-Tabitha Donovan, ouvre cette porte!

J'ignorai les martèlements de Liz et continuait à fixer la jupe blanche de ma robe. J'étais déjà pomponnée, fardée et apprêtée. Tout était sous contrôle. Mon mariage avec Seth promettait d'être plus que parfait. Les invités étaient tous arrivés. Le jardin était magnifiquement décoré. Mon grand-père et mon oncle Pat se disputaient pour m'amener à l'autel étant donné mon absence de père. Tout se déroulait comme prévu.

Jusqu'à ce que j'enfile ma robe et me mette à paniquer. Alors je me suis enfermer dans la chambre et refusait de parler à quiconque.

-Tabie chérie, je t'en pris, dis-moi ce qui ne va pas.

Ma mère et Liz essayaient sans succès de me faire sortir. Je ne voulais pas leur parler. Leur expliquer. Elles ne comprendraient pas. Ma mère était déjà énervée que sa fille de presque dix-neuf ans se marie avant elle. Et Liz trouvait ça tellement romantique et elle avait crié jusqu'à ne plus avoir de voix lorsque je lui avais demandé d'être ma demoiselle d'honneur.

Oh mon Dieu! Je vais me marier et je n'ai même pas encore dix-neuf ans! Que vais-je faire? C'est arrivé pour vrai, là! Ce n'est plus seulement un beau rêve dans un futur lointain. Ça arrive pour vrai! Je ne peux pas faire ça! Je ne peux pas!

-Ça y est, je l'ai!

La voix de Nadine interrompit les supplications des deux autres. Liz poussa un cri.

-Non! Il ne faut pas qu'il voit la robe!

-S'il la voit, ça veut dire qu'elle aura ouvert cette foutue porte! On peut bien sacrifier les traditions!

La voix grave et posé de Seth attira mon attention.

-Pouvez-vous nous laisser seuls? Je vais lui parler.

J'entendis les filles descendre en marmonnant. Je me couvris le visage de mes mains. Comment vais-je m'en sortir?

-Tabie? Tu veux bien me laisser entrer?

Que vais-je faire?

-Mon amour, je t'en pris, parle-moi.

Pauvre Seth, je le mettais tout à l'envers.

-Tabie? Action ou Vérité?

Je dégageai mes mains et regarda la porte. Je pouvais presque voir Seth, le front contre le bois qui se creusait la tête pour comprendre mon comportement.

-Vérité.

Je l'entendis soupirer.

-M'aime-tu?

J'eu un léger sourire et me leva pour déverrouiller la porte. Lorsque Seth me vit, il soupira de soulagement.

-Je crois que tu connais très bien la réponse.

Il eu un sourire en coin et je retournai m'assoir sur le lit. Seth me suivit et s'assit à côté de moi.

-Dis-moi ce qui ne va pas.

J'haussai les épaules. Voir Seth dans son costume et se faisant du souci pour moi m'intimidait un peu sans que je sache pourquoi.

-Tabie, j'étais sur le point de me rendre à l'autel. Tout le monde nous y attend. Et là, Nadine vient me chercher pour me dire que ma fiancée s'est enfermé à double tour dans sa chambre et refuse de parler à qui que ce soit. Mets-toi à ma place, je m'inquiète un peu là.

Je pris une profonde inspiration.

-Je panique.

Il ne sembla pas comprendre ce que je voulais dire.

-Moi aussi je suis nerveux, mais c'est normal, il ne faut pas t'en faire avec ça.

-Non, tu ne comprends pas. Je crois… je crois qu'on devrait annuler la cérémonie.

J'entendis sa respiration bloquée. Je le sentis se raidir. J'imagine que c'est la pire chose qu'une fille peut dire à son futur mari à quelques minutes de la cérémonie. Je baissai les yeux sur la ficelle à mon doigt. Tout prenait tellement son sens lorsque j'avais accepté à ce moment-là. Pourquoi maintenant, j'avais l'impression d'être sur le point de faire une énorme erreur?

-Je t'en pris Seth, dis quelque chose.

-Pourquoi? Tu ne m'aime plus?

-Ce n'est pas ça. Je t'aime et ça ne changera jamais. Le problème n'est pas que j'ai peur de ne pas t'aimer suffisamment. C'est juste le mariage en tant que tel.

Il fronça les sourcils.

-Je ne comprends pas.

-Seth, tu as fêté tes dix-neuf ans il y a un mois. Je vais bientôt les fêter moi aussi. Je viens à peine de commencer la fac…

-C'est parce que je ne vais pas à la fac? C'est pour ça que tu as des doutes?

Après notre graduation, Seth avait décidé de laisser tomber les études pour travailler dans un garage. Il ne pouvait pas trop s'éloigner à cause de la meute de toute façon. Sam lui avait déniché un boulot. Moi, j'allais à la fac de Seattle pour devenir infirmière. On se voyait chaque week-end et on s'appelait chaque jour.

-Bien sûr que non! On en a déjà discuté : je me fiche que tu aille à la fac ou non, ce n'est pas ça l'important.

-Pourquoi alors?

-Ok, on se marie et puis quoi? On emménage dans une jolie maison dans la réserve? On a deux point deux enfants, un chien et cinquante pourcent de chance de divorcer? Tu vas travailler dans un garage et faire tes patrouilles avec la meute le soir pendant que moi je vais border nos enfants et faire des cookies? On va se donner un baiser avant de partir le matin et se retrouver au lit pour lire chacun de notre côté jusqu'à ce qu'on s'endorme? J'ai dix-neuf ans Seth! Pas quarante, merde! Je suis jeune, c'est supposé être les plus belles années de ma vie devant moi. Je ne veux pas me ranger tout de suite. Je veux danser, je veux crier, je veux rire, pleurer et perdre la tête. Je veux vivre ma jeunesse. Et je veux la vivre avec toi. Mais pas comme un vieux couple barbant!

Je risquai un regard vers mon fiancé. Il fit la moue et acquiesça avant de sourire.

-Là, je te retrouve! J'avoue que j'étais surpris que tu accepte que le mariage arrive aussi vite. Du moins, avant que tu termine la fac. Tu es tellement indépendante. Personnellement, je veux seulement que tu sois heureuse. Je sais déjà que je vais passer le reste de mes jours à te supporter, alors je n'ai pas besoin qu'une trentaine de personnes nous regardent nous afficher.

-Une trentaine? Tu délire, pratiquement toute la réserve est là! Ta mère et ma grand-mère ne doive plus se parler. Ensemble, elles font des folies.

Il éclata de rire. Je souris. Je savais qu'il saurait me comprendre et me rassurer. Parce qu'il m'aime.

-Alors, on fait quoi maintenant?

Il réfléchit et me pris la main pour admirer la ficelle nouer à mon doigt.

-Et bien, on reste fiancé, mais on reporte le mariage pour quelques années. Je suis tellement nul en déclaration que je ne veux pas subir une autre humiliation en redemandant ta main. Et j'aime bien t'appeler ma fiancée. Ça sonne tellement mieux que « ma petite amie ».

J'éclatai de rire. La porte s'ouvrit et mon oncle et mon grand-père rentrèrent.

-Tabie, dis à ce vieux grincheux que c'est bien mieux que ce soit moi qui t'escorte. Son dos est tellement vieux qu'il risque de ne même pas réussir à descendre l'escalier!

-C'est quoi cette façon de parler de son père? Tabitha vit sous mon toit. Je l'ai élevée, je l'ai vu grandir. Et si je suis capable de monter l'escalier, je peux très bien le descendre.

-Les garçons, sortez de cette chambre. Je vous ai dit que Jenny allait amener Tabitha à l'autel. Regagnez vos places. Oh, Seth! Tu n'as pas le droit de voir la mariée avant la cérémonie! Mon dieu, mon trésor, tu es tellement belle, je vais pleurer.

Je crois que ma grand-mère va bientôt faire une crise cardiaque si ça continuait comme ça.

-Jenny ne peut pas la porter à jusqu'à l'autel. Traditionnellement, c'est l'homme de la famille. Qui, au passage, n'est pas toi, Pat.

-C'est injuste, moi, je n'ai pas de fille. Tabitha est ma seule chance de vivre ça! Toi, tu vas toujours pouvoir amener Jenny l'autel le jour de son mariage.

Mes grands-parents eurent un éclat de rire moqueur.

-Mon garçon, Tabitha est également ma seule chance. Voilà bien longtemps que j'ai renoncé à voir ta sœur se marier.

Ma grand-mère hocha la tête.

-On sait tous que ça n'arrivera pas.

-Quoi?!

On se retourna tous pour voir ma mère, complètement choquée et offusquée.

-Excusez-moi, ai-je bien entendu? Ma propre famille ne croit pas à mes chances de trouver l'âme sœur! D'accord, ma fille se marie avant moi, mais ça ne veut pas dire que ça ne sera pas moi en robe blanche la prochaine fois. Peut-être même bientôt. Famille indigne!

Elle tourna les talons et fit une sortie dramatique comme elle adorait. Tout le monde lui courait après, se confondant d'excuses. Sauf Seth et moi. Il se tourna vers moi :

-J'ai une meilleure idée…

Il se leva, me prit la main et me tira jusqu'à ce que je suis collé à son torse. Il approcha ses lèvres près de mon oreille.

-Et si on séchait la cérémonie et qu'on s'enfuyait. Juste toi et moi.

-Sans avertir personne?

-Tu tiens vraiment à affronter ta famille en ce moment?

Non. Vraiment pas.

-Je partirai comme ça?

Je désignai ma robe. Elle était, certes, simple. Une longue robe-bustier en soie blanche sans froufrou. Mes cheveux était à moitié relevés et piqués de fleurs blanches provenant du jardin de ma grand-mère. Cependant, ça restait tout sauf pratique pour bouger. Seth avait laissé tomber les chaussures vernis pour des baskets et avait un t-shirt sous sa chemise. Il était bien mieux équipé que moi pour s'enfuir.

-Pourquoi pas? Tu es magnifique. J'aimerais garder cette vision le plus longtemps possible. Tu peux changer tes chaussures, ça oui. Les talons, ça doit faire mal.

-Ça oui! C'est pourquoi je n'en ai pas.

Je soulevai ma robe pour y montrer les ballerines blanches que j'avais subtilement chaussées contre les escarpins blancs que ma mère m'avait procurés. Seth sourit.

-Alors ma poulette, prête pour la grande escapade?

-Bien sûr, mais que prépares-tu?

Il se dirigea vers la fenêtre et l'ouvrit. Je sursautai en le voyant sauter. Je m'approcher et le vit sur ses deux pieds, les bras ouverts et son sourire spécial sur le visage.

-Saute, je te rattrape.

Normalement, j'aurai refusé en le traitant de cinglé mais j'avais plus confiance en Seth que jamais et je savais qu'il ne me laisserait pas tomber. J'enjambai prudemment la fenêtre pour ne pas déchirer ma robe, refoulant les mauvais souvenirs que la situation faisait ressortir. Puis je sautai. Seth me rattrapa et je souris.

-Prête à partir, Madame Clearwater?

-On n'est pas marié, Monsieur Clearwater, vous devez confondre avec votre mère.

-Tabie, ça fait longtemps que, pour moi, tu es ma femme.

Et il me porta jusqu'à sa voiture, évitant les invités. Une fois installés, il démarra et me jeta un coup d'œil.

-Combien de fois vais-je devoir te dire de ne pas mettre tes pieds là?

-Encore un bon millier de fois au moins. Je ne compte pas partir de sitôt. C'est le prix à payé pour m'avoir demandé en mariage.

Il me sourit et prit ma main qu'il porta à ses lèvres.

-Un bien petit prix.

Et on partie, laissant tout le reste derrière.