Je m'aperçois que ça fait longtemps que je n'ai rien posté donc je m'excuse à l'avance s'il y a des fautes ….

J'espère que vous apprécierez ce chapitre, qui est un peu différent des autres…

[Let You Down]

( Three Days Grace)

[ When you finally trust me

Finally believe in me I will

Let you down

I'll let you down]

Je l'avais aimé, autrefois.

Loin de tous les hommes que j'avais fais succomber jusqu'à présent, il était intelligent, charismatique, magnétique. Comme lui, qui travaillait pour l'amour de l'art, je décidais de m'intéresser à son sort dans un but purement sentimental, mes précédents divorces me mettant à l'abri du besoin pour l'instant.

Honnêtement, je ne pensais pas que ce jeu de cache-cache prendrait de telles proportions.

Au fil des ans, je m'étais forgé un esprit d'homme dans un corps de femme et pensais ne plus rien avoir à redouter d'eux. Hélas, comme il le fait souvent, l'amour m'a pris par surprise, au détour du 221 Baker Street et d'une suite de luxe au Grand Hôtel.

Si j'étais déstabilisé par ce revirement de situation, je n'en laissais rien paraître. Une femme de ma qualité, inflexible et sans remords, n'allait certainement pas s'abaisser à avouer son amour à un homme comme Sherlock Holmes, encore moins quémander des rendez-vous et autres petites attentions de ce genre.

Je savourais cependant le fait de savoir que lui aussi avait été pris de court par ce sentiment nouveau et qu'il ne pouvait se défendre autrement qu'en feignant l'indifférence alors qu'il conservait ma photographie dans son salon.

Etant ce qu'il est, Sherlock était un homme extrêmement courageux dans la vie et couard lorsqu'il s'agissait de sentiments.

Je goûtais sa peau, il honora la mienne de nombreuses fois mais filais la queue entre les jambes dés que je murmurais un mot tendre, sitôt que ma main esquissait une caresse trop maternelle. Lassée de ces rencontres stériles, je décidais de couper tout contact avec lui avant que les filets de mes propres émotions ne m'emportent et me réduise à néant.

D'une femme froide et cruelle, je passais pour une amoureuse passionnée et exigeante lorsque je trouvais un homme à ma mesure.

Je revins quelques années plus tard lui rendre visite et constatais que mon portrait avait toujours sa place chez lui. Le temps passé l'avait embelli et il semblait que les affaires marchaient bien pour lui et son acolyte. Nous bavardâmes d'une manière qui n'appartient qu'à nous et, entre deux tasses de thé, il consentit à me parler de sa grande rivale, Mary Morstan.

Je m'aperçu alors que mes caresses passées avaient fait leur office et que, à défaut de s'être tourné vers moi, ses sentiments nouveaux allaient sans retenu vers John Watson. Sherlock avait entrouvert la porte de son cœur à une personne exceptionnelle et ne comptait pas la perdre.

Je n'avais, pour ma part, jamais croisé la route du docteur mais je croyais mon cher détective sur parole lorsqu'il faisait son éloge à demi-mot.

_ Ce cher docteur Watson vous aide-t-il toujours dans vos enquêtes ?

Il se resservit une tasse de thé en évitant mon regard, et je l'observais avec un amusement non feint renifler le breuvage avant d'oser y goûter.

_ Je dirai qu'il râle plus qu'il ne m'aide mais vous n'êtes pas sans savoir qu'un deuxième bras armé est toujours utile.

_ En effet. . .

Un silence s'installa entre nous et je le laissais m'examiner à sa guise.

L'horreur fusa comme un éclair sur son visage lorsqu'il comprit que je l'avais percé à jour. Sa réaction violente ne fit que me confirmer ce que je pensais tout bas depuis le début : il éprouvait pour John bien plus qu'une simple amitié désintéressée.

Je demeurais calme et conciliante devant lui, mon regard s'adoucit tandis que je posais une main rassurante sur son bras. Le pli féroce de sa bouche montrait qu'il n'était pas prêt de baisser sa garde mais qu'importe, j'avais tout mon temps.

Comprenant que la discussion était close pour le moment, je l'informais qu'il pourrait me trouver au Grand Hôtel s'il avait besoin de moi et je m'éclipsais dans un bruissement de tissu.

Dans le hall, je tombais enfin sur ce charmant docteur.

_ Ne fermez pas je vous prie, je sors.

_ Bien madame, bonne journée.

_ Bonne journée à vous. . .

Nos corps se frôlèrent et je passais la porte en respirant son odeur à pleins poumons.

Il sentait ce que sentent tous les docteurs, mais je décelais l'odeur caractéristique de Sherlock derrière l'eau de Cologne bon marché et le désinfectant. S'il n'avait pas encore osé franchir le pas qui le séparait des bras accueillant de John Watson, mon détective avait d'ors et déjà apposé son empreinte sur lui.

Je marchais rapidement dans les rues embrumées et animées de Londres, ma toilette provocante m'attirant les regards désapprobateurs de ces dames. Je m'en fichais comme de mon premier mariage et continuait de slalomer avec grâce entre les passants.

Je ressentais le besoin impérieux de molester un homme.

Le plus tôt serait le mieux.

_ Irène ?

_ Holmes, enfin ! En voilà des manières ! Vous ne savez même pas accueillir une femme chez vous convenablement. . .

John s'avança vers moi et me débarrassa galamment de mon manteau avant de m'indiquer un siège.

_ Je vous en prie, asseyez-vous. . .

Il me tendit une main franche, ayant sans doute compris que le baisemain n'était pas de rigueur avec moi, excepté dans les cas où je devais séduire et faire chanter un gentleman.

_ . . .je suis le docteur John Watson et vous devez être Miss Adler, n'est-ce-pas ? Holmes m'a parlé de vous en termes. . .élogieux.

_ Oh mais je n'en doute pas docteur ! Ravi de faire votre connaissance. . .

Nous fûmes secoués d'un rire discret et j'entendis Sherlock grogner juste au-dessus de moi.

Il faisait les cents pas devant la cheminée, visiblement très agité. Je lançais un regard interrogateur à John, qui me répondit par un soupir résigné et un haussement d'épaules.

_ Qu'avez-vous à tourner comme un lion en cage ? Vous avez le visage d'un homme qui a la corde au cou. . .

Il ne daigna pas me répondre et se pelotonna brusquement dans son fauteuil.

Il boudait, apparemment.

Le docteur poussa un autre soupir et s'installa à côté de moi.

_ En fait, j'ai invité ma fiancée, Mary, à venir nous rejoindre cet après-midi pour prendre le thé et Holmes n'apprécie pas l'idée. . .

_ Vous ne m'en voyez pas étonnée docteur. . .une seule femme dans la même pièce que lui lui suffirait amplement !

_ Vous avez visé juste, Miss Adler !

Sherlock se renfrogna encore plus et nous jeta un regard qui se voulait méprisant.

Pour ma part, j'étais ravi de cette perspective.

Lors de nos entrevues, j'avais déjà assuré à Sherlock que j'allais l'aider et, même s'il ne m'avait pas cru un seul instant, je comptais bien profiter de cette occasion pour sonder l'âme de cette jeune fiancée et utiliser mes compétences pour guider mon détective énamouré et maladroit.

Je découvris une femme à la hauteur de John, et infiniment plus vive et intelligente qu'elle ne paraissait au premier abord. Son visage angélique et ses manières exquises faisaient fondre votre cœur en un instant mais une seule seconde d'inattention, une seule erreur et ses yeux bleus acier vous transperçaient de part en part.

Une main de fer dans un gant de velours, voici la meilleure description que je puis faire de Mary Morstan.

Je me liais d'amitié avec elle au cours de cet après-midi là, au grand dam de Sherlock. Il ne paraissait pas comprendre qu'elle était essentielle pour ses desseins amoureux.

Une fois le couple parti, je m'empressais de lui expliquer l'utilité de Mary.

_ Vous vous jouez de moi ! Comment une telle créature pourrait m'aider ? Elle ne sait que se mettre entre John et moi !

Je pris mon mal en patience et adoptais le ton sérieux et condescendant qui était le sien lorsqu'il expliquait à Lestrade un dénouement particulièrement complexe.

_ Bien sur que non, Sherlock ! Elle nous offre au contraire une couverture idéale ! De plus, je sais d'expérience qu'un homme engagé recherche d'instinct une femme complètement différente, il vous faut donc trouver ce qui vous différencie le plus de Mary et qui serait susceptible de faire succomber John. . .

Il leva une oreille intéressée et se redressa dans son fauteuil.

Je cachais le sourire qui menaçait de me trahir et consenti à développer mon idée.

_ Je crois pouvoir m'avancer à dire, sans courir de grands risques, que votre plus grande différence avec elle est que justement vous êtes un « il ».

_ Mmh. . .votre intelligence m'étonnera toujours ma chère.

_ Cessez vos sarcasmes et laissez moi continuer, voulez-vous ?

_ . . .

Je me penchais par-dessus la table basse et baissais d'un ton, craignant les oreilles curieuses de la logeuse.

_ Ce qui attire le plus un homme quasiment marié, et donc promis à une vie monotone et ordinaire, c'est le danger, n'est-ce pas ? Vous représentez ce danger, mon cher. Vous incarnez à vous seul le péché le plus grave aux yeux de l'Angleterre puritaine, vous êtes un incube placé sur le chemin du droit et respectable John Watson. . .

_ Si je vous suis bien, il m'est totalement inutile de tenter de ressembler à une femme ?

_ Exactement.

Un éclair malicieux passa aux creux de ses pupilles sombre.

Il fit écho aux miennes, tout aussi sombre et calculatrice. Nous étions à nouveau réunis pour échafauder un plan douteux et des desseins plus que répréhensibles, deux esprits similaires unis qui tendaient vers un même but.

Quoique l 'éclat de mes yeux différait légèrement des siens à cet instant.

_ Donc mon principal atout réside dans ma virilité et mon excentricité je suppose ? Dans ce cas je n'ai qu'à harceler John plus que d'habitude, guetter la moindre occasion pour me balader à moitié nu et le tour est joué ?

_ Cela pourrait être un bon début. . .n'oublier pas de privilégier le contact physique.

Ses joues rosirent imperceptiblement au son de mes recommandations.

Je le laissais ainsi, rougissant et se trémoussant sur son siège, lui faisant promettre de me faire parvenir régulièrement des lettres me contant l'avancée de l'affaire. Je ne lui répondrais qu'en cas d'absolu nécessité et me gardais bien de lui préciser à quoi j'allais occuper mon temps libre.

Il fit cela très bien, avec le sérieux qui le caractérise lorsqu'il prend un sujet à cœur.

Chaque jour, je recevais un courrier le matin où il me racontait dans le détail ce qu'il avait ou non accompli la veille, mais toujours avec ce vocabulaire scientifique et impersonnel qui me faisait rire.

Je ne lui suggérais qu'une seule et unique fois de persévérer dans ses tentatives de rapprochement et de lire de la poésie, pour développer son langage sentimental. De mon côté, j'évitais John comme la peste mais passais de plus en plus de temps avec Mary, qui se révéla être une compagne inestimable.

Nos entrevues en tête-à-tête réchauffaient mes journées et, petit à petit, je m'aperçu que nos conversations et nos promenades, bien que toujours délicieuses, ne me suffisaient plus.

Ainsi, j'en vins à plaquer son corps souple contre le mur d'une ruelle déserte et je l'embrassais aveuglement, froissant ses cheveux dorés entre mes doigts tremblant.

Elle ne me repoussa pas.

Notre complicité grandit de façon exponentielle et quand enfin arriva le jour tant attendu, je savais avec certitude qu'elle resterait à mes côtés, quoi qu'il arrive.

La dernière lettre de Sherlock était nettement plus enflammée que les précédentes, et pour cause : John avait répondu à ses avances et il souhaitait franchir le pas avec lui prochainement.

Je l'encourageais vivement et le félicitais avec une apparente sincérité, la plume d'oie me brûlant les doigts sitôt qu'elle inscrivait ces mots factices.

Ayant décelé son dénuement quant à la suite des évènements, je lui proposais d'emprunter la suite que je louais au Grand Hôtel pour sa première nuit avec John, tandis que je passerais la mienne avec Mary je retiendrais ainsi la future épouse et il n'y aurait pas d'incident malheureux.

Il adhéra au projet immédiatement et me remercia pour mon aide, m'assurant qu'il me revaudrait ça si un jour j'avais besoin d'une aide quelconque.

Je déposais en ultime cadeau des roses sur le lit et une bouteille de vin français sur la table basse.

_ Mary ? Mon ange, il faut que je vous avoue quelque chose qui me tracasse depuis un certain temps déjà. . .

_ Qu'avez-vous Irène ? Je ne crois pas vous avoir jamais vu si préoccupée !

Elle m'attira contre sa poitrine et je posais ma tête décoiffée sur son sein soyeux, souriant intérieurement.

_ Dites-moi tous, très chère. . .

_ Si vous insistez.

_ Quelle infamie !

La voix rauque du policier résonna comme un coup de tonnerre au sein de la pièce à l'ambiance feutrée.

La main fine de ma douce Mary se crispa sur mon bras et je sentis son corps vaciller tout prés du mien, menaçant de s'écrouler à chaque instant. Mais son regard demeurait impitoyable et fort, déterminé à regarder jusqu'au bout, quel qu'en soit le prix.

Couvrir la peau nue et moite de John avec une couverture avait été le premier réflexe de Sherlock.

Le second, de le serrer dans ses bras.

Le troisième fut de regarder dans les yeux celle qui venait de causer sa perte.

_ Holmes. . .

Incapable de parler, n'en croyant sûrement pas ses propres yeux, Lestrade restait figé au milieu de la pièce, l'éclat de la lune rendant son visage fantomatique.

Plus que de la colère, plus que du dégoût, c'était de la peine qui marquait ses traits alors qu'il contemplait les deux hommes enlacés sur le lit, prostrés en attendant la sentence.

Sherlock ne bougeait plus, et John n'osait même pas se retourner pour faire face à ce qui aurait dû être sa femme.

Lorsque le policier avait défoncé la porte en bois sculpté, il s'était réfugié dans les bras de Sherlock et avait partagé avec lui un regard résigné, mais toujours rempli de tendresse. Ses forces l'avaient abandonné et j'avais la certitude qu'il ne désirait plus qu'une seule et unique chose : disparaître.

_ Vous êtes la honte de ce pays, messieurs ! Nous qui croyions si fort en vous, vous n'imaginez pas quelle déception, quel dégoût vous nous inspirez à présent ! Gentlemen ! Saisissez-vous de ces monstres !

Avec délice, j'observais les menottes glacées se refermer sans pitié autour des poignets pâles que j'avais autrefois embrassés avec adoration.

Le policier se tourna vers moi et posa une main compatissante sur l'épaule de Mary.

_ Je suis sincèrement désolé mademoiselle Morstan, mais je suis sûr que vous trouverez un mari digne de vous ! Merci encore Mlle Adler, nous n'aurions jamais pu deviner les ignobles pratiques qui se déroulaient en ces murs sans votre aide.

_ Mais c'est tout naturel monsieur ! Je n'ai à cœur que de servir ma patrie et notre chère Eglise, Dieu la préserve ! Mais je vous avoue que toute cette agitation m'a quelque peu épuisée, et je pense qu'il en est de même pour mon amie. . .

_ Bien sur, bien sur ! Un fiacre vous attend devant l'hôtel, rentrez bien et reposez-vous, je vous recontacterais demain pour de plus ample détail. Au revoir mesdemoiselles. . .

Je me retournais une dernière fois.

Ce que je vis me fis l'effet d'un tableau digne de figurer dans les plus prestigieux musées du monde tout y était : le drame, la trahison, la violence, l'éclat de la lune et la couverture de la nuit qui s'offrait en toile de fond de cette scène pathétique, au sens grec du terme.

Mary faisait glisser sa bague de fiançailles et la laissai choir sur le sol sans un regard pour John, puis tournait son visage bouleversé vers moi, un sourire baigné de larmes m'assurant que désormais je prenais la place de cet homme indigne dans sa vie.

Lestrade avait soudain perdu sa réserve et se jetait à corps perdu dans la bataille, assommant chaque policier qui passait à sa portée et défendant ses amis bec et ongles. L'affection qu'il avait pour eux avait réussi à détruire toute une vie de conditionnement catholique.

Il s'effondra au pied du lit, une balle logée dans son épaule.

Holmes s'était penché vers lui et lui murmurait des encouragements tandis que John, ayant retrouvé tant bien que mal ses réflexes de docteur, auscultait la plaie et baignait le visage de l'inspecteur de larmes amères.

Le regard sombre me transperça de plein fouet.

Haine, rancœur, mépris.

Et cependant il ne fléchissait pas, il était droit et presque fier au milieu de ce cataclysme.

Je restais sereine, sûre de ma victoire et repus de ma vengeance.

J'avais gagné et je lui avais fait payer sa trahison, son égoïsme, il allait être humilié publiquement et serait violé par une prison entière avant de finir sa course au bout d »une corde.

Il allait regarder l'amour de sa vie se faire ravager par des animaux et subir le même sort que lui.

J'avais gagné.

J'avais gagné sa confiance et je l'avais mis plus bas que terre, je l'avais précipité en Enfer de mes propres mains.

Et pourtant, alors que la main de Mary se glissait dans la mienne, je su que je n'oublierais jamais ce regard, qu'il me hanterait jour et nuit jusqu'à ce que je le rejoigne, moi aussi, dans les bas-fonds.

A force de manier des éléments chimiques et d'en dresser d'innombrables tableaux, il aurait dû savoir que L'amour est le plus instable et le plus redoutable d'entre eux.

Car il n'a besoin de rien pour se muer soudainement en haine.