Disclaimer : Les personnages de White Collar ne sont pas à moi.
Seul dans une ville étrangère
Peter profita d'une absence de la personne qui surveillait l'accueil pour quitter l'hôtel de Bordeaux. Il ne se faisait pas d'illusion, son absence allait vite être découverte, mais cela lui permettrait peut être de prendre malgré tout le large.
Il se mit à avancer au hasard, sans vraiment prêter attention à la direction qu'il prenait, la seule chose qui comptait pour lui était de s'éloigner de l'hôtel.
A force de marcher il arriva sur des quais et s'arrêta sur un banc pour consulter son portable, ce dernier était malheureusement déchargé.
Réprimant un soupir il le remit dans son sac et ferma les yeux.
C'était positivement merveilleux, il était seul dans une ville étrangère dont il ne savait rien et il ne connaissait que quelques mots de français. Son téléphone était déchargé et bien entendu il avait laissé le chargeur dans sa chambre de l'hôtel de Bordeaux.
De toute façon il n'aurait sans doute pas pu recharger l'appareil hors de l'hôtel.
Rouvrant les yeux il fixa le cours d'eau qui coulait paisiblement sous ses yeux.
Qu'allait il faire à présent ? Il n'avait aucun moyen de joindre Scott ou d'être contacté par lui pour le moment. Il pouvait bien entendu essayer de retourner au manoir du Grand Vignoble, mais cela ne lui apporterait sans doute que des problèmes.
Maintenant que Françoise d'Arlot savait qu'il était là et avait compris pourquoi elle allait sans nul doute tout faire pour que sa route n'ait aucune chance de croiser celle de Neal.
Un peu de lassitude et de découragement l'envahit. Tout semblait se liguer contre lui... comme si le destin avait décidé de le tenir éloigné du jeune homme.
Peut être qu'il ferait mieux de renoncer et de retourner aux USA. Retrouver son épouse et leur fils. Ils lui manquaient terriblement à cet instant précis, il ne s'en sentait que plus seul encore.
Visiblement Neal était bien entouré, il avait une famille française unie autour de lui, en Amérique il était mort pour ceux qui l'avaient connu, à quelques exceptions près. Il serait plus raisonnable de rentrer et de ne plus jamais y faire allusion.
De refaire sa vie en tirant un trait sur son passé comme l'avait visiblement fait Neal. Après tout le jeune homme avait été le premier à lui dire de le faire.
Le problème était que Peter n'avait aucune envie de retourner à sa vie d'avant et de tirer un trait là dessus.
Il se sentait un peu perdu à présent, il avait eu beaucoup d'espoir, il avait cru qu'il pourrait arranger les choses, mais il en doutait désormais.
Que pouvait il arranger au juste ?
Il voulait retrouver Neal, s'assurer qu'il allait bien, c'était chose faite. Neal n'allait peut être pas aussi bien qu'il l'aurait voulu, mais au moins était il en vie, libre et bien entouré. Avec la jeune fille qu'il avait pris en charge il avait un nouveau but dans la vie, c'était le principal.
Peter était toujours fatigué, pas encore remis du décalage horaire. Son humeur et sa volonté s'en trouvaient affectés.
Il resta longuement assis à regarder l'eau couler, pris de la même sensation d'impuissance qu'il avait ressenti lorsqu'il avait vu partir l'ambulance emportant Neal des années plus tôt.
Il était sur le point de se lever lorsqu'il entendit derrière lui une voix familière.
Il se raidit instinctivement, n'osant pas se retourner, se contentant d'écouter.
Oui, il n'y avait aucune erreur possible, c'était bien la voix de Neal, son ami passait à quelques mètres de lui, il lui suffirait de se retourner, de se lever et de le rejoindre, mais il ne parvenait pas à bouger.
Entendre la voix de Neal après si longtemps... c'était presque incroyable.
Peut être se faisait il des idées, peut être n'était-ce qu'un inconnu dont la voix lui faisait penser à celle de Neal et qui serait fort surpris de voir quelqu'un s'approcher de lui.
Ne voulant pas s'exposer à une situation si gênante Peter ne bougea pas. Il écoutait par contre très attentivement.
Neal, si c'était bien lui, parlait avec une jeune femme. Il semblait partagé entre l'amusement et l'inquiétude.
- Tu n'aurais pas du me mentir. Affirmait il. Tu sais qu'on va nous en vouloir.
La jeune femme semblait faire peu de cas de l'affirmation.
- La patronne se fait toujours des montagnes de tout. Répondit elle d'un ton léger. Si on l'écoutait on ne ferait plus jamais rien. Tu as besoin de nouvelles couleurs pour ton travail et il y en a à la boutique, cela était une occasion parfaite pour sortir un peu.
- Quelqu'un d'autre que nous aurait pu s'y rendre. Fit valoir son compagnon.
Peter était de plus en plus certain qu'il s'agissait de Neal mais il n'arrivait toujours pas à se décider à se retourner pour vérifier qu'il ne se trompait pas.
Il avait l'impression que son cœur s'affolait dans sa poitrine. Il avait peur, très peur de se retourner et de voir ce qu'il en était vraiment.
Si ce n'était pas Neal il serait si cruellement déçu et si c'était bien lui, que pouvait il bien faire ?
Françoise d'Arlot et son ami Tristan n'avaient pas tort, peut être que Neal n'avait rien à gagner à le revoir, peut être qu'ils avaient tous deux plus à perdre qu'à y gagner.
- Qui ? Demanda la jeune femme. Ils ne font pas la différence entre cobalt et indigo, ils ne sauraient pas choisir aussi bien que toi. Je suis la responsable des achats, je fais mon travail, je le fais aussi bien que possible et j'avais besoin de ton aide.
- J'aurai pu faire une liste.
- Et bien, tu n'auras pas à le faire. Déclara la jeune femme dans un rire. Tu vas pouvoir choisir toi même et surtout souffler un peu, tu n'as fait que travailler depuis que tu es arrivé. Nous allons faire les courses puis nous irons manger à l'Imparfait.
– Je ne sais pas si... commença l'homme.
- Moi je sais, j'ai déjà réservé pour deux. Répliqua la femme. Je suis certaine que cela va te plaire. Moi en tout cas, je vais aimer, il y a longtemps que je voulais me l'offrir, c'est le meilleur restaurant de la ville.
Peter entendit l'homme rire et ce rire lui amena des larmes aux yeux, c'était si bon et si douloureux à la fois d'entendre le rire de Neal après si longtemps.
- Alors si c'est le meilleur restaurant de la ville, je n'ai plus qu'à m'incliner. Dit l'homme.
Peter l'entendit glisser son bras sous celui de sa compagne. Il entendit ensuite les deux personnes s'éloigner en discutant, sans esquisser un seul mouvement.
Il n'avait tout simplement pas le courage de les déranger.
Il ne voulait pas que son ami, si c'était bien lui, le voit pleurer. Il préférait attendre de s'être repris et d'avoir bien réfléchi avant de faire quoi que ce soit.
La voix de Neal lui avait semblé plus basse que dans ses souvenirs, et c'était ce qui le faisait un peu douter. Elle semblait joyeuse, mais il avait eu le sentiment que cette joie était factice. Que l'homme essayait juste de faire en sorte que sa compagne ne se doute de rien.
Peter n'avait aucun mal à imaginer Neal, le sourire aux lèvres, son regard bleu attentif, tourné vers la jeune femme, son visage séduisant portant cette fausse joie comme un masque.
Il sentit de nouvelles larmes rouler sur ses joues. C'était tellement stupide... si cet homme était vraiment Neal il avait eu une occasion parfaite de le rejoindre et il ne l'avait pas saisie... il ne parvenait pas à comprendre pourquoi.
Il avait pourtant tellement voulu cet instant, il l'avait tant attendu, tant rêvé...
Combien de fois avait il imaginé les retrouvailles entre lui et l'escroc. Il les avait visualisées de plein de façons différentes, mais dans aucun de ses scénarios les choses se passaient ainsi. Lui figé sur un banc, n'osant pas bouger et Neal passant à quelques mètres à peine, sans même se douter qu'il était là.
Comment Neal aurait pu s'en douter ? Il le croyait mort avec Elizabeth...
Peter essaya de réprimer les sanglots qui l'agitaient sans y parvenir. Toute la tension qu'il avait accumulé depuis le début de sa quête, du jeu de piste, semblait s'évacuer à travers ces larmes mal venues. C'était douloureux et en même temps un soulagement. Il s'y abandonna finalement,le chagrin et le soulagement étant vraiment plus forts que lui. Il se reprit lentement lorsque les larmes se tarirent, un peu honteux tout de même et soulagé que personne ne se soit offusqué de voir un homme de son âge agir ainsi en public. Heureusement il tournait le dos à la rue et donc il aurait fallu être sur l'eau pour le voir pleurer.
Une fois calmé il se remit à réfléchir à ce qui venait de se passer. Il repassa dans sa tête la conversation qu'il avait surprise. Plus il analysait cette voix qu'il venait d'entendre plus il avait le sentiment qu'il s'agissait bien de Neal.
Au moins il était désormais certain d'une chose, son ami était bel et bien en vie, il bénéficiait d'une relative liberté puisqu'il pouvait se rendre en ville s'il le voulait vraiment.
Son cœur se mit à battre plus fort lorsque la pensée que les choses seraient peut être différentes à l'avenir, si Françoise d'Arlot avait décidé de tout faire pour les séparer elle allait être très contrariée de savoir que Neal était allé à Bergerac justement le matin où elle l'y faisait conduire afin d'éviter qu'ils se rencontrent.
Bien entendu, vu la taille de la ville, cela relevait du miracle que leurs routes soient passées si près l'une de l'autre. Elle ne se douterait probablement pas qu'ils avaient bien failli se rejoindre, si Peter avait eu la force de se retourner.
Il se releva lentement, encore frissonnant, plus fatigué encore après cette crise de larmes.
Il se sentait usé d'un seul coup, vidé comme s'il avait mené un combat perdu d'avance. C'était peut être le cas d'ailleurs, ce combat n'avait de sens que pour lui visiblement.
Même si Elizabeth l'avait encouragé à retrouver Neal il savait bien qu'en vérité elle aurait préféré qu'il reste avec leur fils et elle.
Diana elle même n'avait rien fait pour l'encourager, Clinton s'y serait opposé s'il avait su la vérité. La raison elle même s'y opposait, c'était pratiquement une folie de faire ce qu'il avait fait. Une folie qui pouvait mettre sa carrière en danger.
Il allait retourner à l'hôtel de Bordeaux, recharger son portable, contacter Scott et lui dire qu'il renonçait, qu'il voulait rentrer chez lui. Il lui dirait de le rejoindre et si le jeune homme refusait, et bien, qu'il se débrouille.
Tout en reprenant le chemin de l'hôtel Peter sourit tristement.
Il savait fort bien qu'il ne laisserait pas Scott se débrouiller, il était responsable de lui, il se devait de le ramener. Si le jeune homme faisait des difficultés pour rentrer il lui faudrait faire en sorte de le récupérer et de le convaincre que retourner aux USA était la meilleure des choses à faire.
Il était inutile de se faire du soucis à l'avance, il aviserait après avoir parlé avec Scott, avec un peu de chance le jeune homme se montrerait raisonnable et reviendrait sans discuter.
Peter n'y croyait pas vraiment, mais il voulait tout de même garder espoir sur ce point. Il ne lui restait plus grand chose d'autre. Surtout s'il renonçait à rejoindre Neal alors qu'ils étaient dans la même ville, sans doute encore pour quelques heures.
Il sentit une douleur familière lui serrer le cœur. Neal lui manquait tellement, allait il vraiment renoncer alors qu'ils étaient si proches l'un de l'autre ?
Lorsque la douleur se fit plus forte il réalisa que ce n'était pas seulement du au chagrin.
Il s'arrêta, soudain haletant, et porta la main à sa poitrine.
A suivre
