Secret scars

Toutes les étoiles du ciel – Thranduil

On t'accuse d'être toujours sévère, sérieux et de ne penser qu'à des choses égoïstes. On t'accuse de ne pas se soucier des problèmes du monde extérieur. On te reproche d'être fermé d'esprit, froid, vindicatif, intolérant. Les nains te haïssent car tu leur as refusé toute assistance quelle quel soit. Ils ne demandaient pas grand-chose. Un abri, de la nourriture, des soins. Mais tu leurs as fermé la porte sans même qu'ils aient le temps de toquer et ils te tiennent à présent pour seul responsable de leur malheur. Tu les laisses penser, parler, cela ne te dérange pas outre mesure. Ils ne savent pas. Ils ne savent rien de ce que tu as traversé, de ce que tu as enduré. Tu n'es pas le seul à avoir perdu des êtres chers, à avoir combattu un puissant ennemi. Tu t'en souviens comme si c'était hier. C'était une alliance entre les elfes et les hommes. Pas de nains. Ils ont refusé de sacrifier leur peuple pour une cause perdue.

Tu leur as rendu la pareille.

Mais cette race semble avoir la mémoire courte pour certaines choses et restent persuadé qu'ils sont dans leurs droits de t'accuser de ce qui leur est arrivé. Tu ne cherches pas à prétendre le contraire, loin de là. Tu ris juste intérieurement lorsqu'ils te disent que tu n'as rien fait pour eux quand eux n'ont rien fait pour toi. De plus, pourquoi aiderais-tu des voleurs. Ces pierres blanches qui t'appartiennent, ces nains hypocrites refusent de te les rendre. Elles ont bien plus de valeurs à tes yeux que l'Arkenstone. Beaucoup plus. Mais tu es patient. Tu sais bien qu'un jour viendra où elles te reviendront enfin. Tu n'as qu'à attendre. Tu as tout ton temps.

La bataille fait rage et tu ne parviens qu'à grande peine à savoir où donner de la tête. Il y a des ennemis partout et tu as l'impression que cela ne sert à rien. Un meurt, trois chargent de front. Tu parvient à les occire in extremis, mais tu sens, tu le sais, cela ne durera pas bien longtemps. Tout elfe que tu es, tu es tout à fait capable de ressentir de la fatigue et cette dernière semble sournoisement s'insinuer dans ton corps et dans ton esprit. Doucement, sûrement, tu commences à baisser les bras. Voilà des heures que tu virevoltes, plante ton épée, la ressors et recommence de trancher la chair inlassablement. Le geste est répétitif et la sueur coulant de ton front jusque dans tes yeux te pique et tu ne peux rien faire contre cela. Tu luttes contre des ennemies en surnombre et ton propre corps qui se fatigue doucement, mais sûrement.

Tu ne sais pas où se trouve ton géniteur et tu n'as pas vraiment le temps de t'en soucier. Tu le sais très bon guerrier, tu ne t'inquiètes alors pas quant à sa capacité de survie. En plus de ton instructeur, c'est lui qui t'a appris à manier l'épée et l'arc et, même encore, tu n'as encore jamais réussi à le battre. Toujours plus fort que toi et de ton enseignant. Lorsque Elrond vous a envoyé un émissaire pour vous faire part de cette guerre, Oropher a immédiatement répondu à l'appel. Il n'était pas alors prévu que tu l'accompagnes, mis ton entêtement a eu raison du sien.

Tu commences à regretter ta décision.

Il voulait que tu restes à Vert-Bois-le-Grand. Tu aurais du écouter.

Des éclaireurs reviennent et t'apprennent que des nains ont pénétré ton territoire. Ton verre de vin s'arrête au bord de tes lèvres tandis que ta bouche se pince et que tes sourcils se froncent. Ce genre de visite est loin d'être commune et tu ne peux t'empêcher de te demander ce que diable ils peuvent bien faire sur tes terres. Tu demandes alors des précisions et l'un d'eux assurent avoir reconnu Thorin Oakenshield, fils de Thrain, fils de Thror, seigneur de la Montagne Solitaire. La lumière se fait alors dans ton esprit et tu reposes avec calme et assurance ta coupe pleine de ce nectar que tu apprécies particulièrement. C'est alors que ton fils apparaît.

Legolas. Je veux que tu interceptes ces nains qui traversent notre forêt.

Devons-nous les mettre dans les geôles ?

Tous sauf un. Tu m'amèneras Thorin Oakenshield.

Il n'y a pas d'autres questions et c'est très bien ainsi. Tu n'aimes guère que l'on te fasse un interrogatoire. C'est toujours agaçant et tu n'as que fort peu de patience. Tu reprends enfin ton verre et avale quelques gorgées de ton vin de première qualité. Tu ne prends jamais n'importe quoi. Et, même envers tes prisonniers, tu ne te montres pas avare. Tu leur prives certes de leur liberté parfois pendant des années, mais il n'empêche qu'ils reçoivent chaque jour de la très bonne nourriture. Qu'ils s'estiment heureux, tu n'es pas de ceux qui leur donne seulement du pain sec et un cruche d'eau dans une cellule plus qu'insalubre et sombre jusqu'à oublier leur existence et même le jour de leur emprisonnement. Non. Tu penses à eux à ta manière. Tu t'occupes de certains détails et de quelques problèmes que ton peuple rencontre, cachant parfaitement ton impatience de retrouver enfin ce monarque sans terre. Tu ne te fais pourtant pas d'illusion.

C'est un nain.

Père !

Tu le cherches et le cherche, mais ne le retrouve absolument pas. Tu marches sur les cadavres humains, elfes et orques confondus, cherchant désespérément le corps de ton géniteur tout en priant tous les dieux qu'il ne fasse pas partie des victimes de cette guerre atroce. Ton visage est pâle et tu te sens tanguer à chacun de tes pas. Ton visage te fait horriblement souffrir, mais tu te refuses catégoriquement de te laisser aller. Tu dois continuer à le chercher. Tu dois le trouver. Ton épée dégoulinante de sang noir trace un sillon sur le sol boueux, vague écho de ta lente marche. Il y avait de la vie, autrefois, ici. C'était une plaine nue, verdoyante où les animaux étaient encore présents. Mais depuis la prise de pouvoir de Sauron, tout est mort, tout n'est que poison mortel.

Père ! Continues-tu d'appeler.

Les secondes passent aussi lentement que des minutes et tu te sens faiblir petit à petit. Tu ne tiendras pas plus longtemps. Tu ne peux plus lutter. Tu tombes à genoux, épuisé. Éreinté. Tu n'entends que très vaguement des membres de ton peuple te parler. Tu ne sens pas leurs mains t'empoigner pour t'aider à te soulever. Tu n'as que le mot « père » qui veuille encore bien sortir de ta bouche. Tu n'as pas encore réalisé que tu ne vois plus que d'un seul œil.

On ne t'a pas encore dit que le cadavre de ton paternel a été retrouvé.

On ne te ramène que le prince héritier et tu t'en trouves fâché. Tu n'aimes pas savoir des nains en liberté sur tes terres. Que cela ne tienne, c'est avec lui que tu désires t'entretenir. Tu n'as que faire de ses comparses. Vous vous jaugez du regard, refusant l'un l'autre de déclarer forfait. Il est fier, tu es sur ton territoire. Cela ne change malheureusement pas au fait qu'à chacune de tes questions posées, il ne consent qu'à te répondre qu'il est affamé. Cela comment doucement à t'agacer.

Tu n'as que faire de son estomac.

Pourquoi vous et les vôtres avez-vous essayé par trois fois d'attaquer mes gens au cours de leurs réjouissances ? Demandes-tu encore une fois.

Nous ne les avons pas attaqués, répond-il nous étions venus mendier, parce que nous étions affamés.

Où sont vos amis à présent, et que font-ils ?

Je n'en sais rien, mais je pense qu'ils crèvent de faim dans la forêt.

Que faisiez-vous dans a forêt ?

Nous cherchions e quoi boire et manger parce que nous étions affamés.

Mais qu'est-ce qui vous a amenés là, de toute façon, fais-tu avec colère.

Ta très grande patience a malheureusement des limites.

Le nain refuse de répondre et tu n'en peux plus de ses réponses qui ne te fournissent aucunes informations quant à ses intentions. Très bien, s'il le prend ainsi…

Bon ! Emmenez-le et gardez-le étroitement jusqu'à ce qu'il se sente disposé à dire la vérité, dût-il attendre cent ans.

On dirige alors ce nain hors de ta vue et tu attends qu'il n'y ait plus personne pour te voir pour te permettre de te pincer l'arête du nez et de te masser les temps avant de boire cul sec une coupe de vin rouge. Tu ordonnes ensuite à ce que l'on double les éclaireurs ainsi qu'on ferme les portes de ta demeure. Plus personne ne sort et pas âme qui vive ne doit rentrer. Même stupide et irraisonnable, tu sais les nains loyaux envers leur leader et leur honneur. Jamais ils ne trahiront Thorin et jamais ils ne l'abandonneront à tes soins. C'est tout à fait ce que tu attends. Peut-être qu'en capturant ses suivants, le fils de Thrain se montrera plus coopératif.

C'est ce que tu espères.

La douleur est sans égale et tu n'as de cesse de crier encore et encore tandis que des soigneurs s'occupent de tes plus graves blessures. Il y en a beaucoup et certains se demandent comment tu as bien pu y survivre, surtout face au feu d'un dragon qui s'était allié au Prince du Mal pour vous attaquer et cracher ses flammes pendant la bataille. Tu e sais pas du tout si vous avez réussi à l'occire. Tu sais juste que la douleur est insoutenable et que les paroles rassurantes des soigneurs ne font rien pour t'apaiser. Tu appelles père, tu appelles ton épouse, mais personne ne répond. Personne ne vient. Ils sont tous deux morts et on ne t'a toujours rien dit. Pourquoi. Où sont-ils ? Tu veux savoir.

Tu dois savoir.

La douleur te fait perdre connaissance à plusieurs reprises et il faut attendre quelques semaines pour que tu cesses de hurler ta géhenne. Tu sais qu'on a chuchoté et craint que tu en perdes la raison, mais tu as l'impression que c'est l'exact contraire. Ton esprit va très bien, même mieux que jamais. Tu ne cherches pas à te débarrasser des tissus qui entoure et dissimule la moitié de ton visage et, malgré ton esprit encore embrumé, tu sais exactement où tu te trouves dans la Dernière Demeure Hospitalière de l'Ouest. Autrement dit, tu te trouves dans la cité d'Imladris, chez le seigneur Elrond. Tu reconnais ces murs et c'est comme s'il y avait énorme poids en moins sur tes épaules. Tu te souviens que la guerre est terminée et que vous l'avez gagné. Sauron a été défait et est peut-être même mort. Tu l'espères. Tu ne veux plus jamais avoir à faire avec lui Ce que tu as vu et vécu à la bataille de Dagorlad t'es bien suffisant pour ta vie d'immortel.

Tu restes allongé, tu sas bien que tu n'as pas encore assez de force pour te lever et tu ne veux pas que tes blessures se rouvrent à cause de ton entêtement. Tu te montres raisonnable. Bien t'en prend. Tu te rendors, mais ton sommeil n'est pas constellé de cauchemar et tu es heureux de te pouvoir te réveiller plus tard d'un sommeil paisible. Les démons sont pourtant toujours là, tapis dans l'ombre et attendant avec une grande patience le grand moment où ils pourront faire leur retour et te hanter à nouveau. Tu poses ta main sur ton front.

Tu as soif.

La porte s'ouvre dans un bruissement et tu grimaces, découvrant qu'un mal de crâne sournois semble s'être installé à ton insu. La lumière blesse ta rétine et on referme la porte. Tu fermes tes yeux douloureux avant de les rouvrir quelques instants après. Tu découvres que l'importun n'est nul autre que Elrond, lui-même, et qu'il affiche un sourire des plus amicale. Tu le lui rends avec bon plaisir, vous qui êtes amis depuis de nombreuses années. Il semble avoir deviné ce dont tu as besoin pour l'heure et il t'aide à te redresser pour boire une coupe d'eau fraîche salvatrice. Tu en soupires de bonheur, cela te fait tant de bien. Tu le regardes quelques instants. Lui aussi affiches quelques blessures, mais semblent très bien se porter. Plus aguerris que toi car, plus âgé, il a su se garder plus en vie que toi. Il ne te cache pas qu'il est soulagé de te voir enfin éveillé.

Je suis également soulagé d'être en vie, réponds-tu.

Ton visage s'assombrit alors qe tu lui poses la fatale question. Tu en as assez de rester sans réponse. Tu dois absolument savoir qu'il est advenu de ton père. Le demi-elfe perd à son tour de son sourire pour t'annoncer qu'il était désolé, que ton géniteur n'avait pas survécu à la guerre.

Nous attendions votre réveil pour préparer ses funérailles.

Tu ne réponds pas, tu ne réponds rien. Tu es sonné par la nouvelle, mais d'un autre côté, tu en étais persuadé qu'il en était ainsi. Quelque chose en toi savait qu'Oropher n'était plus. Une main se pose brièvement sur ton épaule et tu laisses ton hôte s'en aller silencieusement. Il sait que tu as besoin d'être seul. Il a raison. Ce que lorsque la porte se referme derrière lui que tu te libères enfin et laisses échapper ces larmes qui tracent un sillon salé sur tes deux joues. Cela fait tant d'année que tu n'as pas pleuré. La dernière fois fut quand on te présenta le corps inerte et glacé de ta belle épouse. Maintenant, il ne reste plus que toi.

Toi et ton fils.

Le hobbit vous montre la Pierre des Rois et, malgré le fait que tu l'ais déjà vu, tu restes toujours ébahis devant cette joaillerie. Tu n'es pas sûr, mais tu penses qu'il s'agit d'un des trois Silmarillion tant recherché par vos ancêtres. Sa présence est une bénédiction pour ta campagne et celle du seigneur Bard. Peut-être que le sire se montrera coopératif et ouvert à toute négociation. Tu l'espères sincèrement. Tu ne veux pas lui faire la guerre, mais n'hésitera pas à prendre les armes s'il s'entête.

A contrecoeur.