Sablés d'Hiver
Reconnaissance de dette: Square Enix, notre Dieu qui est nippon, accorde nous tes droits d'auteur...comment ça, non?
La note de la fille en retard: Hello vous! Que dire pour excuser mon retard? Je suis allée m'acheter un Mog en peluche (trop mignoooon) à la Japan Expo et puis j'ai cherché du boulot pour cet été. Oh, et après deux ans de fantasme j'ai enfin acheté une PSP avec Dissidia Duodécim! Devinez avec qui je joue actuellement. (Tous ceux/celles qui ont répondu "Laguna!" ont gagné).
Dans ce chapitre...du lime! Et oui, enfin le retour du sexy dans ce recueil. Au passage merci à K88 pour sa review! ^^ Contente d'avoir pu te plaire avec ce couple!
Pour finir j'ajouterai que ce chapitre est issu d'une crise étrange et inexpliquée d'envie de BN...
Bonne lecture!^^
Il m'a bien fallu me résigner à me lever. Le froid du carrelage, particulièrement désagréable en cette fin d'hiver, m'est directement remonté dans les jambes en me mordant les pieds avec violence. Je ne pût réprimer le frisson qui traversa ma colonne vertébrale comme une voiture de course s'élance sur l'autoroute, et sautai littéralement dans la vieille paire de pantoufle abandonnée à l'entrée de ma chambre. Une fois mes orteils mis à l'abri dans le confort de ces tatannes rapiécées je me résolue à jeter un coup d'oeil au contenu de mon armoire afin de préparer la grande mission. Un regard critique me suffit pour trouver l'objet des mes désirs : ma veste d'aviateur, comme le disait mon adorable peste de petite cousine, et une chaude écharpe rouge. Avant de m'emmitoufler là-dessous j'enfilais quand même un jeans et un pull-over.
Moi, frileux ?
D'ordinaire je me serais contenté de prendre une veste en jeans, une paire de basket qui traîne dans un placard et j'aurais filé tout droit avant même que le chat sur le lit n'ait eu le temps de se réveiller. Aujourd'hui j'étais cependant tombé dans un gouffre sans fond de flemme aiguë, saupoudré d'un début de grippe, délicieux cadeau soigneusement enveloppé dans un dimanche matin enneigé. J'avais froid, et cela depuis hier soir. Je grelottais pour la moindre raison, me cachais sous ma couette un mocha au pied du lit accompagné d'un paquet de gâteaux. Et voilà d'où venait tout le problème : le paquet de gâteaux.
On a tous des exigences débiles quand on est malades, des habitudes profondément ancrées dans notre quotidien lorsque l'on s'installe tout seul dans son premier appartement, des superstitions étranges selon nos origines. Il se trouve que mon défaut, rien qu' moi, c'est ce maudit paquet de gâteaux qui se trouve dans toutes les épiceries, supermarchés, et boulangeries du monde. En tout cas c'était ce que je croyais. Depuis mon enfance je me gavais de ces magnifiques sablés ronds, comme absolument tous les gamins de mon âge. Il n'y avait pas un seul marmot dans la cour de récré dont le goûter ne comporte pas des choco-mogs. Je le jure. C'est sans doute la marque la plus vendue au monde, la première chose qu'une maman met dans son caddie...mais visiblement j'avais tort. En déménageant à Done pour y faire mes études j'avais emménagé, naturellement seul, dans un petit trois pièces payé par mes parents. Imaginez l'horreur, moi gamin d'Esthar, quand j'ai découvert que sur ce continent les choco_mogs n'existaient pas.
Habillé, une paire de bottes en cuir au pieds, je suis sorti dans l'air glacial de Done.
Résolu je traversais la route en direction du centre commercial, quelques pâtés de maisons plus loin.
Sur les trottoirs les gamins jouaient à la neige. Je ricanais en voyant le cœur tracé par un doigt enfantin sur le pare-brise d'un énorme véhicule tout-terrain à la peinture métallisée qu'un gros dur à cuire avait dû payé une fortune. Il allait en faire une tête, en voyant l'œuvre d'art.
Je commençais déjà à ne plus sentir mon nez lorsque je suis enfin arrivé à destination. Je comptais me rendre à la supérette qu'abritait le centre commercial pour y acheter des gâteaux quelconques, des sucreries, du chocolat ou des céréales...bref, n'importe quoi qui pourrait temporairement remplacer les sablés de mon enfance.
« C'est quoi ce délire? » grognais-je pour moi-même.
A peine eu-je passé les portes vitrées que je fus submergé par la foule. Ça grouillait de partout ma parole ! Mais d'où sortait tous ces gens ? J'en étais tellement étonné que j'hésitais à me renseigner auprès du vigile pour en savoir plus. Son air renfrogné m'en dissuada mais une banderole en papier glacé, fièrement suspendu au-dessus des caisses, me répondit à sa place.
GRANDES PROMOTIONS DE LA FETE DU PRINTEMPS
Comprenant qu'il s'agissait sans doute d'une coutume locale, et n'ayant pas le courage d'affronter une telle foule, je tournais des talons et sorti aussi vite que j'étais arrivé. Je songeais qu'il allait falloir que je me renseigne d'avantage sur cet étrange événement au moment où mon regard vagabond s'égara sur la vitrine d'une boulangerie. Je m'arrêtais, me dis que finalement pourquoi pas ? Une douceur comblerait certainement tout aussi bien mes envies qu'un des mes habituels muffins en sachet.
Je poussais la porte. La sonnette tinta gaiement à mon arrivée. Devant moi une petite vieille au chapeau d'un autre temps ramassais son paquetage cartonné avec une précaution presque touchante. Je la laissais passer, lui maintînt la porte ouverte à son passage. Elle parut surprise et me remercia d'un sourire.
« Bonjour ! Qu'est-ce que je peux te servir? »
Le vendeur avait un sourire brillant, lui.
Ici les gens du même âge se tutoyaient, je n'en avais pas encore l'habitude et cela me sonnait bizarre à l'oreille de la part d'un commerçant. En y regardant de plus près je me dis qu'en effet, il ne devait pas me précéder de beaucoup sur cette terre. En tout cas il ne venait pas de Dolet lui non plus. Ses grands yeux verts, ses cheveux blonds clairs démontraient clairement qu'il appartenait originellement à Balamb, ou peut-être Timber.
C'est là que je vis les étagères derrière lui où, entre des briques de lait un des sacs de farine se tenaient des paquets de choco-mogs.
Je restais une poignée de secondes ébahis devant ma découverte aussi improbable qu'inespérée, suffisamment pour que mon interlocuteur me dévisage d'une façon étrange.
« Je vais prendre tous les paquets de gâteaux de cette étagère, si c'est possible. »
La garçon se retourna pour voir ce que je désignais du doigt.
« Pas de soucis, ils sont là pour ça. Tu as un accent, tu n'es pas du coin ? »
Je le regardais me mettre les précieux sablés dans un sac plastique, hésitant à répondre. Je trouvais ça bizarre qu'il engage la conversation mais en même temps les gens d'ici se montraient bien plus ouverts que ceux de ma région. Et puis, il me vendait des choco-mogs. Je ne pouvais pas décemment l'envoyer paître alors que grâce à lui j'allais enfin pouvoir combler mon manque.
« Je viens d'Esthar, je suis là pour les études. Est-ce que vous vendez souvent ces gâteaux, ici ? Parce que c'est la première fois que j'en trouve depuis que je suis arrivé. »
« On en a de temps en temps, c'est ma patronne qui les commande. Comme il faut tenir tête au centre commercial d'en face on a décidé de vendre des produits un peu plus exotiques, histoire d'attirer un peu la clientèle. »
Exotique ? Les choco-mogs ?
Je fixais le sac, dubitatif. Nous n'avions pas du tout la même conception du monde.
« Et avec ça, qu'est-ce que je te mets? On vient de sortir du four de la brioche, elle est encore tout chaude. Par un temps pareil, avec un chocolat chaud, je t'assure que c'est royal. »
J'acquiesçais, payais mon dû non sans lorgner sur la mâchoire délicieusement formée du jeune vendeur puis quittais la boutique.
Tout à coup la vie me parût beaucoup moins vile et l'hiver moins froid. En montant les escaliers qui menait à mon appartement, même mes voisins me semblèrent moins bruyant, le concierge plus aimable et les murs moins lugubres.
Un simple paquet de gâteaux peu parfois changer votre vie.
Je me suis installé confortablement sur le canapé et ai ouvert le précieux paquetage. Je passais la soirée vautré à savourer mon gain.
La semaine suivant je fus de meilleure humeur. Je vous sens sourire : non, pas uniquement à cause de mes choco-mogs. Ceci dit je n'ai pas manqué de raconter à Tifa, une bonne amie à moi, comment j'avais mis la main sur ce qui me manquait cruellement dans cette ville.
Tifa est une femme née dans les montagnes. Elle a un bonnet D, des yeux noisettes, une paire de jambes comme celles des pin-ups et un caractère plus que trempée. Elle est également je ne sais plus quel titre dans je ne sais combien d'arts martiaux car, selon ce qu'elle m'a raconté, sa famille tient un dôjo depuis des générations et être une fille n'empêche pas de devoir apprendre l'héritage de la famille.
Nous étions tous les deux assis dans l'amphithéâtre. Elle finissait sa boite à repas, un truc qu'elle appelait bentô. J'avoue que les saveurs qui s'échappaient de sa boite en plastique me mettaient l'eau à la bouche mais, malgré sa proposition d'y goûter, je préférais être prudent et mordre dans mon sandwich. Nous devions tous les deux assister au même cours de civilisation de Central. Tifa et moi étudions tous les deux les langues, à la différence qu'elle en parlait deux, dont sa langue natale, et mois quatre. Nous nous étions rencontré devant les panneaux d'affichage de l'université, tout aussi perdu l'un que l'autre devant l'énigme que représentaient les différents emplois du temps, et nous étions entre-aidés jusqu'à avoir achever de noter nos heures de cours. J'avais découvert que Tifa, sous ses allures de brute épaisse et de femme fatale, était une fille incroyablement intelligente en plus d'avoir le cœur sur la main. Sans compter qu'elle était d'une franchise absolue, un trait de caractère qui m'avait énormément plu. Et surtout elle était ouverte d'esprit. Moi qui avait caché ma sexualité au lycée pour éviter les embrouilles, il ne m'avait fallu qu'une semaine pour lui révéler que je m'intéressais aux hommes. Elle n'avait pas été dégoûté, elle n'avait pas rit.
Mais depuis, lorsque nous restions assis à regarder les gens passer, nous partagions notre avis sur les qualités des fessiers de nos comparses.
« Mais pourquoi choco-mogs ? »
Tifa sirotait son jus d'orange. La brique cartonné émit un gargouillement lorsqu'elle commença à en aspirer le fond, ce qui fit frémir d'agacement deux filles assises devant nous.
« Parce qu'ils sont ronds comme les pompons des mogs. »
Ai-je précisé que nos conversations étaient parfois particulièrement absurdes ?
« Je me doute que ça a un rapport avec ce que tu appelles un mog mais justement : à quoi ça ressemble ? »
« Tu n'as jamais vu de mogs ? »
Je dû avoir l'air très surpris car elle me fit une mine contrite. Je m'empressais de retrouver une expression neutre -elle savait que je détestais montrer mes sentiments devant les gens que je ne connaissais pas- puis entrepris de lui expliquer l'allure des ces drôles de petites créatures. Inutile que j'attirais l'attention de mes voisines à l'oreille baladeuse, en particulier au moment où je racontais comment ces peluches délivraient le courrier à travers mon continent sous le couvert d'une organisation appelé « mog-poste » où, bien entendu, aucun humain ne faisait office.
Ce soir là Tifa et moi avions décidé de travailler sur la présentation que nous devions faire en Estharien moderne. Nous avions pris le bus jusqu'à chez moi après avoir pris des repas à emporter chez le traiteur Shumi du coin. Je me suis généreusement moqué d'elle quand elle a poussé un très audible soupir de soulagement en entrant dans mon appartement, sortant un nez rougi se sous son écharpe rose. Après tout, c'était elle la montagnarde.
Nous avons travaillé jusque dans la soirée. Heureusement elle avait déjà un très bon niveau en estharien et étant bilingue moi-même l'affaire ne fut pas longue à régler avant de nous installer confortablement elle sur le canapé et moi sur une chaise retournée, pour dîner. Dehors il faisait terriblement noir, j'avais hâte de voir arriver le printemps.
« Au fait, tu ne m'avais pas dit qu'il était mignon le gars de la boulangerie ? »
Je manquais d'avaler ma cuillère. Depuis quand laissais-je ainsi entendre mon avis sur une pareille question sans qu'on ne me le demande ? Evidemment j'avais remarqué que ce boulanger blond était beau. Mais de là à le dire à Tifa comme une adolescente amoureuse ? J'avais perdu la tête ?
« Ne te creuse pas le crâne, champion. Tu ne me l'as pas dit pour je le devine. Tu avais le sourire en coin quand tu m'as parlé de ton histoire de choco-mogs ! »
Avec ça elle m'adressa un clin d'oeil moqueur.
« Je ne vois pas de quoi tu parles. »
« C'est drôle comme tu peux perdre la mémoire dès qu'il s'agit de me raconter tes amourettes. »
« Je ne t'ai jamais parlé de mes...amourettes ? C'est quoi ce mot, en plus ? Tu parles comme ma grand-mère. »
« Tu n'as pas de grand-mère mon cher ami. »
« C'est vrai tu parles juste comme mon père mais son langage date d'un autre siècle. »
« Ce n'est pas très juste, tu sais ? Tu connais tout de mon histoire avec Cloud, que tu m'as d'ailleurs traiteusement tiré au moment où j'étais bourrée comme une cantine, et tu ne veux rien me lâcher sur tes anciennes conquêtes ! C'est pas marrant ! »
« Mais la vie n'est pas drôle ma douce enfant... » fis-je d'une voix faussement sinistre en engloutissant une cuillerée de glace à la vanille.
« C'est ça, joue la comme si tu étais du côté sombre de la force...rôh, tu veux même pas me raconter un petit truc ? Allez, dis moi au moins comment était ton premier copain ! Tu le connaissais depuis longtemps ? »
« Il s'appelait Irvine » grommelais-je à contre-coeur.
Je me demandais pourquoi je lui racontais cette vieille histoire. Ce n' était pas si désagréable, après tout, de me souvenir de ma première véritable expérience en amour. Mis à part le fait que ça s'était fini, on aurait presque pu crier au Happy End.
« On est resté deux ans ensemble avant de se séparer. On était très complice mais avec le temps on s'est aperçu qu'on était plus des copains avec affinités qu'un couple. On s'entend toujours très bien et on s'envoie des nouvelles mais notre relation est purement platonique. Et il va se marier avec une amie d'enfance l'année prochaine. Satisfaite ? »
« Non, il n'y a aucun détail croustillant ! Pas de scène de sexe, pas de rival jaloux ni de compromis douloureux. Franchement il n'y a pas de quoi faire un bon scénario de téléfilm. »
Elle attrapa mollement une chips dans le paquet éventré et croqua dedans sans grande conviction. Elle me parut plus triste, son regard habituellement pétillant de malice désormais voyageant dans le vague. Je savais que ses histoires d'amour, peu nombreuses, finissaient toujours de façon abracadabrantesques et que, malgré nos rires lorsqu'elles narraient ses anecdotes, je me doutais qu'elle souffrait de tant de soucis.
« Si ça se trouve je l'ai rendu hétéro. Tu trouves ça bien, toi ? »
Elle éclata franchement de rire.
Je préférais ça.
Le lendemain fut épique dans ma vie monotone -vie à laquelle j'aspirais.
Comme on peut s'en douter, cela à tout de suite commencé très mal. Après tout, pourquoi attendre midi pour s'acharner sur le quotidien des pauvres mortelles lorsque l'on s'appelle « Destin » et qu'on a toute l'éternité devant soi ? Non, mieux vaut s'y prendre tôt, c'est plus efficace, n'est-ce pas ?
Mon téléphone a sonné à cinq heures du matin. Naturellement mon père se trouvait à l'autre bout du fil, pimpant et frais comme la rose, déblatérant déjà toute une montagne d'inepties auxquelles mon cerveau embrumé ne pouvait pas correctement répondre.
« Tu te rappelles où je vis, Dad? »
« Bien sûr ! Tu vis à Done, sweetheart ! Pourquoi ça ? »
« Tu te souviens où c'est situé ? L'autre bout du monde, tout ça... »
« Oups !... Je te réveille, peut-être ? »
Non, sans rire.
Une fois passé sous le jet d'eau chaude et -presque- coiffé, je voyais pourtant l'avenir d'un bon œil. Tout ça, bien sûr, avant d'ouvrir le placard et de m'apercevoir que plus aucune boite de sablés ne subsistaient pour mon petit-déjeuner, j'allais donc devoir acheter quelque chose en chemin. J'étais donc d'une humeur massacrante en montant dans le bus.
Le ciel gris menaçait de pleurer des flocons avant la fin de la journée. Je frottais mes mains l'une contre l'autre, soufflant dessus dans une vaine tentative pour les réchauffer, me dirigeant à grands pas vers la devanture soignée de la boulangerie salvatrice. Au travers de la vitre j'apercevais la lumière. Personne ne semblait être en train de faire la queue dans le magasin, ma montre indiquait tout juste les sept heures, mais un vendeur se tenait déjà derrière le comptoir, je le voyais de loin. J'entrais dans le petit commerce en poussant un faible soupir de soulagement, ravi de sentir le souffle du chauffage m'accueillir en même temps que le tintement de la clochette. Le commerçant qui plaçait les pains dans les larges cases de bois se retourna pour m'accueillir à son tour.
« Bonjour ! »
C'était le même garçon aux cheveux blonds que j'avais croisé la première fois. Son sourire immense me désarma et
m'apporta une douce onde chaleureuse au creux de l'estomac.
« Bonjour... »
« Qu'est-ce que je peux te servir? » fit-il en se penchant légèrement vers moi, ses larges mains blanches posées à plat sur le comptoir de brique.
« Deux pains au chocolat s'il-vous...s'il te plaît. »
« Ah, t'as encore les réflexes de chez toi à ce que je vois ! » se moqua-t-il gentiment. « Je t'apporte ça tout de suite . »
Je m'étonnais qu'il se souvienne de moi et de notre discussion. Enfin moi, c'était compréhensible dans un sens puisque mon accent et mes manières n'étaient pas les mêmes que la plupart des gens vivant ici. Mais je n'étais venu qu'une seule fois, et il se souvenait déjà que j'arrivais d'Esthar ?
« Et voilà ! » fit-il en me tendant un sac en papier fermé. « Ca te fera cinq gils. Et si tu veux, on reçoit une nouvelle caisse de sablés esthariens demain au plus tard. »
« Merci » marmonnais-je en lui tendant la monnaie.
Je me surpris moi-même en lançant un «Passes une bonne journée » par dessus mon épaule juste avant de sortir. Je perçus vaguement la réponse joyeuse lorsque la porte se referma sur moi.
Je ne m'attendais pas à voir Selphie frissonner sur le pas de la porte principal de notre bâtiment. Les mouffles coincées sous les aisselles, le nez dans une lourde écharpe à grosses mailles vertes, elle tapait les pieds contre le sol comme un cheval énervé pour se réchauffer.
« Oh, Squall, te voilà! »
J'avais appris deux choses importantes sur Selphie depuis mon arrivée : premièrement il ne fallait jamais lui dire « oui » pour les services ou faveurs qu'elle demandait les yeux papillonnants. D'une façon ou d'une autre cela aboutissait à des problèmes et/ou à de l'esclavagisme. Secondement, quand elle disait « Te voilà ! » il fallait fuir. Merci à mon ex petit-ami pour tous ces précieux renseignements.
« Tu es bien matinale. » commentais-je en grimpant les quatre marches gelées.
« Mon père a piqué une crise contre la voisine ce matin » commenta-t-elle sans perdre son sourire. « Je n'arrivais pas à me rendormir alors j'ai décidé de venir en avance pour prendre mon petit-déjeuner au calme. »
Un commentaire me brûla la langue, je le ravalai et lui tendis mon sachet de viennoiseries à la place.
« Tu en veux un ? Ce sont des pains au chocolat. »
Ne vous faites pas d'illusions, je ne suis pas un gentleman. Seulement, comme tous les autres amis de Selphie, je sais que ses relations parentales sont comparables à l'enfer. Les parents de Selphie sont divorcés depuis plusieurs années et se sont également les pires salopards possibles quand il s'agit de leur enfant. A leurs yeux Selphie est une bonne à rien, même si elle réussit brillamment ses études, elle est ingrate bien qu'elle travaille à côté de sa licence pour aider à payer les charges, et j'en passe. Son père passe son temps à boire de la bière devant la télé et à lui hurler dessus, sans compter qu'il la vire régulièrement de la maison à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit pour des raisons loufoques, la laissant généralement le ventre vide.
J'aurais mis ma main au feu qu'aujourd'hui était nouvel exemple de cet amour familial foireux.
« Oh, des pains au chocolat ! »
Tifa la Rapace arriva comme tombent les giboulées, toute couverte de flocons blancs qu'elle épousseta en secouant son bonnet de laine.
Je lui coupais la moitié du mien et le lui tendis tandis qu'elle s'asseyait sur le même banc que Selphie et moi.
Les femmes sont décidément de terribles rapaces. Les trois-quart de mon petit-déjeuner consolateur allait finir dans des estomacs inconnus et le mien, actuellement criant famine, n'aurait que de quoi se rassasier entièrement pour le déjeuner. Et encore, peut-être même me faudrait-il attendre de sortir de cours pour acheter une substance capable de combler mon manque de sablés.
C'est qu'on retombe vite dans son addiction, avec ces petites bêtes là !
« Dis, Léon, tu viens jeudi soir ? »
Avalant ma bouchée sucrée, je ne compris que de quoi elle parlait quand Selphie se mit à bondir sur sa chaise (et se lancer dans un long plaidoyer que je ne pris pas la peine d'écouter).
« Je ne vais pas aux soirées étudiantes. »
« Ce n'est pas une soirée étudiante, crétin! » fit Tifa en me donnant une taloche sur le crâne. « C'est moi qui la fait, cette fête ! Tu te rappelles quand je disais qu'on allait fêter l'arrivée du printemps avec quelques copains ?»
« Ah, oui... »
J'avais oublié que dans cette contrée de dingues, ils adoraient célébrer les saisons...
« Tu sais que tu fais une tête presque drôle, là ? »
« C'est de votre faute. Fêter le printemps...on se croirait dans un dessin-animé pour enfants. »
Les yeux de Selphie s'arrondirent.
« Il y a de l'alcool dans vos dessin-animés? »
Je me passais la main sur le visage sous le rire éclatant de Tifa.
« Maintenant que tu m'y fait pensé, tu te rappelles de mon amie institutrice ? Elle doit venir, il faudra qu'on passe la chercher. Et Seifer aussi ! »
« Seifer ? Tu connais Seifer ? » bredouillais-je.
Tifa me dévisagea de ses grandes prunelles noisettes,aussi confuse que moi.
« Tu veux parler de Seifer Amalsy ? C'est un de mes amis cousins pourquoi ? Comment toi tu le connais ? »
Je restais un moment silencieux.
« Le type de la boulangerie. C'est lui. »
~~oOo~~
Le jeudi soir à neuf heures et demi je me suis donc retrouvé sur le palier illuminé du pavillon dans lequel Tifa -et ses deux illustres inconnues de colocataires- vivaient. J'ai sonné, attendant que l'on m'invite à entrer. Alors que je commençais à douter que l'on m'ait entendu par dessus la musique, la porte s'est ouverte sur ma meilleure amie dans une robe courte au balconnet ravageur. Tifa me sourit, me prit la main pour m'attirer à l'intérieur tout en me souhaitant la bienvenue. Elle avait les yeux brillants mais je savais que ce n'était pas le résultat de l'alcool. Plutôt la conséquence inévitable d'un certain blond que j'aperçus dans l'entrée, un verre à la main.
« Donnes moi ton manteau, je vais l'accrocher » fit-elle en me retirant ma veste presque de force. « Zell, je te présente Squall, mon meilleur ami ! Squall, voici Zell, un ami d'enfance. Je t'en ai déjà parlé, non ? »
Évidemment qu'elle m'en avait parlé. Zell, le fameux garçon qu'elle avait rencontré à l'âge de six ans au club de karaté, celui avec qui elle se battait tout le temps, qui l'effrayait avec des vers de terre et qui lui tirait les cheveux. Également le garçon dont elle était folle.
« Salut ! » me fit le garçon avec entrain. « Ravi de te rencontrer, mec ! »
Je serrais la main tendu. Pour une fois, je pratiquais un peu la politesse. Uniquement pour ne pas casser le coup de Tifa, cela va sans dire.
« Selphie est dans le salon, elle s'occupe de la sono. Va donc prendre un verre de ponch ! C'est moi qui l'ai fait ! » ajouta-t-elle fièrement.
« Dans ce cas je vais m'abstenir : je ne tiens pas à finir sous la table. » commentais-je, incapable de résister à la tentation
de la titiller.
Elle poussa un cri d'indignation et me donna un coup de poing joueur à l'épaule. Je partis en riant, me frottant quand même mon membre endolori. C'est qu'elle en oubliait sa force, la garce !
Bien décidé à goûter le fameux ponch j'entrais dans l'autre pièce d'un pas ferme. On avait accroché de nombreuses guirlandes colorées sur les murs et éteint le plafonnier, plongeant ainsi le salon dans une ambiance festive et tamisée. Tifa et colocataires avaient repoussé les meubles contre les murs afin d'improviser une piste de danse. Plusieurs personnes s'y déhanchaient déjà. Ça et là des groupes se formaient, discutaient, se séparaient, et allaient discuter ailleurs. Le buffet enfin dans mon champ de vision, j'évitais les attroupements et abordait la table revêtue d'une grande nappe blanche en papier.
« Hey, tu es là toi aussi ? »
Surpris, mais gardant un masque d'attention polie, je fis un quart de tour et me retrouvais devant le fameux vendeur de la boulangerie.
Il portait une de ces chemises qui collent au corps, vous donnent l'air d'un paquet cadeau si vous n'êtes qu'un tas d'os et l'air d'un sex-symbole lorsque vous êtes taillé comme un dieu grec. Elle épousait finement la forme de ses muscles, les rendant presque visibles au travers du tissu, et je pouvais imaginer sans effort l'allure de son torse dévêtu.
Je m'étais simplement habillé d'un jean gris moulant et d'un pull en cachemire, ne voulant pas paraître trop habillé pour l'occasion. Je le regrettais un peu en le voyant si élégant. Et pourtant, il ne portait rien d'extraordinaire.
« Salut . » répondis-je. « Je suis un ami de Tifa et de Selphie : ce sont elles qui m'ont invité. »
« Sans rire ? Le monde est petit ! » Il se passa la main dans les cheveux. « Je te sers un verre ? »
Sans attendre de réponse verbale il me remplit un des gobelets en plastique coloré et me le tendit gracieusement. Je le remerciais du bout des lèvres, puis il se servit à son tour. Je prit une gorgée du liquide coloré. Une douce saveur sucrée envahit mon palais, laissant derrière elle une pointe amère d'alcool sur la langue.
« Je sais pas si t'as retenu mon nom... »
« Seifer. » répondis-je un peu trop vite. « Squall » lui rappelais-je au cas où.
« Le monde est vraiment petit, hein ? » Son commentaire fut ponctué d'un rire doux qui me rendit mou du genou. « Je suis le cousin de Tifa et j'ignorais qu'elle avait des amis aussi bien fait de leur personne. » ajouta-t-il, ponctuant sa flatterie d'un clin d'œil aguicheur.
Je choisi d'ignorer sa dernière réplique, préférant m'appliquer à ne pas rougir comme une collégienne à qui l'on offre des fleurs. Heureusement il continua sur sa lancée, n'attendant visiblement pas de moi que je réponde à ses avances.
« Alors comme ça vous êtes des amis de fac ? »
« Tifa et moi avons plusieurs cours en commun. Et c'est probablement l'une des seules personnes de la faculté qui ait des neurones et qui sache véritablement comment s'en servir. »
Il se passa la main dans ses cheveux coiffé. Le geste, bien que totalement désinvolte, me fit frémir. Si je n'avais pas les hormones en ébullition alors je devais déjà être sacrément ivre pour réagir d'une telle façon. Il me dévisagea, m'offrit un sourire en toute innocence qui me donna plus envie de lui déchirer sa précieuse chemise que de vider mon verre, ce que je fis néanmoins.
« Et comment elle est, Tifa ? A la fac je veux dire. »
Seifer paraissait un peu gêné. Je trouvais ça étrange. N'était-il pas un membre de sa famille ? Comme pour répondre à ma question muette, il entreprit de m'expliquer.
« On a reprit contact il y a peu de temps seulement. » Il en bredouillait presque, le pauvre. J'étais si intimidant ? Probablement pas. « Nos parents sont en très mauvais termes parce que les miens...Comment dire ? C'est une sacrée paire de salopards, pas le genre de personne avec qui tu aimes traîner. Tifa et moi on ne se voyait plus depuis une bonne dizaine d'années mais récemment on a commencé à s'envoyer des messages via le net. Et puisqu'elle étudie maintenant dans la ville où je travaille, on se voit de temps en temps. Mais je vois bien que je la connais pas autant que ça alors... »
« C'est certainement la fille la plus intelligente que je connaisse, et aussi celle qui a le moins de chance en amour. Si ce Zell lui brise le cœur, on fera une descente pour lui casser la gueule. »
Il éclata franchement de rire, toute gêne passée, et trinqua son verre contre le mien pour sceller notre accord.
« Je suis étonné de voir qu'un mec aussi froid et silencieux que toi ait autant de franc parlé ! »
Je rougis furieusement en fixant le sol, espérant que le faible éclairage dissimulerait ma gêne. Je n'avais jamais trouvé le moyen de dire les choses avec délicatesse ou diplomatie, peu importe combien j'essayais. Je choisissais souvent mal mes mots, insinuant des choses sans le vouloir, formulait mal ma pensée et blessait presque inévitablement la personne que je tentais de raisonner ou de réconforter. Je m'étais fait une raison. Alors au lieu de l'ouvrir trop souvent et de m'emmêler les pinceaux je prenais la parole le moins possible lorsque la situation devenait délicate. Et je ne tournais jamais autour du pot.
Mais Seifer ne me parût pas ennuyé par ce détail. Au contraire, ma parole brute de décoffrage sembla lui plaire puisqu'il m'offrit de nouveau ce sourire brillant.
« J'aime bien les gens qui disent ce qu'ils pensent. » admit-il face à ma silencieuse question. « Honnêtement je pensais qu'un gars venant d'une ville comme Esthar, aussi poli que toi, serait tellement soucieux de paraître courtois qu'il n'aurait jamais osé dire un truc pareil. »
« Hum. Le tact n'a jamais été mon fort. »
« Je vois ça. »
Je passais une bonne partie de la soirée avec lui. A discuter. Moi. Tifa m'a adressé un haussement de sourcil aux alentours de minuit lorsqu'elle passa près de nous, attirant Zell sur la piste de danse. Nul doute qu'elle allait me faire un interrogatoire dans les règles de l'art dès qu'elle en aurait l'occasion.
Un effleurement sur mon bras me sortit de mes pensées.
« Tu veux danser ? »
Seifer s'était rapproché durant les quelques heures où nous avions partagé nos vies. Je sentis son haleine chaude, légèrement parfumée par l'alcool, caresser mon visage. Ses yeux brillaient un peu mais il tenait très bien les verres qu'il avait bu. J'en étais d'autant plus ravi que je vouais une haine sans borne contre les ivrognes.
« C'est un rock. »
Terrible argument, je m'en rendis bien compte.
« Et alors ? Tu ne sais pas le danser ? »
Je n'eut pas le cœur de refuser.
Le rock était une partie de plaisir. Cette danse était agréable, elle met de bonne humeur. S'en est suivi le Madison, la plus ridicule et la plus populaire des danses. Hélas Seifer me retînt et me força à rester sur la piste et à lui apprendre les pas. Selphie et moi l'encadrions et faisions de notre mieux pour le guider. A la fin de la chanson il parvenait à exécuter les pas presque sans se tromper. Cela eut au moins le mérite de nous faire rire.
Je riais déjà beaucoup moins quand les premières notes du slow ont résonné dans la pièce. Je grognais, irrité d'être coupé dans un rare élan d'envie de danser tandis que les premiers couples se formaient autour de moi. Je n'eus pas le loisir de me lamenter sur mon sort toutefois. Une poigne solide m'attira contre un torse et un bras de fer me ceintura sans me laisser de chance de m'échapper.
Levant les yeux je lançais à Seifer mon plus beau regard noir, espérant que mon aura meurtrière suffirait à le convaincre de me lâcher. Il n'en fut rien. Seifer commença à danser, m'entraînant avec lui. Son souffle balaya mon visage et il rit.
« T'es chou quand tu boudes ! »
Bonjour la virilité. Chou ? Bouder ?
« Souris ! Tu as le plus beau cavalier de la soirée. »
« Hum. »
« Merci, mon ego vient de filer vers les étoiles. »
« C'est pas ce que j'ai dit. »
« C'est vrai, tu n'as rien dit du tout. Dis moi, Squall, es-tu au courant que tes pairs ne lisent pas encore dans les esprits ? Si tu veux que l'on te comprenne, mieux vaut formuler tes pensées tout haut. »
« Si je devais faire ça, ton ego serait perdu dans le cosmos. »
« Vraiment ? »
Oh, merde. Squall, tais-toi !
« Vraiment. »
Je sentis ma jambe fourmiller, prête à m'offrir la plus belle crampe de mon existence, indifférente au grand moment de solitude qu'endurait ma fierté. Ce maudit cadeau génétique faisait interruption lors de mes plus embarrassants moments de gêne -merci Papa pour tes précieux chromosomes- et menaçait de faire surface à chaque seconde passée dans les bras du blond. L'alcool n'aidant pas, je formulais mes pensées à voix haute.
« Si tu persistes à me flatter comme ça, je risque de le prendre comme une invitation . »
« Je ne fais jamais rien le premier soir. »
« Menteur. »
Oh oui. Menteur !
Quoique...est-ce que j'avais mentis ? Avant cette nuit là, je n'avais jamais réellement sauté jusqu'à la case « chambre à coucher/canapé » avec des petits-amis dès le premier soir. Avec Irvine, j'avais attendu un peu avant de me lancer, espérant lui montrer que je désirais une relation durable.
Une fois de plus , je m'égare. Seifer n'était même pas un petit-ami potentiel.
Pourtant nous nous sommes sauvés de la soirée comme deux voleurs jusqu'à mon appartement. Durant le trajet en voiture qui nous menait jusqu'à chez moi, sa bouche quitta difficilement mon cou et ses mains manquèrent de me faire lâcher le volant plus d'une fois.
Arrivés sur mon palier Seifer avait entreprit de ne laisser passer aucun atome d'air en moi et son corps. Je sentais son cœur battre contre mon dos, me rendant nerveux et empressé. Je fis tomber mes clefs, qui glissèrent trois fois contre le métal avant de se faufiler correctement dans la serrure. Cinq doigts joueurs firent pression sur l'une de mes fesses.
« Dépêches-toi.. « chantonna une voix séductrice à mon oreille.
Je le fis précipitamment entrer dans mon antre. Je fermais derrière moi le plus vite que me le permirent mes mains tremblantes pendant qu'il retirait son manteau. Une fois sa tâche accomplie il me retira le mien avec empressement. Je m'étais rarement sentie aussi détendue et joueur avec un homme que je connaissais peu. Une vague de désir m'embrouilla les sens, accompagnée d'éclairs d'euphorie courants dans les veines. Je m'esquivais de ses caresses sournoisement, déboutonnant ma chemise, dénouant ma ceinture sous ses yeux devenus gourmands. Il m'attrapa le bras par surprise et me fit tomber sur le canapé où sa bouche vorace reprit le merveilleux travail entamé dans la voiture, m'arrachant un soupir d'excitation.
Perdu dans cette bulle de chaleur je ne me posais plus de questions . Je défis rapidement les boutons, ceinture et fermetures éclaires rencontrés sur mon chemin, repoussait le pantalon gênant de toute mes forces à l'aide de mes deux mains et de mes jambes, ce qui n'était pas une mince affaire avec mon corps coincé sous le ciel.
Sa bouche descendit le long de mon torse. J'étouffais un gémissement.
Seifer ne me laissa que mon pendentif en argent pour me faire l'amour sur mon canapé. Le pauvre meuble, peu habitué à de tels élans fiévreux, grinça plusieurs fois de protestations et rencontra même le mur lors d'une étreinte particulièrement passionnée. Un dixième de seconde, je songeais à mes voisins. Puis décidais que les voisins importaient peu maintenant.
Ma vague de désir monta jusqu'à noyer la plus fine partie de ma raison dans le plaisir charnel. Je profitais de la moindre occasion pour donner au blond qui me surplombait un baiser enflammé, baiser auxquels il répondait avec une ardeur toujours plus forte.
Après avoir découvert qu'on pouvait voir des étoiles, voire même la galaxie, depuis son salon, je réalisais que Seifer m'étais retombé dessus et qu'il respirait fort. Ma propre respiration me parût saccadée et j'avais les jambes toutes flageolantes. Je caressais doucement les petits cheveux blonds de sa nuque en réponse aux baisers doux et lents qu'il laissait dans mon cou, à demi endormi. Je savourais la proximité de nos corps assouvis, sentant le poids de nos ébats tomber sur mes paupières.
Avant qu'un rappel glacial à la réalité ne me force et les rouvrir.
« Merde ! »lâchais-je le souffle court. « On a pas utilisé de capote ! »
Seifer se tendit puis il se redressa sur ses coudes pour me regarder dans les yeux.
« C'est la première fois que je l'oublie.» dit-il sobrement. « Mais si tu veux on peut faire un test dès demain. Toi? »
« Toujours utilisé une protection sauf avec mon ex, mais on avait fait un test avant. » précisais-je.
« Alors ...tout va bien. Non ? »
Je fixais ses yeux émeraudes. Devant le reflet honnête que je perçus, je me sentis me détendre. Maintenant que le mal était fait, si mal il y avait, on ne pouvait plus faire grand chose. Et bien que ce fut tout à fait naïf, la confiance que j'avais placée dans ce blond quasi-inconnu me disait que je ne craignais rien. Seifer se rassis sur le canapé, me laissant me relever.
« Désolé. » s'excusa-t-il, visiblement mal à l'aise. « J'aurais dû y penser avant de te sauter dessus comme ça. »
En se mordant la lèvre inférieure de cette façon, les sourcils froncés, il était la copie parfaite d'un bambin qui s'aperçoit avoir marché sur la patte de son chiot adoré. Cela acheva d'effacer le peu de panique qui persistait dans ma poitrine. Je me levais et m'étirais.
« T'inquiètes pas trop pour ça. J'ai ma part de culpabilité là-dedans. Tu restes dormir ici cette nuit ? »
Une heure plus tard, après une douche et un plat de pâtes -ça donne faim de faire l'amour à des heures indues- Seifer avait passé un bras autour de ma taille pour s'endormir. Dans le noir mon réveil affichait 4h38 du matin.
~~oOo~~
Je grimaçais en posant la plante des pieds sur le carrelage froid.
Dehors le temps faisait grise mine, un peu comme moi. La semaine passée je m'étais réveillé au matin seul dans mon canapé avec aucune trace des événements de la veille, pas même un mot laissé sur la table basse pour me dire qu'il partait ou pour me donner son numéro de téléphone.
Ma – vie – est – nulle.
Tifa s'est inquiétée de me voir si morose. Ce n'était pas tellement mon genre, disait-elle. Je lui ai répliqué qu'elle avait certainement oublié, avec le temps, ce à quoi je ressemblais lo jour où nous nous étions rencontrée.
« Ce n'est pas pareil. » m'a-t-elle répliqué . « Tu étais froid , pas malheureux, Squall ! »
Malheureux mes fesses ! -pour rester dans la politesse. J'étais au-delà de la frustration, au-delà des espoirs brisés et des souvenirs amers. J'en voulais énormément à ce beau garçon de m'avoir laissé en plan, de m'offrir une seule de ses nuits alors que j'en aurais voulu d'avantage. Je lui en voulais aussi d'avoir paru si gentil, d'être le cousin de Tifa à qui je ne pouvait pas casser la figure, de travailler dans le seul endroit de ce foutu pays où l'on dénichait mes gâteaux préférés. Je n'avais par ailleurs pas remis les pieds dans la boulangerie depuis cette nuit là, de peur que la gêne ne me transforme en statue de sel.
Avoir une nuit volage n'a rien d'embarrassant. L'avoir avec la personne pour laquelle on a le béguin, ça me paraissait beaucoup plus difficile à gérer.
Avalant un rapide petit-déjeuner, une compote et trois biscuits, je tâchais de m'habiller rapidement. Je comptais occuper ma journée afin de ne pas penser à ce maudit blond bien que j'ignorais encore comment j'allais remplir mes heures vides. Je me souvenais d'avoir vu sur des panneaux publicitaires que des expositions artistiques avaient lieu un peu partout dans la ville pour fêter l'établissement du printemps.
On toqua à ma porte. Surpris je levais les yeux de l'écran de télé, ignorant le présentateur au sourire blanchâtre qui annonçait la météo. Un retour rapide vers la boite à image m'informa que, oui, il était bien neuf heure et demi du matin, et qu'on tapait à ma porte.
Seifer se trouvait derrière, un demi sourire collé sur le visage.
« Bonjour » fit-il relativement détendu. « Je ne te dérange pas ? »
« Qu'est-ce que tu fais là ? »
Comme insensible à la mauvaise humeur des autres, et particulièrement de la mienne, il ne se froissa pas de ma réponse hostile. Au contraire il s'adossa légèrement contre le cadre de la porte d'entrée avant de me répondre sur un ton égal, comme si la discussion se dirigeait vers la pluie et le beau temps.
« Tu as été faire ton test ? »
« Non. » répondis-je abruptement. « Pourquoi ? »
Le reste de ma phrase fut prononcé avec une pointe de curiosité malgré moi .
« Je pensais qu'on pourrait y aller ensemble, même si je doute qu'il y ait quelque chose à trouver. »
« Pourquoi tous les deux ? » m'étonnais-je.
« S'il t'arrive quelque chose ça sera de ma faute. » répondit-il avec nonchalance. « Et une fois que tu m'auras pardonné, je pourrai peut-être te proposer un rendez-vous sans me faire rejeter. »
« Je ne t'en veux pas pour ça. »
J'émis un son désapprobateur, le même que ma grand-mère lorsqu'elle voyait mon paternel me laisser reprendre du dessert pour la troisième fois.
« Bah, pourquoi tu es en colère alors ? » s'étonna-t-il sincèrement.
J'avais presque envie de coller ma main sur cette jolie face sincèrement abasourdie. Était-ce possible d'être aussi aveugle ? Ou bien était-ce moi qui espérait bêtement que les choses soient différentes alors que je n'avais aucune chance ? Peut-être m'étais-je trompé. Peut-être que j'avais lu dans ses gestes une affection qui n'existait pas, que dans ses mœurs les gestes tendres étaient partie intégrantes des coups d'un soir comme des relations durables.
« Tu es parti comme un voleur. » fis-je.
« Tu aurais voulu que je reste ? » Face à mon silence hésitant il s'empressa d'ajouter « Après ma bavure, je pensais que moins tu me verrai, mieux tu te porterai. »
« Tu penses mal. » rétorquais-je, ayant toutefois perdu la majorité de ma rancœur.
Il dû le sentir car son expression s'adoucit considérablement. Je poussais un soupir résigné.
« Attends moi deux secondes. J'enfile un manteau et on y va. »
En sortant de mon appartement Seifer me prit la main. Bien que surpris de l'initiative, je ne fis aucune remarque. Étrangement je ne ressentais pas l'envie d'instaurer un mur entre nous. Même si nous n'étions, au final, que des connaissances de vue, la perspective de le voir envahir mon espace personnel me réchauffait la poitrine.
La traversée de la ville fut silencieuse. Nous passâmes les vitres automatiques du centre de dépistage ensemble. Un couple qui se tenait la main nous suivi de peu. Ce fut en les voyant que je réalisais combien nous leur ressemblions en cet instant, vu de l'extérieur. Une petite voix au fond de ma tête me souffla que c'était bon signe pour la suite.
Seifer s'adressa pour nous deux à l'hôtesse d'accueil.
« Vous n'avez pas pris rendez-vous ? »
« Il fallait ? » répondit Seifer, gêné, en se frottant la nuque.
« Naturellement. » Son air pincé ne me disait rien qui vaille. Elle tapota sur les touches de son clavier, fixant son écran d'ordinateur avant de s'exclamer. « Vous avez de la chance ! Il y a de la place pour dans deux heures. Je vous y met ? »
« Allez-y. » fis-je.
« Très bien. Je vous appellerai quand viendra votre tour. » déclara-t-elle après avoir pris nos noms.
Seifer m'entraîna une poignée de mètres plus loin, se tournant vers moi pour me demander si je voulais aller quelque part ou si je préférais rester attendre ici. J'indiquais du menton la cafétéria du centre hospitalier située en face du nous et cinq minutes plus tard autour d'un café, nous discutions comme deux bons amis.
« J'ai rapporté ça » fit-il en sortant un paquet de sa poche. « J'avais bien pensé à un bouquet de fleurs pour me faire pardonner mais les roses ont des épines, je me suis dit que ce serait moins douloureux si tu décidais de me le renvoyer en pleine figure. »
J'enfournais un gâteau.
~oOo~
« Et surtout, pour la grâce du Ciel : prend le bus ! Je n'ai pas envie que Squall m'appelle au beau milieu de la nuit pour me dire que tu n'es toujours pas arrivé, d'accord ? »
Les paroles de Raine sonnèrent comme un grelot au fond de ma tête à avortèrent mon élan vers la porte du bus que je comptais quitter un station plus tôt. Qu'y pouvais-je si j'aimais la marche, et que mon sens de l'orientation était aussi élevé que celui d'une petite cuillère ?
Descendant à l'arrêt suivant, et vérifiant trois fois que je n'avais commis aucune erreur de station, je traversais la route. La porte d'un des immeubles longeant la rue s'ouvirt soudainement et la tête de mon chérubin en sortit avant de m'adresser un grand signe.
« Papa, par ici ! »
Je le rejoignit à petit trot et lui offrit une étreinte serrée qu'il tenta d'esquiver -mais j'avais derrière moi des années d'expérience d'esquive de câlin, il n'allait pas me battre sur ce plan là !
Je n'étais pas retourné à l'autre bout du monde depuis la visite de l'appartement, ce qui me semblait remonter à des siècles plus tôt. L'endroit était bien propre et accueillant . Le carrelage à carreaux me rappelait la cuisine de mon enfance. Squall m'avait expliqué que le vintage -en gros le vieux- revenait à la mode à Done, d'où le choix de décoration du propriétaire. Squall dissimula mal un sourire à la vue de mon accoutrement : Raine avait insisté pour que j'emporte des vêtements chauds pour mon voyage. Sous mon bonnet et mon écharpe décalés en ce début de printemps j'éprouvais mille difficultés à observer mon environnement. Je pu toutefois constater que mon fils était pieds nus, ce qui me surpris un peu. S'il m'attendait, pourquoi donc était-il sorti en hâte de son appartement, sans prendre le temps d'enfiler une paire de chaussures ?
«Coucou fiston ! » fis-je en le relâchant. « Ta mère t'embrasse mais elle ne pourra pas partir avant la semaine prochaine. Avec la saison des mariages qui commencent elle a reçu des tonnes de commandes de bouquets. »
« C'est pas grave. Entre ! Je suis étonné que tu sois arrivé jusqu'ici sans te perdre. »
« Mauvaise langue ! »
Squall referma la porte derrière moi et me prit mon sac.
« Tu as faim ? J'ai préparé le déjeuner. Oh, et Seifer a préparé quelques pâtisseries pour le dessert ! »
« Seifer ? » répétais-je sans comprendre.
Un grand garçon blond entra dans la pièce et me tendit la main, souriant mais visiblement nerveux. Je remarquais alors la paire de chaussures supplémentaire dans l'entrée.
« Bonjour monsieur Loire, je suis Seifer Amalsy. Enchanté de vous rencontrer. »
« Seifer et moi sommes ensemble depuis un petit moment maintenant. » ajouta Squall en se rapprochant de nous.
« Ca alors, comment tu as réussi à le dompter ? »
« Comme pour les fauves : je lui ai donné à manger ! »
Sa remarque m'arracha un franc éclate de rire et lui valut une claque retentissante sur l'épaule de la part de Squall, ainsi qu'un regard courroucé. C'est fou ce qu'il pouvait ressembler à sa mère, ce petit !
Et là la réalité me frappa plus fort qu'un bahamut en pleine course :
Mon bébé est devenu un homme !
Blâmez Dissidia pour cette fin stupide...mais je l'aime bien quand même, j'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire!
N'oubliez pas: comme les Mogs ont besoin de Noix de Kupo, les scribouilleuses ont besoin de votre avis!
