- Garcia ! Est-ce que tu peux l'arrêter ?

Rossi se sentait malade à cette évasion virale de l'intimité de Hotch.

- Non. Je suis désolée, Monsieur. Une fois que c'est là, elle est sur un million de serveurs différents qui se multiplient comme des lapins et … non… Je suis si désolée. Si, si désolée…

- Eh mon petit cœur, tu peux la retracer ?

Morgan pensa que s'ils pouvaient utiliser l'image des parties génitales du chef de l'unité pour localiser la suspecte, il pourrait se convaincre que c'était en fin de compte, une bonne chose que l'entrejambe de Hotch soit pulvérisé à travers la planète.

On entendait la tempête de frappes sur les touches du clavier.

- J'y travaille… j'y travaille… et… tenez-vous bien… j'y suis presque… et… et…

Le timbre de sa voix se modifia, de mesuré à triomphant.

- Je l'ai ! La bibliothèque publique de Dallas, située au 3421 Forest Lane.

Morgan et Prentiss étaient d'humeur maussade. Ils savaient que les chances d'attraper Megan à la bibliothèque étaient minces, voire inexistantes. Mais c'était tout de même mieux que d'être debout sur place, à assister impuissant à la dégradation de Hotch.

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Deux heures plus tard, le duo revint, affichant un air aussi aigre que la sensation qu'éprouvait Rossi dans l'estomac.

- Elle s'est glissée derrière un enfant qui n'a pas utilisé tout son temps alloué aux ordinateurs publics et qui n'avait pas pris la peine de se déconnecter.

Prentiss avait un air dégouté. Tant au niveau de leur suspecte que de la sécurité du système de sécurité de de la bibliothèque.

- Y a-t-il une chance qu'elle soit connue ? Peut-on tirer quelque chose d'utile du système de caméras de sécurité ?

- Non.

Morgan se laissa choir sur une chaise, ses mouvements trahissant la rage et la frustration.

- L'enfant était encore sur place à travailler un travail de recherche. En réalité, tricher sur ce travail. Il essayait de trouver en ligne quelque chose qu'il pouvait copier et proclamer par la suite que c'était sa propre composition.

JJ secoua la tête.

- Décevant. Les librairies sont censées être un centre d'aide à l'apprentissage et non un moyen de l'éviter. Cela a dû lui prendre autant de temps de chercher un moyen de contourner son travail plutôt que de devoir le faire.

- Ouais eh bien. Quoi qu'il en soit…

Rossi se frotta les yeux avec la paume des mains. L'air ambiant était sec et ses yeux le démangeaient.

- Et les caméras ? On a quelque chose ?

- Non. On peut supposer qu'elle s'y est rendue à pied. Elle a dû prendre le transport en commun ou stationner suffisamment loin pour qu'il n'y ait aucune chance de repérer sa plaque d'immatriculation.

Morgan soupira.

- Elle sait ce qu'elle fait.

- Et nous savons déjà à quoi elle ressemble. Alors le film n'a aucune valeur.

Reid leva les yeux vers Rossi.

- Elle sait quand un déguisement est nécessaire ou non, si on se base sur les films à l'hôpital.

L'agent ainé hocha la tête. Il avait passé assez de temps à récurer les images pour avoir vu l'apparence banale de Megan lorsqu'elle traversait les couloirs et le parking. Il avait vu son entrée dans la chambre de Hotch, mais il n'y avait pas de caméras à l'intérieur. Pour des raisons relatives à la confidentialité, la direction avait mis son veto à l'intérieur des chambres, lui appris le personnel de sécurité. Quelque chose que Rossi trouvait ironique à la lumière de la grave violation de la vie privée du chef de l'unité découlant d'une telle attention.

Rossi grimaça une fois de plus à l'image graphique de l'humiliation de Hotch qui avait parcouru la planète avant qu'elle ne soit supprimée… du moins à partir de son téléphone.

- Elle gagne en assurance. Elle va nous glisser entre les mains, soit parce qu'elle est égoïste ou parce qu'elle pense que sa cause est si juste qu'une bonne étoile va la protéger. Mais nous finirons bien par l'attraper.

- Ouais, mais entretemps, elle sème beaucoup de dégâts.

Prentiss soupira.

- Alors nous attendons ?

- Nous attendons.

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Tandis que l'équipe mécontente se dispersait, Morgan s'approcha de Rossi. L'agent principal se leva.

- Je pense que je vais voir si je peux semer un peu de peur dans le bassin juridique de requins. Peut-être que si les avocats l'entendent suffisamment de fois, ils vont finir par croire que la suspecte peut les ramener à d'autres égards, en plus du poison et des balles. Si elle a fait cela pour Hotch, elle pourrait décider de remuer un peu plus le pot en diffusant une partie du linge sale de leurs clients sur Internet. Alors…

Il soupira.

- …je pense que je vais retourner m'asseoir avec Hotch pendant un moment.

- Euh… à ce sujet… peut-on parler une minute ?

Le malaise apparent et la voix basse de Morgan éveilla l'intérêt… et une alarme chez Rossi.

Et maintenant quoi encore ?!

- Bien sûr. Est-ce qu'ici te convient ou tu as besoin d'un endroit plus privé qu'au poste ?

- Marchons.

Surpris par cette suggestion, Rossi suivit Morgan sur la rue. Les deux hommes déambulaient à un rythme lent. En apparence, rien de plus que des collègues engagés dans une pause amicale.

- Quoi de neuf ?

- Rossi, quand cette salope nous tenait, je devais dire des choses. A propos de Hotch. Je voulais l'amener à s'identifier à lui, tu comprends ?

- Mmmmm…

Dave continuait à marcher, se demandant où Morgan voulait en venir.

- Le fait est que… je ne suis pas certain, mais j'ai exposé… une théorie que j'avais à propos de Hotch. D'où il venait. Comment il a grandi.

Rossi cessa de marcher. Il étudiait le trottoir, les sourcils froncés.

- J'ai… euh… j'ai exposé toute cette histoire à propos de la façon dont il avait été abusé étant enfant. Et ça a plutôt marché. Elle a arrêté pendant un certain temps de lui faire mal, ou du moins, l'utiliser. Mais…

Morgan se tut pour reprendre son souffle.

- Mais tu veux savoir si ce que tu soupçonnes est vrai ?

La question avait été posée d'un ton doux. Il y avait tant de tristesse et de résignation derrière ce ton.

- Ce n'est pas vraiment mes affaires, mec. Et je jonglais avec cette histoire pour ce que j'en sais, mais…

Derek avala péniblement sa salive lorsque Rossi releva la tête pour établir un contact visuel. Et le maintenir.

- Mais quoi?

- Mais juste avant qu'elle ne parte, avant qu'elle ne le drogue, elle a dit qu'il pouvait entendre tout ce qui se passait autour de lui. Qu'il pouvait comprendre ce que nous disions. Et si c'est vrai…

Les épaules de Rossi s'affaissèrent sous la défaite.

- Alors Hotch t'a entendu. Et…

- Je ne voulais pas le blesser ou dépasser les bornes. Tu le sais, n'est-ce pas? Je veux dire, il le sait, non ?

- Derek, Hotch comprendrait ce que tu as fait ou dit dans une situation de prise d'otage. Tu essayais de sauver vos vies. Et pour le meilleur ou le pire, cela a fonctionné. Elle est une meurtrière, mais elle n'a tué aucun d'entre vous.

Rossi prit une inspiration.

- Et même si Hotch a compris ou entendu, il ne faut pas sauter pas aux conclusions. Reste concentré sur la capture de la suspecte. Pour ce que nous en savons, ce qu'elle a dit n'était peut-être qu'une autre part de son jeu tordu.

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A plusieurs kilomètres de là, invisible à tous, une larme glissa des paupières closes de Hotch.

Suivie d'une autre.

Non seulement il était au courant, il était extraordinairement conscient. Durement, douloureusement, injustement conscient.

De savoir que ses secrets d'enfance étaient la propriété publique, et la sensation des lèvres suivie par le flash d'une caméra alors qu'il était pleinement exposé, le laissait dans un état pire que d'être nu.

Il se sentait dévalisé.

Une carcasse dans un désert sans valeur ou sans intérêt.

Dévoilé et outragé.

La dernière chose qu'il voulait était de lutter pour revenir sur le chemin du retour.