« - Ouais, raconta la voix lointaine, j'ai entendu dire que c'était la petite amie du Joker, tu te rends compte ? Comment une femme, même cinglée, pourrait vouloir de ce type-là ?

- Va savoir ce qui peut se passer dans la tête d'une bonne femme qui a plus la lumière à tous les étages ! Répondit un autre homme d'une voix traînante.

- Ouais ok, mais d'après ce que le flic m'a dit, elle n'a pas toujours été folle !

- Et elle faisait quoi dans la vie avant de perdre la boule ?

- Elle était psychiatre ! »

Les deux infirmiers continuèrent leur chemin dans le couloir du Gotham Mercy en s'esclaffant. Le bruit de leurs pas résonna désagréablement dans le couloir. Ils passèrent devant la porte d'une cellule où la visière laissait apercevoir la silhouette gracieuse d'une jeune femme assise par terre. Ses cheveux blancs coiffés en deux nattes folles étaient striés de deux rubans, rouge et noir, cousus à même son crâne.

Braquer Wayne Enterprise n'avait peut-être pas été la meilleure idée qu'elle ait eu finalement, songea Harley étroitement serrée dans sa camisole. Baty en tout cas n'avait pas du tout apprécié. Et à présent elle était internée dans l'unité psychiatrique du Gotham Mercy, loin d'Ivy. Où pouvait donc bien être Ivy ? Quelque part dans le service, mais Harley n'en savait strictement rien. Tout était si confus autour d'elle ! Elle passait son temps à gober tout un tas de pilules colorées qui amoindrissaient ses capacités. De temps à autre, un infirmier ou un interne venaient s'assurer qu'elle respirait toujours. Le commissaire Gordon était également venu tenter de lui faire la conversation, quelle ironie ! Et dire qu'il y avait encore peu de temps en arrière, c'était elle qui faisait parler les patients ! C'est fou comme les choses changent. Oui…fou. Ironiquement, Harley se dit qu'elle n'avait jamais été dans une cellule capitonnée. Oh oui bien sûr elle avait connu celle du Joker, mais elle n'avait jamais eu la sienne, une cellule rien qu'à elle.

L'idée la fit rire dans la pénombre de la petite cellule blanche au mobilier sommaire. S'appuyant contre le bord de son lit solidement cloué au sol, Harley se remémora les derniers évènements. Ivy avait été plutôt gentille avec elle. L'empoisonneuse était certes particulièrement agaçante quand il s'agissait du Joker, mais il fallait bien admettre qu'elle n'avait pas totalement tort. Sans avoir entièrement raison non plus. Le Joker l'avait punie parce qu'elle avait fait quelque chose de grave. Une grosse bêtise, comme il le disait de sa voix suave, chaque fois qu'il se mettait en colère contre elle. Bien sûr, parfois il était un peu « dur » avec elle, mais Harley se disait qu'il faisait ça pour la protéger. La protéger d'elle-même, en ce sens, lui et Ivy avait un point commun. Alors qu'elle relevait la tête penaude, Mistah J lui adressa son éternel sourire bienveillant. Pourquoi Ivy détestait autant sa poupée ? Harley ne le savait pas. L'empoisonneuse avait parfois des réactions étranges, sans que l'arlequin ne parvienne à comprendre ce qui avait pu les causer. Certes Ivy était folle, tout comme elle, mais de là à croire que Mistah J était un méchant clown ! Tout le monde sait bien que les clowns ne sont pas méchants, ce sont toujours les arlequins qui mènent la danse.

Harley sourit de la plaisanterie. Ivy pouvait être si impressionnable ! Et pourtant, en dépit de la terrible déconfiture de leur équipe, la jeune femme conservait toute son affection à l'empoisonneuse. Ivy avait quelque chose de merveilleusement divertissant. Certes, elle n'égalait pas le Joker, mais il fallait bien admettre, que son indépendance, sa force de caractère et sa détermination avait faite forte impression sur l'arlequin. Oui à l'avenir, Harley prendrait sans doute exemple sur la jolie rouquine.

Elle ne fit pas le moindre mouvement quand le bruit lourd du loquet de sa cellule se répercuta dans toute la pièce. La porte grinça et s'ouvrit péniblement sur les aides-soignants qui devaient la conduire à sa séance de thérapie. Harley releva la tête et regarda ces « visiteurs » attentivement. Il y en avait un qu'elle connaissait déjà. Un grand blond à la silhouette athlétique, du nom de Rob, passa derrière elle et commença à lui retirer sa camisole. Harley l'aimait bien, en dépit de son physique de brute, l'homme était d'une extraordinaire douceur avec les patients. Il n'élevait jamais la voix quand il pouvait éviter de le faire et était toujours prévenant et affable. Quand il la menait aux cabines de douches, il ne la pressait jamais et trouvait même le moyen de lui faire la conversation sur un ton affable. Rien à voir avec les deux énergumènes qui s'étaient moqués d'elle dans le couloir, quelques minutes auparavant. Mais l'autre, en revanche Harley ne l'avait jamais vu. Elle pencha légèrement la tête et fixa sur lui ses grands yeux brillant de curiosité. Il déglutit péniblement et s'empressa de détourner les yeux, mal à l'aise.

« - Elle me fiche la trouille à me fixer comme ça, marmonna-t-il en tendant les menottes qu'il devait à la jeune femme d'un main tremblante.

- Hé t'es au courant qu'elle t'entend ? Répondit Rob d'une voix agacé, ne lui en veux pas Harley, ajouta-t-il en regardant la jeune femme, Will est nouveau ici, il a encore pas mal de choses à apprendre sur la manière de traiter les patients,

- Non mais je rêve ! S'exclama le dénommé Will, attends t'es au courant que t'es en train de parler à cette foldingue comme si elle était normale ? T'es au courant du nombre de personnes qu'elle a tué ?

- Oui je suis au courant, répliqua Rob d'une voix glaciale, mais tu vois depuis qu'Arkham est parti en fumé, on a hérité d'une bonne partie des patients dont le Gotham General ne voulait pas et je peux t'assurer que ce n'est pas une sinécure. Ça fait une semaine que Miss Harley est là, et contrairement aux autres elle ne me fait pas de difficultés. Elle prend ses cachets et fait ce qu'on lui dit sans faire d'histoires. La seule chose qu'elle m'ait réclamée c'est sa poupée, et vu comme elle se tient tranquille, j'ai aucun problème à me montrer plus coulant avec elle.

- C'est n'importe quoi ! Pesta le jeune aide-soignant.

- Ecoute mon gars, reprit Rob avec autorité, ça fait dix ans que je fais ce boulot, toi t'es là depuis deux jours. Quand t'auras autant d'années de boîte que moi, tu te permettras de me donner des conseils en attendant, il lui arracha les menottes des mains et les plaça délicatement autour des poignets de la jeune femme, tu la boucles et tu nous suis, et n'oublie pas sa poupée. Miss Harley n'ira nulle part sans son Mistah J. »

Puis en silence ils se mirent en route et traversèrent les couloirs blancs de l'hôpital. Harley suivit docilement Rob qui ouvrait la marche, tandis que dans son dos, le jeune Will continuait de pester à mi-voix. Ils arrivèrent devant la porte d'un bureau où ces aides-soignants la firent entrer. Un psychiatre en blouse blanche d'une quarantaine d'années leur adressa un sourire chaleureux et échangea quelques formules de politesse avec Rob. Harley sentit une légère pression sur son épaule, qui lui intimait de s'asseoir face au médecin. Les cheveux châtains, les yeux verts, un visage séduisant à la mâchoire carrée, le psychiatre remercia chaleureusement les deux hommes et les raccompagna jusqu'à la porte. Harley sourit gentiment à l'officier de police qui s'était adossé au mur, derrière le fauteuil du psychiatre. Ce-dernier, dont le visage était en partie masqué par sa casquette enfoncée sur son crâne, ne lui répondit pas et resta stoïque quand le psychiatre reprit sa place.

« - Bonjour Harleen, je suis le docteur Keane, votre nouveau thérapeute, dit-il d'un ton affable en s'installant.

- Harley, rectifia la jeune femme automatiquement.

- Ce n'est pas le nom inscrit sur votre dossier pourtant, fit semblant de s'étonner le psychiatre.

- J'ai pas mal changé ces derniers temps. »

Elle lui adressa un sourire ironique auquel il ne répondit pas. Rehaussant ses lunettes, l'homme d'une quarantaine d'années au front dégarni, se saisit maladroitement du dossier de la jeune femme qu'il étala devant lui. Foire fouillant un instant dans ses papiers, il soupira et les repoussa avant de lui adresser un sourire, qu'elle jugea compatissant.

« - Bien…comme vous voudrez Harley. Le Procureur cherche à déterminer si durant votre procès, vous pourrez être tenue responsable de vos actes, expliqua-t-il de sa voix douce. Je suis chargé d'évaluer si oui ou non vous étiez en mesure d'avoir pleinement conscience de la conséquence de vos actions. Mon but reste néanmoins de vous aider, de vous apporter des solutions et non de vous juger. Est-ce que vous m'avez compris ?

- Peut-être bien que oui, peut-être bien que non, chantonna-t-elle en dodelinant de la tête.

- Je suis là aussi et surtout pour vous soigner, mais je ne peux pas le faire si vous ne m'y autorisez pas. »

La jeune femme lui adressa une moue boudeuse. Ainsi donc le gentil docteur voulait juste savoir si elle était mûre pour la chaise électrique ou pas. Voilà qui promettait d'être intéressant. Se calant davantage sur sa chaise, elle posa délicatement ses poignets menottés sur le bureau du Docteur Keane et médita cette déclaration, une lueur d'amusement féroce brillant dans ses prunelles d'onyx. Il était en train de lui jouer le tour du médecin gentil et compatissant, qui s'accroche désespérément à sa morale, comme elle autrefois. Avant que le Joker ne lui redonne le sourire…

« - Allez-vous me permettre de vous aider Harley ? » Reprit-il d'une voix posée en se penchant vers elle.

Etrange question en vérité, songea la jeune femme. Comme si elle était en mesure de refuser ! La jeune femme soupira et le regarda d'un air blasé. Elle aussi avait utilisé cette méthode autrefois. Pensait-il vraiment qu'elle se laisserait berner si facilement ? Levant les yeux vers l'agent de police qui n'avait pas bougé d'un millimètre, une idée lumineuse traversa l'esprit embrumé d'Harley.

« - Oui…répondit-elle après mûre réflexion, mais sachez qu'avant la fin de la séance vous serez mort. »

- Et bien je prends le risque ! Répondit-il une lueur de défi brillant dans ses yeux verts.

- A vos risques et périls.

- Parlez-moi de vous Harley, commença-t-il reprenant son sérieux.

- Vous voulez que je vous parle de quoi en particulier ?

- En tant que psychiatre vous devriez avoir la réponse à cette question j'imagine.

- Oh ! C'est vrai, sourit-elle avec douceur, c'est vrai qu'un jour moi aussi j'ai été à votre place, puis elle ajouta d'une voix sibylline, qui sait si un jour vous ne serez pas à la mienne ?

- Oh vous pensez que je vais devenir fou ? Demanda-t-il amusé.

- Ah ! Ah ! Ah ! Mais voyons Docteur, vous savez bien que les psychiatres sont des fous par procuration ! S'exclama-t-elle dans un éclat de rire nerveux.

- Je ne suis pas certain d'être de cet avis, déclara-t-il.

- Vous verrez avec le temps, souffla Harley.

- Dois-je comprendre que mon espérance de vie vient d'augmenter et que vous avez renoncé à votre projet ?

- Pas du tout, dit-elle avec détachement, mais chaque chose vient en temps voulu, on commence rarement une histoire par la fin. »

Elle put voir l'inquiétude voiler les yeux verts pétillants du médecin qui se redressa. Un pli soucieux barra son front alors qu'un silence pesant envahissait la pièce. Ils se jaugèrent un instant du regard, essayant l'un l'autre de trouver une faille qu'ils pourraient exploiter à leur avantage. Harley continuait à sourire avec douceur, les yeux pétillants, visiblement amusée par la tournure de l'entretien. Le Docteur Keane ne savait pas vraiment comment il devait si prendre avec elle. Bien qu'expérimenté, il devait reconnaître qu'avec Harley Quinn les choses devenaient bien plus complexes Etant elle-même une psychiatre, elle connaissait tout, des méthodes employées et de la manière dont elle pouvait s'en jouer Dès lors, comment savoir si elle avait bien perdu la raison ? Elle pouvait tout aussi bien simuler la folie qu'être effectivement malade. Les deux hypothèses étaient à envisager. Le regard du médecin s'attacha alors à la terrible coiffure de la jeune femme et il éprouva bien des difficultés à réprimer un frisson d'horreur. C'est d'une voix hésitante qu'il se lança, les yeux plantés dans les croûtes de sang séchés au sommet du crâne , jonché de cheveux blancs de la jeune femme :

« - Parlez-moi de voter relation avec le Joker ? Comment est-elle née ?

- J'étais sage alors, une gentille fille qui obéissait toujours à tout ce qu'on lui demandait de faire. Une gentille psychiatre pleine d'avenir, voilà ce qu'était Harleen Quinzel. Et quand on m'a ordonné de m'occuper de lui, je n'ai pas refusé.

- Et que s'est-il passé ?

- Je suis tombée amoureuse, répondit-elle dans un éclat de rire.

- Amoureuse ? Du Joker ?

- Qui d'autre ? Il est tellement…drôle.

- Est-il votre amant ? »Interrogea le psychiatre d'une voix neutre.

Harley releva rapidement la tête et planta un regard agacé dans les yeux verts du psychiatre. En un éclair, elle bondit sur le bureau. Le Docteur Keane s'éloigna prestement, en se ratatinant dans son fauteuil. Surpris et dérouté par ce geste, il n'osait plus faire le moindre mouvement, après tout ne l'avait-elle pas menacé de le tuer ? Déglutissant péniblement il ne la quitta pas des yeux attendant un coup qui ne vînt pas. La jeune femme s'assit sur le bord du meuble et croisa ses jambes fines. Elle darda le psychiatre d'un regard méprisant, un rictus tordant le pli de sa bouche charnue.

« - Ne soyez pas si trivial, murmura-t-elle, il est tellement plus que ça.

- J'avoue ne pas comprendre.

- Comment le pourriez-vous ? Répliqua-t-elle dans un éclat de rire les yeux pétillants d'amusement, il est mon double et mon tout, il est mon enfant chéri et mon bourreau, mon commencement et ma fin. Je l'aime et je le hais tout comme il m'aime et il me hait.

- Une passion destructrice en somme, dit le psychiatre d'une voix pensive en l'observant intensément.

- Oui on peut dire ça, concéda Harley en se penchant vers son interlocuteur, ça vous écœure docteur ?

- Ça m'inquiète, rectifia-t-il, savez-vous qu'un jour il pourrait vous ajouter au nombre de ses victimes sans le moindre remords ?

- Oh oui, dit la jeune femme avec délectation.

- Et ça ne vous fait rien ? S'étonna-t-il.

- Sans destruction, la passion ne serait qu'un mot, expliqua-t-elle, comment pouvez-vous savoir que vous avez aimé si vous ne finissez pas, à un moment où à un autre, par détruire ce que vous avez chéri avec tant de force ? La puissance que vous mettez à éradiquer vos sentiments est le seul indice qui vous informe de leur intensité. »

Le Docteur Keane détacha son regard de la silhouette gracile assise sur son bureau et médita les propos de la jeune femme, visiblement perturbé d'y voir autant de lucidité et de logique. Une logique macabre, certes, mais une logique quand même. L'idée de sa propre mort ne semblait pas le moins du monde affectée la jeune femme. Au contraire, pour elle, cela ne traduirait qu'une preuve d'amour indéfectible. Le psychiatre reporta à nouveau ses yeux sur le visage juvénile d'Harley. Comment pouvait-on être à la fois aussi démente et aussi logique dans son raisonnement ? C'était là toute la contradiction et tout l'intérêt de ce cas.

« - Vous pensez vraiment ce que vous dîtes ?

- Indubitablement.

- Mais Har… »

Avant même qu'il ait pu finir sa phrase, un cran d'arrêt se planta dans la gorge du médecin qui ouvrit de grands yeux surpris qui contemplèrent le visage angélique de la jeune femme assise sur le bureau, qui le regardait en souriant. Harley le regarda s'écrouler au sol et tourna ses beaux yeux sombres vers le meurtrier qui venait de pousser le corps du médecin, pour prendre sa place sur la chaise en face d'elle.

« - Mais Miss Quinn, reprit le Joker, pensez-vous que votre amant vous pardonnera votre trahison avec cette parvenue d'empoisonneuse ?

- Oh oui, dit-elle follement amusée par le tour que prenait l'entretien.

- Et pourquoi donc ? Demanda-t-il d'un ton sec.

- Parce qu'il sait, souffla-t-elle en glissant d'un mouvement gracieux de la table aux cuisses du jeune homme, que ce n'était qu'une incartade sans conséquences, et que je lui appartiens corps et âme », conclut-elle en le regardant avec adoration.

Comme pour prouver ses dires, elle tira violemment sur sa blouse bleue et découvrit la naissance de sa poitrine, où l'objet de leur dernière querelle, trônait fièrement. Ce n'était plus à présent qu'une cicatrice rosâtre, nette et contrastant brutalement avec la pâleur de craie de la peau de la jeune femme. Souriant de satisfaction à la vue de la scarification, le Joker pinça légèrement le nez d'Harley en souriant.

« - Il y a des jours où je te hais tant que tu me donnes des envies de meurtre, maugréa-t-il avant d'enfouir la tête dans le giron de sa compagne.

- Il y a des jours où je t'aime tant que je voudrais m'abreuver de ton sang », répondit-elle du tac au tac.

Elle sera plus étroitement contre son cœur ce visage qui lui avait tant manqué et se mit à le bercer en fredonnant, les yeux clos. Harley frissonna quand elle sentit les doigts de son cher et tendre s'enfoncer douloureusement dans sa chair. Il lui avait tant manqué ! Avec précaution, elle enleva la casquette d'officier de police qu'il avait « emprunté » au malheureux agent qui ne devait plus être de ce monde pour l'heure, et passa ses doigts frêles dans sa tignasse hirsute en souriant de tendresse. Oui, bien sûr, il était monstrueux et terrifiant, mais là tout de suite, ce n'était pas le terrible Joker qu'elle tenait dans ses bras. Non ! Là elle ne berçait que son enfant chéri du chaos. Là, en cet instant précis, J était à elle. Uniquement. Totalement. Il frotta son visage contre le buste de la jeune femme et embrassa tendrement la marque qu'il lui avait faite il y avait de cela si longtemps. Harley fut bouleversée par ce soudain élan de tendresse. Soupirant d'aise, elle ne bougeait qu'avec une lenteur calculée, craignant de briser la magie de l'instant. Bien trop vite hélas, il redeviendrait méchant et monstrueux. Mais que lui importait ? Ce seul instant suffisait à racheter toute la violence qu'il avait fait pleuvoir sur elle. Harley enfouie son nez dans la chevelure emmêlée et gonfla ses poumons de ce parfum si particulier qu'elle aimait tant. Un mélange de poudre, d'essence, de danger. Un parfum de blague qui finissait dans un « KABOOM ! » dont lui seul avait le secret.

Harley profitait de cet instant précieux, qui sait dans combien de temps son bien-aimé repartirait dans sa croisade dantesque contre le justicier de Gotham en la délaissant à Mistah J ? Le chevalier noir était sa Némésis, quand Harley Quinn était sa Muse. Ce rôle, elle ne voulait pas le jouer, Harley voulait l'avoir pour elle seule. Elle voulait le posséder comme le Joker la possédait. Alors, tandis que J se laissait doucement aller contre elle, Harley ouvrit les yeux, une détermination farouche brillant dans ses yeux fous.