Bonjour mes petits loups,
Il semblerait que ça fasse presque un an que je n'ai pas publié… J'ai eu une année ultra chargée (faites des études, qu'ils disent !) mais ça y est, j'ai fini et je suis diplômée ! J'ai enchaîné ma fin d'année avec un déménagement (dans un autre pays, ce qui ne facilite rien) et me voilà donc enfin, à la fin de mon été qui n'en était pas un (quelle idée d'aller vivre en Angleterre !). J'ai finalement trouvé le temps d'écrire (yay !) et voici donc la suite.
Je suis désolée mais je n'ai vraiment pas le temps, par contre, de répondre à toutes les reviews – très nombreuses d'ailleurs, merci infiniment – et puis depuis le temps que je n'ai pas publié, je ne suis pas sûre que vous vous souveniez à quoi je réponds de toute façon… Shame on me !
En tout cas, encore un merci à tous pour vos commentaires, vos critiques et votre soutien indéfectible. C'est difficile de ne pas s'en vouloir d'être tellement en retard quand on a des lecteurs aussi géniaux que vous !
Bonne lecture mes petits loups et on se retrouve en bas,
L.
Ps : Le titre du chapitre fait référence à l'incroyable chanson du même nom de Nina Simone. Si vous ne la connaissez pas, je vous conseille d'écouter (comme tout le répertoire de Nina Simone d'ailleurs qui était une femme absolument singulière).
XXV
Sinnerman
1er juin 2007
Blaise Zabini n'avait jamais aimé les conflits. Quels qu'ils soient.
Il avait détesté la guerre. Voir des personnes qu'il avait côtoyées pendant des années mourir pour une cause qu'il ne comprenait qu'à peine, découvrir la plus sombre facette de la nature humaine en parcourant les couloirs du manoir Malefoy, devoir vivre dans une angoisse permanente de perdre l'un de ses proches, il avait détesté cela. Il se souvenait encore aujourd'hui, bien des années après, de cette impression qu'il avait eu de devenir fou. Tout autour de lui n'avait été que désespoir, peine et constante peur. Il se souvenait encore du regard hanté de Drago quand les cris des torturés retentissaient dans l'immensité du manoir. Il se souvenait encore des joues creusées de Narcissa dès que Voldemort se trouvait dans la même pièce que son fils ou son époux.
Et il se souvenait de sa mère. Sa mère qui avait préféré se cacher plutôt que de participer aux massacres. Blaise n'avait jamais vraiment su si c'était parce qu'elle ne partageait les idéaux d'aucun des deux camps ou si c'était par peur. Au final, cela n'avait pas beaucoup d'importance puisqu'elle était morte de toutes les façons. Il se souvenait encore de ses cris qui l'avaient réveillé (« Arrêtez, avait-elle crié, je vous en prie, arrêtez ! Pas ici, mon fils est à l'étage ! »). Il se souvenait encore avoir dévalé les escaliers, sa baguette fermement dans sa main, prêt à en découdre avec les agresseurs mais il était trop tard. Quand il était arrivé dans le salon, sa mère et le père de Théodore étaient tous deux allongés, les yeux grand ouverts, fixant le plafond dans une expression figée terrifiée et terrifiante. L'Auror devant lui, baguette en main, lui avait lancé un regard fou mais apeuré, comme s'il n'avait lui-même pas la moindre idée de ce qu'il venait de se passer. Plus tard, Blaise apprendrait que le père de Theodore avait été celui qui avait tué la femme et le fils de l'Auror (il connaissait son nom mais il avait toujours refusé de le formuler dans son esprit, il resterait toujours « l'Auror »).
Blaise avait toujours détesté les conflits.
Il avait haï celui qui avait suivi, avec Théodore qui l'avait accusé irrationnellement d'être responsable de la situation. Blaise avait su tout de suite que c'était le chagrin qui l'avait fait parler – bien qu'il n'était pas très sûr de comprendre quel genre de chagrin on pouvait ressentir à la mort de quelqu'un comme Avery Nott mais qui était-il pour juger le deuil de chacun ? – mais cela ne l'avait pas empêché d'en être abasourdi. Il avait préféré oublier et passer à autre chose.
Blaise n'avait jamais pensé être une mauvaise personne. Il était un bon ami – il le savait, dans le regard de Drago, même s'il ne lui avait jamais vraiment dit par pudeur. Il n'avait jamais participé aux moqueries de Drago et de Theodore à Poudlard, n'avait pas pris part aux horreurs de la guerre, n'avait jamais regardé un être humain comme inférieur à cause de son sang. Il avait toujours fait en sorte que ses proches soient le plus heureux possible, sans pour autant faire du mal aux autres. Alors il estimait avoir le droit de se demander pourquoi. Pourquoi fallait-il que de mauvaises choses lui arrivent à lui ? Il n'avait jamais rien fait pour mériter ça. Et il avait beau retourner le problème dans tous les sens, aucune réponse ne vint.
Alors il enterra sa mère dans un cimetière pratiquement vide, avec seulement une vingtaine de personnes dont la moitié au moins était venue par obligation. Et il reprit le cours de sa vie en se disant « plus de guerre, s'il vous plaît, plus de conflit ».
Blaise aurait dû avoir l'habitude des conflits.
Il en avait déjà eu assez pour le reste de sa vie. Du moins, il en avait l'impression. Alors il s'était donné pour mission de régler ceux qu'ils pouvaient régler, à commencer celui entre son meilleur ami et Hermione Granger. C'était assez enfantin, au début, juste le résultat de quelques années de manque de maturité et les séquelles d'une éducation à faire disparaître doucement. Blaise avait été si fier quand il avait vu le conflit se dissiper, ses deux amis se rapprocher. Peut-être aurait-il du mettre un frein dès qu'il avait senti que leur relation allait évoluer. Peut-être aurait-il du sentir qu'avec leurs deux caractères, ils ne pouvaient qu'aller vers un nouveau conflit.
Blaise aurait dû avoir l'habitude des conflits mais il n'était pas le moins du monde prêt pour celui qu'il allait devoir aider à résoudre : celui de Drago contre lui-même. Comment pouvait-on combattre un ennemi qu'on ne pouvait pas voir, pas sentir, pas entendre ? Blaise avait été désemparé, perdu à nouveau dans les méandres d'une angoisse permanente. Il avait voulu crier (« Tu ne crois pas que j'ai assez perdu de gens que j'aime comme ça ? » aurait-il voulu lui hurler), il avait voulu pleurer (« Quand serais-je enfin tranquille ? » murmurait-il parfois dans son sommeil), mais il s'était tut et il avait fait ce qu'il pouvait pour aider. Et un conflit de plus était passé.
Trop avaient suivi et aujourd'hui, Blaise était fatigué.
Il aurait voulu régler celui qui persistait entre Drago et Hermione mais il avait fini par comprendre qu'il n'y avait rien qu'il ne pouvait faire tant qu'ils ne se décidaient pas eux-mêmes à admettre leurs torts. Il était fatigué de chercher des solutions à des problèmes qui n'étaient pas les siens. Et il aurait juste voulu pouvoir aller se plaindre de Drago auprès de Narcissa comme il l'avait toujours fait depuis la mort de sa propre mère mais cela non plus, il ne le pouvait plus.
Il soupira profondément, prenant une gorgée de son verre de scotch qu'il avait presque oublié, perdu dans ses pensées.
Blaise aurait seulement voulu mettre un terme à tous les conflits qui parsemaient sa vie. Mais peut-être n'avait-il pas ce pouvoir. Peut-être que ce n'était pas à lui de toujours vouloir tout régler. Peut-être que pour une fois dans sa vie, il pouvait laisser les autres s'occuper de tout ça.
Il souffla à nouveau et termina son verre d'une traite, à l'instant même où la sonnette de son appartement retentissait. Il mit un instant à se rappeler que c'était le jour de congés de son elfe de maison et se leva, prenant appui sur les imposants accoudoirs de son fauteuil. Il chancela un moment avant de retrouver un certain équilibre, se dirigeant à pas lents vers l'entrée. Il arrivait enfin devant la porte quand la sonnette retentit à nouveau.
- Oui, oui, j'arrive ! soupira-t-il en l'ouvrant enfin.
Il eut un mouvement de recul quand ses yeux croisèrent ceux, sombres, de Théodore.
- Théodore, souffla Blaise quand il eut retrouvé un peu d'éloquence.
- Blaise, répondit l'autre.
Presque un murmure.
Aucun ne parla pendant un long moment. Ils restèrent là, à se regarder dans les yeux, une discussion silencieuse échangée malgré eux. Théodore passa une main dans ses cheveux, la laissant ensuite sur sa nuque, détournant le regard. Il se racla la gorge, ouvrit la bouche pour parler mais la referma aussitôt avant de pousser un profond soupir, semblant chercher ses mots sans savoir où les trouver.
Blaise n'allait certainement pas l'aider. Il lâcha finalement la poignée de la porte et croisa les bras, s'appuyant sur le chambranle de la porte sans quitter l'autre du regard, ce qui sembla le mettre encore plus mal à l'aise.
Ils ne savaient pas combien de temps passa mais finalement, Théodore releva la tête et affronta le regard presque noir du métis.
- Je peux entrer ? demanda-t-il d'un ton qui laissait clairement entendre qu'il pensait que la réponse serait négative.
- Ca dépend, répondit Blaise. Tu as bu aujourd'hui ?
Théodore fit non de la tête et Blaise se redressa finalement, retournant à l'intérieur, laissant la porte ouverte dans une invitation tacite. Il suivit le maître des lieux jusqu'au salon, où celui-ci récupérait son verre sur la table basse, se dirigeant machinalement vers le bar.
- Moi par contre, je vais avoir besoin d'un verre, grommela Blaise en se servant généreusement, oubliant les glaçons, avant d'avaler une longue gorgée. Bon, si tu n'es pas ivre, puis-je savoir pourquoi tu es ici ?
Un nouveau silence incommodant s'installa.
Théodore Nott n'était pas du genre à se chercher des excuses.
Il assumait toutes les erreurs qu'il avait pu commettre dans sa vie. Il assumait la cicatrice qui striait son bras gauche, seul vestige de la Marque des Ténèbres. Il assumait toutes les horreurs auxquelles il avait assistées et qu'il n'avait rien fait pour arrêter. Mais comment pouvait-il assumer d'avoir fait tant souffrir la seule personne qui lui avait permis de garder un minimum d'espoir quand tout était promis à la désolation ? Et il aurait presque voulu s'en trouver, des excuses, mais il savait bien que rien ne pouvait justifier tout cela. Tout le chagrin, toute la peine du monde ne pouvait expliquer pourquoi il avait agi ainsi avec la seule personne qui avait vu en lui quelque chose de beau, quelque chose en lui qui inspirait autre chose que du dégoût.
- Je suis un idiot, commença-t-il, avant de se raviser.
C'était vrai, mais c'était aussi si loin de la vérité qu'il ne savait même pas quel mot utiliser. Blaise eut un petit rire sans joie et se tourna vers lui, penchant légèrement la tête sur le côté.
- Si tu le découvres seulement maintenant, tu aurais du venir me voir plus tôt, j'aurais pu te le dire il y a bien longtemps.
- Ok, j'ai mérité ça, reprit Théodore avec un petit sourire.
Blaise ne répondit pas.
- J'ai une confession à faire.
Il était sûr de n'avoir pas inventé la lueur de curiosité qui passa dans le regard du métis, aussitôt disparue.
- Je suis homosexuel.
Il l'avait dit dans un soupir, comme si c'était la chose la plus difficile qu'il avait faite de toute sa vie, comme si c'était un poids qu'il avait porté sur ses épaules depuis toujours.
Blaise hésita entre rire et hurler.
- Je vais me répéter, répondit-il finalement, mais j'aurais pu te le dire il y a bien longtemps.
Théodore continua comme si l'autre n'avait pas parlé.
- Ce n'est pas la première fois que je fais cette confession.
Et il parlait si bas que Blaise dut faire quelques pas vers lui pour pouvoir l'entendre.
- La première fois que je l'ai avoué à quelqu'un, c'était à mon père. Tu te souviens de mon père, je suppose… Tu te souviens sans doute qu'il n'était pas l'homme le plus tolérant que l'on puisse rencontrer.
Théodore prit une profonde inspiration avant de continuer.
- Il n'y a pas d'excuse pour ce que je t'ai fait endurer, Blaise. Sache simplement que je ne suis pas en train de chercher des excuses, je veux juste t'expliquer pour que tu puisses comprendre et peut-être que tu pourras me pardonner un jour. Je veux juste que tu m'écoutes et tu choisiras ensuite ce que tu veux faire de mes excuses.
Un nouveau silence.
- Quand je lui ai dit, je devais avoir quatorze ans. J'étais jeune, mais je le savais déjà. Je ne savais pas trop ce que ça voulait dire parce que tu penses bien que ce n'était pas une chose commune dans mon entourage mais je savais que les filles ne m'intéressaient pas alors que les garçons… Bref, je l'ai dit à mon père, sans savoir vraiment ce que ça voulait dire. Je savais juste que c'était la vérité, ma vérité et que si je voulais comprendre, il fallait que j'en parle à quelqu'un qui saurait me dire que ça n'était pas anormal, que j'avais le droit de l'être. Tu penses bien, connaissant mon père, que ce n'est pas ce qui s'est passé. Il m'a regardé sans me voir, comme si je venais de disparaître de la surface de la Terre. Je ne sais pas si ce qui m'a fait le plus de mal, c'est le silence qui m'a semblé durer des heures ou les coups qui ont suivi. Ce que je sais, c'est que j'ai fini par me dire que je n'étais sans doute pas homosexuel puisque c'était quelque chose de si grave que ça justifiait que je doive me réfugier auprès de Narcissa Malefoy pour qu'elle guérisse mes côtes cassées.
Blaise fut parcouru d'un long frisson à la mention de la mère de Drago. Y avait-il quelqu'un que cette femme n'avait pas sauvé, à sa façon ?
- Je n'en ai plus jamais parlé à personne mais mon père ne m'a pas laissé l'oublier pour autant. Et à chaque fois que je rentrais de Poudlard, j'avais le droit aux conséquences d'un aveu que j'avais fait en pensant pouvoir faire confiance à quelqu'un. Et puis, tu es arrivé… Enfin, tu étais déjà là mais c'est vers cette période que tu as décidé d'annoncer à tout le monde que tu étais homosexuel. Et quand j'ai vu à quel point ça ne dérangeait pas ta mère et que tout le monde te traitait comme avant, j'ai juste été jaloux. Si ça n'avait été que ça, je m'en serais vite remis mais la nouvelle a fini par arriver aux oreilles de mon père.
Blaise retint son souffle. Il avait déjà deviné où toute cette histoire allait mener mais il se tut. C'était la première fois de sa vie qu'il entendait autant de mots sortir de la bouche de Théodore Nott alors il n'osa pas l'interrompre.
- Je suis sûr que tu peux faire marcher ton imagination pour deviner quelle a été sa réaction. Il était non seulement énervé parce que tu es un Sang-Pur et que ça voulait dire que tu ne pourrais pas faire perdurer ta lignée mais il l'était encore plus parce qu'il savait que nous étions amis et que nous partagions un dortoir. Il a songé pendant un moment à m'envoyer à Durmstrang mais il a fini par abandonner l'idée parce qu'il détestait Karkaroff. Bref, non seulement j'ai grandi en apprenant à me détester moi-même pour ce que j'étais mais aussi à te détester toi parce que j'étais jaloux que tout le monde t'accepte pour ce que tu étais et parce qu'à chaque fois que je prenais un nouveau coup, c'était ton nom que mon père répétait.
- Ca ne l'a pas empêché de venir se cacher chez moi quand la guerre a été finie, le coupa Blaise, non sans amertume.
Il ne croyait pas qu'il avait déjà détesté quelqu'un autant qu'il détestait Avery Nott à cet instant. Théodore laissa échapper un petit rire sarcastique, sombre et bref.
- S'il y a une chose à laquelle il tenait plus qu'aux apparences et au Sang-Pur, c'était à sa propre vie. Il m'a laissé seul au manoir et il est parti du jour au lendemain. Je n'ai appris qu'il était parti de la maison que quand Drago est arrivé chez moi pour me dire qu'il était mort. Chez toi. J'avais l'impression que toutes les mauvaises choses de ma vie me ramenaient à toi.
Il y eut un nouveau silence et Théodore se mordit la lèvre. Blaise fit un nouveau pas en avant quand il constata que c'était parce qu'il retenait ses larmes.
- Je ne sais pas pourquoi j'ai pleuré cet homme. Je ne sais pas pourquoi je n'ai pas sauté de joie quand Drago m'a annoncé la nouvelle. Je suppose qu'il m'avait détruit plus que je ne le pensais. J'aurais sans doute du me sentir libre mais c'était pire que tout, de savoir qu'il était mort sous ton toit. Je crois que j'étais déjà amoureux de toi à l'époque. Je crois que j'ai toujours été amoureux de toi… mais c'était juste trop pour moi.
Blaise ne chercha même pas à cacher la surprise sur son visage. Théodore eut un sourire triste et secoua la tête, baissant le regard.
- Je suppose que je ne t'ai jamais donné de raison de le croire. J'avais tellement peur que mon père l'apprenne… Mais bien sûr que je t'aimais, Blaise. Merde, je t'aime encore aujourd'hui.
Blaise aurait voulu répondre. Vraiment. Mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. La réponse qu'attendait Théodore, les mots qu'il avait tellement espéré pouvoir dire en retour étaient désormais incapables de franchir la barrière de ses lèvres. Il se demanda s'il était trop tard.
- Pourquoi maintenant ? parvint-il à articuler à la place. Pourquoi me dire tout ça maintenant ?
- Parce que je ne suis plus un petit garçon. Je l'ai été pendant trop longtemps mais je suppose qu'il est temps que je me libère de l'emprise que cet homme a eu sur moi. Je ne suis plus un petit garçon et je n'ai plus à avoir peur des coups.
- Ca fait des années, murmura Blaise.
- J'ai mis plus de temps que toi à faire mon deuil, Blaise. J'ai du faire le deuil de mon père et de mon bourreau en même temps. J'ai eu besoin de temps. Et puis Narcissa est morte et quand j'ai appris la nouvelle, j'étais à un de ces repas mondains que je déteste, avec des gens que je déteste mais que je me forçais à supporter parce que ce sont les restes de l'éducation de mon père qui veulent que je supporte toutes ces niaiseries sans broncher. J'étais au milieu de tous ces gens et j'avais envie de pleurer, j'avais envie de pleurer comme jamais et je me suis rendu compte que parmi tous ces gens autour de moi, il n'y avait pas une épaule sur laquelle j'aurais pu me reposer. Et j'ai pensé à toi. J'ai voulu venir ici directement mais je savais que je t'avais trop fait souffrir pour que tu acceptes simplement que je vienne sans rien dire. Tu aurais eu tort de le faire.
Théodore, qui s'était depuis longtemps assis sur le fauteuil que Blaise avait occupé plus tôt, prit une profonde inspiration et baissa les yeux vers ses mains tremblantes. Il en leva une, semblant vouloir s'accrocher au métis pour se donner du courage mais se ravisa au dernier mot, les posant simplement sur ses genoux.
- A l'enterrement, reprit-il, j'ai écouté ton discours et je me suis dit « qu'aurait dit Narcissa si elle savait le quart de ce que je lui ai fait ? ».
C'était une question que Blaise lui-même s'était souvent posé : « que dirait Narcissa ? ».
- Et puis…
Théodore eut un petit rire qui semblait plus sincère que les autres.
- J'ai vu Drago et Hermione. Enfin, plutôt, j'ai vu la façon dont ils se regardent quand ils pensent que personne ne les voit. Si je suis tout à fait honnête, je les ai trouvés un peu pathétiques pendant un moment, dans le sens littéral du terme et puis, je me suis rendu compte que leur situation n'était pas si différente que celle que je t'ai fait endurer. Ils ne sont pas ensemble à cause de non-dits, de rancœurs mal placées. Il y a tant de misère dans leurs regards. Je voudrais juste t'éviter ça. Je ne dis pas que maintenant que je t'ai dit tout ça, tu devrais me pardonner et qu'on devrait être ensemble. Si nous ne sommes jamais ensemble parce qu'il est trop tard et que j'ai trop merdé, je veux juste que tu saches au moins pourquoi. Je ne demande pas une seconde chance, je sais que je ne la mérite pas. Et tu mérites tellement mieux.
Et il se tut. Finalement.
Cette fois, Blaise ne laissa pas le temps au silence d'installer. Il s'assit sur l'accoudoir du fauteuil et posa une main tremblante sur l'épaule de Théodore, qui leva enfin les yeux pour le regarder.
Blaise lui adressa un léger sourire qu'il voulait rassurant mais qui apparut sans doute plutôt rassuré. Théodore lui rendit tant bien que mal.
- Je ne veux pas faire de promesse mais peut-être que ça pourrait marcher. Pas tout de suite, parce que j'ai besoin de temps pour assimiler tout ça mais peut-être qu'on peut faire marcher cette… relation. Si on essaye vraiment tous les deux. Si on se dit les choses. Plus de limites, plus de secrets. Juste nous deux, on peut essayer de faire marcher ça.
Théodore ne répondit pas mais le sourire timide qu'il lança à Blaise était porteur de toutes les promesses qu'il n'aurait su formuler à haute voix. Il se contenta de prendre sa main et de la serrer dans la sienne.
29 juin 2007
Des pleurs, encore des pleurs. Et un grognement étouffé par l'oreiller.
- C'est ton tour.
Ron ouvrit un œil pour le poser sur sa fiancée.
- J'y suis allé la dernière fois. Et s'il veut manger, je ne peux rien faire, je ne peux pas lui donner le sein, répondit-il dans un bâillement, se rendormant presque aussitôt.
Pansy lui assena un coup de coude dans le ventre et il se redressa d'un bond.
- Puisque tu es debout, murmura-t-elle d'une voix fatiguée, tu peux y aller.
Ron poussa un profond soupir mais sortit finalement du lit, pestant contre la femme qu'il aimait tout en marchant d'un pas lourd jusqu'à la chambre d'Hugo, juste en face de la leur. Le bambin continuait de pleurer.
- Alors, Hugo, qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Ron d'une voix encore endormie, se penchant devant le berceau.
Le bébé se calma presque aussitôt qu'il entendit la voix de son père. Il l'observa un instant, comme interloqué, avant de recommencer à pleurer. Ron se pencha pour l'attraper dans ses bras et le berça un moment, avant de lever les fesses du bambin au niveau de son nez pour renifler sa couche. Il eut un mouvement de recul dégoûté.
- Comment une petite chose si adorable peut créer des choses aussi dégoûtantes ? interrogea-t-il Hugo, qui se contenta de l'observer de ses grands yeux bleus.
Dans un soupir, Ron emmena son fils jusqu'à la salle de bain où il changea sa couche, grimaçant tout le long. Une fois propre, il le berça à nouveau, murmurant des mots rassurants. Hugo vint poser sa petite main sur la joue de son père et Ron détourna le visage pour déposer un baiser dans la minuscule paume. Le bébé eut un petit rire ravi avant de fermer les yeux et de les rouvrir, semblant lutter pour rester éveillé. Ron continua à le bercer jusqu'à ce qu'il se rendorme et quand il fut sûr que le bébé n'allait pas se réveiller, il se déposa dans son berceau et repartit vers le lit conjugal.
Pansy vint se coller contre lui aussitôt qu'il fut sous les draps.
- Tu le savais, hein ? murmura-t-il en l'embrassant sur le front.
- C'est mon sixième sens de mère, grommela-t-elle d'une voix ensommeillée.
Ron ne put s'empêcher de rire doucement, resserrant sa prise autour des épaules de sa future femme. Il se rendormit avec un sourire aux lèvres.
25 juillet 2007
Drago commençait à se demander pourquoi il avait accepté que Blaise organise son enterrement de vie de garçon. Il commençait à se demander pourquoi il avait accepté de faire un enterrement de vie de garçon tout court. Evidemment, Blaise avait organisé la soirée à la perfection. De la quantité d'alcool au bar qu'il avait privatisé, tout était parfait. Tout, sauf que Drago n'avait vraiment pas envie de faire la fête.
Tout ce à quoi il pouvait penser, c'était que dans une semaine, il serait marié à Ava. Et pour la première fois depuis qu'il était fiancé, il sentait la panique monter en lui. Pour la première fois, il remettait en question son choix. Particulièrement, dans sa tête se mêlaient les protestations de sa mère face au mariage et les mots d'Hermione quand elle était venue les voir à l'hôpital.
« Je t'aime », avait-elle dit.
Avec les événements qui avaient suivi, il n'avait pas eu le temps de vraiment assimiler ce qu'il s'était passé mais maintenant, des mois après, ces mots le hantaient à chaque instant. Les mots mais aussi la sincérité qu'il avait vue dans ses yeux quand elle les avait dits. C'était cette expression qui le faisait douter. Et si elle disait la vérité ? Et si elle ne mentait pas ? Et si, vraiment, elle l'aimait ? Et si elle l'avait aimé depuis le début ? Non. Non, ce n'était pas possible. Si elle l'avait aimé, si elle l'avait vraiment aimé, les choses se seraient passées différemment.
Il secoua la tête pour chasser cette idée et se pencha pour attraper son paquet de cigarettes, en allumant une. Il laissa son regard couler autour de lui. Ron était assis au bar, les joues rougies par l'alcool et riait de bon cœur avec Harry en faisant de grands signes avec ses bras. Un peu plus loin, assis sur un large fauteuil, Blaise discutait avec Noah, son ancien colocataire de Harvard qu'il avait fait venir pour l'occasion, tandis que Théodore, assis sur l'accoudoir à côté de lui, souriait de temps en temps, jouant distraitement avec les cheveux qui tombaient dans la nuque du métis. Drago eut un petit sourire, heureux de voir ses deux meilleurs amis enfin réconciliés et sur la voie du bonheur.
Il fut sorti de ses pensées par Daniel – qui était également venu des Etats-Unis pour l'occasion – qui prit un siège à côté de lui, bloquant toute opportunité de sortie qu'il aurait voulu prendre, l'autre côté étant occupé par George (ou était-ce Fred ?). Daniel passa un bras par-dessus ses épaules et le secoua doucement.
- Alors, c'est ta soirée, tu comptes en profiter ou rester tout seul à fumer tout ton paquet de cigarettes ?
Drago ne répondit pas tout de suite, se contentant de tirer une grande bouffée, laissant la fumée partir en volutes dans les airs.
- Je suis bien là, souffla-t-il finalement.
- Tu as toujours été ennuyeux de toute façon, se moqua Daniel.
Le blond eut un petit sourire, levant les yeux au ciel. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas vu son ancien camarade d'Harvard. Ils se voyaient de temps en temps quand l'un ou l'autre voyageait aux Etats-Unis ou en Angleterre mais c'était rarement plus d'une fois par an et souvent Daniel qui venait en Angleterre plutôt que le contraire. Drago avait gardé de mauvais souvenirs de New York et il préférait éviter de devoir s'y rendre.
Ils se voyaient donc rarement mais quand ils se retrouvaient, il ne leur était pas difficile de retomber dans leur ancienne camaraderie, Daniel se moquant gentiment de lui tandis qu'il en faisait de même à la première occasion.
La conversation enchaîna, comme souvent quand ils se voyaient, sur leurs souvenirs d'Harvard, ponctuée par les éclats de rire de Daniel et les remarques sarcastiques de Drago. Finalement, le blond finit par se détendre, ses muscles se relaxant lentement, et un sourire qui, enfin, n'était pas forcé vint poindre sur ses lèvres. Ils étaient en train de se remémorer une soirée particulièrement arrosée, où ils avaient fini par se réveiller, avec Liam, dans le jardin le lendemain matin sans savoir comment ils avaient atterri là quand Daniel lui mit un coup de coude, riant toujours aux éclats.
- Tu te souviens de la tête d'Hermione quand elle nous a retrouvés ? On a cru qu'elle allait nous tuer mais finalement c'est toi qui as tout pris. C'est fou ce que vous aimiez vous disputer !
Drago ne répondit pas, le sourire disparaissant progressivement de ses lèvres à la mention de la jeune femme. Daniel sembla le remarquer car il gigota maladroitement sur son siège, avant de se pencher vers son ancien camarade, posant une main sur son bras.
- Je crois que vous vous aimiez beaucoup, tout court, reprit-il comme si c'était normal.
Comme si c'était ce que Drago voulait entendre. Mais non, ce n'était pas ce qu'il voulait entendre.
Il avait passé ces dernières années à se persuader qu'elle s'était moquée de lui, qu'elle avait profité de ses sentiments pour elle pour arriver à ses fins et tout le monde n'arrêtait pas de lui répéter que c'était faux, que tout cela n'était qu'un affreux malentendu.
C'était un sentiment horrible, de sentir l'espoir monter en lui après toutes ces années alors qu'il avait tout fait pour le refouler le plus possible.
« Je t'aime », avait-elle dit.
- Drago ? Ca va ?
Il entendit vaguement la voix de Daniel, qui résonna un instant dans sa tête avant d'être réduite à l'état de murmures. Soudain, il n'entendait plus rien sinon le martèlement de son cœur qui le rendait sourd à tout le reste. Il se leva difficilement, ignorant le regard interloqué de Daniel et se dirigea aussitôt vers la salle de bain, fermant la porte derrière lui d'un sort.
Il s'appuya sur l'évier et prit une grande inspiration, fermant les yeux, s'exhortant à se calmer. Il réalisa avec amertume qu'il était en train de faire une crise d'angoisse.
Drago Malefoy, 27 ans, était enfermé dans la salle de bain d'un bar, le soir de son enterrement de vie de garçon, en train de faire une crise d'angoisse. S'il n'y avait pas eu cet étau invisible qui semblait encercler ses poumons pour l'empêcher de respirer, il aurait sans doute trouvé ça ironiquement drôle.
Il se laissa glisser au sol, s'appuyant contre le mur et tenta de prendre une profonde inspiration, en vain. L'étau sembla se resserrer et sa respiration s'accélérer davantage. Il tenta de se calmer, se rappelant la dernière fois qu'il avait eu une crise d'angoisse.
C'était quelques jours après que tout ait explosé entre Hermione et lui. Il était au manoir Malefoy, tentant tant bien que mal de cacher à quel point il était misérable, fatigué et le cœur brisé. Sa mère était assise au coin de feu, lisant le journal, tout en lui adressant de temps en temps des regards inquiets mais n'osant pas poser de questions. Elle avait suivi Drago du regard quand il s'était levé pour se servir un verre de whisky mais n'avait rien dit. Finalement, dans un soupir, elle avait jeté le journal sur la table basse, prête à intervenir, dire quelque chose quand elle avait vu l'expression figée de son fils, dont le regard était planté sur les gros titres : « Procès Campbell : Malefoy se retire, Granger gagne son procès ».
Alors qu'il était toujours assis par terre dans la salle de bain, il se souvint de cette sensation qui était si similaire à celle qu'il ressentait maintenant. Tout à coup, il avait été incapable de respirer, comme si ses poumons avaient arrêté de fonctionner et des points noirs avaient voilé sa vision. Il avait dû s'appuyer sur le canapé pour ne pas se retrouver à genoux au milieu de son salon. Narcissa s'était levé d'un bond en le voyant chanceler et, semblant comprendre sans avoir besoin de poser la moindre question, elle l'avait fait s'asseoir et l'avait pris dans ses bras, le berçant comme un enfant jusqu'au moment où, enfin, sa respiration se calma. C'est ce jour-là qu'il lui raconta tout : de son addiction à tout ce qu'il s'était passé entre Hermione et lui. C'est ce jour-là que, pour la première et dernière fois, il avoua à quelqu'un d'autre qu'il était tombé amoureux d'Hermione Granger.
Mais aujourd'hui, seul enfermé dans cette salle de bain qu'il trouvait maintenant lugubre, il n'y avait plus sa mère pour le réconforter, plus sa mère pour lui caresser les cheveux pour qu'il se calme. Il n'avait plus sa mère. Comme si cela ne suffisait pas, il sentit les larmes commencer à lui monter aux yeux, sa respiration refusant toujours de se calmer. Il posa ses paumes contre ses paupières, s'exhortant mentalement à apaiser son esprit, en vain.
« Je t'aime », avait-elle dit.
C'était tout ce qu'il semblait entendre, dans le silence de sa solitude.
Insidieusement, il sentit une rage sourde monter en lui. Il aurait dû s'amuser ce soir. Il aurait dû passer la soirée à rire avec ses amis mais à la place, voilà qu'il se retrouvait enfermé, seul, cherchant à dompter la crise d'angoisse qui l'avait pris à la seule mention de son prénom.
Parce qu'il l'aimait aussi. Il l'aimait toujours.
La colère semblait avoir eu raison de son angoisse car finalement, il parvint à respirer par le nez et, après quelques profondes inspirations, son pouls reprit un rythme normal et il s'apaisa enfin, laissant sa tête tomber contre le carrelage froid du mur contre lequel il était toujours assis. Sa colère, elle, ne redescendit pas. Il était en colère contre tout et tout le monde. Contre lui, surtout.
Sans vraiment réfléchir, il attrapa sa baguette dans sa poche, se redressa en s'appuyant sur son bras tremblant et transplana aussitôt. Il se rendit bien vite compte que ça n'avait pas été une brillante idée quand il chancela sur ses pieds en atterrissant et manqua de s'étaler au sol, encore affaibli. Il se redressa néanmoins, déterminé à faire ce pour quoi il était venu. Il traversa en deux enjambées les quelques mètres qui le séparaient de la porte et toqua violemment, laissant le bruit résonner dans ses oreilles. Il attendit que la porte vienne s'ouvrir – cela lui sembla durer des heures mais ce n'était sans doute que quelques secondes – et enfin, elle apparut devant lui.
Hermione parut surprise de le voir et elle allait sans doute dire quelque chose qui allait dans ce sens, mais il ne lui laissa pas le temps de parler.
- Tu n'as pas le droit de faire ça, grogna-t-il, sa colère bloquant toujours tout autre sentiment.
- D-De quoi tu parles ? répondit Hermione, visiblement confuse.
Il fit un pas en avant, s'imposant dans son espace personnel et dans son entrée, la regardant droit dans les yeux. La brune fit un pas en arrière mais il la suivit.
- Tu n'as pas le droit, après toutes ces années, de me dire que tu m'aimes. Tu n'as pas le droit de faire ça, Hermione. Pas quand tu ne l'as jamais dit avant, pas quand tu n'as pas su me répondre quand je te l'ai dit, moi. Tu n'as pas le droit de me dire que tu vas sortir de ma vie et l'instant d'après, de m'embrasser et de me dire ça. Pas si ce n'est pas vrai.
Il s'arrêta un instant et ferma les yeux, prenant une longue inspiration. Hermione n'osa pas l'interrompre.
- Quand je te l'ai dit, il y a des années, je ne m'attendais pas à ce que tu me répondes, je ne m'attendais pas à ce que tu ressentes la même chose. Je te l'ai dit parce que c'était vrai, parce que je t'aimais (jamais, au grand jamais, il n'aurait osé dire ces mots au présent). J'ai quitté Ava pour toi, j'ai quitté mon premier job pour toi et je l'ai fait parce que je t'aimais. Je te l'ai dit et tu m'as brisé le cœur. Tu m'as brisé le cœur, Hermione.
Elle avala difficilement la salive, n'osant pas détourner le regard de ses yeux orageux qui semblaient jauger la moindre de ses réactions.
- Je… Je sais, murmura-t-elle quand elle réalisa qu'il ne continuait pas.
- Non ! hurla-t-il en tapant du poing sur le mur contre lequel il l'avait acculée. Tu ne sais pas ! Tu ne sais pas !
Elle sursauta mais refusa toujours de dévier le regard. Elle n'avait pas peur de lui, elle savait qu'il ne lui ferait jamais de mal (« pas physiquement en tout cas », songea-t-il amèrement).
- Tu m'avais sauvé, reprit-il, presque un murmure à présent. Tu m'avais sauvé de moi-même. J'étais malheureux, j'étais désespéré. Peu importe Ava, peu importe mes parents et Blaise et Théodore et Pansy et Daniel et tous les gens qui m'entouraient, j'étais seul. J'étais seul et tu m'as sauvé. Et à l'instant où je me suis dit que peut-être il était temps que je trouve quelqu'un avec qui je ne me sentais pas seul, à l'instant où je t'ai dit que cette personne, c'était toi, tu m'as tourné le dos et tu m'as brisé le cœur. Alors non, Hermione, tu n'as pas le droit de me faire ça. Tu n'as pas le droit de venir me dire que tu m'aimes et t'insinuer dans la moindre de mes pensées alors que je me marie dans une semaine. Tu n'en as pas le droit.
Il se tut finalement, prenant une grande inspiration. Hermione prit le temps de respirer avec lui un moment avant de lever une main tremblante pour repousser une mèche de cheveux qui tombait sur son front. Elle lui sourit doucement, tendrement et ce sourire lui rappela horriblement celui de sa mère, celui qui voulait dire « quoiqu'il arrive ».
- Je suis désolée.
Elle ne laissa pas retomber sa main, la glissant dans ses mèches blondes, les caressant délicatement. Il la laissa faire.
- Je suis désolée, Drago. Vraiment. Si je pouvais revenir en arrière, je le ferais et tout serait différent mais je ne peux pas. Tout ce que je peux te dire, c'est que je suis sincèrement désolée. Je sais que je t'ai blessé. Je suis désolée.
Drago ne répondit pas. Il ferma les yeux et laissa finalement son esprit s'apaiser. Sa colère se dissipa peu à peu et quand il rouvrit les yeux, elle était toujours là, lui lançant un regard franc, plein d'une sincérité dont il avait tant douté et d'autre chose qu'il préféra ne pas chercher à comprendre.
Il pensa à Ava. Ava, qui l'aimait malgré tout. Ava, qui était si malheureuse avec lui. Ava, qui méritait tellement mieux que lui. Il soupira et fit un pas en arrière, laissant la main d'Hermione glisser contre sa peau et échouer le long de son corps. Il empoigna sa baguette et transplana sans un mot de plus, laissant Hermione plantée dans son entrée, appuyée contre le mur.
Quand il atterrit dans la salle de bain, il entendit aussitôt tambouriner à la porte et la voie paniquée de Daniel, couvrant la musique. Drago secoua la tête pour se remettre les idées en place et ouvrit la porte d'un moulinet de sa baguette. Daniel trébucha à l'intérieur et lui lança un regard paniqué.
- Ca fait plus d'un quart d'heure que je tambourine à la porte ! Tout va bien ?
Drago leva un regard impassible vers lui.
- Oui. J'avais besoin d'un peu de temps pour moi.
Daniel ne répondit pas, mais sembla lire en lui et deviner exactement ce qu'il avait fait de ce temps. Néanmoins, il n'en dit rien et ne commenta pas davantage.
- Tu viens ?
Drago hocha la tête et le suivit vers le bar. Ses amis étaient toujours là mais chacun semblait avoir changé de partenaire et les conversations semblaient joyeuses et animées. Le blond s'assit sur un tabouret devant le bar et commanda un verre d'un signe de la main, avant de chercher dans sa poche ses cigarettes, en allumant une.
Elle avait eu l'air si sincère qu'elle avait laissé s'envoler ses derniers doutes. Peut-être s'était-il trompé. Peut-être s'en était-elle vraiment voulu tout ce temps. Peut-être… Il s'arrêta net dans ses dangereuses pensées. Dans une semaine, il serait marié à Ava, comme cela était censé être le cas. Dans une semaine, tout cela serait derrière lui.
Il se força à penser à Ava : ses longs cheveux bruns, presque noirs, qui tombaient en cascade sur ses épaules, ses grands yeux bleus, son sourire, sa tendresse. Ava était parfaite. Ava avait accepté le moindre de ses défauts. Ava avait tout accepté, tout même le fait qu'il en aimait une autre. Une autre avec qui il ne pouvait être parce que son cœur n'avait pas fini de guérir, parce qu'ils s'étaient fait trop de mal, parce qu'il était trop tard. Ava était parfaite. Hermione, non.
Il avait aimé Ava, il pourrait très bien l'aimer à nouveau.
« Je t'aime », avait-elle dit.
A nouveau, sans raison apparente, il sentit une rage vide de sens monter en lui et il se demanda si un jour il cesserait d'être en colère. Blaise vint s'asseoir à côté de lui et posa une main sur son épaule.
- Si tu veux rentrer, vas y. Je dirais aux autres que tu as trop bu.
Drago eut un petit sourire. Il n'y avait que Blaise pour savoir lire dans la ligne tendue de ses épaules, dans les traits figés de son visage depuis l'autre bout de la pièce qu'il avait envie de rentrer chez lui, de se glisser sous les draps et de prendre une potion de sommeil sans rêve pour éviter d'être hanté par les yeux chocolat de sa Némésis. Il hocha la tête, un merci non formulé, et descendit du tabouret, écrasant sa cigarette dans le cendrier devant lui.
Il attrapa son manteau dans le vestiaire et sans un regard derrière lui, quitta le bar avant de transplaner. Il aurait du savoir qu'il n'atterrirait pas devant chez lui. Il se retrouva devant la même porte que plus tôt.
- Je vais le regretter, murmura-t-il pour lui-même, avant de toquer.
Cette fois, les secondes qui passèrent ne lui parurent pas assez longues parce qu'il aurait sans doute eu besoin de plus de temps pour s'empêcher d'agir comme il le fit ensuite. Hermione ouvrit la porte et parut à nouveau surprise de le voir devant elle. Encore une fois, il ne lui laissa rien le temps de dire. Il fit un pas en avant, réduisant la distance entre eux, attrapa son visage entre ses mains et plaqua sa bouche contre la sienne.
Hermione laissa échapper un gémissement de surprise mais se reprit rapidement, encerclant sa nuque de ses bras et répondant à son baiser avec une passion qu'il n'avait jamais connue ailleurs. Il avait l'impression qu'un brasier s'était allumé en lui et tout à coup, il avait chaud et sa tête tournait pour des raisons différentes que sa crise d'angoisse qui lui semblait si loin maintenant. Il mordilla sa lèvre inférieure et Hermione gémit à nouveau, ouvrant la bouche pour le laisser y glisser sa langue.
Quand ils se séparèrent finalement, de longues minutes plus tard, il refusa de lâcher son visage, la regardant droit dans les yeux avant de plonger à nouveau, comme un aigle sur sa proie. Il se pencha pour l'attraper derrière les cuisses et Hermione encercla sa taille de ses jambes, sans lâcher sa nuque. Il se détacha de sa bouche pour glisser ses lèvres le long de son cou, respirant son odeur, mémorisant la moindre nuance.
- La chambre ? demanda-t-il dans un murmure entre deux baisers.
- Au fond du couloir, à droite, répondit Hermione, le souffle erratique, ses doigts glissant dans les mèches blondes.
Drago s'y dirigea aussi assurément qu'il le pouvait sans lâcher Hermione (c'était hors de question) et il trébucha sur un carton, étouffant un juron. Baissant les yeux, il aperçut finalement ce qu'il n'avait pas vu auparavant : le couloir était parsemé de cartons de différentes tailles.
Il mit quelques secondes à comprendre ce que cela signifiait mais finalement, il leva les yeux vers Hermione, voulant poser la question qui était désormais seule présente dans son esprit mais elle mourut sur ses lèvres quand il croisa son regard. Ses cheveux bruns étaient plus ébouriffés encore qu'à l'accoutumée, ses lèvres rosies et légèrement gonflées, ses joues écarlates et son souffle était toujours erratique. A cet instant, il ne put penser à rien d'autre qu'à quel point il avait envie de l'embrasser.
Alors il le fit et termina le trajet qui les menait jusqu'à la chambre d'Hermione, fermant la porte derrière lui d'un coup de talon.
Si elle déménageait, il espérait que c'était loin, très loin. Là où il n'oserait jamais aller.
Et il chérirait le souvenir de cette nuit dans ses vieux jours, quand il pourrait s'échapper de son mariage avec Ava pour se perdre dans ses pensées.
Ce n'était pas idéal. Mais c'était assez.
Voilààààà.
Qu'en avez-vous pensé ?
Questions pour les non-inspirés de la review :
Qu'avez-vous pensé de la scène Blaise/Théodore ? De la confession de Théodore ? De la réaction de Blaise ?
Que pensez-vous de l'interlude Ron/Pansy ? (c'était histoire d'ajouter un peu de joie à ce chapitre qui en manquait sérieusement… oups, j'ai encore plongé dans l'angst !)
Enfin, je pense que vous serez assez inspirés par la dernière partie du chapitre pour commenter sans avoir besoin de questions… surtout que je ne saurais pas quoi vous demander, haha !
Je vous promets, encore une fois, de faire le plus vite possible pour le prochain chapitre (mais vous savez maintenant que je ne suis pas digne de confiance…). Ce sera le dernier chapitre qui se déroulera dans le passé et vous saurez donc – enfin – ce qui s'est vraiment passé entre Drago et Hermione.
D'ici là, je vous embrasse fort mes petits loups,
L.
Ps : Une review et vous pourrez remplacer Hermione dans la dernière scène ).
