Disclaimer: Je ne possède ni les personnages présentés dans cette histoire ni la majorité des scènes qui s'y déroule. Je ne possède que mes personnages Baraz et Fíli, fils de Kíli ainsi que les aventures qu'ils vivent.


24. Les marques du feu


3019 T.A.


27 mars


Baraz courut rejoindre la Montagne aussi vite qu'elle le put, vaguement consciente de la boue et du sang qui lui couvraient les cheveux et les vêtements. Elle pouvait sentir pulser une blessure sur son front et sentait du sang séché sur sa joue, mais rien de tout cela n'avait d'importance.

Aussitôt qu'elle, Thorin et la dizaine de soldats qui étaient restés en arrières eurent passé l'entrée d'Erebor, les portes furent scellées, ne laissant comme protection qu'un mur sur lequel se trouvaient chaudron d'huile bouillante et arquebuses.

L'une des premières personnes qu'elle aperçut en entrant dans la Montagne pour la première fois depuis des semaines fut la Princesse Sigrid. Elle s'occupait du bras blessé d'un Nain, pâle et les yeux rougis. Baraz comprit qu'on lui avait parlé ou qu'elle avait vu le corps sans vie de son père, et pourtant elle était toujours là, le parfait portrait du courage.

Baraz s'enfonça plus profondément dans les murs, sourde à ce qui se passait autour d'elle. Il y avait des soldats blessés des trois factions partout – seul quatre Elfes étaient encore en vie, et ils étaient assez mal en point que pour qu'ils ne survivent peut-être pas à la suite – ainsi que des familles qui pleuraient ceux qu'elles avaient perdus et des soldats plus ou moins saufs qui attendaient la prochaine bataille.

Quand résonna son prénom pour la première fois, Baraz ne l'entendit pas. Ni la deuxième fois. Ce ne fut que lorsqu'une main tendre vînt se poser sur son épaule qu'elle se rendit compte que quelqu'un se tenait près d'elle, et elle croisa le regard soulagé et pourtant terriblement triste de Bofur.

Elle enlaça son père sans trop y penser, se demandant si sa mère avait ressenti le même vide après la Bataille des Cinq Armées. Vide, exténuée, seule.

« Baraz, vient. Nous rendons nos hommages à Kíli. » Bofur la conduisit lentement loin des blessés et vers les quartiers privés. Elle ne remarqua même pas qu'ils avaient atteint la chambre de Kíli avant d'y être entrée.


Le Prince d'Erebor, Kíli, fils de Dís et Fenrir, avait été couché sur son lit, son épée dans les mains, son visage et corps lavés de toute trace de sang. Il avait l'air en paix, s'il n'y avait pas la pâleur de sa peau et les larmes de son fils et de ses amis.

Les membres de la Quête avaient perdu leur dernier Prince. Même le stoïque Glóin avait des larmes dans les yeux. Nóri et son frère Dóri pleuraient abondamment, se tenant l'un l'autre comme si cela affaiblissait leur peine. Dwalin se tenait à côté du lit, et il avait l'air plus vieux que Baraz ne l'avait jamais connu. Ses épaules étaient baissées en guise de défaite, et il avait les yeux fermés, sans doute pour s'empêcher de pleurer lui aussi.

Bofur alla aux côtés de son frère Bombur, qui avait le bras droit en écharpe. Baraz lui tapota l'épaule avant de s'approcher de la petite silhouette lourde de souffrance qui se tenait droite à côté de son père.

La main de Fíli trouva la sienne sans qu'il n'ait besoin de lui jeter le moindre coup-d'œil. Il fixait le visage de son père comme si cela pouvait le ramener à la vie. Ses yeux bleus étaient brillants de larmes mais elles n'étaient pas encore tombées. Ses cheveux blonds avaient été détressés et tombaient emmêlés sur ses épaules.

« Fíl, » commença-t-elle d'une voix basse pleine de douleur tandis qu'elle repoussait les larmes qui lui piquaient les yeux, « il est mort en héros. Comme cela avait toujours été écrit. »

Il releva les yeux pour la regarder et ses lèvres se relevèrent comme pour montrer son accord. Baraz savait que rien ne pourrait le faire se sentir mieux, pourtant, car rien ne pourrait la faire se sentir mieux non plus.

Elle contempla la scène autour d'elle et son cœur se serra. Elle avait connu cette même douleur pendant plusieurs mois. Gandalf, Boromir, Frodo, Merry, Pippin… Ses oncles Balin, Óin et Óri… La douleur n'avait jamais vraiment eu le temps de quitter sa poitrine, et celle-ci, pourtant, les surpassait toutes.

Kíli avait toujours été là, un pilier sur lequel elle pouvait se reposer, toute sa vie. D'abord quand il vivait toujours dans les Montagnes Bleues et qu'elle et Bofur lui rendait visite, il lui apprit comment manier l'arc nanique. Puis à Erebor quand il la protégea de Dáin et ses conseillers, la liant à sa famille via Fíli et sa volonté seule. Et même là, à quelques jours du siège de Dale, il lui avait fait confiance pour mener les troupes à la victoire.

Middle Earth venait de perdre un grand homme.


L'hommage dura un peu plus d'une heure, et puis une autre personne vint rejoindre le groupe.

Thorin avait été soigné, la coupure sur son visage fraiche et hideuse, mais propre. Il avait revêtu une tenue plus ordinaire, mais l'expression sur ses traits ne faisait rien pour alléger la tension dans la Montagne.

Il vint se tenir à côté de Fíli et ils échangèrent quelques mots en Khuzdûl, des mots qui ne devraient pas être répétés car sacrés et privés. Puis il se pencha sur le corps de Kíli en signe de respect.

Enfin, il se tourna vers le groupe en présence et se racla la gorge. « Kíli fils de Fenrir m'a sauvé la vie aujourd'hui. Je ne l'oublierai pas. » Plusieurs le saluèrent de la tête, acceptant sans le dire son héritage. Ils n'avaient pas fait de même à la mort de Thorin Oakenshield, Baraz le savait.

Même elle baissa la tête à son passage. Mais elle fut surprise lorsqu'il s'arrêta à sa hauteur et lui demanda de le suivre. Elle jeta un coup-d'œil à son père qui lui sourit pour l'encourager, et elle accrocha son arc autour de ses épaules avant de suivre le nouveau Roi Sous la Montagne.

« Baraz Bofursdottir, » commença Thorin dès qu'ils furent loin des oreilles indiscrètes. Il paraissait étonné, comme s'il la voyait vraiment pour la première fois. « Tu m'as impressionné aujourd'hui. Tu as rallié des armées derrière toi et tu as sauvé des milliers d'hommes. Merci. »

Baraz le fixa sans comprendre, comme si elle n'assistait pas à la scène. Thorin et elle s'étaient toujours cordialement détestés, et la cicatrice qu'elle lui avait laissée n'avait pas aidé. Ils s'étaient toujours opposés l'un à l'autre, et pourtant, il l'avait appelée 'Azbadu men', 'My Lady', sur le champ de bataille, acceptant son sang nain.

Quand il continua, elle ne put s'empêcher de trébucher sur un fil invisible.

« Quand cette guerre sera finie et que je serai couronné pour succéder à mon père, si je le suis un jour, » continua-t-il d'une voix grave, « je voudrais que tu rejoignes mon Conseil. En ton nom. »

Baraz ne put répondre, pas en tout cas pendant plusieurs longues secondes. « Merci, Thanu men, mais je ne peux pas- »

« Tu peux et tu le feras, Azbad Baraz Gazardu. » Lady Baraz la Sage.

Baraz sourit en entendant ce titre, un titre qu'elle porterait en son propre nom. Thorin avait trouvé la façon de lui pardonner leurs erreurs de jeunesse en honneur de ses hauts faits de guerre. Quand le futur roi s'éloigna, elle se sentit soudain plus légère.


Les morts furent enterrés proprement pendant la nuit. Les Nains dans la Montagne, les Hommes sur la plaine qui séparait la ville du pic solitaire.

Baraz rencontra Lady Talia et Sigrid, partagea leur douleur d'avoir perdu Brand, et les aida à soigner les blessés. L'un des Elfes mourut dans ses bras au son d'une chanson rendant hommage aux étoiles qu'elle lui murmura d'une voix calme.

Deux jours passèrent avant que les Easterlings n'attaquent de nouveau. Leurs béliers cognèrent contre la Montagne Solitaire, mais le travail des Nains était plus robuste que ce qu'ils avaient vu, et bientôt, l'huile bouillante et les pierres jetées depuis les murs les dispersèrent.

Thorin avait pris le commandement de son armée aisément, tous les généraux de son père qui restaient lui ayant prêté allégeance immédiatement. Jusque-là, l'armée naine était la seule à encore se battre, puisqu'elle connaissait la Montagne mieux que quiconque.

Les citoyens de Dale aidaient comme ils le pouvaient. L'un des greniers avait été perdu en même temps que la ville, ce qui signifiait que les rations étaient encore plus petites qu'auparavant, mais personne ne se plaignit. Ceux qui le pouvaient fabriquèrent des lances avec le bois qu'ils trouvaient facilement d'autres réparèrent des armures. La plupart aidèrent à l'infirmerie de fortune.

Pendant quatre jours, Baraz ne vit aucune trace de Bard.

Il apparaissait que la blessure qu'elle avait reçue à la tête allait laisser une cicatrice, preuve de sa présence sur le champ de bataille, mais cela ne la dérangeait pas trop.

Elle avait passé la plupart de son temps avec la Reine Talia, aidant les blessés à se remettre, jusqu'à ce que, au matin du 24 mars, son nom ne soit prononcé alors qu'elle se rendait aux cuisines pour stériliser des outils de chirurgie.


« Baraz ! » résonna son nom une fois de plus, et c'était la voix grave et enrouée du Prince de Dale – quoiqu'il était désormais Roi.

Elle se retourna, déposant le bassin qu'elle transportait en le voyant trottiner pour la rejoindre. Il avait des coupures fraiches sur les mains, comme s'il s'était battu, et elle prit sa main gauche pour y regarder de plus près. « Où étais-tu ? »

Ils avaient commencé à se tutoyer, comme la grande majorité des personnes emprisonnées dans la Montagne. Il n'y avait plus de raison, ou presque, d'être formel.

« Certains de mes hommes et moi nous sommes introduits dans la ville pour récupérer ce que l'on pouvait. » Il murmurait, ses yeux sur elle, leur bleu avalé par la lueur des torches sur les murs. « Nous sommes tombés sur quelques-uns de ces bâtards qui faisaient la même chose. »

La Bataille de Dale l'avait endurci, Baraz le comprit en le regardant. Quand elle l'avait rencontré, il souriait sans cesse, blaguant, flirtant même et maintenant, son regard était dur et grave. Elle ne dit rien et lui rendit sa main.

« J'ai trouvé ceci dans la cour, et j'ai pensé que tu voudrais le récupérer. » Bard sortit quelque chose de sa poche et, quand elle le vit, Baraz toucha son cou, les yeux fixés sur la chaine brisée dans la main du Prince.

« L'anneau de ma mère ! » dit-elle avant de récupérer l'objet. Il était un peu sale mais il s'agissait sans aucun doute possible de la copie de Nenya. Elle le prit délicatement, soudainement triste, et releva les yeux vers lui. « Merci. »

Bard la fixa pendant un instant, prêt à dire quelque chose. Puis, sans crier gare, il entoura la taille de Baraz d'un bras et l'attira à lui. Il la regardait toujours comme s'il lui demandait silencieusement la permission avant de se pencher et de poser ses lèvres sur les siennes.

Baraz n'avait jamais été embrassée de sa vie, ou du moins pas vraiment. Ses embrassades maladroites avec deux ou trois garçons Hobbits quand elle était enfant ne comptaient pas. Aussi, quand elle ferma les yeux et posa sa main dans la nuque de Bard, elle sut que son corps lui envoyait un message important.

Il y avait aussi ce familier bourdonnement quelque part dans sa poitrine qui la fit haleter tout en pressant ses lèvres plus fermement contre celles de Bard.

Il ne la poussa pas, n'approfondit pas le baiser. Il n'y avait que leurs lèvres qui se touchaient, prudentes et tendres et pourtant désespérées aussi.

Quand ils se séparèrent, les yeux de Baraz n'étaient plus pleins de larmes mais pleins de questions. Bard la regarda avec quelque chose d'étrange dans le bleu de ses yeux avant qu'il ne lance un « Sois prudente, ma dame » avant qu'il ne s'éloigne.

Peut-être que ce moment volé amènerait un semblant de paix à l'âme de Baraz. Ou à son cœur. Même si uniquement pour quelques heures.


Le jour suivant, les Easterlings changèrent de stratégie. Comme leurs béliers n'arrivaient pas à venir à bout des portes de Durin, ils avaient fait reculer leurs armes de siège, et avaient fait avancer des catapultes et autres constructions du même type.

Baraz fut appelée sur le mur par Thorin à l'aube, et tandis qu'elle venait rejoindre le monarque en armure, elle remarqua les machines telles qu'elle n'en avait jamais vu, faites de bois et d'acier, qui s'approchaient de la Montagne, des torches et barils d'huile derrière elles.

Elle se tourna vers le Nain et vit Dwalin tout près. « Ils veulent mettre le feu à la Montagne. »

Thorin grommela. « Ils peuvent essayer. »

Baraz sentit un nœud de peur se former dans son ventre, le même que lorsque Dáin se préparait pour la guerre. Elle pria les Valar qui l'écoutaient que Thorin ne soit pas aussi têtu que son père, et c'est pourquoi elle dit « Ne serait-il pas plus prudent de vider les halls d'entrée maintenant pour s'assurer qu'il n'y ait plus aucune autre mort inutile ? » Elle regarde au-dessus de son épaule vers ce qui servait toujours d'infirmerie de fortune.

Thorin suivit son regard et grommela une fois de plus, cette fois en accord avec elle. « Tu as raison. » Et il partit sans un mot de plus.

Baraz se retourna vers la plaine et les machines qui y étaient installées. Dwalin vint se tenir à ses côtés, son visage ridé sérieux comme jamais. « J'espère bien que tout cela sera bientôt fini. J'ai mal aux os à chaque fois que je vois ces saletés d'humains de l'Est. »

Elle eut un rire sans joie. « On ne peut pas prédire l'avenir, mon Oncle. »

« Ne dis pas ça, gamine. Nous connaissons tous deux des gens qui le peuvent. » Il lui fit un clin-d'œil et Baraz se souvint alors que lui aussi connaissait au moins un Elfe qui pouvait voir le futur. Lord Elrond. Qu'il parle du Seigneur d'Imladris sans once de sarcasme dans la voix était un changement agréable.

Tous deux restèrent sur le mur un moment, puis Baraz se décida à quitter les lieux en concluant d'un « Je vais aider Lady Talia à déplacer ses patients. »


Les Nains et les Hommes couraient dans tous les sens, transportant ce qu'il pouvait d'eau pour éteindre le brasier qui avait pris Erebor de front.

Baraz aussi courait partout, l'impression d'être plus inutile que jamais, sentant la chaleur dévastatrice qui lui brulait presque la peau de là où elle se tenait. Elle pouvait entendre les cris de douleur des gens qui étaient pris au piège des flammes et de l'huile qui les nourrissait et elle voyait aussi les murs qui les protégeait à l'intérieur de leur désormais tombe être mangés par une vague d'orange et de jaune aveuglant.

Elle pouvait voir Thorin, qui avait enlevé son armure, hurlant des ordres aux Nains qui pouvaient toujours utiliser les arquebuses dans cette fournaise. Elle vit une immense flèche être lancée dans la plaine, puis l'arquebuse être frappée par une boule de feu. Elle se protégea le visage des étincelles qui tombèrent sur elle.

« Baraz ! » entendit-elle par-dessus le brouhaha de l'incendie. Elle chercha l'origine de la voix, et vit Bard avec un seau obsolète dans les mains. Il le laissa tomber au sol et la rejoignit plus quelques enjambées. « Que fais-tu ici ? Tu te tiens trop près ! » Il jeta un coup-d'œil au mur et fit la grimace tandis qu'une autre salve d'étincelles leur atterrissait dessus.

Baraz lui prit la main et tenta de le tirer plus loin. « Va, Bard, tu ne peux pas rester ici, tu es trop important ! »

Il ne parut pas convaincu et la tira plus loin lui aussi. « Ne sois pas stupide. »

Baraz regarda au-dessus de son épaule, alors que la dernière arquebuse lançait l'une de ses dernières flèches. Puis elle hurla de douleur quand elle sentit la chaleur la plus intense qu'elle ait ressentie lui burler la tête. Elle se battit contre les flammes et se brula les mains, et puis, la douleur se fit trop forte. Elle ne sentit pas les mains qui l'agrippaient et s'évanouit.


« -bien. Le choc et la douleur étaient trop forts, voilà tout. »

Baraz entendit la voix voilée comme si elle se trouvait sous un oreiller, et gémit tandis qu'elle reprenait conscience. Elle se sentait bizarrement engourdie et…épaisse…à certains endroits, sans pouvoir expliquer le phénomène.

Il y eut un son de surprise non loin – bien que cela aurait pu tout aussi bien être à des millions de lieues de là – et une main froide lui toucha le bas du visage et les joues. « Tu es réveillée ! » entendit-elle, et elle reconnut Sigrid.

Elle essaya de se relever dans le lit sur lequel on l'avait placée, et quand elle tenta de se souvenir de ce qui s'était passé, elle eut un flash – de feu, de flammes, de douleur – et frissonna.

« Doucement, Baraz. Tu es restée inconsciente pendant assez longtemps que pour faire attention. »

Baraz ouvrit les lèvres, sentant une sorte de tissu lui toucher la bouche alors qu'elle arrivait à former les mots « Combien de temps ? » dans une voix grave et enrouée qui ne lui appartenait pas vraiment.

Sigrid soupira. « Deux jours. Nous sommes le 27 au soir. »

Baraz arrêta de gigoter pour se relever. Elle avait donc dormi plusieurs jours, et pourtant elle était apparemment toujours dans la Montagne. Ils n'avaient donc pas tout perdu. Puis elle se rendit compte qu'elle ne pouvait pas ouvrir les yeux, et annonça « Je ne vois rien. »

Ce ne fut pas Sigrid qui lui répondit, mais une voix plus légère et quelque peu sarcastique, « Que pensais-tu réussir en te faisant bruler vive, hein ? »

Baraz se tourna vers la voix, un sourire se formant sur ses lèvres. « Fíl ? »

« Malheureusement, ton père m'a demandé de rester à côté de ton lit de douleur. Il supervise la reconstruction de la ville à Dale. » Comprenant sans doute que l'information était de trop grande importance, il ajouta « Soigne-toi et nous t'expliquerons plus tard. Je vais prévenir Oncle Bofur que tu es réveillée. » Elle entendit quelqu'un se lever, puis des lèvres se posèrent sur sa joue avant qu'il ne quitte la pièce.

Baraz était impatiente de savoir ce qui s'était passé depuis l'incendie. Si son père était à Dale, avaient-ils gagné la bataille ? Les Easterlings avaient-ils été vaincus ? Elle avait besoin de réponses, mais Sigrid la poussa gentiment à se recoucher. « Plus tard, » dit la princesse, et son ton était presque aussi autoritaire que celui de sa mère.

Plus tard, donc.


Pendant la nuit, Baraz demanda à son infirmière si elle pouvait retirer les bandages qui lui obstruaient la vue. Elle voulait voir sa jeune amie. Sigrid y réfléchit, puis exprima son accord.

Ses mains étaient tendres et douces quand elle défit le nœud derrière la tête de Baraz, et quand elle déroula doucement le tissu loin de la peau meurtrie. La Semi-Naine grimaça plusieurs fois quand le bandage emmena avec lui des bouts de chair neuve, mais elle savait qu'elle avait été gravement brulée et ne s'attendait pas à ce que ses blessures ne soient déjà guéries de toute manière.

« Voilà. Ne touche pas, par contre. »

Baraz sentit le poids du lin quitter sa tête, et ouvrit les yeux lentement, apercevant d'abord les bougies qui illuminaient la pièce. Cela lui prit une seconde, mais elle reconnut « La chambre de Fíli ? »

Sigrid acquiesça et Baraz tourna son regard vers elle. Elle portait un uniforme d'infirmière blanc, et pas la robe noire que son deuil aurait exigée. « Oui, il a insisté. Il partage les quartiers de ton père, si j'ai bien compris. »

Baraz était consciente du côté têtu de son ami, savait qu'il était aussi fort que celui de tous les fils de Durin, mais elle était dans le même temps contente d'être entourée par des objets qu'elle connaissait bien.

Elle vit son père entrer dans la pièce pour la deuxième fois depuis qu'elle s'était réveillée, et sourit en voyant le plateau qu'il transportait, sur lequel se trouvaient de l'eau et un repas sans doute concocté par l'oncle Bombur. Il la fixa un instant avant de lui faire un clin-d'œil. « Ce n'est pas aussi laid que je l'aurais cru. »

Baraz fronça les sourcils et se tourna vers Sigrid. « Puis-je voir ? »

La princesse soupira mais hocha la tête. « Ne touche pas ! » rappela-t-elle alors qu'elle dénichait un miroir à main et le lui tendait. Baraz le leva lentement, apercevant d'abord son menton, sa bouche et ses joues, normaux puis elle découvrit deux sourcils brulés et un front un peu marqué.

Non, ses blessures les plus graves se trouvaient sur sa tête. Le côté gauche de sa chevelure avait entièrement brulé jusqu'aux racines, coupée rapidement par quiconque l'avait traitée en premier. Les mèches rousses couvraient à peine la peau rouge et tendre de son crâne. Elle avait l'air d'une vieille dame malade.

Bofur lui prit gentiment la main et lui prit le miroir. « Ça va repousser. » Et il y avait une gravité dans sa voix telle qu'elle ne comprendrait que plus tard.


« Papa, » lui demanda-t-elle plus tard, « qu'est-il arrivé à Erebor ? »

Bofur lui serra les doigts – qui étaient eux aussi marqués, mais moins durement – et sourit. « Le Mordor est tombé. L'après-midi de ce jour-là, on a entendu une grosse explosion et on a tous regardé vers l'Est. On pouvait voir la fumée d'ici, hein petite ? » demanda-t-il à Sigrid qui n'eut pas vraiment besoin de répondre. « Les Easterlings ont battu en retraite et sont partis pendant la nuit. Nous avons gagné ! » Il sourit plus largement.

Baraz sourit elle aussi, impressionnée par la simplicité de cette victoire. Puis ses pensées allèrent à la raison de la chute du Mordor, et elle pâlit. Ses lèvres formèrent silencieusement le prénom d'un ami parti loin avec un lourd fardeau et un jardinier dans ses bagages, et elle pria un moment.

Puis elle rougit furieusement et se détesta de poser telle question en présence de son père. Mais il le fallait. Elle se tourna vers Sigrid et demanda « Où est Bard ? »

La princesse sourit tristement, et répondit « Il poursuit le reste de nos ennemis. Avec le Roi Thorin. »

Baraz hocha la tête et se retourna vers son père, qui la regardait étrangement. Elle sourit de nouveau, bien qu'il n'atteignit pas son regard, et elle lui demanda de raconter le reste de l'histoire. Bofur continua donc son récit.