Lorsque Remus se réveilla après une courte nuit agitée, confus, il se demanda durant quelques brefs instants où il se trouvait. Avant que tout ne lui revienne brutalement en mémoire, comme chaque matin. Malgré les jours qui passaient, il ne parvenait pas à s'habituer à sa situation actuelle, cela lui faisait toujours comme un choc.

Les membres endoloris, il rampa sur quelques mètres pour atteindre l'écuelle d'eau sale posée dans un coin de la grotte. Faisant fi de sa répulsion, il but quelques gorgées en grimaçant, avant de s'appuyer contre le mur irrégulier derrière lui, en une position la moins inconfortable possible. Au loin, il entendait le hurlement du vent dans les arbres, le bruissement des branches et les clapotis du ruisseau. Depuis combien de temps se trouvait-il ici ? Il avait perdu le compte des jours. Il ne savait même plus s'il faisait nuit ou non.

Fermant les yeux, il tenta d'imaginer, derrière ses paupières closes, une scène plus chaleureuse. La cuisine des Weasley. Le feu dans la cheminée. La bonne odeur de la cuisine de Molly. Les rires des jumeaux. Les yeux verts de Harry. Cela l'apaisa quelque peu.

Puis le visage de Nymphadora s'imposa à lui, accompagné d'un coup de poignard dans les entrailles. Cela lui faisait autant de bien que de mal de penser à elle. Ses yeux pétillants, ses cheveux roses, son sourire, son souvenir le calmait. Mais cette vision s'accompagnait également d'une culpabilité et d'une amertume familières. Il se sentait coupable pour le rejet net et catégorique qu'il lui avait opposé quelques heures à peine après la mort de Sirius. Et amer car jamais il ne pourrait s'excuser ou retirer ces mots. Il ne pouvait pas lui donner de faux espoirs, il devait garder ses distances. L'amour ne compensait pas leur différence d'âge, sa pauvreté ou le danger qu'il représentait. Il n'avait rien à lui offrir.

Avec une certaine cruauté envers lui-même, il tentait de se persuader que cette longue mission aurait au moins le mérite d'effacer l'attirance que ressentait pour lui Nymphadora. Durant ces sept ou huit mois d'absence, elle aurait sûrement l'opportunité de rencontrer quelqu'un d'autre. Un homme jeune et sain, qui saurait prendre soin d'elle bien mieux qu'il ne le pourrait jamais.

Remus poussa un soupir douloureux, rouvrant les yeux sur la froide obscurité de la grotte. Son estomac le tiraillait, il mourait de faim. On l'avait abandonné ici quelques jours plus tôt, après avoir été capturé par la meute d'Alannah. En réalité, il était tombé dans leur piège intentionnellement, espérant ainsi parler à leur alpha. Mais depuis, il n'avait aperçu âme qui vive, et il craignait qu'on ne le laisse mourir ici en représailles.

Soudain, alors que son estomac émettait un énième grognement de protestation, il perçut un bruit de pas qui se répercutait sur les façades de pierre de sa prison improvisée. L'oreille tendue, les yeux plissés, il attendit avec impatience. Quelques secondes plus tard, une silhouette émergeait de l'ombre face à lui, portant une torche.

Le feu éclairait un visage d'une beauté sculpturale, orné de pommettes hautes et de lèvres charnues. Ce charme était cependant atténué par une bestialité qui le fit se figer d'effroi. Les grands yeux bleus étaient froids, féroces, et le long corps musclé à peine dissimulé par des vêtements en lambeaux était couvert de blessures.

— Alannah, je présume, murmura Remus.

La jeune femme resta impassible, le détaillant attentivement. Elle n'eut qu'à hocher la tête d'une manière imperceptible pour que deux loups, tapis dans l'ombre derrière elle, s'avancent et mettent Remus sur ses pieds sans ménagement.

— Ton nom, ordonna-t-elle.

Il avait déjà entendu cette voix quelque part, mais où ? Il repoussa cette question loin dans son esprit, ce n'était pas ce qui était le plus important au moment présent.

— Remus Lupin, répondit-il.

Autant jouer cartes sur table. Gagner sa confiance, lui présenter l'Ordre, la convaincre de les rejoindre. Tels étaient les buts de sa mission.

— Depuis quand votre meute s'est-elle jointe aux Mangemorts ?

Sa voix n'était que froideur glaciale, sa posture rigide. Sous ses dehors humains, Remus sentait la sauvagerie du loup.

— Rohan a été forcé d'abdiquer face à Greyback, expliqua-t-il rapidement. Nous étions surveillés nuit et jour par ses hommes et n'avons pas eu d'autres choix que de vous attaquer.

Alannah eut de nouveau un sourire qui n'en était pas un. Elle pencha la tête de côté, intriguée.

— Tu penses joindre ma meute en coopérant ? demanda-t-elle d'une voix doucereuse.

Remus soutint son regard, se répétant intérieurement, comme un mantra, qu'il se devait de gagner sa confiance. Et il ne pouvait pas le faire en se montrant lâche. Alannah l'évalua avec attention durant de longues minutes, sans lâcher ses yeux une seule fois. Il avait la désagréable impression qu'elle lui fouillait l'âme.

— Relâchez-le, dit-elle enfin à ses sbires.

Remus tomba à genoux, trahissant la faiblesse de son corps affamé.

— Bienvenu parmi nous, Remus, et sa voix n'était qu'un chuchotis. Si je découvre que tu m'as menti, tu seras le premier à payer.

Elle tourna les talons, et soudain, Remus se souvint où il l'avait déjà vue. A la Taverne du Sanglier, il y avait des mois de cela, alors qu'elle parlementait avec Macnair. Suite à leur rendez-vous, il l'avait filée jusqu'à ce qu'elle disparaisse brusquement dans la forêt. Un filet de sueur froide coula le long de son échine. Qu'est-ce que cela pouvait bien vouloir dire ? Des centaines de suppositions se mirent à défiler dans sa tête, il n'eut cependant pas le temps d'approfondir le sujet. Alannah avait disparu, mais les deux autres loups étaient toujours là, attendant avec impatience que Remus les suive. Le visage lisse, il se redressa le plus rapidement possible et les suivit hors de la grotte. Un campement se dressait à une centaine de mètres de là, accroché au flanc d'une montagne.

— Depuis combien de temps étais-je enfermé ? demanda-t-il à un de ses guides.

Il peinait à les suivre et devait presque courir pour rester à leurs côtés, le souffle court.

— Cinq jours, répondit laconiquement le plus grand d'entre eux.

Remus se remit à réfléchir, silencieux. S'il ne se trompait pas, cela allait bientôt faire huit mois qu'il était parti en mission. Et selon les consignes de Dumbledore, il avait réussi à s'éclipser durant les cinq premiers mois, l'espace de quelques heures, pour passer une soirée avec l'Ordre. Malgré sa réticence du début, il devait avouer qu'il était ainsi plus facile de s'accrocher à son humanité et de se différencier de ces loups-garous presque entièrement sauvages.

Mais cela faisait maintenant trois mois qu'il n'avait pas pu donner signe de vie, depuis le repas de Noël à vrai dire. La présence constante de Greyback et sa meute ne lui avait pas facilité le travail. Les autres devaient sûrement s'inquiéter. A présent qu'il était plus libre de ses mouvements, il espérait pouvoir au moins leur transmettre un signe, leur signifier qu'il allait bien.

Et peut-être par la même occasion pourrait-il demander subtilement à Arthur comment se portait Nymphadora. Poser la question à Molly était équivalent au suicide. A chaque fois qu'ils s'étaient vus, au début de sa mission, elle n'avait cessé de lui dire qu'il se comportait comme un idiot. Il n'avait pas besoin d'entendre ça. Arthur, au moins, ne ferait pas de commentaires.

Ne restait plus qu'à trouver un moyen d'entrer en contact avec l'ordre sans éveiller les soupçons d'Alannah. Plus difficile à dire qu'à faire.


RAR Lu : C'est moi qui te remercie pour tes reviews ! :D Le format est frustrant, je sais, mais mon but était vraiment de faire de courts textes, des extraits de leurs vies, et non une fiction longue, format que je ne pense pas avoir pu manier parce que je ne connais pas ce couple encore très bien. :) Merci beaucoup pour ta lecture et ta review, ça me fait très plaisir. A bientôt ! :)