Je n'ai aucune excuse. J'ai un milliard d'excuse. Alors, on fait comme si ça ne faisait pas presque cinquante jours sans publication et on oublie, d'accord ? Je ne sais plus si j'ai remercié tout le monde pour les gentils messages, donc merci général. Oui, même à toi lecteur fantôme, j'espère que tu aimes autant cette histoire que les personnes qui laissent leurs traces.
Toujours relu par l'incroyable Mara :)
Tendres et amicaux baisers,
Bonne fin de dimanche (courage !).
Bonne lecture !
Charlie avait coiffé ses cheveux en une haute queue de cheval. Elle avait mis son pyjama préféré. Elle était seule à la maison. C'était vendredi. Ses parents étaient partis au restaurant, ou quelque chose dans le genre. Et Grant dormait chez les grands-parents Anderson. Elle avait dit à son père qu'elle passerait la soirée avec Leah. Mais la vérité était qu'elle voulait être seule.
Depuis que Maxime avait rompu avec elle, elle n'avait pas réussi à être seule plus de quelques minutes. Et elle en était reconnaissante. Parce qu'elle était convaincue que si elle avait été seule plus de dix minutes, elle se serait écroulée. Mais, ça faisait deux semaines. Et bien sûr que son cœur lui faisait encore mal lorsqu'elle croisait des couples, lorsque cette idiote de Laureen Jones, qui avait le casier à côté du sein, embrassait à pleine bouche de manière bien dégoutante son idiot de petit-ami qui était en terminale et qui riait comme un âne à toutes les blagues absolument pas drôles de son idiote de petite-amie. Celia avait dit à Charlie qu'elle était amère. Elle avait sûrement raison, pensait Charlie. Mais, hé, elle avait le droit d'être amère. Elle avait quinze ans et c'était sa première rupture.
Alors ce soir, elle avait dit à ses amies qu'elle serait chez ses grands-parents et à ses parents qu'elle serait avec ses amies. Et elle avait prévu une soirée pour elle. Sans personne. Elle avait tout prévu. La veille, en sortant du lycée, elle avait été acheter ses biscuits préférés et des bonbons au cola – ceux avec plein de sucre et qui piquent la langue. Elle avait embrassé Grant, Kurt et Blaine lorsqu'ils étaient partis et leur avait souhaité une bonne soirée. Et quand son père lui avait dit de profiter, elle avait souri, parce qu'effectivement, elle allait profiter.
Elle avait d'abord passé un temps infini dans la salle de bain. Elle avait pris un bain en regardant un épisode de sa série préférée qui venait de reprendre. Elle avait profité du bain pour se faire des masques, des gommages, des tas de trucs qu'elle ne faisait jamais, et qui faisait autant de bien au corps qu'à l'esprit. Puis, elle était sortie de la salle de bain, avait fait une queue de cheval sur ses cheveux qu'elle avait séchés, enfilé son pyjama et avait mis de la musique.
Elle avait fait le tour de sa playlist iTunes sans trouver de chanson qui convenait à son humeur. Alors, elle avait cherché sur YouTube et elle avait trouvé. Après les trois premières phrases, elle avait mis le volume au maximum. Elle chantait à tue-tête. Et elle se sentait vraiment bien.
« Give your heart a break ! Give your heart a break ! Let me give your heart a break ! »
« Bonne soirée, Grantosaure !, dit Blaine en embrassant son fils.
- Bonne soirée, Papa !
- Bonne soirée, mon Chat, dit Kurt en enlaçant le garçon.
- Je t'aime Papou.
- Je t'aime aussi, répondit Kurt.
- Allez, toi tu rentres, dit Victor en poussant son petit fils à l'intérieur de la maison, et vous, vous partez vous amuser !, continua-t-il en faisant signe à Blaine et Kurt.
- Bonne soirée Victor, s'il y a un problème-
- Avec Grant, je sais que tu as ton téléphone, Kurt. Et je sais que je dois t'envoyer un message quand il est endormi. Bonne soirée, les garçons », dit Victor avant de fermer la porte devant eux.
Ils avancèrent sans bruit jusqu'à la voiture.
« On fait quoi ?, demanda Blaine.
- Ciné ? Resto ?
- Vélo ?, demanda Blaine en souriant.
- Blaine, tu me parles encore une fois de faire du vélo pendant un de nos rendez-vous, et je te jure que je trouve ton vélo, je le défonce, je lui mets le feu, je le réduis en cendres et je te le fais avaler. Tu comprends ?, dit Kurt avec un grand sourire.
- Tu sais, Kurt, parfois, tu me fais vraiment, vraiment peur.
- Mais, tu m'aimes quand même ? », demanda Kurt.
Blaine le regardait. Bien sûr qu'il l'aimait quand même. Bien sûr qu'il l'aimait. Mais, il n'arrivait pas à le lui dire. Alors, il le regardait avec ses grands yeux. Et il priait que pour Kurt comprenne.
Kurt avait dit à Blaine qu'il l'aimait quelques semaines plus tôt. C'était sorti tout seul. Sans qu'il ne s'y attende et qu'il ne l'ait prévu. Blaine était venu le voir un midi, à l'école, avec un beignet au chocolat qu'il avait fait lui-même.
« Je l'ai fait et je me suis dit que ça pourrait te faire un chouette dessert. »
Alors, Kurt avait ouvert la petite boîte et avait vu le beignet le plus informe du monde. Et il avait vu les yeux de Blaine, grand ouverts. Il était vraiment fier de lui. Et Kurt l'avait trouvé adorable. Il l'avait trouvé. C'était ça, il avait retrouvé son Blaine d'avant.
« Je t'aime tellement, Blaine. »
C'était sorti comme ça. Au-dessous d'un beignet qui aurait un goût aussi indéfini que sa forme. Devant l'école où travaillait Kurt. Et sous la pluie.
« Merci, avait chuchoté Blaine. Je vais te laisser travailler, maintenant. À ce soir, Kurt. Bonne journée ». Et il était parti en l'embrassant sur la joue doucement.
Kurt et Blaine n'en avaient pas reparlé. Parce que Kurt savait que Blaine n'était pas prêt à lui dire qu'il l'aimait en retour, mais il savait aussi que Blaine l'aimait en retour. Il fallait juste que l'information arrive de son cœur à son cerveau.
Et Blaine n'en avait pas reparlé parce qu'il avait peur que Kurt ait dit ça sous l'impulsion du beignet, comme pour le remercier. Et lorsque Kurt lui avait redit qu'il l'aimait, c'était juste après l'amour et Blaine savait que c'était en lien avec les hormones et que ce qu'on disait après, ce n'était pas forcément fiable. Mais, Kurt l'avait aussi redit à deux autres opportunités. Un matin, lorsque Blaine lui avait apporté un thé au lit et lui avait dit qu'il s'occuperait des enfants et que Kurt pouvait rester tranquille au lit. Kurt l'avait remercié. Et alors que Blaine sortait de la chambre, Kurt l'avait interpelé et lui avait chuchoté un « je t'aime » tout doux. Et la seconde fois, c'était lorsque Blaine lui avait souhaité bonne nuit, un soir, alors Kurt lui avait dit « bonne nuit. Et Blaine ? Je t'aime. D'accord ? ». Mais Blaine n'avait rien répondu, il avait juste souri.
Ils s'étaient mis d'accord et avaient décidé d'aller voir un film. En arrivant devant le cinéma, Blaine avait trépigné d'impatience en faisant la queue pour les billets.
« Kurt ! Kurt ! Ils passent notre film ! Ils passent West Side Story ! Tu te rends compte ? »
Et Kurt se rendait compte. Parce qu'il avait vu sur le programme que le cinéma faisait le mois de la comédie musicale. Il passait West Side Story, La Mélodie du Bonheur, Grease, Chantons sous la pluie…
La salle était parsemée de spectateurs et Kurt se demanda à quel moment les gens avaient commencé à se désintéresser des grandes histoires d'amour.
Les Jets n'avaient pas encore commencé à chanter et Blaine avait déjà attrapé la main de Kurt pour la mettre au creux de la sienne. Et lorsque Tony commença à chanter, Blaine commença à embrasser le cou de Kurt, en se disant que Kurt avait été bien inspiré en choisissant de s'installer à la dernière rangée de sièges.
Ils auraient été bien incapables de raconter l'histoire du film s'ils ne l'avaient pas vu cent fois. Mais, ils auraient pu raconter comment leurs mains avaient raconté une histoire parallèle à celle de Tony et Maria. Ils auraient pu raconter à quel point c'était passionnant de s'embrasser au milieu d'une salle de cinéma comme des adolescents.
En sortant de la salle, ils avaient les lèvres gonflées et gercées, des sourires qui racontaient bien mieux leur bonheur que tous les mots de n'importe quelle langue.
« On fait quoi maintenant ?, demanda Blaine.
- Comme tu veux.
- On va finir ce qu'on a commencé. »
Kurt rit doucement.
« Tu te souviens de la nuit après West Side Story ?, demanda Blaine.
- Oui, soupira Kurt, évidemment.
- Je vais te la rejouer dans les moindres détails. J'ai ajouté des améliorations, tu me diras ce que tu en penses. »
Charlie avait branché son ordinateur sur la chaîne hifi du salon. Elle avait besoin de beaucoup plus de place pour chanter de tous ses poumons. Et surtout pour danser. Elle avait trouvé une playlist incroyable et chacune des chansons trouvait résonnance en elle.
Elle reconnut les premiers instants de la chanson qui venait de se lancer, alors, elle donna un coup de pieds aux magazines qui étaient sur la table de salon que Kurt chérissait tant et monta dessus.
« Girls ! We run this motha ! YEAH ! »
Kurt essayait d'ouvrir la porte d'entrée. Mais, c'était compliqué. Blaine ne voulait pas arrêter de lui embrasser le cou, les joues, les cheveux.
« Blaine, arrête deux secondes.
- Je ne peux pas, Kurt. Ça fait deux semaines qu'on a pas été tous les deux.
- Plus vite j'ouvre la porte, plus vite on pou-
- C'est bon, ouvre la porte ! Magne-toi ! »
Kurt enfonça rapidement la clé dans la serrure et la tourna. Lorsque la porte s'ouvrit, ils se rendirent compte que leur maison était sacrément bien isolée.
« Who run the world ? GIRLS !, criait Charlie. Who run the world ? »
Blaine passa rapidement devant Kurt et se dirigea vers le salon. Et il resta figé. Il sentit Kurt à côté de lui, qui devait être, lui aussi pantois devant Charlie. Devant leur bébé.
Charlie était dans son pyjama préféré, un short un peu trop court au goût de Blaine, mais « Papa, c'est pour dormir, pas pour me promener en ville » et un débardeur assorti qui mettait un peu trop en valeur ses formes. Blaine avait fait promettre à sa fille que ce pyjama était fait que pour dormir à la maison. Pas pour les soirées pyjamas entre filles. Et surtout pas pour les soirées pyjamas avec des garçons.
Charlie avait remonté ses cheveux. Et Blaine savait reconnaître une jolie fille. Charlie était sublime. Mais, ce qui le choquait, c'était la chorégraphie.
Il crut entendre Kurt dire que c'était exactement la même que dans le clip et quelque chose comme Brittany pour être déléguée. Mais, il était loin d'en être sûr. Parce que pour la première fois, il voyait que sa fille n'était plus du tout, du tout, une petite fille.
Après le dernier « Who run the world ? Girls ! » Charlie mit sa main sur son front, comme font les soldats pour saluer.
Elle savait qu'il ne lui restait que trois secondes avant que la prochaine chanson ne commence. Elle rit, et se mit en position pour la prochaine chanson.
Blaine et Kurt étaient toujours figés. Puis, la nouvelle chanson commença. Kurt reconnut la chanson dès la première seconde. Et il explosa de rire. Alors, Charlie se retourna et commença à bredouiller quelque chose avant Kurt ne la coupe.
« Je pense me souvenir des pas, dit-il à une Charlie choquée. Et mets plus fort ! »
All the single ladies ! All the single ladies !
Kurt défit ses chaussures d'un coup de talons. Et Blaine ne sut pas ce qui le choquait le plus. Que Kurt défasse ses chaussures comme ça, sans en prendre soin. Que Kurt monte sur la table basse et commence à danser avec Charlie. Ou que Kurt se souvienne aussi bien des pas du clip de Beyoncé qui avait au moins dix ans.
Blaine resta debout dans le couloir et il les regardait danser. Il avait vu la vidéo de Kurt danser sur cette chanson environ un million de fois. Puisque c'était la vidéo de la honte ! Et que Finn l'avait mise sur son téléphone. Comme ça, à chaque fois que Kurt commençait à dire quelque chose de désagréable, il sortait son téléphone et mettait la vidéo. C'était devenu une blague récurrente ces dernières années. Si récurrente, que pour un des anniversaires de Kurt, Finn, tous les anciens de McKinley et Burt avaient dansé pour Kurt. Sous les éclats de rire fournis de Blaine.
La chanson s'arrêta. Et Charlie et Kurt étaient à bout de souffle. Ils s'écroulèrent dans le canapé en riant. Blaine s'installa dans le fauteuil en face d'eux et souriant.
Qui aurait pu imaginer que moins de six moins plus tôt Charlie ne parlait plus à Kurt ?
« Comment ça se fait que vous êtes à la maison ?, demanda Charlie, coupant court aux pensées de Blaine.
- On voulait …, commença Blaine.
- On voulait être tranquille à la maison. Après le film, on avait envie d'être un peu tranquille.
- Exactement, conclut Blaine. C'est ça.
- Et toi ? Qu'est-ce que tu fais à la maison ?, demanda Kurt.
- J'avais envie de me retrouver seule, alors j'ai annulé la soirée avec les filles. Être seule, ça fait vraiment du bien, parfois. On se recentre, on se retrouve et on s'amuse bien plus qu'avec beaucoup de monde.»
Et le sourire que partagèrent son père et Kurt ne lui échappa pas. Comme si eux aussi avaient envie de se retrouver seuls. Et ça la frappa. Sûrement qu'eux aussi avaient envie d'être seuls, ils avaient envie de se recentre et de … s'amuser ?
« Je vais dans ma chambre, dit soudain Charlie avec un sourire. Je vais continuer ma soirée toute seule et je vais vous laisser. Faites comme si je n'étais pas là, okay ? »
Charlie monta rapidement dans sa chambre. Elle ferma doucement la porte derrière elle, et tourna le petit verrou que son oncle Cooper lui avait installé deux étés plus tôt. Une fois la porte verrouillée, elle ouvrit sa commode et sous sa pile de pulls, elle prit un cahier et le posa sur son bureau. Elle prit son stylo plume préféré et écrivit délicatement : « vendredi 2 novembre : Papa et Kurt sont rentrés plus tôt d'un rendez-vous. Je pense qu'ils pensaient qu'ils allaient être seuls et étaient déçus de me trouver à la maison. » Elle referma son stylo et tourna les pages. Depuis la fin du moins d'août, elle avait rempli une dizaine de pages. « 3 octobre : j'ai surpris Papa embrasser Kurt. Il m'a dit que j'avais halluciné. Je suis sûre de de ce que j'ai vu ». « 19 septembre : Grant est venu dans ma chambre pendant l'orage. Il m'a dit que la chambre de Papou était vide quand il y est allé. Papou était dans la chambre de Papa. Avait-il peur de l'orage ? ».
Elle referma son cahier alors qu'elle entendit des rires étouffés juste en dessous de sa chambre. Elle sourit en rouvrant son cahier.
Juste en dessous de sa chambre, c'était la chambre de ses parents.
