Dès que le Docteur et Jack étaient sortis, le Tardis avait obligeamment allumé l'écran principal pour Rose qui suivait l'échange de bravades et de menaces. Le Tardis renvoya la voix basse de Jack qui demandait au Docteur : « Votre situation de dernier recours, c'est maintenant? ».
Le Capitaine visait tout à tour chacun des cinq poissons pilotes et Rose se disait, que pour une fois, ce ne serait pas un mal de se débarrasser d'eux de cette façon. Jack n'avait même pas besoin de les tuer, juste de les blesser ou de leur faire peur. Rose était fatiguée de toute cette histoire et ne rêvait que d'une chose : la considérer comme du passé et avoir le temps d'envisager l'avenir sans ce tiraillement constant dans son esprit. Être en partie avec le Tardis et en partie avec les poissons pilotes, surveiller la scène où Jack les mettait en joue et craindre que le Docteur ne fasse une bêtise pour prouver qu'il était chevaleresque, c'était trop.
Elle s'attendrit quand elle l'entendit déclarer qu'elle était SA Rose. C'était pour ce genre de mots qu'on pouvait lui pardonner certaines indélicatesses. Au bout de tous ces mois, il semblait avoir compris et elle était, enfin et avant tout, « sa » Rose, peu importe quelle version. Le terme possessif – et le ton – était comme une caresse privée. Elle fondit quand il annonça qu'il faudrait lui passer sur le corps pour faire du mal à celle qu'il aimait. Lui passer sur le corps… oui, ça semblait une excellente idée, du point de vue de Rose. De préférence dans une chambre et sans témoin, par contre.
Elle cilla en comprenant, l'instant d'après, qu'il s'agissait d'une déclaration de guerre et qu'il venait de se mettre entre elle et le danger. Non, il n'avait pas le droit de faire ça à la moindre occasion! Elle était capable de se défendre… règle générale. Que ses pieds soient incapables de l'amener jusqu'à la porte sans trébucher étaient un détail! Il y avait certainement quelque chose qu'elle pouvait faire, ne serait-ce qu'une diversion qui permettrait à Jack de tirer ou bien au Docteur de faire surgir un portail inter-dimensionnel vers la galaxie la plus lointaine et de les y pousser.
Une diversion! Une diversion!
Elle s'affala contre la console et réalisa soudainement qu'elle se trouvait au cœur de ce qui pouvait provoquer une magnifique diversion! Le Tardis!
Elle fit de son mieux avec les commandes, les manettes, les manivelles à sa portée - sans résultat autre qu'un rot mécanique - et était sur le point de tomber du fauteuil quand le Tardis grommela et soupira.
« Tu vas faire quelque chose? »
Un grondement sec précéda un grincement de métal aigu.
« Mais je parie que tu vas avoir besoin de moi. Je suis prête. J'espère que je vais comprendre ce que tu veux que je fasse. Ce serait vraiment plus pratique si tu pouvais parler. Ou l'écrire sur l'écran. » grimaça-t-elle.
Une série de sifflements et de chuintement lui firent lever les yeux au moment où un objet métallique tombait du plafond. Elle le rattrapa instinctivement. Un tournevis sonique. L'écran principal clignota pour attirer son attention : fréquence 1804.71.
« Et sur quoi suis-je sensé l'utiliser? »
Trois petits coups en provenance de l'autre côté de la console lui indiquèrent l'endroit. Rose fronça les sourcils : « Sur toi? Je suis sensée utiliser le tournevis sonique sur tes circuits? Ce n'est pas dangereux? »
Les trois petits coups se répétèrent.
« J'espère que tu sais ce que tu fais. » murmura Rose en rassemblant ses forces pour marcher jusque devant le bon panneau qui s'entrouvrit à son approche.
Une lumière étincelante et… vivante en jaillissait. Elle se protégea les yeux avec l'impression que cette lumière pouvait la dévorer si elle la regardait. Elle se souvenait de ce qui était arrivé à Margaret la Slitheen, comment elle avait régressé jusqu'à redevenir un œuf chevelu. Est-ce qu'elle redeviendrait une petite fille? Ou un bébé? Et que ferait le Docteur d'une Rose minuscule et complètement inutile pour le suivre dans ses péripéties?
Elle mit pourtant en marche le tournevis sonique d'un geste sûr et la lumière HURLA. Le Tardis vibra et eut un hoquet, trembla et projeta Rose en tout sens. Et pourtant elle n'était pas en vol! Rose tomba à genoux et son regard tomba dans le cœur-même de cette lumière vivante. La terreur la paralysa trois bonnes secondes avant que le Tardis l'encourage à nouveau - un grondement étrangement déformé - et elle plongea le tournevis, puis sa main, puis son bras tout entier jusqu'à l'épaule au cœur de volcan étincelant tout en détournant les yeux.
Au bout d'un moment, la vive clarté diminua et se « faussa ». Le panneau manqua se refermer sur le bras de Rose mais une faiblesse soudaine la fit s'écrouler en tas sur le grillage avec un gémissement. Le panneau claqua sèchement et une multitude de bruits, de sons et de plaintes enveloppa Rose qui se recroquevilla sous cette cacophonie.
« Arrête! Arrête! » supplia-t-elle.
Rose commençait à se sentir de plus en plus mal et ce n'était pas seulement dû aux secousses du Tardis, devina-t-elle enfin. Elle était liée au Tardis et elle venait de faire quelque chose au Tardis… et donc à elle-même. Elle roula sur elle-même et songea brusquement que le Docteur était lié à la fois au Tardis et à elle! Et il était en train d'affronter les poissons pilotes! Oh non! Oh non!
Elle se traîna péniblement jusqu'au fauteuil qu'elle escalada comme si c'était l'Éverest. L'écran principal était brouillé et elle se recroquevilla en souhaitant de toutes ses forces que le plan du Tardis soit bon!
