pleines de Fizz-machin-chose.

– Oh, d'accord. Ça me semblait étrange d'appeler son fils comme ça. Encore plus étrange que de l'appeller Draco en tout cas.

Ils continuèrent de marcher, n'apercevant déjà plus les contours de la gigantesque maison. Théodore ralentit la cadence, jusqu'à s'arrêter. Draco, essoufflé par son traitement, se demanda ce qu'il attendait.

– Alors ?

– Ici, en faisant un pas de plus, tu seras au bout du monde, mentit Théodore avec délice face à son ami si crédule. Personne ne s'y est aventuré, et encore moins seul. Tu es courageux, Draco ?

– Mmh, je ne sais pas trop. Et toi ?

– Je suis courageux quand il y a quelqu'un à côté de moi.

– Bon, bah, et si nous allions rejoindre Blaise et les autres ? Ça serait peut-être sympa de jouer tous ensemble. Chat-perché, t'en dis quoi ?

Draco fit volte-face, le pas incertain parmi les épais branchages abandonnés.

– J'en dis que ça pue ! cria Théodore.

– Et si on ne revient pas du bout du monde ? Tu y as pensé, toi ?

– Je rigolais, Draco. Il n'y a pas de bout du monde. À chaque fois que tu avances, il y a – là-haut – quelqu'un qui est chargé de dessiner une nouvelle route et un nouveau décor juste pour toi.

Abasourdi, il leva le nez vers le ciel, se protégeant les yeux avec sa main. Stupidement, Draco fit quelques pas à reculons puis en avant et approuva sombrement.

– C'est vrai ce que tu dis. Donc... Il n'y a pas de fin ?

– Non, jamais, rassura Théodore.

– Et si on se fracasse la tête au bout de cette pente, on fait quoi ?

– Je dirai que c'est toi qui m'as poussé.

– Eh ! C'est mon excuse, ça ! Pas la tienne !

Théodore rit et prit sa main. Ils dévalèrent la descente en poussant des petits cris euphoriques et s'étalèrent dans un fourré. Théodore riait tellement, que son corps semblait être pris de soubresauts. Draco fit quelques grimaces et l'aida à se relever.

Ils gambadèrent l'air de rien en donnant des noms imaginaires à des arbres tous plus différents les uns que les autres.

– Je suis le Roi Draco, finit par claironner Draco en pointant une branche qui était censée représenter une épée. Et toi tu es le Prince Théodore.

– Pourquoi je suis juste le Prince ? Je veux être le Roi, moi aussi.

– Mmh, on le sera à tour de rôle alors. C'est d'accord ?

Théodore haussa des épaules et s'assit sur une souche d'arbre moisie.

– Ca ne m'amuse plus ce genre de jeux.

– J'essayais... d'être normal, s'excusa Draco.

– C'est nul quand t'es normal. L'année dernière, sans tes médicaments, tu étais plus drôle. Je t'ai vu de loin, même si on ne s'était encore jamais présenté.

– De quels médicaments tu parles ?

– J'ai... J'ai entendu ton père le dire au mien après le déjeuner. Ils disaient qu'ils te donnaient un traitement qui te faisaient récupérer du sommeil, que c'était ton médecin qu'il le leur avait prescrit, qu'ils mettaient ça dans ta nourriture pour que ça soit moins traumatisant.

Draco fit non de la tête et boucha ses oreilles. Il commença à pleurer silencieusement. Théodore saisit ses poignets avec force.

– Ils font ça parce que ce sont tes parents et qu'ils t'aiment.

– I-Ils m'ont menti et forcé à prendre des médicaments, sanglota Draco. Pourquoi ils me donnent des médicaments sans que je ne le sache ?

Trahi, Draco commença à pleurer.

– Tu crois que c'est g-grave Théo ? Tu crois que je vais partir à l'hôpital ?

– Je ne sais pas, admit-il. Mais il y a forcément une raison pour laquelle tes parents ne t'ont rien dit.

– Je veux me faire un trou dans le ventre, continua-t-il en pleurant. J'en ai marre de me sentir si bizarre. Je ne sav-savais pas ce qu'il se passait. J'étais si fatig-gué. Tout le temps. Maman disait que c'était normal. Elle m'a menti, répéta-t-il. C-Ce n'était pas normal et elle était au courant de tout.

Théodore passa un bras autour de ses épaules et le laissa pleurer. Progressivement, l'autre garçon reprit son calme. Il fixait un point, au loin, le visage dur.

– Je veux plus être fatigué, répéta-t-il en s'essuyant le nez avec sa manche.

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Pendant plusieurs semaines, Draco fit semblant d'ingérer la nourriture que lui donnaient ses parents et s'alimentait en cachette.

Alors que ses parents le pensaient atomisé par son traitement, il reprenait des forces de son côté et se préparait à leur faire payer cette ultime trahison. Secrètement, Draco avait réussi à dénicher un des flacons du traitement dans le placard de la salle de bain de ses parents, l'avait vidé dans son paquet de bonbons et l'avait remplacé par des pastilles contre la toux sensiblement semblables.

Il avait alors écrasé les cachets grâce à un de ses jouets et en avait gardé la substance dans un sachet. Draco faisait semblant de jouer tranquillement dans sa chambre lorsque ses parents l'invitèrent à prendre le thé avec eux dans le petit salon.

Son père lisait un magazine concernant la finance alors que sa mère était assise derrière le grand piano noir.

– Comment tu vas mon chéri ? lança-t-elle d'une voix enjouée.

– Un peu fatigué, comme d'habitude, geignit Draco en baillant.

– Après ça tu vas faire une petite sieste ?

Draco acquiesça.

– Est-ce que je peux aller chercher en cuisine le service à thé qu'on préparé les domestiques ?

La jeune mère s'apprêtait à rétorquer quand son mari prononça d'une voix posée sans lever le nez de sa lecture :

– Laisse-le. Il a deux jambes pour marcher.

Draco se leva doucement, feignant la fatigue, et quitta la pièce. Il courut jusque dans la cuisine, récupéra le service à thé et revint sur ses pas.

Il s'arrêta devant un vase en porcelaine et y dénicha le sachet de médicaments écrasés qu'il déroula. Il versa le tout dans la théière et dilua en remuant une cuillère à l'intérieur qu'il essuya ensuite sur un pan de son pull. Draco prit bien garde à tout remettre en place et apporta le plateau dans le petit salon où attendaient ses parents.

Son père tira vers lui la première tasse, servit sa femme, son fils puis lui-même. Lucius reprit la lecture de son magazine et avala plusieurs gorgées tandis que Draco faisait semblant de boire, regardant sa mère au-dessus de sa tasse. Celle-ci semblait absorbée par les remarques que faisait son époux sur la politique économique que menait depuis peu le pays.

Elle finit sa tasse cinq minutes plus tard et s'apprêtait à s'en resservir une seconde lorsque ses mains furent prises de violents tremblements. Alarmé, Lucius déposa sa tasse presque vide.

– Que ce passe-t-il, Cissa ?

– Je n'en sais rien... J'ai la tête qui tourne. Je vois flou... Je... C'est... Je me sens pas bien, Lucius... Vraiment pas...

C'est alors que ce dernier trembla à son tour. Il posa sa main sur son front et ses yeux croisèrent ceux de son fils, assit sur le sofa d'en face.

– Tu vas bien Draco ? Tu n'as rien ?

– Non, je n'ai rien. Je vais même très bien. Mieux que quand vous me donniez des médicaments en tout cas.

Lucius et Narcissa échangèrent un regard éloquent.

– Vous savez, j'ai réfléchi à pas mal de choses. J'en ai marre qu'on me prenne pour quelqu'un de stupide.

– Q-Quoi ? balbutia son père. Comment tu sais qu'on a... ?

– Moi aussi je n'arrivais plus à parler correctement quand je prenais ça.

– Draco, souffla posément Narcissa, tu nous as mis des médicaments dans le thé ? Combien ?

– Assez pour que vous dormiez longtemps sans m'embêter. Moi aussi je voudrais être libre, ne plus vous traîner partout et dire à tout le monde que c'est de votre faute.

Lucius tenta de se lever, mais sa tête vacillante était trop lourde. Son épouse ferma les yeux pour un très long sommeil.

– Faites de beaux rêves.

Draco ouvrit la fenêtre et sauta, atterrissant dans un des petits buissons du jardin. Il traversa l'allée centrale sans regarder derrière lui, donna une tape à un des paons albinos qui lui courrait après – en quête de gestes affectueux – et se faufila entre les barreaux du portail. Il courut sans se retourner, pressentant avoir fait quelque chose de grave. Il disparut parmi les arbres et le vent, sans savoir où aller.

Tout se ressemblait terriblement dans le coin. Il finit par s'arrêter dans une clairière et se laissa tomber par terre. Combien de bêtises devra-t-il encore faire pour que tout s'arrête enfin ?

– Je veux grandir, se murmura Draco. Je veux grandir et leur prouver que je vaux quelque chose.

Il frissonna un moment, se rendant compte que la nuit commençait à tomber. Ce soir-là marqua sa première fugue sur une longue série à venir. Mais Draco, à sept ans, bientôt huit, ne le savait pas. Il se sentait juste profondément trahi par ses parents et le monde et avait besoin de se réfugier quelque part. Ailleurs.

Il enleva son gilet vert émeraude et s'en servit comme couverture pour s'endormir. Curieusement, Draco trouva rapidement le sommeil alors qu'au loin, on entendait des hululements de hiboux.

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Pendant deux jours entiers il coupa la forêt, un bâton en main afin d'écarter les fourrées particulièrement denses. Il ne rencontra personne, excepté des animaux sauvages. Draco en suivit quelques-uns afin de se nourrir, comme il l'avait lu dans un manuel de chasse que son Papa lui avait offert Noël dernier.

Il trouva non sans mal quelques fruits et en grignota sur la route alors que le talus devenait de moins en moins épais. L'environnement lui fut tout à coup familier. Draco s'arrêta, circonspect, grignotant quelques framboises. Il tourna lentement sur lui-même et découvrit une butte.

Sans attendre son reste, il l'escalada, comprenant qu'il s'agissait de celle qu'il avait dévalée plusieurs jours plus tôt avec Théodore. Draco s'écorcha les mains à de nombreux endroits. Il finit par vaincre sa peur du vide en ne regardant pas en bas.

Il se le répéta plusieurs fois avant de finalement arriver sur la petite prairie verdoyante, le souffle court. Il s'appuya contre le tronc d'un arbre noueux puis trottina droit devant lui, apercevant bientôt le domaine Nott. Il devait être une heure quelconque de l'après-midi.

Une fois à l'orée du parc, Draco s'arrêta net, ne sachant que faire. Il ne savait même pas quelle était la fenêtre de la chambre de Théodore... Il resta donc là des heures durant à attendre. Sa patience finit par payer puisqu'une petite silhouette frêle à la démarche chaloupée s'avança droit vers le cerisier, un livre sous le bras.

Draco se redressa en titubant et emprunta un chemin discret afin de rejoindre son ami. Ce dernier s'apprêtait à s'assoir sous le cerisier en fleurs lorsque Draco essaya de siffler, mais ne réussit à produire qu'un bruit étrange avec sa bouche – ressemblant de loin à l'étouffement d'un animal.

Théodore regarda autour de lui et vit une tête blonde émerger d'un haut buisson. Il se leva rapidement, le rejoignit, le fit se taire et se baisser.

– Tu es fou de venir ici ! On t'a cherché partout !

– C'est vrai ?

– Oui, même la police. Ils ont toqué à toutes les portes des alentours avec des photos de toi. Tu étais où ?

– Dans la forêt.

Théodore sembla réfléchir un court instant avant de le serrer maladroitement dans ses bras.

– Tu as vraiment empoisonné tes parents ?

– Je voulais les punir, qu'ils comprennent ce qu'ils m'avaient fait.

– Ta mère dort toujours à l'hôpital. Les médecins disent qu'elle va s'en remettre. Papa et moi nous sommes partis rendre visite à ton père chez vous. Il était... dévasté. Il attend que tu reviennes.

– J'en suis sûr qu'il joue à la comédie, qu'il ne veut pas me revoir.

– Ne dis pas n'importe quoi. Ne gâche pas tout.

– Gâcher quoi ?

– Nos chances de nous revoir bientôt.

Draco fronça des sourcils.

– Quand nous aurons onze ans, nous rejoindrons probablement le pensionnat. Et nous serons ensemble. Rien que tous les deux. Sans nos parents. Tu imagines ?

– Ils ne m'ont jamais parlé du pensionnat. Ils disaient que j'irai me faire interner dans un institut spécialisé si je ne changeais pas bientôt.

– Et toi, tu as envie que les choses changent ?

– Pourquoi le changement viendrait forcément de moi ? Je veux aussi que mes parents arrêtent de parler de moi comme un problème.

– Tu n'es pas un problème, Draco. Ce sont les autres qui t'en créent. Tu vas faire comme je te dis. Tu vas demander pardon à tes parents, leur expliquer pourquoi tu as fait ça, et être le plus sage possible. Ensuite, peut-être, nous nous reverrons.

– Et si je ne pars pas avec toi ?

– On aura au moins essayé. On se verra l'été.

– Tu connais déjà des gens là-bas ?

Théodore s'apprêtait à faire non de la tête avant de répondre :

– Pansy et Blaise y vont aussi, il paraît.

Draco tritura ses doigts incrustés de poussière.

– Si je ne pars pas, je serai tout seul dans le coin, alors ?

– Je t'écrirais, promis.

– Je ne sais pas lire, avoua Draco d'une toute petite voix. J'ai du mal à me concentrer quand ma mère essaie de m'apprendre.

– Tu fais l'école à la maison ?

Il fit oui de la tête.

– Papa dit que je suis en échec scolaire pour l'instant. Ils m'ont viré à l'école primaire un peu avant Noël dernier. Je ne vois plus beaucoup d'enfants.

– Tu as fait quoi pour être viré ?

– Plein de choses. Mais la dernière s'était d'avoir renversé un pot de glue sur la tête de la maîtresse. Elle n'a pas trop aimé, je crois. Moi, j'ai trouvé ça très drôle.

Théodore prit sa main.

– Il faut promettre de ne plus faire de bêtises si tu arrives à entrer au pensionnat.

– Pourquoi ? Les bêtises c'est la vie.

– Oui, mais il n'y a pas beaucoup de personnes qui savent les apprécier.

L'autre petit garçon maugréa quelques mots indéchiffrables avant de promettre.

– C'est vrai, renchérit Théodore, ça serait bête que tu t'en ailles avant qu'on ai eu le temps de s'amuser.

– Est-ce que tu m'adresseras toujours la parole quand je serai moins drôle ?

– Oui, bien sûr. Bon, lève-toi. Tu as besoin de te laver. Tu ne sens pas très bon, tu sais...

Draco se renifla et suivit Théodore vers sa grande maison.

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A son retour chez lui, Draco ne fut pas sermonné et encore moins puni. On le laissa rejoindre sa chambre rangée pour l'occasion. Il fit comme Théodore lui dit : rester calme et sage.

Le lendemain matin, il fut conduit à la clinique du docteur Hans où il passa une batterie de tests comportementaux et s'entretint longuement avec le pédopsychiatre. Malgré ses nombreux efforts pour paraître normal, le verdict tomba. Il fallait placer Draco dans un institut spécialisé où il serait encadré par des professionnels.

Ayant besoin de répit, ses parents acceptèrent et le conduisirent à la gare routière où un mini-car d'une dizaine de places l'attendait. Draco avait été soigneusement coiffé et portait un ensemble irréprochable. Sa mère, résignée, s'agenouilla devant lui puis le regarda droit dans les yeux.

– Ils vont t'apprendre à être un peu plus calme, d'accord mon chéri ? Tu arriveras ensuite à mieux te concentrer pour tes études. C'est un établissement un peu dur et... et c'est pour ça que ton père l'a choisi. Nous viendrons te voir de temps en temps. Tu te souviens de ce qu'a dit le docteur Hans ? Rien n'est perdu.

Draco regarda obstinément ailleurs, révolté. Il tendit à sa mère une feuille pliée en quatre où figurait un dessin.

– Tu le donneras à Théodore quand tu le reverras.

Son père plaça ses affaires dans le coffre et lui souhaita bon courage. Sans un mot, Draco monta dans le mini-car et ne répondit pas à leurs au revoir. Un animateur du centre vérifia qu'il était bien attaché ainsi qu'un autre enfant au fond du véhicule et ils démarrèrent.

Lorsqu'ils empruntèrent l'autoroute, Draco se laissa pleurer. L'animateur le prit dans ses bras et lui dit que tout irait bien. Petit, Draco ne pu dire quel âge exactement il avait. Mais il semblait encore très jeune. Il était brun et avait les yeux de la même couleur.

Ils finirent par faire une halte à une station-service afin de faire le plein et un troisième enfant grimpa à bord, quittant ses parents avec joie. Il s'installa au premier rang et fit semblant de conduire le mini-car durant tout le trajet. Draco ne su combien de temps ils voyagèrent dedans, mais ça lui sembla infiniment long.

Ils arrivèrent à Londres, devant un immeuble étroit semblable à tous les autres de la rue. Draco sortit le premier et l'animateur serra la main d'une dame à l'air austère tandis que le chauffeur allait garer le véhicule. Les trois petits garçons, d'abord impressionnés, ne soufflèrent mot.

– Alors voilà les trois garnements, dit-elle en les jaugeant. Bienvenue. J'espère que vous comprendrez rapidement qu'il est dans votre intérêt d'être sage et respectueux envers le personnel et les autres résidents. Qui est Peter ?

Le petit garçon du fond du car leva la main.

– Je t'ai à l'oeil. Tes parents m'ont écrit dans la semaine pour me dire que j'aurais le droit d'employer sur toi le châtiment corporel !

– Euh, ça veut dire quoi ?

– Que tu auras le droit à de belles fessées si je te vois à faire des bêtises.

Il baissa tout à coup les yeux tandis que Draco, effronté, les ancrait à ceux de la directrice.

– Bien, suivez-moi.

Ils entrèrent et l'animateur resta sur le trottoir, allumant ce qui semblait être une cigarette. Draco le regarda rapidement faire et trouva ça particulièrement intéressant. L'animateur disparut de son champ de vision.

À l'intérieur, rien ne semblait être de trop. Il y avait juste le strict minimum et les murs étaient d'un beige irréprochable. Des enfants marchaient en ordre, portant un pantalon et une chemise grise pour les garçons, et une robe de la même couleur pour les filles. Ils avaient tous les cheveux coupés très courts.

– Installez-vous sur ce tabouret... On va d'abord vous couper les cheveux pour éviter les épidémies en tout genre. Toi en premier, dit-elle en s'adressant à Peter.

Ce dernier s'assit sur le haut tabouret et un homme en blouse blanche vint le tondre comme un mouton, sans faire attention s'il ne le tenait pas trop fort. La directrice inspecta rapidement le crâne du garçon grassouillet et estima qu'il les avait suffisamment courts pour y échapper.

– Mais on te les coupera dès qu'ils repousseront, dit-elle alors que Peter se massait douloureusement les tempes. À toi, maintenant.

Draco resta à sa place.

– Eh bien alors, viens.

– Non.

– Ah ? C'est comme ça ? Tes parents m'avaient averti que tu étais un coriace mais j'en ai maté plus d'un des comme ça.

Elle lui saisit vivement le bras alors qu'il s'époumonait en cris. Peter fit un spectaculaire bond en arrière, écrasant les pieds de leur troisième congénère. Draco se débattit comme un diable et le coiffeur improvisé du centre lui tient l'autre bras.

Après de vives protestations, Draco reçu le même sort que les autres, ses boucles blondes tombant au sol. Essoufflée, la directrice lui tendit un balai.

– Tu vas les ramasser. Ça sera ta punition.

Draco jeta le balai au sol.

– Ne joue pas au téméraire. Tu le regretteras bien vite.

Brutalement, elle le déposa sur le tabouret et lui ordonna de rester là pendant qu'elle faisait visiter le centre aux deux autres. Draco ne protesta pas, et resta la tête basse.

La porte d'entrée s'ouvrit.

– Alors, prononça la voix douce de l'animateur. Qu'est-ce que tu fais ici tout seul ?

– Je suis puni, prononça l'enfant d'une voix étranglée. Je voulais pas me faire couper les cheveux, alors la dame m'a demandé de balayer.

– Fais-le maintenant, ça vaudra mieux.

– Je n'ai jamais fait ça, avoua-t-il à voix basse.

– Je vais te montrer.

Draco descendit de son tabouret et écouta avec attention l'animateur. Il tint la pelle avec des gestes maladroits.

– Tiens, la poubelle est juste là.

– Merci, murmura Draco.

– Ne t'en fais pas. Au début, c'est toujours très dur. Mais tu finiras par t'y faire. Sois courageux.

– Mon ami Théodore dit qu'il n'arrive à être courageux que quand il n'est pas tout seul. Et moi...

Draco commença à pleurer silencieusement.

– Je t'assure que ça ira mieux. Et si tu as trop de chagrin, je serai là pour t'écouter. Tu n'auras qu'à m'appeler. Moi, c'est Robin.

Le petit garçon acquiesça et l'animateur l'emmena dans sa chambre où deux autres petits lits avaient été alignés contre le mur d'un gris triste et sans nuance.

Draco s'assit sur celui le plus proche de la fenêtre, plus proche de l'issue de secours, plus proche de ses rêves. Peter et l'autre garçon finirent par arriver avec la directrice quelques minutes plus tard.

– Bon, Draco, tu feras le tour du centre demain avec un responsable. Asseyez-vous, vous autres. Voilà quelques règles à suivre : Le matin, on se lève à sept heures pour faire sa toilette. On met ses vêtements puis on range son lit. Vous laissez vos chaussons sous le lit et vous mettez vos souliers. Si vous êtes prêts avant les autres, vous avez le droit de discuter entre vous, de faire un jeu calme ou de lire un livre. Pas de bruit dans la maison, ni de bagarre sinon vous serez punis en conséquence. Ensuite, Giselle, une des animatrices du centre, viendra voir si vous vous êtes bien habillés et inspectera la chambre. Vous ne pourrez sortir prendre votre petit déjeuner que si celle-ci est parfaitement en ordre. Et au cas où vous vous le demandez, si seulement un seul d'entre vous est désordonné ou désobéissant, c'est tout le monde qui sera puni.

Draco prit la dernière phrase pour un avertissement personnel mais ne cilla pas. La directrice reprit :

– Si tout est bien fait, vous pourrez sortir dans le couloir et vous placer en rang avec vos petits camarades dans le silence. Bien sûr, vous pourrez échanger quelques salutations. Mais rien de très bruyant...

Le bruit et encore le bruit. Draco s'en donnerait à cœur joie.

– Vous descendrez au réfectoire prendre votre petit déjeuner où une place vous est attribuée jusqu'à la fin de l'année. Après le petit déjeuner, une chambrée est désignée pour aider le personnel à débarrasser pendant que les autres suivront leur premier cours. Ici, on enseigne la lecture, l'écriture, le calcul, l'Histoire et la Géographie. Pour ma part, j'enseigne le calcul.

Peter fit une grimace peu discrète. La directrice le toisa superbement.

– L'après-midi, les thérapeuthes viendront pour vous examiner et voir vos progrès. Pendant que certains seront en consultation, les autres pourront s'amuser dans le jardin ou dans la salle de jeu. Lorsque tout le monde sera passé en consultation, ce sera l'heure du catéchisme que donne prêtre O'Donan, puis le dîner. Vous remonterez vous coucher en ordre après avoir formulé vos bénédicités.

Draco cligna plusieurs fois des yeux. Il ignorait tout de ce qu'était le catéchisme ou les bénédicités ou ce qu'était un prêtre. Mais ça ne semblait pas très amusant vu la tête déconfite de ses deux camarades de fortune.

Une jeune femme apporta des vêtements propres mais Draco douta qu'ils n'avaient pas déjà été portés auparavant. Répugné, il les enfila sous le regard de la directrice. Elle plia leurs vêtements et les rangea dans des cartons.

– Bien, je laisse Giselle vous préparer pour le dîner et vous expliquer les bonnes manières à table.

Draco n'eut pas à écouter la suite car il les connaissait déjà toutes par cœur. Son pantalon gris le démangeait au niveau des genoux. Une petite cloche tinta et des pas précipités se firent entendre dans le couloir. Draco, Peter et l'autre garçon rejoignirent les pensionnaires déjà en rang. Ils les regardèrent en partageant quelques murmures.

Draco se rangea avec une fillette aux sourcils si épais qu'ils se rejoignaient. Il la trouva franchement laide et ricana. Alors qu'ils descendaient l'escalier, la petite fille lui envoya un coup de poing à l'épaule et Draco se cogna contre le mur, ratant deux marches avant de se rattraper de justesse.

– On ne rigole pas sur mon dos, murmura la petite fille en tirant un bout de sa chemise.

Il se massait encore l'épaule lorsqu'ils pénétrèrent dans le réfectoire. Giselle le fit s'assoir à une table bien en vue de celle de la directrice. Les enfants restèrent debout devant leur chaise, formulèrent en chœur quelque chose qui échappa à Draco puis ils s'assirent. On leur servit les plats et ils mangèrent sans échanger le moindre mot.

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La nouvelle pédopsychiatre de Draco était très jeune et très belle. Elle lui faisait faire des dessins et lui demandait ensuite de les commenter. Dans son bureau, Draco se sentait bien et pas oppressé.

– Et là, c'est qui ? demanda la thérapeute en montrant un gribouillis marron au coin de la page avec d'énormes sourcils noirs en forme d'accents circonflexes.

– Blaise Zabini. Il était là quand Théodore et moi on s'amusait dans le parc.

– Et qu'est-ce qu'il tient dans sa main ?

– Le cœur de Pansy. Regarde, c'est elle, ici, avec sa robe violette.

– Oh, je pensais que c'était une fleur de pensée. Ce chapiteau gris c'est ta maison ?

– Non, c'est celle qu'on aura plus tard Théodore et moi quand on deviendra amis pour toujours. Mais d'abord, on doit se rendre ensemble au pensionnat.

– C'est loin le pensionnat ?

– Je crois. Alors j'ai fait un petit point dans le ciel.

La thérapeute acquiesça et accrocha le dessin sur le mur.

– On en fera un autre la prochaine fois si t'es d'accord.

Draco déposa un léger baiser sur sa joue, la remercia et quitta la pièce. Un autre petit garçon, assis sur la chaise dans le couloir entra à sa suite. Draco alla rejoindre les autres résidents dans la salle de catéchisme. C'était la première fois qu'il s'y rendait.

Il toqua faiblement contre le battant de la porte et ouvrit. Tous les enfants étaient à genoux, les mains jointes. Le prêtre O'Donan devait être cet homme ventripotent, assis, tenant un gros livre à images.

– Tu dois être Draco, le petit nouveau. Entre.

Tout le monde le suivit du regard et il se trouva une place entre Peter et une fille qu'il ne connaissait pas.

– Dis-moi, Draco, tu veux bien choisir l'histoire que je raconterai aujourd'hui. Fais-toi plaisir.

– J'aime beaucoup l'histoire de Peter Pan.

Les enfants rirent doucement.

– Une histoire de la Bible.

– De la quoi ?

– Une histoire du livre saint. C'est laquelle ta préférée ?

– Je n'ai jamais entendu parler d'un livre saint. Il ressemble à quoi ?

Peter émit un sifflement indigné et le prêtre traça une croix sur son buste.

– Tu n'as jamais entendu parler de l'arche de Noé ? Du Prince du Nil ? De Samson ? David et les Lions ? De Joseph le roi des rêves ?

Draco fit non de la tête et trois fillettes échangèrent des regards alarmés et passablement déçus.

– Le truc avec les lions doit être sympa, tenta-t-il.

– Tu as été baptisé dans quelle église ?

– Papa, Maman et moi nous ne sommes jamais allés à l'église.

– Mais tes parents savent que nous sommes ici dans un établissement catholique, non ?

– Ils voulaient juste le meilleur, j'imagine.

– Bon, souffla prêtre O'Donan, nous en reparlerons plus tard.

Il ouvrit le livre imagé et un petit garçon ne semblait se lasser d'apercevoir les illustrations. Tout à coup, Draco se rendit compte qu'ici, il n'y avait pas de télé.

– David était un jeune berger, commença alors le prêtre d'une voix qui se voulait captivante.

Draco regarda autour de lui et tout le monde semblait écouter l'histoire. Pourtant, il s'ennuya si ferme au bout de quelques minutes qu'il dit tout fort :

– Et blablabla ! On s'en fout ! On veut du sang !

Le prêtre cligna plusieurs fois des yeux.

– Il n'y a pas de sang dans la Bible... ou du moins, si, il y en a, mais ce ne sont pas des histoires pour les enfants. Tu devrais écouter cette histoire, Draco. Elle est très instructive.

– Non, j'ai pas envie.

– Eh bien si tu ne vas pas l'écouter, tu vas la lire à tout le monde. Le temps passera moins lentement. Viens ici... Allez...

– Vous pouvez le garder votre satané bouquin.

– Draco, je t'ai demandé quelque chose.

Finalement, le petit garçon se leva et prit le livre. Devant lui, les mots étaient indéchiffrables. Il contempla les images et se racla la gorge.

– Alors, David prit un mouton au-dessus de sa tête et le balança dans la sale gueule du lion. Ensuite, il lui arracha ses crocs à mains nues ! Et là, le mouton fit un salto-arrière et donna un magistrale coup de sabot dans l'arrière-train du...

– Mmh, ça ira comme ça, formula le prêtre O'Donan en récupérant le livre. Draco, approche. Est-ce que tu sais lire ?

Les enfants hurlèrent de rire et se moquèrent en le pointant du doigt. Rouge de honte, Draco baissa les yeux et fit non de la tête.

– Comment ça se fait ?

– J'ai été viré de mon école avant d'apprendre. Et Maman perd patience avec moi. Mes parents pensaient que j'allais apprendre ici.

– J'en parlerais à la directrice demain matin. En attendant, assieds-toi. Bien, où en étions nous ?

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Draco était le dernier de sa classe et la directrice n'hésitait pas à le punir dès qu'il manquait de rigueur dans ses leçons.

Les parents de Draco vinrent quelques fois lui rendre visite mais ils repartaient aussitôt afin de ne pas troubler le maigre équilibre qu'il avait trouvé ailleurs. Pourtant, il arrivait au petit garçon de pleurer de longues heures la nuit tant le manque qu'il éprouvait était terrible.

Il passa pratiquement deux ans et demi au centre, ne revenant au Manoir que pour les vacances. Il apprit à se modérer – même si ses crises survenaient de temps à autre -, à lire, écrire, compter, à placer des choses sur une carte du monde et quelques figures emblématiques de l'Histoire britannique.

Lors de sa dernière année, il fit une rencontre insolite tandis qu'il nettoyait le réfectoire avec une vieille éponge.

– Draco, je te présente Luna, lança Robin une matinée pluvieuse de novembre. Elle vient juste d'arriver. Luna a neuf ans.

Il tenait par la main une fillette anormalement petite pour son âge, les cheveux grossièrement coupés et blonds. Ses yeux gris cendrés étaient fixes, comme si elle les clignait rarement. Elle portait une de ces robes affreuses du centre.

– Luna, je vais te laisser avec Draco continuer à nettoyer la salle. Il t'expliquera comment faire.

Luna acquiesça et regarda Robin s'en aller.

– Je m'appelle Luna, dit-elle en s'avançant.

– Je sais, coupa Draco. Pourquoi t'es là ? Toi aussi t'es fêlée ? Tu dois guérir ?

– Je ne suis pas fêlée, prononça-t-elle d'une voix légèrement tremblante. Je suis juste Luna.

Draco arqua un sourcil.

– Si tu veux sortir d'ici rapidement, fais semblant d'être normale et de dire ce qu'ils ont envie d'entendre. Crois-moi, c'est beaucoup plus simple et efficace que de faire la tête dure. J'ai essayé.

Elle approcha sa main de son crâne et le caressa.

– C'est vrai que tu as la tête dure.

– Depuis quand on sait que tu es folle ?

– Je ne suis pas...

– Peu importe. Y'a bien une raison pour laquelle tu es ici.

Luna prit des mains l'éponge que tenait Draco et s'attaqua à une table, bien qu'elle soit beaucoup plus grande qu'elle. Elle fit des gestes en demi-cercle à l'aveuglette.

– Ma Maman est morte dans un accident il y a quelques mois. Depuis, plus rien n'est pareil. Surtout dans ma tête. Mon Papa a entendu parler de ce centre et pense que ça me fera du bien d'être au contact d'enfants comme moi et de parler à quelqu'un.

– Ton père est stupide, comme le mien. Je ne suis pas plus différent de quand je suis arrivé, tu sais.

Luna ouvrit de grands yeux.

– Alors ça ne marche pas ?

– Peut-être pour certains si, mais pas sur moi.

Elle marqua un temps d'hésitation avant de se lancer :

– Tu crois que c'est mieux d'être normal ?

– J'ai croisé plein de gens normaux, mais ils n'ont pas l'air heureux. Je préfère garder mes bêtises... Et si tu rinçais ton éponge avant de continuer à saloper toutes les autres tables ?

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Luna avait déposé un léger baiser sur sa joue avant de rejoindre l'étage des filles. C'était l'heure du coucher et les deux camarades de chambrée de Draco étaient déjà allongés. Le nettoyage du réfectoire s'était éternisé.

Il enfila son pyjama et s'apprêtait à fermer les rideaux lorsqu'il vit Robin descendre les marches du perron à toute vitesse, grimper dans une voiture et embrasser sur la bouche sa jeune et belle conductrice.

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Le lendemain après-midi, Draco fut d'humeur exécrable.

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Robin avait emmené une vingtaine d'enfants à la piscine du district. Ils s'étaient séparés en deux groupes selon les sexes et, faute de place, Robin s'était rapidement changé dans le couloir. Draco avait volontairement laissé la porte de sa cabine entrouverte.

En le voyant torse-nu, le petit garçon s'était senti tout bizarre, le feu aux joues. Robin toqua à plusieurs reprises sur le vestiaire commun des filles qui poussaient – à chaque fois – des cris stridents.

– Bon, les filles, on va y aller quand même...

Luna sortit la première, un maillot de bain pièce unique rouge et rose fuchsia qui agressait les yeux. Elle tendit deux petits bouts de plastiques orange à Robin qui commença à les gonfler. Il les lui glissa au bras et Luna se retrouva avec deux brassières, trois fois plus grosses que ses bras fins. Draco se mordit les lèvres pour ne pas se moquer.

Luna n'y fit pas attention et glissa sa petite main dans la sienne, comme si ça avait été son grand frère. Peter les charrièrent en chantonnant qu'ils étaient amoureux, ce qui énerva au possible Draco.

Pris d'un accès de colère, ce dernier donna un violent coup de pied dans les parties de son camarade de chambrée ce qui fit sursauter la petite Luna.

Peter tomba à genoux, les mains au niveau de l'entrejambe, à hurler de douleur. Luna suçota son doigt d'un air distrait et compta les Nargoles au plafond alors qu'une autre fillette, prise d'une crise d'hystérie, commença à tirer sur ses couettes.

– Qui a fait ça ? vociféra Robin alors que les deux maîtres nageurs arrivaient d'un air nonchalant.

Les cris provoquèrent une sorte de crise d'asthme chez un garçonnet qui se laissa glisser le long du mur. Robin prit sur lui, conscient qu'il n'aggraverait que la situation en haussant la voix.

– Je peux savoir qui a fait ça, s'il vous plaît, dit-il d'un ton plutôt calme.

Draco regarda ailleurs et ce simplement mouvement le trahit.

– Bon, on y va. On règlera ça une fois de retour au centre. Allez-y, je vais m'occuper de Peter.

Les enfants suivirent les deux maîtres nageurs tandis que Robin et Peter restaient dans les vestiaires. Draco regarda plusieurs fois par-dessus son épaule, une bête grondant dans son ventre. Une fois dans le complexe nautique, les enfants furent répartis en plusieurs activités.

Pourtant, Draco resta avec le groupe le plus faible. Luna ne savait pas nager et avait du mal à se détacher de lui. Ce fut toute une épreuve pour qu'elle ose s'aventurer dans l'eau légèrement froide. Au bout d'une vingtaine de brasses, Luna était si fatiguée que Draco la prit sur son dos.

– Tu sais, finit par formuler Luna, je t'ai trouvé très ordinaire dans les vestiaires.

– Ordinaire ? répéta Draco en continuant de nager.

Ordinaire n'était pas un compliment dans la bouche de la fillette.

– Oui, il y avait bien plus original à faire pour qu'il se taise.

– 'Pas envie de réfléchir, maugréa Draco.

– Je suis lourde ?

– Non.

– Et là, je suis lourde?

– Non.

– Dana m'a dit que j'étais lourde dans les vestiaires.

Draco s'approcha du rebord de la piscine pour faire une pause.

– Tu crois que ça veut dire que je suis trop grosse ?

Il fit non de la tête.

– C'est quelque chose de pas gentil. Mais ne l'écoute pas. Dana est stupide, comme Robin.

– Je croyais que tu aimais bien Robin...

– Avant. Maintenant, je le déteste.

– Qu'est-ce qu'il a fait de mal ?

Draco réfléchit un moment avant de souffler :

– Il est comme tous les autres adultes.

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Draco ferma sa valise. Luna était assise sur son lit, les yeux rivés au plancher. Il s'assit à côté d'elle et remarqua qu'elle pleurait.

– Tu crois qu'on se reverra quand on sera grand ? sanglota-t-elle.

– Je ne sais pas. Je ne suis même pas sûr de faire tout ce que je veux, plus tard. Mais pleure pas. T'en rencontreras d'autre des Draco fêlés.

– Moi, j'adorais quand on jouait à Peter Pan.

– Tu étais une très belle Wendy.

Luna sourit.

– Quand tu seras grand, tu te vois comment ?

– Et toi ? rétorqua le petit garçon.

– Moi, je me vois... très jolie, avec... une girafe dans mon jardin et une magnifique robe jaune. Oh, et je vivrais dans une fusée pour toujours être proche des étoiles et de maman. Quand je reviendrais sur terre, je viendrais te voir. Tu t'occuperas de ma girafe pendant ce temps, dis ?

– Bien sûr. Elle sera la bienvenue. Moi, plus tard, je vois rien.

– Rien ? Comment ça rien ?

Il haussa des épaules.

– Je ne sais pas... Je serai déjà heureux si je survivais au collège.

– Il paraît que le plus cool c'est le lycée.

– Et après, il se passe quoi ? Je veux dire, pour de vrai. Je sais que je serai content de conduire ma propre voiture, de rentrer tard le soir quand je le veux, mais après, il se passe quoi... pour de vrai, répéta Draco.

Les deux enfants restèrent là, en silence.

– Il ne t'arrive jamais, reprit Draco, de te dire que tout ça c'est... c'est peut-être pas toi, que le vrai toi t'attend quelque part ?

Luna fit non de la tête.

– La vraie moi est ici a dit ma maman, répondit-elle en pointant du doigt son cœur.

Le petit garçon ne semblait pas se contenter de cette réponse. Il tira sa valise vers lui en se levant.

– Je te dirai dans quelques années si elle avait raison.

Il quitta la pièce et descendit les escaliers. En bas, ses parents l'attendaient. Ils avaient fait le chemin jusqu'à Londres pour le récupérer. C'était son dernier jour au centre. La directrice partagea avec eux les dernières recommandations.

– N'hésitez pas à nous recontacter en cas de besoin. Ce fut un véritable plaisir de vous avoir parmi nous.

Elle sourit hypocritement en ouvrant grand la porte. Ce jour-là, il faisait très gris et Draco avait juste envie de prendre ses jambes à son cou, de courir et mettre le plus de distance possible entre ce lieu et lui.

En montant dans la voiture, il vit Luna le visage collé contre la fenêtre du second étage. Ils démarrèrent et la figure de la fillette ne devint qu'un point parmi tant d'autres.

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À la maison, rien n'avait changé. Toutefois, le luxe insolent du Manoir Malfoy frappa les yeux de Draco après avoir vécu aussi longtemps dans un cadre sommaire.

Ce qui n'avait été autrefois qu'un détail architectural lui semblait aujourd'hui être une profonde injustice. Quelque chose ne tournait plus rond.

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Lucius et Narcissa annoncèrent à leur fils qu'il rejoindrait le pensionnat en septembre prochain avec Pansy et Théodore. Draco se mit en tête d'être irréprochable jusqu'à la rentrée.

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L'été s'écoulait lentement, comme un ruisseau dans une plaine à l'abri des vents. Théodore lui manquait. Deux ans et demi qu'il ne l'avait pas vu.

Aura-t-il changé ?

À quoi ressemblera-t-il ?

Seront-ils encore amis ?

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Draco fut happé par les images brumeuses d'élèves disant au revoir à leurs parents tandis que d'autres étaient déjà installés dans les différents wagons. Une mère serrait fort contre sa poitrine des jumeaux qui devaient sans doute avoir le même âge que lui.

Parmi la foule, quelques-uns chuchotèrent sur le passage de Draco. Apparemment, sa réputation n'était déjà plus à faire. Un panache de fumée s'éleva de la locomotive rouge rutilante, impatiente de sillonner les prairies verdoyantes du nord de l'Angleterre.

Draco suivait docilement son père qui poussait le chariot contenant ses bagages. Un nouvel au revoir en préparation. Draco en était vacciné. Sa mère, à court de mot, déposa un baiser sur sa joue avant qu'il ne monte à bord. Pour conserver les apparences, il leur fit un rapide signe de la main jusqu'à ce que le train s'en aille.

Lorsque les silhouettes de ses parents furent enveloppées de brume, Draco se décida à bouger. Il jeta des coups d'oeil à tous les compartiments sur sa route, impressionné de voir qu'autant d'enfants se connaissaient déjà.

– Draco, c'est bien toi ? s'écria une voix suraiguë derrière son dos.

Il fit volte-face. C'était Pansy. Elle n'avait plus cette affreuse coupe et deux petites choses semblaient avoir poussées sous son pull. Gênée, elle reprit :

– Je suis vraiment heureuse de te voir.

– M-Moi aussi, balbutia-t-il.

– Viens ! Je suis dans un compartiment avec Blaise.

– Mmh, je ne pense pas venir. Je cherche Théodore.

– Oh, ça tombe bien ! Il y est aussi !

Draco dissimula mal son soupir contrarié et la suivit. Elle fit coulisser une porte et entra. Théodore était bel et bien là, jouant une partie de cartes sur la banquette avec Blaise.

Celui-ci leva les yeux vers Draco et dit :

– Je ne veux pas du fou avec nous.

– Il n'est pas fou, certifia Pansy.

– Comme t'as changé Draco ! s'émerveilla Théodore.

– Toi aussi.

Il s'apprêtait à dire quelque chose quand Blaise accapara à nouveau l'attention de son ami. Durant tout le trajet, Théodore ne lui adressa plus la parole. Pansy s'endormit à mi-chemin.

Le chariot de confiserie passa et Draco acheta des FizzWizzBizz mais se rendit compte que cela ne serait plus suffisant pour obtenir l'amitié de Théodore. Blaise avait acheté un seau entier de barbe à papa et une boîte de chocolats fourrés à la crème.

Piteusement, Draco rangea son sachet et trouva un magazine sous son siège. Il le feuilleta discrètement. Il s'agissait de guitares électriques et de chroniques musicales.

– À votre avis c'est quoi un rock-critique ? demanda Draco aux deux autres garçons.

– Aucune idée, répondit sincèrement Théodore.

– En tout cas, ça doit pas gagner beaucoup, ajouta Blaise.