Chapitre 25
Lorsqu'ils arrivèrent devant la porte du bureau de Slughorn, Léna sentit son angoisse augmenter d'un cran. Elle serra sa main droite libre et se força à adopter un visage souriant. À côté d'elle, son cavalier, étonné par son petit manège, lui jeta un coup d'œil. Il attendit quelques secondes en la regardant puis toqua à la porte. Léna, sa main gauche posée sur le bras de Nathanaël, prit une grande inspiration et suivit le mouvement du jeune homme. Le professeur Slughorn les accueillit avec un grand sourire et une tonne de compliments. Il les laissa entrer et vient à la rencontre d'un autre couple qui venait d'arriver derrière eux.
La Serdaigle restait figée sur place au milieu de la pièce, les sens en alerte comme si un danger était imminent. Ce danger était, en fait, son ex petit ami. La jeune fille le cherchait des yeux. Quand elle le trouverait, elle serait en mesure de l'éviter du mieux qu'elle le pouvait. Toutefois, il ne semblait pas être encore arrivé puisque Léna ne le voyait pas. Nathanaël tira légèrement sur son bras pour la faire revenir sur terre. Il l'interrogea du regard. Elle lui sourit pour lui signifier qu'elle allait bien et il l'emmena vers un groupe de personnes au fond de la pièce assis autour d'une table ronde.
Lorsqu'ils se postèrent devant, les élèves attablés se tournèrent dans un même mouvement et saluèrent joyeusement Nathanaël. Celui-ci présenta Léna qui devint soudain nerveuse face aux regards des huit Serpentards de sixième année qui la scrutaient. Tous savaient qui elle était. La jeune fille aperçut certaines filles dont les yeux lui lançaient des couteaux. La haine qu'elle leur inspirait lui donna des frissons. Léna resta statique et ne montra rien, mais elle n'en menait pas large. Elle ne se sentait vraiment pas à l'aise ici. Ils s'installèrent avec eux. Sa voisine ne l'aimait guère apparemment. Elle ne lui accorda pas un regard et se décala un peu sur le côté pour s'éloigner d'elle. « Je sens que la soirée va être longue … » Pensa Léna. Les amis garçons de Nathanaël et lui-même l'inclurent dans la conversation jusqu'à ce que le professeur de potions les interrompt.
- « Bonsoir à tous ! Je suis ravie de voir tout ce beau monde réuni autour de moi, dit-il tout émoustillé. J'espère que vous vous amusez et … Oups ! Désolé, Monsieur Lange.
- Ce n'est rien, Professeur, répondit poliment un garçon sur lequel Slughorn avait fait tomber la moitié du contenu de sa coupe.
- Bon … Qu'est-ce que je disais ? … » Poursuivit le professeur.
Un élève se pencha à son oreille et lui chuchota quelque chose. Son visage s'éclaircit.
- « Ah oui ! Merci, Monsieur Grey. Je disais donc … »
Léna n'écoutait déjà plus. Sa voisine lui avait donné un coup de coude et lui enjoignait de se rapprocher d'elle.
- « C'est bien toi la copine, enfin, l'ex de David ?
- Pourquoi cette question ? » Demanda Léna, blasée.
La fille ne répondit pas et se pencha vers une autre Serpentard. Elles se mirent à rire en la regardant. Léna soupira et reporta son attention sur le professeur. Elle avait de la chance que les élèves ne connaissent pas son implication dans l'affaire « Lucy ». Léna aurait eu d'autres soucis à se faire. Cette minable moquerie sur sa liaison avec David n'était rien par rapport à cela ... Par ailleurs, elle se demandait si le professeur lui en voulait toujours pour avoir mentit et s'être accusée à la place de Lucy. Il l'avait invitée à sa fête très sélecte. Cependant, elle reconnaissait qu'il était superficiel et que la raison de son invitation n'était autre que son soi-disant avenir brillant qui l'attendait (dixit le professeur lui-même). Tout le monde savait que le professeur de Potions repérait les élèves destinés à de grandes choses, il avait un don pour cela. Et, il était décidé à y contribuer et à en profiter aussi. Léna ne savait pas si elle avait un brillant avenir devant elle. En tout cas, elle en serait grandement ravie.
Soudain, la jeune fille aperçut Liz dans la foule d'élèves. Elle l'avait complètement oublié ! Finalement, la soirée n'allait pas être si longue que cela. Léna ne vit pas qui était son cavalier. Elle étendit son cou, mais elle ne distingua aucun visage familier en tout cas.
Le long discours du professeur Slughorn ennuyait les élèves. Ils commençaient à parler entre eux et un brouhaha apparaissait progressivement. Soudain, un plateau transportant plusieurs coupes de boissons se glissa devant le visage de Léna.
- « Voulez-vous du champagne, Miss ? » Demanda une voix théâtralement polie.
Léna leva les yeux.
- « Nathan ? Mais qu'est-ce que tu fais là ?! s'exclama la jeune fille.
- Je voulais absolument voir ce que c'était, les soirées de Slughorn, alors je me suis proposé pour le service, répondit Nathan avec un grand sourire.
- Tu as trouvé ta voie en tout cas ! Le costume te va comme un gant. Servir les gens qui ont plus d'importance que toi est le métier qu'il te faut. Je te vois bien me servir dans mon manoir quand nous aurons terminé nos études à Poudlard, s'exclama la voisine de Léna qui se tourna vers son amie en éclatant de rire.
- George ! interpella cette dernière un jeune homme qui s'était levé pour montrer un bout de parchemin à deux garçons dont Nathanaël de l'autre côté de la table. Nous avons trouvé votre serviteur quand vous allez vous installer, toi et Mira.
- Qui ? demanda le dénommé George.
- Le gars habillé en pingouin, là, dit la fille avec dédain en le montrant du menton.
- Il ne paie pas de mine, ton serviteur, dit méchamment George. Tu aurais pu trouver mieux »
Le Serpentard reporta son attention sur le parchemin et retourna à sa conversation avec les garçons qui avaient continué de parler entre eux. Léna entendit des ricanements à sa gauche. Elle n'eut pas besoin de se retourner pour savoir de qui il s'agissait. Ses poings se serrèrent. Elle n'avait pas le courage de regarder Nathan. Sa colère monta d'un cran. Qu'on l'insulte elle, d'accord, mais qu'on insulte son ami, il en était hors de question.
- « Bon, alors, tu nous serres une coupe ? s'énerva la voisine de Léna.
- Il ne sert à rien finalement. Il ne sait même pas remplir son rôle de serveur » Enchérit son amie.
Léna sentit quelqu'un passer derrière elle et vit le plateau remplit de coupes de boisson se mettre à la hauteur des filles.
- « Voici des rafraichissements, Mesdemoiselles, dit Nathan d'une voix polie.
- Ce n'est pas trop tôt » Répondit la voisine sur ton dédaigneux.
Léna lui lança un regard noir. Nathan posa sa main sur l'épaule de son amie et lui adressa un sourire pour lui assurer qu'il allait bien. Sa colère ne diminua pas pour autant. Le jeune homme partit servir d'autres invités sous les yeux de Léna. Elle ne se sentait vraiment pas à sa place entre les bécasses qui piaillaient à côté d'elle et les garçons qui parlaient de politique ou des carrières brillantes qu'ils auront à l'avenir.
Son regard parcourait lentement la salle. La Serdaigle observait les autres élèves s'amuser. Elle voyait au loin Liz avec un groupe de personnes qu'elle connaissait de vue. La jeune fille voulait la rejoindre. Elle commença à se lever de sa chaise mais son cavalier se tourna vers elle.
- « Où vas-tu ? »
Il surprit son regard et comprit. Ainsi, Léna s'éloigna en direction de Liz et de ses amis. Cependant, elle s'immobilisa au milieu de la pièce. Kiera et David venaient de s'intégrer au groupe. La jeune fille s'arrêta de respirer. Oh non, pas eux … Elle tourna la tête dans tous les sens et sortit rapidement s'aérer sur le balcon.
Le petit espace était investi seulement par un couple qui partit lorsqu'il l'a virent arriver. La fille s'enquérra de son état avant de partir la mine inquiète. Même si elle ne la connaissait pas, cette fille avait fait preuve d'une empathie que peu de personnes dans cette pièce en était pourvu. Cela fit un peu de bien à Léna mais le maelström de sentiments et d'émotions qui la submergeait n'en fut pas réduit. Dans sa tête, ses idées noires et ses pensées négatives l'envahissaient totalement. Tant et si bien que la jeune fille tremblait de tous ses membres. Sa respiration était rapide. Elle avait chaud. Des gouttes de sueurs perlaient sur son front. Elle ne voyait plus rien autour d'elle. Un vertige l'obligea à se cramponner à la rambarde en pierre blanche. Ses mains moites s'agrippa dessus de toute leur force. Un autre vertige. Léna porta sa main droite à sa gorge. Elle n'arrivait plus à respirer. Sa bouche grande ouverte, elle tentait de reprendre sa respiration. Ses yeux se fermaient doucement. Son visage d'abord rouge devint blanc tirant vers le bleu. Son épaule lui faisait mal mais elle ne savait pas pourquoi. Puis soudain elle leva les yeux vers un visage qui semblait l'appeler.
- « Léna ! Tu m'entends ? »
Ça suffit. J'en ai assez. Pourquoi continuer à vivre ?
- « Parce que des personnes qui t'aiment ne veulent pas te voir mourir ! »
Comment ? Des gens qui m'aiment ? Mais qui me parlent ?
- « C'est Nathanaël ».
Brusquement, Léna émergea. Ses yeux s'ouvrirent doucement. Elle découvrit le visage doux de son cavalier. Sa mine inquiète lui fit prendre conscience que quelque chose d'anormal venait de se passer. Elle sentit ses genoux contre le sol en pierre, sa main gauche sur la rambarde, sa main droite sur sa gorge. Elle se rendit compte que sa respiration était rapide. Ses poumons lui faisait mal ainsi que sa gorge. Une légère brise souleva quelques-uns de ses cheveux. Les autres étaient collés contre son visage en sueur. Elle voulut se relever mais elle chancela. Son cavalier pressa son épaule et passa son bras dans son dos pour l'aider à se remettre debout. Il la fit s'asseoir contre la rambarde et s'éloigna lentement d'elle pour prendre place à côté de la Serdaigle. Léna tremblait encore. Elle se tourna vers Nathanaël.
- « Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- A toi de me le dire, répondit le jeune homme. Je t'ai trouvé … comme ça » Ajouta-t-il ne sachant pas trop quoi dire.
Un silence s'installa entre eux pendant quelques instants. Le jeune homme se décolla de la barre en pierre et retira sa veste pour la mettre sur les épaules de Léna. Surprise mais néanmoins agréablement, elle resserra contre elle le tissus.
- « Je vais te chercher un verre d'eau.
- Merci, Nathanaël »
Seule, Léna se remémora ce qui s'était passé. Le fait d'avoir vu David et Kiera avait fait écho à la tristesse qu'elle avait ressenti auparavant. Aussi, mais Léna avait quelques difficultés à se l'avouer, cela l'avait mis face à la réalité. Elle était désormais seule. Ses amies étaient encore présente auprès d'elle mais ce n'était pas la même chose. Sa famille était loin d'elle, surtout son père qui était porté disparu, ce qui l'inquiétait davantage chaque jour. David savait tout d'elle. Il la connaissait par cœur.
Seule. Ce mot raisonna en elle. Ses yeux lui brûlait mais elle ne voulait pas pleurer. Son cœur lui faisait terriblement mal. Un verre d'eau apparu dans son champ de vision. Elle se força à lui sourire pour remercier son cavalier mais elle ne réussit qu'à lui faire une grimace. Silencieux, le jeune homme attendait patiemment à côté d'elle. Au bout d'un moment, elle lui dit qu'il pouvait aller rejoindre ses amis mais il refuse et préféra rester avec elle parce qu'il s'inquiétait. Elle but doucement le verre d'eau. Le calme l'envahissait lentement. Étrangement, le silence qui s'était installé entre eux ne la mettait pas mal à l'aise mais semblait l'apaiser. Elle se sentait mieux. Léna observa les autres élèves à travers la porte fenêtre. Certains mangeaient, d'autres dansaient. Un groupe riait aux blagues du professeur de potions. Son regard fut attiré par un visage tourné vers elle. Leurs yeux se croisèrent et ne se lâchèrent plus, comme hypnotisé l'un par l'autre. Yeux marrons contre yeux verts.
- « Mince ! »
Léna reporta son attention vers son cavalier qui venait de faire tomber quelque chose. Il ramassa un bracelet en argent. Nathanaël capta le regard curieux de la jeune fille qui lui sourit prise en flagrant délit.
- « C'est un bijou de famille, répondit le jeune homme à la question silencieuse de la Serdaigle. Il passe de génération en génération.
- Il est très joli ! Qu'est-ce qu'il y a écrit dessus ? »
Il le lui tendit et elle le prit avec précaution. Elle le tourna dans sa paume et lut l'inscription. Powell. Léna se rappela qu'il s'agissait du nom de famille de son cavalier. Elle lui rendit le bijou.
- « Nathanaël Powell. Tu viens d'une grande famille, dit Léna.
- Oui, je porte le nom d'une famille assez connue, répondit le jeune homme en toute modestie. Et toi ? Parles moi un peu de ta famille.
- Eh bien, je ne viens pas d'une famille illustre. Si je t'en dis plus, tu vas prendre tes jambes à ton cou !
- Tu en as honte ? Demanda Nathanaël surpris.
- Non pas du tout ! En fait, certaines personnes n'apprécient pas … Enfin, elles ne sont pas forcément ouverte d'esprit.
- Mais encore, l'encouragea-t-il.
- Ma famille est moldue »
Un silence s'installa. Léna attendait la réaction du jeune homme qui ne venait pas. De son côté, le Serpentard semblait attendre aussi mais elle ne savait pas quoi. Ses mains se tordaient devant elle avec appréhension. La jeune fille se demandait pourquoi la réaction de Nathanaël était si importante pour elle alors qu'elle ne le connaissait à peine. Léna avait peur qu'il ait le même comportement que ses amis.
- « Mes parents et mon petit frère sont moldus, insista la jeune fille pour essayer de le faire réagir.
- Ce n'est pas parce que certains élèves dénigrent les moldus que tu dois appréhender les réactions d'autrui par rapport à ta famille, dit enfin le jeune homme.
- Je les aimes beaucoup mais je n'en parle pas forcément … aux …
- Aux Serpentards » Compléta Nathanaël.
Un autre silence s'installa.
- « Pour tout avouer, c'est depuis que j'ai compris que mon ancien petit ami souhaitait ardemment que je sois l'héritière d'une famille de sang pur. En fait, je suis un enfant adopté. Les liens avec ma famille adoptive ne sont pas forcément biologiques mais c'est comme si cela l'était. Toutefois, il m'arrive de me demander pourquoi mes parents biologiques m'ont abandonnés dans cet orphelinat de Londres. L'orphelinat Wool »
Elle fit une pause.
- « Est-ce qu'ils sont mort ? M'aiment-ils ? Ont-ils honte de moi ? Ai-je des frères et des sœurs ? Je ne connaitrais peut être jamais ma famille biologique mais j'ai mes parents et mon petit frère »
Après quelques minutes à scruter ses pieds, Léna décida d'enlever la veste du jeune homme et de lui rendre. Elle sourit.
- « Bon, assez parlé de moi. Nous devrions rejoindre les autres, nous sommes tout de même invités à la super fête du professeur Slughorn.
- Tu as raison, allons danser » Rit Nathanaël.
Le Serpentard partit devant et la Serdaigle suivit ses pas. Cependant, Léna fut arrêtée par quelqu'un qui l'avait tiré par le bras. Elle se tourna alors vers la personne. Son regard rencontra celui qu'elle avait capté quelques instants plus tôt. Les yeux marrons contre les yeux verts.
- « Tom ?
- Alors comment trouves-tu la fête ? demanda-t-il avec un ton charmeur en s'approchant d'elle toujours en tenant son bras.
- Très bien, répondit la jeune fille tout en reculant légèrement, gênée par la proximité entre eux. Et toi ?
- Intéressante » Dit simplement Tom Jedusor.
Devant l'air dubitatif de Léna, le Serpentard souleva un sourcil et pour plus de mystère, ajouta :
- « C'est dans ce genre d'occasion que nous apprenons à connaître les personnes qui nous entourent »
Il lâcha enfin son bras et lui sourit. Cela lui confirma que la jeune fille n'aurait peut-être aucune chance de comprendre un jour ce jeune homme. Nathanaël l'appela et elle le rejoignit. Ils parlèrent avec ses amis un peu et dansèrent ensemble la fin de soirée. Léna se sentait vraiment bien avec lui. Elle avait l'impression qu'avec lui les choses était plus simple. Cela faisait du bien. Le jeune homme ne ressemblait vraiment à aucune personne qu'elle a pu rencontrer jusqu'alors. Sa personnalité était unique en son genre. Sur ces dernières pensées, la jeune fille s'endormit dans son lit.
