Disclaimer : les personnages apparaissant dans cette fic appartiennent à JKR, je ne retire de ces fanfictions aucune rémunération ou gain financier…
Remarques : Slash Rogue/Harry – Post tome 6 - Prologue faisant exception, je passerai à chaque chapitre du Pov de Severus à celui de Harry
Un grand merci pour vos reviews, et également merci à ceux à qui je n'ai pu envoyer de mp ;)
Et voici un chapitre de plus... Bonne lecture !
Rappel : résumé de l'histoire au chapitre 21, l'extraction de l'horcruxe a eu ses conséquences et Voldemort est enfin défait !
Si longtemps…
Chapitre 24
- Harry… je t'aime.
Le jeune homme détourna le regard de ses deux meilleurs amis, quittant des yeux leurs mains enlacées et ne s'attardant pas sur le souvenir.
Les mêmes mots, prononcés sur un même ton, par deux voix différentes, celle d'une femme, et celle d'un homme.
Il but une gorgée de son verre pour faire disparaître l'écho fantôme et l'image fugitive des troublants yeux noirs. Celle trop vivide d'une main posée sur son bas ventre et le souvenir de la sensation du corps écrasant et possédant le sien faillirent le faire s'étrangler avec le liquide qu'il tentait d'avaler.
Il toussa maladroitement et regagna immédiatement l'attention de ses deux amis qui semblaient un instant s'être perdus dans leur monde.
- C'est une bonne idée, vous savez, vous retirer quelques temps pour remettre les choses en perspective, lâcha-t-il, recentrant son esprit sur leur conversation.
Hermione fronça légèrement les sourcils mais ce fut Ron qui parla.
- Tu ne comptes pas venir avec nous ? Ce n'est qu'un mois en Ecosse mais je suis certain que ça te ferait autant de bien qu'à nous.
- Désolé, j'ai déjà des projets.
- Et…
- Dont nous parlerons à votre retour, d'accord ? termina-t-il en offrant un sourire d'excuse à la jeune femme. Rien qui ne mérite vraiment d'en parler, d'ailleurs. J'ai juste besoin de me trouver mon pied-à-terre et de réfléchir à ce que je vais faire durant les prochains mois.
Ils l'observèrent d'un air un peu perplexe. Plutôt compréhensible puisque c'était un peu le but de leur retraite.
- Ok, décida finalement le roux. Si tu changes d'avis entre temps, n'hésite pas à envoyer un hibou. Tu seras toujours le bienvenu.
Sa compagne acquiesça et ils échangèrent un sourire.
La guerre était finie. Ils avaient encore un peu tous du mal à y croire. Et cette après-midi qu'ils avaient passé à parler et exprimer leur soulagement ainsi que leur joie, durant cette petite fête improvisée regroupant principalement des Weasley, avait rendu cette réalité encore un peu plus tangible.
C'était sensiblement identique dans le monde extérieur, loin des murs de Poudlard, qui reprenait lentement ses marques et dont la remise sur les rails n'était pas précipitée par les membres de l'Ordre du Phénix. Presse et politique étaient loin d'être leur priorité. Recenser les survivants, réunir les familles, poursuivre les derniers mangemorts en soutenant les Aurors et répandre la nouvelle de la chute de Voldemort, cela avait beaucoup plus d'importance. Et, visiblement, offrir un peu de répit à autant de personnes que possible était aussi à l'ordre du jour. On ne leur avait pas interdit de continuer à apporter leur aide mais eux, le fameux trio, comme certains les appelaient, ceux qui avaient été en première ligne, ainsi que les plus jeunes d'entre eux, avaient eu pour conseil de prendre un repos bien mérité. Voilà pourquoi ils étaient là, pourquoi Ron et Hermione faisaient ce genre de projet et que lui… pensait à nouveau à Rogue.
Il se laissa distraire quelques instants par la conversation qu'entama bientôt Ron avec son père puis bien vite ne les écouta plus que d'une oreille.
A dire vrai, depuis la fin de la bataille, il n'avait que très peu songé au maître des potions. Il devait sans doute reprendre ses forces et n'avait pas besoin d'être dérangé. Harry avait donc fait passer d'autres choses en priorité, ne s'inquiétant pas trop des jours futurs. Avec le départ de ses amis, il n'avait toutefois plus beaucoup de choix.
Il sentit une légère chaleur se répandre dans ses joues lorsque le flash qui était passé devant ses yeux un peu plus tôt lui revint en mémoire. C'était la première fois que cela s'avérait si vivace. La première fois que l'intense plaisir qu'il avait ressenti se faisait si marquant et dénué de sentiments négatifs. La première fois que le souvenir de Ginny s'y associait sans véritable douleur mais simplement avec nostalgie.
Cette réalisation ne voulait pas dire pour autant qu'il voulait retenter l'expérience. Cependant, cela l'aidait à se conforter dans l'idée que la décision qu'il s'apprêtait à prendre n'était pas si insensée que cela.
HPHPHPHPHP
Lorsque Poppy Pomfresh croisa le chemin de leur petite troupe au détour d'un couloir, et leur annonça qu'il y avait eu un accident de potions impliquant Severus Rogue, Harry fut surpris de la violence avec laquelle sa magie réagit, craquelant la surface si solide des murs du couloir. Personne ne fit de remarque. Ils écoutèrent tous attentivement la médicomage. Et aucun de ses amis ne tenta de le retenir ou de le suivre lorsque le jeune sorcier prit la direction de l'infirmerie.
HPHPHPHPHP
Harry inspira profondément puis ouvrit les yeux. Il absorba quelques bouffées d'oxygène supplémentaires puis se redressa, s'appuyant contre le mur qui le soutenait, tremblant toujours.
Il pouvait sans doute déjà s'estimer heureux de ne pas être tombé de sa chaise. C'était assez pénible comme cela pour qu'en plus il se blesse durant ce qu'il appelait maintenant ses « crises ». C'était déjà la quatrième depuis son retour du champ de bataille, la septième depuis la destruction du dernier horcruxe. Il haïssait cela, cette impuissance totale ce désespoir profond, cette terreur à l'idée que cette fois serait celle où il resterait éternellement prisonnier.
Il sentit affluer une nouvelle vague de panique et serra les dents, se focalisant sur l'homme inconscient allongé dans le lit qui lui faisait face, une cicatrice lui barrant le visage. Il tendit le bras, hésita un bref instant, puis serra la main pâle, peut-être un peu trop fortement. Le rythme des battements de son cœur ralentit et il laissa s'échapper un soupir de soulagement.
Rien ne valait mieux qu'un contact avec une personne bien vivante pour l'ancrer solidement dans la réalité, avait-t-il découvert. Et ce sorcier – lui pouvait vraiment le protéger, lui répétait sans son esprit – semblait avoir un effet plus apaisant que d'autres sur ces crises.
Du moins, était-ce ce qu'il en déduisait après que Susan Bones l'ait découvert affalé dans un couloir du château. Il avait parlé vaguement d'un simple malaise dû à la fatigue lorsqu'elle l'avait prudemment questionné. Elle semblait y avoir à moitié crû mais avait suffisamment vécu de choses, et déjà bien avant que la guerre ne soit clairement déclarée, pour pousser le sujet plus avant, acceptant sa réserve. Mais sa présence n'avait été qu'un fragile lien avec la réalité et il lui avait fallu de longues minutes pour réellement reprendre pied.
En dehors de cet incident, Rogue était en fait le seul à vraiment avoir assisté à… ça ; et son black-out durant la bataille ne comptait pas réellement.
Rogue qu'il retrouvait une énième fois dans l'infirmerie, vulnérable, dans un état plutôt bon mais un peu incertain. Il avait envie de lui hurler des injures, de le secouer, de lui demander pourquoi – pourquoi ! – il avait encore besoin de se mettre en danger. Cet homme, têtu et pourtant réfléchi, allait au-delà de ses forces et prenait tous les risques. Cette imprudence, Harry pouvait la comprendre, la guerre les avait entraînés vers les plus dangereuses extrémités. Mais la guerre était finie. Et il…
Il avait besoin du maître des potions.
Après tout ce qu'ils avaient vécu, il lui faisait confiance, réellement confiance. Et s'il portait une confiance semblable à Ron et Hermione, il ne sentait plus qu'il pouvait se reposer sur eux autant qu'il l'aurait voulu. Ils avaient vécu de nombreuses aventures, plus ou moins douloureuses, sans lui, et ils avaient une vie à deux à entamer pour de bon ainsi que leurs propres problèmes à régler. Il ne doutait pas qu'ils seraient toujours les plus proches des amis. Mais… Il était égoïste. Egoïste au point de vouloir totalement se reposer sur quelqu'un, de pouvoir… Et n'était-ce pas après tout ce que Rogue souhaitait ?
…
Il se montrait terriblement injuste avec cet homme, il était peut-être temps qu'il s'avoue au moins cela à lui-même.
Il allait parler, décida-t-il. Cette fameuse discussion d'après-guerre qu'il lui avait promise.
Harry devait seulement construire sa vie, en tenant compte de son nouvel handicap. Bien des choses semblaient désormais inaccessibles, aucun choix satisfaisant ne paraissait se présenter à lui. Mais il savait qu'il ne pouvait pas rester à Poudlard, pas après la mort de Dumbledore, Dean, Seamus, Neville, McGonagall… et pas en risquant de s'y sentir comme un sorcier amoindri qui en ferait son tombeau. Pas plus qu'il ne se sentait capable de rester seul. Pas lorsqu'il pouvait à n'importe quel moment plonger dans cet abîme de ténèbres en perdant tout contrôle sur son corps. Cette perte totale de ses sens, cette peur indicible… savoir que cela allait se reproduire, même après l'avoir déjà vécu, ne rendait en rien l'expérience plus supportable.
A dire vrai, c'était la toute première fois qu'il l'avait vécu qu'il en avait le moins souffert, malgré sa terreur, juste après l'extraction de l'horcruxe, lorsque le serpentard avait été là pour l'arracher à l'obscurité par son étreinte désespérée.
Non, seul, il n'y arriverait pas. Il finirait par perdre l'esprit, sans aucun doute. Et c'était sans même songer à tous les accidents qu'une condition aussi précaire pouvait provoquer. Le vol, le transplanage, sa carrière d'Auror…
Il secoua légèrement la tête. Ce n'était pas le moment de penser à cela. Il devait d'abord parler au maître des potions, lui expliquer sa situation.
Il n'avait rien dit à personne jusqu'à présent, ne voulait certainement pas de leur pitié, voulait épargner ses proches un peu plus longtemps. Et Rogue avait dit vouloir le soigner. Rogue qui ne semblait plus, lui non plus, avoir de lieu où retourner. Rogue à qui il dirait clairement qu'il ne recherchait que son amitié. Rogue qui accepterait peut-être après cela un arrangement pour qu'ils vivent quelques temps ensemble. Ce n'était peut-être pas un argument de très grand poids mais au moins l'homme aurait quelqu'un pour l'aider en cas de problème.
Un peu comme dans ce cas –ci. Car, sans savoir ce qu'il s'était vraiment produit, ils supposaient tous que c'était un accident de potion qui l'avait mis dans cet état. Les elfes interrogés avaient bien confirmé avoir vu des plans de travail occupés lorsqu'ils étaient allés lui porter ses repas. Et Pomfresh avait expliqué à certains d'entre eux, avec réticence, l'état dans lequel il avait été après la bataille. D'ailleurs, lorsqu'il se réveillerait, il pourrait au moins de se réjouir de -
La main qu'il enserrait toujours bougeait.
Le jeune sorcier sourit doucement. Malgré ses idées noires du moment, il éprouvait un soulagement sans nom depuis qu'il s'était débarrassé de Voldemort. Et peut-être cela faisait-il de lui quelqu'un au coeur froid mais il ne parvenait pas à ressentir la moindre culpabilité à avoir été de ceux à lui porter le coup final. Il avait été immensément heureux de voir toutes ces personnes se réveiller dans l'infirmerie est de savoir qu'elles n'auraient plus à repartir au combat. Tout comme c'était le cas maintenant avec Rogue qui reprenait conscience.
Harry hésita un instant puis choisit de ne pas relâcher sa main.
Les paupières de l'homme se soulevèrent lentement, il cligna plusieurs fois, puis tourna légèrement la tête et laissa son regard se poser sur lui.
- … Monsieur Potter, salua-t-il d'une voix enrouée.
Le gryffondor sourit un peu plus. Dans un instant, Pomfresh les rejoindrait, alertée par le sort qu'elle avait posé sur son patient, mais il était content d'être le premier qu'il voyait, parce qu'il savait que cela comptait pour cet homme.
Il se redressa maladroitement et Harry lui apporta son aide. Son expression était… étrange, décida-t-il lorsqu'il fut enfin installé. Il y avait bien eu un bref éclair de confusion dans son regard durant les toutes premières secondes… mais maintenant il n'y avait plus rien. Un certain inconfort se glissa en lui. Non, il n'y avait pas de raison. Il l'avait reconnu, ne semblait pas souffrir, et il était parfaitement capable d'arborer une expression fermée au possible lorsque qu'il le voulait.
Le survivant reposa malgré tout les mains sur ses genoux. Maintenant que le sentiment était là, il ne parvenait pas à s'en défaire. Ce n'était peut-être rien, juste un détail, mais quelque chose n'allait pas.
- Comment vous sentez-vous ? lâcha-t-il finalement.
- Mieux que je ne le devrais. La potion que je testais pour votre cas était hautement toxique, des probabilités que je survivre à cette déflagration étaient infimes. Mais peut-être que les ingrédients de l'autre potion…, termina-t-il d'un ton plus bas en levant ses mains intactes à hauteur de ses yeux d'un air pensif.
- Vous prépariez le remède pour me soigner ?
Il n'avait pas pensé qu'il était indirectement responsable de ce nouvel incident. Et une boule s'était formée au creux de son estomac en réalisant qu'il avait été si proche du point de non-retour. La médicomage n'avait rien laissé paraître de la gravité de ce qui s'était produit et, lui-même, bien qu'il le regrettait, ne l'avait appris que plusieurs heures après les faits, trop occupé qu'il était à profiter de l'ambiance sereine et des réjouissances au sein de la famille Weasley, oubliant même ses propres problèmes pour un temps.
- Il n'y a pas de remède. Je tentais d'en trouver un, et…
Rogue fronça légèrement les sourcils et son regard se troubla. Le jeune sorcier resta muet durant quelques instants puis eut besoin de s'éclaircir la gorge avant de pouvoir parler.
- Pas de remède ? Mais pourtant vous m'aviez dit…
- Je vous ai menti, répondit-il d'un ton désagréablement neutre. Il me semble cependant que je n'avais pas l'intention de vous le dire.
Il y eut un silence qui sembla durer une éternité au survivant puis Pomfresh apparut et Harry sortit sans un mot. Le maître des potions ne sembla même pas réagir à son départ.
Alors, c'était cela. Sa vie semblait bien ne plus se réduire qu'à quelques mois, quelques années au mieux. Il avait trouvé la nouvelle moins alarmante et moins douloureuse avant la défaite de Voldemort. Rogue essayait néanmoins de trouver une solution.
Et il avait menti.
Et il avait failli disparaître alors qu'il s'était déjà imaginé lui donner une place prépondérante dans son avenir.
Et quelque chose n'était définitivement pas normal dans son comportement depuis son réveil.
Malgré tout cela, il n'eut aucune réaction et tout ce qu'il put faire fut de rejoindre ses quartiers et de s'y enfermer pour les deux heures qui suivirent.
HPHPHPHPHP
- Monsieur Potter, dit sobrement le serpentard, lorsque Harry ouvrit sa porte.
Avant qui ne puisse dire un mot, il enchaîna.
- Poppy m'a demandé de vous informer de mon état, elle semble penser qu'il est important que vous en soyez avisé.
Il y avait là une pointe d'irritation. Mais c'était à peine tangible. S'il y avait bien une chose que Rogue s'échinait rarement à masquer, c'était son irritation. C'était du détachement qui se lisait dans son ton et sa posture. Il y avait vraiment un problème. Severus Rogue ressentait durement ses émotions, qu'elles soient positives ou négatives, et prenait les choses à cœur, ou du moins était ce qu'il avait déduit de son expérience avec lui.
Le jeune sorcier le laissa entrer. Il se sentait plus composé à présent. Il n'avait pas versé de larmes sur son sort. Il s'y était après tout préparé une première fois. Le choc initial passé, il avait réalisé qu'il s'inquiétait plus de ce que cela signifierait pour ses proches que de son propre sort. Cela restait difficile à accepter, et il lui faudrait plus que quelques jours pour s'y faire, mais il s'était rapidement souvenu de ses pensées du jour où Pomfresh lui avait annoncé son sort : après tout ce qu'il avait vécu, cette réalité–ci était loin d'être la pire qu'il aurait pu avoir à affronter. Il pourrait étendre ses recherches maintenant qu'il était libre d'aller là où il le voulait. Et il n'oubliait pas que Rogue s'évertuait toujours à trouver une solution.
- Bien que la composition exacte de la décoction, et des fumées résultant de l'explosion ayant eu lieu dans mon laboratoire, est à cette heure toujours inconnue, commença-t-il sans prendre la peine de s'asseoir, Poppy Pomfresh a déduit de ses sorts de diagnostique qu'une ablation d'une partie de mes… sentiments et émotions en a découlé.
Ca n'était pas drôle.
C'était franchement détestable.
Qu'allait-on lui annoncer après cela ? Que ses deux meilleurs amis étaient eux aussi condamnés à mort ? Que Voldemort n'était pas vraiment vaincu ?
Harry s'assit sur le sol là où il était et leva le regard vers le maître des potions.
- Une partie, vous dîtes ? Quelle partie ? Que… Que ressentez-vous ?
L'homme fronça légèrement les sourcils mais lui répondit. (Anormal.)
- De l'irritation.
Cela, ça ne l'étonnait pas.
- Ce n'est toutefois qu'une sensation distante, précisa-t-il. Tout comme l'est la légère frustration d'avoir été moi-même le responsable d'un tel incident.
Son expression un rien confuse semblait parfaitement authentique. Il sentait visiblement qu'il y avait un problème quelque part. Tout ceci n'avait rien d'un stratagème pour atteindre un quelconque obscur objectif.
Une impulsion dont il ne comprit pas vraiment la source le poussa à poser la question qui suivit…
- Et vous ne ressentez plus rien pour-
… mais il s'arrêta abruptement.
C'était stupide, c'était inapproprié. Il ne voulait même pas connaître la réponse. Il voulait qu'il dise qu'il ne ressentait plus rien, comme il l'avait désiré durant de longues semaines. Il voulait qu'il lui dise que rien n'avait changé.
Le gryffondor serra les poings, les ramena sur ses jambes, baissa la tête et laissa ses mèches trop longues retomber devant ses lunettes. Ressentait-il quelque chose de plus pour Rogue à présent ? Il…
- Est-ce temporaire ou permanent ? reprit-il comme s'il n'avait jamais tenté de lui demander autre chose.
- Nous l'ignorons.
Et son ton révélait que ça n'avait pas beaucoup d'importance pour lui. Harry en éprouva de l'agacement, de la colère.
Puis il réalisa.
C'était plus facile pour lui. C'était effacer les souvenirs de torture, les sentiments douloureux, les pertes de la guerre. Sans doute était-ce même, d'une certaine façon, quelque chose qu'il lui était déjà arrivé de souhaiter par le passé.
- Cette situation, elle vous convient ? questionna-t-il malgré tout. Vous en êtes satisfait ?
- Satisfait ?
- Vous savez, par rapport à avant. A toute-
- Je comprends parfaitement le sens de votre question, Potter, cet incident n'a en rien diminué mon intellect.
L'ombre d'un sourire se peignit sur les traits du survivant. Il n'y avait pas de venin dans ses paroles, juste une pointe d'agacement, peut-être, mais c'était bien ses mots et non ceux d'un homme dont la personnalité se serait complètement effacée.
- Je ne suis certainement pas venu ici pour assouvir votre curiosité. Maintenant que vous connaissez l'essentiel de la situation, je vais vous laisser retourner vaquer à vos occupations.
Il se détournait déjà lorsque le gryffondor se leva précipitamment et le retint par le bras. Il lui adressa un regard neutre. Harry le relâcha.
- Il y a… Il y a des choses dont je dois vous parler.
Dans un sens, cela pouvait être plus facile. Lui-même n'y trouverait peut-être finalement pas tout ce qu'il y cherchait mais Rogue n'aurait probablement pas à faire face à trop de sentiments contradictoires. Il n'était même pas certain qu'à ce stade cela le touche encore. Il n'avait rien à perdre.
- J'ai… un problème, continua-t-il en se dirigeant vers le canapé, le maître des potions sur ses talons. Vous y avez assisté durant la bataille et, avant ça encore, durant le rituel pour extraire l'horcruxe. Ce ne sont cependant pas les seules fois où cela s'est produit. La manière la plus simple de décrire cela est, je pense, de dire que je perds l'usage de mes sens. Tous. Et que je me retrouve prisonnier de mon esprit.
Ou du moins était-ce son interprétation. Il ne voulait de toute façon pas songer à d'autres possibilités comme, par exemple, en s'imaginant que son 'esprit' allait ailleurs ou qu'il avait ainsi un avant-goût de la mort.
Le sorcier eut pour seule réaction de lever sa baguette sans un mot, l'expression neutre, puis de lu lancer quelques sorts indolores. Espérait-il trouver ce que même Pomfresh n'avait pu déceler ? Au bout de longues minute, il redevint immobile, se contentant de le fixer, un pli présent entre ses sourcils.
- Il n'y a rien.
Un faible espoir – sur lequel il ne comptait déjà plus vraiment – s'envolait ; même lui n'identifiait pas le problème.
- Il me faudrait étudier ce qui se produit lorsque cela vous arrive. Est-ce régulier ? Y a-t-il d'autres symptômes ? Que –
- Ce n'est pas le plus important dans l'immédiat.
Rogue se tût. Quelque chose dans son regard avait vacillé, réalisa-t-il, depuis ces dernières minutes. Son attachement était peut-être toujours présent, bien que dans un état latent, ou plus durablement endommagé. Mais l'irritation, elle, se marquait plus profondément sur ses traits.
Quel genre d'homme était-il à présent ? Aussi antipathique que durant sa scolarité ? Plus ? Ou au contraire, plus tolérable ? Il n'était cependant plus l'homme avec lequel il avait commencé à se lier d'amitié. Pas plus que ce sorcier sanguin, mais parfois si patient, qui semblait capable du pire comme du meilleur. Était-ce vraiment bien réfléchi de sa part d'encore vouloir lui demander…
- Je ne peux pas… Je prends des risques en restant seul, j'en ai conscience. Il y a… Pour répondre à votre première question, non, il n'y a pas de logique à ces crises, elles surgissent n'importe quand, ce pourrait très bien être simplement en sortant de mon lit comme pendant que je lance un sort ou que transplane !
L'intonation un rien hystérique qu'avait pris sa voix l'ennuya et il ne dit rien de plus durant plusieurs secondes.
- Je ne peux pas vivre seul, reprit-il finalement, pas pour le moment en tous cas. Et je ne resterai pas à Poudlard. J'ignore quels sont vos projets mais… serait-il envisageable que je vous suive là où vous vous rendrez ?
Là, une émotion encore dans son regard, qu'il était incapable d'interpréter.
Le maître des potions laissa ses yeux parcourir le salon puis parla d'un ton douloureusement détaché.
- Je n'ai plus rien. L'Impasse du Tisseur n'est plus qu'une allée en ruine. Comme pour la plupart des anciens et actuels occupants de ce château, tout ce qui a pu m'appartenir à Poudlard, et qui pouvait servir de ressource, a été utilisé. Je n'ai rien à vous offrir.
- … J'ai juste besoin de votre présence, dit-il à mi-voix. C'est sans doute égoïste. Même avant… avant votre accident, je ne vous aurais rien offert de plus que mon amitié. Et aujourd'hui, vous n'en avez sans doute même plus besoin. Je ne peux pas demander ça aux Weasley, à Hermione ou à Ron. Nous sommes si proches… je ne sais même pas comment leur expliquer ce qu'il m'arrive. Je sais, je sais, qu'ils feraient tout pour m'aider mais je refuse d'être ce genre de poids pour eux. Ils ont encore tellement de belles choses à vivre…
Et plus il parlait, et plus il se rendait compte à quel point c'était dur envers Rogue.
- Vous savez quoi ? Oubliez-ça. Ce n'était déjà pas une bonne idée à la base, c'en est une encore plus incroyablement stupide à l'heure actuelle.
Il s'était déjà levé, se détournant tout en se passant nerveusement une main dans les cheveux.
- Cette proposition à ses mérites.
Harry se figea.
- Vous êtes, après tout, le sujet principal que je vais étudier durant ces prochains mois. Et si mon aide n'est pas requise ailleurs, vous êtes la seule matière sur laquelle je vais me concentrer.
Le survivant jeta un coup d'œil par-dessus son épaule, étudiant furtivement son expression. Cette ligne irrégulière lui traversant le visage du haut de son sourcil jusqu'à la base de sa pommette, lui donnait un aspect plus dur que par le passé. Pourtant, il ne semblait pas y avoir trace d'émotion sur ses traits et dans son ton. Ni de doute. C'était troublant de voir que, malgré l'indifférence qui avait à présent gagné cet homme, il restait toujours son point de mire.
A quel point sa capacité à ressentir avait-elle vraiment été affectée ? Était-ce des loyautés passées qui le menaient toujours dans cette direction ? Et pourquoi n'était-il pas plus fort et voulait-il à toux prix saisir tout ce qu'il pouvait lui offrir sans trop se soucier de savoir si cela était moralement correct ?
- Ce que Pomfresh m'a dit est bien certain, alors ? Vous êtes débarrassé de ce cancer magique ?
Dont vous n'avez jamais pris le temps de me parler.
Mais les reproches ne lui avaient jamais paru aussi inutiles qu'aujourd'hui. Et s'il était terriblement soulagé de savoir que sa vie n'était plus en danger, il ne faisait que retarder d'un instant le moment de son choix.
- L'explosion a été matériellement dévastatrice mais les éléments brassés chargés de magie ont, en effet, produit une inattendue vague régénératrice. Je n'ai plus donc qu'à focaliser mon attention sur votre guérison.
- Votre rat de laboratoire, hein ? dit-il avec un léger sourire.
Le maître des potions hocha imperceptiblement la tête, saisissant la référence, n'y liant probablement plus toutes les émotions qui s'y rapportaient.
Harry s'assit à nouveau à ses côtés et se mit à l'observer. Sa guérison. S'il y avait bien une personne capable de le libérer de cette magie qui rongeait son corps, voire même de celle qui rongeait son esprit, c'était bien lui. S'il avait été un rien plus égoïste, il aurait été parfaitement satisfait. Il allait y consacrer tout son temps. Comme il le soupçonnait, Rogue n'avait aucune intention d'essayer de changer sa situation. Alors, peut-être…
Peut-être était-ce à lui d'agir.
Que ce soit dans l'ombre ou au grand jour, l'homme le soutenait depuis longtemps. Et quelle récompense recevait-il ? Un esprit altéré qui lui refusait l'accès à ses propres émotions.
Non.
Même si cela devait faire remonter à la surface de dérangeants sentiments, de la colère ou de la rancune, il ne se contenterait pas d'attendre et d'observer. Au-delà de ses propres sentiments et de ce que ce sorcier méritait, c'était aussi la bonne chose à faire, une décision que tout ses regrettés amis auraient approuvé, et qu'il ne se sentait étrangement pas contraint à prendre.
Harry hésita un bref instant puis posa sa main sur celle de Severus Rogue. Un éclair de surprise passa dans ses yeux. Il ne rompit pas le contact.
- Que diriez-vous d'un appartement ? Ou une maison, peut-être ? Mais il nous faudra une bonne connexion au réseau de la poudre de Cheminette, la désartibulation, très peu pour moi. Que pensez-vous de…
A suivre…
J'ai beaucoup hésité à poster la première partie... et, oui, même à ce stade, ils ne sont pas encore tout à fait au bout de leur peine... ^^'
Hmm... donc, il ne reste plus qu'un épilogue en principe, du point de vue de Severus et dont l'écriture est déjà entamée ;)
Ensuite, il devrait y avoir une courte seconde partie de 4 ou 5 chapitres (dont j'ignore la longueur) pour, quand même, leur laisser une chance d'aller un pas plus loin dans leur relation (en principe, je posterai une note en 'nouveau chapitre' afin d'avertir ceux qui sont abonnés aux alertes de cette histoire).
J'espère en tous cas que vous continuez à apprécier votre lecture malgré tous les petits défauts de cette histoire x)
Sur ce, à bientôt !
