Chapitre XVI (2 sur 2)


Le front plissé, déformé, en raison de la concentration dédiée à la haute tâche, Drago Malefoy est bien loin des standards si chers à sa noble famille, la faute aux encombrants bandages qui l'empêchent toujours de tenir sa fourchette et sans doute aussi au steak, si superbe, qui trône sur la belle assiette service Black.

Tous les efforts entrepris par Drago s'avère inutiles, après tout, fourchette et gant de boxe n'ont jamais fait bon ménage. Tel est le constat réalisé par Harry. Survivant qui machinalement ramasse l'ustensile échappé et se trouve nez à nez avec son cher ennemi.

Lequel aurait pu finir par regretter son comportement. D'une part parce qu'il avait faim mais aussi parce que malgré tout, il n'ignore rien de son exagération et reconnait à Hermione une grande maîtrise de soi. Si seulement, ils avaient eu des elfes serviables ! En tout cas, rien n'aurait pu être pire que l'entrée de Potter sonnant le début d'une nouvelle humiliation.

« — N'y pense même pas Potter.

— Le grand Drago Malefoy préfère jeûner plutôt que recevoir l'aide de son pire ennemi ?

— ….

— De toute façon ça tombe bien, j'attendais un moment pour qu'on discute seul à seul…

— Oh ! L'Elu daigne revenir sur terre !

— La ferme. Tu sais très bien de quoi je veux parler.

— Et si moi je ne veux pas, le Balafré, tu fais quoi ? Tu refuses de me donner la becquée ? »

Bien loin du duel assez pitoyable, le second Serpentard s'échine à réparer la situation. Une grimace navrée sur les lèvres, Blaise tire une chaise et s'installe, faisant signe à Hermione de l'imiter. Ce que la jeune fille accepte puisque reconnaissant le prélude à un exposé constructif.

« — Garde ton calme, Hermione, il l'a pas fait exprès, je ne veux pas l'excuser mais tu dois savoir une chose… Chez les Sang-Purs, enfin ceux qui sont considérés comme des « vrais » enfin… Bon tu vois ce que je veux dire, on a qu'un seul enfant, un fils. Officiellement pour protéger la pureté du sang mais surtout pour le patrimoine…

— Et quand c'est une fille ?

— Ben on recommence jusqu'à avoir un fils et généralement on garde l'aînée, au cas où on y arrive pas, pour sauver les meubles en la fiançant à un autre sang-pur… Mais ce n'est pas fameux…

— Tu veux dire que Pansy ?

— Pourquoi à ton avis, les Parkinson ne sont pas bien vus ? »

Bien que désireux de laisser la jeune femme méditer ses propos, Blaise se décide à ne rien dissimuler.

« — Et… Je sais que c'est arrivé… Des fois, on élève en secret un second fils, au cas où le premier…

— Tu veux dire que la fouine aurait un frangin ? »

Possibilité qui déclenche aussitôt un fou rire à l'idée de devoir supporter un deuxième blond prétentieux. Une fois le calme revenu, Blaise annonce qu'à son avis cela ne se pratique pas chez les Malefoy avant de conclure d'une voix ferme.

« — Tu arrives à piger maintenant pourquoi il déteste les Weasley ?

— Parce qu'il est fils unique. »

Et qu'il n'a pas été choyé par sa mère. Ces paroles-là, néanmoins, Hermione les garde par devers elle, soudainement consciente que les mœurs Malefoy s'adaptent, à quelques divergences près, à l'ensemble des familles ayant comme vœu unique l'envoi de leur chère progéniture dans l'antre du serpent. Ne pas blesser un nouvel allié. S'en doute-t-il ? Difficile de se prononcer. Hermione ne s'y risque pas, se contentant cependant d'user d'un sortilège d'attraction pour amener la baguette de Blaise sur la table. Ce ne serait pas une erreur. Elle n'en ferait pas une seconde en négligeant Drago.

Se jeter à corps perdus dans leurs recherches inutiles leur permettait de fuir leur quotidien et notamment la mauvaise humeur du patient. Le serpent se mord la queue. Hermione n'étant pas du genre à repousser sur le côté un problème, elle ne tarde pas à mettre en place un plan pour distraire le grand blessé avec, toutefois, comme consigne explicite, de le garder en dehors des légers soucis de fin du monde pour ne pas compromettre son rétablissement. Ron aurait certainement fait remarquer qu'elle y mettait autant de cœur à l'ouvrage que pour la SALE. Harry se contente de le penser.

Cependant, la surprise ne réside pas spécialement où on l'attend et Drago met deux jours avant d'asséner que la bataille façon sorcier et autres jeux style P'ti Bac composants de potions, restent forts ennuyeux à terme. Et cela sans aucune référence au fait que, en restant polie, seule une « mademoiselle-je-sais-tout » peut ainsi prendre son pied. Une lassitude accumulée ? Les conséquences du mystérieux échange avec Harry ? Diverses conjonctures sont peu à peu imaginées, surtout après que Ginny soit venue à remarquer qu'Hermione n'allait plus retrouver le blessé avec inscrit sur la figure le sens du devoir. Blaise débouche facilement sur un constat similaire étant donné que la Lionne usurpe certains de ses créneaux becquée.

Quant à conclure sur l'existence d'une éventuelle réciprocité, l'idée ne parvient pas jusqu'au crâne d'Harry, traversé qu'il reste par une nouvelle crise de culpabilité aigue. Un village sorcier dans le Devon avait été attaqué. Sept ans, c'est jeune quand même pour être orphelin.

Une autre semaine s'échappe lentement. Ginny en vient à perdre le compte des jours, ce qui possède une logique certaine lorsqu'on les comptabilise à partir de carottes et de potirons. Drago affecte se montrer aimable tant que certains sujets sont évités et tant qu'il peut compter sur sa sieste ouatée. Ce qui ne veut pas dire qu'il plane quotidiennement, il s'impatiente aussi. Souvent. Jaloux sans le reconnaître de la nouvelle entente de Blaise avec les Gryffondors. Le métis ayant beau faire comme si de rien n'était en sa présence, la lueur dans son regard ne manque pas de le trahir. D'autant plus que les sujets de conversation entre les deux ex-Mangemorts deviennent de plus en plus rares puisque Drago se refuse à d'aborder le moindre sujet possiblement compromettant. Échange de bons procédés.

Cependant, à son avantage, la plupart du temps sa haute éducation lui permet de donner le change, après tout, qui mieux qu'un Malefoy peut affecter un air entre le flegme et l'ennui tout en surfant au-dessus des banalités des autres mortels ? Tout un programme. Sauf que généralement, les autres ne tiennent pas conciliabule dans la pièce contigüe à sa chambre.

Des bribes volètent jusqu'à ses oreilles, juste assez convaincantes pour le torturer et lui donner envie de se soulever en serrant les dents à cause de ses côtes encore fragiles, de se trainer en appuyant sur son coude au risque de se démettre l'épaule et de se pencher, de se pencher, de se….

Le bruit sourd qui en résulte entraîne dans le désordre, l'édification d'une muraille de livres en guise de fortification, deux roulés-boulés, une extinction des lumières, aucun cri ou presque, mais la transformation d'un fauteuil en bouclier et l'empilage d'un bureau contre la porte avant les trois minutes nécessaires pour le dégagement d'un passage jusqu'à la chambre de Drago. Et encore, l'explosion pure et simple du mur est jugée dangereuse pour la santé de l'occupant.

Tout cela pour tomber sur le spectacle tout à fait serpentesque d'un Drago étalé sur le ventre, incapable de se retourner et suffocant à petit feu mais sans autre dégât notable. Et alors qu'Hermione aidée d'Harry achève de le retourner, Blaise ne peut s'empêcher de déclamer un : « Je sais que ton Altesse aime se retrouver au centre des conversations, mais à ce point quand même…. ». Un éclat de rire général s'en suit, apte à susciter l'opprobre de Drago, si tant est qu'il puisse tomber plus bas et s'il n'avait pas été dramatiquement astreint à la récupération de son souffle.

L'évènement anodin replonge cependant le garçon du côté des ombres, une pente abjecte qu'il prend plaisir à suivre et aux conséquences funestes si un électrochoc n'avait pas été provoqué.

L'explosion d'abord, les plops caractéristiques des transplanages ensuite, les cris les accompagnants. Ou bien les transplanages avant ? Le cri de Lupin en tout cas, le « putain ils sont déjà là » faisant écho au « le ministère est tombé, repli général » de Kingsley. Tonks ne crie pas, elle, méthodiquement occupée qu'elle est à jeter des sorts aux Mangemorts qui traversent la rue en direction de la porte.

« - On ne tiendra pas ! ». Ginny apparaissant en haut des escaliers les yeux dans le vague, l'éclair se dirigeant vers elle, Harry qui la jette au sol. Blaise ripostant, imité par Hermione. « Les anciens peuvent transplaner directement dans la maison ! Merde ! » « Tonks les entrées ! Bouche-les ! » Un flash lumineux atteste du respect des instructions par la jeune femme.

Des éclats de bois volant annoncent la destruction du grand salon. Au ralenti, Ginny voit Harry s'approcher de l'escalier et s'apprêter à le descendre. Mécaniquement, le Survivant agit, calme, aussi paisible que Blaise, heureux en vérité de se retrouver à nouveau au beau milieu d'un combat.

Les deux ex-ennemis s'échangent un regard de connivence et posent un pied sur la marche. Surgit alors le trio de l'Ordre du Phénix, incapable de contenir l'avancée Mangemorte. La conclusion pourtant écrite n'empêche pas Lupin d'hurler sans se retourner un « dégagez ! Harry barrez-vous ! ». Injonction à laquelle le Survivant ne peut tout simplement obéir. La voix d'Hermione s'élève alors. « Ginny, va ouvrir, Harry on doit récupérer Malefoy ». La perspective de sauver son pire ennemi n'étant pas l'argument le plus adéquat, il faut que Blaise tire littéralement le balafré en arrière pour que ce dernier accepte d'abandonner quelqu'un de plus. Un Serpentard sait reconnaître lorsqu'une situation est perdue d'avance.

Précédée par Hermione, les garçons entrent dans la chambre et ne s'étonnent pas de trouver Drago tenant comme il le peut son porte-perfusion en guise d'armes. Comme il demeure toujours des plus déconseillés d'utiliser la magie sur le garçon, ils se contentent de le porter en chaise avant de suivre la direction indiquée par Hermione, baguette et sac à mains aux bras, soit, le fond du couloir. Un éléphant dans un corridor. Les expressions ne manquent pas pour qualifier l'erreur stratégique que constitue la fuite par un tunnel. Surtout que, dans la plupart des cas, le tunnel ne se ferme pas au bout de cinq mètres sur un mur. Mur sur lequel repose un joli tableau aux motifs campagnards. Si Harry s'interroge brutalement sur l'absence de sa dulcinée, écueil à son statut de héros, Blaise, quant à lui, ouvre des yeux ronds devant une petite silhouette rousse apparaissant de derrière un arbre et qui grossit jusqu'à tendre une main qui traverse la toile. L'expression de Ginny étant aussi claire que son invitation, les garçons s'engouffrent à travers l'écran. Après un dernier regard en arrière, Hermione s'engage à son tour après avoir prononcé quelques paroles. Et alors que s'efface sous la protection des arbres l'ombre du petit groupe, la toile s'embrase.