Titre : Chasse Gardée !
Source : Gundam Wing AC.
Auteur(e) : Lysanea
Genre : yaoi, romance, UA.
Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf Killashandra, Ethan, Gage Hotwind etc.
Pairing : 1x2, 3x4
Personnages : Heero Yuy, Duo Maxwell, Trowa Barton, Quatre Raberba Winner + des personnages secondaires
Note de l'auteure : bonjour à tous ! je tenais à vous remercier très chaleureusement pour vos messages et vos reviews sur mon ou mes derniers chapitres et parfois même « juste » comme ça. Cela m'a fait du bien alors MERCI. Pour ce chapitre, j'ai finalement décidé de le diviser en deux parties parce qu'il était vraiment trop long. Même si j'ai déjà posté plus long, ici, je trouvais que c'était mieux (et plus rapide) de couper et de poster la première partie.
Rars :
Caro06 : merci pour ta double review ! toujours aussi contente de lire que ça te plaît, merci beaucoup pour ta fidélité ! les derniers chapitres devraient être longs, normalement. bonne continuation à toi ! Bises !
Céline : un grand merci pour ta review, je suis soulagée de savoir que le chapitre ne t'avais pas déçu mais que tu voulais surtout la suite ! la voici donc, espérant qu'elle te plaira ! J'en profite pour te remercier pour ton comm' sur mes drabbles. J'espère pouvoir t'écrire durant ces vacances. Bonne continuation à toi et merci encore. Bisous !
Lilith : tu n'as vraiment pas à t'excuser, j'ai été un peu traître puisque j'ai publié le chapitre plus tôt que prévu ! merci pour ta review et ta fidélité, j'ai été bien contente de lire que je t'avais surprise ! j'espère que cette suite te plaira. Bisous !
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Bonne lecture à tous !
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Chapitre vingt-cinq : chasseurs sans repaires.
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Quelques jours plus tard,
Campement du Cirque Mobile Suits,
Caravane d'Heero et de Duo
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Après avoir libéré Duo du poids de son corps, contre lequel il s'était laissé retomber, Heero s'étend à ses côtés et l'attire à lui pour l'embrasser encore longuement, malgré leur manque de souffle
Duo répond avec une douceur et une tendresse contrastant fortement avec l'étreinte fougueuse que ce baiser conclu, d'une certaine manière.
- Hmmm… Tous ces petits jeux m'ont donné faim... murmure-t-il ensuite contre les lèvres d'Heero.
- Tu te moques de moi ?
- Bah non, honey... Pourquoi ? demande très sérieusement Duo en se redressant sur un coude.
- Tu viens de faire un repas complet sur mon corps et tu parles encore de manger ?
- C'étaient de petites quantités ! se défend-il. Et j'ai plus savouré le goût de ta peau que n'importe lequel des aliments que j'ai étalé dessus pour les manger, ajoute-t-il avant de lécher le sel qui brille encore sur la peau d'Heero, par endroits.
- Je te l'accorde, tenshi, mais…
- Tu me trouves gros, c'est ça ?
Heero lève les yeux au plafond.
- Baka ! T'as pas un gramme de graisse sur le corps. T'es très bien comme tu es, ai-je besoin de le préciser ?
- Non. Mais ça ne me dit pas pourquoi tu te scandalises dès que je parle de manger encore…
- C'est parce que je veux encore profiter de toi et quand tu te sens barbouillé, tu me refuses même un simple baiser.
- C'est vrai, reconnaît Duo en frottant son nez au sien. Mais rassure-toi, je suis loin d'avoir atteint ce stade ! Là, je suis plutôt dans la phase « nécessité de reprendre des forces pour la suite ! ».
- Va te servir, dans ce cas, et recharge bien tes batteries. J'en ai pas fini avec toi…
Duo se mord la lèvre et résistant bravement à la tentation, il se détache d'Heero et se lève pour se nettoyer rapidement avant de s'habiller.
Le voyant faire, la lueur coquine dans le regard d'Heero se transforme en surprise et curiosité.
- Depuis quand as-tu besoin de mettre quelque chose sur le dos pour aller à la cuisine en pleine nuit ?
- Je ne vais pas à la cuisine, honey, mais à la cantine chercher de la glace. On en a plus…
- Il y en a encore, Duo.
- Pas au citron !
- Ne me dis pas que tu as un polichinelle dans le tiroir…
Duo éclate de rire.
- C'est Lyria qui porte notre enfant, pas moi ! C'est quoi cette question, sérieux ?
- Il est 3h du matin et tu as envie de glace au citron plutôt que n'importe quelle autre à disposition dans le congélateur. C'est normal que je me pose des questions.
- Tordues, tes questions, quand même ! Mais tu me diras, on l'a si souvent fait et avec tant d'amour que peut-être… Sans compter que tu es génétiquement modifié. Si notre futur enfant peut se défendre contre le cancer qui ronge sa mère grâce à tes gênes, peut-être ces mêmes gênes, en plus de porter la vie, sont-elles carrément génératrices de vie…
- Va chercher ta glace, que cela rafraîchisse tes idées et ton cerveau pour t'empêcher d'aller trop loin. Quelques secondes encore, et tu vas te mettre un coussin sous le t-shirt et parler tricot.
- Hey, c'est toi qui as commencé !
- J'assume. Alors vas-t-en et reviens vite.
- Qu'on essaie de vérifier ma théorie ?
- Si tu veux voir ça comme ça…
Duo rit encore, puis l'embrasse rapidement avant de filer à toutes jambes.
C'est avec le sourire qu'il entre dans le semi-remorque faisant office de cantine, un sourire sur lequel il passe une langue gourmande lorsqu'il ouvre le congélateur et repère le bac de glace au citron.
Mais ce sourire s'efface soudain et il referme la porte du congélateur, sans même avoir récupéré l'objet de sa convoitise.
Il se retourne vers le fond du semi plongé dans l'obscurité, lentement, se donnant le temps de saisir un couteau à viandes dans la desserte des couverts près du congélateur.
- Qui que vous soyez, je vous conseille de vous montrer. Je vise très bien et je sais exactement où vous vous trouvez.
Aucune réponse, mais Duo n'a pas le moindre doute sur le fait de ne pas être seul.
Alors à une vitesse incroyable, il lance le couteau qui se fige dans la tapisserie recouvrant le « mur », au-dessus d'une épaule, à l'endroit exact qu'il a prévu.
Le propriétaire de ladite épaule n'émet pourtant pas un son.
- J'ai fait exprès de ne pas viser l'épaule. Sortez de l'ombre, maintenant, il n'y aura pas de second avertissement.
- Je n'en doute pas, Duo, assure une voix familière, alors qu'une silhouette se détache de l'ombre.
- Kill' !
- Ton numéro de lanceurs avec Cathy l'atteste, tu ne rates ta cible que si tu le décides. Ou si Yuy est dans le coin. Tu es réellement impressionnant.
- Mais t'es malade, j'aurais pu te blesser, même simplement te toucher !
- Tu m'as touché, réplique-t-elle en essuyant le sang d'une petite égratignure sur son épaule nue. Mais je l'ai cherché.
- Tu aurais dû te montrer dès le début, à quoi tu joues, bon sang ? Et qu'est-ce que tu fais là en pleine nuit, à te cacher parmi les ombres des meubles ?
- Je ne veux pas qu'on sache que je ne suis pas dans la caravane d'Ethan. Et j'avais nulle part où aller…
- T'auras jamais nulle part où aller, ma grande ! T'aurais dû venir chez nous.
- Je ne voulais pas vous déranger, répond-elle avec un pauvre sourire, en s'asseyant sur la table, ses pieds se balançant dans le vide. Ni même vous inquiéter.
- Pour ce qui est de nous déranger, t'as vraiment pas à t'en faire. Bon, si t'étais venue taper à notre porte tout à l'heure, jusqu'à y a un quart d'heure environ, on t'aurait sûrement fait attendre un peu, le temps de se nettoyer un peu…
- Encore une nuit de folie ? On ne vous arrête plus !
- On avait certaines choses à fêter, ces derniers jours, comme notre première rencontre il y a un an, notre mise en couple il y a six mois... Mais c'est vrai aussi que depuis que je n'ai plus à cacher à Heero ce que je prépare avec Cathy, et aussi depuis qu'il sait que j'ai tout fait pour pouvoir l'accompagner, il est encore plus passionné qu'avant. C'est sa manière à lui de me remercier, même si je ne pense pas qu'il ait à le faire. Je ne m'en plains pas pour autant !
- J'imagine. Raison de plus, Duo, je n'aurais pas été à l'aise d'interrompre ce genre de moments entre vous.
- Ce ne sont ni les premiers, ni les derniers, réplique Duo en allumant une des deux veilleuses pour ne pas attirer l'attention. Alors n'hésite jamais. Et franchement, entre nous, y a pas à être gêné si tu arrives en plein milieu de quelque chose, ni de ton côté, ni du nôtre. On en a assez vu et entendu, ces derniers mois !
- C'est vrai, reconnaît-elle.
- Et enfin, quant à ta peur de nous inquiéter, c'est loupé, maintenant ! Alors dis-moi, qu'est-ce qui se passe, tu t'es disputé avec Ethan, à nouveau ? demande-t-il en venant s'asseoir lui aussi sur la table, qui proteste sous ce double poids.
Mais pour l'avoir testé avec Heero, Duo sait qu'il lui en faut plus pour se briser.
Killashandra secoue la tête.
- Ce n'est pas important, Duo, tu sais. La caravane n'est pas très grande, alors c'est difficile de faire comme si on arrivait à gérer et montrer un visage courageux tout le temps. On aimerait être fort l'un pour l'autre, mais on est trop proches pour se mentir ou se cacher des trucs.
- C'est une épreuve que vous devez traverser, mais je suis content que vous soyez ensemble. Il faut que vous teniez le coup et ne pas garder rancune des choses que vous pouvez vous dire. Les mots dépassent souvent la pensée, dans ce genre de situation.
- Je sais. C'est pourquoi je te dis de ne pas t'inquiéter, tout ira bien… bientôt.
Elle soutient le regard de Duo quelques instants, puis porte son attention sur le frigo couvert des dessins des enfants des circassiens, de mots divers et variés, de pubs, d'affiches...
Un joyeux bordel coloré que la jeune femme regarde sans même le voir.
- J'étais là quand on a appris que la navette transportant les ingénieurs et les laborantins vers Sank avait explosée en plein vol, reprend Duo. J'ai vu ta réaction, même si tu as repris le contrôle de tes émotions très rapidement. J'ai vu celle d'Ethan aussi. Doc J. comptait pour toi, mais pas pour Ethan, pas autant.
- Il nous a recueillis, Duo, et nous a offert la possibilité de nous venger. Il nous a donné une vie, une protection et une famille. Il m'a entraîné, me permettant de me défendre et de protéger Ethan, en le formant lui-même pour qu'il puisse s'en sortir seul.
- Il n'a pas fait ça pour vous, Kill', ne confonds pas tout.
- Ce n'est pas ce que je fais. On se servait les uns des autres, c'est comme ça que ça se passe, dans la vie. Pas toujours, mais très souvent. Ethan lui était reconnaissant tout en le haïssant de nous enchaîner ainsi à lui. Moi, je n'avais pas de sentiments négatifs à son égard. Je ne l'approuvais pas toujours, mais je le respectais et je l'aimais, d'une certaine façon. Mais je ne vous aurais jamais trahi, Yuy et toi.
- Inutile de le préciser, la rassure Duo. Continue.
- La Base, c'était notre famille… on ne devait pas ressentir ce genre de choses, mais l'éclatement de ce noyau provoque une douleur bien réelle. Ethan et moi, on se disait qu'on continuerait ensemble, même sans les autres…
- Pourquoi pas ?
- C'est toi qui demande ?
- Je désapprouve ce « métier », mais je ne vais pas vous juger pour autant, Kill'. Je me contenterai de vous rappeler toutes les possibilités qui s'offrent à vous. Vous êtes jeunes, avez d'énormes capacités, vous pouvez choisir une autre voie. Mais si continuer d'être mercenaire est ce que vous voulez faire, je serais rassuré de vous savoir ensemble.
- Je crains que ce ne soit plus possible.
- Pourquoi ?
La jeune femme ne répond rien, entortillant seulement une de ses deux mèches de cheveux encadrant son visage autour de son doigt.
Des cheveux uniformément noirs, à présent, en signe de deuil.
Duo finit par poser sa main sur son épaule et chercher son regard, qu'il arrive à fixer au sien.
- Tu n'es pas obligée de m'en parler, Kill'. Mais je pense que ça te ferait du bien d'extérioriser un peu tout ça avec quelqu'un, et tu as bien commencé. C'est mauvais de tout garder en soi, tu sais.
- Je n'ai pas le droit… soupire-t-elle sans baisser les yeux.
- Pas le droit de quoi, exactement ?
- De craquer ! Même si tout s'écroule, je dois rester forte. Me confier ne va pas dans ce sens, je t'en ai déjà trop dit…
- Kill'…
- Je ne dois pas pleurer, je ne dois rien montrer de mes émotions, je ne dois pas compter sur les autres, je ne dois pas me laisser aller.
- Qui t'as appris ça ? demande Duo, bien qu'il connaisse parfaitement la réponse.
- Le Docteur J.
- Il n'est plus là…
- Si ! réplique-t-elle en se dégageant et repoussant sa main de son épaule. Il est là, précise-t-elle en pointant son index sur son propre front. Et ici aussi, ajoute-t-elle en posant sa main à plat sur son cœur. Je l'entends encore dans ma tête, Duo. Je suis une mercenaire, un soldat d'élite.
Duo descend de la table pour se placer face à elle, et pose d'autorité ses mains sur ses épaules.
- Tu es une femme, Killashandra ! Une jeune femme blessée, trompée et en deuil. Tu viens de perdre beaucoup en très peu de temps.
- Tu n'imagines pas combien c'est vrai… murmure-t-elle avec un rire sans joie.
Un rire qui se coince dans sa gorge, alors que Duo la prend dans ses bras.
Elle finit par craquer et pleurer franchement contre son torse, noyant son t-shirt de ses larmes silencieuses.
- Tu ne me dis pas tout, n'est-ce pas ? Il est arrivé encore quelque chose…
- Ethan, notre relation, c'était la dernière chose de stable dans ma vie, depuis l'arrestation des ingénieurs et leur mort… finit-elle par expliquer, une fois calmée. On a tout foutu en l'air, et maintenant, je ne sais même plus ce que je suis !
- Que s'est-il passé entre vous ?
La jeune femme se recule et remercie Duo qui lui tend un mouchoir, avec lequel elle essuie ses dernières larmes.
- On a couché ensemble, cette nuit.
Ca aussi, Duo s'en doutait, mais il a bien du mal à ne pas grimacer en l'entendant énoncer le fait si clairement.
- Est-ce que c'est si terrible que ça ?
- C'était la ligne à ne pas franchir, Duo. Jamais.
- Mais tu l'aimes, non ?
- Pas lui ! Et il s'en veut sûrement à présent. C'est pour ça que je suis sortie de la caravane. Je ne veux pas voir le regret et la culpabilité sur son visage ou dans ses yeux.
- Est-ce que t'es sûre que c'est ce qu'il ressent ? S'il a couché avec toi, c'est qu'il en avait aussi envie…
- C'est plus compliqué. Il m'a souvent avoué que ce n'était pas difficile d'avoir envie de moi, même pour lui qui préfère les hommes. C'est pour ça que cet équilibre entre nous était important, Duo. Il était fragile, tu sais, et avec les tentions et tout ce qui est arrivé, ça ne m'étonne pas qu'il ait été rompu. Mais j'avais quand même l'espoir d'être plus forte, j'attendais que lui le soit, un peu plus que d'habitude, vu l'enjeu. Mais non ! C'est fini, à présent, tout est foutu !
- Tu devrais attendre d'en discuter avec lui, avant d'enterrer votre relation comme ça.
- C'est inutile, Duo. Rien ne sera plus jamais pareil.
- C'est sûr, reconnaît-il en dégageant ses cheveux qui se sont collés à ses joues humides de larmes. Mais ce n'est peut-être pas si dramatique que tu sembles le penser. Vous êtes tellement proches, tous les deux, je ne peux pas croire que ce qui est arrivé puisse tout gâcher.
- Et pourtant…
- Mais c'est sûrement arrivé pour une raison, ce n'était pas juste un accident… si ? Vous aviez bu ou fumé quelque chose, juste avant ?
- Même pas. Je veux dire, pas plus que d'habitude. C'est juste qu'on discutait un peu plus sérieusement de ce qui venait de nous tomber dessus et de notre avenir. Je lui ai dit que nous étions de nouveau orphelins, mais que nous allions nous en sortir, encore une fois. Et là, il m'a regardé comme il ne m'avait encore jamais regardé, Duo, même dans mes plus beaux rêves et mes plus incroyables fantasmes. C'était comme s'il venait d'avoir une révélation, La Révélation, même ! Je lui ai demandé ce qu'il avait et il m'a répondu qu'il venait seulement de comprendre une chose essentielle : peu importe notre situation, m'a-t-il dit, je sais que tant que tu seras à mes côtés, je ne serai jamais orphelin.
Killashandra respire un grand coup, la gorge nouée.
- Il n'y avait jamais eu autant d'émotions, Duo, ni de son côté, ni du mien. J'ai donc complètement craqué. Comment aurais-je pu rester de marbre, alors qu'il me regardait de cette façon, comme si j'étais la personne la plus importante dans sa vie, et non seulement une d'entre elles ?
- Personne ne te le reprocherait, bien évidemment.
- C'est pour ça que quand il m'a embrassé, je ne l'ai pas repoussé. Ca nous est déjà arrivé de coller nos lèvres pour un chaste baiser, mais ça… jamais. Je me suis alors dit que si c'était un rêve, je pouvais bien en profiter. Et si c'était réel, et bien j'assumerais au réveil. Mais j'en suis parfaitement incapable…
- Tu ne devrais pas chercher à tout régler seule, encore une fois. Tout n'est pas perdu, Kill', vous pouvez, ensemble, faire en sorte de limiter la casse. Ce que tu m'as raconté me fait vraiment penser que ce n'est pas arrivé par hasard. Il va falloir maintenant essayer de comprendre ce qui vous a amené à franchir cette limite que vous vous étiez imposée. Peut-être qu'elle n'avait pas lieu d'être.
- Oh que si ! Le sexe gâche beaucoup de choses pures, Duo. Et notre relation l'était, jusque là. C'était même la seule chose que j'avais d'aussi pure.
- Tu as raison, en ce qui concerne le sexe, ça arrive parfois. D'autres fois, ça donne une nouvelle dimension à une relation, ça peut même en révéler la nature profonde. Quoi qu'il en soit, tu devrais au moins en parler avec Ethan. Rien de bon n'en sortira si vous ne discutez pas clairement. Pas maintenant, c'est évident, mais demain, par exemple. Ok ?
- Je sais que c'est nécessaire, alors oui, je lui parlerai demain. Merci, Duo, ça m'a fait du bien de… me confier. Et aussi, que tu me prennes dans tes bras. Ils ne sont pas nombreux, ceux qui le font de manière désintéressée…
- C'est pas comme si tu les laissais faire non plus !
- C'est vrai aussi.
- En tous cas, n'hésite pas si tu as encore besoin, c'est quand tu veux, ma belle !
- J'en profite encore un peu, alors, répond-elle en se blottissant un court instant dans ses bras.
L'étreinte est un peu maladroite, ce qui fait un peu de peine à Duo, car il sent bien que la jeune femme n'a pas du souvent en partager, dans sa vie.
Sauf avec Ethan, justement, et elle doit être en train de se demander si ce sera possible à nouveau, un jour, après ce qui s'est passé entre eux.
- Yuy va piquer une crise s'il ne te voit pas revenir, tu m'as accordé assez de temps. Tu devrais rentrer.
- Oui, mais tu viens avec moi. Il est hors de question que tu restes ici.
- La température est bonne et il y a tout ce qui faut à manger et à boire, tu n'as pas à t'inquiéter.
- Tu ne seras pas bien. Notre chambre d'ami est plus confortable et discrète.
- Je n'en doute pas… Mais avant d'accepter, tu devrais peut-être demander à Yuy s'il est d'accord.
- On lui expliquera en arrivant. Quant à toi, tu dois prévenir Ethan. Même si on sait tous que t'es une grande fille, il s'inquiète déjà sûrement, vu la situation.
- C'est sûr, reconnaît-elle en descendant de la table. Mon portable est resté dans ma veste, heureusement que je l'ai prise en sortant, ça m'évite d'y retourner. Je vais lui envoyer un message.
- Ok. Je récupère la glace que j'étais venu chercher en attendant et après, on peut y aller.
Killashandra lui sourit, tout en pianotant furieusement sur son téléphone un message bref, essayant de ne pas être trop sèche.
Le portable rangé et la glace récupérée, ils quittent la cantine et traversent le campement vers l'arrière où se situent les caravanes maison.
Ils sont presque arrivés à celle d'Heero lorsqu'Ethan apparaît soudain, surgissant de derrière la caravane école.
Duo ne lui avait encore jamais vu une telle expression : le jeune mercenaire semble complètement dévasté.
Killashandra soutient son regard un long moment, puis détourne la tête.
Duo voit clairement sa douleur et sa détresse, aussi bien dans ses grands yeux de chat que dans la crispation de ses mâchoires et de ses lèvres.
Elle ne dit rien, cependant, et reprend sa marche, dépassant Ethan sans le regarder, puis s'arrête un peu plus loin pour attendre Duo.
Celui-ci lui emboîte le pas avec un regard désolé pour le jeune homme qui serre les poings à s'en faire blanchir les jointures, mais qui ne dit rien lui non plus et ne fait aucun geste vers eux, vers elle.
Lorsque Duo referme la porte de la caravane quelques secondes plus tard, Ethan n'est déjà plus là…
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Quelques heures plus tard, au matin
Caravane d'Heero et Duo
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Lorsque Killashandra se réveille aux environs de 11h30, elle met un peu de temps à retrouver ses repères.
Mais tout lui revient vite à l'esprit et c'est avec un soupir las qu'elle se lève et sort de la chambre, vêtue en tout et pour tout d'un t-shirt de Duo et d'un vieux caleçon d'Heero, qu'ils lui ont prêté pour la nuit.
C'est un peu en traînant des pieds qu'elle se dirige vers la cuisine d'où lui proviennent quelques sons et surtout, la délicieuse odeur du café.
Elle y trouve Heero et Duo en train d'éplucher des légumes, chacun d'un côté de la table, et cette vision lui fait se demander si elle n'est pas encore en plein rêve.
Après s'être frotté les yeux plusieurs fois sans que rien ne change, elle finit par répondre à leurs bonjours.
- Bien dormi ? demande encore Duo.
- Oui, merci.
- Il y a un problème ? veut savoir Heero, devant son regard toujours fixé sur la table et les légumes.
- Rien, rien… Je me disais seulement que vous aviez une vie vraiment passionnante, tous les deux…
- C'est pas une super occupation d'éplucher les légumes, c'est vrai, reconnaît Duo en souriant. Mais nos discussions sont intéressantes, tu sais !
- Ce que tu dois surtout savoir, c'est que d'habitude, Duo est assis sur mes genoux et on ne fait pas qu'éplucher les légumes.
- 'ro…
- Ce n'est pas vrai, peut-être ?
- Si, mais…
- Ce n'est pas à cause de moi, quand même ? demande la jeune femme.
- Si, répond franchement Heero. Duo ne voulait pas que tu nous trouves autrement que bien sagement installés et à distance, après ce qui s'est passé cette nuit avec Ethan.
- C'était inutile d'être si précautionneux, Duo, mais je te remercie pour ta gentillesse.
- J'aurais préféré qu'Heero tienne sa langue et que tu n'en saches rien.
- Je ne vais pas m'effondrer, tu sais.
- J'en suis certain, ça aurait été une insulte d'y avoir simplement pensé. Seulement, c'est déjà difficile pour toi, je ne voulais pas en rajouter.
- Ca ira, ne t'en fais pas, assure-t-elle avec un sourire sincère. Et puis, j'adore le couple que vous formez, tous les deux. C'est rare de vous voir dans l'intimité, et c'est une occasion pour moi de noter les changements chez toi, Yuy. Ca me fascine toujours autant quand je surprends un petit geste, un regard… Tu es un autre homme, maintenant, et c'est encore plus frappant lorsque tu es avec Duo.
- J'ai aucunement besoin que tu m'analyse, Kill'. Tu serais plus utile avec un économe dans une main et des légumes dans l'autre, alors je t'en prie, assis-toi, la chaise n'attend que toi.
- Ne l'écoute pas, surtout ! intervient Duo. Installe-toi, mais seulement pour petit-déjeuner. Les dosettes de café sont dans le placard au-dessus de la machine avec les céréales, les jus de fruits sont dans le frigo et le pain est dans le four avec les pancakes qui sont encore chauds. On avait commencé à te préparer un plateau, comme tu peux le voir, mais on a décidé de te laisser dormir, finalement.
- Merci beaucoup, Duo. Et merci, Yuy. Parce que si tu ne voulais vraiment pas de moi, je serais déjà dehors.
- Duo sait se montrer convaincant.
- Comme si t'en avais besoin ! réplique celui-ci avec un petit rire.
- Convaincant au point d'accepter de me prêter quelque chose d'aussi perso qu'un caleçon pour dormir ?
- Je n'ai pas eu besoin de lui pour ça. Il m'a suffit de t'imaginer déambuler en petite culotte chez nous et récupérer un vieux caleçon que je ne mets plus est devenu une mission prioritaire.
- Comme tu y vas ! rit-elle, franchement amusée, tout en se préparant un café. Si ne te connaissais pas avant, j'aurais pu me sentir vexée. Mais ne vous inquiétez pas, je ne vais pas vous déranger longtemps. Ce n'est pas un endroit où dormir qui me manque.
- Tu n'avais pas besoin de le préciser.
Duo fait les gros yeux à son compagnon, mais ne dit rien, cette fois-ci.
Il a bien compris que c'est de cette façon qu'Heero soutien Killashandra, en la taquinant et la forçant à réagir.
- Je parle bien de dormir, Yuy, j'ai vraiment pas le cœur ni la tête à autre chose. Et sache que j'ai beaucoup de possibilités, proposées en tout bien tout honneur. Tout le cirque ou presque est en vacances et souvent loin d'ici. Beaucoup m'avaient déjà invitée à m'installer chez eux dès que j'en aurais marre d'Ethan. Je n'imaginais pas que j'aurais peut-être à en accepter certaines…
- T'es pas obligée, tu sais. T'es la bienvenue, ici. Perso, je suis sûr que t'y seras mieux, pour le moment. Même s'il ne dit rien, je sais qu'Heero n'en pense pas moins.
- Je n'en doute pas, mais…
- Alors reste. Et si tu as envie et besoin d'être seule, je te file les clés de chez moi, quand on y est pas, ok ? On avait prévu d'y rentrer en fin de journée, comme je suis de service à l'orphelinat ce soir et demain soir, donc tu pourras être tranquille ici. Mais si au contraire tu préfères ne pas rester seule, on peut s'organiser différemment.
- Non, pas besoin d'aller jusque là, Duo, ça ira. Merci. Je peux t'embrasser sans me faire mordre, tu crois ?
- Essaie un peu pour voir, répond Heero avec un petit sourire.
Duo se lève et lui donne un coup d'aubergine sur la tête, avant de rejoindre Killashandra à qui il tend sa joue.
La jeune mercenaire y presse ses lèvres sans quitter Heero des yeux, puis leur sourit à tous les deux.
Un sourire qui s'élargit, lorsque Heero profite que Duo revienne s'asseoir pour l'attirer sur ses genoux, où il l'installe d'autorité.
Duo soupire un peu mais ne proteste pas et ne cherche pas à se dégager.
- Être la bienvenue ne doit pas te faire oublier que tu dois parler avec Ethan, reprend Heero en terminant d'éplucher une courgette.
- Je sais, reconnaît-elle en sortant les pancakes et le pain du four, distraitement. J'ai seulement besoin d'un peu de temps. Pas trop, juste un ou deux jours. Je pense que lui aussi en a besoin, de toute façon.
- Tu ne le penses pas, tu l'espères.
- C'est pareil, Yuy.
- Faux. Si tu le penses, tu ne t'attends pas à ce que cela soit autrement. Or, tu espères car tu redoutes que ce ne soit pas le cas. Et alors, il faudra que tu affrontes Ethan.
- Et tu ne m'en crois pas capable ?
- C'est toi qui doutes de tes capacités, réplique-t-il. Ne fais pas l'erreur de douter de lui aussi et accorde-lui une chance de s'expliquer avec toi.
- Je le ferai, assure-t-elle en prenant le plateau pour enfin s'installer avec eux à table. Mais plus tard. Là… ça fait encore trop mal. Je sais que je ne dois pas me laisser aller à avoir ce genre de sentiments, mais…
- Il n'y a plus personne pour exiger de toi ce genre de choses, Kill', la coupe froidement Heero. Alors ne prends pas cet air désolé et coupable devant moi. Tu n'as de comptes à rendre qu'à toi-même, aujourd'hui. Agis selon ta conscience et tu seras en paix.
- Ce serait une bonne chose…
- Ne lutte pas contre tes sentiments. Tu souffres, accepte-le et essaie d'avancer intelligemment.
- J'aimerais être plus forte, mais je souffre plus aujourd'hui que je n'ai eu à souffrir ces dernières années, et rien ne m'y avait préparé. Toucher le paradis et en être si brusquement rejetée… ça fait plus mal que de simplement espérer l'atteindre un jour.
- Tu as décidé de toi-même qu'Ethan ne ressentait rien, intervient alors Duo. Mais pour faire l'amour, il faut être deux. Au moins deux, en tout cas. Et surtout, il faut avoir des sentiments, sinon, ce n'est que du sexe.
- J'ai jamais dit qu'on avait fait l'amour.
- Arrête de jouer sur les mots, réplique Heero. La mauvaise foi ne te va pas davantage.
- C'est vrai, ajoute Duo, Ethan ne t'aurait jamais touché sans avoir de sentiments pour toi. Et il ne cherchait sûrement pas à te réconforter, ça aurait été un manque de respect envers toi d'agir sous ce couvert.
- Je sais qu'il m'adore, mais comme une grande sœur. C'était tacite, entre nous, que je ne pouvais pas espérer plus. Comment ne pourrait-il pas s'en vouloir et m'en vouloir aussi pour ce qui s'est passé, dans ce cas-là ?
- C'est à lui qui faudrait poser cette question et tu devrais vraiment en parler avec lui, insiste Heero. Tu te trompes peut-être sur la nature de ses sentiments pour toi.
- Je sais ce qu'il éprouve pour Chang depuis toujours et c'est au-dessus de tout ! Avez-vous oublié ce qui est arrivé cet hiver, lorsqu'il a appris la grossesse de Sally ? Mince, il a failli y rester !
- Le temps a passé, même si ce ne sont que quelques mois. Il a mûri et changé, Kill', vraiment. Je ne sais pas si ce qu'il a subi à la Base en est aussi la cause, mais le résultat est là.
- Tu sais, parfois, il se passe plus de choses en quelques mois qu'il ne s'en est passé durant les années précédentes.
La jeune femme repose son couteau avec lequel elle étalait généreusement du sirop d'érable sur un pancake et les regarde l'un après l'autre longuement.
- Vous l'avez vu, ce matin ?
- Je l'ai croisé en allant chercher le pain à la cantine, répond Heero.
- Il t'a dit quelque chose ?
- Pas grand-chose d'autre que de me demander comment tu allais.
- Que lui as-tu répondu ?
- Que Duo avait réussi à t'apaiser suffisamment pour que tu puisses t'endormir et que tu n'étais pas encore réveillée.
- Et ?
- Il m'a demandé de veiller sur toi.
- C'est tout ?
- Hn.
- Mais ça ne change rien, Kill'…
- Laissez tomber. Merci pour le petit-déj' et…
- Hey ! la retient Duo en se levant pour se placer devant elle, alors qu'elle s'apprêtait à débarrasser son plateau encore plein. Il faut que tu manges encore, t'as à peine grignoté ! On te promet de parler d'autre chose, ok ?
- Promis ?
- Promis.
- Yuy ?
- Hn.
- Ok, alors. Faut pas m'en vouloir, ajoute-t-elle en se rasseyant comme convenu. J'ai pas l'habitude d'avoir un Yuy conseiller en relations humaines qui me fait la leçon au petit-déj' !
- Je crois t'avoir déjà invitée à récupérer un économe. Il en reste un dans le troisième tiroir du meuble sous le four, et des légumes n'attendent que ton doigté expert dans le bac du frigo.
- Laisse-moi d'abord faire un sort à ce délicieux petit-déj' préparé avec tant de soin et après, promis, je vous aide pour tout ce que vous voulez.
- Une fois qu'on aura fini, pratique.
- Allez, honey, ça suffit maintenant, fous-lui un peu la paix !
- Laisse, Duo, ça ne me dérange pas. Au contraire même, ça me fait plaisir.
- T'es sérieuse ?
- Oui ! Avant, Yuy n'avait pas cette attitude avec moi, jamais. Nos rapports étaient professionnels et courtois, sans plus. J'aime bien quand il me taquine, à présent, ça me fait me sentir plus réelle qu'un mur.
- Tu n'as pas besoin de moi pour ça.
- Non, c'est vrai, mais ça fait du bien ! T'as été le modèle à la Base pendant tant d'années, toi, le soldat parfait du Docteur J., c'est devenu naturel de chercher ton regard, ton attention, ton approbation. Tu as changé, nous aussi et la situation également. Mais ce besoin d'exister à tes yeux, d'avoir ta reconnaissance ou simplement la preuve que tu es conscient qu'on est là, il est toujours présent. Alors je suis contente de la nouvelle relation que nous avons développé, ces derniers mois. C'est encore quelque chose que nous te devons, Duo. Merci.
- Mais de rien !
- Tu as changé, Killashandra, c'est un fait, reconnaît Heero. Tu as plus dit « merci » en une demi-heure que durant ces douze derniers mois.
- Tout n'est pas perdu ou foutu pour moi, alors !
- Non. Et quand tu auras parlé avec Ethan, tu te rendras compte combien c'est vrai.
La jeune mercenaire soupire.
- Nous verrons bien. Mais vous m'aviez promis de ne plus en parler.
- C'était juste une précision, se défend Heero.
Killashandra hoche la tête sans un mot et plonge le nez dans son mug de café.
- Est-ce que tu as un moment de libre, aujourd'hui ? reprend Duo après un court silence.
- Même plus d'un. Pourquoi ?
- Gage va venir prendre nos « dépositions », donc si tu pouvais être là, ça t'éviterait la Commission.
- C'est vrai, tu m'en avais déjà parlé.
- Tu pourras te rendre disponible, alors ?
- J'aurais préféré éviter de revoir Ethan si tôt. Je sais que nous risquons de nous croiser, mais on aurait pu faire que ça. Ce serait bien que Gage Hotwind prenne nos « dépositions » séparément, qu'on soit pas obligé d'être dans la même pièce à attendre notre tour.
- Il était prévu qu'il passe ici pour vous voir, Ethan et toi, si vous étiez d'accord. Ensuite, nous devions aller Heero, Gage et moi au Palais pour qu'il puisse enregistrer nos dépositions et celle de Trowa. C'était aussi l'occasion pour lui de voir le père de Quatre, au passage. C'est tellement rare que Raberba Senior soit là, ça lui évite de lui courir après à travers toute l'Arabie.
- Dans ce cas, dès qu'il en a terminé ici, passez-moi un coup de fil ou envoyez-moi un message, que je puisse lui parler avant que vous n'alliez au Palais.
- Tu peux y venir avec nous, Kill', ça arrangera tout le monde, je pense.
- Je ne vais pas déranger, plutôt ?
- Mais non ! Et puis Fahrad sera content de te voir…
- Vraiment, Duo, j'ai pas la tête à ça…
- Il te suffira juste de lui sourire et tu le rendras le plus heureux des hommes. Il est de ceux qui ont des plaisirs tout simple, tu sais.
- Ok… Alors j'irai vaquer à mes occupations et dès que je recevrai votre message, je vous retrouverai au Palais.
- C'est parfait ! Bien, ajoute-t-il, je crois qu'on a fini avec les légumes, mon Heero…
- Hn. Merci pour ton aide, Killashandra…
- Honey ! proteste Duo en se levant.
Mais il ne peut rien dire de plus car Heero s'est mis debout aussi et l'a embrassé là, juste sous l'oreille, à l'endroit précis qui lui fait voir des étoiles dès que Heero y pose son souffle, ses lèvres ou même seulement le bout de ses doigts.
Un baiser rapide, avant qu'il ne gagne l'évier pour y rincer les légumes épluchés et prêts à être cuisinés.
Duo soupire, puis rend son sourire à Killashandra qui n'a rien perdu de la scène.
C'est en silence qu'il va d'un meuble à l'autre pour rassembler le nécessaire à la suite de la préparation du déjeuner, un sourire flottant toujours sur ses lèvres.
Presque le même que celui qui étire celles d'Heero et qui se dessine encore sur la bouche de la jeune mercenaire, alors qu'elle finit de prendre un petit-déjeuner définitivement inhabituel, mais non moins agréable et réconfortant.
-
-
Un peut plus tard dans l'après-midi,
Palais Raberba Winner,
-
-
C'est dans le Salon Emeraude que Quatre a invité Gage a prendre les « dépositions » des anciens mercenaires et de Killashandra et Duo, aux statuts indéterminable à présent.
Ce n'est pas parce que les velours des canapés et des fauteuils, les tapis et les voilages sont dans cette nuance de vert si proche de celle des yeux de Trowa qu'il a arrêté ce choix sur cette pièce plutôt qu'une autre, mais plutôt parce qu'elle dispose d'une sorte d'antichambre offrant l'intimité et la discrétion idéales pour Gage et la personne « interrogée ».
Celui-ci en revient justement avec Killashandra, la dernière à être passée.
- C'est parfait, vos dépositions sont complètes.
- Merci encore, Gage.
- You're welcome, Rainbow. Je compte sur toi pour me prévenir dès que l'ex Agent 05 est de retour, que je puisse revenir prendre la sienne. Si jamais je ne peux pas me déplacer, pourras-tu nous organiser une vidéoconférence, Heero ?
- Hn.
- Si vous n'avez plus besoin de moi, je vais vous laisser, leur dit alors Killashandra, tandis que Gage reprend place dans un des fauteuils libres.
- J'ai des petites choses à régler avec toi, Chasseresse, mais je te recontacterai plus tard.
- Si c'est au sujet d'Imran Bougary je n'ai rien à ajouter. Et j'apprécierai que vous ne m'appeliez pas « Chasseresse ».
- Ca n'a rien à voir avec Imran, ne t'en fais pas. Quant au « Chasseresse », c'est un compliment, tu sais.
- De votre bouche, cela sort comme une insulte. Puis-je partir ? demande-t-elle à Quatre sans plus attendre.
- Bien sûr, Killashandra.
- Merci. Bonne journée à tous.
- Kill', la retient Duo, tu peux rentrer à la caravane ou venir chez moi, ce soir, ok ? N'hésite surtout pas.
- Je n'ai pas encore décidé ce que je faisais mais merci, Duo. A plus tard.
Elle sort sur un dernier regard froid envers Gage, qui sourit de toutes ses dents.
- Elle me plaît bien, cette petite ! Et je comprends mieux Imran, à présent.
- Ne la cherche pas trop, s'il te plaît, Gage, elle traverse une période difficile.
- Je n'en doute pas ! Je n'ai pas l'intention de l'embêter, rassure-toi, je suis resté très correct en prenant sa déposition.
- Oui, mais tu ne l'as pas regardé comme quelqu'un avec qui tu n'auras plus jamais rien à faire.
- Parce que j'espère bien que ce ne sera pas le cas ! On est des mercenaires, Rainbow, et de bons. Ca augmente les chances de se recroiser un jour.
- Tu ne me dis pas tout.
- C'est vrai. Ecoute, j'ai bien réfléchi ces derniers jours, à la situation présente et future des mercenaires, surtout des plus jeunes. La chute des ingénieurs et la dissolution des sections de mercenaires ont fait pas mal d'orphelins et de sans avenir. Certains s'en sortiront bien seuls, d'autres auront besoin d'un coup de main, sinon ils risquent de gâcher leur potentiel. Si Ethan Droover et Killashandra Luandys veulent continuer sur cette voie, je tiens à leur proposer mes ressources pour les guider.
- T'es sérieux ?
- Complètement. Ils ont été désarçonnés, je vais seulement les aider à remettre le pied à l'étrier. Ils iront à leur propre rythme, ensuite. Je pense que Killashandra va être plus difficile à convaincre. Ethan, moins, d'autant plus qu'il a besoin d'un suivi pour quelques mois encore, puisqu'il est toujours en rééducation.
- Je comptais l'aider, intervient Quatre. Mon père a récupéré son dossier et me l'a confié, je connais des médecins susceptibles d'assurer son traitement. Quant aux spécificités de son organisme et de ses médicaments, ces mêmes médecins ont à leur disposition tout le matériel et les éléments pour en tenir compte.
- C'est parfait. Mais je tiens tout de même à l'emmener avec moi dès qu'il sera prêt à reprendre du service. C'est un garçon plus que doué, il serait dommage de gâcher ça.
- Il pourrait aussi faire autre chose de sa vie, il est jeune et bien entouré.
- Il est libre, Rainbow, et bien assez mûr pour prendre ses propres décisions.
- Je sais, soupire Duo. Au moins, s'il décide de continuer, je serais rassuré de savoir que tu veilles sur lui. Quelles que soient tes motivations.
Les deux hommes échangent un regard entendu.
- Bien, le sujet étant clos, je voudrais aborder quelques petites choses encore avec vous, avant d'aller retrouver le grand Raberba. Heero, as-tu parlé avec Kotorie Sunsea, récemment ?
- Parce que t'es au courant de ça aussi ? s'étonne Duo alors qu'Heero ne laisse rien voir de ses sentiments, une fois de plus.
- Et qui est-ce qui a permis à Heero et Lady Sunsea de se parler, hum ? répond Gage en prenant l'intonation qu'on réserve aux enfants…
Ou aux adultes particulièrement stupides.
C'est limite s'il ne pince pas les joues de Duo.
Celui-ci lui tire la langue, lui donnant raison.
- Tu ne me feras pas croire que Milliardo te confie absolument tout sur tout.
- Non, encore heureux ! Mais Kotorie a des infos sur Doc J. et les ingénieurs, même si ça remonte à loin, alors Zechs a évoqué la possibilité de lui demander son témoignage. J'ai ri quand il m'a dit ça, parce que j'étais persuadé que jamais elle ne sortirait de l'ombre même pour aider à faire plonger le Doc. C'est alors que Zechs m'a appris qu'elle avait accepté de parler à Heero, et que donc, pour Odin toujours, elle serait peut-être aussi d'accord pour nous confier certaines choses sous serment. C'était avant l'explosion de la navette, elle avait déjà dit oui. Avec la mort des ingénieurs, elle peut encore mieux sortir sans risque de « l'Ile sous la Neige ».
- Tu étais donc au courant que cette femme était vivante ? Mais pourtant, Milliardo ne la connaissait pas…
- Duo, je ne suis pas de la génération de Zechs. N'oublie pas que ce qui me lie en premier lieu à lui repose six pieds sous la terre de Sank, dans le Caveau royal des Peacecraft.
- Tu veux dire que tu connaissais Lady Sunsea avant de rencontrer Milliardo ?
- Oui. Sechzig avait peut-être 15 ans de plus que moi, il a été mon guide longtemps, malgré ma décision de rejoindre les mercenaires. Par son intermédiaire, j'ai connu et eu à faire avec Jawed Younes Raberba, Kotorie Sunsea qui travaillait pour les Kushrenada avant que Zechs et Treize ne lient vraiment, et d'autres gens encore.
- J'avais fait remarquer à Milliardo que le monde était vraiment petit, tu viens encore de le prouver…
- Pourquoi voulez-vous savoir si j'ai récemment été en contact avec Lady Sunsea ? reprend Heero, que toutes ces informations ont, en apparence, à peine perturbé.
- Parce que je lui ai parlé, il y a peu, et il semblerait que quelque chose la travaille, te concernant. Je suppose qu'elle t'en fera part prochainement.
- C'est toujours moi qui suis entré en contact avec elle, jusqu'à maintenant.
- Dans ce cas, je t'invite à le faire rapidement. Il y a très peu de choses auxquelles elle accorde vraiment de l'importance, aujourd'hui, et j'ai pu constater que tu en faisais partie, Heero. Ce n'est pas anodin.
- Je la contacterai.
- Bien.
- Dis-moi, Gage, connaissant tes liens avec toutes ces personnes, je trouve étrange que tu n'aies pas connu Odin et Heero.
- Qui t'a dit que c'était le cas ?
- Mais quand je vous ai présenté l'un à l'autre, tu as dit…
- Que j'étais honoré de me retrouver devant une telle légende, oui. Pas que j'étais enchanté de faire sa connaissance. Je suis aussi bon que toi au jeu de dissimuler la vérité pour ne pas avoir à mentir.
- Ca, je l'ai toujours dit !
- Je ne me souviens pas de vous, annonce calmement Heero.
- Nous nous sommes rencontrés pour la première fois il y a presque treize ans, Heero. Odin avait besoin d'une planque à Sank, où je vivais alors, pour faire des repérages sur Hellun. Je vous ai hébergé dix jours.
- Je ne m'en rappelle pas, répète Heero avec un ton un peu moins neutre, soudain.
Le vieux mercenaire se gratte l'arête du nez sans le quitter des yeux.
Duo sait que c'est un tic nerveux et il doit vraiment l'être car d'habitude, il laisse retomber sa main bien avant que son doigt n'ait approché son visage.
- Tu ne te souviens absolument pas de ton premier passage à Sank, n'est-ce pas ?
- Si c'était avant ma première mission d'infiltration ordonnée par Doc. J., non.
- C'était une année plus tôt, oui.
- Pourquoi je ne m'en rappelle pas ?
- C'est parce qu'on a fait en sorte que tu ne gardes aucun souvenir de ta première visite au royaume de Sank.
- « On » ?
- Odin, J. et moi.
- Odin ne m'aurait jamais…
- Quoi, Heero ? le coupe le vieux soldat avec un ricanement. Il ne t'aurait jamais blessé ? Bien sûr que non… s'il pouvait l'éviter. Et tu es bien placé pour savoir que parfois, on est obligé de passer par-là pour empêcher que ceux à qui l'on tient le soient encore plus. Odin ne t'aurait jamais manipulé ? Il le faisait tout le temps, souvent contraint et forcé, je le reconnais.
- Ca fait toute la différence.
- Tu te trompes, Heero. Je ne sais pas si c'est parce que tu l'as perdu tôt, mais tu te fais de fausses idées sur Odin.
- Est-ce si important que ça ? intervient Duo.
Peu lui importe qu'Heero ait déformé la réalité, si ça lui a permis d'avancer, d'accepter la mort de cet homme, la seule figure paternelle qu'il ait eu.
Il ne veut pas que Gage détruise ses illusions, dont il le sait conscient, et qu'il aurait pu briser lui-même s'il l'avait vraiment voulu.
- Laisse-le parler, Duo.
- Mais honey…
Quatre, assis à côté de Duo sur la plus grande banquette, pose sa main sur son bras pour l'empêcher de poursuivre.
- Lesquelles de mes idées sur Odin sont fausses, d'après vous ?
- C'était un chasseur de primes, un tueur à gages avant d'être qui que ce soit d'autre, répond-il après un rapide coup d'œil à Duo. Peu importe la cible, seul le nombre de chiffres dont son compte allait être crédité comptait. Il t'a rendu complice de ça dès le plus jeune âge, Heero, et il aurait fait de toi ce genre de personnes.
- Ce genre de personnes que tu es, précise Duo.
- Effectivement. Je n'ai pas honte de mon métier, mais je ne souhaite à personne de devenir ainsi. Odin était motivé par l'argent, je le suis par l'instinct de la chasse. J'aime ça, je ne peux et ne veux pas lutter contre cette force qui me pousse et cette faim qui ne se calme que lorsque j'ai pris attrapé et soumis ma proie. Odin était ainsi, lui aussi, sans aucune considération pour sa cible. J. vous laissait au moins le choix des clients, ce qui vous garantissait de ne jamais tuer d'êtres totalement innocents.
- Essayez-vous de me dire que Doc J. m'a sauvé en faisant tuer Odin ?
- Qui sait ce que tu serais devenu, si Odin était toujours en vie ?
- Je ne prétends pas le savoir. Mais il y a une chose dont je suis certain : une seule personne est capable de me sauver, et ce, depuis toujours, en tous lieux, en tous temps et durant chacune de mes vies : Duo.
Bien qu'Heero ne le regarde pas et ait parlé avec son ton calme habituel, Duo a bien du mal à ne pas rougir face à cette déclaration.
S'il s'était assis au même niveau que lui sur le canapé plutôt qu'à côté de lui mais sur l'accoudoir du canapé, il l'aurait embrassé.
A défaut, il glisse sa main dans la sienne et appuie son visage contre son bras.
- Je ne survivrai pas à un topo sur les âmes sœurs et les vies antérieures, pas plus qu'à la vision d'un couple roucoulant comme s'ils étaient seuls au monde, je vous serai gré de m'épargner ça, grimace Gage.
- Tu dois bien reconnaître que ça a son importance, réplique Duo sans lâcher Heero pour autant.
- J'en suis conscient, Duo. Comme beaucoup, j'ai bien compris que l'amour était la véritable clé pour libérer un mercenaire et sauver son âme. Et si l'amour n'est pas suffisant pour nous faire changer de voie, c'est que tout est perdu. Odin avait des raisons d'arrêter, il aimait et était aimé, il avait une fille. Mais elles ne faisaient pas le poids face à sa volonté et à sa nature profonde. Je le répète, c'était un tueur-né. Ne crois pas qu'il aurait raccroché pour une nouvelle et autre vie.
- Je ne l'ai jamais pensé.
- C'est bien, car ce n'était vraiment pas le cas.
Un pesant échange de regards se fait dans un silence tendu.
Même Trowa, assis sur l'accoudoir du canapé aux côtés de Quatre, a ouvert les yeux, alors qu'il était resté jusqu'à présent dans sa position habituelle : bras croisés et yeux clos.
- Peut-être pourrions-nous clore cette partie du sujet concernant le bon et le mauvais Odin, avance alors Quatre de ce ton qui incite fortement à accepter sa proposition qui ne l'est qu'en apparence.
- Permets-moi de dire une dernière chose, insiste tout de même le mercenaire. Je sais qu'Odin ne t'entraînait pas là-dedans volontairement, Heero, reprend-il après un signe de Quatre. Tout en se servant de toi et en… t'apprenant le métier, il tentait de te donner les outils pour te tracer ta propre voie, différente de celle qu'il avait choisie pour lui-même. « Choisir » n'est pas le bon terme, nous sommes soumis à nos bas instincts que nous n'avons pas le courage de combattre. Il pensait que tu réussirais peut-être là où il avait échoué. Même s'il te tirait par le bas, il croyait fortement en toi. Ca, je suis forcé de le reconnaître.
- J'ai compris tout ça seul, Gage, vous ne m'avez rien appris de plus. Les fausses idées que vous pensiez que je me faisais n'existent que dans votre esprit. Vous avez appris beaucoup de choses sur l'ex Agent 01, mais vous ne me connaissez pas en tant que Heero, après tout. Dans ces conditions, il serait injuste de vous reprocher votre méprise et de vous en vouloir.
Le vétéran sourit et incline la tête, concédant la victoire à Heero.
- Pourrions-nous, à présent, revenir à ce que vous m'avez fait ? Si je me contrefous de vos raisons, je tiens à comprendre comment vous avez pu effacer dix jours de ma vie de mon esprit.
- C'est simple, enfin, façon de parler : nous avons scellé chimiquement une partie de ta mémoire.
- Quoi ? s'étrangle presque Duo.
- Une telle chose est possible ? s'étonne Quatre en même temps, alors qu'à ses côtés, Trowa redresse la tête et ouvre les yeux, qu'il avait refermé.
- Difficile, mais tout à fait possible. Ceci nous amène au deuxième point que je voulais aborder avec vous, puisque ce procédé a également été utilisé sur Trowa Barton.
- Mais je croyais que Sally avait vérifié… commence Quatre en levant son visage vers lui.
- Je n'ai pas été génétiquement modifié comme Heero, c'est certain. Mais la partie de mon cerveau qui renferme ma mémoire a toujours présentée des zones d'ombres que personne n'a été capable d'identifier, d'expliquer ou d'explorer.
- Voici ton dossier complet comportant toutes les informations médicales, récupéré à la Base, reprend Gage en posant l'objet en question sur la table basse entre eux. C'est une version papier, la seule qui existe, la dernière trace. Toutes les données stockées ont été détruites pour qu'elles ne puissent être piratées. Tu devras faire très attention.
- Une fois que nous en aurons pris conscience, je le détruirai, décide Trowa.
Mais il ne fait encore aucun geste pour prendre le dossier, qui doit pourtant contenir pas mal des réponses aux questions qu'il n'a pas manqué de se poser, ces dernières années.
Gage ne le lui tend pas non plus, il a toujours sa main posée dessus et ne quitte pas Trowa du regard.
- Je m'excuse d'avoir dû lire ces informations, je vous jure qu'il n'y avait aucune curiosité malsaine de ma part. Je devais le faire pour ne rien laisser échapper.
- Vous avez détruit toute référence à ce procédé que vous avez utilisé contre Heero et qui a été utilisé sur moi ?
- Non, je n'ai rien touché. Je ne suis pas l'inventeur, ce sont les ingénieurs qui nous ont fourni, je ne suis absolument pas inquiet. J. nous l'a fait tester sur Heero, mais c'est le Professeur S. qui, a l'origine, l'a conçu.
- C'étaient de grands malades, ces gars-là ! J'espère qu'ils sont en train de rôtir en enfer et qu'ils auront les miches bien cramées, et pas qu'elles…
- Duo…
- Désolé, mon Quatquat, mais si ton Dieu est un Dieu de Miséricorde, Celui auquel je crois est le Juge Suprême et implacable qui condamne au Jour du Jugement dernier. S'ils servent de divertissements aux démons de l'Enfer, ils n'ont que ce qu'ils méritent.
Quatre lève les yeux au plafond mais n'ajoute rien.
Ce n'est pas le moment de se lancer dans un grand débat théologique.
- Quel est ce procédé ? demande-t-il à la place. Qu'est-ce qui leur a été fait ?
- C'est une combinaison de trois molécules, en fait. Une première définie une sorte de périmètre dans une zone très précise du cerveau, comme un découpage, un repérage au sol. Une seconde molécule érige une barrière à partir de ce tracé, un véritable rempart bloquant les cellules à l'intérieur et empêchant d'autres d'y entrer. Une troisième et dernière molécule détruit progressivement tout ce qui est à l'intérieur de la zone ainsi délimitée.
- C'est… monstrueux ! s'indigne Quatre.
- Pas dans tous les cas, réplique Heero. C'est ce même procédé que le Dr Démétrianos utilise en ce moment-même pour circonscrire les métastases cancéreuses du cerveau de Lyria.
- Qu'a cette personne ? demande Gage.
- Enfin une chose dont tu n'es pas déjà au courant ! se réjouit Duo, avant de reprendre son sérieux. Lyria est la mère de ma fille, comme tu le sais déjà. L'an dernier, elle a eu un cancer du sein dont elle a guéri. Malheureusement des métastases sont apparues au cerveau.
- Je suis désolé, Rainbow.
- Merci pour elle, sourit tristement Duo. Un de ses derniers souhaits était d'avoir un deuxième enfant, elle est donc enceinte d'un peu plus d'un mois, maintenant. Mais elle a dû suspendre son traitement, parce que c'est nocif pour le bébé. Le Dr Démétrianos a donc proposé cette solution, circonscrire les métastases en un endroit précis pour les combattre. Cela a des conséquences terribles sur son organisme et son système immunitaire, elle n'est même pas certaine de terminer sa grossesse autrement que maintenue en vie par des machines, tant elle s'affaiblit rapidement. Heureusement, si on peut dire ça, le bébé, grâce aux gênes de son père, arrive à lutter contre les maladies et les carences qu'entraîne l'état de santé de Lyria.
- Tu as des gênes magiques, Duo ?
- Pas moi, Heero. C'est lui le père biologique, cette fois-ci.
- Drôle de famille… A votre image, en fait. Ce qui m'étonne, reprend-il, c'est que ce Docteur ait pu obtenir le matériel nécessaire. Qui est-il ?
- Une connaissance de mon père, répond Quatre.
- Je l'aurais parié !
- C'est un très grand Professeur, même s'il préfère qu'on l'appelle Docteur. Son domaine est la neurochirurgie et il dirige deux grandes cliniques, l'une en Grèce, l'autre en Allemagne.
- Sally lui a demandé conseils pour soigner Treize, Milliardo ne t'en a pas parlé ?
- Comme tu l'as si justement fait remarquer tout à l'heure, Zechs ne me confie pas tout sur tout. Treize est guéri, je n'ai pas eu besoin de savoir comment ni qui a botté le train à la Faucheuse qui campait aux pieds du lit…
Duo réprime un frisson, alors que Quatre murmure quelques mots pour éloigner le mauvais œil.
Ni l'un ni l'autre n'est superstitieux à outrance, mais on est jamais trop prudent, comme on dit.
- Pour en revenir à cette horreur qui a été faite à Trowa et à Heero, pouvez-vous nous dire si le processus est réversible ? Vous avez utilisé le terme « détruire ».
- Parce qu'il n'y en a pas de plus approprié, jeune prince. Les molécules ont cessé d'agir il y a bien longtemps, mais Heero pas plus que Trowa n'est capable de se rappeler de quoi que ce soit. Dans le cas de Trowa, c'est un peu différent. Comme c'est expliqué dans ton dossier, jeune homme, cette partie de ton cerveau était déjà fortement endommagée. Tu étais amnésique à ton entrée chez les mercenaires.
- Mes souvenirs les plus lointains me ramènent à mes douze ou treize ans, peut-être, consent à se confier Trowa. Ce ne sont que des bruits de combats et des odeurs de soufre, de poudre et de poussière. De véritables souvenirs ont commencé à se stabiliser et à former une ligne cohérente à partir du moment où j'ai été employé par la Fondation Barton.
- Autrement dit, à ta rencontre avec le Professeur S. et son assistant.
- Il t'aurait… guéri ? demande Quatre en posant sa main sur le bras de son compagnon. Tu le penses capable d'avoir fait ça ?
- Je ne sais pas, mon ange.
- S'il l'a fait, ce n'était certainement pas pour toi, intervient Gage. Quoi qu'il en soit, c'est une excellente chose que vous ayez dans votre entourage un docteur qui s'y connaisse dans ce domaine, car tu vas en avoir besoin, Trowa.
- Pourquoi ?
- Si tu ne t'es pas encore senti bizarre, ces derniers temps, ça ne saurait tarder.
- Qu'est-ce que ça veut dire ? demande Quatre avec un calme qu'il est certainement loin de ressentir.
- Tu ne le savais pas, mais J. t'administrait un complément qui stabilisait ta mémoire. Il trouvait toujours le moyen de le faire à ton insu, jamais de la même façon. Tout est détaillé dans ton dossier. Mais tu n'as plus reçu aucune dose depuis un an. Ta mémoire aurait déjà dû commencer à te jouer des tours.
- Tu ne m'as rien caché, mon Trowa ? s'inquiète Quatre.
- Je vais bien.
- Si jamais je découvre que…
- Je t'assure, mon ange, ça va.
- D'accord. Nous allons nous occuper de ça, dorénavant, tu n'as pas à t'inquiéter. Mais tu ne dois rien me cacher.
Trowa hoche la tête et pose sa main sur celle de Quatre, toujours sur son bras, pour la presser fort et tendrement un court instant.
L'héritier Raberba se tourne alors vers Gage et tend son autre main pour réclamer le dossier.
- Puis-je… ?
- Une dernière chose, car je pense que tu dois être un minimum préparé, Trowa. La vie réserve de drôles de surprises, parfois, mais elles peuvent être très belles. Chaque mercenaire qui intègre une section est soumis à un test ADN, et le résultat est comparé aux fichiers internationaux que les ingénieurs ont allègrement piratés. Je ne t'apprends rien, Heero.
- Je m'occupais de concevoir les programmes et les virus et de déjouer la sécurité de certains sites, mais le contenu ne m'était révélé que s'il avait un quelconque intérêt pour mes actions futures. Les dossiers constitués par les ingénieurs sur chaque mercenaire de leur section étaient des armes dangereuses.
- Au moins autant que toi.
- On était pas classé dans la même catégorie d'emploi.
- C'est sûr, reconnaît Gage. Ces infos permettaient aussi de retrouver la famille des mercenaires, excellent moyen de pression dans certains cas, complètement inutile dans d'autres. Ce que tu vas lire, Trowa, pourra t'étonner un court instant. Mais ce que j'ai pu voir et surtout entendre m'assure que rapidement, tu reconnaîtras ça comme une évidence. Sur ce, je vous laisse, conclut-il en se levant. Le grand émir me pardonnera de le faire attendre puisque je suis avec son petit prince du désert, mais il ne faut pas trop en profiter. Les colères des Raberba sont légendaires.
- Vous risquez surtout de le trouver déjà parti. Mon père est un fin stratège et un grand diplomate, sauf avec ses amis, pour qui il ne prend pas de gants.
- Ne ris pas, mon Quatquat, pour ça, t'es bien comme lui.
Quatre ne répond rien à Duo et se lève pour saluer Gage, comme tout le monde, d'ailleurs.
Tout est dit ou presque, alors il n'a aucune raison de s'attarder plus et se dépêche de quitter le Salon Emeraude, escorté d'un garde en faction qui, à la demande de Quatre, doit le conduire auprès de Raberba Sénior, où qu'il soit.
Heero et Duo ne restent qu'une vingtaine de minutes de plus avec leurs meilleurs amis, le temps de prendre connaissance des éléments importants du dossier de Trowa, qu'il a souhaité partager avec eux.
Ils quittent le Palais heureux pour lui, le laissant tout rayonnant d'un bonheur serein et d'une paix qu'il n'avait alors su trouver qu'auprès de Quatre.
Et pour cause : lui qui a erré longtemps en se faisant appeler « No name », puis qui a volé l'identité de Trowa Barton pour se faire un nom qui ne serait pourtant jamais le sien, il vient enfin de retrouver l'un des chaînons manquants de son passé, en la personne de Catherine Bloom.
Que la seule femme qu'il ait jamais considérée comme une sœur se révèle l'être réellement est un clin d'œil de la vie et du destin auquel Trowa refusait de songer.
Ses prédispositions pour le cirque, sa complicité avec la jeune femme, l'histoire tragique de la perte de ses parents et de son petit frère d'à peine un an qu'elle lui avait confié, un soir, avaient donné envie à Trowa d'être ce petit garçon ou pourquoi pas, de remplacer ce frère perdu.
Une envie qu'il ne s'expliquait pas, lui qui était normalement détaché de tout et du monde.
Un sentiment qui vient enfin de prendre tout son sens.
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A suivre…
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Merci d'avoir lu ce chapitre !
A dès que possible pour la suite, avec Heero et Duo un peu plus présents et la fin qui se profile !
bonne continuation à tous.
Lysa
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