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De temps à autres, Murtagh observait du coin de l'œil la porteuse qui dégageait une certaine contenance et, il fallait l'avouer, une certaine grâce. Le dragonnier devinait sa nervosité mais, à part ses doigts légèrement crispés sur son éventail, rien ne trahissait son éventuelle anxiété qui pouvait aisément de traduire en une timidité presque charmante.
La jeune femme esquissa un sourire discret à un jeune général au physique séduisant avant de reporter son attention sur Vrrana qui la conduisit à travers la foule de noble qui la dévisageait d'un œil critique et surtout étonné de sa fraicheur et de sa discrétion, inhabituel à la cour. Il la regarda exécuter sa tâche avec timidité en se demandant comment se poursuivrait les évènements. Peut-être que sa présence aux côtés du roi apporterais de la nouveauté et de la fraîcheur dans cette forteresse sombre. A peine arrivée, elle avait déjà bousculée l'étiquette rien qu'en s'habillant en bleu ciel et le dragonnier se demandait si le roi allait, une fois de plus à cause de Sirha, laisser cours à sa colère.
Soudain, elle fut devant lui, le visage dénué de toute expression de défis ou de méfiance, comme si elle ne le reconnaissait pas.
- Voici le bras droit du Roi, le dragonnier Murtagh, que vous avez déjà rencontré.
La jeune fille inclina la tête sans croiser son regard, non pas par respect ni par crainte, comme si autre chose la préoccupait. Quelque chose de plus important que de se trouver devant le dragonnier qui l'avait conduit à la torture et à l'emprisonnement.
Murtagh, lui ne se gênait pas pour dévisager Sirha, comme si à travers son regard, il pouvait percer à jour le secret du médaillon et par la même occasion, celui de sa porteuse. Comme à son habitude, son esprit frôla celui de la jeune fille mais à sa grande surprise, il n'y distingua aucun sentiments que l'ancienne torturée aurait du ressentir, comme si ils étaient cachés à un endroit inaccessible et que l'indifférence avait pris part de sa conscience toute entière.
Un mélange de surprise et de curiosité envers la jeune fille emplit le dragonnier. C'est alors qu'il croisa son regard, qu'elle détourna, comme si rien d'autre que sa nervosité ne pouvait l'arracher à sa sorte de mélancolie.
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Sirha esquiva le regard insistant de Murtagh, bien trop occupé à appréhender le dîner et surtout, sa seconde rencontre avec le roi.
C'est alors qu'un son de trompette retentit, Vrrana déclara :
- Le dîner va bientôt commencer, je vais devoir vous laisser seule. Murtagh puis-je vous confier cette demoiselle ?
Sans attendre sa réponse, elle abandonna sa protégée qui ne put s'empêcher de tourner sa tête vers l'endroit où sa dame de compagnie se trouvait quelques secondes auparavant. Sirha n'appréciait pas beaucoup la vieille femme mais sa présence sûre en faisait un pilier sur lequel la jeune fille pouvait se poser au milieu de ce monde inconnu ou tout lui était étranger.
Elle se retourna, revenant brusquement à la réalité, sortant de sa léthargie … et se retrouva face à face avec Murtagh qui l'observait sans prononcer le moindre mot.
Un domestique se plaça devant la porte de la grande salle et secoua une petite clochette, le battant pivota et l'ensemble de la cour s'engagea dans la grande salle.
Sirha n'avait plus qu'à suivre à la lettre les conseils de sa dame de compagnie et à espérer que la soirée se passe bien.
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Murtagh considéra avec étonnement l'expression de délaissement que la jeune fille afficha lorsque Vrrana s'en alla. Décidemment, soit la porteuse n'avait toujours pas récupéré ses forces depuis son emprisonnement, soit les tortures avaient éteint son mauvais caractère.
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La jeune fille s'engouffra dans la grande salle, suivant le mouvement de foule. La pièce était entièrement faire de marbre gris et noir. Une immense table de plusieurs mètres de long recouverte d'une nappe blanche et de couvert en argent se dressait, traversant la salle en son milieu.
Sirha s'avança, levant la tête pour admirer l'immense voute qui dominait la place située en bout de table, le trône de Galbatorix.
Un valet la dirigea à sa place et Sirha constata avec horreur qu'en tant qu'invitée d'honneur, elle était située juste à côtés du roi, à sa gauche. Fort heureusement, celui-ci n'était pas encore arrivé et lorsqu'elle s'assit à son siège, la jeune fille regarda brièvement Murtagh qui s'asseyait en face d'elle, à la droit du trône avant de reporter son attention sur son voisin de gauche, le fils du gouverneur aux cheveux longs et blonds qui l'avait rencontré tout à l'heure. Tout en bavardant courtoisement avec elle, il parvint temporairement à lui faire oublier son angoisse et pendant quelques instants :
- Vous avez des parents à la cours ? Car le mystère de vos origines reste complet pour tous les membres de la noblesse !
Sirha se souvint des avertissements de Vrrana et répondit évasivement :
- Pas vraiment, on ne peut pas dire que j'ai grandie au milieu des nobles.
Le jeune homme sourit et répondant :
- Même si mon père est gouverneur, notre famille n'était rien d'autre – avant d'être anoblit pas le Roi – que des marchands de bateau. Ma grand-mère travaillait en temps que couturière pour survivre. Même si je côtois des personnes influentes tout les jours, ont ne peut pas vraiment dire que j'ai ça dans le sang !
La jeune fille sourit avant de répondre :
- Effectivement, vous n'avez pas de trace d'hypocrisie et d'orgueil sur le visage !
- Et vous encore moins ! C'est tout à votre honneur.
La jeune fille n'eût pas le temps de répliquer que tout la table, environ une vingtaines de personnes, se leva. Elle referma nerveusement son éventail et imita les autres invités, l'estomac noué. Cela devait se voir car le jeune homme lui souffla :
- Vous n'avez jamais rencontré le Roi ?
- Si, murmura-t-elle, plus crispée que jamais.
- Détendez-vous, je sûr qu'une jeune fille charmante comme vous ne peux que se faire apprécier par sa majesté. Tout va bien se passer.
- Je l'espère, déclara distraitement la porteuse, fixant la porte en métal au fond de la pièce, probablement par où le roi allait arriver.
Le battant grinça et la porte s'ouvrit d'elle-même, laissant apparaître un homme grand et entièrement habillé de noir. Ses bottes frappèrent durement le sol et il s'avança jusqu'à son trône et s'arrêta devant sa place ou il fixa ses yeux noirs sur la jeune fille habillée d'azur pendant un certain temps tandis qu'elle restait droite, plus nerveuse que jamais, le regard allant de la table au Roi dont les yeux semblaient directement la conduire dans une obscurité infinie. Galbatorix inclina la tête et salua son invitée en silence avant de s'asseoir. Les convives firent de même et Sirha se concentra pour coordonner ses mouvements avec ceux du majordome qui avançait son siège derrière elle et posa ses mains sur ses jambes. Le médaillon commençait à exprimer son désaccord à la présence du roi.
Entre chaque siège, un valet s'avança et leur servit une sorte de vin presque blanc, que Sirha n'avait jamais vu. Elle observa le liquide inconnu tout en gardant un œil sur le roi qui ne cessait de la fixer.
Il finit par saisir son verre.
« Oh, non. » songea la jeune fille, au comble de la nervosité. Le médaillon commençait à tiédir sous sa peau.
Le Roi se leva et tous les invités l'imitèrent en prenant leur gobelet de cristal noir.
Sirha supposa qu'elle devait faire de même et se saisit de son verre qui semblait constitué de diamant sombre. Galbatorix prit la parole :
« Levons nos coupes à notre invitée d'honneur, Mademoiselle Sirha, qui à rendue un grand service à tout l'Empire…
Mais Sirha ne l'écoutait plus, la pierre sous sa peau devenait brûlante et dans sa main, le cristal de son verre devenait bleu. Elle manqua de le lâcher mais se reprit de justesse pour écouter la fin du discours du roi :
-… Nous espérons qu'elle se plaira à Urû'baen et nous sommes très heureux de l'avoir parmi nous. A la future Duchesse !
Les convives reprirent ses dernières phrases et portèrent leurs coupes à la bouche. Sirha fit de même sans toutefois boire le liquide, obnubiler par la couleur qu'avait prit le verre.
Tous les invités s'assirent et les conversations reprirent de bon train, la plupart ayant pour sujets le titre de noblesse de la jeune fille qui pour le moment jetait un dernier coup d'œil au roi et reposait en toute hâte son verre en tentant de masquer un visage horrifié par la teinte de sa coupe qui redevenait paisiblement noire. Sirha parcourue l'assemblée mais personne n'avait remarqué cette incident. Personne sauf Murtagh, qui la fixait de ces yeux clairs à travers ses cheveux noirs, son regard la transperçait. Il se pencha à l'oreille du Roi et murmura quelque chose.
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« Voici le… le phénomène dont je vous avais parlé » souffla-t-il.
Galbatorix hocha la tête en se grattant le menton et au bout d'un certain temps il questionna :
- C'est elle qui à choisit la couleur ? »
Perplexe le jeune dragonnier se demanda si son maître ne tenait pas des propos incohérents, il avisa la tenue de la jeune fille :
- Ah, oui c'est elle.
- Une coïncidence, j'imagine ?
- Ou un signe du destin, mon Roi.
Galbatorix considéra un instant la jeune fille avant de commencer à manger sans en détacher son regard.
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Sirha commençait sérieusement à paniquer, le médaillon devenait incontrôlable et bouillonnait sous sa peau, elle sentait sa tête bourdonner. La porteuse respira un grand coup en se disant que tout cela allait passer elle se força à adopter un comportement serein et posé, presque autoritaire, et à sa grande surprise, la douleur finit par cesser. En poussant un soupir de soulagement, la jeune fille aperçu le jeune homme à sa droite qui l'observait :
- Alors, Duchesse Sirha ?
Sirha s'offusqua timidement :
- Je n'en savais rien.
- Vraiment ? Et de quel duché allez-vous recevoir la responsabilité ?
- Je n'en sais absolument rien.
Il plissa les paupières, septique puis il recommença d'un ton plus léger en raccrochant à ses lèvres le sourire séduisant que le jeune homme arborait bientôt depuis plus d'une heure :
- Vous savez que vous êtes la seul duchesse de tout l'Empire ?
- Non, et à vrai dire je n'y réfléchirai probablement que si cela arrive réellement. Marmonna la jeune fille.
Le futur gouverneur haussa un sourcil et demanda discrètement, avisant Galbatorix qui fixait toujours son interlocutrice :
- Pourquoi ce manque de confiance envers sa majesté ? Le roi tient toujours ses promesses !
Le regard de Sirha se perdit dans le vide :
- Je m'en suis déjà aperçue.
Le plat principal fut servit et plusieurs personnes lui posèrent des questions et la jeune fille répondit poliment sans trop en révéler sur elle :
- Quelle sont vos occupations favorites, lui demanda une aristocrate d'un ton mielleux que Sirha n'apprécia pas du tout, pour ma part je dévore de nombreuse pages par jour, les livres sont si passionnants !
La jeune fille termina sa bouchée poliment et répondit d'un ton distant :
- Je m'occupe de quelques affaires ici et là, j'ai profitée de ces dernières semaines pour visiter la citadelle.
La noble sourie et s'écria d'un ton haut perché :
- Comment n'y avais-je pas pensée, n'est-elle pas magnifique ?
Sirha supposa qu'elle parlait de la forteresse mais le regard insistant que lui lançait son voisin de droite laissa planer le doute un double sens aux paroles de la femme.
Les valets s'avancèrent entre les convives et hottèrent les plats – auxquelles la jeune fille n'avait quasiment pas touché- avant de poser le désert devant chaque invité. La porteuse constata au passage que le roi la fixait toujours de son regard pétrifiant et à son soulagement, Sirha sentit que le médaillon ne la brûlait plus même si la pierre sous sa peau restait tiède, comme si le pendentif veillait, près à sa cabrer à la moindre tentative d'approche. La jeune femme prit la petite cuillère posée devant elle et se força à manger en minimum, histoire de ne pas éveiller la curiosité de ses voisins et de ne pas tomber en pamoison. Le fils du gouverneur se nommait Calotth et lui raconta tout sorte d'histoire pour tenter de la distraire mais voyant que Sirha ne riait pas il demanda à voix basse :
- Il n'y a vraiment rien à faire pour que vous vous départissiez de votre trouble ?
La jeune fille sursauta, persuadée qu'aucun des convives ne l'avait remarqué et le jeune homme s'empressa d'ajouter :
- Pardonnez-moi, mon impertinence me jouera des tours, oubliez ce que je viens de dire.
Sur ces mots, l'incident fût clos et la conversation reprit, alliant politesse et galanterie savamment dosé. Sirha ne se sentait pas à l'aise, la plupart des invités la regardait et murmurant à l'oreille de leur voisins. La porteuse savait que la plupart la jugeait, certain cherchant s'attirer les grâces de la future duchesse avec une sourire ou un compliment et d'autre la défiait des yeux et la jeune fille comptait déjà de nombreux ennemis. Le roi lui-même ne cessait de la fixer avec ces yeux noirs où Sirha avait l'impression de sombrer à chaque fois qu'elle croisait son regard. Elle s'arrangea donc pour ignorer ses pupilles qui la guettaient. Au bout d'un long moment, leurs plats fussent débarrassés et une coupe de vin clair déposé devant chaque convive.
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Le digestif fût servit, Murtagh saisit sa coupe et la porta à sa bouche sans quitter des yeux la porteuse. Celle-ci s'était plutôt bien comportée, jouant même à merveille son rôle d'invitée. Il remarqua que la jeune fille ne touchait pas à son verre, sûrement pour éviter d'attirer l'attention sur elle et le dragonnier trouva ce comportement approprié à la situation. Satisfait, il signala à Thorn que la soirée allait bientôt toucher à sa fin, mettant fin à son ennuis :
« Nous allons bientôt quitter la table » marmonna-t-il.
« Bien, prends ton temps je suis avec Shruikan. »
« Ah, bon ? » S'étonna-t-il, surprit que le dragon accepte une compagnie avant de se rappeler qu'il ne soufrait plus, que son comportement s'était peut-être stabilisé.
« Oui, tu devrais le voir, Galbatorix n'a pas mentit, il doit être guérit, il semble en pleine forme. »
« Vraiment ? » demanda Murtagh, vaguement intéressé.
« Tout se passe comme prévue ? »
« Plutôt bien, même, elle n'a pas encore fait de faux pas, ce qui m'étonne un peu, je l'avoue. »
« Tant mieux, inutile d'attirer l'attention pour le moment. » Conclut brièvement le dragon.
« Que va-t-il se passer maintenant ? » Reprit Thorn au bout d'un long silence.
« La porteuse va devoir assumer diverses responsabilité et commencer sont apprentissage, le roi est toujours enferré dans l'idée dans faire une dragonnière, ridicule. »
« Il espère sûrement lui faire croire qu'il va tenir toutes ces promesses. »
« Je n'en sais rien, figure toi qu'il vient d'annoncer qu'elle sera duchesse ! »
« De mieux en mieux ! Au moins nous n'allons pas devoir nous charger de son apprentissage ! »
« Heureusement, tu imagines ? Passer toute la journée avec elle, quelle joie. » Râla Murtagh.
« A-t-elle toujours le même caractère ? » Demanda son compagnon, vaguement intéressé mais n'ayant rien d'autre à faire.
Le dragonnier considéra la jeune fille en la détaillant une fois de plus. Quelque chose en elle avait changé, pour sûr, quelque chose de fragile et de fort à la fois habitait la porteuse. Elle semblait un instant souhaiter disparaître et en même temps une force profonde paraissait prête à bondir à la moindre occasion. Oui Sirha avait changé mais seul le temps lui dirait vraiment qui était devenue cette jeune femme.
Il envoya une image mentale à son dragon qui se révéla dubitatif et légèrement étonné :
« Ils ont réussit à en faire « ça » ? »
« Eh oui, il faut croire que les méthodes du roi ont du bon ! »
« Ne dit pas ce genre de chose » Gronda Thorn d'un ton si irrité que Murtagh pouvait très bien imaginer chacun de ses muscles se contracter d'un tic nerveux et sa queue battre l'air de droite à gauche.
« Désolé. Le pire c'est que je vais sûrement devoir la raccompagner, personne ne vas sûrement se proposer ce soir ! ! »
« Ah… » Marmonna le dragon, en ricanant intérieurement, se sentant très peu concerné par ce genre de coutume et préférant laisser les humains à leur occupations ridicules et inutiles.
Il la regarda écouter mélancoliquement Calotth, semblant vouloirs être ailleurs. Le roi ne la quittait pas des yeux et le dragonnier savait que tel un rapace, le roi analysait les moindres mouvements de la porteuse. Peut-être même qu'il avait pénétrer dans son esprit sans qu'elle s'en rende compte, cherchant à percer tout les secrets qui entouraient le médaillon.
Le roi reposa son verre sans montrer le moindre signe de contentement ou d'un éventuel agacement, arrachant un crissement au verre de cristal en raclant une de ses nombreuses bagues dessus. Il passa sa main sur sa barbe soigneusement taillée sans quitter des yeux Sirha avec un air impassible mais que Murtagh le devinait légèrement intrigué, probablement parce qu'il venait de sonder scrupuleusement les contours de la conscience de la jeune fille et comme lui-même l'avait ressentit, aucune expression de crainte, de colère ou démence ne s'en dégageait, juste une légère nervosité comme n'importe quelle personne à laquelle on venait de confier une nouvelle responsabilité. Toujours cette sorte de mélancolie que même le dragonnier, qui avait vécu l'enfermement et la torture, ne parvenait pas à expliquer. Sirha se comportait étrangement, comme si elle se sentait ailleurs et en même tant, la porteuse respectait scrupuleusement la politesse et l'étiquette avec une rigueur étonnante, comme si elle avait fait cela toute sa vie. Le jeune homme se demandait si le moindre sentiment allait un jour ressurgir de sa conscience et surtout, quand. L'esprit de Thorn vint s'installer confortablement près du sien pour finalement déclarer :
« Tu sais, je ne pense pas qu'elle soit devenue insensible ou béate. Il se peut qu'elle masque sa nervosité et que cette anxiété la mette dans un état second. N'oublie pas que cette jeune femme n'a eu aucun contact sociale depuis plus d'un mois.»
« Tu as sûrement raison… » Marmonna le jeune homme, réalisant qu'il accordait trop d'importance à la porteuse.
« De toute façon elle va devoir de réveiller un peu, son entraînement commence demain matin, Shruikan vient de me le faire comprendre. »
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Sirha se forçait à montrer un peu d'intérêt aux conversations, la jeune fille se sentait fatigué et le regard que le roi portait sur elle pesait lourd sur ses épaules. A chaque fois que la jeune fille jetait un coup d'œil dans sa direction, sa nervosité montait d'un cran et son malaise augmentait. Néanmoins, la porteuse se hâtait de cacher ses pensées sombres dans un recoin de son esprit. Cacher une pensée dans son esprit, chose qui lui était venue naturellement ; elle se disait que si l'on pouvait « entrer » dans une conscience pour en connaître les souvenirs ou les pensées- comme l'avait fait Murtagh et Thorn lord de leur voyage- il y avait sûrement un moyen de s'en protéger et à défaut de pouvoir protéger son esprit tout entier. La jeune fille barricadait instinctivement ses pensées les plus secrètes dans un coin où personne ne semblait avoir réussi jusqu'à maintenant à violer.
Le regard du roi se fit plus insistant, la quitta des yeux quelques instants pour attraper un couvert et faire sonner la coupe en cristal. Le résulta fût immédiat, tous les convives se turent et un silence glaciale transperça la salle. Le monarque prit une inspiration et balaya d'un regard la table avant de reposer ses yeux sur l'invitée d'honneur qui sentit son trouble augmenter.
« Mesdames, Messieurs, Mademoiselle, j'espère que vous avez passez une agréable soirée. Nous vous souhaitons un bon séjour à Urû'baen. »
Sur ces mots, il salua Sirha d'un mouvement de la tête qui se raidit visiblement et tourna les talons, sa cape volant derrière lui, il quitta la grande salle.
Dès que la porte eu claqué, la tension qui régnait dans la pièce redescendit d'un ton, les conversations reprirent et plusieurs personnes se précipitèrent pour lui poser quelques questions. Prise au piège par la foule, la jeune fille se contracta pour qu'aucun contact physique avec les nobles ne se produisent. La majorité des comtesses s'était rassemblé en petit groupe et jacassait sur la soirée, prétendant que le roi avait été particulièrement cérémonieux et tout à fait galant.
Sirha se sentait exténuer, ses jambes menaçaient de flancher et la elle ne songeait qu'à s'éloigner de tous ces parfums, ses couleurs criardes et surtout de ces rires hypocrites et infects.
Pendant que les convives sortaient lentement de la pièce pour le retrouver dans le grand hall, la jeune fille se débrouilla pour détourner le sujet de la conversation pour tenter de s'éclipser :
- Je ne vais pas tarder à regagner mes appartements, déclara-t-elle, d'un ton qui se voulait détaché, à une vicomtesse qui, malheureusement, lui tenait un discourt sur la splendeur des attentions de Galbatorix à son égard depuis de longue minute.
- Déjà ? S'écria l'intéressé d'une voix si aigüe que la porteuse sursauta.
- Oui, je suis quelque peu fatigué et je vais aller me reposer. Argua Sirha d'un ton faible.
- Prévenez-moi au moment de votre départ, nous nous ferons raccompagner par des gentilshommes ensemble, je loge non loin du pilier Est, nous ferons un détour par votre étage.
- Je viendrais vous saluer au moment de mon départ.
Son interlocutrice acquiesça, trop heureuse d'avoir l'honneur de raccompagner la première duchesse de tout l'empire.
Profitant pour la première fois de la soirée d'un moment de répit, la jeune fille se faufila derrière un piler et s'appuya dessus, sentant ses pensées s'embrouillées et un mal de tête la prendre brusquement. Le monde tourna autour d'elle et la porteuse fût heureuse de pouvoir s'adosser à la colonne.
