21 Novembre 1978

Manoir des Rosier, Londres, Angleterre.

Evan l'avait allongée sur son lit, il avait enlevé sa robe, il avait pansé ses plaies. Elle ne sentait pas son bras gauche. Son épaule était enserrée dans un étroit bandage. Le temps de faire venir un médicomage en toute discrétion. Son masque de Mangemort était brisé et écaillé de sang. Evan en caressait les contours, il le touchait comme si ses doigts pouvaient faire disparaitre la défaite. Il la regarda. Un voile l'empêchait de voir clairement son visage. Était-il déçu ? Elle avait été faible.

« Mais je l'ai tué…

- Comment ? Qui ?»

Oui, elle avait achevé le journaliste. Elle avait accompli la mission. Elle n'avait pas complètement failli. Il pencha son visage près du sien, sa main effleura ses lèvres, redessina ses cicatrices, caressa ses cheveux. Elle sentait son souffle sur sa joue, le matelas affaissé là où il était assis, la chaleur de son corps qui irradiait vers elle.

« Repose toi maintenant.»

Il se redressa et sortit sans un mot de plus. Et ses yeux si sombres qui jaugeaient sans cesse. Mais qu'est-ce qu'il croyait ? Qu'est-ce qu'il voulait ? Elle avait fait ce qu'il fallait, elle avait fait ce qu'elle pouvait. Elle n'était pas faible ! Mais qu'est-ce qu'elle croyait ? Evan n'avait de goût que pour la réussite. Comme elle. Il ne voulait que la force. Comme elle. Il ne visait que la gloire. Et elle, qu'est-ce qu'elle voulait ? La même chose. Et entre lui et elle, elle savait que celui qui était le plus déçu par sa défaillance, c'était elle. Elle ne permettrait pas la critique, il n'avait rien à lui dire. Elle ne lui était pas inférieure. Elle seule jugeait. La porte se referma. Il avait laissé une unique bougie dans la chambre. Mara fixa sa flamme. Lentement la cire coula, douce et brûlante. Elle s'endormit.

Elle avait dû dormir à peine deux heures. Une douleur lancinante au poignet l'avait réveillée. Le maître l'a mandée. Il ordonnait sa présence immédiate. L'appel se faisait de plus en plus fort, le Lord n'attendait pas. Elle alla à lui.

25 Décembre 1978

Manoir des Rosier, Londres, Angleterre.

Pour cette nuit de Noël, tout respirait le faste chez les Rosier. Ici, richesse, pouvoir, pureté. Lumières étincelantes, étoffes précieuses, argenterie fine, robes coûteuses. Elle se sentait parfaitement à l'aise. Elle était ici chez elle. Maîtresse incontestable du monde qui émergeait. Future reine de la lignée Rosier. C'était ce que tous ceux autour de la table pensaient. Elle était une fiancée prometteuse. Noble sang-pur et Mangemort criminelle. Soldat sans faille pour accomplir les idéaux du Maître. Quand tous fuyaient, elle l'avait tué, ce traître à son sang, ce journaliste de bas étage. Le maître l'avait félicitée. En peu de temps, elle avait fait ses preuves. Des preuves remarquables.

Evan la regarda, fier. Sa fiancée était un beau joyau sanglant. Un pierre acérée, taillée pour trancher. D'apparence impassible, d'actes inflexibles. Mara savait ce qu'il pensait, non il ne s'était pas trompé, il avait choisi une épouse qui présenterait toutes les qualités qu'il espérait. Et en même temps, cette légère faiblesse, dont elle ne faisait preuve que dans leur lit et qui lui promettait sa souveraineté de mari. Bien sûr qu'il n'avait pas oublié qu'elle s'était écroulée dans ses bras, qu'il avait dû la consoler, qu'elle avait présenté des faiblesses de cœur face à son frère. Mais qu'importe pour Mara, cela n'avait pas d'importance, qu'il croit ce qu'il veut, elle ne voulait plus penser à ses défaillances, il serait toujours là pour être son rempart, par sa constance, par son amour camouflé. C'était parfait. Ils étaient fait pour s'aimer, dans l'orgueil.

Elle ne l'en aimait que plus dans cette brutalité, dans cette attitude qui l'enfermait dans un cercle vicieux.

31 Décembre 1978

Domaine des Morel, Anglesey, Pays de Galles.

« Je ne pourrais pas rester ce soir.»

Ils étaient près de la falaise qu'ils affectionnaient, face aux vents qui les fouettaient, glacials. Evan serré ses épaules, âtre exalté.

« Pourquoi ?

- Le maître m'a confié une mission. Avec Yaxley et Nott. Je serai bientôt ton égal.

- C'est bienQui ?

- Un homme qui fait parti de l'Ordre… Et toute sa famille par la même occasion.

- Tu mérites de montrer tes compétences au Maître.

- Je viendrai souhaiter la bonne année à tes parents demain.

- Oui, tant pis pour ce soir.»

Les événements se précisaient. Les Mangemorts étaient de plus en plus actifs. Elle, continuait de jouer son rôle. Le Pacte travaillait pour Voldemort. Les affaires étaient fructifiantes.

L'année 1979 serait prometteuse.