CHAPITRE 25
La première chose que sentit Kurt fut la main qui serrait étroitement la sienne, et le pouce qui caressait ses phalanges. Son esprit était embrouillé et son épaule le lançait encore quand il essaya d'ouvrir les yeux.
"Je crois qu'il se réveille... Kurt ? Mon gars, tu m'entends ?"
Son père était là, donc. Kurt grogna faiblement pour signifier qu'il avait reçu l'information, et réussit enfin à ouvrir les yeux. Même l'effort de les garder ouverts d'un centimètre était trop dur. Il ne comprenait pas trop pourquoi il était fatigué, ou pourquoi il avait l'impression que quelqu'un avait coulé du ciment dans chaque centimètre cube de son corps, mais une deuxième main plus douce que la première caressa son front en chassant ses cheveux vers l'arrière. Une bouffée de vanille et de cerise lui parvint aux narines. Carole était là, elle aussi.
"Ouvre les yeux pour nous, Kurt."
Cette voix-là ne lui était pas du tout familière. C'était une voix de femme, mais trop aigue et trop piquante pour être celle de Carole. Carole répéta les mots que la femme venait de prononcer, et la curiosité le poussa à obéir. Après quelques moments à batailler, il cligna lentement des yeux et jeta un coup d'œil autour de lui. Sa vision périphérique était floue, mais après quelques autres battements de cils les choses commencèrent à se préciser, et avec la clarté vinrent des pointes d'une douleur plus aiguisée encore qui le pinçait sous la peau au niveau de sa clavicule.
"Ouch, gémit-il faiblement.
- Salut, dit doucement Burt." Et Kurt leva les yeux pour voir le visage soulagé de son père apparaître dans son champ de vision.
"Papa, croassa-t-il. Quesqu'il s'pass ?
- Le Dr Burke est là pour bander ton épaule et vérifier que tout est en place, expliqua Burt en l'aidant à s'asseoir."
A ces mots, Kurt baissa les yeux et la vue de son bras dans une attelle – et des bleus sur sa clavicule – fit resurgir tous ses souvenirs d'un coup. L'onde de peur qui lui avait heurté la poitrine, la course frénétique jusqu'à sa voiture, le fracassement du verre contre les os, puis le bruit aigu et perçant de la batte en aluminium contre le corps de Blaine. Le visage ensanglanté de son petit-ami lui revint brusquement à l'esprit et soudain, il était parfaitement réveillé et terrifié.
"Où est Blaine ? demanda-t-il en pivotant pour sortir ses jambes du lit." Mais elles heurtèrent son père dans la poitrine et furent renvoyées dans leur position initiale.
"Détends-toi, Kurt, il va s'en sortir, se précipita Burt pour le rassurer. Il est en train de se reposer.
- Mais où...
- Il est juste là, lui dit Burt en pointant le doigt au-dessus de la poitrine de Kurt pour désigner le côté opposé de la chambre." Kurt suivit le bras de son père et vit un second lit d'hôpital à quelques mètres du sien. Son cœur se serra dans sa poitrine à la vue des boucles noires de Blaine et des bandages serrés autour de sa tête, son oreille et son œil. Le reste était couvert par la chemise d'hôpital et des couvertures, mais le fait de le voir et d'entendre le bip régulier de son moniteur l'apaisa. Blaine était là avec lui, et il vivait, respirait et l'aimait encore. Il allait se rétablir. Cela ne pouvait pas se passer autrement.
"Nous t'autoriserons à te lever et t'asseoir avec lui une fois que tu auras laissé le Dr Burke examiner ton épaule, d'accord mon grand ?" Burt écarta les cheveux qui lui tombaient devant les yeux et déposa un baiser sur son front. Kurt s'étouffa un petit peu à ce geste. Cela fait des années que son père n'avait pas fait ça. Pas qu'ils étaient moins proches à présent, mais c'était quelque chose qu'il avait arrêté de faire quand Kurt était entré au collège et avait commencé à se débrouiller tout seul.
Kurt hocha la tête, les yeux toujours rivés sur Blaine à travers la pièce pendant que la deuxième femme, Dr Burke, se présenta et demanda à voir son épaule. L'absence de réponse poussa son père à lui heurter doucement la joue, et il fut forcé de détourner son regard de Blaine pour se concentrer sur les questions du médecin.
"D'abord, nous devons nous assurer qu'aucun de tes nerfs n'a été atteint par la fracture de l'os. Je vais appuyer à différents endroits et j'ai besoin que tu me dises si tu le sens, d'accord Kurt ?"
Kurt acquiesça faiblement et baissa les yeux vers la droite pour l'observer appuyer doucement le doigt contre sa peau. Elle était très minutieuse, demandant à son père de l'aider à l'asseoir pour pouvoir presser des points à l'arrière de son épaule. Il fut soulagé de voir qu'il sentait à chaque fois, jusqu'à ce qu'elle revienne sur sa clavicule et passe un doigt sur le cal qui s'était formé sur la fracture.
Un sifflement strident s'échappa d'entre ses dents.
"Désolée, s'excusa-t-elle. Tu as un vaisseau sanguin rompu sous l'os. Ils t'ont frappé par au-dessus, sur l'épaule ? demanda-t-elle en s'approchant pour examiner la zone."
Kurt se tortilla un peu sous son regard, et murmura "Ouais, avec une batte."
Dr Burke poussa un soupir paisible et se déplaça jusqu'à la table, à côté du lit. Elle récupéra une grande enveloppe que Kurt n'avait pas remarquée jusqu'alors et l'ouvrit, puis elle brandit les radios devant la lumière afin qu'il puisse les voir. "C'est une fracture propre, heureusement, bien que cette extrémité de l'os..." Elle montra du doigt la partie osseuse vers son épaule. "... soit légèrement déplacée. La meilleure option, ajouta-t-elle en se tournant pour s'adresser à tous, c'est de faire une petite chirurgie en ambulatoire. Rien d'extravagant. Nous pourrions même la faire ce soir une fois que le Dr Fuller sera rentré. C'est le meilleur pour ce genre d'interventions.
- Chi... chirurgie ? répéta Kurt avec terreur. Mais ce n'est qu'une fracture...
- C'est un procédé très simple, Kurt, coupa gentiment Carole. J'y ai assisté des centaines de fois. Le plus tôt ils le font, le plus tôt tu pourras te rétablir correctement.
- Ca va bien se passer, mon grand, ajouta Burt. J'ai eu la même chose du temps où je jouais au foot. C'est la raison pour laquelle je n'ai jamais joué plus haut que les ligues lycéennes."
Kurt renifla ouvertement puis déglutit bruyamment, avant de hocher la tête. "D'accord, qu'est-ce que vous comptez faire, exactement ?"
Pendant les dix minutes suivantes, le Dr Burke expliqua la procédure et les étapes de l'intervention, ainsi que la rééducation dont il aurait besoin par la suite. La seule chose avec laquelle Kurt n'était pas d'accord, c'était de laisser les plaques et les vis à l'intérieur une fois qu'il serait guéri. Il comprenait la nécessité de maintenir son os en place pour cicatriser correctement, mais il n'avait pas envie de déclencher les détecteurs de métaux pour le restant de ses jours. Dr Burke accepta sa décision et lui dit qu'ils devraient quand même les laisser pendant plusieurs mois après que tout soit guéri, afin que son épaule puisse retrouver sa mobilité et sa force.
L'un dans l'autre, Kurt se disait qu'il ne s'en tirait pas trop mal. Six à huit semaines dans une attelle avec l'épaule serrée dans des bandages, plus ou moins un mois de rééducation selon comment il se débrouillerait, et ensuite une deuxième chirurgie pour retirer le matériel une fois qu'il serait guéri. Il aurait une petite cicatrice sous la fracture, rien de plus. Mais d'après ce que son père et Carole lui avaient expliqué après que le Dr Burke les ait quittés pour mettre en route le dossier, le corps de Blaine conserverait beaucoup plus de marques de leur péripétie, et ce pour le restant de ses jours. Il y avait certain détails de son état sur lesquels le Dr Burke n'était même pas certaine pour le moment, surtout son œil et un potentiel traumatisme crânien. Pendant qu'ils l'aidaient à se hisser hors de son lit pour rejoindre Blaine, Carole et Burt l'avertirent sur l'apparence du garçon.
Mais ce qu'ils lui dirent ne suffit pas à préparer Kurt. Sa vision se brouilla quand il put enfin jeter un vrai coup d'œil sur le visage gonflé et violacé de Blaine. D'une certaine manière, le résultat de l'attaque était encore plus effrayant que les bribes qui lui revenaient en mémoire. L'image du visage ensanglanté de Blaine pressé contre sa vitre, son souffle tremblant qui embuait la vitre pendant que la batte sifflait dans les airs...
"Ola ! s'écria Burt alarmé, alors qu'il oscillait un petit peu et commençait à se sentir mal." Kurt sentit son père l'aider à atteindre la chaise à côté d'eux, mais il ne parvenait pas à comprendre la moitié des mots qu'on lui murmurait pour l'apaiser. Il aurait du en faire plus pour aider Blaine, pour sortir de la voiture et pour l'empêcher de retourner chercher les clefs. Il aurait du faire attendre Blaine au lycée, et ils seraient rentrés à la maison ensemble au lieu d'aller dans ce misérable appartement. N'importe quoi qui aurait pu retourner la situation et les protéger tous les deux jusqu'à ce que les policiers arrivent.
Carole et son père s'appuyèrent contre sa chaise et le serrèrent étroitement dans leurs bras jusqu'à ce que ses sanglots se calment. Une fois qu'il fut assez apaisé, ils lui expliquèrent lentement chacune des blessures de Blaine et lui dirent qu'il ne se réveillerait sans doute pas avant tard le lendemain. Mais plus ils en disaient, plus la terreur s'alourdissait dans l'estomac de Kurt. Si les médecins découvraient quelque chose de sérieux une fois que Blaine se réveillerait, Kurt ne savait pas comment il réagirait. Il se sentait vide en les écoutant. Physiquement, Blaine finirait par aller mieux, mais et si quelque chose dans son cerveau était endommagé ? Et s'il avait tout oublié de leur histoire ? Ou pire, et s'il s'en rappelait et qu'il se fermait complètement à Kurt une nouvelle fois ? Qu'il coupait Kurt et sa famille de sa vie, parce qu'être heureux et s'ouvrir aux autres pour la première fois avait fini par lui causer une douleur terrible.
Kurt renifla un peu et Carole l'embrassa sur la joue. Elle tira une autre chaise vers eux pour pouvoir s'assoir avec lui, et Burt fit de même. Il tendit la main pour saisir celle de Blaine avec une légère impression de déjà vu qui remontait à quelques mois à peine, avec son père. Comme avec Burt, la main resta immobile et molle dans son étreinte, mais il la serra encore plus fort. Blaine était toujours tiède contre ses doigts, son pouls battait toujours le long de son poignet.
"Je me rappelle de la dernière fois où je l'ai vu à l'hôpital, dit Carole à côté de lui en attrapant leurs mains liées.
- Qu... quoi ? bégaya Kurt en s'étouffant un petit peu dans les larmes qui lui mouillaient de nouveau les yeux." Mon dieu, il devait vraiment avoir l'air d'une épave.
Carole se tourna vers lui et lui offrit un sourire larmoyant. Il y avait ce quelque chose dans ses yeux, différent de tout ce qu'il avait l'habitude de voir quand quelqu'un regardait Blaine. Il ne savait pas trop comment qualifier ça. Il y avait une énorme touche d'instinct maternel, c'était presque le même regard qu'elle accordait à Finn quand il faisait quelque chose qui lui rappelait son enfance, mais ce n'était pas tout. Comme si elle était en train de regarder à travers l'apparence de Blaine pour voir le petit garçon en lui – le garçon qu'il aurait pu devenir si les choses s'étaient passées différemment, mais qui était tout de même là, en train de se dévoiler un peu plus chaque jour.
"Avant que nous déménagions à Lima, Finn et moi vivions près de Westerville. Je travaillais à l'hôpital du coin, commença Carole. J'étais là le jour où ils ont amené sa mère. Il était là, perdu dans les couloirs, en train de chercher son père." Carole marqua une pause pour s'essuyer les yeux et s'accorda un petit rire pétillant. "Je n'arrive pas à croire que je n'ai pas fait le rapprochement quand j'ai vu cette photo de lui avec sa mère, mais c'était il y a longtemps et je ne lui ai parlé que pendant une quinzaine de minutes. Il y a toujours des enfants qui errent dans les hôpitaux, mais je me souviens de lui. C'était le petit garçon le plus adorable..."
Kurt la regarda droit dans les yeux avec étonnement. Il trouvait ça presque impossible à croire, mais Carole ne mentirait pas sur un sujet pareil. Elle ne lui mentirait pas sur quoi que ce soit. Il jeta un coup d'œil à la forme inconsciente de Blaine, se demandant s'il se souvenait de ce détail de cette journée. Après ce qu'il lui avait raconté, il ne pensait pas que la mémoire d'un garçon de six ans ait assez de place pour autre chose que la tragédie qui l'attendait chez lui cet après-midi là.
"Tu..."
La porte de la chambre s'ouvrit derrière eux. Jim Ferguson et le second policier entèrent dans la pièce.
"Salut Kurt, salua Jim en fermant la porte. Comment va ton épaule ?"
Toujours troublé par ce que Carole venait de lui révéler, Kurt le regarda d'un air vide. Et il n'avait pas entendu un seul mot de ce que l'autre homme venait de dire.
Heureusement, Burt fournit les réponses à sa place. "Il va avoir besoin d'une chirurgie pour remettre son os en place, mais rien de grave.
- Tant mieux, répondit Jim." Il se mordit la lèvre et Kurt comprit d'un coup pourquoi ils étaient là. Ils voulaient sa déposition sur tout ce qu'il s'était passé – ils voulaient qu'il revive ce qui était à présent l'un des pires moments de sa vie. "Kurt, nous espérions pouvoir parler avec toi de ce qu'il s'est passé ? Tant que c'est encore récent ? Nous pourrons revenir demain matin si tu veux.
- N... non, bégaya Kurt avec nervosité." Il prit une profonde inspiration. Bien qu'il n'ait pas du tout envie d'y penser ou de revivre ce moment, il savait aussi que le plus vite ce serait fait, le plus vite ces hommes seraient condamnés et éloignés d'eux. "Je vais tout vous raconter maintenant.
- D'accord, répondit Jim pendant que le second officier sortait un calepin et un stylo de sa poche et s'asseyait sur le bord de son lit vide. "D'abord, je veux que tu me dises tout ce qu'il s'est passé depuis le moment où... disons... quand Blaine et toi avez quitté le lycée ?
- D'accord, accepta Kurt."
Carole serra sa main valide et lui adressa un signe de tête encourageant, et il prit une profonde inspiration pour préparer ses nerfs à ce qu'il allait dire.
La première partie fut relativement facile, Kurt expliqua comment Blaine était parti le premier parce que lui avait encore un contrôle de Français à passer. Il omit les détails de ce qu'ils avaient fait exactement chez Blaine, laissant entendre qu'ils s'étaient endormis en faisant leurs devoirs sur le lit, et qu'ils s'étaient réveillés tard à cause de la batterie vide de son portable. Il espérait que personne ne remettrait en question le fait qu'ils se soient juste endormis, parce que son rougissement le trahirait sans doute et que Burt était présent dans la pièce. Mais une fois qu'il en vint à la conversation qu'ils avaient eu avant de partir, puis le déménagement des affaires de Blaine, il commença à trembler – il pouvait presque se sentir tiré de nouveau dans ce parking triste et délabré, quand il s'était senti plus heureux que jamais. Parce que Blaine avait choisi de rentrer à la maison avec lui, choisi d'en faire sa maison à lui aussi, leur maison. A côté de lui, son père se tendit et grinça des dents quand il bégaya en racontant l'attaque, quand il expliqua comment ils étaient sortis de nulle part et qu'il avait laissé tomber ses clefs, et que Blaine était retourné les chercher. Il réussit à peine à parler pour raconter le reste de l'agression. Il se sentait engourdi, comme s'il allait exploser de douleur et de rage.
Quand il se tourna vers Carole et son père, Carole pleurait et Burt était rouge, plus furieux et terrifiant que Kurt ne l'avait jamais vu.
"Est-ce qu'il y avait quelqu'un avec Blaine entre le moment où il a quitté l'école et celui où il est arrivé dans sa chambre ? demanda le second policier."
Surpris, Kurt se tourna de nouveau vers eux. "Non, je... je ne crois pas, dit-il d'un ton incertain. Pourquoi ?"
Jim sembla un peu inquiet de sa réponse, et poussa un profond soupir. "Cela signifie que ce que Blaine a fait pendant ce laps de temps ne tient qu'à sa parole, et qu'on pourrait facilement l'accuser de les avoir provoqués ou affrontés pour une raison ou une autre, pendant que personne n'était là pour le voir.
- Jamais Blaine n'aurait fait un truc pareil, grogna Burt, sur la défensive. Après toutes les fois où ils s'en sont pris à lui...
- Toutes les fois ? coupa brutalement le second policier. S'il y a des précédents et que l'un d'entre vous en a été témoin, cela pourrait aider dans le dossier."
Kurt s'essuya les yeux et essaya de se ressaisir pendant que Carole et Burt racontèrent les fois où ils avaient vu Blaine se faire agresser. Une fois qu'ils eurent terminé, Kurt y ajouta les fois où il avait été présent également et raconta même que le jour où il avait été abandonné là, Blaine s'était fait battre violemment. Il parla aussi des incalculables nuits blanches que Blaine avait passées à cause de leurs cris et de leurs tentatives d'intrusion dans sa chambre.
"C'est..." Jim s'éclaircit la gorge et jeta un coup d'œil sur le calepin de son collègue par-dessus son épaule. "Ça fait beaucoup. Ça devrait nous aider.
- Je crois que nous avons tout ce qu'il nous faut pour ce soir, décida le second officier. Si nous avons d'autres questions, nous vous contacterons."
Jim approuva d'un signe de tête et se leva, puis sortit ses menottes avec un air de regret. Kurt regarda le métal miroiter avec confusion, et un frisson de peur lui parcourut la peau. Il ne voyait aucune justification à ce geste. Ils n'avaient rien fait de mal, mais Jim se dirigeait déjà vers le lit de Blaine.
"Pour quoi faire ? demanda Kurt." Sa voix avait déraillé d'une octave et résonna plus aigue que d'habitude. "Qu'est ce que vous faites ?
- Kurt, dit Carole d'une voix apaisante." Et la panique dans sa poitrine ne fit qu'augmenter. Tout cela n'avait aucun sens. "C'est à cause de son bracelet électronique, mon chéri. L'amener ici l'a fait sortir de son périmètre. Avant qu'ils ne soient complètement sûrs qu'il n'a pas provoqué la bagarre, ils doivent s'assurer qu'il reste... ici.
- Mais ce n'était pas sa faute ! cria Kurt. Il n'a jamais... n'aurait jamais... il serait mort s'ils ne l'avaient pas amené ici !
- Ils le savent, lui assura Burt." Il semblait aussi furieux que Kurt en regardant Jim fermer une menotte sur le lit puis l'autre autour du poignet de Blaine. "Ça fait partie de leur protocole, jusqu'à ce que leur enquête soit terminée.
- Mais il n'est même pas... même pas conscient, se défendit Kurt en sentant son cœur tomber dans sa poitrine. Il ne peut aller nulle part, de toute manière."
Carole le tira dans ses bras et le serra fort pendant que le second policier les quittait pour appeler le commissariat, mais Jim resta.
"Je déteste devoir faire ça, dit-il avec résignation en restant debout à côté du lit de Blaine et en regardant sa forme inconsciente. Après tout ce que j'ai lu dans son dossier, je veux juste que tout ça se passe bien. Il a vraiment trouvé quelque chose de génial avec vous, j'en suis sûr. Mais en nous assurant qu'il reste là..." Jim contourna le lit de Kurt et se laissa tomber sur le bord pour lui faire face. "Je ne vais pas vous mentir. Sachant que l'un des hommes est mort, ça ne sent pas très bon. C'est arrivé dans une autre confrontation avec deux officiers de police, et ils ont été obligés de lui tirer dessus à bout portant, mais si ça se finit en procès... la plupart des juges n'aiment pas trop les adolescents avec un casier judiciaire, d'autant plus si c'est un cas de passage à tabac homophobe. Pas dans cette partie de l'Ohio. Les dépositions de ses voisins ne comptent pas beaucoup, et la majorité d'entre eux n'ont même pas jeté un coup d'œil dehors pour voir ce qu'il se passait. La femme du bout est la seule dont on peut tirer quelque chose, et si son grand-père revient alors je ne sais pas ce qu'il va se passer.
- Son grand-père est venu ? répéta Kurt en sentant la colère se réveiller dans son ventre." Qu'importe ce que Cameron Anderson était venu faire ici, ce n'était sans aucun doute pas pour les aider. Tout contact avec Blaine finirait mal. Il n'avait pas aidé Blaine à éviter d'être envoyé en maison de redressement, et Kurt ne le voyait pas l'aider plus maintenant.
"Il est toujours la personne à contacter en cas de problème, pour Blaine. Il n'a pas fait long feu après que je lui sois tombé dessus, gronda Burt à côté de lui. Tu as regardé pour porter plainte contre lui ?
- Nous avons parlé avec l'homme que nous avons attrapé, répondit Jim. Nous allons devoir demander à Blaine de confirmer ce qui a été dit. Il nous a donné les mots exacts de son grand-père, et l'a même identifié sur une photo avant de nous demander pourquoi nous voulions savoir tout ça. Ça ne sera pas assez si on considère le nombre de juges qu'il a dans la poche, mais si vous, euh... laissez planer ça au dessus de sa tête, et peut-être qu'il vous cédera la responsabilité légale de Blaine ? Ou qu'il aidera dans les procédures judiciaires qui vont suivre ? Ça semblera suspect s'il ne fait rien, étant donné qu'il est renommé en tant qu'avocat.
- C'est ce que je pensais, acquiesça Carole." Et Kurt fut tellement surpris qu'il se contenta de les dévisager, elle et son père. "J'y réfléchis depuis un bout de temps, et j'ai même fait quelques recherches. Même sans le consentement de son grand-père, Blaine a dix-sept ans et est légalement autorisé à décider où il habite, tant qu'il est avec un adulte responsable.
- C'est vrai ? réussit à dire Kurt." Il n'était pas au courant, il avait pensé que Carole et son père essaieraient de garder l'emménagement de Blaine chez eux le plus secret possible jusqu'à ce qu'il ait dix-huit ans en octobre. L'idée que Blaine était en fait autorisé à vivre chez eux sans problème légal était dans un sens un soulagement. Mais l'idée que Cameron Anderson fasse une apparition surprise, sans doute pour montrer qu'il en avait quelque chose à faire et pour qu'on le laisse tranquille par la suite, le contrariait et lui donnait envie d'empaqueter Blaine et de l'emmener dans sa chambre, chez lui. A l'abri de la loi, à l'abri de l'opinion des autres, et à l'abri du contrôle et du caractère impitoyable de son grand-père.
Quelqu'un poussa la porte et le Dr Burke entra avec un autre médecin, un homme grand aux cheveux sombres et aux lunettes fines.
"Kurt, voici le Dr Fuller. Il va t'opérer ce soir, expliqua le Dr Bruke sans préambule."
Kurt serra maladroitement la main de l'homme avec sa main gauche. Il se sentait soudain étourdi et épuisé, bien qu'il soit réveillé depuis moins de deux heures. Jim leur dit au revoir et le Dr Fuller lui expliqua une nouvelle fois la procédure.
Dix minutes plus tard, Burt aidait Kurt à enfiler une chemise d'hôpital, et ses yeux jaillirent de ses orbites quand il vit la ligne de suçons le long de son os iliaque, qui avait jusqu'alors été recouverte par son jean. Heureusement, il fut autorisé à garder son boxer, ce qui était moins humiliant qu'il ne l'avait pensé. Le Dr Fuller revint avec une infirmière qui l'aida à monter sur un lit à roulette. Carole l'embrassa une nouvelle fois sur la joue en le rassurant sur le fait que la chirurgie était bénigne. Kurt hocha nerveusement la tête quand on le fit rouler hors de la chambre jusqu'à l'ascenseur, puis dans le service de chirurgie au cinquième étage. Pendant un court instant, il se demanda si c'était le même que celui où avait été opéré Blaine, mais qu'il avait été nettoyé du sang et du fouillis qu'il avait sûrement laissé derrière lui à cause de ses blessures. L'anesthésiste arriva avec son anesthésie, et il sentit la piqure aigue de l'aiguille en même temps qu'on lui mettait un masque à oxygène sur la bouche. Ses paupières s'alourdirent presque immédiatement. Tout en se laissant glisser, il se demanda si Blaine était toujours inconscient, perdu dans un cauchemar issu de son horrible passé, ou s'il ne rêvait pas du tout. Peut-être Blaine n'était-il plus capable de rêver du tout après cette soirée...
Quand il se réveilla pour la seconde fois ce soir là, Kurt se retrouva en train de regarder le même plafond carrelé dans une pièce presque sombre. Il était tard, il le comprit quand il jeta un coup d'œil circulaire et qu'il vit son père endormi sur la chaise près de son lit. Son épaule était étroitement bandée et palpita douloureusement quand il défit ses couvertures et se tourna de manière à voir distinctement le contour du profil de Blaine, dans le lit à l'autre bout de la chambre.
Cette vision était à la fois réconfortante et douloureuse. Blaine n'avait pas bougé depuis qu'il était parti, ce qui était à la fois une bonne et une mauvaise chose, de bien des manières. Après le nombre de fois où il avait confronté ces hommes, une part de lui avait presque commencé à croire que Blaine était invincible. Que même si son état émotionnel s'était brisé et était percé de toutes parts, sa force physique et sa résistance, ainsi que sa capacité à toujours s'en sortir ne seraient jamais remises en question.
Les larmes se formèrent rapidement dans ses yeux quand ils se posèrent de nouveau sur le plafond. Tout était tellement incertain, à présent. La peur de perdre Blaine de l'une des multiples manières envisageables lui donnait envie de vomir. Si son grand-père ne gâchait pas tout, alors son bracelet électronique le ferait. S'il arrivait à se débarrasser de ce truc, il pourrait toujours facilement être accusé d'avoir provoqué l'attaque ou d'un nombre incalculable d'autres choses, à en juger par le casier judiciaire qu'il avait à seulement dix-sept ans.
Quelqu'un poussa la porte doucement et en silence, mais la lumière du hall qui pénétra à l'intérieur attira son regard. Carole et Finn se faufilèrent à l'intérieur sur la pointe des pieds. Finn faillit se précipiter sur le lit pour lui donner une bourrade affective, mais Carole l'avertit brutalement et il se figea. A la place, il eut droit à une embrassade délicate, c'est-à-dire que Finn fit un cercle géant avec ses bras et pressa doucement les doigts dans les biceps de Kurt. En dépit de son humeur triste, Kurt ne put s'empêcher de sourire devant ce geste.
Le reste de la nuit consista à écouter Finn geindre à son chevet pendant qu'il oscillait entre conscience et inconscience. Son cerveau était encore embrumé et bizarre à cause de l'anesthésie, et en plus de ça il était épuisé à cause de l'attaque et du souci qu'il se faisait pour Blaine. Il dut perdre complètement connaissance à un moment, car quand il se réveilla de nouveau le sol de la pièce l'éblouit et un rayon de soleil tiède lui chauffait le visage.
Kurt fut contraint de se protéger les yeux avec la main pour pouvoir voir ce qu'il se passait dans la pièce. Son père avait disparu, et Finn était endormi sur un petit lit de camp dans le coin opposé, vers le lit de Blaine. Un sursaut d'espoir le fit frissonner quand il posa les yeux sur Blaine, mais le garçon n'avait pas bougé du tout – était toujours exactement dans la même position que la veille. Pendant un moment, Kurt écouta le rythme de son cœur grâce au moniteur et essaya de se réconforter avec ça. Si quelque chose de grave était arrivé pendant la nuit, il aurait surement été réveillé par les médecins qui se seraient précipités dans la pièce.
Il bailla bruyamment et son cœur plongea une nouvelle fois. Kurt n'avait aucune idée de l'heure qu'il était, mais à en juger par la force du soleil, il devait être midi passé. Son esprit était plus clair qu'il ne l'avait été depuis la veille, mais il se sentait horriblement mal à cause de sa terreur de ce qui allait se passer une fois que Blaine se réveillerait.
Burt et Carole arrivèrent quelques secondes plus tard par la porte ouverte, portant chacun deux plateaux de nourriture. L'estomac de Kurt gronda douloureusement quand l'odeur des œufs brouillés lui heurta les narines.
"Attention, prévint Burt. On dirait Finn et Blaine. Je ne suis pas sûr de pouvoir m'occuper de trois garçons qui mangent comme quinze.
- Je ne mange pas comme eux, répondit Kurt avec humeur en zieutant le plateau de nourriture sur la table que Burt approchait de lui." Carole l'aida à s'asseoir. Burt s'éloigna pour réveiller Finn et récupéra son plateau avant de s'installer dans un fauteuil à côté de celui de Carole. "Toujours pas de changement ?"
Carole et Burt le regardèrent d'un air désolé en jetant un coup d'œil du côté de Blaine, puis Carole prit la parole.
"Non, ils ont arrêté les somnifères il y a environ quatre heures, expliqua-t-elle. Il n'y a toujours pas de signe de gonflement du cerveau ou quoi que ce soit d'alarmant. Avec un peu de chance, il va se réveiller dans les prochaines heures."
Kurt hocha la tête, les yeux toujours rivés sur Blaine quand il commença à manger. Finn prit le silence qui s'ensuivit comme une opportunité de raconter son match de la veille. Bien qu'il soit reconnaissant d'avoir une distraction, Kurt l'écouta à peine. Il était seulement content que l'attention ne soit pas focalisée sur lui. Carole et Burt écoutaient en souriant Finn qui leur racontait le match séquence par séquence, et Kurt passa la plus grande partie de son repas à surveiller le moindre mouvement chez Blaine. Le battement d'une paupière, la saccade d'un doigt. Quelque chose qui détente le nœud douloureux dans sa poitrine et lui dise que le garçon qu'il aimait était toujours là pour se battre pour eux.
La fin de leur repas arriva. Dr Burke vint l'examiner une dernière fois et signa le formulaire de sortie, puis demanda à Burt de signer le reste comme le voulait la procédure habituelle. Kurt était en train de remettre ses vêtements avec l'aide de Finn pour sa chemise, tout en refusant catégoriquement de partir bien que Carole et Burt insistent pour qu'il aille faire un petit tour, ne serait-ce que pour s'étirer les jambes, quand ses oreilles perçurent un faible grognement à l'autre bout de la pièce.
Sa tête se tourna brusquement, l'espoir refluant dans ses veines alors qu'il trébuchait pour rejoindre Blaine. Surpris, les autres l'observèrent jusqu'à ce que le garçon émette un autre gémissement, un bruit douloureux qui venait du fond de sa gorge. Carole sauta sur ses pieds et sortit précipitamment de la pièce. Kurt en déduisit qu'elle allait chercher le Dr Burke. Il n'arrivait pas à se concentrer sur ses propres mouvements assez longtemps pour saisir la main de Blaine là où elle était posée, sur les couvertures. Un autre son lamentable s'échappa des lèvres entrouvertes de Blaine et Kurt essaya de lutter contre les émotions qui affluaient dans sa poitrine.
C'était le moment que Kurt avait tant attendu et redouté. Tout pouvait changer, maintenant. Son univers pouvait se retourner et s'écraser, ou tout pouvait émerger de la tempête dans laquelle ils avaient été plongés. Burt était maintenant de l'autre côté du lit avec Finn, et tous deux regardaient nerveusement Blaine quand la porte s'ouvrit d'un coup derrière eux pour laisser entrer Carole et le Dr Burke.
Dr Burke se plaça rapidement devant Burt et Finn et vérifia quelques paramètres sur les machines. "Blaine, tu m'entends ? Si tu peux nous entendre, serre la main de Kurt ou cligne de l'œil, d'accord ?"
Un autre grognement, plus fort cette fois-ci et un sifflement cassant accueillirent ses mots. Kurt serra plus encore la main de Blaine et s'assit sur le bord du lit. "Blaine, c'est moi, Kurt. Serre ma main."
Lentement, les doigts pris dans sa poigne se serrèrent autour de sa main, bien que l'étreinte soit si faible que Kurt pouvait à peine la sentir.
"Ok, Blaine, c'est super, l'encouragea le Dr Burke. Il faut que tu ouvres l'œil et que tu essayes de parler, si tu y arrives, d'accord ?"
Blaine gémit faiblement et Kurt prit ça pour un accord. Son cœur battait sauvagement dans sa poitrine pendant qu'il regardait l'œil de Blaine bouger sous sa paupière. Quand les cils de Blaine s'écartèrent pour laisser apparaître son iris vert-noisette, Kurt ne parvint plus à retenir ses larmes. L'œil de Blaine était encore brumeux, le garçon semblait léthargique et faible, mais il répondait. Il pouvait les entendre et les comprendre.
"Fantastique, dit joyeusement le Dr Burke. Je vais examiner ton œil, d'accord ?"
Après avoir éclairé l'œil de Blaine quelques secondes et déclenché quelques gémissements, le Dr Burke recula et examina différentes parties de son visage.
L'œil de Blaine se fermait sans cesse, bien qu'il clignait souvent pour essayer de rester éveillé. Kurt essuya ses propres yeux et se pencha pour déposer un baiser sur sa joue intacte, puis il lui murmura à l'oreille. "Tu es en sécurité, maintenant, bébé.
- K...k...k..." La voix de Blaine était tellement faible et tremblante qu'il se figea, inspira brusquement et fronça les sourcils. Kurt savait combien c'était difficile pour lui, ne serait-ce que de bouger la mâchoire étant donné le gonflement de son visage. Le fait qu'il soit probablement encore engourdi n'aidait pas non plus.
"Petites inspirations, lui dit le Dr Burke en posant légèrement la paume sur le haut de son torse. N'inspire pas plus que ça."
Kurt observa nerveusement pendant que Blaine suivait ses conseils, fermant de nouveau son œil. Il regarda les lèvres sèches et craquelées de Blaine travailler furieusement alors qu'il essayait de nouveau de parler. C'était ce genre de problème qu'il avait redouté, ou peut-être que les médicaments le rendaient trop somnolent pour qu'il puisse parler correctement.
"K...k...Kur...Kurt, bégaya faiblement Blaine en serrant un peu plus la main de Kurt.
- Oui, s'étouffa Kurt en soulevant la main de Blaine vers sa bouche et en posant sa joue tout contre. Je suis là. Il faut que tu restes éveillé pour le moment, s'il te plait."
Dr Burke adressa un signe de tête encourageant à Kurt, voyant bien qu'il obtenait un meilleur résultat.
"Dis-lui de rouvrir son œil."
Kurt acquiesça et répéta ses instructions. Après quelques secondes, Blaine fit ce qu'il avait demandé. Son regard semblait toujours voilé, mais cette fois son œil se balada un peu autour en assimilant la pièce et leurs visages. Kurt n'était pas certain que Blaine puisse se concentrer sur eux, tellement il semblait perdu.
"Est-ce que tu sais qui est l'homme à côté de moi ? demanda le Dr Burke à Blaine, qui louchait vers eux, à présent." Kurt retint sa respiration en attendant la réponse de Blaine. Il ne voulait pas penser à ce que cela signifierait s'il se reconnaissait lui-même, ou la voix de Kurt, mais qu'il n'arrivait pas à reconnaître Burt ou Carole. Quelque chose pouvait complètement clocher dans sa vision.
"B... Burt, murmura Blaine." Son œil se ferma de nouveau.
- Hé, hé, reste avec nous, gamin, dit Burt. Nous avons attendu pendant des heures que tu te réveilles. Fais-nous une petite démonstration, ok ?"
L'œil de Blaine s'ouvrit lentement de nouveau, et le Dr Burke réussit à lui faire reconnaître Finn et Carole, avant qu'il tourne son regard vers la droite. Kurt surprit l'œil de Blaine rivé sur lui. Il pouvait voir combien Blaine était en train de lutter pour se concentrer et rester éveillé, mais il voyait une détermination familière qu'il fut soulagé de reconnaître.
"K...Kur... K-Kurt... ça…ça… v…va ? demanda Blaine d'une voix tremblante, et sa préoccupation fit jaillir le cœur de Kurt hors de sa poitrine." Tout l'amour inébranlable de Blaine miroitait dans cet œil vert-noisette, tout le bonheur et les souvenirs du petit monde qu'ils avaient réussi à se créer.
"Je vais bien, Blaine, répondit sérieusement Kurt. Ils n'ont pas réussi à m'avoir." Il lança un regard au Dr Burke qui hocha la tête pour faire comprendre qu'elle en avait fini pour le moment, et pressa ses lèvres contre les phalanges de Blaine. "Rendors-toi, maintenant. Je serai là quand tu te réveilleras."
Blaine grogna pour signifier qu'il avait compris, et son œil se ferma pendant qu'il réussissait à murmurer "T...t'aime...
- Je t'aime aussi, bébé, répondit Kurt, incapable de retenir plus longtemps ses larmes." Blaine replongea dans le sommeil.
Dr Burke soupira, bien que soulagée et satisfaite. "C'est vraiment un bon signe. Il peut entendre, et a pu tous vous reconnaître en un coup d'œil. Sa manière de parler doit être due au gonflement ou l'étourdissement et les médicaments. Quand il se réveillera de nouveau nous en saurons plus, mais c'est un bon signe que son cerveau fonctionne correctement. Il a beaucoup de chance. Maintenant il ne reste plus que l'œil, en ce qui me concerne." Elle se leva et récupéra le tableau de constantes de Blaine dans la pochette plastique sur la porte. "S'il se réveille faites-moi appeler. Nous essayerons d'en obtenir un peu plus de lui si possible. Maintenez-le réveillé plus longtemps, essayez peut-être de le faire boire et manger un peu."
Carole la remercia une fois de plus et elle partit ajouter quelques notes au dossier de Blaine, mais Kurt resta là où il était, à serrer étroitement la main de Blaine. Le fait qu'ils soient presque sûrs que Blaine n'ait pas de dommage cérébral était un soulagement. Mais il restait toujours dans son esprit cette peur latente qu'une fois que le garçon serait plus conscient et que ses idées seraient de nouveau en ordre, il le lâche et le repousse à cause de tout ce qu'il s'était passé.
A côté de lui, Carole et Burt s'étreignirent et Finn tapota bizarrement la jambe de Blaine de l'autre côté du lit. Kurt essuya ses yeux et essaya de ne pas penser à ce que les prochains jours et semaines pourraient signifier pour eux. Il essaya de ne pas penser qu'il pouvait très bien se renfermer et ne plus jamais le laisser revenir vers lui, une fois qu'il serait conscient. Les doigts de Blaine s'enroulèrent étroitement autour de sa main, et il jeta un coup d'œil en espérant qu'il se soit de nouveau réveillé, mais ce n'était pas le cas. Malgré ses peurs, il lui rendit son étreinte, déterminé à s'accrocher à Blaine tant que le garçon et Cameron Anderson le laisseraient le faire, et même plus encore.
Quand il se réveilla de nouveau, la peau du visage de Blaine le picotait et le démangeait. Tout était trop lourd, et son cerveau était incroyablement embrumé et vacillant. Il lui fallut encore quelques minutes pour se réveiller complètement, et quand il le fut il le regretta aussitôt. Sa tête palpitait, le lançait vraiment, et la partie gauche de son visage semblait étrangement engourdie et lourde, comme si elle avait été gonflée à l'hélium. Sa mâchoire était endolorie, et elle le lança et craqua bruyamment quand il tenta de la bouger. Blaine inspira lentement et profondément, ce qui le fit gémir à cause de la douleur qui lui saisit les côtes et le haut du thorax. Un grognement puissant tomba de ses lèvres et il s'obligea à se taire et à se concentrer sur sa respiration.
Il connaissait cette sensation. Les douleurs aigües en coup de poignard, quand ses poumons se gonflaient et étiraient ses côtes alors qu'elles ne pouvaient pas supporter le mouvement. Au moins une, probablement deux ou trois de ses côtés était cassées, alors. Parfait. Après quelques instants pour se détendre et se remémorer ce qu'on lui avait dit quand il s'était réveillé à l'hôpital après le bal Sadie Hawkins quelques années plus tôt, il s'attela à ouvrir son œil.
Une chambre d'hôpital sombre et floue l'accueillit. Quelque chose remua contre les draps près de sa hanche et il se débattit pour tourner la tête suffisamment afin de voir de quoi il s'agissait. La tête de Kurt était posée à côté de lui sur le lit, leurs mains étroitement enlacée, et l'autre garçon bavait paisiblement sur les couvertures. Quelque chose de chaud et douloureux se contracta dans sa poitrine, qui n'avait rien à voir avec ses côtés brisées. La simple vue de Kurt ramena tous ses souvenirs de... hier au soir ? Quelques jours auparavant ? Il ne savait pas très bien combien de temps il avait passé dans le coma, mais le simple fait que ce soit arrivé le faisait enrager.
Pourquoi les choses ne pouvaient-elles pas aller dans son sens, pour une fois ? Pourquoi est-ce que son bonheur se finissait toujours en désastre ?
Kurt grogna bruyamment et Blaine baissa les yeux sur l'autre garçon – son petit-ami. Le simple fait de penser à ce mot le fit rougir. Mais la rougeur vint avec une brusque douleur le long de sa joue gauche, depuis sa mâchoire à son œil. Un sifflement de douleur tranchant passa ses lèvres et il fronça son unique œil valide en attendant que la douleur disparaisse. Seulement, elle ne le fit pas. La douleur n'augmentait pas, mais elle ne diminuait pas non plus. Elle le lançait régulièrement et se baladait le long de la partie gauche de son visage, envoyant même parfois de petites piqures pointues dans son nez.
La pensée de ce à quoi devait ressembler son visage fit grimacer Blaine. Il se rappelait d'une bonne partie de ce qu'il s'était passé. Le choc de la bouteille en verre sur son crâne, sa vision floue et l'hébétement alors qu'il était trainé vers la voiture et qu'on le cognait dedans la tête la première. Mais surtout, il se souvenait de sa terreur immense quand il s'était demandé ce qui allait se passer une fois qu'il serait en train de se vider de son sang, inconscient dans ce parking sombre et délabré, et que Kurt serait livré à lui-même. Blaine savait qu'aucun de ses voisins ne leur viendrait en aide. Ils n'avaient sans doute même pas jeté un coup d'œil dehors pour voir d'où venait l'altercation, et n'avaient pas pris la peine d'appeler la police. Ils n'en avaient jamais rien eu à faire.
Kurt renifla vaguement et enfuit son visage un peu plus dans la couverture, frottant son nez doucement contre leurs mains liées. Une masse douloureuse remonta dans la gorge de Blaine devant ce geste inconscient. Sans qu'il sache comment, Kurt s'en était tiré. Il s'était échappé et ils étaient tous les deux vivants. Il ne comprenait pas comment c'était possible étant donné les dernières secondes dont il se rappelait, mais ils étaient en sécurité, bien qu'un peu groguis.
Une lourdeur s'insinua de nouveau dans son cerveau, et il laissa son œil se fermer une fois de plus, le visage et la poitrine toujours douloureux. Peut-être que le sommeil arrêterait la douleur, ou du moins la diminuerait.
Un ronflement sonore résonna dans le coin au pied de son lit et son œil se rouvrit d'un coup. La pièce était trop sombre pour qu'il puisse discerner les gens qui dormaient là, mais il était à peu près certain qu'un tel ronflement venait de Finn. Il l'avait entendu plus d'une fois ces dernières semaines, mais de ce qu'il pouvait en juger il y avait au moins deux personnes dans ce coin. Le ronflement continua, tonnant et résonnant, et Blaine comprit qu'il ne se rendormirait pas avec ce vacarme tant qu'il ne serait pas de nouveau épuisé.
Il laissa sa tête s'incliner sur le côté de manière à ce qu'il puisse observer Kurt dormir, heureux de savoir que le garçon qu'il aimait était sain et sauf. Que parce qu'il avait enduré la majeure partie, voire même l'intégralité de l'attaque physique, Kurt avait été relativement épargné. Du moins, physiquement. L'image du visage de Kurt, hystérique et inondé de larmes jaillit dans son esprit, la gifle de la main de Kurt contre la fenêtre au moment où la batte percutait son visage une dernière fois...
Son cœur battit violement dans sa poitrine et une petite alarme s'échappa de l'un des moniteurs. Arrête de penser à ça, se gronda-t-il. Il avait assez de souvenir douloureux comme ça. Le plus vite il en finirait avec celui-ci et l'oublierait, le mieux ce serait. Le bip se stabilisa progressivement, mais il était sûr que quelqu'un allait débarquer en courant d'une minute à l'autre.
Quelques secondes plus tard, il ne fut pas étonné quand Carole, dans sa blouse d'infirmière, entra d'un pas vif. Il essaya de parler, mais sa mâchoire ne fonctionnait toujours pas correctement. Un filet de sons incohérents tomba de ses lèvres quand elle se précipita à ses côtés et commença à vérifier différentes constantes sur les écrans.
Un médecin arriva peu après et l'examina également avant de décider que son rythme cardiaque rapide n'était pas inquiétant. Sûrement dû à son cauchemar ou à la désorientation du réveil. Quand l'homme partit, Carole se laissa tomber à côté de lui en face de Kurt et saisit ses mains dans les siennes. Il essaya encore de parler, mais les mots restaient coincés dans sa gorge et il ne sentait plus ni ses lèvres ni sa bouche.
"Chhh... détends-toi, mon chéri, l'apaisa doucement Carole. Tu as passé des moments difficiles. Prends ton temps, ok ?"
Il déglutit et malgré le peu de force qu'il avait, il se concentra pour bouger la bouche et en faire sortir les mots qu'il voulait prononcer.
"T... Tou... jour... t...toi, bégaya-t-il doucement." Mais il voyait à son haussement de sourcils qu'elle l'avait entendu et qu'elle ne comprenait pas ce qu'il voulait dire. Même pour lui, ce qu'il venait de bégayer sonnait stupide, mais en sortir plus n'allait pas être facile. Rien que ces deux mots avaient réveillé la douleur dans ses tempes.
"Toujours moi ? répéta Carole avec confusion en rapprochant un peu sa chaise pour lui éviter de devoir parler plus fort."
Blaine essaya d'acquiescer, mais cela ne fit qu'accentuer la douleur dans son crâne. Mon dieu, il haïssait ce sentiment. Pourquoi est-ce que son cerveau et sa bouche n'arrivaient pas à fonctionner ensemble quand il avait besoin d'eux ? Il essaya quand même de nouveau.
"Qu… quand… b… be… besoin… toi." Il marqua une pause et avala pour laisser sa mâchoire se détendre, afin qu'il puisse forcer les mots suivants à sortir. "Ici." Il laissa son regard parcourir la pièce, espérant qu'elle comprendrait qu'il ne parlait pas seulement de cet hôpital mais aussi de l'autre. "E...et ici." Avec un effort surhumain, il souleva leurs mains jointes pour tenter de les laisser tomber sur la poitrine et son cœur, mais quelque chose retint sa main et s'agita contre le lit. Une lueur s'agita dans le regard de Carole quand il fit ce geste, et ses yeux se posèrent sur la menotte fermée sur son poignet et attachée au lit.
Son bracelet électronique en était sans doute la raison. L'hôpital était à des kilomètres et des kilomètres de son appartement et certainement pas dans son périmètre. Etre amené ici avait sûrement du déclencher ce maudit truc et les flics allaient en avoir après lui.
"Je... je ne pensais pas que tu te rappellerais de ça, murmura-t-elle avec surprise." Il leva les yeux pour voir son regard posé sur son poignet menotté. Il se soucierait de ça une fois qu'il saurait exactement ce qui était arrivé après qu'on l'ait assommé. "C'était il y a tellement longtemps. Je l'avais moi-même oublié, jusqu'à récemment.
- Fa…fa…ci…le à oub…oublier, murmura Blaine, la gorge sèche et râpeuse." Mais maintenant qu'il la sentait, il s'en contenterait.
Le voir s'auto-déprécier sembla briser le cœur de Carole. Ses yeux brillaient faiblement à la lumière du couloir, et elle secoua la tête en signe de désaccord.
"Non, ce n'est pas ça, Blaine. Tu n'es pas facile à oublier, même si c'est ce que tu penses après... tout ce que tu as vécu, dit-elle avec sincérité. Tu représentes tellement pour nous, tu es bien plus fort et incroyable que même Kurt le pense." Elle marqua une pause et caressa quelques boucles qui dépassaient de ses pansements, et même s'il l'avait voulu Blaine n'aurait pas pu détourner le regard. Cela faisait des années qu'un adulte en qui il avait confiance ne l'avait pas mis en valeur ou ne lui avait pas dit qu'il valait quelque chose. Même avant que son grand-père n'apprenne qu'il soit gay, cet homme se moquait de lui et le réprimandait sur toutes les choses qu'il n'aimait pas chez lui. Mais Carole... Carole était comme sa mère. Ou du moins, comme il pensait que sa mère serait si elle était encore vivante pour le voir en ce moment.
Sa poitrine se gonfla d'émotion à cette pensée. Mon dieu, sa mère ne le reconnaîtrait même plus. Même quand ces cicatrices et ces bleus auraient disparus. Il n'avait plus rien du petit garçon qu'elle avait laissé derrière elle, et parfois il se détestait pour ça.
"Tu étais un des petits garçons les plus adorables que j'ai jamais rencontrés, continua Carole après un moment." Blaine sentit sa gorge se serrer. Il ne l'était plus, à présent. "Tu l'es toujours, même si tu aimes le cacher. La manière dont tu te comportes avec Kurt… je trouve ça magnifique que tout ce qui t'es arrivé n'ait pas réussi à complètement effacer le garçon dont je me souviens. Tu as tellement fait pour Kurt – pour nous tous. Je suis tellement reconnaissante que tu sois revenu dans ma vie et que tu aies rendu Kurt plus heureux qu'il ne l'a jamais été. Je suis tellement reconnaissante d'avoir la chance de vous aimer, tous les deux."
La vision de Blaine redevint floue, mais cette fois ce n'était pas à cause de sa tête, ou de la douleur, ou de la fatigue. Après avoir laissé les larmes lui baigner l'œil un moment, il retira sa main de celle de Kurt et les essuya. Le mouvement fit remuer et grogner Kurt, et quand il réalisa que la main de Blaine avait disparue sa tête se redressa d'un bond et se tourna dans tous les sens.
"K...Kurt, appela doucement Blaine."
La tête de Kurt se tourna tellement brusquement que son cou grinça, mais ses yeux attrapèrent ceux de Blaine et les larmes qu'il venait d'essuyer réapparurent.
"Salut, dit doucement Kurt, les yeux brillants alors qu'il quittait rapidement son fauteuil." Il vacilla légèrement à cause de l'attelle dans laquelle se trouvait son bras, puis il s'installa à côté de lui sur le lit et lui prit la main. Carole se leva.
"Je vais te chercher quelque chose à manger, d'accord Blaine ?" Blaine hocha brièvement la tête sans quitter Kurt des yeux, et Carole quitta la pièce après lui avoir serré une nouvelle fois la main.
- T... tu es b… blessé au b... bras, murmura Blaine alors que la porte se fermait en claquant." Une partie de lui était soulagée d'entendre l'assurance revenir dans sa voix, mais il était toujours contrarié de ne pas arriver à bouger sa langue comme il le voulait. Il espérait que c'était seulement à cause de son étourdissement, parce que si ce bégayement se révélait permanent, il allait en devenir fou.
Kurt baissa brièvement les yeux sur son épaule, avant d'incliner la tête et de coller leurs fronts l'un contre l'autre. Bien que sa bouche et sa mâchoire soient en train de redevenir sensible, Blaine ne sentit même pas la chaleur de la peau de Kurt contre la sienne, seulement une légère pression. Et même s'il se sentait bizarre et effrayé, c'était toujours réconfortant de sentir son visage frissonner sous le souffle tiède de Kurt.
"Rien de grave, le rassura Kurt. Ils m'ont déjà rafistolé, pendant que tu dormais.
- C...combien de temps ? demanda Blaine.
- Ils nous ont amenés hier soir, l'informa Kurt." Il entendit Kurt déglutir et quelques larmes tombèrent de l'œil de son petit-ami sur sa joue et ses pansements. Le fait qu'il les sentait à peine le contraria. Il n'aimait pas ça du tout. "Je... j'avais peur que tu aies... que tu sois…
- Non, coupa Blaine." Et il voulait plus que tout au monde se redresser et l'embrasser, mais son cou lui semblait coulé dans de la cire chaude. Il arrivait à dodeliner de la tête des deux côtés, mais la soulever était impossible. Il était trop faible pour le moment. Il se sentit humilié à cette pensée.
Kurt prit une profonde inspiration et haleta, puis s'éloigna pour essuyer le bout de son nez avec sa manche. "Je sais ça, maintenant, mais hier soir Blaine... t… tu étais allongé là et tu ne bougeais pas, ou... ou..."
Blaine serra fort la main de Kurt, même si des flashs de ses propres souvenirs de la veille ondulaient dans son esprit. Il avait déjà vécu des choses semblables, malheureusement. Bien que ce soit à chaque fois dur et effrayant, ses expériences passées rendaient ça plus facile à accepter et à endurer. Mais Kurt... il ne lui avait jamais demandé, mais il était presque sûr que le garçon n'avait jamais vécu quelque chose qui ressemble de près ou de loin à l'épisode de la nuit passée.
"V... viens-là, Kurt, demanda Blaine en tirant un peu la main de Kurt jusqu'à ce qu'il se lève et, avec lenteur et précaution, s'allonge à sa gauche dans le petit espace à côté de lui.
- Je ne te fais pas mal, hein ? demanda Kurt d'une voix inquiète en s'installant contre lui."
Blaine laissa sa tête rouler sur le côté afin de pouvoir de nouveau regarder Kurt dans les yeux. Par chance, c'était le côté de son œil valide. Autrement il n'aurait sans doute pas du tout pu voir son visage.
"Je vais bien, lui répondit Blaine avec douceur." Il considéra son absence de bégaiement comme une petite victoire.
Le bras valide de Kurt s'enroula délicatement autour de son biceps et il inclina sa tête vers le bas jusqu'à ce qu'elle se pose sur l'épaule de Blaine. "Je t'aime, lui dit Kurt." Et il y avait quelque chose d'insupportablement nerveux dans sa voix.
Blaine mit quelques secondes à le remarquer, mais il se souvint de sa réaction explosive après la mise à sac de son appartement. La manière dont il les avait complètement rejetés et mis à la porte. L'hésitation dans la voix de Kurt, son tremblement apeuré, lui firent réaliser qu'aussi terrible que soit sa condition physique, ce n'était rien par rapport au tourment qu'ils ressentaient tous les deux. Kurt était terrifié à l'idée de le perdre, même si physiquement il allait bien. Il avait peur que Blaine lui claque une nouvelle fois la porte au nez, peut-être pour toujours. Et Blaine était terrifié à l'idée qu'ils finissent par se perdre l'un l'autre à cause de la nuit passée. La menotte qui l'enchaînait au lit n'était pas vraiment un bon signe.
Mais à présent, c'était impossible pour lui de tourner le dos à tout ça. Il allait se battre pour garder ce groupe de gens aimants et attentionnés dans sa vie. Même si cela devait finir par le blesser, même si son cœur devait finir par se briser, il ne se détournerait pas de Kurt, ni de Carole, ni de Burt, ni même de Finn. Sans eux son cœur ne serait même pas capable de se briser, car Kurt n'aurait pas été là pour l'aider à le trouver.
Bien qu'il soit terrifié de l'admettre, Blaine avait besoin d'eux maintenant plus que jamais. Besoin du soutien et de l'amour qu'ils lui avaient généreusement offert sans en attendre en retour. Sauf qu'il voulait le leur rendre de tout son cœur, et cela lui faisaient plus peur encore car son instinct lui hurlait encore de faire demi-tour et de s'enfuir en courant à la première occasion.
Blaine laissa encore tomber sa tête jusqu'à ce que sa joue non blessée se pose contre les cheveux de Kurt. Ses yeux se fermèrent et Kurt soupira à ce contact. "Je t'aime aussi."
Ils s'assoupirent certainement, car quand Blaine reprit conscience Carole était en train de le secouer doucement pour le réveiller. L'odeur de quelque chose de délicieux frappa ses narines, et son estomac grogna si fort que Kurt se réveilla d'un bond à côté de lui. Ce mouvement les fit gémir tous les deux. Kurt parce qu'il s'était malencontreusement heurté l'épaule, et Blaine parce que la main de Kurt avait appuyé sur ses côtes en se retirant du lit.
"Désolé, s'excusa Kurt. Aussi, si ton estomac n'était pas aussi affamé ça ne serait pas arrivé.
- Tout à fait, murmura Blaine." Sa voix était loin d'être aussi mordante que d'habitude, mais il retrouvait son habituel ton moqueur. "Tu de... devrais être p... plus qu'ha... habitué à ç... ça mainte... tenant."
Il était presque sûr que le culot de la remarque disparaissait derrière son bégayement, mais il pouvait à présent sentir sa bouche et la majeure partie de sa langue. C'était sûrement un bon signe, même s'il avait encore du mal à parler. Carole aida Kurt à passer du lit à une chaise et installa l'un des plateaux qu'elle avait amené pour qu'il mange.
"Maintenant que Blaine est réveillé, tu as intérêt à manger, lui dit-elle en appuyant sur le bouton sur le côté du lit de Blaine pour le relever en position assise." Même si le mouvement ne comprima pas ses côtes, il sentait toujours une petite gêne dans le torse dont il n'arrivait pas à déterminer l'origine. Le changement de position l'étourdit un petit peu, et la pièce sembla vaciller pendant quelques minutes.
Mais Carole était à côté de lui, assise sur le bord de son lui et lui serrait la main. "Chhh, détends-toi mon chéri. Ferme les yeux et laisse ta tête s'habituer à ça, d'accord ? le rassura-t-elle pendant les minutes suivantes." La douleur dans son cerveau s'estompa et quand il cligna des yeux pour les ouvrir, la chambre était redevenue normale.
Cependant, l'ascension du sourcil de Carole lui annonça qu'elle était toujours inquiète de quelque chose par rapport à son état. Elle tendit la paille de son verre d'eau vers ses lèvres pour l'encourager à boire. Il fit ce qu'elle demandait, buvant doucement l'eau du verre et continuant avec du bouillon de poulet et quelques unes des nouilles de sa soupe. Mais aussi affamé qu'il l'était, il ne pensait pas pouvoir manger plus que ça.
Kurt finit assez rapidement et s'assit sur l'autre bord du lit, et quelque chose qui ressemblait à de la panique se réveilla dans la poitrine de Blaine. Il entendait Carole correctement du côté droit, pouvait même entendre un peu de ce que Kurt était en train de dire, mais il n'y avait même pas de stimuli dans son oreille gauche. Seulement un silence sinistre qui le rendit nerveux et le déséquilibra. Il ne comprenait pas pourquoi il n'avait pas remarqué ça avant, mais maintenant que c'était le cas il n'arrivait pas à se concentrer sur autre chose.
"En... entends pas, s'étouffa-t-il en refusant la cuillère de bouillon suivante et en se tournant vers Carole." Personne ne lui avait énoncé clairement sa liste de blessures, mais il en avait déjà repéré un certain nombre aux différents endroits où il avait mal.
"Quoi ?" Kurt bondit de son siège, alarmé, mais Carole coupa d'avance ce qu'il allait dire ensuite.
"C'est ton oreille gauche ?" Blaine acquiesça d'un signe de tête, et elle continua. "Le tympan a été percé. Rien de grave heureusement, mais il va mettre au moins quelques semaines à guérir. Normalement l'oreille sonne beaucoup quand ça arrive, mais elle peut aussi s'éteindre de temps en temps ou complètement arrêter de fonctionner pendant une certaine période. Je vais laisser un mot au médecin pour lui dire de surveiller ça. N'oublie pas de nous prévenir si quelque chose change."
Blaine approuva en silence et se détendit un petit peu dans son lit. Le fait de ne plus entendre, ne serait-ce que d'une oreille, le terrifiait. L'audition avait été l'un des sens les plus utiles lors de son passage en maison de redressement, de même que les six derniers mois passés à Forestwood. Il ne pouvait pas se permettre de n'entendre que d'une oreille s'il devait un jour retourner dans cet asile de fous.
Carole sembla se rendre compte de son inquiétude, car elle posa le bol et lui parla de chacune de ses blessures, lui expliquant le temps que chacune mettrait à guérir, et les possibles problèmes et complications. Blaine écouta la liste d'un air hébété, tout en regardant le visage de Kurt exprimer exactement ce qu'il ressentait. Au moins, s'ils voulaient l'enfermer de nouveau ils devraient attendre que certaines soient complètement guéries. Il avait vu de ses propres yeux des garçons se faire arracher les points de sutures par les brutes, là dedans. C'était après un accident de la sorte qu'ils avaient passé une loi officielle qui stipulait qu'on ne pouvait pas mettre quiconque sous les verrous sans un examen médical complet affirmant qu'il était en bonne santé, surtout pour ne pas se retrouver pris dans un autre procès par la suite.
Quand elle eut fini Kurt semblait énervé, et Blaine était en train de calculer le temps qu'il aurait avant qu'ils ne le jettent à nouveau parmi les loups. Ou peut-être... peut-être que cette fois-ci, comme il avait dix-sept ans et qu'il était presque un adulte aux yeux de la loi, ils le jetteraient dans une vraie prison et bon débarras. Il déglutit à cette pensée et détourna les yeux, sa menotte cliquetant quand il rapprocha les mains de son corps. Il avait remarqué que Carole n'avait rien dit à propos des flics et de leurs enquêtes, rapports, et de ce qui était arrivé à leurs agresseurs. Si elle n'avait rien dit, c'est que c'était sûrement mauvais. Mauvais pour lui. Il voulait savoir ce qui l'attendait, mais il n'arrivait pas poser la question. Pas maintenant, alors que tout le monde – y compris lui-même – était soulagé qu'il aille bien.
Le reste du dimanche se déroula dans le brouillard pour Blaine. Il dormit la plupart du temps, se réveilla de temps en temps pour manger et voir le médecin de garde. Burt finit par forcer Finn et Kurt à rentrer tous les deux ce soir-là car ils avaient cours le lendemain, mais quand Blaine se réveilla le lundi, Kurt était à son chevet. Leurs deux sacs se trouvaient dans la chaise à côté de lui, et Blaine comprit que le garçon était allé en cours au moins pour les avertir qu'il y avait un souci et pour récupérer leurs devoirs pour les prochains jours.
Carole passa pendant leur déjeuner et resta avec eux, changea le pansement autour de l'œil et de l'oreille de Blaine et nota que le gonflement commençait à diminuer bien que l'ecchymose soit encore étendue.
Elle étira aussi un peu ses jambes, car les médecins lui avaient dit qu'ils n'étaient pas près de le laisser marcher. Son oreille, d'un autre côté, avait commencé à sonner faiblement la nuit dernière, ce qui était d'après le Dr Burke un bon signe, malgré le fait que ça le rende fou.
Burt arriva juste après le déjeuner, de bonne humeur grâce à son premier jour de reprise du travail. Il avait l'air fatigué mais heureux d'après ce que pouvait en juger Blaine. Mais il ne pensait pas que Burt puisse reprendre à temps plein avant quelques semaines. Cette matinée avait probablement duré quatre ou cinq heures tout au plus, et il était déjà en sueur et n'arrêtait pas de décrocher de la conversation que Kurt voulait absolument avoir avec lui. Carole revint un peu plus tard dans ses vêtements normaux cette fois, prête à passer les prochaines heures assise avec eux.
Il était tard dans l'après-midi quand un groupe de visiteurs inattendus apparu dans l'encadrement de la porte. Blaine n'était pas surpris de voir deux policiers, dont un était – il en était sûr – le mec que Kurt avait reconnu quand ils avaient été poursuivis, et il ne connaissait pas le second. Un instant plus tard, il se fichait complètement de savoir pourquoi ils étaient là, car son grand-père venait d'entrer derrière eux, plus hautain et distingué que jamais. Le sang de Blaine gela dans ses veines quand la porte se ferma avec un petit bruit sec.
Qu'est-ce qu'il foutait là ? Ce n'était pas comme s'il en avait quelque chose à faire de lui. La colère commença à lui comprimer les entrailles quand il croisa son regard. L'homme qui l'avait abandonné et qui l'avait laissé dans l'enfer où il avait tenté de survivre. Il n'y avait rien dans les yeux de son grand-père. Un étranger dans la rue montrerait plus d'émotions envers lui que cet homme à cet instant.
Le policier qui lui était vaguement familier avança d'un pas et Blaine se rétracta par instinct, avant de s'éloigner le plus possible de l'homme. Il haïssait les flics. Ils n'avaient jamais servi à rien à part à le harceler et lui faire la misère pendant toutes ces années. Pour eux il était à peine plus signifiant qu'un chewing gum sous leur semelle.
"Salut Blaine, je suis Jim Ferguson, salua l'homme." Et même si sa voix était enjouée et semblait amicale, Blaine le détesta immédiatement à cause du badge qui brillait sur sa poitrine. "Je ne suis pas sûr de ce que t'ont dit Carole, Burt ou Kurt sur la progression de l'enquête...
- Ils n'ont rien dit du tout et je n'ai rien demandé, gronda Blaine." Il considéra le visage impassible de Jim pendant un moment, puis tira sur la menotte autour de son poignet gauche. "Visiblement, rien de bon pour moi.
- Nous sommes là pour te l'enlever, en fait, lui dit Jim." Blaine était toujours en train de le regarder avec incertitude quand il se leva et contourna le lit jusqu'au côté opposé. "Je reviendrai sans doute dans quelques jours pour enlever le bracelet électronique également."
Il fit un geste pour saisir le poignet de Blaine mais celui-ci éloigna brutalement la main le plus loin possible. Tout ça n'avait aucun sens. Il lui restait encore trois semaines à porter ce foutu truc. Toutes les histoires engendrées par son séjour à l'hôpital ne feraient qu'accentuer les problèmes qu'il aurait pour le faire retirer, surtout si son casier judiciaire se rajoutait à tout ça.
"Pourquoi ? demanda-t-il d'une voix dure. Depuis quand est-ce que l'in... inté... rêt d'... d'... un dél... lin... qu... quant vous tient à cœur ?" Carole avança à son tour et essaya de lui prendre le bras, mais il lui jeta un regard de travers. "Non, aboya-t-il." Il se tourna vers Jim et le second policier, attrapant au passage le regard désapprobateur de son grand-père par-dessus son épaule. "Ils sont là pour me donner des réponses et je les veux maintenant. Depuis quand est-ce qu'une enquête joue en ma faveur ? En faveur d'un délinquant gay dans l'Ohio ?
- Oh, ça suffit, Blaine. Inutile de te montrer aussi hostile et impoli, résonna la voix claire et cassante de son grand-père derrière les officiers." Blaine grinça des dents et combattit l'envie de frapper la première chose qui lui tombait sous la main. Le seul son de sa voix fit émerger tous les souvenirs de la première nuit où il s'était retrouvé seul. Le bruit sourd de sa malle jetée sans ménagement sur le pavé. Le claquement des portes de la voiture, la clef misérable qu'on lui tendait, et les mots blessants, pleins de haine qu'on lui avait adressés peu après. Il ne pourrait jamais oublier les hurlements de rire qui avaient accueillis les insultes sèches de son grand-père, ou la manière dont Cameron avait regardé ces hommes – ceux là même qui venaient de l'envoyer à l'hôpital – sans s'inquiéter de ce qu'ils pourraient lui faire. Puis il l'avait laissé là, à se débrouiller tout seul. A être battu jusqu'au sang pendant qu'il se démenait pour trouver un moyen de barricader la porte d'entrée parce que le verrou ne marchait pas.
A la tête de son lit, Burt gronda de colère, mais son grand-père fit un pas en avant et continua à parler. Son regard était limpide pour Blaine. Le sourire charmant et vide qui avait trompé un nombre incalculable de jurés, mais qui lui ne l'avait jamais trompé, s'étirait sur son visage. Rien n'avait changé entre eux, mais ce n'était pas comme s'il voulait que ce soit le cas.
"Il reste quelques détails à peaufiner avec la police, mais la plupart est déjà réglée. Je dois reconnaître que ce genre de choses commence à devenir un peu répétitif, dit sévèrement Cameron. Je ne sais plus quoi faire de toi, à force." Son sourire s'élargit, mais ses yeux vacillèrent et s'obscurcirent en un regard que Blaine connaissait bien, même si cela faisait des mois qu'il ne l'avait pas vu.
C'était le même regard railleur que lors de cet agréable soir de mai, sur le parking. Celui qui le défiait de répondre sèchement ou de dire un mot qui reflétait la vérité, afin de le rembarrer une fois de plus pour qu'il se sente complètement désespéré. Afin de prouver qui avait le pouvoir, et que quoi qu'il dise il aurait toujours l'air d'un insolent et turbulent petit garçon ingrat envers son grand-père qui voulait l'aider. Blaine serra les dents et ne dit rien, parce que c'était inutile de répondre. Personne ne le croirait jamais, contre Cameron Anderson. Pas avec son casier judiciaire et son orientation sexuelle – pas tant que son grand-père serait du bon côté de la loi, avec une centaine de juges à sa botte.
Pendant qu'il dévisageait son grand-père, Jim lui demanda son poignet pour enlever la menotte. Lentement, Blaine obtempéra et entendit le cliquetis métallique contre la barre du lit. Quelques minutes plus tard, il avait retrouvé l'usage de son bras gauche et on lui racontait tout. L'un des hommes était mort, abattu par un policier. Deux étaient en détention, l'un depuis la nuit de l'agression et l'autre retrouvé le lendemain ivre mort dans une allée un peu plus loin. Ils allaient avoir besoin d'eux pour identifier l'homme, mais ils avaient l'air certain que c'était l'un des deux qu'ils cherchaient. Le quatrième était toujours introuvable. Son grand-père avait participé à l'affaire, s'était assuré que le décès soit traité uniquement entre policiers, avait fait en sorte que la mise en alarme du bracelet électronique ait été justifiée par un danger de vie ou de mort, et s'était globalement débrouillé pour qu'on pense qu'il en avait quelque chose à faire. Seulement, ce n'était pas le cas. Quand ils eurent fini de tout expliquer, Blaine savait que l'implication judiciaire de son grand-père était surtout destinée à se tirer lui-même d'affaire. S'il avait l'air de se préoccuper de lui et qu'il faisait tout ce qui était en son pouvoir pour l'aider, alors personne ne l'accuserait de rien.
Blaine garda un visage impassible quand les deux hommes se levèrent et leur dirent au revoir pour ce soir. Ils seraient de retour dans la semaine pour enlever le bracelet électronique, bien que pour le moment il soit éteint et complètement inutile. Quand Jim Ferguson passa devant son grand-père, il lui adressa un regard mauvais et Blaine ressentit presque de la sympathie pour le policier. Même s'il ne pouvait rien faire pour lui, au moins il n'était pas dupe. Si c'était bien lui l'ami du père de Kurt, alors il en savait sans doute bien plus sur la vie de Blaine qu'il ne l'aurait voulu.
Le second policier ouvrit la porte et sortit. Avec un dernier geste de la main, Jim le suivit... seulement pour vaciller et se jeter sur le côté avec un cri.
"Whoa, petite ! Inutile de me déboiter les genoux !"
Blaine s'étonna de cette remarque, surtout parce qu'il ne voyait rien de là où il se trouvait, mais quand son grand-père pris un air alarmé et se tourna brusquement il sut qu'il avait sa réponse. Son cœur sursauta douloureusement quand une petite fille dont les boucles blondes étaient tressées en deux nattes entra en sautillant dans la chambre.
"Blaine est là, n'est-ce pas ? demanda-t-elle alors que Cameron lui barrait le passage.
- Lily Marie, je t'ai dit de rester dehors...
- Je veux voir mon frère, répondit-elle avec effronterie." Et bien que Blaine ne puisse pas la voir à travers le corps de son grand-père, il l'imaginait parfaitement en train de pointer le menton tout en le dévisageant avec conviction.
"Lily ? appela Blaine." Il détesta la peur et la timidité qui perçaient dans sa voix. Presque trois ans s'étaient déroulés depuis qu'il l'avait vue pour la dernière fois. Le fait même qu'elle se souvienne de lui serra étroitement son cœur.
"Blaine ! Je le savais ! s'écria Lily." Avant que Cameron ne puisse la retenir elle le contourna en courant, évita son bras et vola littéralement vers le lit. "Un des docteurs a dit ton nom et... ton visage ! Qu'est ce qu'il s'est passé ?
- Lily ! gronda Cameron d'une voix forte et furieuse. Ne le touche pas !
- Mais...
- J'ai dit non, continua-t-il d'une voix dure. On s'en va."
Burt s'interposa, mais Blaine ne pouvait détacher les yeux de sa sœur. Dieu, elle avait tellement grandi ces dernières années. La petite fille de sept ans au visage bizarre et rond, sans dents de devant, s'était transformée en une jeune fille de neuf ans, grande et dégingandée. Ses cheveux étaient beaucoup plus longs et un peu plus sombres, mais ses yeux étaient toujours les mêmes. Les mêmes yeux vert-noisette que les siens, seulement ils étaient écarquillés et innocents, mais surtout très contrariés et inquiets pour le moment. Il avait toujours trouvé ça génial de partager la même couleur d'yeux avec elle. C'était le seul trait physique qu'ils avaient en commun, et même quand quelqu'un ne les croyait pas frère et sœur, il n'avait qu'à jeter un coup d'œil à leurs iris pétillantes pour aussitôt changer d'avis.
"Vous n'allez nulle part tant que je n'ai pas obtenu quelques réponses, gronda Burt." Et Lily se retourna pour le regarder avec surprise.
Blaine leva les yeux lui aussi, et le petit hochement de tête de Burt lui fit comprendre que sa principale motivation était de lui laisser la chance d'avoir un peu de temps avec Lily. Il n'avait jamais directement parlé d'elle à Burt, mais visiblement, sans doute par Kurt, il semblait déjà au courant.
Cameron se détourna de Lily et lui et dévisagea Burt avec remontrance. "Il n'y a aucun sujet que nous ayons à discuter.
- Si, il y en a, répondit Burt." Il regarda Lily de manière insistante. "Le futur de Blaine et sa situation scolaire."
Son grand-père sembla comprendre l'allusion quand il saisit ce regard vers Lily. Blaine savait qu'il ne voulait pas que Burt dise quoi que ce soit à propos de mai en présence de la petite fille. Il ne voulait pas non plus qu'ils s'expliquent devant elle sur la raison pour laquelle il l'avait laissé livré à lui-même. Cela mènerait à beaucoup de questions difficiles, parce que sa sœur était toujours en train de poser des questions sur tout. D'autant plus qu'elle l'adorait, surtout parce que leur père et sa mère avaient été très absents. Il l'avait souvent aidée et lui avait enseigné beaucoup de choses quand il avait pu. Il lui avait même lu des histoires le soir, comme son propre père faisait avec lui quand il était plus jeune.
"Très bien, décida Cameron. Lily, reste ici. Ne le touche…
- Le toucher ne va pas la tuer ! s'écria Kurt." Et le son de sa voix fit sursauter Blaine. Il avait oublié que Kurt était là, parce qu'il était resté silencieux jusqu'à présent. Mais le son de sa voix le fit vaciller un petit peu. Son timbre aigu suffit à son grand-père pour prendre un air surpris, puis dégouté alors qu'il détaillait les cheveux et les vêtements de Kurt. Il pouvait voir les mots se former dans son esprit – les mêmes qu'il lui avait jetés à la figure il n'y avait pas si longtemps.
"N'essaye même pas de... commença Blaine, mais Kurt lui saisit la main et il s'arrêta." Il gémit à cause de ses côtes.
Burt semblait plus en colère que jamais quand il invita Cameron à sortir sans un mot. Blaine ne le remarqua même pas avant d'entendre la porte claquer, tellement il était concentré pour contrôler sa respiration afin que ses côtes cessent de lui faire aussi mal.
"Tu es gravement blessé, c'est ça ? murmura Lily en se hissant sur le lit près de sa cuisse et en s'asseyant. Que... qu'est-ce qu'il s'est passé, Blaine ?
- Ça... ça à l'air beaucoup plus grave que ça ne l'est vraiment, dit Blaine avec douceur." Kurt serra sa main et l'aida à se détendre dans le lit.
Les yeux de Lily s'obscurcirent avec scepticisme, et elle se tourna immédiatement vers Kurt.
"Il ment, pas vrai ?"
Kurt sembla surpris qu'elle lui adresse directement la parole, et même un peu nerveux de se retrouver dans la situation délicate où il devait soit lui mentir, soit contredire Blaine. "Pourquoi est-ce que tu penses ça ?
- Parce qu'il ment toujours quand il est blessé ou énervé, répondit intelligemment Lily. C'est grave, n'est-ce pas ?
- Ce n'est pas génial, répondit Kurt avec un rapide regard pour Blaine."
Blaine tenta de lever les yeux au ciel devant cet échange, mais il siffla de douleur quand son œil gauche le lança violemment. C'était comme si les deux s'étaient soudain ligués pour s'accorder sur le fait que tout ce qu'il disait était pire que la réalité. Il avait eu des blessures du même genre auparavant – bien pires au niveau des côtes – tout ça n'avait rien de nouveau ou de particulièrement difficile. Pour lui, du moins.
"Tu vas te rétablir, quand même ? lui demanda Lily en se tournant de nouveau vers lui et en se mordant les lèvres." Pendant cet instant, Blaine aurait juré qu'elle était redevenue la petite fille de six ans qui s'étaient assise au même endroit après l'incident de la soirée Sadie Hawkins. Il se demanda ce dont elle se rappelait de ces semaines, mais à en juger par son regard terrifié, elle en avait des souvenirs.
"Ça va aller, la rassura-t-il en tendant un bras tremblant pour enrouler une natte dans ses doigts. Il va falloir quelque mois pour que tout soit réparé, mais ne m'estime pas battu tout de suite, d'accord ?
- Et ensuite, tu rentres à la maison ? insista Lily. Ou est-ce que tu ne dois rester ici que quelques temps avant de rentrer à la maison ?
- Je... non." Blaine déglutit difficilement car sa gorge se serra, et son cœur battit douloureusement dans sa poitrine. Mon dieu, pourquoi fallait-il toujours qu'elle pose autant de questions ? Comment est-ce qu'il allait se débrouiller pour lui expliquer ça ?
Son visage entier se décomposa à cette réponse, et si le cœur de Blaine ne s'était pas encore brisé, il le fit à ce moment là. Il sentait à peine sa douleur à la tête et ne se rendait plus compte de combien sa poitrine lui faisait mal, rien que par la vue du visage de sa sœur. Sa petite sœur. Ce petit être dont il n'avait pas vraiment voulu ni compris l'utilité jusqu'à ce qu'elle lui offre son premier sourire, son premier rire. La manière dont elle avait l'habitude d'enrouler ses bras et ses jambes autour de la sienne, et de glousser pendant qu'il marchait dans la maison en la trainant ainsi.
Il avait mal rien que de penser à tous les souvenirs qu'il avait désespérément bloqués, mais qu'il ne pouvait plus ignorer maintenant qu'elle était assise devant lui. Elle était là, bien réelle, et probablement sur le point de disparaître de sa vie pour de bon.
"Mais... tu retournes à Dalton, alors ?
- Non, s'étrangla Blaine." Il avait terriblement envie de pleurer, et il détestait cette sensation. Il voulait seulement l'attirer dans ses bras et sangloter, et ne plus jamais laisser personne la lui arracher. Mais il ne pouvait pas. Ça ne ferait que l'effrayer plus encore, et ça le blesserait lui aussi. "Je ne vais plus à Dalton, Lily.
- Mais alors... Blaine. Je ne comprends pas, répondit Lily avec agacement. Nous sommes là pour te voir et te ramener à la maison. Où est-ce que tu vas aller ?
- Je..." Blaine s'arrêta et ferma les yeux, prit une inspiration tremblante et se prépara à ce qu'il s'apprêtait à lui dire. Il avait toujours détesté la décevoir ou lui donner de mauvaises nouvelles, et il n'avait aucune idée de ce qu'avait bien pu lui dire son grand-père à propos de lui, mais il se rendait compte qu'il avait menti. Lui dire qu'il ne rentrerait jamais chez elle allait être terrible, et essayer d'expliquer pourquoi ne ferait qu'aggraver les choses. "Je vais rentrer à la maison une fois qu'ils me laisseront sortir d'ici, commença-t-il lentement." Et il se mordit la langue pour retenir le rire sans humour qui menaça de s'échapper de ses lèvres quand le visage de la petite fille s'éclaircit. "Lily, chez... chez moi et chez... chez toi... ce n'est plus la même maison."
Son visage se décomposa de nouveau et c'était un spectacle encore pire que le précédent. Blaine souhaita presque être de retour dans le parking, être battu à mort et avoir la moitié du visage défoncée, car ce qu'il avait sous les yeux était cent fois pire, cent fois plus douloureux et déchirant. Il n'y avait pas de manière douce de dire adieu à sa sœur. Mais au moins, il avait l'occasion de le faire, cette fois. Même s'il ne savait pas si en réalité c'était une bonne chose. Il ne se sentait absolument pas soulagé.
"Pourquoi ? demanda-t-elle doucement." Blaine pouvait déjà voir les larmes se former dans ses yeux, mais il savait qu'elle faisait de son mieux pour les retenir. Elle avait toujours fait de son mieux pour empêcher ses larmes de couler. "Grand-père voudrait que tu...
- C'est le problème, Lily, coupa Blaine. Il... il ne veut pas de moi. Plus jamais."
Blaine fut obligé de détourner le regard. Il se sentait tellement honteux, même s'il savait qu'il n'avait aucune raison de l'être. Ce n'était pas de sa faute si son grand-père n'était qu'un connard homophobe. Il n'avait rien fait de mal pour s'attirer tout ça, mais il se sentait quand même coupable. Il avait toujours l'impression que c'était sa faute, parce que toute cette colère et cette haine étaient dirigées contre lui et contre qui il était.
Son regard se posa sur Kurt, et cela ne fit qu'aggraver les choses. Il avait les larmes aux yeux, lui aussi. Des larmes que Blaine ne pouvait pas supporter – une compassion qu'il ne méritait pas et dont il ne voulait pas. Il se tourna de nouveau vers Lily, qui semblait tellement brisée, petite et perdue, et décida de lui expliquer du mieux qu'il pouvait avant qu'elle ne recommence à poser des questions.
"Tu te rappelles de ces dessins animés de Disney avec les princesses, que tu aimais tellement ?" Elle hocha silencieusement la tête et remonta le lit jusqu'à lui, lui agrippant le biceps dans une poigne de fer, comme si elle avait peur que si elle le lâchait, elle ne le reverrait plus jamais. Il se haïssait pour devoir lui rappeler qu'effectivement, elle ne le reverrait pas. "Tu te rappelles qu'elles aimaient tous des garçons, et qu'elles en tombaient amoureuses ?" Autre hochement de tête. "Et bien, parfois… parfois les filles aiment d'autres filles et tombent amoureuses d'elles, continua Blaine tout en jetant un coup d'œil à Kurt. Parfois les garçons aiment d'autres garçons et tombent amoureux, eux aussi.
- Oh, répondit simplement Lily d'une voix douce. Tu es gay."
Blaine fut un peu étonné de la manière crue dont elle avait dit ça, mais elle n'était pas vraiment connue pour son tact. Pendant un instant, il fut certain qu'elle allait le repousser avec dégoût, certain que leur grand-père lui avait rempli la tête avec une tonne de merde anti-gay et de haine, mais elle se blottit un peu plus contre son bras et renifla.
"Tu... tu sais ce que ça veut dire ? demanda Blaine, surpris, et Lily s'assit en levant les yeux au ciel.
- Mon dieu, Blaine, j'ai neuf ans, je ne suis pas débile, dit-elle, exaspérée." Après une seconde, elle expliqua. "Le garçon de ma classe qui essaye absolument de m'embrasser a deux papas. Ils sont très gentils, mais grand-père ne les aime pas du tout.
- Il essaye absolument de quoi ?
- T'inquiète pas, continua-t-elle avec superbe. Les garçons sont gnangnan. Ne prends pas ça personnellement.
- Tu lui mets un coup de pied dans les noix s'il essaye de...
- Berk, chuchota Lily. Je ne veux pas de mon pied à cet endroit."
Carole et Kurt éclatèrent tous les deux de rire, et Blaine réussit à oublier pendant quelques secondes comment cette conversation et cette visite allaient se terminer, parce que ça n'avait pas d'importance pour elle. Elle se fichait du fait qu'il soit gay. C'était juste une partie de lui, et non une énorme fantaisie comme le pensait leur grand-père.
Lily glissa un peu plus sur le lit et regarda Kurt. "Si ce n'est pas déjà ton petit-ami, il devrait l'être, dit-elle à Blaine d'un ton très sérieux. Il a de beaux yeux. Les gens gentils ont toujours de beaux yeux. Tu devrais le garder avec toi.
- C'est mon petit-ami, dit doucement Blaine." Il enlaça ses doigts avec ceux de Kurt et les serra fort. "Ca m'a peut-être pris un peu de temps pour le comprendre, en revanche.
- Tu es un peu stupide, parfois, répondit Lily." Blaine ne put s'empêcher de rire, même si cela lui faisait mal et semblait inapproprié. Elle n'avait pas du tout changé depuis la dernière fois où il l'avait vue.
"Tu m'as manquée, murmura-t-il." Dès qu'il les eut prononcés, ses mots pesèrent sur son estomac. Elle continuerait à lui manquer. Pendant des mois, pendant des années, durant le reste de sa vie. Après aujourd'hui, il ne la reverrait sans doute plus jamais. Après aujourd'hui, Cameron l'emmènerait chez lui et lui remplirait la tête de mensonges pour les prochaines années, jusqu'à ce qu'elle décide qu'elle ne voulait plus de lui non plus.
Blaine ne s'aperçut pas que Lily était en train de pleurer jusqu'à ce qu'elle parle de nouveau.
"Je ne vais plus jamais te revoir, c'est ça ? murmura-t-elle d'une voix pleine de larmes."
Il ne voulait pas répondre à cette question, il ne voulait pas lui mentir juste pour qu'elle se sente mieux ou lui répondre "non" et lui briser le cœur. Il regarda Carole qui les observait en silence, aussi triste et déchirée que lui. Puis il regarda Kurt, qui lui adressa un petit sourire amer. Si l'un des deux pensait à une meilleure réponse, il ne la lui donna pas. Personne ne pouvait lui donner une réponse qui lui laisse de l'espoir.
"Je ne sais pas, répondit-il avec honnêteté."
Les larmes de Lily continuèrent à tomber silencieusement pendant qu'ils restèrent allongés là, mais les siennes ne vinrent pas. Il se sentait plus vide et hébété qu'il ne l'avait jamais été. Après le passage à tabac qu'il venait de subir, après toute la merde qu'il avait traversée, il avait enfin Lily avec lui, mais seulement pour un instant. Dès que les portes s'ouvriraient de nouveau, elle serait entraînée loin de lui après avoir été agitée sous son nez d'un air moqueur. Il ne voulait pas que les portes de sa chambre s'ouvrent, il ne voulait pas sentir son cœur s'émietter une nouvelle fois comme il finissait toujours par le faire quand il s'autorisait à aimer quelqu'un.
A sa gauche, Kurt resserra son étreinte sur sa main et la gorge de Blaine s'assécha. Combien faudrait-il de temps pour que Kurt lui brise le cœur, comme tous les autres avant lui ?
