Une fois, la croix celte passée, je me concentre pour transplaner à l'entrée du territoire du peuple des Serpents. Quelques instants plus tard, je me tiens devant deux colonnes d'albâtre blanc, et délicatement sculptées de serpents s'entremêlant, marquant la frontière entre le monde sorcier et le monde du peuple des Serpents. D'un pas décidé, je passe les colonnes et pénètre sur mon territoire.

A perte de vue, je ne vois que des champs où des Grands Etres travaillent, au loin, sur la colline, je distingue une ville, la ville principale du peuple des Serpents, Kissa la magnifique. Un sort murmuré et ma robe de sorcière noire, se transforme en robe antique rouge sang laissant mes bras découverts et surtout le tatouage de Sansseur apparaître pour me faire reconnaître auprès de mon peuple. C'est les enfants des Grands Etres, aidant leurs parents aux champs, qui m'aperçoivent en premiers pendant que je suis le chemin qui serpente entre les terres vers la ville. Au rythme de mes pas, une foule augmente derrière moi et m'accompagne vers la porte de l'enceinte qui entoure la cité. Aux créneaux des remparts, la population est en liesse et m'accueille telle une reine. A la porte des remparts, l'élu des Petits Etre et celui des Grand Etre m'attendent.

Dans le peuple des Serpents, il y avait trois races, le Petits Etres, les Grand Etre et les Nobles. Les Petits Etres comme Sousse, sont des êtres de forme humaine, de petites tailles et de constitution frêle, les personnes ne les connaissant pas ces êtres, les prennent souvent pour des enfants. Ils ont toujours une ou plusieurs caractéristiques reptiliennes, des pupilles en forme de fente, une langue fourchu, des crochets avec ou non du venin et des zones du corps recouverte d'écailles. Ils ont leurs places dans tous les métiers qui nécessitent doigtés, précisions et délicatesse ou dans les métiers d'entretien de maison.
Les Grands Etres, sont des êtres taillés pour les travaux rudes ou de guerre, de grande taille et de forte carrure. Ils ont tous des yeux jaunes aux pupilles fendues, une langue fourchue et des crochets empoisonnés qui n'hésitent pas à utiliser sur leurs ennemis et surtout des écailles qui commence en haut du front, descendant à l'arrière du crâne, dans le cou et recouvrant une grande partie du dos.
Et enfin, les Nobles, ils avaient eu la place la plus important dans la société des Serpents. Ils avaient dirigés le peuple, l'armée et la religion. Mais pour sauver le peuple des Serpents de l'esclavage des sorciers, ils avaient pris place dans l'autre monde laissant aux Petits Etres et aux Grands Etres, la difficile tâche de se diriger. Ils s'étaient organisés en conseil élu par le peuple et depuis plus de deux cent ans ce système marchait sans aucun heurt.

-Nous sommes heureux de vous voir Princesse, prononce le Petit Etre. Je suis Ssiste, représentant suprême du conseil des Petits Etre et voici Tarsse, représentant suprême du conseil des Grands Etres.
Et dans un bel ensemble, les deux personnage mettent leur main droite sur leur cœur et s'inclinent devant moi. Je leur rends leur salut.
-Moi aussi. Pouvez-vous réunir les conseils, j'ai à vous parler et s'il-vous-plait, appelez-moi Jade.
-Bien Jade.
Je les vois donner des ordres à leurs escortes puis ils me font signe de les suivre. Nous cheminons dans les rues en pentes douces pour nous diriger vers le sommet de la cité où le palais domine la ville. Les rues pavées étaient bordées de maisons de trois à quatre niveaux aux couleurs ocre et rouge réchauffant les pierres grises des pas de portes et le noir ardoise des toits. A chaque fenêtre, devant chaque porte, la population de la cité me salue et m'acclame. Je ne m'attendais pas du tout à cela.
-Je vois que vous paraissez étonné de l'accueil que vous réserve la foule, commence Tarsse en ralentissant le pas pour se mettre à ma hauteur.
-En effet, j'aurais cru…
-Le peuple n'oublie pas le sacrifice que les nobles et le roi ont fait pour nous permettre de rester libre, et surtout, même si nous avons la capacité de nous gouverner, vous restez notre Princesse et aux fonds de nos cœurs, nous espérons qu'un jour, vous pourrez reprendre votre vraie place.

Me voilà dans la salle du trône où tranquillement les membres des deux conseils prennent place sur des chaises disposées devant l'estrade et le trône où Tarsse et Ssiste m'ont forcé à m'installer dedans et franchement je me sens pour l'instant pas très à l'aise. Quand toutes les chaises sont occupées, je me lève et commence à expliquer la situation dans le monde sorcier et ce que j'essaye d'organiser pour aider à tuer Voldemort. A la fin de mon discourt, je me rassois sur le trône de bois sans ne plus ressentir mon malaise dans cette position dominante. Un Grand Etre se lève, la main droite sur son cœur, il s'incline devant moi.
-Lissgne, chef des armées. Je vais désigner quelques-uns de mes hommes pour vous aider à entraîner les membres de votre armée, Princesse. De plus, je vais intensifier les entrainements de notre propre armée et nous mettre en état d'alerte. Enfin, Princesse, vous pouvez compter sur l'armée lors de l'affrontement.
-Merci Lissgne.

A cet instant, un soldat entre et se précipite vers le chef des armées qui reprenait place sur son siège. Je les vois échanger des propos à voix basses, puis le soldat quitte la salle rapidement. Le chef des armées se redresse.
-Le serpent des ténèbres vient d'envahir notre territoire. Nous avons pu arrêter le flot des envahisseurs en dressant les barrières de protection, mais il y a une centaine d'être sur la plaine prêt à nous attaquer. La garde de Kissa est prête à attaquer, les dragonautes vont arriver ainsi que la grande armée.
Plusieurs membre du conseil des Grands Etres se lèvent me saluent rapidement et quitte la salle pour prendre, je suppose, leur poste auprès de la garde.
-Je dois aussi vous laisser, Princesse. Je vais prendre place à la tête des attaquants, précise Lissgne.
Quelque chose au fond de moi, se réveille. Une puissance que je ne connais pas, une envie de me battre que je n'ai jamais eu aussi intense. Je dois combattre, je dois défendre mon peuple.
-Bien ! Je vous suis.
-Excusez-moi, Princesse. Mais je pense que vous devriez rester au palais.
-Je pense, moi, que je dois prendre ma place auprès des armées comme tous mes ancêtres l'ont fait avant moi.
-Mais Princesse.
Je lui envoie mon regard le plus noir, et j'ai le bonheur de voir un être de deux mètres de haut, trembler sous ce regard. Faut dire que j'ai été à la bonne école. Merci papa.
-Bien, Princesse. Je vais vous faire parvenir de quoi vous battre.
-Merci.

Me voilà à côté Lissgne, vêtu de cuir et de métal, une épée à la main et franchement je me demande ce que je fais là. J'ai les mains humides, l'estomac retourné mais mes pieds ne veulent pas fuir. Alors je reste ici, me demandant comment je vais pouvoir me servir de l'arme que l'on m'a donnée en me précisant que certaines créatures ne peuvent être tuées par magie. Tuer, je crois que c'est ce verbe-là qui m'a fait monter mon angoisse. Il ne s'agit plus en effet de jeter quelques sorts pour perturber mon ennemi comme j'ai pu faire au ministère. Non, je vais être dans un vrai affrontement avec du sang, des cris, des blessés et des morts. Merlin ! Pourquoi j'ai voulu être là.
-Parce que c'est ta place. N'est pas peur Jade, le sang des nobles du peuple des serpents coulent dans tes veines et sera diriger tes pas.
Les paroles de Sansseur dans ma tête m'apaisent et la main de Lissgne sur mon épaule me donne du courage.
-Prête Princesse.
Je préfère acquiescer d'un signe de tête, j'ai peur que ma voix me trahisse. Et d'un même mouvement, nous dressons notre épée vers le ciel, pour l'abattre vers nos ennemis l'instant suivant. Le combat commence.

Je me sens complètement perdu au départ, certes je jette des sorts mais aucun qui blesse, qui tue, seulement ceux qui déroute et stop quelque temps la personne. Je ne peux pas blesser, tuer, c'est impossible, je ne m'en sens pas capable, pourtant quand je croise un regard glacial derrière un masque de mangemort, une haine féroce me submerge et d'un geste, je transperce le corps de Lucius Malfoy avec mon épée pour la retirer aussitôt. Je le vois s'écrouler à genoux, porter ses mains à la blessure au ventre ne comprenant pas ce qu'il lui arrive. Dans un dernier sursaut de lucidité, il cherche sa baguette qu'il a lâchée pour essayer de se soigner mais la mort le fauche avant que ses doigts rencontrent celle-ci. Je n'ai pas le temps de m'appesantir sur l'acte que je viens de faire, un vampire m'attaque. Pour moi, la suite du combat n'est qu'un mélange de couleurs flous, de bruits mélangeant le choc des armes, les sortilèges prononcés, les cris de rage, les cris de douleur. Je n'ai pas vu les dragonautes arriver, ni le reste de l'armée, je suis incapable de dire qui j'ai tué, qui j'ai blessé. C'est la main de Lissgne sur mon épaule, qui me fait sortir de ma transe pour me plonger dans le cauchemar de l'après bataille. D'un seul coup, l'odeur du sang et de la mort me porte au cœur et je me retrouve à genoux au milieu du champ de bataille à vomir tripes et boyaux et à pleurer hystériquement.

Je reprends lentement contenance et me redresse. Lissgne me tends une gourde que je prends avec reconnaissance. Je bois une première gorgée, que je recrache essayant d'enlever le goût acre présent dans ma bouche, puis je bois goulument l'eau fraiche pour réhydrater ma gorge sèche. Je rends la gourde au chef des armées.
-Merci.
-Vous vous êtes bien battu, Princesse. Vous êtes une très bonne guerrière.
Je ris jaune.
-Je ne pense pas qu'une guerrière vomit après chaque combat.
-Vous savez Princesse, nous ne sommes que des êtres vivants et il arrive un jour même au meilleur d'atteindre ses limites.
-Si vous le dites.
-Je ne suis pas une personne qui aime faire de la diplomatie, j'ai plutôt l'habitude de dire les choses directement. Vous avez bien combattu aujourd'hui, vous avez prouvé votre valeur. C'est vrai vous avez craqué, mais c'est normal, Princesse, c'est votre premier combat. Vous savez, moi, à mon premier combat contre des loups-garous, je suis resté tétanisé au milieu des combattants. Je dois ma vie à mon supérieur qui est resté près de moi pendant tout le combat. Croyez-moi Princesse, vous méritez le titre de guerrière. Venez, il faut soigner votre bras.

C'est à ses paroles que je réalise que j'ai une vilaine plaie sur mon bras qui saigne abondamment. Je me sens d'un seul coup toute faible et lentement je sombre dans l'inconscience.