Mal à l'aise, Francis sourit de manière crispée à Ivan. Il avait compté sur lui jusqu'à ce qu'il ait envahi l'Angleterre et unifié toute l'Europe sous son drapeau. L'attaquer ne venait qu'ensuite. Russie s'était toujours mêlé de la politique européenne et restait un concurrent et un ennemi sérieux.
« C'est bête qu'on ne puisse pas trouver un accord, tenta à nouveau Francis.
- Je ne suis pas satisfait par tes conditions. On remet ça à une prochaine fois. Nous avons le temps d'en discuter.
- Les Russes ne se sont pas déplacés pour le mariage de l'Empereur, le titilla Francis.
- Je suis désolé. Le voyage aurait été très long pour le Tsar. Ma politique interne est prioritaire à un mariage extérieur. De plus, l'Empereur n'a finalement pas épousé un membre de la famille du Tsar. Nous n'avions aucune raison de perdre du temps. »
Francis échangea de nouveau un sourire faux avec Ivan. Pourquoi Russie le lâchait maintenant ! Le Russe ne le menaçait pas encore, mais ça ne saurait tarder. On sentait dans le ton de sa voix un certain mécontentement par rapport à ce mariage tombé à l'eau entre leurs deux nations. Il s'ajoutait à ses rancœurs passées la frustration de mois de négociations infructueuses.
« J'espère que tu ne m'en veux pas pour ce mariage.
- Non, dit Ivan. Il t'a permis de régler des problèmes internes. Une Europe unifiée m'intéresse au plus haut point. »
Menace identifiée. Francis serra les dents. Une seule nation sur le continent européen lui simplifierait énormément la tâche pour tous les conquérir. L'Empire français recouvrait une bonne partie du territoire.
Seuls ses alliés italiens et autrichiens étaient encore indépendants. Cerné, Autriche n'aurait aucun moyen de se défendre. Feliciano arriverait à résister au vu de son contingent d'hommes et sa richesse de territoire. S'il s'alliait avec Romano, il pourrait même faire durer le conflit.
Seulement, Ivan n'était pas assez bête pour s'occuper d'abord de l'Italie. Il prendrait toute l'Europe avant de s'en prendre aux deux jeunes nations.
Quant au Portugal et à l'Angleterre, ils auront de la chance de convaincre Ivan d'être leur allié dans cette guerre. Autriche n'aurait pas d'autres choix que de retourner sa veste lui aussi.
Il ne pourrait compter que sur Feliciano en cas de guerre ouverte avec Ivan.
Dans cette configuration, Romano offrirait facilement à l'Angleterre le dernier territoire insulaire qui lui résiste en Méditerranée.
Francis serait ainsi attaqué de quasiment tous les côtés et même de l'intérieur.
Ce n'était pas Ivan qui avait conçu ce plan machiavélique. Ivan savait saisir les opportunités et tourner l'Histoire à son avantage. On l'empêchait souvent de créer de telles ouvertures pour éviter d'être ainsi frappé. Francis pensait la diplomatie suffisante pour le contenir. Lui faire miroiter un marché européen juteux aurait dû lui suffire pendant encore quelque temps.
C'était sans compter son pire ennemi de tous les temps.
Même si Arthur était retenu quelque part, le stratège anglais avait assez manœuvré politiquement pour donner à Ivan une raison d'attaquer l'Empire français.
Arthur était comme un poison insidieux. Une fois qu'il avait un objectif en vue, il agissait de manière tellement subtile qu'on se retrouvait piégé dans sa suprématie intellectuelle.
Francis avait perdu du temps en affrontant plusieurs résistances dans les pays conquis et en se confrontant à la difficulté de conquérir l'Angleterre.
France devait parer cette attaque stratégique au plus vite. Il fallait conquérir la Russie dès maintenant ou ils seraient tous perdus corps et âme.
Il en venait presque à en espérer qu'Arthur revienne sur le devant de la scène pour les protéger tous de l'avidité de Russie.
« On pourrait continuer les négociations jusqu'à trouver un accord.
- Francis. J'ai autre chose à faire que passer mon temps hors de mon pays. »
Comme se préparer à le poignarder dans le dos.
« Je suis chagriné qu'on n'arrive pas à s'entendre, essaya une nouvelle fois Francis.
- C'est la vie. On va continuer les échanges diplomatiques jusqu'à se mettre d'accord. Da ! Laissons du temps passer. Nous n'arriverons à rien en insistant trop. »
À part gagner du temps pour réunir leurs troupes.
« Je n'aime pas rester sur un échec.
- Tant mieux, moi aussi. On va s'envoyer toutes les clauses qui nous dérangent et les corriger chacun de notre côté. Et refaire une réunion. Je t'invite dans mon pays. J'en ai assez de me déplacer à chaque fois. »
Comme s'il allait se jeter dans la gueule du loup pour être emprisonné...
« Nous nous mettrons d'accord sur une date. »
La date de la guerre. Ça craint !
« Francis. T'es sûr que ça va bien ? »
En plus, Ivan osait s'enquérir sur son état de faiblesse !
« Je suis au top de ma forme. Je m'inquiète simplement pour Arthur.
- Je pensais que tu voulais le conquérir. »
Ivan arrivait à faire des sous-entendus coquins pour se moquer de lui.
« Bien sûr. Seulement, il a disparu de la circulation.
- Il doit bouder dans son coin, en rit Ivan. Tu lui piques la vedette en Europe. Par contre, dans le reste du monde, il est le puissant Empire britannique. Votre compétition puérile commence à me gonfler. Soumets l'Angleterre qu'on n'en parle plus. »
Et en conquérant l'Empire français juste après, Ivan s'assurerait de contrôler les trois quarts de la planète.
Arthur faisait un pari très risqué pour le faire tomber.
Francis avait fait un pari très risqué en conquérant l'Europe. Il aurait déjà dû fermer le clapet d'Arthur et d'Ivan. Il serait alors au sommet du monde.
« Je m'y attèle. Ce n'est qu'une question de mois. »
Ivan aurait pu se tenir tranquille encore une année. Bon sang !
« C'est bon à savoir. Vous provoquez des guerres partout où vous passez. Le monde entier en a assez.
- J'y peux rien, s'il me provoque à chaque fois.
- Il dit la même chose de toi. J'ai hâte que tu contrôles toute l'Europe. On aura enfin la paix. Et j'aurai un seul interlocuteur. »
Et puis aucun. Il n'aura plus que lui-même à consulter… La catastrophe mondiale…
« On fait comme on a dit. Tu me tiens au courant », conclut Francis.
Francis ne put en apprendre davantage sur les projets d'Ivan concernant l'Empire français. Il semblait tout à fait prêt à continuer les négociations. Il avançait des arguments sérieux. Seulement, Francis se méfiait que cet intérêt ne soit que comédie.
Sur le chemin du retour, il en discuta avec ses diplomates et son Empereur.
« On a appris que le Tsar a été convaincu de ne pas signer l'accord précipitamment, l'informa l'un de ses hommes les plus fidèles.
- Comment ?, demanda Francis.
- Apparemment, les accords leur convenaient. Les Russes étaient véritablement prêts à le signer. On dirait qu'ils ont préféré reporter à la dernière minute.
- Qu'est-ce qui les a fait changer d'avis ?
- Apparemment, un "diplomate français" leur aurait dit qu'on tentait de les doubler. »
Francis prit sa tête entre ses mains, redoutant la suite des explications de son informateur.
« Je parie qu'il est inconnu au registre.
- On a un nom. Seulement, je pense qu'on a utilisé son identité.
- Où qu'on l'a soudoyé, compléta Francis.
- En tout cas, les Russes ont préféré prendre du temps pour relire l'accord.
- Nos ennemis n'ont pas fait ça juste pour reporter l'accord », se plaint Francis.
Ce traître ou cet espion étranger avait sûrement manœuvré pour que la Russie se sente menacé par les intérêts de l'Empire français.
Quelques heures plus tard, Francis assistait à une réunion pour rassembler le plus de troupes possible dans l'Empire.
Le plus gros des troupes serait italien, français et allemand. Francis n'irait jamais demander à Autriche du renfort, car il se méfierait de quelque chose et déclarerait la guerre aussitôt. Antonio non plus. Il profiterait de la situation pour mener une insurrection. Si. Si. Si. Francis connaissait le lascar. Il allait donc devoir se coltiner Gilbert pendant toute la campagne de Russie.
Francis se méfiait plus de Gilbert que des deux autres.
« Pour Italie, que faisons-nous ? On l'emmène sur le front, demanda l'un de ses généraux.
- Il serait autant utile sur place que sur le front. Monsieur Vargas est capable de me remplacer et de tenir les autres nations à carreaux pendant mon absence. Seulement, les soldats sont plus efficaces en présence de leur nation.
- Nous avons besoin d'efficacité, trancha son Empereur. Les nations s'accommoderont de la famille impériale.
- Il sera fait selon votre volonté », acquiesça Francis.
Francis avait évité autant que possible d'emmener Feliciano sur des champs de bataille. Ce serait l'occasion de lui apprendre la guerre en pratique. De plus, Gilbert est un excellent professeur pour tout ce qui touche à la stratégie militaire. Et les Français excellaient avec Napoléon Ier à leur tête. Montrer toutes ses cartes à deux autres nations pouvait se révéler dangereux. S'ils réussissaient ce tour de force, ils seraient de toute manière liés politiquement encore de très nombreuses années.
Francis espérait que Gilbert se soit calmé depuis leur dernière entrevue. Deux nations qui se disputent avec des soldats obligés de coopérer risqueraient de semer des troubles. Heureusement, il y aurait des Italiens. Il valait mieux que les hommes de Gilbert soient avec eux que fauteurs de trouble à la maison.
Plus inquiétant encore, il allait laisser la France sans défense face à l'Angleterre. Pour mobiliser les hommes nécessaires à la campagne de Russie, il allait se désengager complétement sur ce front sans signature de traité de paix. Angleterre était à bout et n'oserait pas profiter de l'occasion. Francis allait lui donner l'illusion qu'il avait toujours autant d'hommes sur la protection ses côtes de la Manche et de l'Atlantique. Angleterre avait réussi à lui faire croire la même chose, Francis en était capable lui aussi.
Francis n'avait jamais autant pris de risques de sa vie. Bien sûr, Arthur l'avait toujours poussé jusque dans ces derniers retranchements. L'Anglais n'était certainement pas étranger à sa situation. Ce n'était pas la première fois qu'un autre pays faisait écran entre eux : America, Inde et j'en passe... Mais là, il s'agissait de Russie et de survie de l'Europe, bordel ! Et même de survie tout court pour la France !
Ils étaient peut-être allés un peu trop loin dans la confrontation et la compétition.
Francis menaçait la survie d'Arthur. Pourtant, il n'avait pas l'ambition ou l'envie de le tuer. Il voulait juste le dominer.
Russie ne fonctionnait pas comme ça. Il écrasait tout sur son passage.
Francis eut beaucoup de difficulté à s'endormir.
Il allait devoir contraindre Gilbert à le suivre et convaincre Feliciano de plier bagage.
La conversation avec l'un ou avec l'autre allait être épouvantable. Etre pris entre les deux pendant toute la compagne serait également difficile. Gilbert ne devait se douter de rien quant à leur relation adultère. De plus, Gilbert pourrait saisir l'occasion de prendre petit frère pour petit frère. Francis ne quitterait pas d'une semelle Feliciano.
J'espère que vous avez apprécié la lecture de ce chapitre. Alors, la suite mettra du temps à arriver. Je passe très prochainement un examen écrit et je vais me concentrer dessus. Il risque donc d'y avoir un vide pendant trois semaines. Je préfère avoir le temps de bien écrire la suite, puisque c'est un moment clef de cette fanfiction.
