Bonjour mes amours !
Je crois que je vous écris entre le monde des vivant-e-s et celui des mort-e-s. Mais le fait est que je peux toujours écrire, alors j'imagine que ça aurait pu être plus dramatique ahah
J'espère que vous avez passé un bon réveillon et un joyeux Noel et que vous avez été entouré-e-s par celleux qui comptent.
Sans transition, voici le chapitre 23. Je crois qu'Alois a des informations qui ont de quoi déstabiliser notre cher Drago... (a)
Merci à Lyra Verin et Mery-Alice Gilbert.
Chapitre 23.
« My secrets are burning a hole through my heart
And my bones catch a fever
When it cuts you up this deep
It's hard to find a way to breathe
.
Your eyes are swallowing me (…)
My skin's smothering me
Help me find a way to breathe. »
Sleepwalking, Bring me the horizon.
.
« Mes secrets sont en train de brûler un trou dans mon cœur
Et mes os attrapent la fièvre
Quand ça te coupe profondément
C'est difficile de trouver un moyen de respirer
.
Tes yeux me dévorent (…)
Ma peau m'étouffe
Aide-moi à trouver un moyen de respirer. »
Somnambulisme, Bring me the horizon.
Drago était perdu. La confession de Potter lui avait fait perdre ses repères.
Bien sûr, il savait déjà qu'il aimait les hommes. Les évidences étaient là, et comme il le lui avait dit, la discrétion n'était pas son fort. Mais les mots, prononcés à haute voix, avaient rendu les choses plus réelles qu'elles ne l'étaient déjà.
Potter était homosexuel. Et dans son sens littéral : il aimait prendre du bon temps avec d'autres hommes. Il n'y avait pas à y voir une quelconque conception romantique, il avait été suffisamment clair là-dessus, il ne savait pas comment s'attacher. Et Drago pouvait le comprendre, aimer faisait peur.
Il suffisait de le voir, lui. Il faisait le fier comme ça, il se montrait dur comme la pierre. Un cœur froid comme Potter lui-même se décrivait, et pourtant, il était comme emporté par un tourbillon de sensations à chaque fois que leurs regards se croisaient : vertiges, nausées, détresse respiratoire.
Il exagérait à peine. Les battements de son cœur s'emballaient tellement que c'était plus que ce que son organisme pouvait supporter. C'était insupportable. Et il avait fini par en comprendre la raison : il crevait de l'intérieur, tant il avait besoin de se rapprocher de Potter. C'était physique, mais c'était tellement plus encore. C'était indescriptible. Et malgré cette attirance digne d'un sortilège d'attraction, il était persuadé qu'un rapprochement le nuirait. À tout bien y réfléchir, cela s'apparentait probablement plus à un Imperium qu'à un Accio.
Alors, comment reprocher à Potter ses barrières ? Le problème était que cela réduisait à néant ses chances de l'approcher, de l'avoir rien que pour lui.
Parce que c'était un fait : Potter, on l'avait une fois. C'était un contrat à durée limitée. Et encore… il suffisait de se rappeler la façon dont il avait interrompu sa partie de jambes en l'air pour lui.
À cette idée, son cœur fit un bond dans sa poitrine. Il y avait quelque chose de spécial entre eux. Potter s'était confié à lui, il lui avait révélé qu'il se cachait derrière l'image d'un homme fort. Et Drago aussi avait eu envie de lui apprendre quelque chose sur lui… Il n'avait pas dit grand-chose, mais tout de même. Il n'avait plus parlé de la Marque depuis qu'il avait confronté Dumbledore dans la tour d'astronomie… un instant de vulnérabilité.
Dire que Potter avait cru qu'il serait rejeté pour ses attirances ! Par Salazar, s'il pouvait imaginer une seule seconde l'effet qu'il lui faisait dans son caleçon… Pour son propre malheur, il fallait croire que Potter n'avait aucune notion de vêtement de nuit. Mais pour être tout à fait honnête, une part de Drago craignait que Potter veuille le mettre dans son lit. Pour ce que cela signifierait : il ne deviendrait alors qu'un sorcier parmi les autres, un sorcier que Potter aurait eu et qu'il pourrait dès lors le jeter comme une vulgaire chaussette, dont même un elfe de maison ne voudrait pas.
Il avait donc fait le constat suivant : il n'avait que deux possibilités. Soit il acceptait l'idée que Potter serait à lui une seule et unique fois, la plus belle de son existence, soit il se résignait à garder secrets ses sentiments, vivant dans la souffrance d'un besoin qu'il ne comblerait jamais.
Drago n'était sûr de rien. Sa détermination se modifiait douloureusement à chaque fois qu'il croisait une certaine paire de pupilles émeraude… qui s'illuminaient des sourires de Potter, apparemment heureux et soulagé de la tournure de la situation.
Et pour le regarder, il ne se gênait pas.
« Dis, Potter, si tu continues à me regarder de cette façon, je vais réellement finir par penser que tu veux me mettre dans ton lit », le charria-t-il pour dissiper son trouble.
Face à lui, les pupilles brillèrent, mais ne fuirent pas. Drago aurait même pu jurer qu'il avait légèrement rosi.
« Non, mais… je suis content. »
« Sans blague », fit Drago avait un léger sourire moqueur, avant de dérouler la suite de son parchemin.
Ils avaient une fois de plus passé la nuit ensemble. Ils n'avaient plus discuté, et après avoir terminé les plans du Manoir, à défaut de pouvoir se souvenir de l'emplacement exact des cachots et du réduit de l'elfe de maison, Drago s'était remis à préparer ses ASPIC. L'Astronomie n'était décidément pas sa matière préférée, mais l'avantage d'étudier de nuit était de pouvoir observer les étoiles en même temps. Potter s'affairait à ses propres préparations de cours.
Il ne mentirait pas en disant que cette proximité avait une dimension intime, qui lui donnait l'impression d'être unique à ses yeux… Par moments, il laissait son esprit se distraire par des images de ménage, mais la réalité n'était jamais bien loin. Elle se rappelait à lui, il ne pouvait pas oublier.
« Maintenant que tu sais… Tu pourrais rencontrer mes amis », lui proposa Potter.
Drago releva les yeux dans sa direction. Il semblait hésitant.
« Tu veux que je rencontre tes amis ? »
Potter haussa les épaules, d'un geste trop désinvolte pour qu'il fut authentique.
« Bah pourquoi pas ? Puis ça fera plaisir à Annette d'avoir de tes nouvelles. »
« Elle va surtout imaginer des choses entre nous. Je me trompe ? »
« Mmmh non, tu as raison. »
Potter se replongea sur son parchemin, comme si la discussion était close. Mais très vite, il joua avec sa plume, signe qu'il n'était pas concentré sur ce qu'il faisait. Drago eut la sensation que ses esquives l'attristaient, et cette pensée le perturba. Qu'est-ce que Potter avait en tête ? Depuis ses révélations, sur le fait qu'il dissimulait certaines choses pour paraître plus fort qu'il ne l'était en réalité, Drago décelait des petits signes discrets dans son comportement. Ses failles, probablement.
Il avait peur de ce que cela pouvait signifier.
« Donne-moi une bonne raison pour me retrouver dans un nid de Gryffondor. »
Harry releva si brusquement la tête qu'il se fit mal, sa grimace en attestant. Drago leva les yeux au ciel, mais ne put empêcher un sourire de naître.
« Heu… Si tu viens, Annette se rendra compte que je ne te séquestre pas ? » tenta-t-il maladroitement.
« Ça, c'est ton problème, pas le mien. »
Le regard que lui lança Potter lui donna une mine si affligeante que Drago s'esclaffa. En vérité, il était déjà tenté de le suivre, ne serait-ce que pour découvrir pour quelle raison sa présence lui importait tant. Mais il n'était pas question que son propre intérêt soit si visible.
« Moque-toi, je vais devoir m'arranger avec Dean… encore… »
Drago fronça les sourcils à l'emploi de l'adverbe.
« Quand on a un fichu caractère, Potter, il faut assumer. »
En guise de réponse, ce dernier lui tira la langue, arrachant un sourire à Drago. Il s'empressa de le ravaler. Et Potter n'ajouta plus rien.
Il était clair qu'il avait envie que Drago l'accompagne. Et en même temps, il n'était pas capable de lui trouver des arguments pour se justifier. Son attitude était déstabilisante. Et intrigante.
La tension interne devenait insupportable. Drago abdiqua.
« Vous avez rendez-vous à quelle heure déjà ? »
Le sourire que lui renvoya Potter valait son pesant de Gallions. Et lui retourna littéralement l'estomac.
OoOoO
Atterrir dans un nid de Gryffondor était comparable au fait d'observer un groupe d'enfants se chamailler dans une cour de récréation.
Et ça avait commencé dès leur arrivée dans la brasserie. Potter avait été acclamé comme un survivant par Finnigan et un deuxième sorcier qui avait très vite été identifié comme étant son compagnon.
Pendant qu'ils s'amusaient de lui, principalement du fait qu'il s'était endormi et avait ainsi raté leur habituelle soirée – ce que Potter avait très élégamment ponctué d'un « Mais je vous baise ! » -, Drago nota également la présence discrète de son ancien stagiaire. Ses précédents doutes sur une relation entre eux n'étaient peut-être pas totalement infondés.
« Regarde comme tu as manqué à Dean ! » lança Finnigan, faisant écho à l'expression peu avenante du concerné.
Celui-ci lui répondit d'ailleurs d'un doigt donneur plutôt éloquent.
« Avec plaisir, j'aime assez me faire enculer », répliqua Finnigan, dont le visage disparut dans le cou de son conjoint, qui roucoula de plaisir.
Les Gryffondor avaient vraiment un don pour jouer avec le Feudeymon, c'était à peine croyable… Et ils n'avaient aucune tenue en public.
Une nouvelle acclamation s'éleva, toujours en provenance du couple. Le groupe se retourna comme un seul homme sur un nouvel arrivant, qui semblait pour le moins embarrassé.
« On veut le câlin qu'on n'a pas eu hier ! » s'écria Alois.
« Ouais ! » renchérit Finnigan.
Potter, qui était déjà debout pour l'accueillir, regarda le couple avec perplexité.
« Comment ça, vous n'avez pas eu votre câlin hier ? » s'étonna-t-il, ses bras se refermant sur celui qui s'y était réfugié.
Drago sentit une pointe de jalousie lui vriller le thorax. Pourquoi Potter lui faisait un câlin à lui et pas à ses autres amis ? Ce gars-là avait-il une place particulière ?
« Figure-toi qu'Erwann n'était pas là non plus hier soir », expliqua Émory, qui était jusque-là resté silencieux. « On s'est même demandé si vous ne vous étiez pas éclipsés ensemble. »
Drago dévisagea immédiatement Potter, cherchant à le sonder. S'il savait pertinemment que Potter n'avait pas quitté l'appartement la veille, cela n'excluait pas une relation antérieure. Au demeurant, il balaya d'un revers de main la possibilité d'une relation particulière : ledit Erwann faisait le tour de la tablée pour enlacer ses amis. Bon, c'était peut-être lui avec tous les autres, pas juste Potter avec lui…
« Genre ! Vous connaissez mes principes », les contredit Potter, en même temps que le nouvel arrivant serrait la main de Drago. « Erwann », « Drago » furent leurs seuls mots d'échange, la discussion suivant son cours.
« Oui, enfin… », commença Erwann, un sourire sardonique. « Personne n'a oublié le jour où tu as débarqué avec ton petit étudiant. »
À la manière dont Potter et Émory disparurent derrière leurs rougissements, Drago en déduisit qu'ils étaient les deux visés. C'était une certitude, les Gryffondor n'avaient aucune limite. Comment, lui, était-il censé gérer la situation ? Comment rester de marbre face à des sorciers avec lesquels Potter avait couché ? Drago avait les sens en ébullition, il ne pouvait empêcher les images d'affluer dans son esprit.
Au final, il ne savait plus que penser sur les fréquentations de Potter, mais il commençait à imager tout et n'importe quoi, avec tout le monde.
« Non, mais vous n'avez rien d'autre à faire qu'à m'embêter avec ça ! » s'insurgea Potter, pourtant hilare. « Genre me raconter ce que vous, vous avez fait la nuit dernière ? »
Finnigan haussa les épaules, soudainement plus sérieux.
« Bah honnêtement, entre Dean qui tirait la tronche suite à votre dispute, l'absence d'Erwann, la tienne… On n'a pas fait long feu. On est rentrés se câliner à la maison », expliqua-t-il rapidement, avant de pointer l'ancien stagiaire du menton. « Ton petit là, par contre, il s'est trouvé un de ces Apollons. »
« Ah ouais ? » fit Potter, sur le ton de la fierté.
« Ouais, il était canon », admit Émory sur un ton désintéressé. « Mais il n'avait pas grand-chose dans son pantalon. Il fanfaronnait plus qu'autre chose, c'était décevant. »
Potter se rapprocha alors de lui, entourant ses épaules de son bras, dans un geste presque fraternel, faisant grincer Drago des dents.
« Allez le prochain sera un bon coup ! »
« Tout le monde ne peut pas être comme toi, hein Harry ? » le charria Alois.
« Une fois de plus, Al' : je te baise ! » répliqua Potter.
Un grognement plus que perceptible se fit entendre du côté de Thomas qui, tout comme Drago, n'en menait pas large. Mais Drago n'avait pas une once d'empathie pour lui. Il commençait à s'en méfier plutôt, au vu de ses réactions. Bien qu'il ne soit pas son style, il reconnaissait qu'il était plutôt bel homme, et le fait qu'il tourne aussi explicitement autour de Potter ne lui plaisait pas tellement. Même si, visiblement, cela agaçait Potter plus qu'autre chose.
« Oh ça va, on prend juste le Riddikulus de l'Épouvantard, détends-toi, vieux ! » lança Finnigan à son ami de toujours.
« Comme tu vois, ça ne me fait pas beaucoup rire », bougonna-t-il.
Potter se détacha nettement d'Émory pour exhorter Thomas à se lever de la banquette. Il n'avait pas l'air ravi. Bien au contraire. Bon peut-être que Drago allait s'amuser un peu, en fin de compte.
« Qu'est-ce que tu fous ?! » s'exclama Thomas.
« Pousse-toi. On va parler. Parce que j'en ai marre de ta jalousie mal placée. »
Le visage fermé, Thomas s'exécuta, puis attendit que Potter en fasse de même. Cependant, il se retourna sur Erwann, le dernier arrivé.
« Tu attends que je revienne pour nous raconter la raison de ton absence, hein ! »
L'ensemble du groupe s'esclaffa et Drago se sentit comme invisible. Mais juste avant de suivre Thomas à l'extérieur de la brasserie, Potter s'arrêta, lui lançant un regard. Et son sourire fut si doux que Drago en perdit tout regret. Il était considéré par le seul qui avait de l'importance.
OoOoO
Potter était resté silencieux quant à son échange avec Thomas. De sa chaise, Drago aurait dit que c'était plutôt houleux mais il les avait vus revenir bras dessus, bras dessous, se bagarrant comme des enfants qui, s'étant disputés pendant la récréation, étaient comme cul et chemise à la sortie des classes. Tout compte fait, il ne rigolait pas du tout. Thomas n'avait pas eu la raclée espérée.
À leur retour, toute l'attention fut portée sur Erwann, qui avait raconté son dîner aux chandelles improvisé, quelques détails de sa nuit d'amour, avant de révéler le nom de celui qu'il fréquentait : Olivier Dubois. La nouvelle avait déchaîné les foules, si bien que la gérante en personne avait dû leur demander de baisser d'un ton. Et Drago n'avait plus su où se mettre.
Après ça, leurs petits déjeuners leur avaient été apportés et Drago avait espéré que ça les calmerait mais c'était visiblement peine perdue. Il avait eu droit à des histoires en tout genre, en passant par les pratiques sexuelles de chacun. Il avait ainsi appris que Finnigan et Alois étaient friands des plans à trois, qu'Erwann avait l'intention d'être exclusif, et que Thomas pouvait facilement trouver, le problème était qu'il dévorait Potter des yeux. Potter, justement, était un coureur de caleçons, vivant principalement de queues et de liquide séminal, pour reprendre l'expression du plus jeune, qui semblait vouloir suivre ses pas.
La diversité de leur groupe était plutôt intéressante et sympathique, d'une certaine façon. Mais fatigante, également. Le moins que Drago puisse en dire, c'était qu'il n'était pas mécontent d'être de retour dans le calme de l'appartement de Potter. Sitôt rentré, il s'était allongé dans le canapé, les yeux fermés. Il se sentait vidé de toute énergie alors qu'il n'avait même pas participé activement à la vie du groupe.
Il sursauta violemment en sentant deux jambes se glisser à côté de lui. Les yeux à présent grands ouverts, il vit Potter, ni plus ni moins couché dans l'autre sens, dans le même canapé que lui.
« Qu'est-ce que… », commença-t-il.
Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'un pied vint lui flatter les côtes. Face à lui, Potter se tordait de rire, si bien qu'aucun son ne sortait de sa gorge déployée. Aucun doute là-dessus, passer le début de la journée avec ses amis ne lui réussissait pas.
« Potter… », grinça Drago, menaçant.
Il le fixa, attendant une réaction. Mais voyant que Potter ne réagissait pas à ses intimidations, son pied continuant à se frotter allègrement à lui, il l'empoigna par la cheville et le tira vivement, manquant de le faire chuter. La surprise interrompit son rire.
« À quoi tu joues, au juste ? » fit Drago, faussement irrité.
En réalité, son cœur se fracassait à vive allure contre sa poitrine à chacun de ses battements. Il s'était déjà retrouvé par deux fois dans les bras de Potter, mais jamais allongé en même temps que lui dans le canapé, jamais dans cette position plus qu'outrageuse, et pas depuis que son esprit avait été nourri par Hombres.
Des vers, dans le désordre, lui revinrent : Gland point suprême de l'être / Mon heureux cul, perforé / Tant et tant par ce gros membre. Il en perdait toute capacité de raisonnement. Il voulait Potter, il voulait le sentir contre sa peau nue, il voulait le sentir dans son…
Merlin, il fallait qu'il pense à autre chose, sinon c'était son gland qui atteindrait des sommets…
« Je suis déphasé », se justifia alors Potter, le sortant de ses pensées. « Je fais de la merde dans ces cas-là. »
« Je te rassure, Potter, tu fais toujours de la merde. »
En réponse, Potter s'esclaffa, avant de laisser retomber sa tête sur le haut de sa cuisse. Par Salazar… Drago se sentait comme emprisonné dans un étau, ou pire : la tête sous l'eau, incapable de regagner la surface pour respirer. Cette proximité physique avec Potter était incongrue. Et potentiellement dommageable.
« On devrait t'acheter d'autres vêtements, non ? Un costume, c'est un peu peu pour vivre », lâcha-t-il, passant du Botruc à l'Hippogriffe, tandis qu'il jouait avec un pli dans le tissu de son pantalon. « Enfin, pour moi, tu peux te servir dans ma penderie, je n'y vois pas d'inconvénient. »
« Ta penderie, qui contient en tout et pour tout cinq caleçons différents, c'est ça ? » le charria Drago pour détourner la conversation.
« T'as dû mal regarder alors », lui lança Potter avec un sourire grivois. « Je te croyais plus attentif. »
Gloups, mauvaise pioche.
« Plus sérieusement », continua Potter comme si de rien n'était, « j'ai des chemises et des costumes-capes, dont des trop petites du fait que j'ai pris en muscles avec mes entraînements. Je te les sortirai, tu en feras ce que tu voudras. »
« Tes entraînements ? » releva Drago.
« De Quidditch, évidemment. Tous les dimanches matins. Mais pas demain, on a une rencontre amicale. Tu veux venir voir le match ? »
Drago sentit l'excitation poindre en même temps que la peur. Aller voir un match signifiait sortir au grand air, dans une masse indistincte en émoi. Il ne savait pas s'il était prêt pour ça…
« Hé », l'interpella Potter en se redressant du mieux qu'il le put sur l'espace réduit. « Ça va ? Tu n'es pas obligé, hein… C'est juste que je sais que tu aimes le Quidditch, je voulais te faire plaisir, pas te mettre mal… »
« Je vais bien », mentit Drago, dont le myocarde semblait avoir trouvé refuge dans sa gorge.
Comment diantre Potter avait-il pu voir son début de panique ? Drago était parvenu à se gérer pendant son incarcération, avec ses codétenus, et là… Bon Potter était aussi beaucoup plus près de lui que n'importe qui d'autre. Ce constat lui arracha un petit cri entre l'accablement et le désir. Il était trop près et trop loin à la fois.
Il se leva d'un bond, cherchant à s'isoler, ne sachant même pas comment il avait fait pour escalader Potter sans le bousculer, conscient que son cri n'avait pas dû lui échapper. Mais celui-ci ne se laissa pas démonter et le rattrapa par le bras, vrillant son regard émeraude dans le sien.
En quelques secondes à peine, il s'était également relevé, toujours aussi vif lorsqu'il s'agissait de réagir. Drago se rappelait encore la façon dont il avait plaqué Bletchey le jour où il l'avait attaqué… ce même jour où il l'avait soigné.
Un frisson traversa sa colonne vertébrale à ce souvenir. Ce jour-là, il avait compris qu'il était définitivement perdu. Et de fait, Potter avait raison : quand il le touchait, il se laissait faire. S'il s'écoutait même, il en redemanderait…
« On ira faire un essai juste nous deux, avant le match. Comme ça, si tu te sens mal, on rentrera tout de suite. »
« Et si ça va quand tu es là et plus après ? »
Drago ferma les yeux, désespéré par lui-même. Les mots étaient sortis sans qu'il ait de contrôle sur eux.
Il ne fut même pas surpris de sentir la paume de la main de Potter glisser le long de sa mâchoire. Son pouce lui caressait doucement la joue. Drago n'avait pas envie de rouvrir les yeux, pas envie de casser l'instant. Il en avait le souffle coupé, perdu dans la sensation de douceur.
Est-ce qu'il était le seul à pouvoir prétendre à cette tendresse ? Il aimerait pouvoir l'affirmer… Il voulait être l'unique prétendant, mais il ne voulait pas non plus en être dépourvu sous prétexte que d'autres avaient connu et connaîtraient encore son toucher… Il fallait être plus fort que ses doutes, plus fort que sa possessivité, plus fort que ses souffrances.
Il avait presque envie de pleurer tant ses émotions étaient contradictoires entre elles.
« Étape par étape », lui assura Potter sur un ton ferme, presque comme s'il faisait écho à ses pensées. « Mais je ne te laisserai pas tomber. »
Drago rouvrit lentement les yeux. Les pupilles émeraude le dévisageaient toujours, attentives. Alors il sut qu'il le suivrait. Il avait envie de le croire, de lui faire confiance. À n'importe quel prix.
OoOoO
Drago était assis dans les gradins en compagnie d'Alois et Finnigan, les deux seuls membres du groupe qui assistaient aux entraînements, Émory ayant des restrictions parentales le dimanche et les autres faisant partie de l'équipe
Finalement, la visite des lieux s'était bien déroulée. Le stade et ses vestiaires étaient dissimulés par un sortilège de camouflage, de sorte que, lorsqu'un moldu approchait, il ne voyait que les vestiges d'une ancienne usine dont les produits étaient toxiques, le dissuadant de poursuivre son chemin dans cette direction. Il était également impossible de transplaner directement dans et hors de l'enceinte.
Potter lui avait même proposé de monter sur son balai. Mais Drago ne se sentait pas encore prêt pour ça. Trop de liberté d'un seul coup, c'était compliqué à gérer. Potter l'avait dit lui-même : étape par étape.
Pour l'heure, il était concentré sur le match. Ou plutôt sur Potter qui suivait le match en attendant de repérer le Vif d'or. En entendant les commentateurs, Drago situait malgré tout l'avancée de la rencontre, à 50-30 en faveur des Billywings. Il fallait dire qu'ils avaient de bons éléments, entre le jumeau survivant, Johnson, Thomas, Erwann qu'il voyait jouer pour la première fois – il était fluide dans ses mouvements, c'était un avantage pour filer droit sur les buts – et même Weasmoche, qui arrêtait la plupart des tentatives de l'équipe adverse.
« Hé, Drago, c'est ça ? »
Il se retourna sur Alois, qui était à l'origine de son interpellation. C'était tout de même étrange de se faire appeler par son prénom par toutes ces personnes qu'il connaissait à peine… et dont il ne connaissait même pas le patronyme. Mais en même temps, mieux valait qu'eux ne sachent pas quel était le sien. Enfin, s'il était réaliste, Finnigan ou Thomas avaient déjà probablement lâché le morceau…
« Arrête ça, Al'. Sérieusement, ce n'est vraiment pas drôle », intervint Finnigan.
Drago fronça les sourcils, dévisageant le couple. Ils se chamaillaient, Finnigan entre la contrariété et le malaise, Alois taquin et amusé. Et Drago n'avait absolument pas envie d'être mêlé à leurs petits jeux.
« Au pire, il me dit non, et puis c'est tout. On a quoi à y perdre ? » fit Alois, comme s'il n'était pas juste à côté d'eux.
« Je n'ai pas envie de coucher avec lui ! »
Drago suivit le lancer de Souaffle, ici imagé, entre les deux sorciers, de plus en plus perplexe. Finnigan afficha un air boudeur, comme un enfant auquel on aurait volé son jouet. Ou plutôt comme si Alois avait considéré que Drago serait le nouvel objet sexuel et que Finnigan n'en voulait pas. Et Drago n'avait pas tellement envie de l'être non plus, à vrai dire.
« Bah vas-y, demande-lui ! Mais sans moi ! »
« Mais allez, amour, on fait toujours ça ensemble… »
La perplexité de Drago laissa place à sa sidération. Est-ce qu'ils avaient réellement l'intention de lui demander de coucher avec lui ?! Est-ce que c'était vraiment aussi facile ? Il secoua la tête, se désintéressant de leur conversation. En règle générale, ça lui était parfaitement égal la façon dont les autres percevaient la sexualité. Il ne voulait juste pas être de la partie. Il se perdit de nouveau bien vite dans la contemplation du seul qui faisait naître un tel désir chez lui.
Puis il y eut une intermittence. Les gradins se vidèrent des spectateurs qui allaient chercher de nouvelles consommations et les joueurs quittèrent les airs pour occuper la pelouse du terrain.
Il perçut plus qu'il ne sentit quelqu'un se rapprocher de lui. Jetant un coup d'œil méfiant, il se rendit compte que Finnigan était parti et qu'Alois avait glissé plus près de lui.
« Désolé si je t'ai mis mal à l'aise tout à l'heure. C'était surtout pour embêter Seamus, je n'ai pas l'habitude qu'il se montre jaloux. En fait, la seule fois où s'est arrivé, c'est quand je lui ai proposé que Dean devienne un partenaire plus fréquent. Peut-être qu'il avait peur qu'il prenne plus de place que prévu… ce que je peux concevoir », expliqua-t-il. « Quoi qu'il en soit, ce n'était pas une véritable proposition. »
Drago leva un sourcil. Il n'avait pas envie de chercher à les comprendre. Il était à mille lieues de leurs considérations, bien qu'il aurait aimé savoir comment leur couple pouvait tenir sans fondre d'une jalousie destructrice, comme sous l'effet d'une potion cuisante.
« Je n'aurais pas accepté de toute façon. »
« Oh ça, je sais ! » s'esclaffa Alois. « Il suffit de voir comme tu lorgnes sur Harry, quand tu ne le contemples pas franchement. »
Drago se mordit l'intérieur de la joue pour ne pas fermer les yeux et se vendre. Par Salazar, si un inconnu l'avait percé à jour, qui d'autre avait pu se rendre compte de son attirance pour Potter… ? Il ne fallait surtout pas que Potter l'apprenne.
« Je ne crois pas qu'il le sache, sinon il t'aurait déjà sauté dessus », poursuivit Alois, sûr de lui. « Sans rire, je ne comprends même pas comment c'est possible que vous n'ayez pas encore couché ensemble, ça fait quoi… deux semaines que vous vivez sous le même toit ? »
Drago grogna. Les battements de son cœur se déchaînaient. La peur, l'envie se mêlaient douloureusement.
« Qu'est-ce qui te fait croire que ce n'est pas le cas ? » lança-t-il, la gorge nouée.
« Parce qu'il y a une tension sexuelle entre vous. Si vous aviez déjà consommé, Harry serait plus distant avec toi. Là, il est comme aimanté, mais il résiste. Ça doit être pour ça que Dean a autant de mal avec ta présence. En général, il gère plutôt bien ses sentiments. Il rigole même du comportement fiévreux d'Harry ! Mais depuis qu'il sait que tu loges chez lui… »
Drago ne répondit pas. Il ne savait pas quoi penser de ces révélations. Ses neurones ne fonctionnaient plus correctement.
« Si tu veux un conseil, fais-lui comprendre que tu es chaud. Mais ne t'attends pas à avoir plus… Je ne dis pas que c'est impossible, mais Harry est incapable de reconnaître quand il en pince pour quelqu'un. »
Son cœur sembla cesser de battre durant une micro seconde, avant de tambourine plus rapidement encore. C'était lui ou Alois venait de suggérer que Potter en pinçait pour lui ?
« Ne lui donne juste pas l'impression de glisser dans un entonnoir. Il lui faudra du temps. »
Heureusement pour Drago, Finnigan revint à ce moment-là, mettant soudainement fin à leur conversation. Parce qu'il était sous le choc.
Merlin, Potter n'était pas indifférent à lui. Pire que ça, son ami lui disait explicitement qu'il avait ses chances, s'il s'armait de patience.
Et de la patience, il était passé maître.
Mouhahah est-ce que cette fin de chapitre vous annonce des choses intéressantes pour la suite ? Moi, je crois bien... (a)
A votre avis, combien de temps reste-t-il avant un premier bisou ? héhé
Merci aux lecteur-ric-es qui me rejoignent en cours de route et qui me lancent de belles reviews. Je vous souhaite d'ores et déjà un bon réveillon du Nouvel An, et on se retrouve... l'année prochaine (oui, j'ai osé).
Fux énergétique de scarabée sur vous.
