'La Reine devint écarlate de fureur, puis, après avoir regardé férocement la fillette comme une bête sauvage, elle se mit à hurler : « Qu'on lui coupe la tête ! »' - Lewis Carroll, Alice au Pays des Merveilles.


Chapitre 25 Le prix du sang

Ses yeux brillent de triomphe. Elle sourit, d'un large et horrible sourire dément.

« Pourquoi es-tu aussi surprise, Sang-de-Bourbe ? » dit-elle alors qu'elle rentre dans la pièce. « Ma visite n'est pourtant pas si inattendue. »

Je reste stupidement bouche bée devant elle, essayant de garder ma respiration la plus calme possible. Inspire, expire. Oh mon Dieu, mon Dieu.

J'aurai dû le savoir. Je suis si stupide. Pourquoi me suis-je convaincu qu'elle avait oublié ce qu'elle a vu ? Car comment aurait-elle pu oublier ? Comment aurait-elle pu laissé passer ça ?

« Tu es supposée être intelligente, après tout » elle murmure tout en s'approchant plus près de moi. « Et je pensais avoir été claire sur le fait que je reviendrais, la dernière fois que nous nous sommes parlés. »

Elle me sourit plus largement avant d'incliner sa tête vers la porte ouverte.

« Entre, Drago. »

Et seulement pour rendre les choses dix fois pires, Drago suit sa tante dans la pièce. Mais contrairement à elle, il ne me sourit pas. Il me regarde comme si j'étais la chose la plus méprisable et répugnante qu'il ait eu l'occasion de voir.

Ce n'est bien sur pas nouveau venant de lui, mais je n'ai encore jamais vu autant de haine froide sur son visage.

Je suppose qu'il a bien grandi maintenant.

« Je parie que tu ne pensais pas qu'on reviendrait, Sang-de-Bourbe, n'est-ce pas ? » il me crache ces mots à la figure.

« Oh j'imagine » sourit plus largement Bellatrix, et je sens toute la couleur quitter mon visage. « Son arrogance l'a amené à nous sous-estimer comme elle l'a amené dans le lit de ton père. »

Drago pâlit alors que le sourire de Bellatrix disparaît.

« Elle espérait peut être que nous allions oublier ce que nous avons vu » elle murmure. « Mais nous n'avons pas oublié, n'est-ce pas Drago ? »

Drago secoue la tête. « Bien sur que non, tata. »

Tata ?

Jesus Christ.

Ils s'approchent tous les deux de moi. Je me tourne et je cours vers le côté de la pièce, essayant désespérément de m'éloigner d'eux, mais j'ai à peine le temps de faire deux pas avant que des bras se resserrent autour de ma taille et qu'une baguette se plante dans mes côtes, les blessant alors qu'elle déchire presque la peau.

Je prends donc une grande inspiration dans les profondeurs de mes poumons et je commence à crier.

« Lucius ! Lucius, au secours- »

Bellatrix m'appuie sa main sur ma bouche, serrant mon nez entre le pouce et l'index, et peu importe les efforts que je fais, je ne peux plus respirer, je ne peux vraiment plus respirer…

« Oh non, je ne pense pas » elle murmure dans mon oreille. « Il ne viendra pas te protéger cette fois. C'est fini, Sang-de-Bourbe. Il ne peut plus te protéger, maintenant. »

Je me soulève et m'abaisse, et bien que j'entende clairement ses paroles et que je les comprends, la seule chose à quoi je pense sont mes poumons vides.

« Insonorise la pièce, Drago. »

Et par ces paroles, elle me jette sur le sol. Je m'étouffe en reprenant mon souffle, et je tombe, frappant le plancher de mes deux paumes.

Je lève les yeux, et je vois à travers mes cheveux Drago pointer sa baguette sur la porte, en marmonnant l'incantation qui insonorise la chambre. Le sort se répercute sur les murs de la pièce alors qu'il prend effet, emportant toutes les chances que j'avais de prévenir Lucius de ce qu'il se passe et qu'il vienne me sauver.

Bellatrix sourit avant de pointer sa baguette sur la porte.

« Collaporta ! »

La porte se scelle sur elle même avec un bruit de succion.

Je suis prise au piège. Enfermée avec eux deux.

Je commence à trembler de façon incontrôlable, mes dents claquant de peur.

Ils sont tous les deux tournés vers moi, et je peux tout à coup voir la ressemblance familiale entre ces deux là. J'ai toujours pensé que Drago ressemblait à son père, mais maintenant je peux voir qu'il ressemble beaucoup plus au côté familial de sa mère.

Il y a un long silence avant que Bellatrix ne pointe sa baguette sur moi.

« Endoloris ! »

La douleur, le feu, l'AGONIE me submergent, de l'acide brulant coule dans mes veines, bloquant mon souffle, bloquant mes pensées, bloquant le temps…

Je me roule en boule sur le côté lorsque le sort me lâche, entourant mes bras autour de ma tête en gémissant. Mais ça ne m'aide pas. Rien ne peut m'aider.

Je vais mourir. Ils vont me tuer pour ce qu'ils ont vu. Drago pense que son père couche avec une Sang-de-Bourbe, et Bellatrix pense qu'une Sang-de-Bourbe a éloigné Lucius d'elle. Et Dieu seul sait ce qu'ils vont me faire avant de me tuer.

Peut être qu'elle va me torturer jusqu'à la folie comme elle l'a fait avec les parents de Neville. Peut être que je vais perdre l'esprit et Lucius se retrouvera à devoir s'occuper d'un légume.

« Regarde-la, Drago » dit Bellatrix. « Regarde-la. As-tu déjà vu quelque chose de si pathétique ? »

Les yeux de Drago se rétrécissent et il respire un horrible rire plein de méchanceté.

« Non. » Il crache ce mot. « Elle a toujours été une grosse vache pathétique. »

« En effet » murmure Bellatrix, sa voix remplie de dégout. « En effet. Mais c'est peut être ça qu'il apprécie en elle. Je ne peux pas lui en vouloir. L'innocence peut être si séduisante pour un homme, tu ne penses pas ? »

Mes yeux se posent sur Drago. Un soupçon d'embarras apparaît sur son visage et il baisse les yeux. Ca ne m'étonne pas. Après tout, c'est de son père que nous parlons.

Son père. Ce mot semble si bizarre lorsqu'il est attribué à Lucius. Je n'arrive pas à imaginer Lucius lisant un livre à un Drago enfant, ou le porter sur ses épaules. Je n'arrive pas à imaginer Lucius prendre soin de quelqu'un à part lui même, de toute façon.

Mais… Drago l'aime je pense. Sa reconnaissance et son approbation doivent être importantes pour lui. Et maintenant, il pense que son père bien-aimé est le dernier des hypocrites. Et tout ça à cause de moi.

Mais ce n'est pas vrai. Rien de tout cela ne l'est.

« S'il vous plait » je dis désespérément. « S'il vous plait… vous savez que c'est faux ! Rien ne se passe, je le jure- »

Une énorme douleur me parcoure le dos. J'enfonce mes dents dans ma lèvre inférieure, la mordant au sang. Bellatrix a ses yeux fiévreux fixés sur moi.

« Ne nous mens pas ! » elle hurle. « Nous t'avons vu ! Sinon, pourquoi étais-tu recroquevillée sur le sol devant la porte de sa chambre ? Quelle raison pourrais-tu nous donner ? L'attendais-tu, comme un vulgaire chien ? Hein ? »

J'ouvre la bouche avant de la refermer rapidement, mes paroles de défense restant bloquées dans ma gorge. Si je donne la véritable raison du pourquoi j'étais là cette nuit, je serais instantanément condamnée.

Mais quelle autre raison pourrais-je donner ?

Bellatrix laisse sortir un rire triomphant.

« Tu vois Drago ! Elle n'essaye même pas de le nier ! » Elle s'approche de plusieurs pas et me saisit par les cheveux, enfonçant le bout de sa baguette magique contre ma gorge. Elle se penche plus près de moi, sa bouche toute proche de mon oreille. « Bien que seul Merlin sait pourquoi quelqu'un la désirerait » elle murmure. « Dis-moi Drago, l'as-tu déjà regardée comme une fille ordinaire ? Dis le moi, de tes yeux d'homme. Qu'est-ce qu'elle a pour elle ? »

Je regarde Drago du coin de l'œil. Il me fixe comme s'il était dégouté du simple fait de me regarder, et je pense de façon irrationnelle quel embarras ça doit être pour lui. De savoir que son père… que son père…

Mon Dieu, ma peau a la chair de poule d'être examinée comme cela. J'aimerai me recroqueviller et disparaître dans le sol.

« Elle est très intelligente, tata. Et elle n'est pas si mal à regarder- »

Bellatrix pousse soudain un rire hystérique avant de me jeter au sol.

« Pas si mal à regarder ? Est-ce qu'on regarde la même fille, Drago ? » La voix de Bellatrix m'assourdit presque. « Regarde-la. Regarde cette tignasse et ce visage. Elle n'a rien pour elle, rien ! »

Drago rit, un peu nerveusement, mais il rit néanmoins.

« Je suppose que tu as raison » il dit d'une voix trainante. « Tout le monde à l'école la harcelait parce qu'elle était laide. Tu aurais dû la voir au bal de Noël. Pansy disait qu'elle ressemblait à un castor dans une robe. »

Je sens les larmes arriver dans mes yeux mais je ne les laisse pas tomber. Je les laisse s'accumuler dans mes yeux comme un barrage et je serre étroitement les lèvres pour garder en moi les sanglots de tristesse qui menacent d'exploser.

Bellatrix expulse un petit rire ravi.

« Oui » dit-elle joyeusement. « Et regarde-la maintenant. Laide. Sans valeur. Si faible. Si seule. Qu'est-elle dans ce monde ? La morveuse de Weasley, et l'amie de Potter, rien de plus. Et ses deux parents qui pourrissent maintenant dans leur tombe. »

Je fonds en larmes, chaque mur de mon esprit se brisant d'un seul coup. Je me roule en boule, enveloppant mes mains autour de ma tête. Non, non, non, je ne vais pas y penser. Je ne peux pas, je ne peux pas, je ne vais pas y penser.

Elle rit de façon victorieuse de nouveau. « Oh mais regarde-la. Je t'ai fait de la peine, petite fille ? »

Je sens alors la colère. Ses paroles m'agressent avec force, et je pense à Ron et à Harry, et à tout ce à quoi je peux m'accrocher pour garder espoir, et je lève la tête.

Bellatrix a les yeux fixés sur moi, ses yeux noirs luisant de façon démente. Elle a un petit filet de salive qui coule sur son menton.

Je regarde Drago, observant sa réaction. Il essaye de me regarder avec haine et mépris, essayant désespérément d'imiter sa tata. Mais il y a quelque chose dans ses yeux, quelque chose qui me rappelle son père. Ce n'est pas cette faim que je vois souvent dans les yeux de Lucius. Non, c'est de la pitié. La même pitié forcée que j'ai déjà vu dans le regard de Lucius.

« Drago, tu ne te demandes pas pourquoi ta tante se soucie autant de ce qui est supposé se passer entre ton père et moi ? » je demande furieusement.

« TAIS-TOI ! » hurle Bellatrix et une langue de feu s'échappe du bout de sa baguette. Mais je ne vais pas rester couchée ici et la laisser faire. Si Drago pouvait avoir des doutes, alors je pourrais les exploiter.

« Elle couche avec lui, Drago ! » je dis clairement, et le visage de Drago blanchit sensiblement. « Ou elle le faisait, en tout cas. Voilà pourquoi elle réagit comme ça : parce qu'elle pense que je lui ai volé- »

« SILENCE ! » Une entaille me déchire la joue alors que Bellatrix pointe furieusement sa baguette sur moi. « Je ne vais pas te laisser dire ces sales mensonges, Sang-de-Bourbe- »

« Ce ne sont pas des mensonges Drago, je le jure ! » je dis désespérément. « Je l'ai vue l'embrasser. Même Voldemort le sait, pour l'amour de Dieu ! »

Drago se contente de me regarder, toute couleur ayant quitté son visage. Bellatrix le fixe, ses propres joues blanches de peur. Elle s'approche de lui et pose doucement une main sur son épaule. Il sursaute et s'éloigne d'elle.

« Drago » elle chuchote doucement. « Drago, elle ment. Je suis simplement en colère pour ta mère, rien de plus. Pourquoi est-ce que je coucherais avec mon beau-frère ? Pourquoi ferais-je une telle chose à ma propre sœur ? »

« Mais je vous ai vue ! » je dis désespérément. « Et je l'ai vue dans la Pensine de Lucius, et j'ai vu votre souvenir l'engueuler à cause de moi. Vous êtes jalouse de moi, et c'est pourquoi vous faites ça ! »

Son visage se tord une seconde mais elle garde son regard fixé sur Drago.

« Qui vas-tu croire ? » elle demande calmement. « Est-ce que tu vas me croire, moi ta tante, qui a dévoué toute sa vie à sa petite sœur ? Ou vas-tu croire la petite pute de ton père, qui a passé ses dernières années à faire de ta vie un enfer ? »

Drago sursaute légèrement devant le mot 'pute' mais son visage continue d'être très pale. Se tournant finalement vers elle, il sourit en tremblant.

« Toi » dit-il tranquillement. « Bien sur que je te crois. Pardonne-moi, tata. »

Elle sourit, caressant sa joue de sa main, glissant ses doigts de sa joue jusqu'à ses cheveux platine. Il sourit, une petite rougeur apparaissant sur son visage.

Mon Dieu, quelle famille.

Ils se retournent tous les deux vers moi, me souriant horriblement, la même rage brillant dans leurs yeux.

« Espèce de vicieuse petite menteuse ! » Drago siffle violement, m'envoyant un sort cuisant sur la joue. « Tu es si stupide, Granger. Penses-tu vraiment que je vais te croire au détriment de ma propre famille ? »

Bellatrix sourit de façon triomphante derrière lui, et je sais alors qu'il ne sert à rien de dire la vérité. Drago ne me croira jamais devant sa tante bien-aimée. Pourquoi le ferait-il ? Il me voie seulement comme une Sang-de-Bourbe qui a essayé de voler son père à sa mère.

« Je veux dire, pourquoi aurait-il… pourquoi aurait-il… »

Il semble lutter un moment, son visage se crispant. C'est comme s'il essayait de s'imaginer ce qui était le plus facile à comprendre : l'idée de son père couchant avec sa tante, ou l'idée de son père couchant avec une Sang-de-Bourbe.

« Et au fait, comment expliques-tu que tu aies eu accès à la Pensine de Lucius ? » demande Bellatrix, souriant de triomphe. « Pourquoi t'aurait-il permit de voir des choses aussi personnelles que ses souvenirs, si tu n'étais rien de plus qu'une prisonnière pour lui ? »

Je mords furieusement ma langue. Je ne suis qu'une grosse idiote.

Elle donne un petit coup de baguette dans les airs, faisant apparaître un couteau argenté dans ses mains. Son visage s'étire dans un sourire malicieux alors qu'elle s'approche de moi, tenant le couteau dans sa main ferme, comme si c'était un cadeau pour moi.

« Tu viens de faire une grosse erreur, Sang-de-Bourbe » elle murmure, sa voix se déversant comme du venin. « Avec ce malicieux petit mensonge, tu viens de te condamner toi même. »

Elle s'éloigne de moi et redonne un nouveau coup de baguette dans l'air.

« Nox ! »

La lumière disparaît autour de moi, me laissant dans le froid impitoyable des ténèbres.

Je ne peux absolument rien voir. Je suis seule et vulnérable, enfermée dans une pièce avec deux personnes qui ne souhaitent rien de plus que de me voir souffrir…

J'entends un bruit de craquement. C'est un léger bruit mais il me donne la chair de poule.

« Ne pense pas te cacher dans l'obscurité, Granger » la voix de Drago se fait entendre dans les ténèbres. Et ne pense pas qu'on ne peut pas te voir. C'est ma main de la Gloire après tout, peu importe à quel point mon père aime me l'emprunter. »

Le rire de Bellatrix rebondit dans l'obscurité et je sens des larmes de peur me piquer les yeux, et je me retourne, à droite et à gauche, essayant désespérément de voir ce qu'il se passe.

« Bon Dieu, regarde-la ! » murmure Bellatrix, sa voix plus proche qu'elle ne l'était auparavant. « Regarde-la ! Pourquoi la veut-il ? Qui la voudrait vraiment ? »

Mes yeux piquent, mais je les essuie dans l'obscurité. Je ne sais pas où elle est, ou ce qu'elle fait avec cette saloperie de couteau… Oh mon Dieu, qu'est-ce que je vais faire ? »

Je me retourne encore et je me baisse, rampant sur le sol, me cachant désespérément derrière mon lit. Si seulement je pouvais me glisser dessous, alors peut être…

Le rire de dérision de Bellatrix me frappe comme en plein visage.

« Arrête-la ! »

J'entends des pas avant de sentir un coup de chaussure me frapper les cotes, et je tombe sur le sol, à bout de souffle. Des doigts se referment autour de mes cheveux et me tirent vers l'arrière, m'obligeant à me relever.

« Tu as passé ta vie entière à t'enfuir, Granger » grommelle farouchement Drago à mon oreille. « Mais après tout, les Griffondors ont toujours été une bande d'hypocrites, n'est-ce pas ? Ils n'ont jamais vraiment été en mesure de mettre en pratique ce qu'ils prêchent, pas comme nous les Serpentards, qui faisons en sortent de suivre à la lettre nos idéaux- »

« Je me fous des Gryffondors ou des Serpentards, Drago » je murmure, les larmes coulant sur mes joues. « Il y a des choses bien plus importantes qui me préoccupent maintenant. Poudlard ne compte plus pour moi. Tout ce qui m'importe, c'est de survivre. C'est ton père qui me l'a appris. »

Son emprise sur mes cheveux se desserre mais je sens une main me gifler le visage. Mais ça ne vient pas de lui. Je le sais.

« Espèce d'insolente petite trainée ! » siffle Bellatrix tout près de moi. Je peux presque sentir son souffle sur mon visage. « Tu vas payer pour ton arrogance et ta fierté, et pour tout ce qu'elles ont causé. »

Des doigts raides m'agrippent les poignets et me forcent à les tendre devant moi, face visible.

« Toute action a une conséquence, Sang-de-Bourbe » elle murmure. « C'est quelque chose que tu dois avoir appris depuis des années. »

Un mouvement brusque.

Puis la douleur me brule les poignets, si soudainement que je la sens à peine au début, jusqu'à ce qu'elle m'inonde. Je crie et elle laisse aller mes poignets.

« Qu'avez-vous fait ? » je demande désespérément, tenant mes poignets en face de moi.

Elle rigole avec malice.

« Je n'ai rien fait » elle chuchote. « Est-ce que tu t'es fait mal ? Hmm ? »

Je tiens instinctivement mes poignets en face de moi, mais je ne peux rien voir, bien sur.

Mais je peux sentir quelque chose de chaud couler le long de mes poignets…

C'est un mensonge. C'est seulement un mensonge. Elle n'a pas réellement fait ça. Elle ne peut pas l'avoir fait, elle a surement interdiction de me tuer. C'est juste une illusion.

« Ce n'est pas réel » je murmure dans les ténèbres.

Je les entends tous les deux rire.

« Tu es stupide, Sang-de-Bourbe » murmure Drago.

« Si ce n'était pas réel, alors pourquoi saignes-tu ? » Bellatrix crie ce dernier mot avec une joie sadique.

J'halète sous l'horreur et j'agrippe un de mes poignets, et oui, elle a raison, il y a du sang. Du sang chaud s'échappe de mes poignets, coulant sur ma peau et mes doigts, coulant encore et encore, sans s'arrêter une seule seconde…

Je mords ma lèvre, des larmes de douleur et d'horreur mouillant mes yeux, avant qu'un sanglot de peur ne s'échappe de mes lèvres.

Je me tourne, et je trébuche.

Un ricanement perce l'obscurité.

« Allez, vas-y ! » hurle Bellatrix. « Cours ! Cours, Sang-de-Bourbe. Cours et cache-toi comme une lâche ! »

Et Dieu me vienne en aide, je le fais. Je me retourne et je titube dans l'obscurité, essayant désespérément de trouver une issue, mais il n'y en a pas, il n'y a aucune échappatoire, pas d'échappatoire à ce mal qui me poursuit à travers la pièce.

« Cours, Sang-de-Bourbe ! Cours ! Tu es si pathétique ! »

Je rampe et mes genoux frottent douloureusement sur le sol de pierres. Des larmes glissent de mes yeux et je commence à sangloter, me roulant en boule sur le sol.

« S'il vous plait ! » je crie alors que son rire de démente perce l'obscurité. « S'il vous plait, arrêtez ! Pourquoi me faites-vous ça ? »

Je serre mes poignets contre ma poitrine, sentant mon sang pénétrer ma robe, des larmes d'agonie coulant de mes yeux.

« Tais-toi, Granger ! » siffle Drago de façon venimeuse. Il ne semble pas ravi comme l'est sa tante. Juste amèrement en colère. « Tu aurais dû réfléchir aux conséquences de tes actions avant de baiser avec mon père ! »

« Mais je ne l'ai pas fait ! » je murmure désespérément. Je peux à peine penser. « Je te jure que je ne l'ai pas fait. »

« Ne t'avise pas de nous mentir ! » crie Bellatrix. « Je l'ai su depuis des mois ! Comment oses-tu essayer de l'éloigner de ma sœur ? »

« L'éloigner de vous, vous voulez dire ! » je crie sur le sol, sentant l'agonie de mes poignets mutilés pulser à travers mes bras. Je peux sentir le sang tout autour de moi, coulant imperturbablement de mes poignets, comme un immense fleuve collant, et… mon Dieu, j'espère que ça va me noyer. Je préfèrerais mourir de noyade, au moins il n'y aurai pas de douleur.

Un long silence se répand. Un long et douloureux silence. Je me sens étourdie.

« Ne nous mens pas ! » siffle Drago. « Comment oses-tu mentir ? Mon père ne ferais jamais- »

« Mais pourquoi ne le ferait-il pas, Drago ? » je murmure, sentant le sang couler autour de moi, glisser jusqu'au sol, courir dans mes cheveux, inondant mes vêtements. « La pensée de ton père couchant avec une Sang-de-Bourbe doit surement être bien pire pour toi que l'idée de lui couchant avec la sœur de ta mère. »

« Assez ! » hurle Bellatrix. « Ferme-la ! Est-ce que rien ne peut faire taire ta saloperie de bouche ? Endoloris ! »

La douleur de la torture et l'agonie pulsent à travers moi, me mettant en pièces, me déchiquetant. Des flammes et de l'acide brulent mes veines au delà de l'imagination et oh mon Dieu, s'il vous plait, laissez-moi mourir maintenant…

Ca me quitte aussi soudainement que ça a commencé.

Je frissonne sur le sol, et je peux sentir le sang s'accumuler autour de moi, frais dans l'obscurité. Je commence à être engourdie, maintenant. Je ne sais pas trop, mais j'ai l'impression que les choses semblent flotter au loin. Je me sens vidée.

« C'est presque fini » murmure Bellatrix. « Dis au revoir à la vie, Sang-de-Bourbe. Prie pour ce Dieu inutile, parce que tu n'as plus beaucoup de temps, vu ta tête. Lucius pensera que sa petite chérie se sera elle même tuée. Personne n'est là pour t'aider. Alors prie maintenant, et n'espère pas qu'il y ait quelque chose qui t'attends de l'autre côté. »

Et je le fais. Je fais ce qu'elle dit et je commence à prier.

Cher Seigneur. Je sais que j'ai fait des choses terribles qui méritent votre haine envers moi. Tout ce que je vous avais demandé, c'est de voir Lucius souffrir, mais vous ne me l'avez jamais accordé. Vous l'avez laissé me prendre tout. Je vous déteste pour cela. Prenez soin de mes parents pour moi au Paradis, car je sais que à cause de ce que j'ai fait à Dolohov, je vais aller tout droit en Enfer. Ca sera quelque peu ironique pour Lucius : lorsqu'il mourra, je l'accueillerai en Enfer avec un grand éclat de rire. Amen.

Dieu ne répond pas, bien sur. Il m'a oublié.

Je ferme les yeux.

Un rire hystérique se fait entendre dans l'obscurité.

« Oui, c'est ça, couche-toi et meurs comme une gentille fille- »

Un énorme 'bang' déchire l'air de la pièce, l'interrompant.

Mes yeux s'ouvrent et scintillent, mais je ne peux rien voir.

« Qu'est-ce qui se passe ? » La voix de Drago secoue nerveusement les ténèbres, mais la réponse à sa question se fait entendre une seconde plus tard.

« Lumos ! »

Je prends faiblement conscience que la pièce se remplit de lumière et j'aperçois une silhouette sombre entrer dans la chambre. Je cligne des yeux et la silhouette se précise lentement, très lentement.

C'est Lucius. La réponse à toutes mes prières.

Son visage est blanc de fureur alors que ses yeux errent autour de la pièce, se posant sur Bellatrix dont le visage est plissé de triomphe et de rage, et sur Drago qui tremble littéralement de terreur…

Et finalement, ses yeux se posent sur moi. Ils se creusent.

Je veux dire quelque chose, mais les mots ne veulent pas venir. Rien que je puisse dire n'aurait de sens, et je me sens si diminuée mentalement que rien n'a de sens pour moi de toute façon, et je murmure donc les seuls mots qui me viennent.

« Aidez-moi. »

Un muscle se contracte dans le blanc albâtre de sa joue, et il marche rapidement vers moi, s'accroupissant près de moi et venant soulever mes poignets mous, les regardant avec une horreur absolue.

Il tourne un instant sa tête vers Bellatrix avec une haine pure et absolue dans le regard.

« Bon Dieu, qu'avez-vous fait ? » il murmure.

Elle baisse le regard vers lui avec un air de défi, le visage blanc.

« Tu nous a poussé à le faire, Lucius » dit-elle en tremblant. « Si tu voulais protéger ta précieuse petite Sang-de-Bourbe, peut être que tu aurais dû t'éloigner d'elle depuis le début. Peut être que tu aurais dû penser au danger que tu lui imposais, en choisissant de la mettre dans ton lit. »

Il secoue sa tête devant elle, comme s'il n'arrivait pas à la comprendre.

« Espèce de stupide… déséquilibrée… » Il semble lutter un moment avec les mots, avant de regarder à nouveau mes poignets, fixant le sang qui s'écoule de mes mains blanches comme la craie, et il se met soudain à hurler. « NE REALISEZ-VOUS PAS CE QUE VOUS AVEZ FAIT ? »

Drago sursaute visiblement, se reculant légèrement, mais Bellatrix ne bouge pas.

Lucius se tourne rapidement vers moi, saisissant une de mes mains et pointant sa baguette sur mon poignet, scellant magicalement la plaie avant de refermer l'autre poignet, mais ça ne m'aide pas. Ma vision se trouble. J'agrippe la manche de son vêtement, essayant de lui dire ce qu'il s'est passé, mais je ne peux émettre aucun son.

Il se tourne vers Drago avec un regard de pierre.

« Drago, sors d'ici. Retourne dans ta chambre et que je ne te vois plus de toute la soirée. Je viendrais m'expliquer avec toi demain matin. »

Les lèvres de Drago s'amincissent tandis que ses joues prennent une couleur désagréable. « Tu m'as toujours appris que les Sang-de-Bourbe étaient de la saleté, Père ! » il éclate. « Si c'était vrai alors pourquoi couches-tu avec une d'entre elles dans le dos de ma mère ? »

Lucius pointe furieusement sa baguette sur son fils, qui trébuche légèrement en arrière, le visage totalement blanc, et je ne peux pas voir le visage de Lucius mais je peux l'imaginer rien qu'au son de sa voix.

« J'aurai pensé que tu étais plus intelligent que de croire les mensonges éhontés de ta tante. Maintenant pars, ou bien je te montre de ma propre main l'efficacité du sortilège Doloris. Maintenant, dégage de ma vue ! »

Drago se tourne et traverse la pièce, trébuchant sur ses propres pieds dans sa hâte de s'éloigner de la fureur de son père. La porte claque derrière lui alors qu'il disparaît.

Mon corps tout entier est engourdi et ma vision devient si sombre que je ne peux plus rien voir, seulement entendre.

« Aidez-moi » je murmure, mais je ne peux pas être entendue.

« Espèce de salope stupide ! » j'entends Lucius marmonner. « Que Diable pensais-tu faire ? »

« Qu'est-ce que j'étais supposé faire, Lucius ? » J'entends ses pas s'approcher à côté de nous. Si je me concentre assez fort, je peux apercevoir deux figures sombres debout devant moi, l'un d'eux essayant d'atteindre l'autre. « Elle t'as pris à moi, mais je ne peux pas t'en vouloir. Tu es obsédé par elle, mais c'est seulement parce qu'elle représente quelque chose d'interdit pour toi, il n'y a pas d'autre raison. Je sais seulement que si elle n'est plus dans nos pattes, les choses redeviendront comme elles étaient. »

« Comme elles étaient ? » Lucius chuchote, incrédule. « Pauvre salope pathétique, que penses-tu exactement qu'il se passait entre nous ? »

Un long silence s'étale entre eux. J'essaye désespérément de voir ce qu'il se passe, mais je n'aperçois que les deux figures sombres au dessus de moi, l'une tenant fermement l'autre par le bras.

« Et elle alors ? » j'entends la voix de Bellatrix, mais elle semble plus éloignée que jamais. « C'est juste une fille quelconque. Une sale petite Sang-de-Bourbe. Qu'a-t-elle à t'offrir que je ne puisse pas ? »

Il y a un nouveau silence avant que Lucius ne lui réponde.

« Sors, Bellatrix. Pars d'ici. Tu en as assez fait pour ce soir. »

C'est alors qu'elle se met à crier. J'essaie tant bien que mal d'ouvrir les yeux, pour voir ce qu'il se passe, mais tout est sombre, tout.

« OH OUI, PARCE QU'IL NE FAUT PAS QUE JE NUISE A TA PRECIEUSE PETITE PUTAIN, N'EST-CE PAS ? » elle hurle. « Tu es pathétique ! Baiser une Sang-de-Bourbe juste parce qu'elle est si faible, si sans défense. Si elle était de Sang Pur ou de Sang Mêlé, je pourrais comprendre, mais tu ne vas pas me quitter pour une créature valant moins qu'un être humain, tu ne feras pas ça ! »

Je peux la voir se saisir de son bras et le pointer sur moi.

« Assomme-la, Lucius » elle murmure. « Assomme-la et laisse-la mourir ici. Tous tes problèmes seront finis. Le Seigneur des Ténèbres pensera qu'elle se sera tuée elle même, et tu seras débarrassé de cette maladie qui t'empoisonne. Fais-le. C'est le seul moyen. »

Elle lâche son bras et je peux voir vaguement qu'il pointe toujours sa baguette sur moi, prenant sans aucun doute sa décision. Décidant de se débarrasser ou non de son fardeau que je représente.

Je regarde vaguement vers lui, mais je ne peux pas voir son visage. Mais voudrais-je voir son visage s'il me lance le sortilège qui me tuera ?

Son bras se lève alors qu'il se tourne sur le côté.

« Tu en demandes toujours trop » il marmonne vicieusement. « Endoloris ! »

Des cris se répercutent dans la salle. Des cris aigus et terrifiants, remplis d'agonie pure. Bellatrix a finalement appris ce que peut faire son sort préféré. Et c'est Lucius qui lui montre. Tout ça pour moi.

Les cris s'arrêtent et j'entends un bruit sourd de quelque chose frappant le sol.

J'essaie désespérément de voir ce qu'il s'est passé, mais je ne peux pas. Ma vision a finalement cédé à l'obscurité qui m'enveloppe, et rien n'a de sens, rien du tout, et je flotte…

Il y a un bruit sourd de quelque chose trainé sur le sol, avant d'entendre la porte s'ouvrir et quelque chose de lourd jeté sans ménagement hors de la salle, directement sur le sol, avant que la porte ne se ferme à nouveau.

« Collaporta ! »

Il y a un long silence avant que des pas ne traversent la pièce, se rapprochant de moi, et je sens quelqu'un s'accroupir près de moi.

Une main caresse ma joue.

« Sang-de-Bourbe ? »

C'est sa voix. La voix de Lucius. J'essaye de m'accrocher à elle, mais elle glisse loin de moi comme de l'eau glissant entre mes doigts…

« Sang-de-Bourbe, vous pouvez m'entendre ? »

Je sens une main se glisser dans la mienne et j'agrippe instinctivement ses doigts, les enveloppant étroitement dans les miens.

« Parlez-moi, Sang-de-Bourbe. Vous devez tenir le coup. Tenez le coup, ne partez pas. »

Il veut que je vive. Malgré tout ce qui est arrivé, il veut que je vive…

Mais est-ce que je veux vraiment vivre ? Ais-je envie de continuer dans ce monde de haine, de préjugés et de peur ?

J'ouvre la bouche et je murmure difficilement.

« Pourquoi ? » je demande. « Pourquoi voulez-vous que je m'accroche ? »

Il y a un long silence, et je sens ses doigts se resserrer autour des miens.

« Vous savez pourquoi, Sang-de-Bourbe. »

Oh oui, je sais pourquoi. Dans ce moment d'étrange clarté, je sais exactement ce qu'il se passe. Je le sais depuis longtemps. Bien avant lui.

Mais est-ce suffisant ? Est-ce suffisant pour me garder en vie ?

« Mes parents » je murmure. « Je reverrais… mes parents… »

Je me sens soulevée verticalement contre son torse, me serrant tout contre lui.

« Tenez bon » marmonne-t-il passionnément. « Je peux évoquer une potion pour vous guérir, j'ai juste besoin que vous vous accrochiez pour que vous puissiez la boire. »

« Je ne veux pas… » je murmure. « Je ne… »

Il me serre encore plus contre lui. Je peux le sentir tout contre moi. Je peux sentir son odeur. J'essaye de tenir, mais je ne peux pas, tout est si sombre.

« Je ne vois rien ! » je crie. « Retenez-moi s'il vous plait ! »

Il me berce contre lui, ma tête reposant dans son cou. Ses bras tremblent autour de moi alors qu'ils s'accrochent à moi.

« Tenez bon, Hermione. J'ai besoin que vous teniez le coup. »

Hermione…

Hermione.

Mon prénom. Il a dit mon prénom, une fois de plus. Je peux m'accrocher éternellement à ce prénom, cette preuve de l'être. Si seulement le fait qu'il me voie comme un véritable être humain pouvait me sauver… Il n'est pas trop tard, parce que mon prénom dans sa bouche signifie tout pour moi. Pas seulement Sang-de-Bourbe, mais Hermione

Le monde tombe autour de moi et je glisse dans l'obscurité miséricordieuse.