Bonsoir ! Sachez que vous avez énormément de chance que ce chapitre sorte ce soir, parce que j'ai eu un début de week end assez compliqué (ma mère a passé la nuit à l'hôpital, ce genre de merde) et du coup j'étais pas du tout sûre de pouvoir le mettre en ligne aujourd'hui. Enfin bref, j'ai réussis, c'est le plu important !
Au niveau de cette fiction, je pense qu'elle ne fera pas plus d'un cinquantaine de chapitres, ce qui est déjà énorme je trouve, en sachant que j'en ai déjà écrit trente-huit. Vous pouvez pas savoir à quel point je suis pressée de terminer la partie 2, et cette fiction tout court... Je l'aime vraiment beaucoup, hein, mais ça fait plus d'un an que je boss dessus, et mine de rien je me mets pas mal la pression pour écrire au moins un chapitre par semaine, donc... Ouais, ce sera vraiment un soulagement quand je la terminerais.
Enfin bref, trêve de bavardage, merci de continuer à me lire, de laisser des reviews, et j'espère que ce chapitre vous plaira ! Bye~
Réponses aux reviews :
Chocomy : Tu me rassures énormément, parce que j'ai toujours peur que les gens se lassent... Donc je suis ravie de voir que tu continues à apprécier ! Merci beaucoup beaucoup beaucoup pour tous les reviews que tu laisses depuis le début !
Guest : C'est vrai que ça aurait été assez drôle ! Mais non, désolé, c'était le vrai Gil pour le coup ! Merci beaucoup pour ton review, et j'espère que ce chapitre te plaira aussi !
Anoukpepin1 : Ravie que ça te plaise ! J'espère que la suite te plaira aussi !
Arthur regarda son bureau avec la furieuse impression qu'il allait littéralement recracher son estomac, et que son cerveau tentait désespérément de créer une brèche dans sa boîte crânienne pour s'échapper. Il avait miraculeusement survécu à la matinée, même s'il devait avoir une tête tellement horrible que même Matthias s'était efforcé de ne pas faire trop de bruit pendant les deux heures qu'ils avaient passé assis l'un à côté de l'autre. L'avantage de son état semi-comateux et terriblement douloureux –car oui, il y avait un avantage-, c'était qu'il n'avait pas vraiment prêté attention aux regards noirs que les groupies d'Alfred lui lançaient à chaque fois qu'il entrait dans leur champ de vision. Groupies qui, d'ailleurs, semblaient se démultiplier à une vitesse ahurissante.
Réprimant un haut-le-cœur et parcouru de sueurs froides, il essaya de se concentrer sur quelque chose, peu importe quoi, pourvu qu'il en oubli sa terrible migraine et l'impression d'avoir perdu littéralement toutes les forces de son corps. Sans succès. Il était presque sûr de ne pas se rappeler de sept huitièmes du contenu de ses cours. Il jeta un regard vitreux vers l'horloge, essaya désespérément de lire l'heure, et finit par convenir qu'il ne devait pas être très loin de quinze heures. En d'autres termes, il allait falloir qu'il retourne en cours… Seigneur, il n'avait aucune idée des cours qu'il avait cet après-midi… Et il avait tellement envie de vomir… Pourtant il s'était bien gardé de manger ce matin, et ce midi, par mesure de précaution. Bon, son organisme lui faisait clairement comprendre que ce choix n'était pas le plus intelligent qu'il n'ait jamais fait, mais au moins il n'avait pas été encore obligé d'aller dégueuler.
Il se leva très lentement de sa chaise, ses jambes tremblant comme jamais elles ne l'avaient fait. Sa tête se mit à le lancer si fort qu'il aurait juré sentir un tisonnier percer l'arrière de son globe oculaire. Non seulement son estomac semblait tenter des retournées acrobatiques dans son ventre, mais en plus un brusque vertige brouilla sa vision pendant des secondes si longues que lorsqu'il parvint à distinguer les étagères chargées de classeurs devant lui, il fut surpris d'être encore debout. Bon, il se tenait à son bureau comme à sa vie, certes, mais il n'avait pas vraiment perdu connaissance. Il se sentait épuisé comme rarement il l'avait été. Son sac semblait à des kilomètres, et il n'était pas sûr de pouvoir l'atteindre, encore moins de pouvoir le soulever. Ah, il se souvenait, il avait anglais...
Il se retrouva dans le couloir sans trop se souvenir de comment il avait fait pour s'y rendre, encore moins d'à quel moment il avait attrapé son sac, et il progressa vers le hall, mesurant chacun de ses pas pour ne pas avoir à vomir sur le carrelage d'un blanc délavé. Les couloirs étaient déserts, ce qui était assez prévisible. Très peu de classe reprenait à quinze heures, ce qui arrangeait grandement Arthur dans l'immédiat. Malgré son état aisément qualifiable de léthargique, le blond parvint à percevoir ce qui semblait être des chuchotements, et il se figea. Personne ne venait jamais dans ces couloirs, en règle générale… Il y avait trop de risque de se faire surprendre par le principal, ou par lui-même –il n'était pas vraiment en état de réprimander qui que ce soit, ceci étant dit. Il s'appuya contre un mur, les sourcils froncés, essayant de concentrer toute son attention sur les murmures qu'il entendait. C'était des filles… Enfin il croyait… Elles avaient l'air assez nombreuses…
-C'est pour Alfred… Pas permettre… Inacceptable…
Arthur ne parvenait pas à tout comprendre, encore moins à tout entendre, et il réprima comme il put un grognement désespéré. Comment pouvait-on avoir aussi chaud et aussi froid en même temps ?!
-Cet idiot ne mérite pas toute l'attention qu'Alfred lui porte !
L'Anglais parvint à capter cette phrase mieux que les autres, puisqu'elle avait presque été criée. La responsable se fit d'ailleurs rapidement réprimander par les autres, et elles reprirent leurs chuchotements. Arthur n'était pas stupide, même s'il était malade, aussi comprit-il rapidement que c'était de lui qu'on parlait. Il fronça un peu plus les sourcils, et baissa la tête. Comme il ne fréquentait pas beaucoup les autres personnes de son âge, il avait rarement eu des problèmes allant au-delà des ricanements et des moqueries, mais il savait que les filles pouvaient se montrer particulièrement inventives et sadiques en matière de vengeance. Combien d'adolescente avait-il vu rentrer en larmes au foyer après une journée compliquée ? Suffisamment pour estimer que quoi que ces greluches comptent faire, il ne voulait certainement pas que cela arrive maintenant. Il n'était vraiment pas en état de se défendre. Il fit un pas en arrière, prudemment, sans faire de bruit, bien qu'il soit conscient que sa respiration se soit accélérée. Pourquoi cette situation le stressait autant ? Ca devait être la fièvre… Oui, certainement… Nom d'un chien, sa tête allait exploser…
Il tourna rapidement les talons, essayant de mettre le plus de distance possible entre lui et ces filles. Mais il n'avait pas dû être aussi discret qu'il avait cru l'être, et il entendit bien vite une des groupies crier quelque chose, et prit de panique, il se mit à courir, oubliant qu'il prenait le risque de vomir à n'importe quel moment. Mais l'adrénaline avait au moins le mérite de brouiller le peu de raison qui lui restait, et il courut simplement, aussi vite qu'il le pouvait, même s'il avait la furieuse impression que ses jambes n'étaient que des tubes creux qui allaient se casser au prochain pas. Il savait qu'elles lui couraient après. Il les entendait, à défaut d'avoir une idée d'où il allait. Il ne voulait même pas savoir ce qu'elles lui feraient si elles le rattrapaient. Leur but principal était certainement de le ridiculiser aux yeux d'Alfred, mais il ne doutait pas qu'elles n'hésiteraient pas, au passage, à le discréditer auprès de l'école toute entière. Chose à éviter.
Un violent point de côté vint rapidement ajouter une nouvelle dose de douleur, alors que son cerveau semblait soudain trop grand pour être contenu dans sa tête et que son estomac se tordait comme une serviette qu'on essore. Par-dessus le marché, il n'avait jamais été un grand sportif, et il peinait à trouver de l'air. N'y avait-il vraiment personne dans les couloirs de ce putain de lycée potentiellement capable de l'aider ?!
Au moment même où il se prenait les pieds dans Dieu savait quoi, il sentit une main ferme lui saisir le poignet et le tirer sur le côté. Au même moment, ses jambes cédaient finalement sous son poids, et il se laissa faire. Peu importe qui, peu importe quoi, pourquoi, il n'avait plus la force de rien. Il rencontra une surface dure et glaciale, et il était presque sûr qu'il était assis par terre.
-Eh bah Prez, j'avoue que c'est la première fois que je vois des filles te courir après…
Arthur ne répondit pas. Ne chercha pas à le faire. N'essaya même pas de comprendre. Il avait trop de choses à gérer en même temps. Sa respiration, par exemple, ou retenir ses tripes qui tentaient une remonté le long de son œsophage, ou encore essayer de ne pas pleurer à cause de l'atroce masse de douleur brute qu'était devenu sa tête.
-Wahou, t'es malade ?!
Il sentit une main se poser sur son front, dégageant les mèches humides qui s'y étaient collées à cause de la sueur. Vraiment, peu importe qui c'était, pourvu que la douleur s'arrête…
-Hey, Arthur, essaye de respirer à fond…
Il entrouvrit les yeux, sans trop savoir si son mal de tête empirait ou diminuait, et croisa le regard bleu azur d'Alfred. Bien sûr, qui d'autre aurait pris la peine de l'arracher à une horde de furies en mal d'attention… ? Au moins l'Américain eut-il la décence de ne pas faire de remarque avant que le souffle d'Arthur ne soit redevenu à peu près stable.
-Sans vouloir t'offenser, t'as un peu l'air d'un cadavre…
-Mal à la tête… réussit à murmurer Arthur en serrant les dents pour ne pas rendre le peu que contenait son estomac.
Des bribes de conversations animées leur parvinrent, et Alfred plaqua brusquement une main sur la bouche de l'Anglais, visiblement aux aguets. Un temps passa où seules leurs respirations se firent entendre, puis les discussions s'éloignèrent, et le grand blond soupira de soulagement.
-Je crois que je comprendrais jamais les filles…
Arthur ne répondit rien, et ferma simplement les yeux. Il tremblait comme une feuille, et il avait toujours tellement envie de vomir qu'il devait batailler à chaque instant pour ne pas gerber sur les chaussures d'Alfred.
-C'était quoi déjà ? « Je ne tomberai pas malade » ? Eh bah c'est plutôt réussi, dis-moi…
Le petit blond n'eut même pas le courage de lui répondre. Il laissa juste entendre un pitoyable gémissement.
-Où on est… ?
-Dans un placard. Qui… Ne sert visiblement pas à grand-chose, si ce n'est à stocker quelques rames de papiers…
Arthur rouvrit les yeux pour effectivement tomber sur un espace tellement réduit qu'il pouvait sentir chaque mouvement que faisait son camarade. Il ne ressentit cependant aucune gêne. Il était trop plein de douleur pour ressentir quoi que ce soit d'autre, pour être honnête. Il devina qu'Alfred venait de s'assoir en face de lui, et il ferma à nouveau les yeux.
-Pourquoi elles te couraient après ?
-A ton avis… ?
Alfred resta silencieux quelques instants, Arthur devina qu'il réfléchissait. Au fond, peut-être qu'il avait oublié cette histoire de menace stupide… Ca n'avait aucune importance de toute façon. Ce qui importait, pour le moment, c'était de garder son estomac à l'intérieur de son corps. Il s'affala un peu plus contre la paroi du placard, pas vraiment sûr d'apprécier le contact froid du métal contre sa nuque. Certes, il avait terriblement chaud, mais dans le même temps, ses sueurs froides le faisaient grelotter. La sonnerie se déclencha, annonçant quinze heures, mais c'était tout juste s'il l'avait entendu.
-Si t'étais malade, pourquoi t'es venu en cours ? demanda doucement Alfred.
L'Anglais ne lui répondit pas. Il n'y avait rien à répondre à ça. Il ne savait pas vraiment, peut-être parce qu'il ne voulait pas manquer de cours, peut-être parce qu'il ne voulait vraiment pas rester au foyer, parce qu'il ne voulait pas subir la présence étouffante de son frère, de Gilbert, de Francis, d'Antonio… Peut-être aussi parce qu'au fond, il voulait voir Alfred… Il n'en avait aucune idée. Son souffle redevint un peu plus stable, et il rouvrit les yeux. L'obscurité qui jusque-là ne lui avait posé aucun problème lui sauta soudain aux yeux. Il laissa sa main courir sur le fond du placard, essayant d'agripper quelque chose, mais il ne rencontrait que du vide. Son souffle s'emballa à nouveau.
-Arthur ?
Il n'entendait plus, ne comprenait plus. Il n'aurait jamais dû se retrouver à nouveau dans ce placard. Allistor avait dit que c'était finit, Kate l'avait dit, les médecins, les flics, tout le monde, alors pourquoi… ? Un pathétique gémissement lui échappa. Peu importait son mal de tête, peu importait la faiblesse évidente qui s'emparait de son corps tout entier, peu importait son envie de vomir, il fallait juste qu'il sorte d'ici… Jamais il n'avait réussi, peu importe combien il avait pu se jeter sur les parois, peu importe combien il avait gratté, combien il avait supplié, pleuré, jamais la porte ne s'était ouverte grâce à ses efforts… Et il savait qu'Allistor ne viendrait pas lui ouvrir, puisqu'il n'en avait plus rien à foutre de lui, il ne devait même pas être à la maison…
-Arthur !
Il essaya de se débattre. C'était encore la meilleure chose à faire, même s'il savait qu'il allait se prendre la rouste de sa vie. La porte s'ouvrit brusquement, mais il n'y prêta pas attention, il fallait d'abord qu'il réussisse à échapper à son père, et il s'en savait incapable. Il savait qu'il allait avoir mal, qu'il allait se faire cogner, encore, et qu'il n'allait plus pouvoir bouger pendant des heures, qu'il allait encore attendre qu'Allistor rentre, qu'il daigne venir voir dans quel état il était…
Il laissa ses jambes battre l'air aussi violemment que son corps épuisé le pouvait, les yeux obstinément clos. Il ne voulait pas voir ce regard emplit de dégout et de fureur posé sur lui. Cela n'aurait fait que ruiner tous ses maigres efforts pour se défendre. Bientôt, il se retrouva totalement immobilisé, plaqué contre le sol. Prévisible. Avec un peu de chance, il perdrait rapidement connaissance…
Rien ne vint. Pourtant il attendit, le souffle incertain, ne bougeant plus d'un millimètre, chaque muscle tendu. Mais rien.
-C'est rien, Arthur… Ca va aller… Je vais te ramener chez toi, okay ?
Cette voix, ce n'était pas celle de son père, pourtant il aurait presque juré que les mains qui retenaient ses poignets étaient celles de son paternelle. Une larme glissa sur sa joue, il ne fit rien pour l'arrêter. Ca n'avait aucune importance. Il avait déjà pleuré devant son père. Il savait qu'il allait encore lui dire qu'il n'était qu'une tapette, qu'une larve qu'il aurait dû tuer bien plus tôt. Il n'avait pas peur d'être ridicule. Peu importe ce qu'il ferait, de toute manière, c'était tout ce qu'il serait.
-Hey, essaye de te calmer, okay ? Il ne va rien t'arriver…
Il sentit qu'on lâchait doucement ses bras, et c'était tellement inattendu qu'il resta parfaitement immobile, dans la même position, les yeux fermés et les mains de chaque côté de la tête. Il ne faisait ça que pour lui faire croire que tout était finit… Si ça se trouvait, il prenait juste de l'élan pour lui donner un bon coup de poings dans la mâchoire… Une main passa dans ses cheveux, et un pauvre couinement douloureux passa ses lèvres. Il ne s'était même pas rendu compte qu'il avait mal à la tête…
-Je vais te ramener chez toi… Ca va aller…
Chez lui… C'était ici, chez lui… Pourquoi est-ce qu'on voulait le séparer de son père ? De son frère ? Allistor ne serait pas d'accord avec ça… Il ne laisserait jamais qui que ce soit le sortir de la maison sans lui, il ne laisserait jamais qui que ce soit s'approcher d'Arthur, alors…
Pourtant, il fut incapable de lutter lorsqu'on le redressa. Il ne pouvait juste pas. Il décevrait certainement son frère, mais son corps refusait tout simplement de bouger. Il allait juste se laisser faire, comme toujours, il allait encore être faible, puisque c'était la seule chose qu'il savait faire… Et d'abord, c'était qui, avec lui ? Son père ne lui ferait jamais quitter la maison… Peut-être qu'il n'était pas loin, peut-être qu'il pouvait les empêcher de l'emmener, peut-être…
-Papa… murmura-t-il faiblement, les larmes coulant pour de bon.
Il ne sentait plus vraiment ce qui l'entourait, peut-être qu'on venait de le soulever, il n'en avait aucune idée, et ça n'avait pas d'importance… Tout ce qu'il savait, c'était qu'on l'emmenait loin de son père, et même s'il en avait rêvé, désormais c'était comme un cauchemar. On le séparait d'Allistor, et il n'avait mesuré à quel point tout ça était terrifiant.
Personne ne viendrait le sauver. Si ça se trouvait, son père était bien content qu'on l'emmène. Il avait toujours voulu se débarrasser de lui, de toute façon. Il sanglota faiblement, sentant son corps tout entier se révolter sans pour autant bouger d'un millimètre. Il voulait vomir. Il sentait que sa tête allait exploser. Qu'est-ce que ça ferait, de toute façon, si elle le faisait ? Est-ce qu'il aurait mal ? Rien ne pourrait faire plus mal que ce qu'il ressentait actuellement…
Sa tête se balançait doucement sur le côté, et il essaya de toute ses forces de dormir, de perdre connaissance, n'importe quoi pourvu qu'il n'ait plus mal. Par moment, il avait l'impression qu'on lui parlait, qu'il y avait des gens autour de lui, mais il ne comprenait pas ce qu'ils disaient. Il ne voulait pas comprendre, de toute façon. On l'emmenait loin d'Allistor, loin de tout ce qu'il connaissait, et ça ne pouvait pas être une bonne chose. Il ne voulait pas partir. Un violent haut-le-corps lui fit serrer les dents, mais il savait qu'il ne pourrait pas se retenir. Pas cette fois. Il essaya désespérément de se tourner, sentant son ventre se contracter avec force. Il se retrouva penché en avant, peut-être à genoux, et il ne fit rien pour se retenir plus longtemps. Même ça, ça faisait mal. Il laissa la nausée gagner, et sentit la bile terriblement dégueulasse remonter dans sa gorge, comme si elle essayait de faire fondre son œsophage. Il tremblait comme une feuille. Il allait sûrement finir par tomber dans son propre vomi. Il n'était plus à ça près.
Aucune idée du temps qu'il passa à recracher tout ce que son corps réussissait à faire remonter. Mais lorsqu'enfin son ventre se calma, il était glacé, incapable de plier les doigts, et son mal de tête était toujours là, même s'il semblait moins violent. Pourtant, la douleur semblait plus forte. Il se sentit vaciller, et incapable de résister, il laissa son corps agir à sa guise. Tout chauffait trop, autour de lui, en lui, et en même temps il avait si froid… Il n'essaya pas d'ouvrir les yeux, ça ne servait à rien. Il fallait juste qu'il perde connaissance, juste ça, la douleur disparaitrait, il le savait, il fallait juste…
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Alfred ramena prudemment les cheveux d'Arthur en arrière alors qu'il continuait de recracher un mince filet de bile sur la plaque d'égout. Il craignait que le blond ne se remette à paniquer, même s'il avait semblé plutôt amorphe lorsqu'il l'avait porté jusqu'à l'extérieur. Il n'avait prévenu personne. Il était un héros, non ? Il pouvait bien s'occuper d'Arthur lui-même… De toute façon, il avait juste à le ramener chez lui… Il attrapa de sa main valide le sac de l'Anglais, qu'il avait tout de même pris la peine de ramasser. Son adresse devait bien être écrite quelque part…
Il ne fut pas étonné, en ouvrant le sac, de trouver plus de cahier que nécessaire, et il attrapa son agenda. Tout le monde écrivait les informations importantes, en première page… Tout en gardant un œil sur Arthur, qui était plus pâle que tout ce qu'Alfred n'ait jamais vu, il essaya de déchiffrer l'écriture serrée et italique du blond. Mais le propriétaire de l'agenda vacillait dangereusement, et avec une grimace frustrée, Alfred referma le petit cahier et le rangea prestement. De toute façon, il savait quel bus prenait Arthur. Il aurait tout le temps de regarder ça quand il serait dans les transports en commun. Il rattrapa de justesse l'Anglais, qui commençait à tomber sur le côté, et il le ramena contre lui.
-Eh bah, t'es dans un sale état, Prez…
Arthur ne répondit pas. Il n'avait pas lâché un mot depuis qu'ils étaient sorti du placard. Rien à part « papa », et des gémissements. En toute honnêteté, Alfred était terrifié. Il ne comprenait pas ce qu'il s'était passé, ne comprenait pas ce qui arrivait à Arthur. Il n'avait jamais vu ça. Parfois, c'était comme s'il avait perdu connaissance, ses sanglots devenaient plus faibles, mais il n'était sûr de rien.
-Allez Arthur, on va prendre le bus… Je te ramène chez toi… Je serais pas un héros, sinon, hein ?
A nouveau, il le souleva très doucement du sol, et ramassa maladroitement leurs sacs. Ce n'était vraiment pas pratique… Au moins, l'arrêt n'était pas très loin. Il n'y avait plus qu'à espérer que le bus ne passerait pas dans trop longtemps… Heureusement, la pluie avait fait fuir les promeneurs, et les élèves étaient presque tous en cours. Ca aurait été difficile d'expliquer pourquoi il se baladait avec Arthur, à la limite de la syncope.
Le chauffeur de bus lui jeta un coup d'œil suspicieux lorsqu'il hissa l'Anglais dans le véhicule, et Alfred s'empressa de battre en retraite vers les places du fond. Il devait avoir l'air d'un kidnappeur… Mais il n'avait jamais entendu parlé de kidnappeur qui s'en prendrait à des malades. Il déposa le blond sur un siège, côté fenêtre pour qu'il ne tombe pas dans l'allée, et s'assit à côté de lui. A nouveau, il sortit l'agenda du malade et réussit finalement à déchiffrer l'écriture de ce dernier. Le nom du lieu-dit ne lui disait rien, et il sortit son téléphone pour chercher sur internet. Histoire de savoir à quel arrêt descendre, déjà… Le chauffeur n'avait pas l'air aimable, il était hors de question qu'il aille lui demander.
Il ne fut pas trop compliqué de trouver ce qu'il cherchait et il écarquilla légèrement les yeux. Alors comme ça, Arthur vivait en foyer ? Ou alors il s'était trompé d'adresse… Mais il n'y avait rien qui ressemblait de près ou de loin à ce qu'il avait compris de l'écriture d'Arthur dans les alentours, et il était sûr que le blond prenait cette ligne de bus. Il referma doucement l'agenda et le rangea, jetant au passage un coup d'œil à son camarade. Sa tête s'était logée contre la fenêtre, et la sueur collait ses cheveux à son front. Il semblait à la fois d'une pâleur maladive et légèrement rouge, ses cernes ressortaient encore plus que d'habitude, et il tremblait violemment. Il devait faire un sacré pique de fièvre… Il n'y avait vraiment que lui pour venir au lycée dans ces conditions. Déjà, quand Alfred avait un rhume, il essayait de négocier pour ne pas aller en cours…
Bien vite, ils furent les derniers dans le bus, et Alfred vérifia qu'il n'avait pas louper l'arrêt. La radio du conducteur raisonnait dans l'habitacle à peu près silencieux, mais l'Américain n'était pas sûr de reconnaitre la musique. Il regarda une dernière fois l'itinéraire qu'il allait devoir faire une fois qu'ils seraient arrivés. A vu de nez, ils en avaient pour une bonne vingtaine de minutes de marche, peut-être un peu moins. Alfed n'arrivait pas à se sortir de la tête qu'Arthur vivait en foyer. Il avait toujours imaginé qu'il vivait dans un manoir, avec des parents riches et un peu coincés, ce qui aurait expliqué le sarcasme et la tendance à appliquer le règlement à la lettre du blond. Mais visiblement, des parents, il n'en avait pas. En même temps, ça aurait été assez bizarre que des aristos envoient leur gosse dans un lycée aussi pourris que le leur…
Il se redressa alors que le bus ralentissait, et ramassa prestement leurs affaires. Au moins, le chauffeur avait la délicatesse de ne pas freiner comme un bourrin… Une chute n'améliorerait certainement pas l'état d'Arthur. Ce dernier se laissa soulever sans opposer de résistance. En fait, il ne semblait même pas remarquer qu'on le bougeait. Alfred salua vite fait le conducteur, et descendit. Ils étaient en rase campagne. Il y avait des champs à droite et à gauche, une forêt un peu plus loin, et la route était loin d'être large. En plus de ça, il pleuvait sans discontinuité. Voilà pourquoi il détestait tant l'Angleterre…
Il ajusta sa prise sur Arthur, dont la respiration était sifflante, et entreprit de suivre le chemin qu'il avait mémorisé. Ce n'était pas comme s'il pouvait se perdre, de toute façon : la route allait tout droit, sans aucun carrefour. A peine des sorties de champ, et un chemin de terre qui menait à une ferme. Il ne connaissait absolument pas le coin, il habitait dans un lotissement, en ville, et il vérifia à plusieurs reprises sur son téléphone qu'il était bien sur la bonne route. Pour couronner le tout, le ciel s'assombrissait. Les joies de l'hiver… A plusieurs reprises, il murmura quelques paroles rassurantes à Arthur, qui ne l'entendait certainement pas. C'était surtout pour rompre le silence.
Enfin, il trouva le foyer. C'était un assez grand bâtiment avec de faux airs de chapelle, pas miteux, mais dont la façade aurait tout de même besoin d'un bon coup de peinture. Plusieurs lumières brillaient derrière les fenêtres, et Alfred compta trois étages. A nouveau, il ajusta sa prise sur Arthur. Mine de rien, il commençait à fatiguer, et en plus de ça, il était trempé. Il avança jusqu'à la lourde double porte en bois, et décida de frapper avec son pied, à défaut de pouvoir se servir de ses mains. Il n'avait aucune idée de ce qu'il dirait lorsqu'on viendrait lui ouvrir…
Il entendit des bavardages se rapprocher, et la porte s'ouvrit lentement. Une petite fille d'à peine dix ans se tenait derrière la porte, ses grands yeux gris l'observant avec curiosité. Il lui sourit, conscient qu'il devait être assez effrayant à ramener un gars dans les vapes. Mais la petite fille ne sembla pas prendre peur, et elle attendit juste. Ses longs cheveux blonds avaient été ramené en une tresse qui pendait sur son épaule, et la robe blanche qu'elle portait prenait des teintes orangées à cause de la lumière.
-Salut, je suis un ami d'Arthur. Il est malade, alors je le ramène…
La jeune fille posa les yeux sur l'Anglais, et ouvrit plus largement la porte.
-Miss Kate est pas là, elle est partit en ville.
Alfred hocha bêtement la tête. Il n'avait aucune idée de qui était Kate. La porte se referma derrière lui, et il secoua doucement la tête pour chasser les gouttes d'eau qui s'étaient installées dans ses cheveux.
-Arty, il est souvent malade, commença la jeune fille en avançant vers un escalier en bois. Franny dit qu'il travaille trop, et qu'il est trop têtu pour rester tranquille.
-Je suis bien d'accord, rit Alfred en la suivant.
Elle grimpa quatre à quatre les escaliers, jusqu'au premier étage. Une moquette orangée tapissait le couloir, et sur les deux pans de mur s'alignaient des portes presque identiques. Quelques consoles supportaient des vases, et Alfred devina que la directrice ne devait pas rouler sur l'or.
-Sa chambre est là-bas.
La petite fille lui montra une porte comme toutes les autres, une peu plus loin sur la droite, et il la remercia avant de s'en approcher. Ses bras lui faisaient mal, à force de supporter le poids de l'inconscient. Il ouvrit la porte avec son coude, et jeta un coup d'œil à Arthur. Il était toujours incroyablement pâle, et semblait peiner à respirer. Mais au moins, il respirait, ce qui était déjà une bonne chose.
-Arthur !
Alfred fut si surprit qu'il failli en lâcher l'Anglais. Il releva brusquement la tête et tomba sur un homme d'une bonne vingtaine d'année, qui se précipitait vers lui. Bon… Il n'avait pas prévu qu'il y aurait du monde… Le jeune homme s'arrêta juste devant lui et posa une main sur le front d'Arthur, qui grogna à peine.
-Tu peux l'allonger là, je vais lui mettre des vêtements propres.
Alfred s'exécuta sans protester, et déposa le garçon sur le lit de gauche. Est-ce que ce type était son frère ? Ou un ami ? Ou plus ? Ou rien de tout ça ? Il jeta un coup d'œil au côté droit de la chambre, qui semblait clairement utilisé par quelqu'un, et à en juger par le bordel, ce n'était certainement pas Arthur.
-Il est comme ça depuis longtemps ?
-Ce matin, je suppose…
Alfred s'attarda sur l'homme qui fouillait dans une commode. Il devait faire sa taille, guère plus, et avait des cheveux blonds clairs, légèrement ondulé, qui tombait sur ses épaules. Il portait une chemise blanche légèrement plissée par endroit, et un pantalon noir, qui lui donnait des airs d'homme d'affaire.
-Tu es un ami d'Arthur ?
-Ouais, acquiesça Alfred. Et vous ?
Le jeune homme se retourna vers lui, permettant à l'Américain de remarquer que ses yeux étaient bleus, mais plus clairs que les siens.
-Pareil. Enfin, je suis plus un ami de son frère, mais je connais Arthur depuis qu'il est arrivé ici.
Alfred hésita à poser une question, mais il préféra se taire. Il commençait à se sentir mal à l'aise. Il n'avait pas grand-chose à faire ici, déjà Arthur n'aimerait sûrement pas qu'il apprenne qu'il était venu… S'il ne lui avait pas parlé du foyer, c'était qu'il devait y avoir une bonne raison.
-Du coup je vais… Y aller. Je vous laisse son sac là et… Dites-lui que je récupèrerais ses leçons.
-Pas de soucis, tu peux compter sur moi.
-Oh, et il a vomi un peu. Il a dit qu'il avait mal à la tête, aussi, et il a fait une crise bizarre alors qu'on était enfermé dans un placard… Enfin c'est assez compliqué ! bredouilla Alfred, se sentant légèrement ridicule. Il… Il a dit « papa » à un moment… Enfin c'est sûrement pas important. Bref, je vous le laisse.
Il regarda une dernière fois Arthur, qui semblait perdu au milieux d'un lit trop grand. Pourtant, c'était loin d'être le cas. Avec un certain amusement, l'Américain nota tout de même les draps aux couleurs du drapeau anglais, et quitta la pièce avec une certaine réticence, sans pour autant se soucier de savoir si l'autre homme lui avait répondu quoi que ce soit.
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-Tu as le don pour tomber malade, c'est assez incroyable…
Francis retira habilement la chemise d'Arthur, séchant au passage son torse avec une serviette qui trainait. Certainement celle qu'Allistor avait utilisé le matin même et qu'il n'avait pas jugé bon de mettre à laver. Il ne lui avait pas fallu longtemps pour convenir qu'il n'irait chercher Pierce qu'une fois qu'il aurait entièrement séché et habillé le blond, chose qu'il s'appliquait désormais à faire, et qu'il était hors de question qu'il prévienne Allistor. Ce dernier était sorti avec Gilbert pour faire Dieu savait quoi, et le Français ne voulait pas qu'il débarque dans la chambre en s'énervant après tout le monde. Heureusement qu'il avait fini les cours plus tôt, il n'était pas sûr de savoir ce qu'il se serait passé s'il n'avait pas été là… Et heureusement qu'il avait eu la bonne idée de monter le linge propre des frères Kirkland en même temps que le sien.
-Espèce de tête de mule…
Il sourit doucement et épongea précautionneusement le front moite de sueur d'Arthur, avant de le redresser pour lui faire enfiler un t'shirt sec. Il savait depuis longtemps qu'Arthur était trop fier pour admettre qu'il était malade, et il ne s'arrêtait que lorsque son corps ne tenait plus. Il ressemblait beaucoup à Allistor pour ça, si ce n'est que l'Ecossais ne tombait pas souvent malade. Le problème venait surtout de sa consommation excessive d'alcool.
Francis termina de changer Arthur, et le mit sous les draps. Maintenant il allait sûrement avoir besoin de beaucoup de repos. Il prit les vêtements trempés du blond avec lui, et quitta silencieusement la pièce, pour prévenir Pierce. Il fallait forcément que ce soit le jour où Kate était convoqué à l'école primaire… Il descendit rapidement, passa déposer le linge sale à la laverie, et rallia l'infirmerie en espérant que Pierce n'était pas occupée. Machinalement, il jeta un coup d'œil à la porte d'entrée. Il faudrait qu'il ait une discussion avec Arthur, quand il irait mieux… Il avait déjà remarqué qu'il rentrait de plus en plus tard et de plus en plus souvent, et qu'il semblait plus enclin à aller au lycée. Ca ne l'étonnerait pas que tout ça ait un lien avec le garçon qui l'avait ramené…
