3e année de l'ère Bunkyū, le 17 septembre

Shino était en train de faire sa toilette matinale au puits en compagnie de Yamazaki. Elle venait de s'essuyer la figure et les mains lorsqu'un Shimada dans tous ses états vint à leur rencontre.

-Vous êtes au courant de la nouvelle ? leur demanda-t-il. Une bande d'assassins a pénétré dans la maison Yagi la nuit dernière et a surpris ses occupants. Serizawa-san et Hirayama-san sont morts et Hirama a disparu.

La jeune fille fut scandalisée et attristée par cette annonce. Elle n'aimait pas Serizawa, mais elle savait que le shinsengumi lui devait beaucoup, et elle lui en était reconnaissante malgré tout.

-Je n'arrive pas à croire qu'un groupe de rônins ait réussi à infiltrer le quartier général pour y assassiner le commandant, fit Shimada accablé.

-Moi non plus je n'arrive pas à y croire, murmura Yamazaki.

Quelque chose dans son ton alerta Shino. Il était pensif, avec une pointe de scepticisme. Shimada aussi devait avoir senti quelque chose d'inhabituel chez Yamazaki, car il regarda son camarade avec surprise.

-Venez avec moi, ordonna Yamazaki après un instant de réflexion.

Shino et Shimada suivirent Yamazaki dans la chambre de Kondō. Le commandant s'y trouvait en compagnie de Sannan et Hijikata. Ceux-ci parurent surpris de la visite des inspecteurs, mais Kondō et Sannan les accueillirent avec bienveillance, et Hijikata demanda à Yamazaki ce qui l'amenait.

-Je viens d'apprendre pour la mort de Serizawa-san, expliqua ce dernier. Il y a quelques éléments qui me troublent dans le déroulement des faits. On peut admettre que les assassins se soient renseignés sur la disposition des lieux. En revanche, comment savaient-ils que Serizawa-san et ses hommes ne se trouveraient pas dans leur chambre habituelle ce soir-là ?

Maintenant que Yamazaki soulevait le problème, Shino se rendait compte que c'était en effet très surprenant. Le déménagement ne datait que de deux ou trois jours plus tôt.

-Que suggères-tu, Yamazaki ? demanda Hijikata.

-Une complicité à l'intérieur du shinsengumi.

-Hirama est porté manquant depuis la nuit dernière, fit valoir Sannan.

-La complicité de Hirama est hautement improbable, répliqua Yamazaki. Il admirait Serizawa-san, et c'est un homme profondément loyal. Je pense que, plus vraisemblablement, il s'est enfui car il a reconnu l'un des assassins.

-Est-ce tout ce que tu avais à nous dire ? demanda Hijikata.

-Pas tout à fait. Je compte mener une enquête au sein du shinsengumi pour détecter d'éventuels complices de l'attentat, et je tenais à vous en informer.

-Je ne peux pas l'autoriser, répondit Hijikata d'un ton ferme.

De surprise, Yamazaki lâcha un :

-Mais, vice-commandant…

-C'est un ordre, appuya Kondō.

Shino s'aperçut alors qu'aucun des trois hommes en face d'elle n'était dans son état normal. Sannan baissait les yeux, Kondō avait le visage fermé, et Hijikata paraissait particulièrement serein. Comme si… comme s'il était soulagé. Un vertige la saisit lorsqu'elle comprit qu'ils connaissaient l'assassin et qu'ils le couvraient.

-Je comprends, fit Yamazaki en inclinant la tête.

Il prit congé en compagnie de Shimada et de Shino, encore sous le choc. Lorsque les inspecteurs et la jeune fille se retrouvèrent à l'extérieur, Yamazaki poussa un soupir.

-Je déteste ça.

Shino l'approuva d'un regard compatissant.

-Non… pas ça ! fit Yamazaki d'un ton agacé. Ce que je déteste, c'est de ne pas disposer de toutes les informations… Comment est-ce que je peux faire mon travail efficacement dans ces conditions ?