Non, vous ne rêvez pas !

Après une semaine d'absence, me revoilà avec la première partie de ce nouveau chapitre. Oui oui, une première partie étant donné LA LONGUEUR de celui ci ! A la base, je voulais le faire en un seul morceau. Mais en ce jeudi 13 juin 2013, j'y ai renoncé, car je ne l'aurais posté que lundi ou mardi prochain, je pense.

Alors, sans plus vous faire attendre, je réponds aux reviews (formidables) des nons inscrites et à la fin de ce (genialissime, grandiose, sublime) chapitre, je vous retrouve !

Réponses aux non inscrites :

JuliaEmmett : Mais nooon, je vais pas abandonner le navire ! Faut pas faire attention à ce que je raconte quand je déprime sévère, ma fille ! ;D Allez, régale toi bien avec cette première partie, tu en as pour un moment !

Guest numéro 1 : Je suis contente que l'histoire te plaise toujours ! En effet, Jasper n'aurait pas du saisir ce qui unissait Edward à Bella.. Mais tu verras bien ce qu'il en pense ! =D

Joys : Hey, c'est pas la première fois que tu me laisses une review, toi ! Je te reconnais ! (enfin, ton pseudo surtout XD) Pour sûr que je continue, t'en fais pas ! UNE DE NAMUR NE RENONCE JAMAIS !

Kyssou : Et ouais, ma grande ! Un grand bravo, tu ne t'es pas laissé avoir par Whyle !

Pati : Vraiment, tu trouves que ce chapitre n'est pas horrible ? DANS MES BRAS, TOI ! XP hé oui, le choc pour certaines de découvrir que c'était Jasper et non Whyle... J'ai réussi à vous embrouiller, MWAHAHAHA !

Butterfly :Merci pour ta review, et je tiens à te dire que je peux parfaitement comprendre que tu n'adhère pas, mais savoir que mon écriture te plaît est encourageant pour moi ! Je ne pense pas écrire d'autres fictions sur Twilight, en revanche j'écris mon propre univers, du nom de "Ecemenrazens"!

Vieille Bique : Prépares l'or, les diamants, les robes de reines, sale mégère acariatre ! Tu vas me détester, ce chapitre est si long que tu seras morte (du moins, je l'espère et m'en remets à dieu ! XD) à la fin ! CREVE, VIEILLE PEAU ! Tu es la sueur sous mes aisselles !

Laurie : Ah, ça c'est la question que tout le monde se pose... Et dans ce chapitre, la réponse tu trouveras ! Je te remercie pour ta review, et je suis vraiment contente que l'histoire t'accroche toujours autant ! =) PS : peut-être que Démétri est le véritable frère de Bella... Mais peut-être pas !

Harmony : Épouses moi, je t'en supplie Harmony ! Je ne vis que par toi et tes reviews, je t'aime et je les aime, tu me redonne le sourire et la confiance dont j'ai besoin pour me donner à fond ! Je te ferais les meilleurs cookies au monde (enfin, les meilleurs cookies au monde brûlés) je te décrocherai la lune ! *rires* comment te dire ? Tu es mon rayon de soleil, mon astre, chacune de tes reviews me fait bondir de joie ! Sache que j'ai un petit cadeau pour toi, mais il n'arrivera que d'ici quelques chapitres ! Mais promis, tu l'auras. Je lis avec toujours autant de plaisir tes commentaires, j'aime savoir ce que tu penses de l'histoire et encore une fois, je te remercie de prendre autant de temps pour m'écrire de si longs messages...

Je n'ai oublié personne ? Place à la première partie du chapitre XXIII, alors !

Chapitre XXIII, première partie : « En vérité, l'ivrogne est le sage incompris de notre société. C'est juste qu'il est trop bourré pour se rappeler ensuite de ce qu'il a bien pu dire de sage. »

États-Unis, Forks.

Octobre.

Point de vue extérieur.

Jasper aspire une longue bouffée, la savourant avec délectation. Assis dans un canapé en cuir luxueux, il se perd dans des souvenirs brumeux.

Six ans auparavant, Esmée Cullen et son père, Mathieu Whitlock avaient eu un obscur démêlé.

Jasper resserre son emprise autour de son whisky, avant de boire une grande gorgée.

De ce terrible drame, son père en avait payé le prix.

Un prix élevé, et qui le condamnait pour les années à venir à admirer les murs grisâtres du pénitencier du Texas.

Jasper se souvient, les premières années qui ont suivies après l'arrestation de son paternelle. Lui avait été placé dans les familles d'accueil, mais il était trop sauvage et violent, chaque famille n'était qu'un échec de plus. Et il avait réussi à s'émanciper, finalement. Grâce à son père.

Son très cher père, qu'il adorait plus que tout, à qui il avait fait le serment de le venger, par n'importe quel moyen. Mathieu Whitlock lui avait révélé une cachette dans la maison, où il avait soigneusement gardé l'héritage de son propre père, ainsi que de son oncle, qui n'avait aucun enfant. Plus de cinq millions de dollars, en tout et pour tout.

Mathieu Whitlock avait dit que l'argent provenait de placements, d'actions effectuées à la Bourse, mais aussi de magouilles et autres. Il lui avait murmuré de faire bon usage de ces fabuleuses économies.

Et c'est ce que Jasper avait fait. Il s'était investi à part entière dans les recherches scientifiques, se rendant aux conférences des plus illustres chercheurs, s'acharnant des nuits entières sur ses propres expériences.

L'idée de son diabolique projet, de sa formidable idée lui avait été inspirée par son père, qui par le passé avait tenté de rendre folle une jeune femme en lui faisant croire qu'elle avait des visions.

En vérité, il s'agissait de sa fiancée de l'époque, Emmanuelle Landry. C'était des années de cela, et cette femme possédait un héritage pour le moins alléchant. Or, Mathieu Whitlock se trouva une attirance pour celle qui deviendra plus tard la mère de Jasper, Hélène de La Rosière, une noble, d'origine française.

Séduit par Hélène, mais tout aussi, si ce n'est plus, alléché par l'héritage de Emmanuelle Landry, Mathieu Whitlock fut frappé d'une idée formidable, digne des plus grands génies incompris. Il fit alors part de son plan à sa maîtresse.

Dès le lendemain, Hélène fut installée dans la maison des jeunes fiancées, et Emmanuelle fit sa connaissance. Mais très vite, elle s'aperçut qu'elle était la seule à pouvoir la voir. Elle avait constaté avec terreur que Mathieu en était incapable.

En toute confiance, elle lui confia alors cette étrange rencontre. Mathieu lui conseilla alors de rester à se reposer les premiers temps, mais de surtout, n'en parler à personne. Mais les hallucinations de la jeune femme continuèrent, devenant de plus en plus violentes, allant jusqu'à l'agression verbale et physique. Éprouvée, dépressive, insomniaque, Emmanuelle mit finalement fin à ses jours un soir de décembre, retrouvée dans une mare de sang, un vieux revolver à terre et une balle logée à l'arrière du crâne.

Le médecin légiste attesta qu'Emmanuelle Landry ne fut pas tuée sur le coup, l'arme antique ayant ripée, mais une heure plus tard.

Un an après, Mathieu Whitlock épousa Hélène de La Rosière.

Le harcèlement de la regrettée fiancée n'avait pas duré plus de trois mois.

Reprenant une petite gorgée de son breuvage, le fils de Mathieu Whitlock coule un regard vers sa rouquine, préparant le dîner. Boitillant un tantinet, elle s'active du mieux qu'elle peut à mettre la table.

Jasper grince des dents, de nouveau furieux.

Si cette petite idiote ne lui avait pas désobéi, il aurait pu utiliser d'une meilleure façon la relation dégoûtante, dépravante entre les deux jeunes Cullen.

Il s'était au départ simplement interrogé sur le frère Cullen, le trouvant excessivement protecteur envers sa soeur. Mais plus le temps passait, plus il trouvait le comportement de Cullen malsain, étrange.

Jasper avait toujours été un bon lecteur de l'âme. Il parvenait avec assez d'aisance à deviner ce que les gens pouvaient ressentir. Il se trompait rarement.

Et là, sur le parking du lycée, il avait compris ce qui unissait les deux adolescents. Il avait vu la lueur enragée, possessive s'allumer dans les yeux de Cullen.

Il avait ressenti la douleur, la haine meurtrière dans chacun des coups que celui ci lui avait infligé.

Il avait remarqué, choqué pour la première fois depuis bien longtemps, la main tremblante d'Isabella, son regard implorant, suppliant son frère de lui pardonner.

Il avait ressenti le tourbillon d'émotions qui la malmenait alors que si elle avait pu, elle se serait jetée aux pieds de Cullen pour lui arracher un pardon miséricordieux.

Honte.

Agonie.

Tourment.

Désespoir.

Supplice.

Un véritable capharnaüm de sentiments.

Ce n'était que là, à cet instant précis, lorsque Cullen avait caressé avec une extrême douceur la joue de sa soeur, que Jasper avait saisi toute l'ampleur de leur relation.

Il n'était pas homme à s'émouvoir de quelque chose aussi facilement. Mais là, c'était au dessus de ses moyens, l'envie de vomir devenait intolérable. Il n'y avait aucun mot pour décrire réellement ce qu'il pouvait ressentir.

Il se sentait écoeuré au delà du possible.

Ricanant, Jasper claque des doigts et aussi vite que ses fraîches blessures le lui permettent, Victoria accourt pour lui remplir son verre de whisky. Jasper se retient de lui aboyer dessus quand elle lui met deux doigts de whisky au lieu d'un. Inutile de l'effrayer plus alors qu'il avait encore besoin d'elle.

Elle le regarde avec dévotion, mais trop agacé par les deux doigts de whisky en trop, il lui ordonne sèchement :

- Baisse les yeux immédiatement. Je ne t'ai pas autorisé à me regarder, Victoria. Et retournes en cuisine, ta place est là bas.

Elle couine un pauvre oui désolé, se retenant de se morfondre en excuses. Elle sait pertinemment qu'il a horreur de ça.

Las, Jasper retourne à son liquide ambré.

Et maintenant, qu'allait il bien faire de cette information qui autrefois lui aurait été nettement plus importante ?

Les yeux dans le vague, n'observant rien de vraiment précis, un sourire vicieux s'accroche à ses lèvres.

Pour ne plus le quitter.

Génial. Il était tout simplement génial.

Ne l'avait il pas déjà dit ?

Il chantonne, extrêmement content de lui même :

- Amour, dis moi, qui est le plus génial ?

Sa maîtresse revient vers lui, et d'un geste il lui ordonne de se mettre à genoux, avant de l'embrasser voracement, toujours aussi euphorique.

Victoria lui répond, avec cette même dévotion effrayante :

- C'est vous, Maître. Vous êtes le plus merveilleux, le plus fantastique d'entre tous. Si vous le vouliez, le monde pourrait vous appartenir.

Ravi, il la récompense d'un autre baiser brutal, avant de glousser follement :

- Pourquoi voudrais je régner sur un monde rempli de cloportes, Victoria ?

- Pour mieux les écraser ensuite, Maître, s'extasie t elle, plus à cause des baisers reçus qu'autre chose.

Jasper repart dans un rire tordu, et juste avant d'exiger de Victoria qu'elle cuisine avec sa bouche à présent, il se dit, amusé, que son amante n'aurait pu trouvé mieux comme réponse.

Il avait déjà le monde, son monde, entre ses mains, et Victoria était l'un de ces parasites qu'il écraserait tôt ou tard sous son talon.

L'amour avait ses limites, et il avait été très déçu d'elle.

Victoria ne faisait donc que payer ses erreurs.

... OoOoOoOoO ...

Point de vue Edward.

Détruit.

J'étais tout simplement détruit. Ravagé comme jamais encore je ne l'avais été.

Si voir Bella avec Whitlock avait semblé me tuer lentement, savoir qu'elle avait embrassé ce putain de bâtard était le coup de grâce.

Alors... Tout ce que je croyais n'était donc que mensonge sur mensonge ? Tout ce que à quoi je m'étais accroché n'était donc qu'une fade illusion ?

Tous ces mots trop violents, tous ces mots trop doux, tous ces mots emplis d'une passion dévastatrice n'étaient qu'un vaste jeu de théâtre ?

Les larmes trouvent leur chemin, brouillent ma vision, brûlent ma peau, mais ni mes mains encore ensanglantées, ni mon corps mis à rude épreuve la veille, ne peuvent me faire autant de mal que la blessure béante de mon coeur.

J'étais devenu en l'espace de quelques minutes un accidenté de la vie, un de ces types à qui on fauche les jambes et qui ne peuvent plus se relever, et marcher.

Mon coeur saignait, une indicible souffrance me faisait plier les genoux, me clouait au sol et m'ôtait toute envie de vivre. J'avais froid. Si froid.

Deux mots me vinrent à l'esprit.

Hémorragie interne.

Voilà ce que j'étais en train de faire. Une putain d'hémorragie interne. La vie me fuyait inexorablement, et je savais déjà que ce combat était perdu d'avance.

De toute façon, avais je encore envie de me battre ?

Contre qui, contre quoi ?

J'etais perdu dans un brouillard sans fin, mais qu'en avais je à faire, quand sitôt que j'ouvrais les yeux, je revoyais encore et toujours l'image abominable de B... d'elle, avec cet autre, celui qui me l'avait ravie ?

J'avais eu l'audace de me croire plus fort que lui. J'avais eu l'insolence de me penser au dessus de lui.

J'avais eu tort.

Terriblement tort.

Mon coeur lacéré hurle sa peine, déverse son immense chagrin.

Toutes ces heures passées à ses côtés, toutes ces minutes entières de bonheur n'avaient étés qu'une peinture éphémère.

De chatoyantes et chaudes couleurs, celles ci avaient étés recouvertes d'une tâche noirâtre, boueuse, déformant les formes épurées, harmonieuses du tableau.

Une déchirure insoutenable pour l'oeil le traversait à présent, détruisant tout le merveilleux travail accompli.

Voilà ce qu'était mon âme, un tableau aux contours tordus, qui criait à la face du visiteur une lamentation sans fin, aux tons froids, désagréables. Et le personnage principal n'était plus qu'un visage déformé par le sentiment de trahison, la tristesse lui creusait les joues, il n'était qu'un squelette difforme.

J'étais ce tableau là.

Je ferme les yeux, baignant de tout mon long dans mon sang, m'y noyant avec cette douleur qui rongeait mes os, qui rongeait ma peau, qui rongeait mon âme.

Je suffoque, et le noir envahit ma vision.

... OoOoOoOoO ...

Point de vue Bella.

Démétri m'envoie le ballon et je m'efforce de le rattraper.

Peine perdue, je me loupe lamentablement. Mauvais, il crache :

- Quarante abdos, Cullen, et plus vite que ça !

J'encaisse difficilement, mais m'exécute tout de même.

Bon toutou, ricane la conscience.

Ta gueule.

J'expire fortement, et Démétri répète pour la énième fois :

- Au basket, trois règles fondamentales, Cullen. Lesquelles ?

Je grogne, hargneuse.

- Pas de contact physique.

Dixième abdo, premier gémissement de douleur de ma part.

- Pas plus de deux pas avec le ballon sans dribbler.

Je geins encore sous l'effort, déjà épuisée, mais sous les pupilles sévères, je me dépêche de donner la troisième règle essentielle.

- Interdiction de dribbler une fois le dribble arrêté.

- Repos, lâche mon bourreau, satisfait.

- Aaaaargh... Je vais mourir...

- T'auras le droit de pourrir en enfer à la fin du mois, mais pas avant, grognasse de service.

Je ne relève pas, trop éreintée pour. Ce serait de l'énergie gaspillée pour rien, surtout avec cet enfoiré qui me sert de meilleur ami.

- Reprise de jeu, Cullen ! Sers toi de ce qui te sert de jambes et ramène ton cul de crevette sur le terrain !

Une chose était certaine. Si j'avais du être engagée comme tueuse à gages, je me serais fait une joie toute personnelle de tuer Démétri.

Bougonnant, je reprends la balle, dribblant régulièrement, jaugeant mon adversaire. Je m'arrête un court instant, reprenant mon dribble avant de jurer. Démétri éclate de rire.

- Dix abdos supplémentaires pour avoir oublier qu'il ne faut jamais reprendre un dribble une fois qu'on l'a arrêté, crevette !

- Un jour je connaîtrais ton point faible et ce jour là, Dém', tu pourras faire tes prières, sifflais je, furieuse, avant de m'asseoir et d'entamer la nouvelle série.

Plus tard, harassée, buvant goulûment à la bouteille, je trouve encore le courage de répondre aux nouvelles questions de Démétri :

- Comment parvient on à améliorer la détente verticale, Cullen ?

- En développant la souplesse et la puissance des muscles extenseurs de la jambe, soupirais je. Fessiers, quadriceps et mollets.

- Cite moi une faute personnelle maintenant.

Je marmonne :

- Essayer de prendre possession du ballon ou d'empêcher un tir au panier. Si la faute est commise sur un joueur en train de shooter, l'arbitre donne deux lancers-francs à l'attaquant. Sinon, la balle est remise en jeu derrière la ligne.

Il maugrée :

- Et c'est exactement ce que tu fais en permanence, Bella ! Tu essayes toujours de me coller pour m'empêcher de tirer !

Je proteste :

- C'est de la pure et simple défense !

- Non, c'est une faute personnelle ! Dix pompes, Cullen !

Je m'écrie, indignée :

- Mais pourquoi ?!

- Pour te faire rentrer dans le pois chiche qui te sert de cerveau les règles ! T'en veux un peu plus ou tu vas baisser ton ventre à terre maintenant ?!

- Connard !

- CULLEN !

... OoOoOoOoO ...

La nuit est tombée quand je rentre enfin à la maison. De toute façon, j'avais prévenu les parents que j'étais avec Démétri (enfin Adam) et que je ne rentrerai qu'après le dîner.

Nous avions mangé un sandwich avant de reprendre les séances et si demain, il m'attendait à la sortie des cours pour m'obliger à faire un satané jogging, je jurais de lui faire bouffer mes lentilles de couleur, la perruque et les bandes qui compressaient en permanence ma poitrine.

Cet abruti s'était mis en tête de me les faire porter autant que possible, afin que je m'y habitue le plus rapidement.

Je rentre silencieusement dans le salon, montant à pas de loup les escaliers, et ne ralentis que lorsque je me trouve devant la porte d'Edward.

Mon coeur se serre dans ma poitrine.

Je ne l'avais pas revu depuis l'horrible altercation, et n'avait pu m'expliquer. Et impossible de le joindre, je basculais directement sur sa messagerie.

Je reste immobile un long moment, hésitant à entrer. Ma main s'avance tout doucement vers la poignée, et en fermant les yeux il me semble pouvoir entendre sa respiration, de l'autre côté de la porte, comme s'il savait que j'étais là.

J'avais tout détruit, et j'avais fui lâchement. Si j'étais rentrée aussi tard, c'était pour ne pas avoir à affronter son regard et revoir la terrible déception qui l'avait habité lundi.

Ma main s'abat sur la poignée, mais la porte refuse de s'ouvrir.

Verrouillée.

Je me laisse tomber par terre, m'appuyant contre la cloison, adressant une prière muette à n'importe qui, moi qui ne croit pourtant en rien ni personne, pourvu qu'Edward me laisse rentrer.

Une larme roule sur ma joue, avant d'éclater au sol, et je murmure faiblement, articulant à peine les mots « Ouvres moi... Je t'en supplie, ouvres moi... ouvres moi... ».

Je reste ainsi toute la nuit, engourdie, courbaturée, frissonnant de froid et d'un mal être sourd. Pourtant, aux premières lueurs de l'aube, je sens deux bras me soulever de terre et me ramener dans ma chambre, et une voix basse chantonne doucement, m'emportant définitivement dans les limbes du sommeil.

Je m'accroche encore au vieux pull de papa quand il me dépose sur le lit, me recouvrant d'une couverture.

... OoOoOoOoO ...

Un mercredi, cela peut paraître tellement ordinaire.

Banal et commun.

C'est un mercredi qui ressemble à un autre mercredi pour chacun. Ou bien à un mardi. Qu'importe, un autre jour d'études fastidieux et ennuyeux à souhait.

Mais ce mercredi là me donnait envie de hurler à m'en exploser les poumons.

Car c'était le jour qui marquait le début de ma fin. C'était le jour où le délai de Victoria prenait fin, et où j'étais supposé m'éloigner définitivement d'Edward.

Jamais encore je n'avais autant désiré consulter un spécialiste pour mon problème. Mais je savais, au fond de moi même, qu'il serait incapable de résoudre quoi que ce soit. Une illusion, une vision aurait été incapable de m'attaquer.

Et Victoria, elle, le pouvait. Attablée avec les autres, je jette de furtifs coups d'oeil autour de moi, mais ne l'aperçoit pas. Et au lieu d'en ressentir un certain soulagement, j'en étais d'autant plus nerveuse, angoissée.

Quand allait elle apparaître dans mon champ de vision ? Quand allait elle recommencer à provoquer chez moi une pure panique ?

J'écoute à peine Angela et Jessica s'extasier sur leurs robes pour le bal, et me concentre plutôt sur la table de l'équipe des Blues Devils. L'absence d'Edward à leur table provoque en moi un noeud qui me soulève l'estomac, et me donne envie de rendre mon déjeuner immédiatement.

Il n'avait pas été présent ce matin au petit déjeuner. Sa porte était restée fermée, et aucun son n'indiquait s'il était là.

Le foyer me semblait atrocement vide, sans lui.

Autour de moi, les couleurs disparaissaient progressivement, devenant de plus en plus grises. Les gens m'apparaissaient plus troubles, les contours de leurs visages se flouant. Les sons devenaient insupportables à mes oreilles, et la seconde suivante je n'entendais plus rien, plongeant dans un monde sans lumière, sans vie.

C'était mon monde, devenu un champ de bataille silencieux.

Morne.

C'était mon monde détruit en à peine quelques heures. Mon Eden disparu.

Soudain, on me reconnecte de force à la réalité. Une main se pose sur mon épaule et électrocutée, je tombe sur deux prunelles perçantes.

Victoria.

Tel un automate, je me lève et quitte la table sans un mot, sous le regard interloqué et surpris de mes camarades, ne répondant à aucune de leurs questions.

Nous nous éloignons du lycée, nous enfonçant dans les bois, quand enfin, elle s'arrête, glaciale.

Dévorée par une haine dont j'ignore tout.

Je ne dis rien, fatiguée, attendant sans vraiment grand intérêt ce qu'elle a à me dire.

Elle tourne autour de moi, et quand elle éleve enfin la voix, je distingue le mépris, le dégoût, l'amertume.

- J'ai longuement réfléchi à la meilleure façon de te remettre sur le droit chemin. Je vois bien que tu n'oublieras pas ton frère aussi aisément. Aussi, j'ai pensé que... ce Jasper pourrait t'aider.

Sa bouche s'étire brièvement en une ligne mince, dure, et elle ferme un court instant les yeux, la voix hachée. Trop abasourdie, interdite, pour répondre quoi que ce soit, je me contente de la dévisager avec un effarement sans fin.

Qu'était elle en train d'insinuer ?

Elle inspire profondément, son visage reflétant l'espace de quelques secondes une douleur violente. Quand elle rouvre les yeux, je ne discerne plus qu'une froideur infinie.

- Je veux que tu sois autant de temps que possible avec lui.

Ma réponse fuse, sèche.

- Non. Pas après la scène de l'autre jour. Pas après qu'il ait blessé Edward. C'est hors de question.

- Tu vas faire ce que je te dis, Isabella ! crache t elle, furibonde.

Elle s'approche de moi, m'obligeant à reculer pour maintenir une distance entre nous deux, et je pense déjà à fuir, me détournant totalement d'elle avant de partir en courant, trébuchant de temps à autre.

Je l'entends ricaner, et glapis en la voyant bondir de branche en branche, d'arbre en arbre, se plantant devant moi à une vitesse ahurissante.

Sans crier gare, elle me repousse violemment à terre, avant de rugir, me frappant une première fois au visage :

- TU VAS M'OBEIR, ISABELLA ! SI JE T'ORDONNE DE LUI PARLER, TU LE FAIS ! SI JE T'ORDONNE DE L'EMBRASSER, TU T'EXECUTE AUSSI ! ET SI JE VEUX QU'IL TE BAISE, TU LE FERAS !

Je hurle, cherche à lui échapper, me débattant comme une folle. Son regard est devenu celui d'une bête enragée, ses mains étranglent mon cou, je me sens faiblir, alors qu'elle serre plus fort, toujours plus fort.

J'entends à peine ses vociférations, mes forces m'abandonnent.

Un voile noir recouvre mes yeux, quand soudain la pression se relâche. Une voix affolée me parvient, de très loin, et ce n'est qu'après que mes pleurs hystériques se soient taris que je m'aperçois de la présence de Jasper.

Alors, j'oublie tout, la scène odieuse de lundi, son comportement incompréhensible, son attitude étrange, tout. Je m'abandonne dans ses bras, y trouvant un réconfort sans nom, pendant qu'il tapote maladroitement mon dos, me murmurant des mots qui se veulent rassurants.

- Comment savais tu que je serais là ? murmurais je de façon presque inaudible.

- Je t'ai suivie, soupire t il. Je pense savoir ce qui te tourmente. Mais... Il faut que tu me le confirme, Bella. Je sais que je peux te paraître étrange, compliqué à suivre, mais je serais toujours là pour toi, pour t'aider. Il faut que tu me fasses confiance. Ne me vois pas comme ton ennemi, mais comme un ami fidèle. S'il te plaît...

Je reste silencieuse un long moment, et ce n'est que bien plus tard que face à l'océan réconfortant de ses pupilles, je craque et sans chercher à comprendre pourquoi je le fais, je lui dévoile tout de mes "visions", ne lui omettant que ma relation conflictuelle et tourmentée avec Edward.

Jasper ne me traite pas de folle, ne cherche pas non plus à savoir si j'ai reçu un coup sur la tête. Au contraire, il m'avoue alors une triste et sombre histoire de famille, une tante qui aurait été soumis au même harcèlement paranormal que moi même.

Il me serre plus fort dans ses bras :

- Si je te dévoile tout ça, c'est parce que je ne veux pas te perdre. Je ne veux pas que tu finisses comme elle, termine t il dans un chuchotis effrayé.

Je déglutis péniblement.

- Comment... comment a t elle finit, Jasper ?

Ses yeux sont comme recouverts d'un voile opaque.

- Elle est morte, Bella. Cette chose... a finit par l'assassiner.

Mon sang se glace dans ma poitrine, et je découvre enfin le sort qui m'est réservé, sans comprendre pourquoi. Jasper poursuit, sinistre :

- Ce sont des sortes de démons, qui cherchent en permanence à aspirer de nouvelles âmes avant de s'emparer du corps de la victime. Ils achètent la confiance de celle ci, et de fil en aiguille la tourmente, l'agresse. Cela peut durer des mois.

Je m'étrangle presque.

- Comment peut on les combattre ?

Il plonge dans mon regard, assenant gravement, telle une sentence :

- Il te faudra la tuer.

... OoOoOoOoO ...

Ce soir là, j'invitais Démétri à venir dîner à la maison.

Je voulais tout envoyer au diable pour ce soir, Victoria, mes angoisses, l'épée de Damoclés au dessus de ma tête, mon mal être lié à l'absence d'Edward, tout.

Esmée et Carlisle étaient partis en coup de vent ce matin, très tôt, ne laissant qu'une simple note. Apparemment, une affaire qui les appelait tout deux d'urgence à Los Angeles.

J'avais souri en lisant les mots écrits à la va vite de maman, listant de quoi nous nourrir durant plus de deux semaines, alors qu'ils seraient de retour vendredi.

Pourquoi me serais je inquiétée ?

Avant notre départ pour la France, nous avions déjà eu à faire face aux désagréments de leurs carrières respectives.

Avec la nounou en moins aujourd'hui, tout de même. On progresse, tu ne trouves pas ?

Légèrement nerveux et cherchant visiblement quelque chose dans son sac, Démétri marmonne des trucs incompréhensibles avant de pousser un cri de triomphe quand il met la main sur ses lentilles de couleur.

- Je peux savoir pourquoi tu te sens obligé de mettre ça alors que tu vas chez moi ?

- Les règles, marmotte t il.

- Un jour, je te frapperai avec tes foutues règles à deux balles qui me tape sur le système, Dém'. Mes parents ne sont pas là, me sentais je obligée de rajouter.

Il range aussitôt ses accessoires, presque soulagé. Irritée par autant de mystère, je lui demande sèchement :

- Sérieusement, ça a une telle importance de mettre ou non des satanées lentilles de couleur en fonction de si oui ou non il y a du monde chez moi ?

- Tu n'imagines même pas, murmure t il tout bas, plus pour lui même que pour moi, en fait.

- Aha, grommellais je en composant le numéro d'Edward.

Pour tomber aussi sec sur sa messagerie.

Bon sang, où était passé cet abruti ?

Je tente de le rappeler une seconde puis une troisième fois, sans succès. Abattue, je me contente de lui laisser un message écrit lui demandant de me dire où il se trouve.

Évidemment, aucune réponse ne me parvient.

- Bella, tu veux bien laisser ton portable de côté ? me questionne mon ami, visiblement crispé et extrêmement concentré sur la route devant lui.

Je note qu'il s'accroche fermement à sa ceinture de sécurité aussi.

Roulant des yeux face à son insinuation, je laisse, à regret, mon téléphone de côté, et saute presque de la voiture arrivée devant notre villa. Mes yeux scannent les alentours, mais pas de frère en vue.

- Relax, Bella, soupire Démétri. Edward doit être à un entraînement. Le match est prévu d'ici quatre petites semaines, tu sais.

- Comment sais tu que...

- Tu te demandais où étais ton frère ? finit il, amusé. Facile, rajoute t il en haussant les épaules. Quand tu penses à lui, tu as la fameuse ride au niveau du front des petites soeurs inquiétes pour leur imbécile de grand frère insouciant.

Je ris, attendrie. Edward n'avait jamais été un imbécile de grand frère insouciant. En revanche, Démétri remplissait parfaitement ce rôle.

Nous bavardons joyeusement, nous chamaillant pour préparer des pâtes à la carbonara, Démétri n'étant pas d'accord avec moi sur le comment préparer des pâtes "génialissimes". Il avait en permanence ce mot à la bouche, et se trouvait d'ailleurs tout aussi "génial" alors qu'il se bâffrait allègrement sur le canapé tout en hurlant comme un fou furieux après des joueurs de basket (ça vous étonne ? Moi non, Démétri était rentré dans la phase "bourrage de crâne pour Isabella Marie Cullen, future Tony Parker.) tout en m'apostrophant pour me dire" vise son jeu de jambes, fillette ! " ou encore "surtout, ne fais JAMAIS ce qu'il vient de faire ou sinon c'est mort pour toi !".

La soirée était donc assez bien mouvementée, et paradoxalement, apaisante pour moi. Pas de démon en vue. Comme si cette soirée pouvait être une pause, un instant de pure normalité.

Soudain, on sonne à la porte. Je bondis comme un diable sort de sa boîte, fonçant déjà vers l'entrée. Démétri me crie de loin si j'ai le feu au cul à cause des piments qu'il m'a servi en apéritif (et auxquels je n'ai pas touché) mais j'en oublie de lui donner ma réponse en voyant qui se tient devant moi.

Anthony Masen.

Frappée par la foudre, totalement décontenancée, je ne lui propose même pas de rentrer à l'intérieur alors que a pluie s'est remise à tomber.

Bizarrement, je me surprends à penser que c'est une chance qu'Edward ne soit pas là, finalement.

Anthony Masen piétine un peu, mal à l'aise. Je sors de ma stupeur, articulant péniblement :

- Monsieur Masen ? Heu... eh bien... Rentrez donc, ne restez pas dehors sous ce temps.

Il m'emboîte le pas, et alors que je me sens plus mal que jamais sous le regard d'un vert intense, qui m'en rappelle cruellement un autre, je m'entends lui demander ce qu'il souhaite.

Il cherche ses mots, aussi perturbé que moi et j'ai la nette sensation qu'il n'est pourtant pas homme à se laisser troubler ainsi.

- Eh bien... Esmée m'avait dit de passer aujourd'hui, dès que j'étais disponible...

J'arque un sourcil, de plus en plus étonnée.

- Un problème, Bella ? me demande Démétri, arrivant dans mon dos.

- Non, c'est monsieur Masen qui pensait trouver ma mère ici, répondis je.

Adam ou le retour du déguisement, pensais je en remarquant les lentilles de couleur.

Je repris à l'attention de l'ami de mes parents :

- Je suis désolée, mais ils ont du partir d'urgence tôt ce matin. Ils ne seront de retour que d'ici vendredi. Souhaitez vous boire ou manger quelque chose avant de repartir ? lui demandais je par politesse.

- Peut être que Masen souhaiterez plutôt repartir, vu qu'il n'a pas trouvé ce qu'il cherchait ici, gronde une voix que je pourrais reconnaître entre mille.

Stupéfaite, j'en oublie le reste du monde.

Edward.

Mon coeur se met à battre plus fort, frénétiquement, je me sens revivre, je me sens comme tirée hors de l'eau, avalant de grandes goulées d'air. Je bondis dans ses bras, me sentant sur le point de pleurer de joie de le retrouver.

Jamais je ne m'étais sentie aussi ridicule et heureuse à la fois. Je savais pertinemment que ma réaction était excessive mais je ne pouvais m'en empêcher.

Il répond brièvement à mon étreinte, avant de se concentrer sur Masen, son visage devenant plus hostile que jamais.

Démétri parle de retourner à son match de basket, mais je sais qu'il se sent de trop parmi nous. Ne reste que moi dans les bras d'Edward, et Masen qui dévisage mon frère, désormais aussi fermé que ce dernier.

Le silence s'installe entre nous, mais très vite Edward le brise, glacial :

- Je croyais que les choses étaient claires, Masen. Votre place n'est pas ici, et personne, je dis bien personne, ne vous attend ici. Me suis je bien fait comprendre, Masen ?

Je regarde Edward, allant de surprise en surprise. Si j'avais soupçonné lors du dîner des retrouvailles qu'il n'aimait pas Anthony Masen, j'en avais désormais la preuve incontestable. Je n'ose rien dire, de peur d'aggraver les choses, me contentant de prendre sa main dans la mienne, craignant qu'il ne m'échappe.

Edward me sourit faiblement, ses yeux demeurant tristes pourtant.

Je voudrais effacer cette détresse déchirante d'un baiser, d'une caresse amoureuse, d'un mot contenant tout mon amour pour lui, mais tout m'en empêche.

Démétri et le père d'Emmett, mais aussi mon silence pour ne lui avoir rien dit du baiser, ma pleutrerie pour l'avoir fui alors que je savais parfaitement que j'aurais du le retrouver tout de suite après l'affrontement qui l'avait opposé à Jasper.

J'accumulais sans cesse les erreurs. Je n'avais pas assez insisté quand il avait mystérieusement disparu mardi et toute cette journée. Tout ce que j'avais trouvé de mieux à faire avait été de passer ma culpabilité et ma honte cuisante dans les entraînements avec Démétri.

Anthony Masen reste impassible quand il répond à mon frère.

- Je crois que ce n'est pas à toi de me dire si je suis le bienvenu ou non ici. Ton père m'a dit que je pouvais revenir quand l'envie m'en prenait.

Edward se tend, et le ton monte d'un cran :

- Vous ais je dit que vous étiez autorisé à me tutoyer, Masen ? Peut être que mon père vous a autorisé à venir ici, mais je crains que ma mère ne soit pas du même avis. Ici, vous n'êtes pas le maître de ces lieux. En l'absence de mes parents, JE dirige ce foyer. Et je vous ordonne de quitter immédiatement ces lieux, Masen, termine Edward, venimeux.

J'étais éberluée par la colère mal contenue dans les propos d'Edward, m'obligeant à me poser plus de questions.

Pourquoi cette animosité envers cet homme que nous connaissions si peu ? Quels étaient les sous entendus dérangeants qui se cachaient sous ses paroles et qui me troublait tant ?

Anthony Masen le scrute longuement, quand il se détourne enfin de nous et commence à partir. Juste avant de franchir le seuil, il s'arrête et jette une oeillade à Edward :

- Je reviendrais. Ce n'est pas fini, contrairement à ce que tu sembles croire.

Edward frémit et je sens le dégoût, le venin suinter de chaque mot balancé à la figure de l'autre.

- Si, Masen, c'en est fini. Vous avez suffisamment abusé de ma patience et je ne veux plus jamais voir votre face d'arriviste chez moi. Repartez d'où vous venez, vous, vos marmots, et votre bonne femme, s'emporte t il. D'ailleurs, elle doit certainement vous attendre, non ? poursuit il, narquois à présent. Vous vous souvenez de votre femme, j'espère ? Vous ne l'oubliez pas en venant ici, n'est ce pas ?

Le visage de Masen se crispe en une grimace furtive, et il se raidit.

- Tu vas trop loin, maintenant.

Edward part dans un fou rire hystérique, me prenant à parti.

- Tu entends ça, Bella ? Je vais trop loin !

Nous le contemplons, muets, alors qu'il repart dans son rire, avant de s'arrêter net et de crier, hors de lui :

- C'est moi qui vais trop loin, Masen ? EST CE QUE TU NE TE FOUTRAIS PAS DE MA GUEULE, PAR HASARD ?! C'est moi ou c'est toi qui rôde autour de notre maison comme un putain de clébard en rut, PAR HASARD ?! HEIN ?!

Je retiens un cri effrayé, serrant plus fort que jamais son bras. Masen tempête à son tour, tremblant de colère :

- NE ME PARLES PAS COMME ÇA, EDWARD ! JE SUIS...

- ... TU N'ES RIEN, MASEN ! ABSOLUMENT RIEN ET TU RESTERAS TOUJOURS CE RIEN MINABLE ! DISPARAIS DE NOS VIES !

- Heu... j'ai fait du café. Quelqu'un en veut ? Ou du thé ? Ce serait peut être mieux, non ? Il paraît que la reine Élisabeth II en prend quand elle a ses ragnanas.

Trois têtes pivotent, ahuries, vers un Démétri protégé d'un tablier rose bonbon, où est marqué "C'est cette couleur éblouissante ou mon corps sexy que tu mates de façon aussi insistante ?".

Plus personne ne parle, et Démétri hausse un sourcil, moqueur :

- Alors, Bella ? On salive devant la marchandise ou le joli tablier ?

Mes lèvres frémissent et il m'est impossible de ne pas rire. Comptez toujours sur Démétri pour faire diversion. Mais cela n'aura duré qu'un instant.

Passé la surprise, Edward n'a visiblement pas oublié l'ami de mes parents, et reporte de nouveau son attention sur lui :

- Bien, Masen. Vous connaissez la sortie, et je ne vous proposerai pas de vous raccompagner. Passez le bonjour de ma part à votre femme, raille t il.

Aucune réponse ne lui parvient, et je respire enfin quand j'entends la voiture de cet homme pour le moins déconcertant, énigmatique quitter notre chemin de maison.

Edward souffle d'exasperation, se pinçant l'arête du nez. Et se retrouve nez à nez avec moi. Mon coeur tressaute, je lève une main timide vers son visage mais il se recule, ses traits devenant sévères.

- Laisse moi, Isabella.

J'hoche faiblement la tête, disant un faible au revoir à Démétri qui nous observe, intrigué.

Je savais que je méritais amplement son rejet. Je l'avais trahi, déçu, blessé, repoussé. Alors qu'il refuse de me laisser l'approcher dorénavant était normal.

Tellement normal.

Et en même temps, si insupportable.

Je n'étais qu'une stupide fille. Je passais mon temps à me lamenter. Je n'avais pourtant que les conséquences de mes actes.

Je m'enroule dans ma couverture, combattant l'envie folle de le rejoindre, quitte à me traîner misérablement à ses pieds et d'obtenir son pardon.

De tout évidence, à quoi bon ?

L'ombre horrifiante de Victoria planait toujours autour de moi.

Invisible et pourtant bien réelle, elle n'attendait qu'un faux pas de ma part pour ressurgir et m'entraîner de plus belle dans les noirceurs sanguinaires de son monde démoniaque.

... OoOoOoOoO ...

Point de vue Cullen.

Carlisle attrape avec une douceur infinie les poignets d'Esmée, les embrassant avec une adoration sans pareille.

Sous le poids de la trahison ressurgie, Esmée se retient de sangloter, se répétant inlassablement que Masen n'est qu'une ombre de son passé, et que jamais il ne pourra reprendre la place qu'il occupait jadis.

Elle avait brisé tant de promesses.

Mais celle juré à son fils, elle en faisait le serment, elle la tiendrait.

Anthony devait rester son plus précieux souvenir, et rien d'autre. Un souvenir ne pouvait reprendre vie, non ? Il ne pouvait vous dominer à nouveau, n'est ce pas ? Il n'aurait pu balayer en un souffle tout ce que vous aviez bâti ?

Carlisle l'embrasse tendrement, et elle se jette littéralement dans ce baiser, épouvantée à l'idée de perdre ce nouveau combat contre un passé impitoyable et brûlant, sombre et puissant, empli de luxure et d'une passion sauvage.

Carlisle interrompt doucement leur baiser, prenant son visage entre ses mains :

- Esmée... mon amour, mon ange. Il faut que nous parlions.

Elle se fige, tendue à l'extrême. De quoi voulait il parler ? Avait il finalement remarqué la troublante ressemblance entre son ancien amant et leur fils ? Savait il...?

Il se lève, regardant par la fenêtre de leur hôtel, à Los Angeles. Très souvent, s'ils se retrouvaient alors qu'ils travaillaient, c'était parce que l'un rejoignait l'autre dès qu'il le pouvait.

- De quoi veux tu parler ? parvient elle à dire, la gorge nouée.

- De Bella, soupire fortement son époux.

L'esprit d'Esmée vole à travers le temps, où dix sept ans plus tôt, leur vie a basculée à jamais.

- Esmée, je sais que tu t'inquiètes en permanence pour elle. Mais Isabella grandit, et tôt ou tard elle voudra quitter la maison et s'épanouir ailleurs.

Les mains de sa femme se resserrent convulsivement sur le dossier d'une chaise et c'est d'une voix chevrotante qu'elle lui répond :

- Alors tout ce pourquoi nous nous sommes battus durant tant d'années n'a servi à rien ? Nous nous sommes escrimés tout ce temps afin de la préserver en vie, et toi, tu parles de la laisser s'envoler dans la nature, comme ça ?

Elle ne lui laisse pas le temps de reprendre la parole, acide :

- Les as tu oubliés, Carlisle ? As tu oublié la promesse que nous leur avons promis de tenir ?

- Bien sûr que non, proteste, horrifié son mari. Je n'ai rien oublié, crois moi, rajoute t il, chagriné. Ni les cris... ni les larmes... ni le sang.

Il finit péniblement sa phrase, ravalant un sanglot étouffé. Ils avaient tant perdu, cette nuit là.

Esmée l'observe douloureusement.

- Tu ne peux pas me demander ça, Carlisle. Nous avons tout sacrifié pour nous occuper de Bella. Pour qu'elle atteigne ses dix ans, puis ses presque dix huit ans.

Carlisle tape du poing sur la table, plus décidé.

- Elle grandit, Esmée. Elle DOIT avoir une vie normale. Tôt ou tard, elle devra partir. Et elle devra connaître la vérité.

La respiration d'Esmée devient plus courte.

- JAMAIS, Carlisle ! Tu m'entends ?! JAMAIS !

- Ce n'est pas notre fille, Esmée ! Elle doit savoir ce qu'il s'est passé dix sept ans auparavant ! Elle doit connaître la vérité sur ses origines !

- Elle n'a jamais rien demandé à savoir !

- Parce que nous l'avons maintenu dans une illusion permanente ! Son père m'a supplié de la sauver. Pas de la maintenir dans le mensonge. Elle est en âge pour comprendre. Tu dois l'admettre.

Esmée pleure doucement.

Ils avaient réussi à trouver un certain équilibre. Et ils s'apprêtaient à le détruire.

Au plus profond d'elle même, Esmée le savait.

... OoOoOoOoO ...

Point de vue Bella.

Je me réveille en pleine nuit, en nage.

Sautant de mon lit, je vais pour me passer un coup d'eau sur le visage et les bras à la salle de bains, quand, piquée par la curiosité en voyant la lumière provenir d'en bas, j'opte pour aller voir ce qu'il se passe.

Ce n'est qu'en entendant les murmures des deux garçons encore éveillés que je renonce à me montrer, préférant me concentrer sur ce qu'ils se disent.

Adossée au mur qui me sépare d'eux, je tends l'oreille. Le bruit de verres que l'on remplit me parvient, entrecoupé par leurs paroles.

- ... Te fous pas de ma gueule, Cullen, marmonne Démétri.

Au son de sa voix, je peux dire qu'il est déjà bien entamé, le salaud. Edward lui répond, et il ne m'a pas l'air mieux que lui.

- De toute façon, qu'est-ce que... euh... Ca peut bien te faire, hein ? Ressers moi pendant que tu y es, tu vas pas te faire la bibine tout... euh... tout seul non plus...

Ils ricanent bêtement. Je retiens un grognement, levant les yeux au ciel. Deux ivrognes sur pattes dans le salon.

Merveilleux.

Un verre est posé brutalement sur la table basse, suivi de près par un tintement cristallin et un juron.

- Putain mec... T'as renversé le whisky... C'est... c'est crevette qui va pas être contente...

- C'pas... C'pas graaaaave... je... toi et moi on... nettoiera ?

La phrase d'Edward sonne comme une interrogation. Je sais très bien QUI nettoiera, demain.

Démétri grogne vaguement.

- Alors comme ça... Masen, hein ?

Nouveau silence. Un silence bien trop long à mon goût. Puis mon frère baragouine :

- De quoi Masen ? Tu veux dire... ce putain de euh... trou du cul ?

Démétri se marre, de plus en plus éméché. Je me mets à prier fervement pour ne pas retrouver du vomi sur le tapis demain.

- Ouais... celui là, de trou du cul... putain, jamais vu un fils de pute pareil... Dire que c'est ton père...

- J'arrive pas à croire que je partage ne serait ce qu'un fucking putain de chromosome avec cet enculé, se lamente Edward.

Je manque de m'écrouler par terre. Je reste statufiée, respirant à peine. Les mots d'Edward et de Démétri passent en boucle dans ma tête, alors qu'ils continuent tous deux de délirer.

Non... c'était tout simplement impensable.

Edward et lui étaient bien trop ivres pour réfléchir correctement. Ils divaguaient, et racontaient n'importe quoi.

Pourtant, le souvenir de la malveillance d'Edward à l'égard de Masen, la distance et son attitude si glaçante lors du dîner de samedi ressurgit en moi.

La nervosité de maman, ses colères pareilles à celles d'une junki en manque de sa drogue me reviennent de plein fouet.

Les cris d'Edward, son discours. La dispute de ce soir.

Dans ma tête, tout se mettait en place, se coordonnant, chaque morceau du puzzle si tordu trouvant sa place.

Je me sentais vide. Absente. Et en même temps bel et là. Mais je ne pouvais y croire. Alors... nous serions les enfants d'Anthony Masen ?

Peut être pas.

Pourquoi Edward paraissait il si sûr de lui, en affirmant être son fils ? Pourquoi était il au courant, quand moi je ne l'étais pas ?

Comment pouvait il savoir que Masen était... notre père alors que nous l'avions vu pour la première fois samedi ?

S'étaient ils tous les deux rencontrés avant cela ?

Je ne le croyais pas.

Avant le dîner, Edward était simplement indifférent à ce qu'il se passait autour de lui. Ce n'avait été que bien plus tard qu'il s'était montré agressif, tendu.

Perdue dans mes pensées, j'ai du mal à raccrocher à leur conversation bouleversante.

- Bella... elle ne sait rien, pas vrai ? grommelle Démétri.

- Pas plus que Carlisle, répond d'une voix pâteuse Edward. Ils ignorent tous les deux la vérité.

- Comment as tu deviné ?

- Et toi ? réplique laconiquement Edward.

- Ca saute aux yeux, mec. Vous avez les mêmes putains de traits. Ton père doit être sacrément bigleux pour avoir rien remarqué.

- Ou fou amoureux, marmonne Edward. Je l'ai découvert quand ma mère est allé me faire chercher cette saloperie d'album photo, ajoute t il. Pour "se rappeler du bon vieux temps" qu'il disait, mon vieux... Je t'en foutrais du bon vieux temps, moi... Des conneries, ouais !

- Bella finira par le deviner elle aussi, tu sais...

- Le plus tard sera le mieux, alors. Allez, à notre santé vieux frère, conclut Edward. A toi, à moi, et à l'enculé qui veut se taper ma mère encore une fois et foutre le bordel dans notre famille !

- Santé ! braille Démétri, avant d'entonner une chanson paillarde de marin.

... OoOoOoOoO ...

Point de vue Edward.

J'entrouvre les paupières avant de les refermer, étourdi par la lumière aveuglante. Un mal de crâne lancinant me donne envie de m'enfouir plus profondément sous...

Sous quoi, d'ailleurs ?

Allez Edward. Tu peux te lever. Je sais que tu en ais capable. Tu peux le faire.

J'émets ce qui ressemblerait de loin à un grognement, mais qui se rapproche plus du râle d'un mourant qui ferait ses dernières volontés, en fait.

Je tâte la matière sur laquelle je le trouve.

Visiblement, un canapé.

Un ronflement me parvient de plus bas. Rassemblant mes forces, je relève la tête et me force à ouvrir les yeux, avant de gémir sous la douleur qui m'assaille.

Putain, mais qu'est ce que tu t'es mis dans la gueule pour être dans un tel état, Cullen ?

Urgh... Me... souviens pas...

Nouveau ronflement inconnu.

M'avançant (ou m'affalant un peu plus de tout mon long, à vous de voir) sur le divan, je finis par remarquer un mec avec une tignasse corbeau, tenant d'une main une bouteille de je ne sais quel alcool, et vautré à même le tapis désormais taché par un autre je ne sais quoi.

Bordel, c'est qui celui là ? Tu le connais ?

Euh... Hmpht... je... crois pas.

Merde, il avait pas atterri comme ça chez moi, ce type. Pourquoi c'était toujours dans les moments urgents qu'on ne se rappelait plus de rien ?

... T'as l'impression de vivre un moment grandiose, important ou vital pour dire que ta situation urge, là ?

Euh...

Retournes t'étouffer sous ton oreiller, abruti.

Je faisais quoi, maintenant ? Je le réveillais ou je le laissais dormir ? Le mal de tête me reprend, plus fort, et je décide de laisser tomber l'affaire.

Au diable ce mec, et qu'il reste cloué par terre à baver sur la moquette. Pour ce que j'en avais à foutre.

T'es charmant au réveil, Cullen.

Poussant un nouveau son plaintif, je tangue en essayant de me relever sur le canapé, et finis par me déséquilibrer, me cassant la gueule sur le mec louche.

Aucune réaction de sa part, si ce n'est l'arrêt de ses ronflements gonflants.

Alors comme ça on aime se frotter aux mecs, Cullen ?

Tu cherches à me faire vomir ou quoi là ?

Alors POURQUOI t'es encore collé à lui, ducon ?! Lève tes fesses et regarde DEJA l'heure qu'il est, trou du cul endimanché !

Dix minutes plus tard, après maintes tentatives pour m'extirper d'entre les bras de Machin qui marmonne quelque chose du style « T'es une grosse cochonne, ma Gertrude » je pose un regard vide autour de moi, apercevant un monticule de bouteilles vides sur la table basse, le comptoir est jonché de verres à moitié remplis (ou vides), le bois précieux de la table à manger est ruiné par les différents alcools qui s'y sont déversés.

Cullen, ta soeur a fait la fiesta du siècle hier soir ?

J'sais pas. M'souviens pas.

Les ronflements reprennent de plus belle, et je me domine pour ne pas fracasser le crâne de Truc avec une bouteille de whisky (vide).

- Elle est réveillée, la descendance du plus extraaaaaaordinaire des pères ? raille une voix éméchée.

Je me retourne un peu trop vite, et frotte mes yeux en découvrant Bella, assise à même le sol, derrière le comptoir.

En train de boire à même le goulot une bouteille de rosé.

- Bella ? dis je stupidement.

- À ta santé, vieille branche ! C'est pas du douze ans d'âge, mais c'est pas d'la merde non plus !

Ca devait être effectivement une fête qu'elle avait organisé, et elle ne s'en était toujours pas remise. Je tente de lui prendre le liquide des mains, mais elle gueule littéralement de plus belle :

- Touche pas, Cullen ! Tout c'qui est à mé est à mé et tout c'qui est à toué est à mé aussi !

Mon regard glisse sur le contenu du rosé. Elle avait bien descendu la bouteille, la garce. Elle ricane :

- Enfin... Je dis Cullen... Mais c'est plutôt Ma... Masen, que j'devrais dire, pas vrai ?

Je bafouille, les idées nettement plus claires et comprenant peu à peu ce qu'il se passe :

- De quoi tu parles, Bella ?

Elle essaye de se lever, mais retombe sur ses fesses. Le rosé a moins de chance, et se brise en mille morceaux.

Faudra vraiment penser à tout nettoyer avant que les parents ne reviennent, l'ami.

Ses yeux me fusillent.

- Te fous pas de ma gueule, Cullen ! Je t'ai entendu parler de Masen, comme quoi c'est notre père, alors je te le dis, répète t elle en s'appuyant au comptoir pour se redresser, ne te fous pas de ma poire !

Me sentant plus stupide que jamais, je ne trouve rien à répliquer. De toute façon, qu'aurais je pu dire ? Au même titre que moi, elle avait le droit de savoir. Meme si j'aurais préféré qu'elle reste dans l'ignorance encore quelques temps.

Je bredouille, penaud :

- Hem... Tu nous as entendu alors ?

Ses grandes pupilles chocolat restent dans le brouillard.

- Ouais, chuchote t elle.

Je la vois chercher un nouvel alcool, et l'emmène plus loin. Ailleurs que là où se trouve la tentation perverse d'oublier le temps d'une heure ou deux.

Je la serre contre moi, m'enivrant de son odeur sucrée mais sans trop.

Avant de me souvenir que ses lèvres ont appartenons à un autre, l'espace de quelques secondes.

Mais c'était des secondes en trop.

Jamais elle n'aurait du me faire ça, nous faire ça.

J'étais entièrement à elle, je ne voyais que par elle.

Bordel, si demain elle me demandait de me jeter du haut d'un immeuble, je le ferais. Si elle me demandait de lui rapporter tout l'or des Conquistadors, je le ferais aussi. Elle aurait pu me demander n'importe quoi, je l'aurais fait, rien que pour apercevoir son sourire.

J'aurais voulu lui murmurer mon amour des heures, des jours, des nuits entières. J'aurais voulu la posséder comme elle me possédait. J'aurais voulu tant de choses, pour nous.

Et au lieu de tout cela, elle me repoussait, elle me rejetait après m'avoir accueilli dans l'étreinte grisante de ses bras, après avoir mis le feu à mon âme, à ma vie, à mon corps, après s'être donné à moi, après m'avoir fait vibrer de plaisir et de bonheur.

Elle m'avait juré entre deux gémissement de plaisir n'être qu'à moi.

Aurais je du lui pardonner son parjure ?

Quand on aimait comme j'aimais, devait on oublier si vite le erreurs de l'autre ?

J'aurais aimé le croire. Mais j'étais un homme possessif, jaloux, amoureux au delà de l'inimaginable.

Et surtout, j'étais un animal blessé à mort, devenu craintif.

J'avais peur de son prochain rejet, et alors que je voyais qu'elle avait tenté de m'approcher encore et encore depuis cette terrible fin d'après-midi, c'était à mon tour de la repousser.

C'était à mon tour d'avoir peur de me laisser une nouvelle fois aimé avant d'être brutalement mutilé.

Alors je m'écarte d'elle sans un mot, vivement, et nous allons nous asseoir dehors, où je lui explique longuement ce que je sais sur Masen.

C'était tout ce que j'avais à lui offrir.

... OoOoOoOoO ...

Point de vue Bella. (N/A : Je sais, elle vous avait manquée ;D)

L'heure fatidique a sonnée.

Mes mains sont recouvertes d'une fine pellicule de sueur, j'ai des crampes à l'estomac, et une violente envie de m'enfuir en hurlant comme une perdue qui aurait vu Satan se servant de sa main droite.

Espèce de dépravée. Ca s'arrange vraiment pas ton cas, Bella.

Non. Surtout depuis qu'Edward passe son temps à m'ignorer.

La faute à qui, grognasse ? Commence pas à pleurnicher dans les jupes de ta mère, pauvre fille. Fallait pas embrasser Jasper.

Je n'ai PAS embrassé Jasper, merde !

T'avais pas l'air franchement offusquée quand il a décidé de vérifier si tes amygdales fonctionnaient bien, en tous cas ! J'en arrive à te détester, tu sais ?

Donc JE me déteste, c'est ça ?

Non. JE te déteste. Toi et moi, on a rien en commun. J'aurais JAMAIS pu me laisser faire, MOI.

Schizophréne de conscience merdique.

Je consulte l'heure, pour la énième fois.

15h45.

Étant donné que nous nous sommes réveillés extrêmement tard, après ma toute dernière discussion avec Edward sur Anthony Masen (je la considérais comme toute dernière, puisqu'il s'était presque enfui par la suite et n'était pas réapparu) j'avais appelé le lycée pour les prévenir que j'étais malade et qu'Edward avait du veillé sur moi, nos parents étant absents.

Mensonge que j'avais évidemment répété à lesdits parents en question, mais qui n'était pas tout à fait faux après tout, en y réfléchissant. Mes toilettes avaient étés durant deux bonnes heures mes meilleurs amis du monde.

Qu'aurais je pu dire sur le lien qui nous unissait à Masen ?

Beaucoup de choses. Mais pour le moment, je préférais ne pas y songer et me concentrer sur l'arrivée imminente d'Embry et Benjamin.

Et où était passé Démétri, dans ce charmant tableau ?

Reparti d'urgence alors qu'il n'en avait pas tout à fait terminé avec sa cuite en voyant l'heure, déblatérant sur son père et une histoire bizarre de clés à molette à nettoyer vigoureusement avec Guenièvre et Gertrude.

Bref, c'était un ivrogne à moitié mort et courant plus à quatre pattes qu'autre chose qui était sorti comme un fou furieux de la maison.

La voiture d'Embry déboule en trombe dans l'allée, et il en sort presque essoufflé.

- Désolée je suis en retard ! Mais... Tu n'es pas prête ?

- Et ta perruque ? Et tes lentilles ? surenchérit Benjamin.

- Grouille toi, Crevette ! me sermonne Embry.

Je t'en ficherai de la crevette, moi. Je me dépêche d'obéir, et les rejoint ensuite à toute vitesse. Nous repartons aussi vite qu'ils sont arrivés, Benjamin prenant le soin tout particulier durant le trajet de me faire répéter les fautes à ne pas commettre, les règles et encore et toujours les règles, avant de me passer chaque fiche détaillée sur les joueurs que je vais devoir gérer.

Je déglutis en mémorisant celle d'un dénommé Félix. Une armoire de presque deux mètres de haut, très bon attaquant, mais un garçon impulsif aussi.

Ca ne marchera jamais. C'était mission impossible. Quand ils allaient voir à quoi ressembler leur capitaine, et ce que celui ci donnait sur le terrain...

Je ferme les yeux, nauséeuse. Le plan de Démétri était tout SAUF crédible. Je ne tiendrais même pas deux entraînements dans leur équipe, malgré toute la bonne volonté d'Embry et Benjamin.

... OoOoOoOoO ...

C'est flanquée de deux gaillards plus grands et bien plus athlétiques que je pénétre avec un effroi atteignant des pics culminants le gymnase où m'attendent de pied ferme sept garçons aussi bien taillés qu'Embry et Benjamin.

Je reconnais sans problème Félix, l'armoire ambulante et assez patibulaire.

Woh. Et c'est ça que tu es censé mener à la baguette ? Démétri nous envoie vraiment au suicide, si tu veux mon avis.

Je commence à me demander s'il m'apprécie vraiment, figure toi.

Je jette un coup d'oeil à l'équipe. Avec nous trois ils étaient dix, mais je ne devrais en choisir que cinq. Heureusement pour moi, de ce côté là Démétri avait déjà soigné les choses.

Il savait déjà qui il voulait, et quel numéro chacun porterait alors qu'il n'avait vu que des fiches et quelques vidéos d'eux, à ce qu'il m'avait dit.

Félix serait le numéro 5, "le pivot". Il était le plus grand et musclé d'entre nous.

Jared porterait le numéro 2, dit "l'arrière", capable de shooter en pénétrant dans la raquette ou de l'extérieur de cette dernière. Il devait donc avoir des qualités de dribble et de vitesse excellentes.

Embry quant à lui, possédait le numéro 3, "l'ailier". Il devait avoir la rapidité pour shooter à 3 points mais aussi venir aider fréquemment d'une position de l'extérieur vers l'intérieur de la raquette et vice versa.

Benjamin était le numéro 4, "l'ailier fort". C'est l'ailier "fort". Il formait avec "le pivot" le secteur intérieur de la raquette. Son rôle était donc similaire, vu que son gabarit restait tout de même imposant pour récupérer les raquette.

Et moi ?

J'etais censé être le numéro 1, "le meneur de jeu", le chef d'orchestre de l'équipe.

Vous riez ? Attendez la suite alors.

Selon Internet, le meneur de jeu avait de très bonnes capacités de dribble, il remontait la balle en attaque et annonçait les tactiques. En plus de bonnes capacités de dribble, il doit avoir une excellente vision du jeu pour pouvoir distribuer le ballon à ses coéquipiers.

Vous voyez la bonne plaisanterie qui m'attendait ? Ce n'est pas fini.

Il devait également être habile et résister à la pression pour prendre des shoots dans les moments importants de la partie.

En ayant lu ça juste avant de partir, j'étais repartie dire bonjour aux WC, à qui j'avais manqué. Peut-être que le plus simple aurait été de dire la vérité, non ?

Mais peut-être que j'aurais déçue une personne de plus, alors qu'elle comptait sur moi ?

Alors non, je ne pouvais rien dire. Félix me décoche un sourire arrogant :

- Visez moi ce qu'ils nous envoient, les gars ! Une crevette comme capitaine de l'équipe !

Il allait pourtant falloir régler un point très important. Avais je l'air d'une crevette, entre mon teint pâle et ma taille de fille ?

Apparemment oui.

Et là, que devais je lui répondre ? Il attendait une réponse, voir si j'avais du répondant, ou bien si j'allais m'écraser et partir pleurer dans les vestiaires comme... une fille.

Qu'aurais fait Démétri à ma place, bon sang ?!

Je plante un regard intimidant (du moins, qui cherche à l'être) dans celui pas le moins impressionné de Félix.

Eh ouais, chérie. Les yeux dérangeants, ça ne marche qu'avec l'original.

- Félix Campbell. C'est d'avoir joué bien trop longtemps dans l'équipe des juniors qui te rebute autant des poids plumes, par hasard ?

Bien envoyé, Cullen ! Ça c'est ma fille !

Du coin de l'oeil je vois Embry se prendre la tête entre les mains pendant que Benjamin secoue la tête.

C'était si horrible que ça comme réplique ?

Du haut de son presque deux mètres, Félix Campbell s'avance un peu plus vers moi et se baisse pour me dire de façon à ce que moi seul reçoive le message :

- Ecoute moi bien, moustique. Des capitaines et joueurs comme toi, j'en ai déjà vu passer des tas. Et tu sais ce que je fais des nains de jardin arrogants pour deux sous ? Je les écrase sous mon pied, je les broie d'une main. Je sais pas d'où tu sors, moustique, mais tu as déjà deux semaines d'entraînements à ton actif de perdues. Un capitaine ne doit jamais manquer une séance.

Il se redresse, balayant d'un geste le gymnase, me désignant les autres membres de l'équipe qui me dévisagent avec dédain ou moquerie.

J'avais dit pouvoir tenir au moins deux entraînements ? Rectification, pas même celui là. Félix continue, élevant un peu la voix afin de se faire entendre :

- Avais vous vu ce qu'ils nous ont amené ? Un gringalet, un petit maigrichon prétentieux comme capitaine. Dis moi, dit il en s'adressant à moi, t'as payé combien pour t'éviter les sélections ? Ta copine t'a menacé de te larguer si tu n'intégrais pas l'équipe ? Je parie que tu ne sais même pas faire la différence entre un tir en extension et un tir en suspension.

Effectivement, je pourrais ne pas connaître la nuance qu'il y a entre ces deux manières de marquer, mais vu que Démétri m'a harcelée presque vingt quatre heures sur vingt-quatre, je la connais.

Je rétorque d'un ton las, déjà fatiguée de cette joute verbale :

- C'est un contrôle que tu veux me faire passer, Campbell ? Pourquoi ne pas m'installer à une table avec un questionnaire, un style pendant que je te regarderai t'échauffer avec tes petits camarades ? Je n'ai aucun compte à te rendre. Si je n'arrive que maintenant, c'est mon problème, pas le tien. Fin de la discussion, Campbell.

D'où me venait cette subite assurance ? Depuis quand semblais je aussi décidée ?

J'hausse la voix à l'adresse des autres :

- Bien, maintenant que papa et maman se sont rabibochés, est-ce qu'on peut commencer les échauffement ?

- Il faut attendre le Coach, dit un type.

- Le Coach ?

Félix m'observe de sous ces cils, condescendant.

- Évidemment, quand on arrive bien après les autres, on ne peut pas savoir qui est le Coach.

- Le Coach est la légende de ce lycée et de quelques universités comme Harvard, prononce un garçon typé espagnol.

- On dit qu'il a quitté sans raison Harvard alors qu'il y faisait un excellent travail, rajoute Jared. Darmouth l'aurait alors demandé,ais il a décliné.

- C'est aussi un grand buveur de Becherovka, critique un certain Samuel.

- Un ivrogne peut-être, mais un génie pour entraîner les meilleurs. Il paraîtrait que les plus grands joueurs de basket ball ont fait appel à lui.

Étonnée, j'en oublie presque de forcer ma voix à être plus masculine quand je leur demande pourquoi cet homme vraisemblablement si brillant a fini ici.

- Aucune idée, me répond Félix, m'observant bizarrement. Tout ce qu'on sait de lui, car ce sont les autres anciens qui nous l'on dit, c'est que c'est un homme colérique, un vrai soulârd comme pas deux, se contredisant en permanence mais un entraîneur excellent. On le surnomme carrément "l'homme qui murmure à l'oreille des joueurs" !

- ALORS LES GONZESSES, ON N'EST TOUJOURS PAS EN TRAIN DE SE REMUER LES NIBARDS SUR CE TERRAIN ?! hurle une voix âgée.

Nous nous retournons tous d'un seul homme vers celui qui nous apostrophe.

Félix murmure :

- Le Coach.

J'ouvre de grands yeux en découvrant le personnage tout droit sorti d'un endroit lointain, très très lointain.

Un crâne luisant, où quelques mèches blanches se dressent encore fièrement, deux petits yeux d'un gris acier nous détaillant sans vergogne, une bouche ravitaillée de temps à autre par la fameux alcool très fort de Becherovka, une bedaine plus imposante qu'un grand tonneau de vin de Bordeaux, et une canne pour supporter l'ensemble, voilà donc à quoi ressemblait le Coach.

Il prend une autre goulée du liquide, nous observant tour à tour. De notre côté, on pourrait entendre une mouche voler.

- C'est qui ici, le capitaine de cette équipe de lopettes ? éructe t il, un air vicieux flottant sur sa face rougie.

Bon sang, et c'était ça qui avait été demandé par Darmouth ?

Je peinais à y croire.

Je m'avance d'un pas, hésitante.

- C'est moi, monsieur.

Il crache à même le sol, avant de s'exclamer :

- Dis moi, Meyer, si c'est toi le chef de cette bande de petites folles, pourquoi elles sont pas encore à cracher leur sang avec un putain de ballon entre les mains ?

Je le sentais mal. Horriblement mal.

- On vous attendait, monsieur.

Il se reprend une lampée de Becherovka, claquant la langue, satisfait, avant de s'égosiller la seconde suivante :

- Et est ce que ta mère m'attendait à ta naissance, pour débuter son accouchement ?! Est ce que vous tous, petits merdeux qui venez à peine d'enlever votre couche culotte, vous m'avez attendu pour sauter la première salope qui vous ai passé sous le nez ?! Si la réponse est non, je répète ma question : pourquoi m'avoir attendu pour commencer à remuer votre graisse ?

Nous sommes pétrifiés sur place. Même Félix ne bronche pas, restant parfaitement immobile. Je n'allais jamais pouvoir rester ici avec un tel entraîneur.

D'où sortait ce dingue, bon sang ?

- Pas de réponse ? ALORS BOUGEZ VOTRE CUL, MES PETITES PÉTASSES !

Les anciens avaient raison. Cet homme était l'ivrogne le plus remarquable d'entre tous.

... OoOoOoOoO ...

A long chapitre, long commentaire !

Mais quel chapitre de fou, mes amis ! Ca ne fait pourtant que commencer !

Mon dieu, je n'aurais JAMAIS voulu d'un coach aussi... aussi... y a t il un mot pour le décrire, en fait ?

On en apprend de ces choses ! Bon, Bella est toujours aussi débile, à faire confiance aux mauvaises personnes, mais ce n'est pas comme si c'était un scoop !

Enfin, on sait que Bella n'est pas la fille des Cullen ! Mais alors... de qui...?

* Auteur qui voit déjà les lectrices dirent "Mais c'est la fille d'Aro !" *

Tout le monde semble persuadé que Démétri est le frère de cette pauvre fille de Bella. En fait, comme à peu près tout le monde était sûr et certain que Whyle était le méchant de l'histoire...

D'ailleurs, je vous ai roulé dans la farine, pour la plupart !

Ce qui prouve bien que je suis un génie genialissime, jusqu'au bout j'ai réussi à semer le doute dans votre esprit ! MWAHAHAHA, je suis si BRILLANTE, si GENIAAAAAAAAL !

Ah, alors NON, on ne hurle pas, on ne crie pas après l'auteur pour avoir mis autant de temps à poster, je sais qu'une semaine de ma part c'est énorme, mais durant deux soirées je n'ai rien écrit, occupée que j'étais à choisir la corde avec laquelle j'allais me pendre, mais ensuite, dès que je le pouvais j'écrivais sans relâche, jusqu'à des heures indues !

Vous avez aimé ? Vous avez aimé ? Vous avez détesté ? Parce que même si vous n'avez pas aimé, c'est comme mes betteraves, y aura encore du rab pour tout le monde !

Je me remets dès ce soir à l'écriture de la seconde partie de ce 23 chapitre ! Je tenais également à vous remercier toutes pour vos chaleureuses reviews, qui m'ont donné envie de me surpasser plus que jamais ! Cette première partie vous était dédiée, à chacune e vous pour vous dire mille fois merci de m'avoir encouragée !

Je veux voir les mains se lever ! Combien avez vous étés à croire que j'avais fait mourir Edward, quand il dit "baigner dans son sang", hmmm ? J'adoooore vous faire stresser pour rien... C'est ... Jouissif ! ;D Je vois plein de Bella numéro 2 autour de moi, rien que pour ça !

Pour aider Victoria à tuer la niaise de service, tapez 1 !

Pour mettre trois claques dans la tête de Bella qui croit tout ce qu'on lui dit, tapez 2 !

Et enfin, pour m'acclamer, m'aduler, m'adorer, tout ce que vous voulez en fait, tapez 3 !

Mlle c'est-moi-le-maître-du-monde !