Après ce petit passage chez Mrs Rogue, retrouvons maintenant Alifair, toujours très occupée par ses BUSE.
À mariecerv : Merci pour ton commentaire. J'ai essayé de répondre en MP mais je n'ai pas réussi à te trouver sur le site. Je ne me suis pas fixé d'objectif (ou de limite) en nombre de chapitres ; j'espère seulement ne plus être très loin de la fin ! Quant à ce que je ferai après... Des choses plus courtes :) Peut-être encore dans le monde d'HP (pourquoi pas aller voir un peu du côté des Malefoy, des Dursley ou de Pip), peut-être ailleurs, on verra bien.
Chapitre 25 - De la régulation des forces obscures
La première semaine d'examens touchait à sa fin. L'épreuve pratique de métamorphose s'était avérée aussi peu concluante que celle de sortilèges, mais au moins la Moldue s'en tira-t-elle sans blessure. Elle pensait s'être bien débrouillée en botanique, et espérait récolter son premier Optimal le lendemain avec l'étude des Moldus. Elle attendait à présent d'être appelée pour la partie pratique de l'examen de défense contre les forces du Mal, après laquelle elle pourrait enfin renvoyer la baguette de Ralph Montague à son propriétaire.
La jolie petite sorcière blonde et délicate qui avait surveillé l'épreuve écrite vint chercher Alifair et trois autres candidats ; elle leur sourit avec bienveillance et leur souhaita bonne chance avec une pointe d'accent étranger, slave peut-être, se dit la Moldue. Cette fois, ce ne fut pas le professeur Marchebank qui reçut Alifair à sa table mais un sorcier mince, beaucoup moins âgé, aux cheveux blancs ébouriffés et à l'air timide. Il était la troisième célébrité qu'accueillait l'école en cette période et, en fait, celle qui était arrivée la première, avec les autres jurés : Norbert Dragonneau, le fameux magizoologiste, qui avait accepté de sortir de sa retraite pour prêter main forte aux examinateurs magiques.
« -J'espérais bien avoir l'occasion de vous observer de plus près, déclara-t-il en guise de préambule. À mon âge, les curiosités se font rares. »
Alifair haussa un sourcil.
« -Vous n'allez pas me faire empailler, quand même ? » répliqua-t-elle.
Norbert Dragonneau resta interdit, puis sourit d'un air gêné.
« -Veuillez m'excuser, pria-t-il. Je voulais dire, bien sûr, que j'étais impatient de vous rencontrer. Du reste, les seuls spécimens dont je tolère la naturalisation sont ceux qui décèdent de mort naturelle. Et encore. C'est si triste à voir, alors que quand ils sont en vie, ils sont si magnifiques... »
Il prit l'air songeur, le regard perdu loin au-delà de la Grande Salle. Alifair lui accorda trente secondes de souvenirs émerveillés puis se racla la gorge. Dragonneau sursauta.
« -Oui, bien, où en étions-nous ? balbutia-t-il. Oh, oui, bien sûr, l'épreuve de BUSE... La défense contre les forces du Mal. Eh bien, alors, comment allons-nous nous y prendre ? se demanda-t-il tout haut en lançant à Alifair un regard perplexe. Je peux vous interroger pour vérifier que vous connaissez les sorts au programme, mais puisque vous ne pouvez pas les jeter, ça n'a pas grand intérêt... »
Sans mot dire, la Moldue regarda le vieux sorcier se creuser la tête. Elle appréciait qu'il cherche à adapter l'épreuve à ses capacités, mais estimait qu'il aurait pu s'en préoccuper avant : le temps passait et, contrairement aux autres candidats, elle attendait toujours que l'épreuve commence.
« -Ça y est, j'ai trouvé ! s'écria tout à coup le magizoologiste tout excité, ses yeux brillants largement ouverts. Je vais vous proposer une succession de cas pratiques et, pour chacun d'eux, vous me direz comment un sorcier est censé réagir puis ce que vous, vous feriez. Qu'en pensez-vous ?
-Impec », approuva Alifair.
Et c'est ainsi qu'elle en vint à expliquer à Norbert Dragonneau qu'on pouvait faire beaucoup de dégâts avec l'équipement courant d'une maison moldue, des outils de jardinage, une trousse de manucure voire une paire de talons aiguilles de bonne qualité.
« -Admettons maintenant, enchaîna le sorcier qui s'était pris au jeu, que vous tombiez sur un Pitiponk avec pour toute arme le contenu de votre sac à main...
-Impossible, objecta Alifair, catégorique.
-Pourquoi, impossible ? s'étonna Dragonneau.
-Les Pitiponks vivent dans les marais. Je ne vais pas me pointer comme une fleur dans un marais avec seulement mon sac à main, expliqua-t-elle. Personne ne ferait ça.
-Ah non ?
-Quand un Moldu va dans un marais, c'est pour une bonne raison, professa Alifair de bon gré. C'est peut-être un scientifique qui étudie la faune ou la flore, ou un artiste inspiré par ce genre de paysage. Peut-être aussi que certaines personnes aiment se promener dans les marais, tout simplement. Quoi qu'il en soit, ces gens s'équipent pour y aller : ils mettent des tenues appropriées, des bottes, et ils emportent le matériel dont ils ont besoin en fonction de leur activité. Ah, et il y a les chasseurs, aussi, ajouta-t-elle. J'oubliais les chasseurs.
-Mmh, fit Dragonneau d'un air songeur. Ce que vous dites est intéressant, mais je crains que nous n'ayons pas le temps d'approfondir. Si vous voulez bien, faisons comme s'il était possible que vous croisiez un Pitiponk sans être munie d'un équipement particulier. »
Le vieux sorcier se montrait si courtois qu'Alifair accepta volontiers.
« -Dans tous les cas, il ne faut pas suivre sa lanterne, dit-elle. Si j'étais une sorcière et que je voulais l'éloigner, je suppose qu'un sortilège d'Expulsion suffirait, mais comme je suis une Moldue je lui balancerais de la vase ou un bon coup de pied aux fesses. Enfin, se corrigea-t-elle, les Pitiponks n'ont techniquement pas de fesses, mais...
-Un coup de pied aux fesses contre une force du Mal, vraiment ? » releva Dragonneau, pensif.
Ne voulant pas se montrer malpolie, Alifair se retint de lever les yeux au ciel.
« -Un Pitiponk, une force du Mal ! railla-t-elle néanmoins. C'est juste une pauvre bestiole qui a besoin de se nourrir, comme les Strangulots. Je ne vois pas pourquoi on les classe parmi les forces du Mal, les Épouvantards non plus, d'ailleurs. Ce n'est pas comme s'ils avaient pour objectif ultime de détruire l'humanité ! »
Le moment était peut-être mal choisi pour faire état de son opinion en la matière, surtout devant un éminent spécialiste de la faune magique qui avait certainement contribué à cette classification. À peine cette pensée inquiétante lui vint-elle à l'esprit que la Moldue vit Dragonneau hocher la tête avec conviction.
« -Je suis bien d'accord ! assura-t-il avec véhémence. Je trouve cette dénomination de forces du Mal extrêmement stigmatisante et préjudiciable pour ces pauvres créatures. Songez que certaines d'entre elles sont en voie d'extinction parce que les sorciers les chassent frénétiquement à cause de leur mauvaise réputation. Mettre un Strangulot sur le même plan qu'un Détraqueur est une aberration éthique et intellectuelle, je l'ai toujours dit !
-Comment ça se fait que ça continue, alors ? demanda Alifair, intriguée que le maître incontesté de la zoologie magique ne soit pas parvenu à faire entendre sa voix.
-Oh, vous savez, soupira-t-il, les opinions ont la vie dure. Trop peu de gens s'intéressent à cette question, et la grande majorité d'entre eux se conforme au modèle dominant. Il faut dire aussi que les spécialistes de la lutte contre les forces du Mal savent défendre leur pré carré, même si tous ne consacrent pas leur carrière à pourchasser les Pitiponks », nuança-t-il avec un sourire timide.
La Moldue opinait du chef tout en réfléchissant à ces propos.
« -En fait, le problème, c'est qu'il n'y a pas vraiment de définition de ce que sont les forces du Mal, pas vrai ? remarqua-t-elle. Juste des listes plus ou moins longues selon les auteurs et un même présupposé que le mal existe en soi.
-Tout à fait juste, approuva Dragonneau en brandissant l'index. Ce qui est une façon fort peu scientifique de considérer le monde, vous l'aurez noté. Pour ma part, je limiterais la liste des forces obscures – un nom tout aussi tendancieux, soit dit en passant – aux espèces douées d'une intelligence équivalente ou supérieure à celle de l'homme et dont l'une des finalités collectives consiste à nuire délibérément à une autre espèce, voire à rechercher son annihilation. »
La bouche entrouverte, Alifair regardait le sorcier en clignant des yeux, attendant que son cerveau assimile ce qu'il venait de dire.
« -Mais le concept demande à être travaillé en profondeur, concéda modestement Dragonneau.
-C'est à n'en pas douter une conversation passionnante », fit alors une voix enjouée.
Le professeur Viesnaya s'était discrètement approchée de leur table. Ils ignoraient depuis combien de temps elle les écoutait.
« -Hélas, il vous faudra la remettre à plus tard, poursuivit-elle avec un sourire. L'épreuve est terminée. »
Pendant que Norbert Dragonneau griffonnait quelques notes sur le parchemin d'évaluation mis à sa disposition, Viesnaya raccompagna Alifair jusqu'à la petite porte par laquelle les autres candidats étaient déjà sortis.
« -Je ne veux pas m'avancer, ni vous donner de faux espoirs, mais on dirait que vous avez marqué des points », murmura le professeur en l'ouvrant devant elle.
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La fin de la semaine arriva après une dernière épreuve d'une simplicité presque insultante, la question la plus piégeuse du QCM d'étude des Moldus ayant été sans conteste : « Parmi les instruments suivants, lequel n'est pas considéré comme un ustensile de cuisine ? Réponse A : un couteau à huître. Réponse B : un économe. Réponse C : un fait-tout. Réponse D : un pied-de-biche. » Pas si évident pour les sorciers de sang pur, admettait Alifair ; mais combien d'entre eux avaient-ils passé cet examen ?
Elle avait décidé de rester à Pré-au-Lard pour le week-end afin de profiter un peu du village et, peut-être, faire une randonnée dans les collines. Après le déjeuner roboratif qui avait suivi la dernière épreuve de la semaine, Alifair fit une longue promenade dans le parc de Poudlard où elle admira le lac et la lisière ténébreuse de la Forêt interdite. Elle alla voir le mausolée de Dumbledore, ce sorcier dont elle avait tant entendu parler mais qu'elle ne connaîtrait jamais.
Alors qu'elle se tenait devant la grande tombe de marbre blanc dressée au bord du lac, si paisible, avec en arrière-plan un paysage de montagnes à couper le souffle, elle se demanda soudain ce qu'on avait fait de la dépouille de Voldemort. Il n'avait pas eu droit à une cérémonie funèbre, naturellement. La Moldue supposa qu'il avait été enterré dans un lieu secret, à moins qu'on ne l'ait brûlé et jeté ses cendres aux quatre vents. En-dehors du Ministre, fort peu de gens devaient savoir ce qu'il en était. Le vent se leva tout à coup, charriant des nuages lourds de pluie et ridant la surface du lac ; Alifair mit fin à sa contemplation et prit le chemin du village avant de se faire tremper par l'averse.
Les jours précédents, elle avait profité de la cuisine simple mais savoureuse des Trois Balais : le pub était accueillant et les clients de l'hôtel du Vieux Hibou y jouissaient d'un tarif préférentiel. Ce soir-là, Alifair avait décidé de marquer la fin d'une semaine studieuse en allant dîner avec Lissa à La Tête de Sanglier. En fait de dîner, Abelforth Dumbledore, le revêche barman et patron des lieux, proposait quelques sandwiches hors de prix à ceux de ses clients dont la tête lui revenait le moins mal, mais on n'était jamais certain de s'en tirer sans problème digestif. Lissa et Alifair, cependant, avaient une autre stratégie.
La Moldue arriva la première, attirant tous les regards avec son pantalon moulant qui accentuait ses roulements de hanches. Derrière son comptoir, Abelforth grommela dans sa barbe grise : ce n'était pas la première fois qu'elle lui faisait le coup, et ça finissait invariablement par un afflux de clients mâles désireux de lui offrir un verre. Dans ce bouge miteux et enfumé où se traitaient toutes sortes d'affaires plus ou moins légales, Alifair était dans son élément : moldu ou sorcier, un bar louche restait un bar louche. Le problème, aux yeux d'Abelforth, c'était que les individus qu'elle attirait comme des papillons de nuit autour d'un lampadaire s'avéraient invariablement enclins à la bêtise et à la violence, plus encore quand ils buvaient trop, ce qu'ils ne manquaient pas de faire en espérant l'impressionner.
« -Une pinte de Bave de Gnome, commanda Alifair. Comment vont les affaires ? demanda-t-elle en s'accoudant au comptoir pour regarder le vieil homme remplir une chope à la propreté douteuse.
-Ça pourrait être pire, grommela Abelforth. Pas de whisky ? Qu'est-ce qui vous arrive ? Vous êtes malade du foie ? »
Il posa brutalement la chope sur le comptoir, provoquant des éclaboussures mousseuses.
« -La bière se marie mieux avec les plats en sauce », répondit mystérieusement la Moldue avant de s'emparer de sa chope et de se diriger vers une table libre.
Elle n'eut pas longtemps à attendre. Le niveau de la mousse commençait à peine à baisser de façon visible quand la porte du bar s'ouvrit pour livrer passage à Lissa, enveloppée d'une cape bleu azur à col de fourrure, un petit panier à pique-nique à la main. Ses cheveux blonds ébouriffés par le vent tombaient sur ses épaules ; le froid avait rosi ses joues et le bout de son nez et fait monter des larmes à ses yeux gris-bleu qui en étincelaient. Bien droite, un léger sourire aux lèvres, elle traversa la salle d'une démarche élégante, aussi à l'aise que si elle s'était trouvée dans un salon mondain et non un sinistre débit de boissons. Abelforth jura dans sa barbe : une deuxième maintenant, il ne manquait plus que ça !
Parvenue à la table d'Alifair, Lissa posa son panier et ôta sa cape, dévoilant une robe d'une délicate nuance d'un rose de perle, galonnée d'argent.
« -Très joli, la complimenta la Moldue tandis qu'elle prenait place en face d'elle. Ça paye bien, bibliothécaire, on dirait. »
Lissa fronça le nez.
« -Dis plutôt que je vais devoir réduire mon train de vie, corrigea-t-elle. Logée, nourrie, blanchie par l'école : tu peux être sûre que mon salaire est calculé en conséquence.
-Heureusement que tu ne fais pas ça pour l'argent », observa la Moldue.
Penchant la tête de côté, la jeune sorcière eut une moue sceptique.
« -Ça ne faisait pas partie de mes motivations affichées lors de l'entretien d'embauche, nuança-t-elle, mais quand je me serai rendue indispensable, je compte bien demander une augmentation. »
Alifair pouffa. Lissa ouvrit le couvercle de son panier et entreprit de le vider, laissant à la Moldue le soin de mettre le couvert et de disposer les plats sur la table. La jeune sorcière en sortit d'abord un service en porcelaine complet pour deux personnes ainsi que des couverts en argent ; suivirent une petite soupière fumante, une marmite bien chaude et un plat à gratin enveloppé d'un torchon à carreaux.
« -Je sortirai le dessert tout à l'heure, précisa Lissa en rangeant le panier sous la table. On a intérêt à beaucoup consommer si on ne veut pas que le patron nous jette dehors », ajouta-t-elle, malicieuse.
Tandis qu'elle allait se chercher à boire au bar, la Moldue servit la soupe en se demandant si le plus compliqué avait été d'agrandir magiquement le panier afin d'y faire tenir toutes ces victuailles, ou de l'ensorceler pour qu'il ne soit pas trop lourd à porter.
Nombre de regards restèrent rivés sur leur table ce soir-là, et pas uniquement pour admirer la plastique des deux jeunes femmes : le dîner spécialement préparé par les elfes de Poudlard à la demande de Lissa était en lui-même propre à éveiller le désir. Abelforth ne voyait pas d'un bon œil cet étalage de nourriture apportée d'ailleurs, mais ne disait rien. Les deux clientes consommaient, les hommes attirés par leur présence et le fumet du festin consommaient aussi : il serait toujours temps de râler quand ils commenceraient à se battre à coups de bouteille.
« -Comment ça s'est passé, cette première semaine à la bibliothèque ? Tu arrives à t'occuper ? » demanda Alifair en dégustant son civet de sanglier agrémenté d'un gratin de pommes de terre.
Elle voyait mal ce que Lissa pouvait trouver à faire, à part consigner les emprunts des élèves et ranger les livres qu'ils avaient consultés. La jeune sorcière lui lança un regard un peu condescendant, comme si elle savait à quel point la Moldue était dans l'erreur.
« -Tu es comme McGonagall, toi, observa-t-elle. Sans doute aussi comme le pauvre professeur Dumbledore. Ça expliquerait pourquoi la bibliothèque est dans cet état.
-Dans quel état ? interrogea Alifair qui n'avait pas eu l'occasion de la visiter.
-Vieille, lâcha Lissa avec une grimace. Elle fonctionne bien mais elle date d'un autre siècle. Mme Pince ne jetait rien, c'est complètement dépassé.
-Je ne pensais pas que tu étais une experte, s'étonna Alifair.
-Je ne le suis pas, confirma Lissa. J'ai vu comment fonctionnaient les choses à Beauxbâtons quand j'étais camériste de Mme Maxime. J'ai aussi un peu travaillé dans une bibliothèque d'université, chez les Moldus. J'ai tenu deux semaines avant qu'ils se rendent compte que je ne savais pas ce que c'était qu'un odrinateur, se souvint-elle avec un sourire attendri. Je pense que c'est ce qui a convaincu McGonagall de m'embaucher : je devais avoir plus d'expérience que les autres candidats, s'il y en avait. Bibliothécaire n'est pas une carrière pour un sorcier digne de ce nom : tu penses, on n'a même pas vraiment besoin de se servir de sa baguette !
-Les mannequins non plus, observa Alifair.
-En effet, approuva Lissa. Mais je n'ai jamais prétendu être une sorcière digne de ce nom. En tout cas, j'ai dit à McGonagall que tout ça avait bien besoin d'un coup de jeune et elle m'a donné carte blanche. Je pense qu'elle s'en mordra les doigts quand je commencerai à jeter des livres », conclut-elle joyeusement.
Songeuse, Alifair but une gorgée de bière. Elle avait du mal à croire que Lissa se passionnerait longtemps pour son nouveau travail. D'un autre côté, s'il s'agissait de dépoussiérer l'image de l'institution, la jeune sorcière ferait des merveilles.
« -Je suppose que le nombre de lecteurs a subitement explosé depuis ton arrivée ? » insinua la Moldue.
Lissa ne joua pas les fausses modestes.
« -C'est fou comme tout le monde a besoin de livres, ces temps-ci, confirma-t-elle, malicieuse. Surtout les garçons. Si tu voyais le nombre d'adolescents en pleine poussée hormonale qui viennent m'espionner de derrière une pile de manuels entassés au hasard en croyant que je ne les vois pas !
-Au moins, ils savent où est la bibliothèque, remarqua Alifair en haussant les épaules.
-Je dois dire que ça m'arrange bien d'être aussi populaire, reprit Lissa. Je vais avoir besoin du soutien des lecteurs pour lancer mes chantiers de modernisation.
-Quoi, tu vas refaire la déco ? ironisa Alifair.
-Et pourquoi pas ? répliqua sérieusement Lissa. Pour l'instant, je voudrais acheter des romans et des bandes dessinées, histoire de rappeler à ces malheureux élèves et à leurs professeurs qu'on peut aussi lire pour le plaisir. J'aimerais bien prêter des livres sorciers et moldus pour leur ouvrir un peu l'esprit...
-Révolutionnaire, commenta Alifair, à la fois amusée et impressionnée par cette ambition.
-Et je ne te parle pas de l'action culturelle, renchérit Lissa.
-La quoi ?
-Inviter des auteurs, organiser des expositions, créer un club de lecture, un concours d'écriture, énuméra Lissa avec enthousiasme. Ils font ça à Beauxbâtons, pourquoi pas nous ? »
Alifair siffla, admirative.
« -Tu as déjà des idées précises ? » interrogea-t-elle.
Lissa acquiesça d'un hochement de tête, la mine rayonnante.
« -Je suis en train de préparer quelque chose qui devrait faire pas mal de bruit, affirma-t-elle avec assurance. Ce n'est pas encore gagné mais je pense que j'arriverai à le convaincre. C'est l'avantage d'avoir été mannequin : j'ai gardé des contacts.
-Tu vas inviter quelqu'un ? » demanda Alifair, curieuse.
Lissa se pencha en avant et baissa la voix pour répondre, comme s'il s'agissait d'un secret d'État.
« -Je voudrais faire venir l'auteur d'une thèse sur la naissance et le développement des instances de régulation du Quidditch au niveau national et international », confia-t-elle dans un murmure surexcité.
Alifair haussa un sourcil perplexe.
« -Je croyais que le but, c'était d'attirer du monde ? J'espère au moins que ton conférencier est sexy. »
Le sourire de Lissa se fit malicieux quand elle répondit, à voix si basse que la Moldue l'entendit à peine :
-Pas exactement. Quelqu'un t'a déjà parlé de Viktor Krum ? »
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Autant par politesse que pour tenir à distance les quelques clients qui commençaient à se montrer entreprenants, elles invitèrent Abelforth à partager leur dessert, un superbe moelleux au chocolat qui faisait saliver les tables voisines. S'absenter du bar ne manquerait pas de mécontenter la moitié des buveurs et de rendre jaloux les autres, aussi le vieux sorcier ne se fit-il pas prier.
« -Vous avez souvent du personnel de Poudlard dans votre clientèle ? » demanda innocemment Alifair, certaine que les vénérables professeurs se tenaient aussi éloignés que possible d'un établissement aussi louche.
Abelforth eut un grognement méprisant.
« -Mon bar n'est pas assez bien pour ces messieurs-dames, marmonna-t-il. À part pour Hagrid, bien sûr, un client fidèle. Rogue aussi venait quelquefois, ainsi que mon cher frère. Il se déguisait par peur que je le jette dehors si je le reconnaissais. J'ai eu la voyante autrefois, mais il y a longtemps qu'elle a changé ses habitudes. Quand on habite au château, on peut prétendre à mieux, conclut-il avec une pointe d'amertume. Non, à part Hagrid, le seul professeur que j'aie vu depuis la rentrée, c'est cette petite blonde bizarre.
-Viesnaya ? Tout le monde la trouve adorable. Qu'est-ce qu'elle a de bizarre ? s'étonna Lissa.
-Oh, elle est adorable, répliqua le vieux sorcier avec un sourire ironique. Jusqu'à ce qu'elle se mette en colère. L'autre jour, elle a fait fuir tous mes clients après que l'un d'eux l'avait collée d'un peu trop près. Les anciens de l'ULM ont tendance à se montrer facilement irritables.
-Viesnaya a été gravement blessée par des manticores quand elle travaillait là-bas, expliqua Lissa comme pour la défendre. Elle s'en est bien remise mais ses bras restent encore très sensibles, alors, si votre client a eu un geste malheureux... »
Abelforth eut une grimace de compassion. Alifair, qui connaissait désormais par cœur les conséquences souvent mortelles des brûlures infligées par la langue acide des manticores, se demanda comment la délicate Viesnaya y avait survécu.
« -Alors, c'est pour ça qu'elle a quitté l'ULM ? reprit le vieux sorcier, songeur. Ils ne lui ont pas proposé de rester comme enseignante ?
-Peut-être que si, répondit Lissa. Peut-être qu'après sa convalescence, elle avait envie de changer d'air, la pauvre. »
Abelforth hocha la tête avant d'enfourner une grande cuillerée de gâteau au chocolat. L'air un peu triste, Lissa contemplait les bulles qui montaient lentement dans son verre de cidre. Alifair relisait en pensée les notes qu'elle avait prises sur Les grandes institutions magiques du monde contemporain ; ne trouvant pas ce qu'elle cherchait, elle fronça les sourcils.
« -Je vais encore passer pour une inculte, marmonna-t-elle, mais tant pis : qu'est-ce que c'est, l'ULM ?
-Université Libre de Magie, répondit aussitôt Lissa. Le plus grand établissement d'enseignement supérieur magique du continent européen.
-Rien que ça ? Ben mince, je suis vraiment une grosse inculte, constata Alifair. Jamais entendu parler.
-Ça n'a rien d'étonnant, la rassura Abelforth tandis que Lissa opinait du chef. L'ULM n'a pas bonne presse dans notre beau pays. Nous n'aimons pas l'idée que les plus brillants cerveaux du monde magique soient formés hors de nos frontières. On les trouve même un peu suspects, tous ces continentaux venus de l'Est qui se prétendent plus intelligents que nous...
-Quand on vit à l'étranger, on se rend compte que la sorcellerie britannique est très renfermée sur elle-même, renchérit Lissa. Beaucoup de gens ici n'ont jamais entendu parler de l'ULM, alors qu'elle dispense un modèle d'enseignement post-ASPIC unique en Europe. Ici comme ailleurs, la plupart des sorciers diplômés poursuivent leur apprentissage de façon individuelle, auprès d'un maître, expliqua-t-elle devant l'air perplexe d'Alifair, sauf pour certaines branches comme le droit, la médecine magique ou la formation des Aurors. À l'ULM, les étudiants reçoivent des enseignements théoriques et pratiques de très haut niveau. Ils se destinent principalement à la recherche. Seuls les meilleurs y sont admis, et ils viennent de toute l'Europe, voire de plus loin. Mon futur invité y est doctorant, indiqua-t-elle avec satisfaction.
-Le top de la crème, résuma Alifair. Votre frère y a étudié ? demanda-t-elle à Abelforth, sachant qu'Albus Dumbledore était unanimement considéré comme le mage britannique le plus brillant du siècle.
-Il en avait l'intention, précisa le sorcier avec réticence. Son cher ami Gellert et lui avaient prévu de s'y inscrire quand mon accession à la majorité et à quelque obscur gagne-pain aurait libéré Albus de ses obligations familiales. Les... circonstances en ont décidé autrement, acheva-t-il avec une grimace acide, et la Moldue sentit qu'il valait mieux ne pas insister.
-Grindelwald était bel et bien diplômé de l'ULM, enchaîna Lissa. Et Voldemort y a travaillé quelque temps. Ça n'a fait que renforcer notre méfiance nationale vis-à-vis de cette institution.
-Il a été prof ? Il enseignait quoi, la sélection naturelle des espèces ? ricana Alifair malgré son étonnement.
-Il n'enseignait pas, corrigea sombrement Abelforth, bien qu'il ait ensuite essayé de se faire admettre à Poudlard comme professeur de défense contre les forces du Mal, en partie sur la foi de son expérience à l'ULM. Ce qu'il n'a pas dit, mais que mon frère savait néanmoins, c'est que cette expérience n'avait duré que quelques mois et s'était soldée par sa démission forcée. L'ULM de l'après-Grindelwald ne plaisantait pas avec la magie noire.
-Qu'est-ce qu'il y faisait, s'il n'était pas enseignant ? insista Alifair, avide d'en savoir plus – même Harry Potter n'avait pas l'air au courant de ça !
-La même chose que le professeur Viesnaya avant qu'elle quitte l'ULM pour Poudlard, répondit Lissa. Il faisait partie du service TNT : traque ds nuisibles, neutralisation de la menace, tranquillisation des populations. Les chasseurs de créatures maléfiques. »
La Moldue ouvrit de grands yeux.
« -Voldemort faisait ça ? » s'écria-t-elle, stupéfaite.
Devant l'ironie des faits, Lissa se contenta de hausser les épaules.
« -En tout cas, c'est ce qu'il prétendait », conclut Abelforth.
