Il fallait bien l'avouer, le Grand Temple d'Audhumla était une merveille architecturale. Farbauti s'était arrêtée à peine entrée, trop saisie par la majesté de la voûte lointaine et la précision des bas-reliefs qui couvraient les murs.
« Tout va bien, mon enfant ? »
Ramenée brutalement sur terre, elle se ressaisit et plaqua hâtivement un sourire sur son visage pour le godi s'étant approché d'elle.
« Pardonnez-moi… C'est ma première venue ici, je ne sais pas trop où je pourrais faire mes dévotions ? »
Le prêtre la zyeuta d'un air méfiant – pas si surprenant que ça, il n'avait pas dû voir voir d'ividja dans la ville avant elle, et ne parlons pas de l'ambiance chargée en paranoïa – mais eut la bonté de lui indiquer une alcôve discrète.
Durant sa courte vie, Farbauti n'avait guère eu l'occasion de penser à la spiritualité. Oh, elle respectait Audhumla, mais pour elle, c'était tout aussi possible et efficace de prier au beau milieu d'un champ de glace que dans un sanctuaire béni par une foule de dévots.
Elle sentait un vague frisson lui grattouiller l'échine à la perspective de pratiquer la magie dans un lieu saint. Sorcellerie et prière n'étaient pas supposées se mélanger !
N'y pense pas. Concentre-toi.
Lentement, elle se laissa glisser sur les genoux, serra les mains contre sa poitrine et ferma les yeux pour se concentrer.
La Lecture d'Aura était un exercice plutôt simple, enseigné à toutes les apprenties pour les encourager à se concentrer. Détecter les traces énergétiques présentes en ce bas monde était le premier pas pour la sorcellerie, et c'était de manipuler ces énergies qui s'avérait compliqué.
Elle inspira profondément et s'ouvrit à son entourage.
Oh, les bas-reliefs étaient humectés de magie. Un sortilège de gravure, peut-être ? Ou bien un charme pour empêcher l'érosion ? Non, elle n'était pas venue pour ça.
Quelques fidèles occupés à prier. Pas intéressant. Quelques godar vaquant à diverses tâches. Hum, curieux, leur aura était voilée derrière un cache étrange : pas de la magie, c'était certain. Une preuve de faveur divine ? Mais elle n'était pas venue pour ça.
Elle élargit son champ de recherche –
froidneigecristalluneglacetempêteFROIDNEIGEMALTROP !
Le monde éclata dans une lumière aveuglante.
« Je dois dire, tu dois avoir moins de cervelle que je ne croyais, si tu cherches à la faire couler par les oreilles. »
La voix nasale du Mimir irritait désagréablement les tympans de Farbauti. Tiens, elle arrivait toujours à réfléchir ?
« …J'ai fait une bêtise » parvint-elle à gémir avec difficulté.
Le Mimir ricana.
« Alors ça, c'est certain ! Toucher au Coffret des Hivers Anciens, non mais vraiment. Il y a une raison pour laquelle seuls les prêtres et la famille royale peuvent y toucher. »
Farbauti sentit ses sourcils se froncer sans qu'elle ne le leur ordonne.
« Oui, ça semble étrange, n'est-ce pas ? Surtout quand on sait que le Premier lui-même a œuvré le Coffret. Les enchanteurs de son époque ne devaient pas être plus fiables que de nos jours, s'il a cherché à mettre cet artefact hors de leur atteinte. »
« Les godar… Un voile » bafouilla l'adolescente. « Sur eux. »
« Tu as senti ça ? Et bien, un voile te protège de la lumière. Pour des raisons inconnues – et crois bien que les Mimir et Skrymir passés se sont arrachés les cheveux à tenter de les découvrir – ce voile n'apparaît que chez les prêtres et les souverains. Bien sûr, il n'est pleinement efficace que chez le grand prêtre et le monarque régnant, qui se trouvent être Gullveig-gydja et Nal-Reine. Tout autre essayant de manipuler le Coffret échouerait lamentablement. »
« Oh… Alors il ne peut pas être volé ? »
« J'aimerais bien voir qui que ce soit essayer. Maintenant, rendors-toi. Je ne veux pas t'entendre pleurnicher, ton soupirant a déjà usé toute ma patience. »
« …Soupirant ? »
« Dès qu'il a eu vent de l'incident, Laufey Prince s'est rué ici, et il a fallu que je le jette dehors à coup de pied au derrière. J'espère que tu es contente de toi ? »
L'image du Mimir – vieux et riquiqui – en train de corriger la grande brute de prince héritier fit glousser l'adolescente sans qu'elle ne puisse se contenir.
