Le Berg était équipé d'une salle de bain, et tour à tour ils allèrent se laver, Jorge restant au poste de pilotage. Il ne leur fallu que quelques minutes pour tomber de fatigue, allongés sur les lits à leur disposition. Le Berg paraissait plus grand de l'intérieur, mais toutes les salles ne leur étaient que de peu d'intérêt. Ils ne profitaient que de l'essentiel, c'est-à-dire le dortoir, la salle de bain, la cuisine, et le cockpit.
Une fois réveillés, Jorge leur avait expliqué qu'il les emmenait vers une ville fortifiée et stérile. Quelques bastions de la sorte résistaient encore à la maladie, cependant cela ne durerait pas, la Braise était comme l'eau, impossible à arrêter. Elle s'infiltrait par les moindres petites failles, puis se répandait, pire que la peste. La contamination se faisait par le sang, la salive, et même par l'air. Il était quasi impossible d'y échapper. Sauf pour les Immunisés bien sûr.
Quand il avait raconté tout ça, Minho s'était senti mal à l'aise, surtout à l'évocation des Immunisés. Il n'osait pas regarder Newt. Chaque fois qu'il repensait au fait que son pote était malade, il avait le coeur gros et sa gorge se serrait. C'était dur à avaler, et il ne doutait pas que ça l'était pour Newt aussi. Il n'en avait jamais parlé, ce n'est pas comme s'ils avaient eu l'occasion non plus. Il n'empêche, Minho ne savait pas si c'était une forme de déni ou de la simple indifférence pour sa propre vie. Le Runner voulait évoquer le sujet avec lui, mais il avait trop peur de sa réaction. Il redoutait de ne faire que remuer le couteau dans la plaie.
Et puis il s'était décidé à ne plus l'approcher. Le souvenir de ses deux tortionnaires était encore vivace. Il savait qu'ils avaient raison. Il fallait qu'il s'écarte. Il n'entraînait que la mort autour de lui, cela ne servait à rien. Chaque fois qu'il avait tenté de l'approcher, chaque fois qu'ils avaient été un temps soit peu « intimes », il s'était comporté comme le pire des salauds. De toute évidence, il n'était pas fait pour les relations. Il passait son temps à blesser Newt, et il était inconcevable qu'il continue. Parfois, il faut faire des sacrifices pour ceux qu'on aime.
Aimer. Oui, Minho était on-ne-peut-plus amoureux de Newt, et c'est bien pour cela qu'il garderait ses distances. Désormais, il allait le respecter et le laisser vivre. Minho serra les dents à cette idée. Il n'avait aucune envie d'agir de la sorte, mais WICKED avait au moins réussi à lui ouvrir les yeux sur sa médiocrité.
Après son topo, Jorge leur avait montré une mini cuisine, équipée du nécessaire, les étagères remplies de produits qui ne seraient pas périmés de si tôt.
Brenda et Thomas y allèrent en silence, le Glader encore préoccupé par la - énième - trahison de Theresa. et Minho retourna dans le dortoir. Il n'avait pas faim. Il voulait seulement être seul. Trop d'évènements s'étaient passés, et il avait du mal à tout enregistrer. Son corps s'était accoutumé à ne rien faire, ses forces avaient fondu, et il avait épuisé son énergie restante pendant la fuite. Il se sentait vide. Le pire c'était de devoir rester à l'écart de la seule personne qui pouvait le faire se sentir mieux. Dans une vie où il n'avait pas de racine ni d'objectif auquel se raccrocher, il avait toutefois trouvé un foyer. Etre avec Newt était la seule chose qui le faisait se sentir vivant. Newt était son foyer, le point où, quoiqu'il arrive, Minho retournerait toujours. Le Runner grinça des dents en corrigeant, où il retournait, au passé.
Il s'appuya contre le mur, juste à côté de la porte qu'il venait de fermer derrière lui, et se laissa glisser au sol. Il se prit la tête entre les mains, les yeux clos.
Il releva la tête quelques minutes plus tard en entendant la porte s'ouvrir.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » grogna-t-il, avant de réaliser que c'était Newt.
Le Glader avait l'air perplexe. De toute évidence, il ne s'attendait pas à un tel accueil.
« Je venais voir comment tu allais » dit-il d'une petite voix, « mais je peux revenir plus tard », il hésita « ou pas du tout » termina-t-il en se retournant.
Minho déglutit. Il savait que ce n'était pas une bonne idée, mais il ne put résister. Il ne devait pas rester près de Newt, néanmoins ça ne signifiait pas qu'il devait se comporter comme un mufle. Il fallait seulement garder ses distances.
« Attends » le retint-il alors, « je suis désolé, fatigué, c'est tout ».
Newt hocha lentement la tête, et revint. Minho se releva, épousseta son pantalon qui n'en avait pas besoin le moins du monde, juste pour s'occuper.
« Et toi ? » lui demanda-t-il « comment tu vas… ? »
Newt acquiesça à nouveau : « Ça roule ».
Le Glader le fixait, attendant clairement quelque chose de lui. Minho avait le visage fermé et les poings serrés. Il n'avait qu'une seule envie, lui faire un gros câlin. Il voyait bien la tristesse dans ses yeux, son malaise. Mais ça ne pouvait que lui attirer des ennuis.
Il fronça les sourcils. Vraiment ? Soudain il se demandait en quoi nouer une relation plus intime avec Newt lui causerait le moindre préjudice. Après tout, il était déjà promis à une mort certaine. Qu'est-ce qui pourrait bien lui arriver de pire ? Ah oui, que son pote le lâche par exemple. Mauvaise idée.
Minho relégua les voix de WICKED dans un coin de son cerveau, et s'approcha doucement, timide.
Newt ne le lâchait pas des yeux. Il ne se souvenait que trop bien du sentiment qu'il avait éprouvé en le croyant mort, la douleur insoutenable, le vide qui l'avait englouti.
Il fit un pas en avant et rencontra Minho, enroulant ses bras autour de lui. Il lui avait tellement manqué. Il enfouit son visage dans son cou, respirant son odeur à plein poumon. Il sentit les bras du Runner se refermait sur lui dans une accolade d'ours. Apparemment, il lui avait manqué lui aussi.
Minho adorait la sensation. Il n'avait jamais été aussi bien. La chaleur de Newt était comme un baume protecteur, effaçant tous les maux. A son contact, il se sentait revivre. Newt nicha son visage dans son cou, et Minho sentit ses lèvres se presser contre sa peau.
Oh non… Il était bien vivant à un autre endroit maintenant, et son pantalon semblait trop serré désormais.
Il s'écarta brusquement. Etre son ami, ok. Mais ça s'arrêterait là. Chaque fois qu'ils avaient été plus loin, même un tout petit peu, alors l'univers était parti en cacahuète.
Newt le regarda droit dans les yeux, l'air blessé. Il n'arriverait jamais à le comprendre. Il avait donné l'impression de l'apprécier, beaucoup, plus tôt, non ? Quand il lui avait pris la main dans ce foutu tunnel, quand il l'avait rejoint dans son lit cette nuit et l'avait embrassé sur la joue le matin. Il n'avait pas tout imaginé non plus ? Il ne put s'empêcher de baisser les yeux, et remarqua la bosse dans le jean de Minho. Apparemment, son corps était plutôt motivé à poursuivre…
Il releva les yeux sur le Runner, désormais rouge d'embarras.
« Pourquoi ? » demanda-t-il de but en blanc, ses yeux bleus rivés à ceux de Minho.
« C'est mieux comme ça » marmonna-t-il sans conviction.
« T'es qui pour en décider ? » rétorqua Newt, de moins en moins calme.
Minho était pris au dépourvu. Newt lui avait déjà montré qu'il pouvait se mettre en colère, pas de problème, mais pas comme ça. Là il se battait pour que Minho reste. Ça changeait tout. Il ne savait pas quoi dire.
« Je ne suis pas assez bien » finit-il par avouer d'une voix faible.
Newt ricana. « Pas assez bien ? » répéta-t-il, acide.
Minho baissa la tête, dépité. « Je suis désolé » murmura-t-il avant de sortir en refermant la porte derrière lui.
Newt n'arrivait pas à y croire ! Il l'avait lâché sur ça ? Il était désolé ? Si au moins il pouvait innover, toujours il lui sortait une excuse bidon avant de le laisser tomber. Il allait mourir, bordel, il ne pouvait pas faire un effort ? Newt secoua violemment la tête, enragé. Il avait comme envie de frapper quelque chose. Il ne se souvenait pas avoir déjà eu de telles pulsions.
Il ferma fort les yeux en réalisant ce que cela pouvait être. La Braise. Progressivement, il sentit son corps se mettre à trembler. Il jouait l'indifférence devant les autres, mais il était terrorisé par la maladie.
Il se redressa d'un coup, sa décision prise. Il n'allait pas laisser Minho s'en sortir comme ça.
Il sortit du dortoir et rattrapa Minho, désormais planté dans la cuisine. Les autres n'y étaient pas. Tant mieux. Ils devaient être ensemble dans le cockpit.
Minho eut l'air surpris de le voir débarquer.
« Tu fais ta grande gueule mais en fait tu vaux rien ! » lui cracha Newt à la figure, hors de lui.
Il en avait marre qu'il se fiche de lui comme ça, il allait mourir, et il voulait profiter du peu du temps qu'il lui restait. Il aimait Minho depuis tellement longtemps, déjà dans le Labyrinthe, quand ils couraient ensemble et que Minho se désintéressait de tout le monde. Il avait cru voir des sentiments dans la façon dont le Runner s'était comporté avec lui, après sa chute. Il n'avait jamais été aussi proche de qui que ce soit, Minho ne parlait à personne, il détestait cette vie en communauté.
Newt était perdu. Il avait peur de mal interpréter les actes de Minho, mais son érection de tout à l'heure était claire, non ? Et cette fois dans le dortoir, quand il lui avait sauté dessus, cela avait beau être un rêve, maintenant qu'il y réfléchissait, c'est son nom à lui, Newt, qu'il avait soufflait dans son cou ! Il avait besoin que Minho soit franc avec lui pour une fois.
Il vit la mâchoire de Minho se contracter, ses yeux s'étrécirent. Newt s'en fichait qu'il n'apprécie pas, chacun son tour.
« Tu sais très bien que c'est différent » répondit finalement le Runner
Newt grinça des dents. Sérieusement ?
« Ah oui ? Et qu'est-ce qu'il y a de si différent hein ? » explosa-t-il. « A quoi ça sert de l'ouvrir quand c'est sans importance pour la fermer quand ça compte ? »
Non mais franchement, il faisait toute une montagne quand Jorge le menaçait, et là il était incapable de montrer ce qu'il ressentait. A moins qu'il ne ressente rien…
Il ferma ses mains en poing afin de limiter leur tremblement, les yeux clos. « Ou bien c'est ça le problème, ça ne compte pas pour toi » dit-il en rouvrant les yeux pour les plonger dans ceux de Minho. « C'est ça ? »
Il le vit écarquiller les yeux, la mâchoire plus contractée encore qu'auparavant.
« T'es parti où là ? » s'indigna Minho, furieux. Une seconde plus tard, il détourna le regard, comme s'il n'osait plus affronter celui de Newt. « Tu sais ce que je ressens » lâcha-t-il faiblement.
Newt secoua la tête : « J'en suis pas si sûr tu vois ». Il tourna les talons, la rage au ventre.
C'était quoi son problème, il avait honte ? Il n'empêche, il avait quand même avoué ses sentiments, là, tout de suite. Newt n'arrivait pas à savoir si c'était une bonne chose ou pas.
Il entendit Minho l'appeler, mais il avait déjà claqué la porte derrière lui. Il ne ferait pas demi-tour.
PS : Si vous n'avez pas remarqué, je suis enfin revenue là où j'avais commencé l'histoire. Je reprends juste quelques scènes, d'un autre point de vue, et en plus ça me permet de vous rafraîchir la mémoire ;) C'est pourquoi ne vous étonnez d'avoir l'impression de déjà vu à propos de cette conversation... :) Merci de me lire, bisous !
