Petit rappel habituel : Fiction LawxAce, UA /!/ YAOI /!/ One Piece est la propriété d'Oda-sama !
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Coucou ! J'espère que vous allez bien ! :)
Avant toute chose, je vous souhaite avec un peu d'avance une EXCELLENTE ANNÉE 2017 ! Meilleurs vœux et en premier lieu la santé !
En cette fin d'année, City 44 arrive au terme de sa partie I avec un assez long chapitre plein d'émotion, de révélations et... mystère ! x)
Pour revenir sur la publication, cela a été long et difficile ces derniers temps du fait de l'épreuve qui est survenue dans ma famille. Comme j'ai eu l'occasion de le dire plusieurs fois, je m'excuse pour les longs délais qu'il y a eu entre certains chapitres et encore pour celui-là. Je suis consciente de ne pas avoir un rythme soutenu et je sais que ce n'est pas plaisant. J'en suis désolée. Néanmoins, j'espère que malgré cela, vous prenez toujours plaisir à me lire !
En tout cas, alors que la première partie de l'histoire s'achève, je tiens plus que tout à vous dire merci ! Merci de me lire, de vos suivis, de vos mises en favoris, de vos reviews pleines de compliments et de soutien dans les moments difficiles ! Merci à celles qui sont là depuis le début ou qui sont arrivées en cours, à celles qui ont découvert l'histoire il y a peu ! Merci pour tout !
Un merci spécial aux nouvelles venues Bakasables, Lormela, aina0007, Mugifairy, L'Oiseau du Paradis, Lixye D Law, mini-ju06, Guest et clammoustache à qui je souhaite la bienvenue au cottage, ainsi qu'à ma petite TeamBichette qui se reconnaîtra ! ;)
J'espère que la deuxième partie de l'histoire qui paraîtra en 2017 vous plaira ! :)
Bonne Année et Très Bonne lecture ! :D
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Petite note : le titre du chapitre est une locution latine qui signifie "sur les voies de la destinée" ou "là où le destin l'emporte" :)
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25
Quo fata ferunt
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« Tout est enchaîné par les liens de la destinée. »
Lucrèce, De Rerum Natura, chant V.
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POV Ace
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Chaleur... Pression...
Gestes brusques... Pressés... Puissants...
Souffles hâtifs... Débridés... Décadents...
Folie indomptable... Insurmontable…
Comment m'opposer à cet homme, à cette tornade ? Comment dire non ?
Je ne sais pas... Je ne peux pas...
Qu'est-ce que... Luffy... ?! Luffy non... !
Ne regarde pas... ! Ne pars pas... !
Attends !
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Ouvrant les yeux sur l'obscurité la plus totale, je pose mes mains sur ma bouche, étouffant l'appel de ton nom, ce cri que la honte et la tristesse m'empêchent de pousser, sachant où je suis et ce que j'ai fait. Encore... Encore une fois et à nouveau, je me réveille en pensant à toi, en souffrant ce martyr pétri de remords, de culpabilité, de désespoir et le pire est que je ne peux pas m'en plaindre parce que je l'ai cherché.
Je l'ai voulu, même réclamé. Il ne me reste plus qu'à assumer.
Assumer de m'être une nouvelle fois plié à cette mascarade morbide ; de m'être à nouveau offert comme l'incarnation d'un souvenir, un pantin de chair livré à son bon plaisir avec la seule "consolation" d'avoir été plus que bien traité par ses mains expertes. Oui... Voilà où j'en suis. A m'estimer heureux d'être le jouet d'un homme qui sait y faire. De n'avoir rien enduré. D'avoir pu jouir. Bravo Ace. Bravo.
Je ne voulais plus prendre mon pied en pensant à Luffy, en me représentant l'unique fois où je l'ai eu sans en avoir le droit et c'est pourquoi je suis dans ce lit. C'est pourquoi je n'y suis pas seul. C'est pourquoi j'ai renié ma propre personne le temps qu'il soit satisfait, le laissant recréer sous ses doigts la silhouette de son amour perdu pendant que je gémissais en empruntant sa voix. Sordide, mais c'était mon idée. Mon idée pour oublier Luffy. Oublier, oublier, oublier et pourtant, la douleur que je ressens est insupportable.
Plus j'essaye de me rasséréner, plus la présence de Law à mes côtés amplifie mon malaise, ce mal-être qui me déchire. Sentir son corps contre le mien, son souffle sur ma nuque, entendre sa respiration... tout me rappelle mon corps cambré, prisonnier des draps, esclave de ses va-et-vient redoutables, mes cris remplissant la pièce comme autant d'appels au secours paradoxalement emplis de plaisir. Des souvenirs vieux d'à peine quelques heures qui me gênent autant qu'ils me donnent envie de pleurer. Je me sens minable. Beaucoup trop pour le supporter.
Aussi prudemment et silencieusement que possible, je m'attèle donc à sortir du lit sans compromettre le sommeil du brun. Du fait de l'obscurité, l'exercice n'est pas facile et je retiens mon souffle plusieurs fois avant d'atteindre la porte, l'entrebâillant jusqu'à pouvoir passer. Ceci fait, je soupire enfin. Certes, le couloir est tout aussi sombre et mes pensées ne cessent pas pour autant de me hanter, mais ne plus être entre ces quatre murs me fait me sentir plus léger.
Au risque de le réveiller je n'ai rien embarqué et très vite, mon corps nu frissonne au contact de l'air frais du cottage, un léger coup de fouet que j'apprécie, l'esprit ailleurs avant de rejoindre la salle de bains pour enfiler un boxer. Toujours à tâtons, je gagne ensuite le salon et m'empare du plaid posé sur le canapé afin de me couvrir. A peine posé sur mes épaules, sa douce chaleur m'enveloppe cependant que je m'installe à la table de la cuisine sous la faible lumière de la lampe.
Seul avec mes démons, je sens que le sommeil va me fuir comme la peste et que mes souvenirs eux, ne vont pas me lâcher. Les yeux fixés sur le bois vieilli et rayé, je ne peux d'ailleurs éviter leurs assauts. Lentement, la "scène de la douche" d'il y a trois jours se rejoue sous mes yeux, me faisant presque sentir ses doigts dans mes cheveux, le calme si peu ordinaire de sa voix, ce brin de complicité quasi irréel qu'il y a eu entre nous pendant cet instant éphémère à présent révolu. Mais aussi vite qu'il est apparu, ce souvenir est remplacé par celui de ce soir, par ce nouvel écart qui est parti de si peu, pour ne pas dire de rien.
Juste quelques mots.
Sa main posée sur ma hanche.
Son regard auquel je n'ai pas su m'opposer, ni même quoi dire.
J'ignore comment j'ai pu me laisser amadouer si vite après son comportement exécrable de ces derniers jours mais les choses sont ainsi.
Je n'ai rien fait pour le dissuader et lui n'a pas hésité.
Dehors, assis sur le muret, je regardais le ciel dépourvu d'étoiles. J'étais tellement pensif, happé par les souvenirs de mon enfance que je n'entendais rien de ce qui se passait autour de moi. Ni les bruits provenant de la forêt, ni ceux de ses pas, discrets, qui le menaient à moi. Je ne me suis rendu compte de sa présence qu'en entendant sa voix, légèrement grincheuse, bien qu'ailleurs elle-aussi.
« Mon muret n'est pas une banquette. Bouge tes fesses de là. »
A ces mots, j'aurais pu sourire. L'embêter, aussi. Ne pas bouger... Protester... Mais même s'il affichait son outrecuidance habituelle, son éternelle dégaine de maître des lieux, quelque chose clochait. Sa voix... puis lorsque je suis descendu de mon assise pour le regarder, ses traits... son regard... tout était différent.
Au dîner il paraissait juste absent mais là, on aurait dit qu'il tentait de rester connecté à la réalité en m'approchant. A bien y penser, je crois d'ailleurs que c'était le cas, qu'il se sentait "partir", envahir par ses souvenirs et qu'il était venu me trouver pour échanger quelques mots histoire de se distraire. Aussi insensé que ce soit, il voulait que moi, le moteur de l'illusion à laquelle il ne voulait pas céder, je lui change les idées quitte à se chamailler pour ça et qui sait ? Les choses auraient peut-être été ainsi si j'avais un tant soit peu réfléchi.
Tout dépendait de ma réaction et au final, c'est l'inverse qui s'est produit. Au lieu de saisir sa balle au vol, de lui tenir tête comme je sais si bien le faire, je n'ai pas su faire abstraction de sa différence. Bêtement, je me suis attardé sur l'instabilité de son regard, sur cette impression de trouble, de manque qui le rendait si brumeux. Je n'ai pas ri. Pas joué les idiots. Je n'ai même rien dit.
Le muret se dressait entre nous comme une barrière quand soudain, il s'est approché. Mes yeux rivés aux siens, je n'ai pas vu sa main bouger, sursautant presque lorsqu'elle s'est mise à glisser sur ma hanche, tendre puis avide, palpant ma chair comme sa propriété. Il s'est ensuite penché en avant, son œil incisif me laissant une ultime chance de riposter, une minuscule brèche par laquelle je pouvais m'enfuir mais devant mon silence, tout se bousculant beaucoup trop dans ma tête, celle-ci s'est vite refermée. Aussitôt et sans que je m'en rende compte il était de l'autre côté, ses lèvres sur mon cou, le mordillant entre deux soupirs tandis que je réalisais avoir encore tout raté. Encore... ENCORE... Dire qu'après, c'est exactement ce que je criais dans ses draps... Bon sang...
« Je suis stupide... stupide et pathétique... »
Saisissant ma tête entre mes mains, je ne peux m'empêcher de dire tout haut ce que je pense, de mettre des mots sur cette réalité qui m'asphyxie, qui me poursuit comme une malédiction. Portgas D. Ace, le gamin à la mauvaise étoile qui ne peut prétendre à rien d'autre... Est-ce que vraiment, toute ma vie sera ainsi?
« C'est ça mon destin... ? Je s'rais toujours qu'un foutu remplace-mort...? »
A peine sorti de ma bouche, ce terme odieux me glace le sang et je me mords les lèvres, fermant les yeux à en avoir mal, mes mains se pressant sur ma tête. Telles de mauvaises fées, les plus sombres bribes de mon passé semblent virevolter autour de moi, ricanant et hurlant que c'est pour cela que je suis dans cette situation inqualifiable avec Law, pour cela que j'ai été capable de lui proposer ce pacte scandaleux... parce que tel est mon destin depuis que je suis né, parce que je ne serais jamais qu'un substitut comme le disait mon "père", comme il le répétait en me plongeant la tête sous l'eau, comme…
« De quoi tu parles ? »
Non... Pas ça pitié...
A la seconde où sa voix grave résonne, je sens mon cœur s'arrêter et refuse de lui faire face. Je veux qu'il ne soit pas réel, le fruit de mon imagination, un cauchemar de plus... Je veux qu'il disparaisse sans laisser la moindre trace. Ne pas avoir à expliquer ces mots, pas ceux-là. Mais Law n'est pas une illusion et déjà, mon silence lui paraît trop long. Agacé, il se racle la gorge avant d'avancer d'un pas, le grincement du parquet me sortant de ma torpeur comme un coup de fouet. Je me tourne alors dans sa direction, croisant ses sourcils froncés, son regard sérieux qui me sonde de toutes parts. Je n'ai pas le temps de dire quoi que ce soit qu'il reprend, autoritaire et décidé.
« Dis-moi de quoi tu parlais. C'est quoi, cette histoire de remplace-mort ? »
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POV Law
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Alors là non. Il ne va pas éviter cette conversation.
Dire que j'étais venu chercher un verre d'eau et maintenant, c'est à peine si je ressens encore la soif. Et c'est lui, toujours lui qui me met dans des situations pareilles, aussi étranges, comme irréelles, sauf que rien n'est imaginaire. Ni sa façon de disparaître du cottage sans laisser de trace, ni son don hors du commun, ni les mots qu'il vient de prononcer avec cette voix lointaine et brisée. Des mots qui semblaient venir du plus profond de son âme comme s'ils renfermaient le sel et le sang de son existence et qui m'ont gelé les os sans crier gare.
Toujours un remplace-mort... Qu'est-ce qu'il entendait par là ?
Plus je scrute l'obscurité de son regard, plus j'ai l'intime conviction d'être arrivé pour lui au pire moment. Ça crève les yeux à sa façon de mordre ses lèvres, de déglutir à tout va. Il est évident qu'il cherche ses mots, la meilleure manière de me détourner de cette fâcheuse conversation mais ça ne passera pas. Ce que je viens de surprendre était plus qu'une plainte. C'était un fragment de vérité, un de ceux que je ne vais certainement pas laisser filer, peu importe le pressentiment lugubre que je ressens.
« Réponds-moi. »
J'insiste à nouveau, cependant que le gamin baisse les yeux.
« Te répondre quoi ? J'me parlais à moi-même... » Baragouine-t-il. « J'dis des bêtises quand j'suis fatigué... »
Bien sûr. Prends-moi pour un con.
« Ace. J'ai très bien entendu et tu n'délirais pas. Je ne t'ai même jamais entendu parler avec autant de sérieux. Tu disais tout haut ce qui te pèse, une vérité et je veux savoir de quoi il retourne. Pourquoi disais-tu qu'tu serais toujours un remplace-mort ? A quoi tu faisais allusion ? »
Disant cela, je me rapproche de la chaise tandis qu'il se lève, sur la défensive.
« Tu vas encore m'forcer la main?! J'croyais qu'tu voulais plus agir comme ça ! J'ai l'droit d'avoir mes secrets putain ! »
« Pas quand ils font écho à c'qui s'passe entre nous ! » J'hurle en retour, m'emportant plus que je ne l'aurais souhaité. « Qu'est-ce que tu sous-entendais ?! Que tu as déjà proposé ce genre de pacte à un autre ?! »
« N... Non ! J'ai jamais dit ça ! »
« Alors quoi ? Dis-le ! »
« Mais merde ! C'est pas tes affaires ! Laisse-moi ! »
Enveloppé dans le plaid, Ace a l'air d'un gamin abandonné mais ce sont ses yeux, la détresse qui les voile qui me trouble le plus. Etre mis au pied du mur sur ce sujet est visiblement une catastrophe pour lui, même au-delà de ce que je pensais. Il est sur les nerfs, angoissé mais si je le laisse partir, je perdrais irrémédiablement toute chance d'éclaircir cette affaire. Du coup en le voyant se lever, le sentant prêt à partir, j'empoigne sa couverture d'une main ferme pour le tirer vers moi.
Aussitôt, le regard qu'il m'adresse est plein de cette noirceur profonde, indéchiffrable qui peut si facilement me perdre. Je ne doute pas que mon attitude dirigiste l'énerve, il ne peut pas le cacher. Mais plus que d'ordinaire, il semble désemparé devant mon insistance, tellement que je le sens trembler sous l'épais tissu.
« Pourquoi ça te fait si peur d'en parler ? »
Je n'ai pas grand espoir qu'il me réponde. Pourtant, son murmure saccadé ne se fait pas attendre.
« Parce que... Tu m'as tellement jugé en n'sachant rien... Comment se sera quand... »
« Tu t'inquiètes de c'que j'vais penser ? »
Surpris, je le toise en attendant une suite qui cette fois ne vient pas. En effet, à peine a-t-il ouvert la bouche qu'il se ravise comme s'il avait peur de ce qu'il s'apprêtait à dire. Mais peur de quoi ? Contrarié par ce non-dit, mon front se crispe lorsque la réponse m'apparaît. Bien sûr... A voir la façon dont son regard évite de parcourir la pièce, j'aurais d'ailleurs dû m'en douter. La cuisine... L'évier... C'est dur de l'admettre, mais c'est pour le moins évident.
« Je ne vais plus le refaire. Je te l'ai dit. »
Mais le voyant garder le silence, je suis de plus en plus agacé.
Ne pas être cru sur parole me dérange et ce, même si la faute me revient pour l'avoir mal traité. Essayant toutefois de ne pas céder à mes travers habituels, je respire un grand coup puis m'écarte, lui montrant la direction du salon. D'abord hésitant, il reste un moment interdit avant de s'y rendre, s'asseyant sur le canapé tandis que je m'empare d'un objet posé sur la paillasse. Je prends alors place dans le fauteuil situé de l'autre côté de la table basse et dépose le couteau sur celle-ci, le faisant glisser lentement dans sa direction sans le quitter des yeux. Confuses et interloquées, ses prunelles vont et viennent de l'arme jusqu'à moi lorsque je lui explique ma démarche.
« Vu les mots que tu as employés, je n'vais pas me passer de réponse. Je t'ai aussi assuré qu'à présent, j'allais t'écouter avant de t'accuser de quoi que ce soit. Je ne compte pas non plus t'attaquer, encore moins comme la dernière fois. Mais je comprends tes réticences, alors prends-le. Si tes explications me font péter un câble, tu me plantes avec. Légitime défense. Ça te convient ? »
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POV Ace
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Pardon ?!
« Tu... T'es complètement fou... ! »
Et c'est un euphémisme.
Bon sang... Comment peut-il avoir une logique pareille ?! Il pense comme un psychopathe ! Il s'en rend compte au moins ?
Tandis qu'il m'adresse un sourire en coin qui ne fait que le confirmer, je m'attarde sur le couteau posé devant moi. Un couteau de cuisine bien aiguisé, du genre qui peut faire très mal très vite. Non mais sérieusement... Il veut à ce point en parler ? Au point de me fournir une arme pour me rassurer ? En attendant bien sûr, mon avis ne compte pas. Fais chier...
« T'es toujours comme ça ? » Je lance alors sans réfléchir. « Aussi impitoyable ? Tu imposes ta volonté peu importe les sentiments des autres, leurs craintes... ? Corazon était sûrement le seul qui échappait à ton sale caractère, n'est-ce pas ? »
Mais aussitôt dits, mes propres mots me font peur. En voulant changer de sujet, je suis sans doute allé trop loin. J'ai peut-être même déclenché la tempête que je voulais éviter. Quel idiot je suis... !
Devant moi, vêtu d'un bas de pyjama noir et d'un débardeur blanc, ses épis corbeaux indomptés, l'œil brusquement plissé, Law me couve d'un regard on ne peut plus sombre. Il semble hésiter, probablement à me tordre le cou comme à un vulgaire poulet quand il souffle enfin, passant une main vive dans ses cheveux.
« T'as le chic pour me mettre en rogne, c'est incontestable. » Persifle-t-il. « Mais j'vais te répondre pour que tu saches que j'peux aussi me maîtriser. » Là-dessus, il tarde un moment avant d'ajouter. « Corazon n'était pas une exception, au contraire. Je cherchais à lui imposer ma volonté, sauf qu'il ne se laissait pas faire. Au final, il était impitoyable aussi, à sa manière. »
Curieux, je veux en savoir plus mais son œillade glaciale me retient.
« J'ai répondu à ta question. » M'annonce-t-il sans tarder. « A toi de répondre à la mienne. »
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POV Law
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Avec moi, c'est donnant donnant, il commence à le savoir. Mais là... à le voir aussi perturbé, comment pourrais-je jeter l'éponge et ne pas insister ? Ce qu'il cache ne semble pas du tout anodin et plus le temps passe, plus j'ai la sensation désagréable qu'il s'agit d'un secret plus sordide que je ne le pensais, presque autant que l'accord existant entre nous. Est-ce que les deux seraient liés ?
« Dis-moi de quoi tu parlais ! Qu'est-ce qui te met dans cet état ?!»
A nouveau, mon ton s'emballe et le gamin se tend, ses mains crispées sur les pans de sa couverture. Je sens que je recule plus que n'avance et au lieu de me calmer, ce constat m'irrite encore plus.
« J'ai dit qu'je n'te ferais rien ! »
« Mais c'est pas tes affaires ! »
« Et pourquoi pas ?! J'suis le seul à décider c'qui m'intéresse ou pas ! »
Levé de mon fauteuil, je le fusille du regard quand il s'autorise enfin à gueuler, le poids qu'il porte devenant trop lourd.
« C'est mon destin ! Ma mauvaise étoile qui m'met dans cet état... ! » S'écrie-t-il, son regard à ce point tourmenté qu'il me laisse sans voix. « Un cercle vicieux dans lequel j'suis coincé, où j'finis toujours par avoir l'même rôle... ! Même si cette fois c'est moi qui l'ai proposé, j'me dis qu'j'en ai sûrement été capable parce que j'suis né pour ça... Law, s'il-te-plait… »
« Si tu m'demandes de te laisser après m'avoir dit ça, je te fous mon poing dans la gueule. »
Bien évidemment, c'est ce qu'il allait dire. Bordel !
« Explique-toi ! Qu'est-ce que tu entends par...?! »
Mais je n'ai pas le temps de finir.
Incapable de tenir plus longtemps avec cette douleur qui le dévore, Ace se lève à son tour, serrant le plaid comme pour se donner du courage avant de me jeter sa vérité au visage.
« Tu veux vraiment savoir ?! C'qui me met dans cet état c'est ma vie! Ma vie qui me ramène toujours au même point parce que oui... Je sais très bien c'que c'est qu'être le remplaçant d'un mort ! J'le sais parce que j'le suis depuis ma naissance ! J'ai été adopté pour ça... pour être le substitut d'un enfant mort... C'est c'que j'suis... C'que j'ai toujours été... un fichu remplace-mort... »
Alors qu'il baisse la tête et se rassoit, essayant tant bien que mal de dompter ses pleurs, je prends progressivement la mesure de ce qu'il vient de dire. Un à un, les fragments de son aveu s'impriment en moi jusqu'à ce que je ne puisse plus rester immobile, encore moins m'exhorter au calme.
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POV Ace
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C'est pas vrai... Comment j'ai pu dire ça ? Qu'est-ce qui m'est passé par la tête ? J'ai cru qu'il allait me comprendre ou quoi ? Non mais Ace... réfléchit bon sang ! A coup sûr, il doit me dévisager avec hargne à présent... Il doit me trouver débile ou pire, horrible, répugnant. D'ailleurs il ne va sans doute pas tarder à me juger... à me traiter de tous les noms possibles et imaginables... Il pourrait même m'ordonner de partir ou...
Le sentant s'approcher de moi, ma main tente de rejoindre le couteau mais il me retient. La pression de ses doigts froids sur ma peau me fait aussitôt tressaillir et je me tourne vers lui, craignant de croiser son regard quand il me relève d'un trait, ses mains atterrissant sur mes épaules avec fermeté. Déboussolé, je rencontre alors ses prunelles d'acier, sévères comme je le craignais qui me fixent avec une tension presque effrayante. Pourtant s'il est agacé, Law semble aussi confus, désorienté.
« Tu as été adopté pour remplacer un enfant décédé ? Depuis ta naissance ? »
Tandis qu'il m'interroge, je réalise qu'il a beau me tenir, sa poigne n'est pas agressive comme j'ai pu en faire l'expérience. Au contraire elle est assurée, vigilante comme s'il me soutenait, comme s'il refusait de me lâcher dans un moment pareil. Est-ce que c'est... qu'il s'inquiète un peu pour moi ? Rien que d'y penser, ma gorge s'assèche. J'ai l'impression d'être paralysé et m'accroche à ses iris orageux quand il me rappelle à l'ordre soudain.
« Ace... »
Comme souvent, mon silence prolongé lui déplaît. Son front se plisse et j'entends sa langue claquer. Je sais que je ne devrais rien dire de plus, que je suis allé trop loin, que tout cela ne le regarde pas, qu'il n'a rien d'un confident mais devant la pression insurmontable de ses prunelles, je ne peux plus me taire. Dans ma poitrine, mon cœur bat si fort qu'il me fait peur tandis que dans ma tête, c'est un brouhaha horrible. Mes souvenirs se mélangent, des milliers de petites voix me somment de me taire mais je finis par céder.
« Oui... Depuis tout bébé. Ils venaient de perdre l'un des deux et j'étais né le même jour, alors l'épouse m'a adopté. Elle pensait que ma présence les aiderait à surmonter cette épreuve… mais son mari ne m'a jamais accepté… »
« Donc, le "père" que tu évoques si souvent, c'est l'homme qui t'a adopté ? »
Hochant la tête, je manque de sursauter quand il resserre son emprise sur mes épaules.
« Attends. Tu as dit l'un d'eux ? C'étaient... »
« ...des jumeaux. L'un est mort et l'autre... »
Instantanément, le fait de l'évoquer me bouleverse au point que mes mots se perdent. C'est le lourd soupir de Law qui me ramène brusquement à la réalité où je constate avec étonnement qu'il essaye tant bien que mal de se montrer patient, de me laisser le temps nécessaire pour continuer. Je ne sais pas pourquoi il m'écoute avec autant de sérieux et d'implication, mais le sentir ne serait-ce qu'un peu de mon côté me fait terriblement plaisir. Cette fois encore, je sens qu'il n'y a pas en lui que du mauvais, qu'il sait aussi être attentif, attentionné, qu'il peut avoir des yeux aussi...
« Continue. Qu'est-ce qu'il y a avec l'autre ?! Il te traitait mal lui aussi ? »
« Qu... Non... ! C'est tout le contraire ! »
Pris de court par sa question, la peur qu'il se méprenne à son sujet me fait poursuivre, le cœur serré.
« Son père a tout fait pour qu'il soit à son image, qu'il devienne arrogant, suffisant et égoïste comme lui... Il a tout essayé, tout manigancé pour qu'il me déteste, qu'il ne me considère pas comme son frère… Il lui répétait que nous n'étions pas du même monde, que mon sang était maudit, qu'il devait ressentir du dégoût envers moi, ne surtout pas m'aimer... Mais son fils n'a rien hérité de lui. Il a toujours été comme sa mère. Elle, elle m'aimait beaucoup, comme si elle était ma vraie mère... Elle n'a jamais fait de distinction entre nous... Même si elle devait ressentir quelque chose d'unique pour son fils, elle ne l'a jamais montré devant moi. Elle me respectait et son fils est pareil. Pour lui, je suis son frère, son jumeau. Il pourrait s'attaquer à quiconque remettrait ce lien en cause. Il m'aime et moi aussi, je l'aime très fort... »
Envahi par mes souvenirs, je ne peux pas continuer et me sens terriblement gêné d'être allé aussi loin, de lui avoir confessé tant de choses intimes quand il me toise avec gravité.
« Alors c'est ça... » Lance-t-il. « Si tu es prêt à tout pour l'oublier, quitte à endosser le rôle de substitut... Si tu es à ce point désespéré, c'est parce que c'est lui, n'est-ce pas ? Ton frère adoptif, c'est Luffy ? »
Que... Non !
« Tu te trompes ! » Je clame aussitôt. « Lu' n'est pas mon frère, ni adoptif, ni de sang... C'est le fils de la meilleure amie de ma mère d'adoption... On a grandi ensemble comme des frères de cœur... Tu comprends ? »
« Hn.» Affirme-t-il alors. « C'est donc l'inverse. Vu ton comportement, si ton "frère" n'est pas Luffy, il est forcément l'autre. Celui qui l'aime et que Luffy aime en retour. Est-ce que je me trompe cette fois? »
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POV Law
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Pour sûr que non. Vu le respect et la tendresse qu'il éprouve pour son "frère" ainsi que l'abnégation avec laquelle il évoque ses sentiments pour Luffy comme si la main du destin travaillait à rendre leur histoire impossible, il n'y avait que ces deux possibilités. Et à voir ses yeux se voiler de cette manière, je n'ai aucun doute. Son "frère" est bien son rival, celui dont Luffy est amoureux.
Tss... J'aimerais lui dire qu'il est stupide de sacrifier ses chances pour un type qui n'est pas de son sang, lui demander pourquoi il m'a proposé un accord pareil avec un tel passif mais le gamin n'a pas besoin de ça maintenant. Secoué par des respirations de plus en plus saccadées il est entrain de salement partir en vrille, comme avalé par le poids de ces révélations. Sans attendre je relâche donc ses épaules, essayant de lui donner un peu d'air et d'espace quand il frotte violemment ses yeux, parlant si bas que je peine à l'entendre.
« Tu t'trompes pas... » Murmure-t-il. « C'est bien lui... Sab'... J'suis pas son vrai frère, juste un remplaçant mais... j'ai jamais voulu lui faire du mal... C'qui s'est passé avec Luffy... j'suis tellement désolé et en même temps... j'le voulais tellement parce que je l'aime... J'aime Lu... »
« Shh… Arrête. Ne te flagelle pas comme ça. »
Bordel... Je ne sais pas comment j'ai pu réagir aussi vite mais je l'ai fait. Sans lui laisser le temps de poursuivre, étouffant le nom de ce type pour qui il souffre tant, j'ai franchi la courte distance que je venais de mettre entre nous, l'emprisonnant dans mes bras fermement. Surpris par mon geste, il se tend mais rend vite les armes, comme ce jour-là dans la forêt. S'écoulent alors de nombreuses minutes, indescriptibles pendant lesquelles je reste ainsi immobile, attendant qu'il se calme, refoulant au mieux ma colère contre sa façon de s'accuser, de s'auto-mutiler l'âme alors que son destin s'en est déjà chargé, mes doigts jouant dans ses mèches jusqu'à l'entendre renifler.
« Tu m'as pas jugé... » Constate-t-il d'une faible voix.
« Tu aurais préféré ? »
Aussitôt, il nie de sa tête blottie contre mon torse. J'ai envie de pester qu'il se juge très bien tout seul mais je me retiens, poussant un soupir sonore avant de m'éloigner. Semblable à un enfant brusquement séparé de son oreiller, Ace pince alors les lèvres quand je réalise que le plaid a glissé de ses épaules, assez pour dévoiler sa peau. Bien assez pour me contrarier.
« Rassied-toi. Je vais te préparer une infusion pour dormir plus vite. »
« Qu'est-ce qui t'arrive ? »
« Rassied-toi, j'ai dit. »
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POV Ace
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Bon sang... Paye ton ascenseur émotionnel avec lui...
La seconde d'avant il est tout sucre tout miel si on peut dire ça et celle d'après il me parle comme à un obligé.
Mes yeux se posant sur mon épaule, je comprends néanmoins pourquoi. Avec amertume, mais ne souhaitant pas l'énerver davantage je m'assois tandis qu'il s'affaire dans la cuisine.
Vraiment, je me doutais qu'il puisse réagir aussi froidement mais entre concevoir une idée et y être confronté, il y a une différence et celle-ci est de taille. Douloureuse, aussi. Mon malaise augmentant, je réajuste ma couverture sur mes épaules pour qu'il ne soit pas témoin à nouveau de ses propres marques, puisque c'est ce qui le dérange ainsi. Quoi de plus "normal" après tout. Moi, je ne suis que le substitut et réaliser les conséquences de ses ébats sur un corps qui n'est pas celui auquel il pense doit affreusement le perturber.
Lentement, je laisse mes doigts errer sur mon avant-bras puis se poser sur l'un des suçons qu'il m'a laissé ce soir. La marque est nette, preuve d'une morsure intense dont je me souviens au point d'en frémir quand il me rejoint. Aussi vite que possible, je le cache donc sous ma couverture tandis qu'il pose une tasse sur la table basse avant de partir, regagnant sa chambre sans un mot, avec ce seul regard qui paraissait dire : plus un mot pour cette nuit.
Sans doute en avions-nous trop dit, trop fait aussi...
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Deux jours plus tard...
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POV Law
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En route vers le Pumpkin pour payer mon premier mois de loyer au barbu, je glisse un CD dans l'autoradio, espérant que ces classiques m'aident à agencer mes idées, particulièrement embrouillées depuis ce matin. Certes, le calendrier y est pour beaucoup car je suis toujours dérangé quand cette date arrive mais il n'y a pas que ça. Depuis que je suis arrivé dans ce village on ne peut plus singulier, beaucoup de facteurs ont participé à me rendre la vie beaucoup moins tranquille que je ne l'avais espéré avec en tête de liste, ce gamin qui chaque jour me complique un peu plus l'existence.
Bon, notre "relation" semble avoir pris un tournant plus calme depuis quelques jours, surtout depuis que je l'ai empêché de partir. Je ne sais toujours pas pourquoi j'ai insisté autant, mais quand il se met à me toucher l'âme comme il l'a fait dans les bois, puis en m'avouant ce qu'il s'était passé avec Teach, je n'arrive plus à réfléchir correctement, à tout calculer, à tout diriger comme je le veux. Sans pour autant le souhaiter, ni même le prévoir, je finis irrémédiablement par céder à une pulsion étrange qui me fait faire n'importe quoi comme le rejoindre sous la douche pour lui changer les idées ou subitement le prendre dans mes bras.
Repensant à notre dernière "étreinte" de ce genre survenue il y a deux jours, ses aveux tourbillonnent dans mon esprit comme s'ils dataient de quelques heures à peine. Son statut d'enfant adopté... Son "frère" qui est aussi son rival amoureux... L'étrange comportement de son soi-disant père... Pourquoi a-t-il adopté Ace s'il ne l'aimait pas ? Pourquoi ne pas avoir opté pour un autre enfant si le choix de sa femme le contrariait tant ? Le sujet a beau ne pas me regarder, je l'ai de nouveau abordé hier car la question me brûlait les lèvres mais s'il n'y avait que ça… Il faut aussi que je sois tourmenté par le souvenir de sa peau couverte de morsures, de suçons, autant de marques éparpillées parmi ses taches de rousseur, autant de mes signatures sur ce corps qui n'est pas le tien. Bon sang… Je ne supporte pas d'y penser…
L'illusion est parfaite mais en les voyant, j'ai eu la sensation de m'égarer, de prendre une route sinueuse, honteuse qui peut-être te décevait. Mon ange... Si tu savais combien tu me manques, spécialement aujourd'hui... J'aimerais que tu m'envoies un signe, n'importe quoi qui me permettrait de sentir ta présence... J'aimerais que tu m'aiguilles, que tu me dises si je me fourvoie avec cette folie mais c'est impossible. Je suis le seul à en décider et en dépit de l'immoralité de ce mirage, je ne peux plus faire machine arrière. Pas après y avoir goûté. Pas après avoir entendu ta voix gémir sous mes caresses, appeler mon nom de cette façon si éperdue, troublée… C'est juste dingue, mais je ne conçois pas d'y renoncer.
Alors que Nocturne op.9 No.2 de Chopin succède à Spring Waltz, j'essaie tant bien que mal de rester concentré sur ma route, exercice difficile tant cette mélodie me fait brusquement penser au gamin. Étrangement et très vite, les notes s'enchaînent et ses prunelles charbonneuses m'apparaissent, me poussant à passer plusieurs pistes jusqu'à Liebestraum, soupirant d'aise en l'entendant, plus encore en voyant que je suis presque arrivé. Oui... Avec un peu de chance, le colis envoyé par Icebarg sera arrivé au Pumpkin et avec lui, la missive de Ruby. (1) Lire les mots de ta nièce aujourd'hui serait à coup sûr un cadeau inespéré, une manière saine de me noyer dans ton souvenir. C'est donc avec hâte que je me gare sur le petit parking, laissant le morceau s'achever avant de couper le contact, un fin sourire aux lèvres.
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POV Ace
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Bon. De toute façon, je ne peux plus vraiment reculer.
Enfin, théoriquement si mais j'ai tellement insisté pour qu'il revienne à l'heure, ce serait bête d'abandonner. Sans compter qu'il ne comprendrait pas et pourrait encore se fâcher, ce que je préfère éviter. Bon, c'est aussi vrai que je n'ai aucune raison d'agir ainsi après le comportement horrible qu'il a pu avoir. Mais en même temps, il s'est aussi montré étonnement prévenant ces tous derniers jours. Il m'a écouté parler de ma famille adoptive patiemment et hier, il m'a même questionné sur mon "père" parce qu'il ne comprenait pas pourquoi il m'avait adopté s'il ne m'aimait pas.
J'avoue que je ne voulais rien lui dire mais il a su me mettre en confiance, assez pour que je lui dévoile cette sombre et incompréhensible vérité, à savoir qu'il m'a gardé justement parce qu'il ne m'aimait pas. Parce que j'étais une "saleté de bohémien" comme il aimait le gueuler très fort. Parce qu'il voulait me voir grandir dans son rejet, dans sa haine, avec l'espoir que son fils me méprise de la même manière. Il ne m'a gardé que pour ça. Pour que je me sente chaque jour inférieur, exclu, minable et détesté. Pour avoir le loisir de me rappeler la mauvaise étoile sous laquelle je suis né.
C'est abject et insensé mais ce sont ses raisons, je le sais. La seule chose que j'ignore, c'est le pourquoi de sa cruauté, de son acharnement...
Enfin... Je ne dois plus y penser. Pas maintenant.
Law, Law, Law et Law... Je vais plutôt me concentrer sur lui, pas sur ce salaud qui me sert de père. Aussi, voyant le lac apparaître au loin, je presse le pas avec tout l'attirail nécessaire. Probablement qu'il ne le mérite pas, que je me mêle encore de ce qui ne me regarde pas mais je veux le remercier d'avoir été à mon écoute, de m'avoir donné une petite place et le plus important, je veux qu'on continue dans ce climat plus pacifique. Bonne idée ou pas, ma décision est prise et il me faudra bien tout l'après-midi pour être prêt quand il reviendra, alors pas de temps à perdre.
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POV Law
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Avalant une gorgée de bière, je repose la bouteille sur le comptoir bruyamment.
Tss... Pas de paquet.
De quoi m'agacer sérieusement.
Et s'il n'y avait que ça… Mais non. Comme une contrariété n'arrive jamais seule dans ce petit village de mes deux, Barbe Brune -qui était là quand je suis arrivé- s'est subitement exilé dans la cuisine avec Pagaya et Kokoro sans qu'aucun des trois ne soit revenu depuis. En soi, je n'en ai absolument rien à foutre sauf qu'ils avaient l'air de ne pas vouloir parler devant moi et ça, ça me plait beaucoup moins. Putain! Le seul fait de penser qu'il se passe encore une merde en lien avec leurs croyances me hérisse le poil et je fusille Conis du regard, entraînant son départ précipité vers ladite cuisine.
Ces pecnots j'vous jure.
« M'sieur Heart ! Coucou ! »
Et voilà le pompon.
Reconnaissant la voix guillerette qui vient de m'interpeller, je l'ignore en espérant la dissuader mais toujours aussi coriace, la petite fille s'installe sur le tabouret situé à côté du mien, balançant sa peluche avec entrain.
« Gonbe te dit bonjour aussi ! Ça fait un bail qu'on t'a pas vu ! »
« Va jouer ailleurs, tu veux ? »
« Nan ! »
Tss… Tandis qu'elle gonfle ses joues d'un air mécontent, je ne peux m'empêcher de soupirer. Et l'autre bande de débiles qui ne revient pas ! Qu'est-ce qu'ils fabriquent bon sang ?!
« Qu'est-ce qui a ? T'es fâché parce que mémé et les autres discutent sans toi dans la cuisine ? » Demande-t-elle alors en nouant les oreilles de sa peluche. « C'est bizarre parce qu'en plus, ils parlent un peu d'toi mais ils n'ont pas l'air tous d'accord... C'est pas marrant… Tout ça à cause de Spadadam quand il est passé... »
« Spandam ? Cet imbécile est venu ici et maintenant, ça cause de moi dans cette foutue cuisine?! »
La voyant opiner du chef, je ne tiens pas plus longtemps. Sans attendre, je passe de l'autre côté du comptoir et me faufile par la porte de service jusqu'au petit couloir où je reste caché, attentif à ce qu'ils sont entrain de raconter. Comme elle le disait, le groupe constitué de Barbe Brune, Pagaya, Kokoro et maintenant Conis semble en pleine tergiversation, tous ne partageant pas le même avis. La voix portante du gros barbu est la première que j'entends distinctement.
« J'ai confiance en lui ! Heart a prouvé qu'il était un homme digne de connaître toute l'histoire ! Il a aidé Decken ! Il a même accepté d'venir à la clinique pendant sa convalescence ! C'est un homme bien ! »
« Il en a l'air, c'est vrai... » En convient le gérant du bar. « ...mais Spandam ne veut pas qu'nous lui en parlions, tu sais... parce qu'il ne partage pas nos croyances... C'est un sceptique et il habite au cottage... »
« Mon père a raison ! Barbe Brune s'il-te-plait... Il ne faut pas lui en parler... »
« Ma p'tite Conis... » Lance alors la vieille. « Cet homme n'est pas l'plus mauvais d'ce village... Il a sauvé ma p'tite, n'oublie pas. Si Span' et M'dame Amazone n'lui font pas encore confiance on peut rien dire, mais j'crois qu'il a le droit d'savoir c'qui se passe ici. Sinon, comment pourra-t-il nous aider si besoin ? Comment pourra-t-il comprendre notre inquiétude ? Même le Dr. Decken est partant pour lui raconter... »
« Mes amis, écoutez. Heart fait partie d'notre village désormais. Même s'il a choisi d'vivre au cottage, il est à City 44 depuis plus d'un mois maintenant, trente-quatre jours pour être précis. Et il veut rester parce qu'il est venu payer son loyer sans s'plaindre de rien. Alors bon, il a l'droit d'être mis au courant... Si c'est pas aujourd'hui ou d'main ce sera... »
« Maintenant. »
D'un pas leste, je sors de ma cachette sous leurs regards interdits et contrits, ce qui est loin d'apaiser ma colère. Je déteste être pris pour un abruti, je croyais que c'était clair, mais visiblement non. Ici, personne ne comprend rien à rien. Alors que je jette une œillade cinglante au propriétaire du cottage, la blondinette est la première à m'apostropher.
« Monsieur... Vous n'avez rien à faire ici ! »
« Sans blague, et qui va m'en empêcher ? »
« Heart, ne vous en prenez pas à ma fille... Ni elle ni nous... »
Ne le laissant pas poursuivre, j'avance vers eux en passant une main irritée sur mon visage.
« J'me fiche de c'que vous pensez. Vous m'cachez quelque chose, vous déblatérez sur mon compte et bien qu'les affaires de ce stupide village ne m'intéressent pas l'moins du monde, vous allez m'dire c'que c'est. »
Sans grande surprise, mon ton intraitable ne semble pas leur plaire. Toutefois, il a le mérite de leur faire comprendre que je ne compte pas bouger d'ici ni les laisser filer sans avoir obtenu de réponse. Ainsi, tandis que le père demande à sa fille de regagner le bar pour s'occuper des clients, je toise froidement le barbu, ne supportant pas de le voir hésiter. Kokoro reprend.
« M'sieur Heart, ne vous énervez pas autant… Nous n'sommes pas contre vous… Nous d'vons juste prendre des précautions sur c'sujet... C'est très délicat et... »
« Et rien. Vous m'avez d'mandé mon aide quand Decken s'est fait attaquer. Vous m'avez mêlé à cette histoire de marque sans queue ni tête. Vous voulez mon aide au cas où "quelque chose de mal" se passerait mais ne comptez pas sur moi. Si vous ne me dites pas c'qui passe, je n'bougerais pas le p'tit doigt quoi qu'il puisse arriver. Vous aurez beau venir me chercher jusque chez moi, je n'aurais aucun scrupule à vous envoyer au diable. C'est clair ? »
Mon regard ancré sur Barbe Brune, je sens qu'il prend la mesure de mes menaces. Peu à peu, son visage se tend. Il semble peser le pour et le contre quand Pagaya essaye à nouveau de calmer le jeu mais il l'interrompt.
« N'vous épuisez pas mon ami... Heart ne va pas en démordre. Je vais lui expliquer. »
« Mais… Nous ne sommes pas censés... »
« Peu importe. J'en prends la responsabilité. » Déclare-t-il en m'invitant à le suivre. « Allons-y. »
Sans tarder, je lui emboîte donc le pas sous les regards surpris et inquiets des autres et nous quittons le Pumpkin, lui dans sa camionnette et moi dans mon pick-up, roulant à sa suite vers un lieu qui m'est encore inconnu.
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Une vingtaine de minutes plus tard...
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Après être sortis du village et avoir emprunté un long chemin carrossable à travers champs, nous sommes enfin arrivés à destination. L'endroit est calme, plutôt accueillant et me fait penser à un petit havre champêtre coupé du monde. Sortant de mon véhicule, je réajuste mon bonnet en observant les alentours, appréciant l'air frais du coin quand le barbu me rejoint, sa bonne mine retrouvée. A le voir aussi à l'aise, je devine aisément où nous sommes, ce qu'il me confirme gaillardement.
« Bienvenue chez moi ! Ça vous plait ? Ici, nous allons pouvoir discuter tranquillement ! »
« Tant qu'on parle de c'qui est important. »
Acquiesçant en silence, il me devance dans l'allée de graviers menant à son habitation, une modeste maison de campagne au toit en lauze et aux murs empierrés située dans un petit jardin bien singulier. En effet d'un côté, haies et buissons partagent leur espace avec des arbustes et des jardinières colorées remplies de pâquerettes, bruyères et autres pensées tandis que de l'autre, potirons et citrouilles achèvent de mûrir au soleil. Bien que n'ayant pas la main verte, le spectacle ne me laisse pas indifférent tant il contribue au caractère chaleureux de la maison, les poules en balade et les papillons valsant entre fleurs et légumes donnant aux lieux un fragile air de paradis.
Pensant cela, j'observe la devanture de la maisonnée quand je réalise à quel point elle paraît être l'opposé du cottage, comme son image inversée. Le fait que les deux habitations appartiennent au même homme amplifie d'ailleurs cette impression de dichotomie entre dans l'obscurité de la forêt, le cottage sombre et inquiétant craint comme un enfer et ici, dans la clarté d'un soleil chaud et vivifiant, cette maisonnette chatoyante aux allures de jardin d'Eden. Un contraste qui accapare toute mon attention lorsque mon hôte m'interpelle, me ramenant à la réalité.
« Ne restez pas planté là, venez ! »
Sans m'attarder, je le rejoins donc sous le porche où un nombre impressionnant de dreamcatchers et carillons à vent sont accrochés, dispensant leurs notes cristallines. Il y en a tant que je soupçonne le vieux d'être soit collectionneur, soit tourmenté par des cauchemars dont il espère se libérer par n'importe quel moyen, ce qui ne m'étonnerait pas vu la perte qu'il a subi il y a deux ans. Pendant la cérémonie qui avait eu lieu dans la forêt, j'avais été témoin de sa souffrance encore vive suite au meurtre de Monnet et de l'enfant qu'il aimait comme son petit-fils, ces deux cadeaux que la vie lui avait offert puis arraché brutalement. Ce jour-là, sa douleur avait ravivé la mienne et depuis, j'avoue me sentir plus proche de lui que des autres habitants.
Evitant plusieurs carillons, je le suis à l'intérieur tandis qu'il me présente avec entrain sa demeure. Bien à son image, l'ameublement est rustique et la décoration dépareillée, datée d'un autre temps. Il y a une foule de vieux objets qu'il conserve avec émotion, les murs sont tapissés de photos de ses aïeuls et parents mais là encore, ce sont les cadres occupés par Monnet et Yuki qui ressortent le plus clairement, confirmant qu'il est loin d'avoir achevé son deuil. Je m'arrête sur une photographie de Barbe Brune et du petit garçon portant ensemble une énorme citrouille quand il se racle la gorge, troublé.
« C'était la plus belle de la saison... » Commente-t-il avec tristesse. « Yu' aimait jardiner, comme moi... »
Afin de le requinquer, je lui donne une tape sur l'épaule à laquelle il répond en hochant la tête, m'invitant à discuter sous le porche autour d'un bourbon, aussi utile pour délier les langues que pour noyer un chagrin naissant. Quelques minutes plus tard, installé dans un rocking-chair, lui dans l'autre, j'apprécie une gorgée brûlante quand il se lance enfin.
« Heart... Ce village est petit mais il fait face à de terribles événements depuis que ce monstre s'est échappé de Saint-Soleil il y a deux ans. Il a détruit la tranquillité de tous les habitants. Il a fait s'abattre sur nous un sentiment de peur qui depuis nous tient à la gorge comme un mauvais sort. Nous sommes sûrs qu'il est toujours là… Le mauvais esprit... Celui de cette créature qui tué tant d'innocents... Il erre dans la forêt... C'est pourquoi nous gardons ce secret... Notre chef nous a donné des consignes à respecter et cela en fait partie… »
« Votre chef, la vieille peau ? »
« Ohé ! N'parlez pas de M'dame Amazon comme ça ! C'est une brave femme qui a été notre cheffe pendant des années ! » Me rabroue-t-il. « Celui dont j'vous parle, c'est notre chef actuel, son autre petit-fils, le frère de Span'. Vous avez certainement entendu parler de lui… »
« Mais je ne l'ai jamais vu. Il n'est pas au village ? »
Avalant une gorgée de son whisky, Barbe Brune secoue la tête, son visage brusquement assombri.
« Il est absent depuis quelques temps… Il n'a pas eu d'autre choix avec le Mal qui nous menace mais quand il rentrera à City 44, nous aurons un espoir d'anéantir ce mauvais esprit qui nous nargue encore aujourd'hui… Tous, nous attendons qu'il revienne avec impatience… C'est un homme hors du commun, le seul à pouvoir nous sauver… »
Plus le vieux parle, plus la quasi-vénération dont il fait preuve envers cet inconnu me reste en travers de la gorge. Trop instantanée. Trop inconditionnelle. A croire qu'il évoque une sorte d'élu mystique ou de je-ne-sais-quoi tout aussi indigeste et franchement, imaginer toute une population aux pieds du frère de l'autre imbécile, ça me file la gerbe. Me dévisageant avec attention, le barbu semble deviner ce qui me gêne.
« Vous n'aimez pas ma façon d'parler, hein ? J'commence à vous cerner mon p'tit Heart ! » Rit-t-il un peu. « Quoi d'plus normal après tout. Vous êtes de ceux qui n'croient qu'en la science. Decken était pareil en arrivant ici. Ah, ma foi… J'suis certain qu'vous allez mal le prendre, mais ça aussi, il vaut mieux qu'vous l'sachiez… »
Au même moment, sa vieille horloge sonne les seize heures.
Laissant les coups s'égrener, il reste silencieux avant de poursuivre sur une annonce que j'aurais préféré ignorer et qui déjà, me colle la migraine.
« Notre chef est aussi appelé le Maître de la Bâtisse Rouge. » Explique-t-il. « Vous savez, c'est là que vivent M'dame Amazone et Spandam. Et bien… c'est l'lieu l'plus important du village parce que qu'il y officie comme gouvernant mais aussi… comme autorité religieuse. C'est pour ça qu'il est le seul à pouvoir… »
« …religieuse ? Vous vous foutez d'moi ?! »
Non. Bien sûr que non. Bordel de nouvelle de merde…
« Si vous le rencontrez… »
« Croyez-moi, j'suis ravi de ne pas l'avoir fait. »
Là-dessus, le vieux soupire en terminant son verre tandis que je me masse le front, de plus en plus crispé. Déjà que leurs coutumes et leur fonctionnement me tapait sur les nerfs, voilà que leur chef mélange gouvernance et religion. Et ce type est censé les sauver du Mal... Tss. C'est probablement le dernier des charlatans, un crétin fini comme son frère qui les manipule à coups d'annonces prophétiques et de mises en garde stupides, qui se joue de leurs craintes sans qu'aucun ne se doute de rien… Bon sang. Comment ce patelin pourrait-il prétendre à moins de superstitions débiles avec ça ?! Dire qu'en plus, ce n'est même pas le secret dont nous devions parler… Qu'est-ce qu'il va me balancer à la gueule maintenant ? L'entendant se gratter la gorge, je me prépare au pire en vidant mon verre cul-sec, avant de me resservir.
« Allez-y, embrayez. Vu comme c'est parti... »
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POV Ace
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Les bras chargés de branchettes, je rejoins le cottage en avisant le ciel clément de cet après-midi. Vu l'emplacement du soleil, il doit être seize heures légèrement passées, ce qui me laisse un peu plus de deux heures avant que le soleil ne commence à se coucher et que Law ne rentre, comme il me l'a assuré. Bon, le timing est serré mais au moins, le plus gros est fait. En m'armant de patience, j'ai pu pêcher trois belles truites, cueillir des fraises des bois et des airelles en veux-tu en voilà et ramasser du bois pour le feu. Si on y ajoute les pommes de terre et les œufs qui restent dans la cuisine, je devrais pouvoir concocter quelque chose de pas trop mal. Oui, oui, oui... Il se peut que Law fasse une crise parce que j'aurais touché à ses provisions, mais je prends le risque. Après tout, il faut ce qu'il faut. Enfin... Assez rêvasser.
Je suis peut-être naïf de compter là-dessus mais si mon initiative peut améliorer notre cohabitation, lui démontrer que son changement d'attitude paye et l'influencer pour que ça ne dégénère plus, ça vaut le coup d'essayer. Et quelle meilleure occasion pour faire le test qu'aujourd'hui ? Là encore, je joue avec le feu en choisissant de marquer une date aussi personnelle pour un caractériel comme lui mais sans parier, on ne gagne jamais… alors merde.
Arrivé au bercail, je pose le bois dans un coin et gagne la cuisine pour décider du menu, m'arrêtant après quelques tergiversations sur quelque chose de simple que je ne risque pas de rater : de la truite grillée au feu de bois, des pommes de terre sautées, une omelette baveuse à souhait et pour le dessert, les fruits récoltés. Les restes de charcuterie sèche devraient compléter le tout assez bien, de même que la bière qu'il garde dans un coin. L'affaire étant réglée, je souffle de contentement et m'attaque aux petits préparatifs, priant l'heure de ne pas trop filer quand je retourne à l'extérieur, récupérant ma charge de bois pour le feu.
L'expérience aidant, je construis rapidement un foyer avec les branches à quelques pas du muret quand une sensation déplaisante s'empare de moi, glaçant mes os, nouant ma gorge et mon estomac. L'instant suivant, le sentiment d'être observé me foudroie et je me lève sur-le-champ, croisant le regard morfal et exalté de Teach. Sans me laisser le temps de réagir, ce dernier éclate d'un rire gras qui assombrit les lieux.
« Zéhahahaha ! Qu'est-ce que tu fais d'beau, mon p'tit chevreuil ? Du feu ? Pourquoi ? »
Braillarde, sa voix de verrat en rut déchire le calme environnant tandis qu'il avance vers moi, réveillant les souvenirs de notre dernière rencontre. Aussitôt, la vision de son corps nu et repoussant me donne envie de vomir, des sueurs froides glissant sur ma peau tandis que je rugis, hors de moi.
« Qu'est-ce que tu fous là ?! T'as pas l'droit d'être ici ! Dégage ! »
Mais il ricane de plus belle en caressant sa barbe crasseuse.
« Méchant, méchant Ace... Moi qui venais te donner des nouvelles... T'en veux pas ? »
Tétanisé, je peine à y croire lorsqu'il sort une enveloppe froissée de sa poche en souriant.
« Tu la veux ? »
« Donne-la-moi ! Tout de suite ! »
Furieux, mon cri met un terme à son rire cependant que je romps la distance entre nous, prêt à lui sauter à la gorge pour la récupérer. Je sais que c'est imprudent, suicidaire mais déjà, cette lettre est tout pour moi, un trésor que je refuse de laisser entre les mains de ce salopard. Arrivé à sa hauteur je m'élance donc, essayant de toutes mes forces de lui ravir le précieux courrier, en vain. Réagissant très vite en dépit de son poids, Teach s'écarte en m'agrippant le bras, brandissant l'un de ses pistolets dont le canon atterrit sur mon torse, me forçant à l'arrêt. Sans tarder, un large sourire étire son visage sale et en sueur tandis qu'il éclate d'un rire moqueur. Je serre alors les poings, soutenant son regard avec tout le dégoût qu'il m'inspire.
« Donne-moi la lettre Teach ! Elle est pour moi ! »
« Tu peux l'avoir, mon biquet... Mais tu as été méchant, alors on va jouer... J'aime jouer, tu l'sais hein ? »
Ses yeux sombres rivés aux miens, sa poigne se raffermit sur mon avant-bras, le serrant davantage quand il m'explique le fonctionnement de son jeu, si grossier qu'il me laisse sans voix. Son sourire qui s'agrandit encore, son regard qui balaye chaque parcelle de mon corps, sa main poisseuse sur ma peau qui me comprime, tout en lui me répugne… Sa prise me fait tellement mal que je tire brutalement pour me libérer, criant comme un forcené.
« C'est hors de question ! Ton jeu d'merde, tu peux t'le garder ! »
Mais au lieu de lui déplaire, ma réponse le fait respirer plus vite, comme excité.
« Très bien... » Halète-t-il. « Si tu veux ta lettre, tu peux aussi glisser une main dans mon froc et m'dorloter. Là, juste là... »
Disant cela, il cherche à conduire ma main vers lui, la vision de son pantalon gonflé à cet endroit me glaçant le sang. Sans attendre, bouillonnant de rage, mon pied percute sa jambe et je parviens à lui faire lâcher prise, m'écartant enfin de lui, de son odeur de bête affamée. Incapable de me retenir, je m'entends alors hurler.
« DÉGAGE D'ICI ! JAMAIS J'FERAIS UN TRUC AUSSI IMMONDE AVEC UN DÉCHET COMME TOI ! »
Aussitôt contrarié par mes mots, ses traits tordus par la colère, Teach peste et crache à terre avant de me narguer d'un nouveau sourire, plus effrayant que jamais.
« Alors va au diable ! » Rugit-il. « Tu veux ta lettre ? Tu connais les conditions du jeu. Si quand j'reviens la condition est remplie, je perds et toi, tu remportes ton précieux bout d'papier. Si elle n'est pas remplie, je gagne. Et si quand j'reviens t'es pas là, tu sais pas c'qui t'attends, ou plutôt si. Tu sais très bien. Alors sale mioche, c'est oui ou c'est non ? »
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POV Law
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« Heart ? Vous n'dites plus rien ? »
Un brin soucieuse, la voix du vieux me tire de mes pensées, de cet enchevêtrement d'annonces agaçantes qui comme prévu, me causent un affreux mal de crâne.
« Qu'est-ce qu'il y a d'plus à dire ? Qu'vous êtes une bande d'arriérés ? »
Cette fois c'est lui qui tique, mécontent.
« Vous n'partagez pas nos croyances mais ne nous insultez pas ! Vous comprenez maintenant pourquoi Decken a été ciblé… parce qu'il s'occupe de ce patient, celui de la chambre 44. Personne au village n'évoque son existence pour le protéger du Mal qui rôde et pour M'dame Amazone et Span', vous ne pouviez pas être mis au courant, mais vous êtes médecin... S'il arrivait à nouveau quelque chose à mon vieil ami, vous seul pourrez… »
« Non, non, non Brown. J'suis rentré dans vos histoires une fois, mais je n'vais pas accourir pour votre stupide patient fantôme ! Et quelle chambre 44 ? Il n'y en a que dix dans la clinique ! Vous vous foutez d'moi ma parole ! »
« Il existe mais nous le cachons parce qu'il est en danger ! Essayez d'comprendre ! »
Tss… C'est n'importe quoi ! Certes, j'ai vu Ussop à la clinique porter un badge de visiteur avec cette référence (2) mais c'est insensé… Où se trouve ce patient ? Ils le cachent ? Pourquoi ? Ah et puis merde. Ce ne sont pas mes oignons et définitivement, je ne veux pas être mêlé aux affaires saugrenues de ce village. Je ne suis pas venu ici pour me taper des migraines pareilles à cause de leurs âneries. Ils veulent croire au Diable et aux démons ? Aux esprits maléfiques qui rôdent dans la forêt ou qui hantent le cottage ? Aux fantômes, aux loups garous, aux vampires, aux sorcières ou que sais-je ? Grand bien leur fasse. Je m'en lave les mains avec plaisir. La seule étrangeté à laquelle ce lieu m'aura poussé à croire ce sont les bohémiens, et c'est bien assez.
Lâchant un soupir exaspéré, je me laisse aller en arrière sur ma chaise, laquelle se balance lentement tandis que le vieux baragouine dans sa barbe épaisse. Quelle vieille tête de mule celui-là, mais il reste quand même le plus supportable du lot. Alors que les minutes passent ainsi dans un silence entendu, il souffle à son tour, abandonnant la lutte.
« Bien. Assez parlé d'ça. » Consent-il. « Vous êtes vraiment difficile, hein... Dans un tout autre genre que le frère de Chimney, mais bien autant. J'espère toutefois qu'vous n'deviendrez pas aussi impopulaire que lui parce que déjà, beaucoup n'vous font pas confiance et quand une réputation est faite ici, surtout une mauvaise, c'est dur d's'en débarrasser… »
« C'est censé m'inquiéter ? »
« C'est censé vous faire réfléchir. Kokoro et la p'tite sont comme ma famille... J'appréciais son frère aussi même s'il avait un côté bien singulier. Mais les autres villageois l'ont vite détesté et Span' a largement contribué à noircir sa réputation jusqu'à c'qu'il devienne une bête noire ici… Il a même fini par partir… Span' a quelque chose contre vous aussi, alors… »
« …alors rien. J'partirais quand je l'aurais décidé. C'est pas cet abruti qui va m'y forcer. »
« Alors à la vôtre, mon ami. Souhaitons qu'ce soit vrai. »
Levant mon verre à la suite du sien, nous les achevons d'un trait tandis qu'il aborde des sujets plus légers que j'écoute distraitement, l'heure de rentrer au cottage arrivant à grands pas. D'ailleurs, plus je repense à la discussion que j'ai eu avec Ace avant de partir, à la façon dont il a insisté pour que je sois de retour au moment indiqué, plus je me demande de quoi il peut bien vouloir me parler. De sa famille ? De son passé ? Du pourquoi de sa présence dans la forêt ? S'il est prêt à passer en confesse, j'ai en réserve une foule de questions à élucider. De toute manière, ça ne peut être que pour cette raison et l'idée d'en savoir plus sur lui me donne déjà envie d'y être.
Au coucher du soleil, hein…
J'y serais.
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POV Ace
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« -Allez Law, reviens au coucher du soleil, OK ?
-Et pourquoi tant d'insistance ?
-Ben... J'aurais un truc à te dire. De super important...
-Qui nécessite une heure précise ?
-Allez... Ça t'coûte rien…
-Tss... C'est important au moins ?
-Ça l'est. Beaucoup...
-Très bien. Dans c'cas, je serais à l'heure. Mais si toi tu n'es pas là quand j'rentre, tu vas morfler.
-Aucune chance. Je t'attendrais.
-Hn. T'as intérêt. »
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Putain d'enfoiré de Teach…
Cela fait un bon moment que cet énergumène est parti et je ne doute pas qu'il attende impatiemment de revenir pour sa "victoire" sauf qu'aujourd'hui, il ne gagnera pas.
Terminant aussi calmement que possible de battre les œufs en les aromatisant de plantes, je jette un œil à l'horloge du salon. Bientôt dix-huit heures trente, ce que le ciel de plus en plus couvert confirme. Law sera donc bientôt de retour. Alors oui… Si ce gros porc dégueulasse veut jouer, jouons. Jouons à son jeu de sauvage et voyons qui gagne, tout comme je lui ai répondu.
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« Ben tu sais quoi ! C'est oui !
J'suis SUR ET CERTAIN qu'la condition sera remplie ! »
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Sans me laisser envahir par la crainte, confiant même, je m'attèle à faire dorer les pommes de terre, la bonne odeur de friture embaumant la cuisine. Une fois la table sommairement dressée, je retourne à l'extérieur où le feu crépite, chaleureux, encourageant. Enfilant mes poissons sur des branches droites, je les dispose donc à bonne distance des braises, regardant leurs chairs se dorer tandis que les mots de Teach me reviennent à l'esprit.
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« …J'aime jouer, tu l'sais hein ? J'aime tellement ça qu'pour corser les choses, tout va dépendre d'un élément extérieur ! C'est une sacrée idée, hein !
Tout ça là, c'que tu prépares... c'est pour l'Dr. Heart hein ? Tu t'en donnes du mal dis-donc... Ben c'est lui qui va nous départager, qu'est-ce que t'en dis ?
Toi tu veux la lettre et moi, ben j'ai faim… Alors j'lui donne jusqu'au coucher du soleil. S'il n'est pas là quand j'reviens, tout est pour moi et le serveur en prime!
J'en ai déjà la bave aux lèvres ! Zéhahahaha ! »
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Non... Non, non, non, non. Il ne risque pas gagner.
Je ne connais pas Law par cœur, mais son regard ne mentait pas. Il va revenir à l'heure.
De plus, aujourd'hui n'est pas un jour comme les autres. Je le sais depuis qu'il a débarqué au cottage, depuis que j'ai fouillé dans son pick-up (3) et que j'ai découvert ses papiers d'identité (le faux comme le vrai). Je suis même allé vérifier hier sans qu'il me voie et je ne m'étais pas trompé. C'est bien le 06 octobre. Ce psychopathe sadique mais parfois tendre a aujourd'hui 26 ans. Alors en bon solitaire qu'il est, je suis certain qu'il ne veut pas passer cette soirée entouré de plein de monde mais seul chez lui. Bon certes, il ne sera pas vraiment seul puisque je serais là et qu'en plus, je fourre mon nez dans ses affaires mais il viendra. Il me l'a assuré. Je ne vois pas qui ou quoi dans ce monde pourrait le retenir.
Me levant, je laisse les poissons griller cependant que le jour décline, une légère brise soufflant dans les bois, me faisant un peu frissonner. Sans le vouloir et même si je m'efforce à canaliser mes craintes naissantes, je me retrouve à faire les cent pas, regardant les alentours s'obscurcir, mes mains de plus en plus moites quand d'un coup, je me gifle les joues, refusant de céder à la panique.
Non. Définitivement non.
Aucune chance que Teach gagne ce foutu jeu.
Law m'a donné sa parole.
Il reste encore du temps.
Il doit être en route.
Il sera bientôt là.
Bientôt.
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POV Law
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« -Allez Law, reviens au coucher du soleil, OK ? […]
-Très bien. […] »
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L'heure étant bien avancée, je prends congé du barbu après une longue conversation qui n'a que trop duré. Déjà, le ciel commence à s'assombrir, ce qui doit être pire dans la forêt et étant moi-même à cheval sur la ponctualité, je presse le pas vers mon pick-up, remerciant mon hôte malgré la masse de sujets exténuants que nous avons abordé.
« Vous êtes sûr d'pas vouloir rester dîner ? » Lance-t-il quand je monte à bord. « J'suis pas un cordon bleu, mais j'peux m'débrouiller… »
« Désolé, mais non. L'esprit du cottage m'attend... »
« Heart pardieu ! N'dîtes pas ça même pour plaisanter ! »
Pfff… Un brin amusé, je ferme la portière et démarre cependant qu'il peste contre mon scepticisme exacerbé. Le moteur ronronnant, je m'apprête à enclencher la première quand il se penche vers la vitre baissée en soupirant.
« Vous avez pas froid aux yeux hein ! Mais bon... j'vous apprécie bien ! C'doit être le nom... J'dois avoir un bon feeling avec ceux qui s'appellent comme vous… »
Surprenant son air pensif, comme touché, je ne peux m'empêcher de l'interroger du regard quand brusquement, une impression étrange, inexplicable me saisit, se changeant en raz-de-marée lorsqu'il poursuit.
« Ben vous Heart, vous m'êtes sympathique... comme ce garçon qui est passé par ici il y a plusieurs années. Un blondin avec deux pieds gauches et un sourire dont j'me souviendrais toute ma vie. Corazon il s'appelait… Vos noms veulent bien dire la même ch… Bah… qu'est-ce que vous avez ? »
Ce que j'ai…
« Ce... Ce garçon… il est venu ici ? »
« Oui… Il est même resté dormir… C'était un sacré numéro mais... bon sang Heart… Qu'est-ce qui a ? »
Ce qui a…
Ce que j'ai…
Bordel… J'peux pas croire qu'ce soit vrai…
Mon ange… C'est toi qui m'a fait découvrir la région, le lac donc c'est bien possible... Donc, alors... Tu es venu à cet endroit… Tu as marché dans ce jardin… Dormi dans cette maison… Parlé avec cet homme qui soudain, me semble être la personne la plus intéressante ici... Tu as été là où je suis à présent et justement aujourd'hui je l'apprends… Combien de choses peut-il me dire sur toi ? Combien d'anecdotes, de souvenirs ? Comment vous êtes vous rencontrés ? Qu'as-tu fait ici ? Qu'as-tu dis ? Est-ce ta réponse à ma demande de signe ? Ta façon de me dire que tu es près de moi, plus encore que je ne le pensais ? Est-ce que c'est… ton cadeau pour ce jour si pénible sans toi ?
L'esprit chamboulé, je ne sens ni ma main posée sur le volant, ni celle tenant la clé de contact. Tout mon corps est anesthésié. Je sais que Barbe Brune me parle, mais sa voix me parvient de si loin que je n'en comprends pas un traître mot. Quant à ma vision, elle est tellement embrouillée que c'en est effrayant comme si d'un coup, je me retrouvais coupé du monde, aspiré dans une dimension où tu parais si proche que ça me déchire le cœur et le fait tambouriner en même temps.
Angel... Je ne crois pas aux histoires de destin et pourtant, je refuse de penser que c'est une coïncidence.
Je refuse de rester ainsi, assoiffé d'en savoir plus.
C'est impossible.
Revenant à moi, je réagis alors sans me poser de question. La réaction de Barbe Brune ne se fait pas attendre.
« Ohé... Vous coupez l'moteur ? Vous n'partez plus ? »
Pleine d'effarement, sa question me ramène à la réalité, à mes souvenirs de ce début d'après-midi, à la parole que j'ai donné au gamin mais qui n'était cependant pas une promesse et l'enjeu, encore moins important. Face à ce qui se passe maintenant et même si étrangement cela me trouble, rien ne fait le poids. Plus rien ne compte en dehors de ce que le barbu pourra me dire de mon amour perdu. Aujourd'hui plus que jamais, je n'ai ni envie, ni besoin de rien d'autre. Aussi, ravalant ma salive avec une amère difficulté je lui réponds enfin, sans hésiter.
« Finalement Brown... j'accepte votre invitation. »
« Vraiment ? Vous restez ? »
Me voyant acquiescer, il part d'un rire étonné tandis que je coupe le contact et sors du pick-up. Instantanément, telle une petite voix malmenée par un vent violent qui l'étouffe, les mots du gamin me reviennent mais échouent vite au loin, balayés par ma réponse qui ne changera pas.
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« -Allez Law, reviens au coucher du soleil, OK ? »
Non Ace.
Je ne vais pas pouvoir.
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(1) Le Pumpkin reçoit le courrier du cottage car celui-ci n'a pas de boîte aux lettres.
(2) Cf. chapitre 13.
(3) Cf. chapitre 6.
Réponses aux Guest :
Katym : Hello ! :) Et oui, ce n'est que la première partie de l'histoire qui sera assez longue ! mdr Le "toi" et l'identité de l'amoureux de Luffy sont élucidés et effectivement, il s'agit de la même personne x) Concernant les citations, j'en connais certaines mais la majorité vient de recherches que je fais en cours d'écriture afin de trouver celles qui conviennent le mieux ;) Ace en connait pas mal car il a beaucoup lu dans sa vie. Maintenant on sait qu'il a été adopté, c'est dans ce cadre qu'il a pu connaitre ces livres (nous aurons l'occasion d'y revenir!) :3 Enfin concernant Law, il est capable du pire comme du meilleur x) mdrrr Merci encore pour ta review et ton intérêt pour l'histoire ! :D J'espère que tu as aimé ce nouveau chapitre et te dis à bientôt !
Guest : Salut ! Bienvenue au cottage ! :) Merci de ta petite review pleine de hâte de lire la suite ! J'espère qu'elle t'a plu ! :)
Voililou, hum... je ne ferais aucun commentaire sur cette fin x) *entre dans son bunker* hormis préciser que l'absence de citation finale n'est pas un oubli. Celle du début suffit à l'ensemble du chapitre :) En espérant que vous avez apprécié cette fin de l'acte I, je serais ravie d'avoir vos retours sur le chapitre et/ou la totalité de cette première partie. Tout commentaire constructif m'intéresse pour aller de l'avant, alors n'hésitez pas! :) Vous remerciant encore de me lire, je vous dis à bientôt et encore bonne année ! :)
Ever, le Bichon Mystérieux.
