ROSE 24

« Alors, Hélios, depuis combien de temps toi et Psychée avez une liaison ? demanda Aphrodite avec une exquise politesse.

_ Quoi ? » cria un Cupidon enragé.

Arès et Joxer réagirent automatiquement pour empêcher le dieu ailé de s'éjecter du banc où ils étaient assis.

Héra ne voulait pas de ça.

« Je dois te rappeler, Cupidon, que tu es ici à la discrétion de cette cour. Si tu ne peux pas rester en dehors de ça, c'est moi qui te jette dehors, » fit-elle avec colère.

Cupidon considéra ce qu'il savait. D'un, il se passait ici quelque chose d'important. De deux, son fils était ici, et aussi... enfin... Il détourna le regard. Il s'aperçut que tous ceux qu'il aimait, tous ceux qui l'aimaient, étaient dans ce temple. Il regarda Éris qui était en train de bercer Bliss, son père qui le tenait d'une main sûre et ferme, et enfin sa mère. Leurs yeux bleues se croisèrent, et il pouvait lire dans les siens 'attends, patience, ce n'est pas encore le bon moment'.

« Mes excuses à la cour, » dit Cupidon, prenant sa décision, puis il se rassit entre le guerrier et son père.

Il attendrait le bon moment.

« La cour fermera sur les yeux sur cet éclat pour cette fois. Hélios, répondez s'il vous plaît à la question qui vous a été posée. »

Pour l'instant, Héra n'avait aucune idée d'où Aphrodite voulait venir. Mais, en dépit de tout, elle avait confiance en la déesse blonde.

Elle réfléchit à ça un moment. Et considéra Aphrodite. Oui, elle lui faisait confiance. Après sa dernière crise de rose. Cela la faisait encore sourire chaque fois qu'elle se rappelait comment son mari s'était retrouvé coincé entre aller vers sa femme, ou chasser des mortelles transformé en taureau, bouc, et autres.

Elle reporta son attention sur Hélios.

« Question facile, chérie, réponse facile, je n'ai jamais eu de liaison avec Psychée, » répondit Hélios d'un air suffisant.

Aphrodite hoqueta de surprise.

« Et lui parler d'Hadès et Perséphone ? demanda une déesse de l'amour incrédule.

_ Désole, baby, aucune idée de quoi tu parles. » lui fit-il avec un sourire en coin.

Aphrodite en eut le souffle coupé, et chercha nerveusement de l'aide du regard auprès d'Arès, mais n'en trouva pas. Il semblait aussi choqué qu'Aphrodite.

« Peux-tu expliquer à la cour comment elle a rencontré Callisto ? insista Aphrodite.

_ Chérie, je suis désolé, je ne sais pas ce qu'indique ta boussole, mais ce n'est certainement pas le Nord, » répondit Hélios d'un ton désintéressé.

Aphrodite commençait à devenir furieuse. Héra pouvait le voir, les vêtements d'Hélios avaient à présent changé de teintes de rose trois fois dans les quelques minutes depuis le début ce cet interrogatoire.

« Tu mens ! déclara Aphrodite.

_ Ma douce, je ne mens pas, et je n'y peux rien si tu n'aimes pas la vérité, répondit Hélios d'un ton mielleux.

_ Il ment, » insista Aphrodite auprès d'Héra.

Aphrodite semblait être sur le point d'invoquer une boule de feu d'une seconde à l'autre Héra était sur le point d'intervenir, quand Hadès la prit de vitesse.

« Aphrodite ! dit Hadès avec toute l'autorité qu'il avait en tant que, et bien, en tant que le Roi, ce qu'il était. Je juge des âmes tous les jours. Je sais quand on me ment, ou quand on essaie de me mentir. Hélios ne ment pas. Maintenant, continue à poser tes questions, ou alors je propose qu'on passe à un autre témoin. »

Héra regarda Aphrodite avec excuse.

« Je suis d'accord avec le jugement d'Hadès sur ce point, soit tu continues tes questions, soit Hélios est congédié, déclara Héra.

_ Euuh, excusez-moi ? Désolée, je réalise que j'interromps une répétition, là, et tout, mais je suis un peu perdue ? » dit une voix de soprano claire et légère.

L'assemblée se tourna pour voir une jeune femme se tenant près de la longue table de nourriture qu'Aphrodite avait installée.

La jeune femme portait un pantalon bleu, et une courte chemise blanche qui laissait voir son ventre. Il y avait une sorte d'anneau métallique sortant de son nombril. Ses cheveux étaient blonds avec une mèche d'un rose électrique. Elle portait sur l'épaule une sorte de luth allongé.

« Trop cool, l'anneau, Maman, je peux ? fit une voix nouvellement restaurée.

_ NON, ÉRIN ! jaillit immédiatement en cœur plusieurs voix féminines et une voix grave masculine.

_ Ouaah, si on peut même plus s'amuser ? » geignit une voix par dessus les gloussements de Bliss.

La jeune femme attrapa une grappe de la corbeille de fruit, et poursuivit.

« Je cherche le Conan Show, la salle verte ? Je fais la partie musicale, ce soir. Je démarre avec 'Get The Party Started'. Devrait rendre super bien, donc, si vous pouviez juste m'indiquer ? »

Arès soupira et montra du doigt le mur, il y avait une porte là où ne se trouvait qu'un mur de marbre rose quelques secondes auparavant. La porte grise portait la mention 'NBC Studios'.

« Merci, dit-elle en se dirigeant vers la porte. J'adore la répét', vous savez, ce que j'en ai vu jusque là, j'suis impatiente de le voir diffuser, TaratataPourL'Instant, à plus. »

La jeune femme passa la porte qui se ferma derrière elle et disparut.

Arès se rassit. Il était contrarié. Il savait qu'Hélios mentait, mais ce n'était pas possible, les dieux ne pouvait pas mentir devant un tribunal officiel. Même s'ils le pouvaient, ce qui n'était pas le cas, s'ils essayaient, la sanction était un bannissement d'un an pour chaque mensonge proféré. Cela n'avait aucun sens. Tout reposait sur leur capacité à démêler les fils de la toile, et Hélios était le seul qui pouvait avoir fait ce qu'Aphrodite avait déduit. Le seul.

Il regarda son fils. Il remarqua que Cupidon n'avait d'yeux que pour Bliss et Érin. Cela le fit sourire d'un sourire un peu sombre. Si jamais ils n'arrivaient pas à faire parler Hélios très vite, Hadès et Héra le congédierait, et alors tout serait perdu. Peut-être... et bien, Joxer semblait toujours avoir une bonne idée.

Joxer était assis avec un visage aussi inquiet que celui d'Arès. Le cœur d'Arès se serra, il savait ce que cela voulait dire, Joxer n'avait encore rien trouvé.

Twang. Il y avait maintenant une petite dague fichée dans le marbre rose du sol entre les bottes marrons de Joxer. Elle vibra encore sous la force de l'impact. Arès fut immédiatement furieux, qui osait blesser son Joxer ? Quelqu'un qui avait accès à des couteaux. Cela voulait dire Jett ou Éris. Il chercha du regard avec une promesse de mort au fond des yeux.

Jett regardait Joxer et articulait silencieusement 'Fais quelque chose, n'importe quoi, gagne du temps, fais diversion'. La colère d'Arès s'évapora comme il reporta son regard sur le mortel à côté de lui.

x

Joxer était choqué. Ils allaient laisser partir Hélios, mais ils avaient besoin de lui ! Il pouvait voir la colère et la frustration sur le visage d'Arès. Les trois changements de couleur et la fumée s'échappant d'Aphrodite étaient aussi des indices assez évidents. Il devait faire quelque chose.

Twang.

Une des dagues de Jett, pensa-t-il distraitement, en rangeant rapidement et silencieusement la dague dans sa botte.

Il leva les yeux vers Jett. 'Fais quelque chose, n'importe quoi, gagne du temps, fais diversion', articulait muettement Jett. Oh oui, il pouvait gagner du temps. Il était très doué pour faire diversion.

« Si la cour le permets, » dit-il avec conviction, comme s'il avait la moindre idée de ce qui allait sortir de sa bouche, et se leva.

Ce fut Hadès qui répondit, cette fois.

« Oh oui, s'il vous plaît. Laissons le mortel revenir encore une fois nous pointer ce que nous avons bien pu rater cette fois.

_ Hadès, réprimanda Perséphone, haletant légèrement d'un ton choqué.

_ Désolé, mon amour, répondit Hadès, mais ce triplé ne fait rien d'autre que de me faire perdre patience depuis tout à l'heure.

_ C'est parce que tu n'as aucune patience, cher cœur, tu ne vois les choses que d'un côté ou de l'autre. Bien sûr, je ne t'en aime que d'avantage pour ça, » fut la réponse de Perséphone qui se pencha vers son mari et recommença à l'embrasser. Hadès était trop occupé pour entendre le commentaire d'Hélios.

« Des triplés ! dansa presque de joie Hélios. Tante Fortune me fait un sacré cadeau, maintenant qu'est-ce que je vais FAIRE pour les avoir dans mon lit tous en même temps. Enfin, on s'en fiche, je vais juste commencer par toi, mon joli, n'est-ce pas ? lorgna-t-il Joxer, qui se sentit nauséeux.

_ Touche mon frère et je te donnerai une mort lente et douloureuse, déclara Jett.

_ Un pas de plus, Hélios, et je ferai briller le soleil là où il n'est pas censé briller*, intervint Éris.

Arès se contenta de se lever et de s'avancer pour se tenir derrière Joxer. Il croisa les bras.

Son visage n'avait absolument aucune expression.

Personne sur l'Olympe ou dans toute la Grèce n'était capable de faire face à cette expression. Elle promettait la mort dans toute sa pleine mesure.

Arès n'avait ce visage que lorsqu'il était complètement enragé, quand il était à un cheveux de déclarer la guerre. À l'instant où il était encore en train de peser le pour et le contre de chaque possibilité. Ce visage était la raison pour laquelle beaucoup, dans l'Olympe, ne l'appelait jamais Arès, car ils ne voyaient pas plus loin que cette expression, ils l'appelaient uniquement Guerre.

Bien que Joxer ne pouvait pas voir ce qui se passait derrière lui, il en observa la conséquence. Le visage d'Hélios devint blanc de peur et d'horreur. Inquiet, Joxer regarda derrière lui, et vit Arès qui se tenait là. Joxer sourit. Arès était si beau, il ne pourrait jamais se lasser de l'admirer. Mais il ne comprenais pas pourquoi Hélios avait réagit comme ça. Ne voyait-il pas à quel point ce dieu était merveilleux ? Bon, il supposait que certains dieux n'avaient jamais appris à apprécier la beauté.

Joxer se tourna vers la cour, et attendit qu'Hadès finisse d'embrasser Perséphone. Ou était-ce le contraire ? Il pencha la tête, et allait considérer la question, quand son esprit buta sur deux mots, mentir et triplés. Alors triplés voulait dire Jett, Jace et Joxer. Jett et lui étaient là, il restait donc Jace. JACE ! C'était ça ! C'était la diversion qu'il lui fallait.

Bien sûr, il n'allait rien faire pour arrêter la diversion que Dame Perséphone était pour le moment en train de fournir au Seigneur Hadès, mais au moins, il se sentait plus confiant maintenant qu'il avait une idée d'où il allait.

Le baiser fut interrompu par la nécessité pour Hadès de respirer.

« Continue, mortel, entonna Hadès, bien qu'il n'ait pas vraiment envie d'arrêter d'embrasser sa femme.

_ Si la cour le permet, je pensais justement à mon frère Jace, » commença-t-il.

Aphrodite gloussa et Jett poussa un grognement. Joxer continua :

« Mon frère Jace dit que les hommes, et bien, je suppose que je devrais dire les mortels, parlent ou plutôt disent quelque chose de trois, ou bien, je suppose que ça fait plutôt quatre, manières possibles. La première est de dire la vérité, c'est la plus facile, parce que vous n'avez rien à vous rappelez, parce que, et bien, ce que vous dîtes exactement n'a pas d'importance puisque vous dîtes la vérité. Vous pouvez parler toute la journée, parce que c'est la vérité, vous voyez ? Après, la deuxième manière est de mentir franchement, juste pour vous amuser en mentant. Mon frère Jace est un, et bien, vous pourriez le considérer comme un acteur, mais plutôt peut-être comme un amuseur en quelque sorte. Et bien, après, il ment tous les jours toute la journée et on le paie pour ça. C'est parce que tout le monde sait qu'il ment, et que ses mensonges sont amusants, ou et bien, ils sont ce qu'ils sont. Ce qui nous amène à la troisième manière dont les mortels mentent. Ils mentent pour cacher la vérité ? Après, vous voyez, vous pouvez voir ça de deux façons. D'une façon positive, vous pouvez voir ça comme par exemple le travail de Jett qui, et bien, qui ne peut pas dire la vérité ou son utilité auprès de la Dame Éris serait ruinée, et je suppose qu'il pourrait y avoir d'autres circonstances où mentir pour cacher la vérité comme ça serait pratique. L'envers de ça serait de mentir pour cacher la vérité parce que vous avez fait quelque chose qu'il ne fallait pas. » À ce moment, il jeta un coup d'œil à Hermès qui ne suivait pas ce qu'il disait et qui était en train de lire un rouleau à la place, mais il décida qu'il était idiot, mais pas stupide. « Ceci se passe quand... Et bien, j'ai un ami à moi qui prend des choses, et bien il ment pour cacher la vérité sur où il était quand les choses disparaissent. Vous voyez ? Alors, mon frère, Jace ? Il dit qu'il y a encore une autre façon de mentir, c'est de ne pas savoir que l'on ment. Mais il ne connaît personne à qui c'est arrivé, et s'est dit que peut-être seul un dieu pourrait faire ça à cette personne. »

Joxer s'arrêta lentement de déblatérer quand il se rendit compte qu'Hadès, Héra et Aphrodite le fixa des yeux d'un air choqué. Ça y est, il avait réussi cette fois, ils allaient le tuer.

Il sentit une main sur son épaule. Il tourna la tête. Arès était là avec ce doux sourire qu'il avait quand quelque chose de bien venait tout juste de se passer.

Joxer était heureux. Sa personne préférée avait le sourire, et peut-être qu'il avait réussi à faire quelque chose de bien, pour une fois. Arès lui touchait l'épaule. Une légère pression lui indiqua de le suivre, ce qu'il fit, et Arès le ramena sur le banc. Cette fois, quand Joxer s'assit, il était celui qui se trouvait entre deux dieux. Cupidon avait changé de place pour que Joxer soit assis juste à côté d'Arès. Il était assis à côté d'Arès, Joxer était si Heureux !

« Ce n'est pas possible, dit Hélios, les dents serrées.

_ Peut-être, peut-être pas. Cependant, il n'y a qu'un seul moyen d'en être certain, répliqua Héra qui était toujours sous le choc de ce concept entièrement nouveau que leur avait dévoilé le petit mortel. J'appelle Asclépios, Dieu de la Médecine. »

Une seconde plus tard, et dans un flash rose, Asclépios arriva.

« Ace, tu es ici pour agir pour le compte d'un tribunal sur une enquête officielle. Pourrais-tu s'il te plaît examiner Hélios et présenter tes conclusions à la cour ? » demanda une Aphrodite très satisfaite.

Asclépios s'inclina devant les deux autres membres du tribunal.

« Je suis au service de cette cour, » dit-il, et s'avança pour examiner Hélios.

« Ceci est ridicule, je vais bien et je ne MENS PAS, » cria presque Hélios.

Personne ne l'écoutait. Ils regardaient tous Asclépios.


*NdT : « là où le soleil ne brille pas » est une expression anglaise pour désigner l'anus, mais je ne crois pas qu'on ait une expression équivalente en français, du coup, j'ai traduit tel quel. J'ai un peu honte de cet anglicisme, mais j'espère que c'est quand même compréhensible...