Chapitre 23 Bien avec soi-même

POV Peter

Voici plusieurs jours que nous attendions qu'elle se réveille. Chaque fois que nos amis n'avaient pas cours, ils venaient à son chevet me relayer pour que je mange et me douche. En dehors de ces moments, je ne la quittais pas sauf quand ma soeur intervenait. J'avais réussi à persuader le proviseur de ne pas venir de la semaine, bien entendu la magie y était pour quelque chose sinon cela n'aurait pas été aussi facile. Je rendais tout de même les devoirs qui devaient être faits par le biais d'une formule principalement prétendant qu'Amanda devait garder la chambre. La magie pouvait avoir du bon parfois.

Aujourd'hui, cela faisait exactement quatre jours qu'elle dormait paisiblement pour reprendre des forces. Elle était à nouveau sous cette bulle bleue qui lui permettait de récupérer plus vite que n'importe quel humain tout en faisant fonctionner correctement ses organes vitaux qui avaient été fragilisés.

Depuis qu'il nous avait aidé, nous n'avions plus eu de nouvelle de Slevin, c'était comme si il avait disparu. Maya avait mené une autre bataille le lendemain du coma d'Amanda. Elle avait besoin de se défouler, d'évacuer cette culpabilité qui la rongeait, bien que nous lui avions répété à plusieurs reprises que ce n'était en rien de sa faute. Le point positif c'était que sa rage avait décuplé sa force, elle était presque invincible, à tel point qu'elle avait détruit à elle seule la moitié du Quartier Général des Destroyers à Londres, l'autre moitié fut pour les soldats. L'avantage de cette colère était que cela coïncidait parfaitement avec la supposée mort d'Amanda, Oraïa pensait donc gagner la guerre mais il ne se doutait pas une seconde que sa prétendue victoire n'était qu'une douce illusion.

Nos amis au chevet de celle que j'aimais, j'allais m'entraîner avec ma soeur. Un petit moment pour se défouler qui nous ferait le plus grand bien à tous les deux.

Après une heure de mouvements dignes d'une chorégraphie japonaise, nous nous arrêtâmes transpirants, à bout de souffle mais dans un état d'esprit plus serein qu'une heure auparavant.

- Rien de tel pour se sentir mieux, dis-je à ma soeur.

- Hum, me répondit-elle.

- Maya tu dois arrêter de te sentir coupable !

- Qu'elle se réveille et je laisserai ma culpabilité de côté. Je vais prendre ma douche, fais-en de même !

Elle prit sa douche dans la troisième chambre, moi dans ma salle de bain comme à mon habitude.

Maya mangea ensuite un morceau dans la cuisine avec nos amis pendant que j'étais à nouveau assis sur un fauteuil tenant la main d'Amanda. À son contact, je sentis une vague de chaleur me traverser jusqu'à la pointe de mes orteils.

Ses yeux s'ouvrirent, je pus à nouveau entendre le doux son mélodieux de sa voix.

- Bonjour, me dit-elle un sourire se dessinant sur son visage.

POV Amanda

J'entendais leurs voix comme si ils étaient à des kilomètres de moi, comme la dernière fois dans cette pièce bizarre. Je voulais me réveiller pour leur répondre mais j'étais tellement bien si paisible, je ne ressentais plus rien ce fut un réel bonheur.

La voix rauque de Mickaël arriva à mes oreilles, suivie de celle de ma meilleure amie. Je sentais de l'eau froide sur mon visage ; au vu de la douceur des gestes je n'avais aucun doute sur la personne qui s'occupait de moi : Shannon. J'avais voulu me réveiller et les prendre dans mes bras mais je n'en avais pas la force, j'étais très bien là où j'étais.

Quelques heures plus tard, mon esprit s'éveilla à nouveau. Il y avait cette odeur qui me chatouillait le nez, je voyais du bleu partout. C'était bizarre mais cela me donnait la sensation d'être en sécurité. Un nouveau parfum vint jusqu'à mes narines, une odeur que je reconnaîtrais parmi d'autres, tout comme la voix qui ne cessait de répéter depuis quelques minutes : "il faut que tu te réveilles, je t'en supplie". Je voulais me réveiller et lui dire que ce n'était pas sa faute mais mes yeux restaient clos comme si des petites pierres étaient en permanence dessus me forçant à les garder fermer.

Chaque jour, ils s'échangeaient les gardes pour qu'il y ait toujours une personne à mes côtés. J'avais tellement de chance de les avoir tous. Mon ventre ne me faisait plus mal mais je n'oubliais pas cette douleur atroce que j'avais ressentie ni la peur de mes amis de me perdre à jamais mais je n'éprouvais toujours pas cette envie de le réveiller, j'étais si bien dans ce monde paisible.

Peter était venu plusieurs fois ? à mon chevet sans prononcer un seul mot ni même me toucher ; je ne pouvais l'en blâmer. J'avais tellement lutté contre lui et son pouvoir, pourtant pas une seule fois il n'avait baissé les bras, il avait même été jusqu'à demander de l'aide à son rival ce qui lui avait couté je le savais mais ce fut un geste tellement désespéré et attendrissant qu'une partie de ma colère s'était évanouie. Cette fois-ci, quelque chose changea lorsqu'il était à mes côtés, il était plus serein et surtout beaucoup plus proche que les fois précédentes. Il prit ma main dans la sienne, je ne pus alors contrôler cette vague de chaleur qui me parcourut pour aller jusqu'à lui. Pour la première fois depuis des jours, j'avais envie d'ouvrir les yeux.

J'écoutai cette envie.

- Bonjour, lui dis-je ne souriant.

Il fut étonné que je lui souris.

Tu m'étonnes.

Cela faisait plusieurs jours que j'étais réveillée. Je pouvais marcher, boire et manger comme si rien de tout cela n'était jamais arrivé. Mes amis avaient séché les cours d'aujourd'hui pour être en week-end plus tôt et veiller sur moi, ils ne me laissaient pas une minute de répit c'était trop mignon. Ils m'avaient tout raconté même pour la main en feu de Peter.

Peter...

Je ne l'avais vu que deux fois depuis mon réveil et très succinctement comme si il m'évitait. J'avais mis une telle distance entre nous avant mon départ pour Londres que je comprenais son envie de me laisser tranquille mais est-ce que c'est ce que je voulais maintenant que tout était à peu près clair avec son père !

- Maya !

Elle était sur le seuil de la porte, hésitante.

- Entre et viens à côté de moi.

J'étais assise en tailleur sur le lit.

- Ca fait du bien de voir un nouveau visage.

Mes amis comprirent que la taquinerie leur était destinée, c'était plutôt amusant. Maya posa ses fesses sur le lit, Emy s'écartait pour lui laisser un peu de place.

- Tu m'as l'air triste, ça va ?

- Ca va !

Je n'étais pas convaincu par sa réponse.

- On va mettre les points sur les i et les barres sur les t.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Tu le sais très bien !

- On va vous laisser, dit Emy.

- Non restez, il n'y a rien que vous ne puissiez entendre.

- Comme tu veux.

- Maya, nous allons régler la question une bonne fois pour toutes : tu n'es pas responsable ! J'ai merdé, pas toi mais je suis toujours là et c'est tout ce qui compte alors enlève-moi ce visage triste et abattu immédiatement ça ne te va pas au teint. Qui plus est, vois le bon côté des choses : ton père a reconnu ses torts. Ah voilà, c'est ça que veux, ce sourire.

- Je suis désolée.

- Cesse de l'être.

- Je suis vraiment heureuse que tu ailles bien.

- Moi aussi.

C'est alors que Peter arriva avec un plateau repas qui sentait délicieusement bon. Les autres nous regardaient à tour de rôle prenant la température de la pièce. Maya me regardait avec insistance et je savais exactement pourquoi. Il avança jusqu'à mon lit, penaud. J'étais calme et je souris en le voyant s'approcher. Je voulais le rassurer.

- Ca sent divinement bon Peter, fit Maya.

- Il en reste à la cuisine pour tout le monde, répondit-il chaleureusement.

- Allons-y alors avant que cela refroidisse, dit Emy profitant de la situation pour nous laisser seules.

Peter sortit le premier me souhaitant un bon appétit. J'étais mélancolique, je ne voulais pas qu'il parte.

- Peter ?

Il passa sa tête dans l'embaillement de la porte attendant que je formule ma phrase.

- Reste, s'il te plaît.

Mon ton était à la limite de la supplication comme une petite fille qui réclamait un jouet à ses parents sans la crise dans le magasin. Il aurait pu refuser mais il vint s'asseoir au pied du lit loin de moi, j'étais perdue. Nos amis nous avaient laissé seuls.

- Merci pour le plateau repas.

- Avec plaisir.

- Et merci pour m'avoir sauvée avec... Slevin.

- Je n'allais pas te laisser mourir.

Je souris car je savais que cela faisait partie de son rôle de protecteur. Je goûtais le repas qu'il m'avait préparé. C'était succulent.

- C'est délicieux.

- Merci.

Merde ! J'étais pire qu'une adolescente qui ne savait pas quoi dire devant le beau garçon de l'école.

Je lui avais dit de rester pour lui parler, je devais le faire.

- On reprend quand l'entrainement ?

Il me regarda, abasourdi.

- J'ai été dur avec toi Peter, je m'en excuse. Ces choses que tu as dites pendant mon coma, ces larmes que tu as versées, ta lutte contre mon pouvoir m'ont fait réaliser que ton seul et unique but c'était de me protéger quoi qu'il t'en coûte mais ça n'enlève rien au fait que je t'ai fait souffrir Peter.

- Amanda si j'avais su j'aurais fait autrement crois moi.

- Je l'ai bien compris, voilà pourquoi je veux passer à autre chose, repartir sur de bonnes bases. Si... tu le veux bien...

Impossible de déchiffrer son expression : surpris, indécis, choqué, je ne savais que trop peu l'effet que lui avaient fait ces aveux. Il s'approcha tout de même de moi, l'air grave.

- Amanda, je voyais tout de là haut absolument tout. Je n'ai qu'une seule et unique question à te poser car ce regard me hante : aimes-tu encore Slevin ?

J'haletai de surprise. Je m'attendais à tout mais sûrement pas à ça. Bien sûr, je connaissais la réponse à cette question mais j'étais tellement surprise que je ne répondis pas immédiatement.

- Cette question te hante depuis la patinoire ou quand Emy a parlé de son intervention ?

- Il est le seul à pouvoir te calmer, dit-il dans un murmure.

Il souffrait, je devais être honnête.

- Je l'ai aimé... de tout mon coeur mais il n'est plus celui que j'ai connu. La partie humaine qui lutte contre le démon t'a aidé à me sauver pour se venger d'Oraïa c'est tout. C'est le souvenir d'un être aimé que je veux sauver, une illusion. Il sera toujours en moi, mais le Slevin que l'on a connu n'est plus le même si il m'a un peu sauvée je ne peux plus rien pour lui. Je ne peux sauver ce qui ne peut l'être. Tu sais, j'ai beaucoup réfléchi depuis que je l'ai vu à la patinoire et encore plus depuis qu'il est venu ici, si il se détériore à ce point ce n'est pas sans raison soit il meurt petit à petit ses pouvoirs étant trop importants pour le supporter soit Oraïa a décidé de l'évincer ou alors malgré le peu d'humanité qui arrive à prendre le dessus sur le démon est en train de se changer en quelque chose de plus horrible que ce qu'ils sont déjà. C'est un peu farfelu mais pas impensable.

- Tu ne l'aimes plus alors ?

- Depuis quand doutes-tu de moi ?

- Je veux juste me rassurer.

- Sois-le alors.

Il sourit enfin, un sourire franc et soulagé.

-Ta théorie n'est pas farfelue mais nous ne pouvons avoir aucune certitude là-dessus.

- Donc on reste là et on attend ?

- Toi oui, tu as le droit d'être libre qu'à partir de demain et sans aucune négociation possible...

Je fis la moue mais il resta impassible, je n'arrivais pas à me décider sur l'humeur qui l'habitait.

- Tu dois encore te reposer. Et je sais ce que tu vas me dire : que tu t'es assez reposée ces derniers jours.

Je souris.

- Sauf que ton corps luttait, donc je n'appelle pas ça du repos.

Son ton était dur, je ne sourirais plus.

Qu'avais-je fait ? Ma froideur et ma colère de ces derniers jours auraient-elles crée un tel fossé entre nous qu'on ne puisse pas revenir en arrière ? Je souhaitais que non.

- D'accord je vais rester à me reposer encore une journée, du moins je vais essayer.

- Finis de manger, ça va être froid.

- Tu ne manges pas ?

- J'ai déjà mangé.

Je m'exécutai pour finir mon plateau repas. C'était un vrai régal pour le palais. Cet homme avait un véritable talent culinaire. Il se leva du lit, au début je crus que c'était pour quitter la chambre et rejoindre les autres à la cuisine mais en réalité, il se positionna devant la fenêtre regardant vers la forêt.

- J'ai fini. Merci encore.

- Je t'en prie.

- Comment tu as fait pour le lycée, notre absence ?

- Un petit tour de passe-passe et puis c'est les vacances ce soir, tu as un peu plus d'une semaine pour te remettre.

Il regardait toujours vers la forêt comme si me regarder était trop douloureux.

- Ca me laisse du temps pour en tuer d'autres.

Il se raidit, sa mâchoire se crispa.

- Repose-toi, on verra ensuite.

C'était tout vu mais je n'avais pas envie de me battre à ce sujet.

- Je... je suis désolée Peter.

Ca y est je l'ai dit.

- Désolée pour moi ?

Il me regarda à nouveau.

- Pour t'avoir jeté à l'autre bout de la pièce, pour ma froideur, mes mots qui n'étaient pas des plus gentils... pour tout.

Il vint à nouveau s'asseoir sur le lit, un peu plus proche que tout à l'heure.

- Amanda... Tu m'en veux ce que je peux comprendre mais essaie de ton côté aussi de comprendre pourquoi j'ai fait cela...

- Si je ne l'avais pas découvert de cette façon ou que je n'avais pas été blessée, aurais-tu continué à faire semblant d'être humain ?

- C'était ma seule option pour revenir auprès de toi mais au final pas la meilleure car cela t'a fait beaucoup de mal et nous a éloignés. Je ne cesse de m'en vouloir mais je n'avais vraiment pas le choix. Malgré tout, je ne peux voir que le mauvais côté car il y a aussi du positif.

- Lequel ?, demandai-je plus froidement que je ne le voulais.

- Mon père s'est enfin rendu compte que ses spéculations n'étaient absolument pas fondées et que malgré tout ce qui a failli nous séparer n'a pas tué ce que l'on éprouvait l'un pour l'autre et surtout, nous n'avons jamais mis de côté la mission.

- Mieux vaut tard que jamais mais ça n'efface pas ce qu'il a fait.

- Et pour moi ?

- Laisse-moi un peu de temps, lui dis-je calmement le plus sincèrement possible.

- C'est une chose que je peux faire je pense. Je vais ramener ça à la cuisine.

Il saisit le plateau puis tourna les talons en direction de la porte.

Voulais-je vraiment qu'il sorte de cette pièce ?

- Peter... Tu veux bien rester s'il te plaît ?

Il me regarda sans comprendre.

Tu m'étonnes.

- J'aimerais parler de la nouvelle puissance de mes pouvoirs, de l'épée que tu m'as fabriquée, de nous...

Ma voix devint un murmure lorsque je prononçai ces deux mots. Il partit avec le plateau, hésitant. Je restais sur mon lit regardant vers la forêt, j'avais donc réellement tout gâché...J'entendis un bruit de pas dans les escaliers. Ce ne pouvait qu'être Emy qui voulait savoir comment j'allais sauf que je voulais parler avec Peter et seulement lui. Tournant ma tête vers la porte, je le vis entrer à nouveau fermant légèrement la porte derrière lui avec un sourire timide. Il sortit les mains de son dos et je souris.

- Crème glacée ?, me demanda-t-il.

- Mais on ne se chamaille pas cette fois !

- On va essayer.

Ce délicieux souvenir me fit sourire. Il vint s'asseoir à côté de moi et une drôle de sensation me parcourut le corps, je n'avais plus senti ce frisson, cette décharge depuis le soir que nous avions fait l'amour. Peter dut le sentir aussi car son regard changea immédiatement passant de la surprise à la confusion mais pas ce que l'on pourrait appeler de la joie.

Nos tatouages s'animaient à nouveau.

- Ca fait bizarre, lui dis-je.

- Je trouve aussi, me répondit-il avec un sourire.

C'était déjà un très bon point de réconciliation.

Nous commençâmes à manger le pot de glace. La première cuillère provoqua un léger frisson tout en ravissant mon palais avec sa crème onctueuse et fraiche.

- Ca m'avait manqué.

- A moi aussi.

- Où sont les autres ?

- Partis.

- Tu as réussi à mettre Emy dehors ?

- Eh oui. Je suis plutôt quand je le veux que veux-tu...

Nous parlions de ce qu'il avait ressenti quand son père l'avait arraché à moi et je pus voir la colère ainsi que le désarroi qui l'habitaient encore. Je compris qu'il avait autant souffert que moi. Il y eut une brise dans la chambre, il comprit pourquoi car il posa sur moi un regard qui se voulait rassurant ce qui me calma.

- Pourquoi Slevin réussissait à te calmer ?

- Aucune idée. Peut-être parce que c'était le seul à ne pas m'énerver à ce moment là...

- Oui peut-être.

Je lui demandai comment faire pour contrôler mon pouvoir, selon lui il fait partie de mes émotions, ils peuvent être ma force comme ma faiblesse, c'était pas franchement rassurant.

Nous continuâmes de discuter pendant un moment rattrapant le temps perdu. La nuit tombait et mes yeux s'alourdissaient petit à petit, sa voix me berçait jusqu'à ce que Morphée dans ses bras ouverts m'accueille. Je sentis une douce caresse sur ma joue ainsi qu'un furtif baiser sur mon front et ce fut tout.

Mes os craquaient comme si on les brisait, mon souffle devenait de plus en plus rapide et à d'autres moments lent. Quelque chose remuait en moi déchirant chaque organe sur son passage mon sang bouillonnait, je tremblais sous la douleur. La créature arrivait au niveau de mon estomac qui était écrasé par la lourdeur de cette horrible chose ; j'étais en sueur, mes tremblements se firent de plus en plus forts. Je la sentis remonter dans ma gorge passant par l'œsophage, ses pattes se tenaient à ma mâchoire et sa tête sortit de ma bouche.

Je me réveillais en sursaut toute collante et nauséeuse, je courus jusqu'aux toilettes où je vomis toute la bile qui était remontée avant de regarder mon ventre. Peter était là à côté de moi, je ne l'avais ni vu ni entendu arriver. Il avait vu mon rêve. Il ne pipait mot. Ses mains caressaient mon dos attendant que la crise soit passée. Ce genre de contact m'avait tellement manqué que j'aurais pu prolonger mon malaise pour en profiter encore un peu, mais je ne pouvais abuser de sa gentillesse.

Je dus rester à peu près cinq minutes au dessus de la cuvette des toilettes. Une fois les nausées passées, j'essayais de me lever toute tremblante, mes jambes étaient l'équivalent d'une boule de coton, il me prit alors dans ses bras pour me ramener à mon lit. Ma tête se posa au creux de son cou, je fermais mes yeux et sentis son odeur. Fatiguée par ce réveil en catastrophe, je voulais dormir. Mes yeux ne se firent pas prier, mes paupières lourdes comme la pierre se fermèrent dans demander leur reste.

J'étais reposée comme si il ne s'était rien passé, sans doute grâce à la présence de Peter quelque part dans le manoir et de son aura magique qui se baladait autour de moi. J'eus à peine ouvert les yeux que mon téléphone vibrait, c'était un message d'Emy.

"As-tu passé une bonne nuit ? :)"

Son message me fit sourire car je savais exactement ce à quoi elle faisait allusion. Je lui répondis dans la minute pour ne pas être harcelée.

"Malgré un cauchemar, j'ai bien dormi. Je vais pouvoir reprendre l'entraînement ;)."

Je me levai pour regarder par la fenêtre, il était neuf heures trente du matin et les rayons du soleil éclairaient la forêt. Le printemps arrivait petit à petit. C'était très plaisant de dire que dans quelques jours nous pourrions quitter nos gros pulls pour remettre nos tee-shirts. J'allais me passer un coup d'eau froide sur le visage pour bien me réveiller et ne plus avoir les yeux gonflés, je me brossais les dents. Je ne pris aucune douche car je comptais bien m'entraîner après le petit déjeuner que Peter était en train de préparer. Cette délicieuse odeur qui venait chatouiller mon palet m'avait manquée.

Quand je revins dans la chambre, mon téléphone vibrait à nouveau.

"Cauchemar ?'

" Oui, je crois que l'espèce de bestiole m'a traumatisée. Je vais m'entrainer, ça va me faire du bien Vous allez faire quoi aujourd'hui ?"

Je descendis les escaliers, mon téléphone vibra à nouveau.

"Renseignements pour l'université."

"Oh, eh bien je préfère de loin m'entraîner."

"Ne force pas trop et sois gentille. A plus tard."

Je n'avais pas l'intention d'être méchante avec Peter mais ma meilleure amie ignorait que la veille j'avais ravalé ma colère et renoué un lien presque unique avec lui, chose que je devais lui dire si je voulais rester vivante.

"Tatouages de nouveaux connectés. Tu vois, je sais être gentille."

":)"

Je posais le téléphone sur la table pour pouvoir apprécier mon petit déjeuner qui me faisait saliver.

- Déjà harcelée ?, me demanda-t-il avec le sourire.

- M'en parle pas elle est pire qu'une journaliste.

- Tu lui as beaucoup manqué. Elle veut rattraper le temps perdu.

- Je le sais bien et crois-moi, je serais inquiète si elle agissait autrement.

- Ils vont venir te voir aujourd'hui ?

Le goût sucré de ses pancakes m'avait manqué.

- Toujours un délice !

- Merci.

- Ils s'occupent de leur paperasse pour l'université donc je pensais m'entraîner un peu...

- D'accord mais tu ne pourras pas fuir le sujet de l'université tout le temps Amanda.

- A quoi ça sert, c'est pas un cursus universitaire qui va m'apprendre à sauver le monde !

- Si tu le dis... Ce matin je vais t'aider pour l'entrainement mais cet après-midi je ne pourrai pas.

- Ah bon, pourquoi ?

- Vois-tu être à moitié humain est une chose que j'aime avec les à côtés et l'université en fait partie donc j'irai m'occuper de mon inscription pour l'université de Californie.

Bien joué Peter.

- Californie ?

C'est si loin...

- Oui, la plage, le soleil, le surf, les belles filles, les beaux coucher de soleil, le rêve de tout canadien qui se respecte...

- ... ou pas !

Les belles filles ?

Son sourire satisfait m'insupportait.

Jalousie quand tu nous gagnes...

- J'irai courir, cela me fera un peu d'endurance, dis-je d'un sourire des plus arrogants.

- Tu n'es qu'une tête de mule.

- Si tu le dis.

- De toute façon ton université est déjà choisie donc finalement à part valider ton inscription, tu n'as pas grand chose à t'occuper.

Outch.

- D'accord tu as gagné, je ferai aussi mes inscriptions même si je n'en vois pas l'utilité et surtout aucune idée.

- Choisis celle qui te permet le mieux de faire le cursus qui te correspond.

- Hum... On va s'entrainer ?

- Allons-y.

J'apprenais à canaliser mon pouvoir pour ne plus avoir à risquer la vie des personnes qui m'entourent au quotidien. L'entrainement physique m'avait fait beaucoup de bien, j'avais pu retrouver une facilité à bouger sans me fatiguer mais je devais y aller doucement, précipiter les choses ne m'aiderais pas je pourrais rater des étapes importantes dans la finalité de ma formation. Ma soif de vengeance hantait mon sommeil, trois nuits que je ne dormais pas paisiblement et cette dernière fut la pire, je ne voulais qu'une seule et unique chose à présent : me retrouver face à lui pour l'ultime combat.

Une question demeurait cependant : pouvons-nous réellement croire en la bonté de Slevin ?

Voilà trois jours que Peter et moi travaillions sur plusieurs méthodes pour canaliser la puissance de mon pouvoir afin de l'utiliser à bon escient. Ma colère envers son père demeurait, mais au fil des jours j'apprenais à la diriger contre notre ennemi commun. Nous ne comprenions toujours pas comment Slevin arrivait à stopper mon énergie, nous allions devoir nous méfier de ceci le jour où nous nous retrouverions face à face. Car si aujourd'hui cette énergie est ma force, elle pourrait vite devenir ma faiblesse. Surtout en sa présence. La vigilance allait être une notion importante dans les prochains jours.