Blair revint de la salle de bain avec une serviette et s'assied sur le lit à ses côtés. Elle écarta les pans de sa chemise, qu'il avait ouverts au préalable pour constater l'étendue des dégâts et comprima la plaie.
Chuck remarqua que les mains de la jeune-fille tremblaient toujours. Il posa une main sur les siennes afin de la libérer de sa tâche mais elle ne bougea pas un pouce. Laissant ses doigts sous les siens.
Le contact de la peau du beau brun ténébreux aurait dû la rassurer et calmer les pulsations dans ses veines mais ça ne fit que l'accentuer au contraire.
Quand Éric lui avait sauté dessus, tout son ressentiment s'était envolé instantanément. La vue du sang l'avait affolée. Et maintenant, c'était la promiscuité qui était responsable des battements désordonné dans sa poitrine, du moins en grande partie. Elle ne serait totalement rassurée que lorsque le médecin l'aurait ausculté et déclarerait qu'il n'y avait rien à craindre.
Elle croisa un instant son regard.
- Ce n'est pas si grave que ça en a l'air, commenta-t-il.
- Tu es médecin maintenant ? questionna-t-elle, acerbe.
- Non, mais Eva … Aie … Doucement ! s'exclama-t-il comme elle appuyait plus fort sur sa blessure.
- Désolée, lâcha-t-elle sur un ton qui laissait clairement entendre qu'elle ne l'était pas du tout.
Il voulu dire quelque chose mais elle ne lui en laissa pas le temps.
- Tu en as vu un pour ça, au moins ? le sermonna-t-elle.
- J'allais le faire, grommela-t-il.
- Le docteur sera là dans moins de 20 minutes les informa Serena en passant la tête par l'entrebâillement de la porte.
Elle ne put réprimer un sourire devant le spectacle devant elle, malgré son inquiétude pour son frère adoptif.
Son autre frère s'entretenait avec leur mère dans la cuisine, cette dernière lui expliquant les dernières tribulations de Chuck en République Tchèque et son amnésie résultante.
xoxox
Lorsque le médecin repartit moins d'une heure plus tard, après avoir refait quelques points de suture et recommandé le repos complet pour son patient, Blair se précipita au chevet de Chuck.
Il ouvrit les paupières en l'entendant s'approcher.
- Comment tu te sens ? questionna-t-elle en reprenant la place qu'elle avait laissée à contre cœur à l'arrivée du professionnel.
- Dans le brouillard, répondit-il, un peu assommé par les médicaments qui venaient de lui être administrés en intraveineuse.
- Bien, alors je vais te laisser tranquille, reprit-elle, rassurée sur son état de santé.
Il acquiesça en souriant faiblement. Il n'avait pas envie de déjà la laisser partir. Il voulait sentir encore sa main sous la sienne.
- Au fait … je n'ai pas eu l'occasion de te remercier pour le livre, ajouta-t-elle, comme une excuse pour rester quelques minutes supplémentaires.
- C'était pour me faire pardonner, marmonna-t-il.
- Ce n'était que de l'eau, Chuck !
- Pas seulement pour l'avion … Pour tout le reste aussi, dit-il en baissant les yeux.
Le cœur de Blair frémit dans sa poitrine.
- Tu t'en souviens ? demanda-t-elle avec espoir.
Il secoua la tête négativement.
- C'est sans doute mieux, soupira-t-elle.
- C'était si moche que ça d'être avec moi ? l'interrogea-t-il presqu'à voix basse.
Elle sentit sa gorge se nouer et eut tout à coup l'impression de manquer d'air.
- Je t'ai vraiment fait du mal, n'est-ce pas ? Assez pour que tu ne veuilles plus jamais m'approcher, continua-t-il sur le même ton.
- Pourtant, je suis là, souffla-t-elle à son tour.
- Oui, et je n'ai toujours pas compris pourquoi, sourit-il faiblement.
- Il y a eu aussi des moments merveilleux, des moments fabuleux, magiques et intenses, dit-elle doucement. Le problème c'est que plus on monte haut et plus la chute est douloureuse.
- Qu'est-ce que j'ai fait ?
Elle ferma les paupières comme son cœur saignait aux souvenirs atroces qui affluaient à sa mémoire.
- C'est à cause de cette fille … Jen
- Ne dis pas son nom, le coupa-t-elle si vivement qu'elle le fit sursauter.
Il leva les yeux et vit que ceux de la belle étaient embués de larmes.
Elle luttait tant qu'elle pouvait pour retenir l'eau qui menaçait de déborder de ses cils. Chuck était si calme, si … différent et pourtant toujours le même.
- Blair, souffla-t-il en se relevant un peu pour essuyer sa pommette de son pouce.
Elle posa sa paume sur ses phalanges pour prolonger le contact. Elle savait qu'elle n'aurait pas dû céder à la tentation. Qu'elle faisait l'exact contraire de ce qu'elle s'était promis. Mais être si près de lui, en cet instant, c'était si bon. Trop bon. Après toute cette souffrance qu'elle endurait depuis des semaines.
Il se redressa encore pour l'attirer plus près de lui et elle se laissa aller contre lui.
Elle manquait tant de lui et de sa peau, de la douceur de ses caresses, de ses mots qu'il savait si bien susurrer dans le creux de son oreille.
Le sang de Chuck battait contre ses tempes. La douleur qui irradiait depuis le bas de ses côtes était à nouveau plus intense mais il s'en fichait.
Il aurait pu entourer toutes les tortures du monde en cet instant.
Blair était dans ses bras. Elle ne le repoussait pas.
Il se rendit compte qu'il avait eu envie de ça depuis l'instant où il l'avait vue dans le hall du Mandarin à Prague.
Elle accrocha ses mains dans sa nuque et il caressa sa joue avant de laisser glisser ses doigts sous son menton pour attirer sa bouche contre la sienne. Les lèvres de Blair répondirent à sa requête, les siennes épousant parfaitement chaque centimètre de la peau rose et charnue.
Le baiser échangé n'était que tendresse et volupté. Il sentit les flottements dans son estomac s'intensifier pour se muer en vibrations qui s'étendirent bientôt à son cœur et au reste de son corps tout entier.
Il comprit que ce qu'il avait pris pour une sensation désagréable, au point de croire qu'il était peut-être malade, n'était en fait que les prémisses de la sensation la plus incroyable qu'il ait jamais ressentie, du moins sans ses souvenirs.
Sa mémoire lui faisait peut-être défaut mais son corps et son subconscient, eux, n'avaient pas oublié. Ils avaient réagi à la présence de la belle brune sans même que Chuck en ait conscience. L'amour qu'il éprouvait pour elle était plus fort que l'amnésie qui le frappait.
- Je t'aime, dit-il lorsque les lèvres de la brunette délaissèrent les siennes.
Blair se figea et l'observa stupéfaite, le souffle court, autant par la facilité avec laquelle il venait de prononcer ses trois mots, huit lettres qui lui avaient tant coûtés auparavant que par l'intensité du baiser qu'ils venaient de partager.
- Est-ce que tu m'aimes encore ? demanda-t-il plein d'espoir.
- Je … commença-t-elle.
Mais elle incapable d'aller plus loin, totalement pétrifiée par la peur de baisser sa garde. Elle s'était déjà laissé emporter trop loin, bien trop loin pour sa propre sécurité. Elle aurait presque pu rire de l'ironie de la situation si ce n'avait pas été si triste et pathétique.
Chuck eut l'impression que son cœur passait dans un hachoir.
Elle ne pouvait même pas le regarder.
Il ne méritait sans doute plus son amour après les horreurs qu'il avait commises.
Il ne comprenait pas pourquoi, ni comment, mais il se détestait d'être responsable de la souffrance qu'il voyait luire dans ses prunelles.
Elle le détestait aussi et elle avait bien raison.
- Il vaudrait mieux que tu rentres chez toi, articula-t-il du bout des lèvres, la poitrine aussi brûlante que si on avait déversé de l'acide dans ses poumons.
Il laissa aller sa main à regret, la chaleur de son corps manquant déjà à se peau.
Elle acquiesça sans mot dire, toujours incapable de prononcer le moindre son et quitta la pièce.
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