Comme pour le précédent, on se répète le mantra


25

Ils marchèrent tranquillement dans les rues de Godric's Hollow. Harry écoutait avec attention Sirius lui raconter ses souvenirs avec les Potter. Son cœur saignait de savoir que quelqu'un d'autre que lui avait pu vivre avec ses parents alors qu'il devait se contenter de récits. Dans le même temps, il était radieux d'avoir enfin ce qu'il espérait depuis tant d'années, qu'on lui parle de James et Lily, qu'on lui dise qui ils étaient.

– Ta mère adorait cette boulangerie, fit Sirius en désignant le commerce en question. Je me suis toujours fait la réflexion qu'ils avaient dû acheter leur maison dans ce bled un peu paumé à cause de cette boulangerie. Elle se promenait tous les jours dans ces rues. Elle connaissait Godric's Hollow par cœur. Tu l'accompagnais en poussette assez souvent. Ou dans ton landau quand tu n'étais qu'un bébé. Je crois qu'elle aimait quand les gens s'arrêtaient pour te regarder et la complimenter. Pas parce qu'elle était superficielle, loin de là, mais parce que les mamans adorent quand on s'extasie devant leur enfant. Elle ne dérogeait pas à la règle.

Harry sourit puis il voulut en savoir plus sur ses parents. Leur lieu de naissance, leur enfance, leur adolescence. En fait, il avait tellement de questions qui tourbillonnaient dans sa tête qu'elles se bousculaient, rendant ses idées assez peu claires. Alors, il laissait Sirius parler, répondre sans le savoir.

– Pourquoi ils ont choisi cet endroit ? Je veux dire... Ils n'étaient pas d'ici.

Il n'avait vu aucune tombe portant le même nom que lui hormis ses parents.

– Après le lycée, ton père et ta mère ont voulu faire le tour de l'Angleterre. C'était avant de se marier et pour savoir s'ils étaient faits pour vivre ensemble. Ils sont passés par ici et James est tombé amoureux de ce village sans savoir qu'il était plus ou moins originaire de Godric's Hollow par ses grands parents paternels. De ce qu'on m'a dit, les Potter ont un caveau dans le cimetière. C'est une vieille famille de la région, assez connue. Tes arrières grands parents sont partis pour Londres. C'était des bijoutiers réputés déjà à l'époque mais ils ont acquis une renommée assez conséquente en s'installant dans la capitale.

C'était donc le berceau familial, là où ses ancêtres Potter avaient vécu. Pour la première fois de sa vie, Harry eut vraiment l'impression d'être chez lui, de rentrer à la maison. Il n'était pas un étranger ici.

– Ton père est né à Londres. Ta mère, elle, vient d'un petit bled du nord de l'Angleterre. Carbone-les-Mines, qui ne paie pas de mine, crois-moi.

Sirius ricana à sa blague et Harry ne put que faire de même alors qu'il était loin de la trouver drôle. C'était simplement que le rire de son parrain était assez communicatif.

– Et vous ? Vous êtes né où ?

– Pareil, à Londres. Dans la noble et très ancienne famille Black.

Le ton était mordant, amer, cynique. Harry en fut surpris.

– Si tu veux mon avis, cette famille est timbrée et il est bien temps qu'elle s'éteigne définitivement. Parfois, je me dis que... que quelqu'un aurait mieux fait de tous les éliminer et garder James et Lily en vie. C'est cruel mais c'est ce que je pense.

– Vous...

– Je les détestais. Je les déteste toujours avec leurs idées rétrogrades, leurs besoins de grandeur et de reconnaissance. Ils en étaient là à contempler avec regret la gloire de leur famille. Parce qu'il faut souligner que mes parents sont cousins.

– Quoi ? !

– Pas des cousins directs mais ils ont les mêmes arrières-grands parents. Et après on s'étonne de leur folie. Je pense que plus d'un Black est en réalité cousin avec son mari ou sa femme. Enfin bref. Mes parents ont eu deux fils. Ô joie. Je suis l'aîné et le raté de la famille. Mon frère, Regulus était l'enfant parfait.

Harry eut un instant de surprise. Il se souvenait parfaitement d'avoir rencontré un Regulus lors de la fête de Noël quelques mois auparavant. Il était presque certain que c'était le même Regulus. Ce genre de prénom ne courait pas les rues et encore moins associé au nom Black. Cependant, comme Sirius était parti sur sa lancée, le jeune homme s'abstint de l'interrompre.

– Il adhérait aux idées débiles de papa et maman. À onze ans, j'ai demandé à être en pension même si on habitait pas loin de l'école. J'ai rencontré ton père là-bas, ta mère et Remus. James, Remus et moi sommes devenus amis. On faisait les quatre cent coups. Ton père était un farceur dans l'âme, Remus était le cerveau du groupe, plus sage et raisonnable que nous deux réunis. Et moi, j'étais la tête brûlée. Honnêtement, sans ton père et Remus, je serais sans doute mort aujourd'hui. James est en quelque sorte celui qui m'a sauvé quand mes parents m'ont mis à la porte à seize ans. C'est sa famille qui m'a recueilli, logé, nourri, habillé alors que j'aurais pu finir à la rue. Je ne pourrais jamais assez les remercier pour tout ce qu'ils ont fait pour moi depuis toutes ces années.

Un silence relatif suivit. Harry ne savait pas quoi dire. Devait-il faire mention des Black ou se taire ? Question légitime au vu de l'amour que portait Sirius pour sa famille.

– J'ai fait la connaissance de votre frère je crois, fit-il enfin. J'ai rencontré aussi vos parents et... vos cousines.

Sirius tourna légèrement son visage vers lui, étonné.

– Oh. Quand donc ?

– À Noël. Severus, comme chaque année, organisait un genre de réception à Poudlard. Et tout le monde était invité. C'est Lucius Malefoy qui s'est chargé des présentations.

– Ah. Je comprends la raison de leur présence là-bas. Alors ils sont encore en vie. La mauvaise graine ne meurt pas facilement apparemment. Navré, soupira Sirius. Je ne devrais pas parler de la mort aussi aisément. Mais ils m'ont tellement pourri la vie... Tu as donc eu l'immense honneur de les rencontrer.

– Immense, immense... c'est vite dit. Moi qui pensais que Malefoy avait un balai dans le cul la première fois où je l'ai vu, j'ai vite compris qu'il était plus relax que les autres. J'avais jamais vu des personnes aussi...

– Coincées du trou de balle ? proposa Sirius.

– Oh ouais et encore, j'ai vu des culs plus détendus. Ils étaient tous avec la bouche pincée. On aurait dit qu'ils venaient de renifler de la merde. Y avait que votre frère qu'était... qu'était sympa en fin de compte. C'est le seul avec Malefoy et sa femme à avoir dansé. Les autres... ils étaient tous dans leur coin. Putain, je vous jure que quand on m'a présenté, ils m'ont touché le bout des doigts comme si j'allais les contaminer. Ils ont souri quand Sev leur a parlé. Mais moi, j'étais juste de la merde et encore, c'est pas sympa pour la merde.

Il jeta un rapide coup d'œil à son voisin qui ne semblait pas plus étonné que cela. Une chance que son parrain ne soit pas comme sa famille, homophobe et profondément attachée à des valeurs qui remontaient à des siècles. Ils avaient peut-être le même sang mais étaient bien loin de penser de la même façon.

– Le fait d'être dans un bal populaire n'a pas dû leur plaire, avisa Sirius. Ils préfèrent les réceptions fastes avec des gens de la haute société. Poudlard est peut-être une principauté sauf que, au risque de te vexer, c'est la campagne et les nobles de là-bas... beh ce sont des nobles de campagne.

– Oh moi ça me vexe pas. Je m'en contrefous un peu. Je viens de la rue alors même les campagnards ont plus de bonnes manières que moi. Je suis juste pédé et on m'a présenté comme le fiancé du prince. Ça en a coupé la chique à plus d'un.

– Ça ne fait aucun doute. Ils sont...

– Homophobes, ça, c'est clair vu comme ils m'ont regardé quand Sev leur a dit qu'on allait se marier. Je les ai même entendus se dire qu'ils allaient essayer de convaincre Narcissa de se tirer, de pas rester dans ce pays où tout partait finalement à vau-l'eau.

De nouveau Sirius éclata de rire. De ce rire si ressemblant à l'aboiement d'un chien.

– Putain elle est bonne celle-là ! Eux qui étaient si fiers que leur petite fille chérie soit née à Poudlard, voilà qu'ils doivent s'en bouffer les doigts.

Harry s'écarta légèrement en avisant le regard un peu fou de son parrain.

– J'en ai entendu parler de cette histoire. Pendant des années j'ai eu le droit au refrain « regarde ta cousine, elle va épouser un bon parti à Poudlard et sera quelqu'un. » Ils encensaient Poudlard, le fait que ce soit une Principauté, droit du sol et blablabla. Avec Reg, on en pouvait plus d'écouter toujours les mêmes conneries. Résultat, Cissa s'est mariée avec un Malefoy qui est proche du prince, à ce que j'ai entendu dire.

– Ouais, un de ses conseillers. Un peu gonflant et pète-sec mais en soi, il est plus cool que les parents de sa femme.

– Donc elle est quelqu'un. Sauf que le patron de son mari est gay.

– Non, Sev est pas gay. Moi oui, lui, avant moi, il était hétéro, fiancé. On lui a un peu forcé la main à plaquer sa nana pour moi. J'vous jure qu'il a mis le temps avant de le digérer.

Sirius l'arrêta au beau milieu d'une petite rue déserte récemment goudronnée, entourée de murs de maisons en bon état. Visiblement toutes les habitations de Godric's Hollow avaient vu leur façade être remise à neuf.

– Comment ça, il n'est pas gay ? Mais... enfin pourquoi il t'a épousé alors ?

Harry secoua la tête. Il aurait mieux fait de se taire, encore une fois. Dire que c'était à cause d'une prophétie était... stupide. Personne ne le croirait. Les événements surnaturels étaient souvent discrédités même par les plus fervents partisans de l'incroyable. Seuls les Poudlariens avaient eu vent de ses capacités et de la véritable raison de cette union.

– Contrat, tout connement.

– Tu l'as... laissé, affirma plus qu'il ne le demanda Sirius. Tu n'es pas simplement en vacances, tu t'es carrément barré de Poudlard. C'est ça ?

– Ouais, souffla Harry avant de se remettre à marcher.

Il prit une profonde inspiration et ferma les yeux tout en avançant.

– Tu ne voulais pas vraiment partir, n'est-ce pas ?

– Non. Sauf que j'avais pas vraiment le choix comme lui l'avait pas vraiment eu non plus en devant m'épouser.

« Ton travail est terminé. » Cette phrase résonnait encore et encore dans son esprit.

Pourquoi les larmes menaçaient-elles de revenir ? Pourquoi n'arrivait-il pas à oublier la bouche de son amant sur la sienne, ses mains caressant son corps, sa présence en lui, sur lui, autour de lui ?

Cela faisait à peine vingt-quatre heures qu'il avait quitté Poudlard sans un regard en arrière mais des regrets plein la tête. La veille de son départ, juste avant de se mettre au lit, son mari ne l'avait même pas embrassé. Il s'était contenté de s'étendre sur le matelas, rabattre les draps et prononcer ces mots, poignardant Harry en plein cœur.

– Bref, je suis parti et ça s'arrête là. Maintenant je suis libre de vivre ma vie. Papa voulait faire quoi quand... il était encore là ?

Si Sirius fut décontenancé par la question et le changement brutal de sujet, il n'en montra rien.

– Après leur tour de l'Angleterre, ils avaient décidé de se marier, de trouver une maison et de fonder une famille. James avait pour ambition de reprendre la joaillerie. Il avait été formé par son père et avait un goût très sûr.

– Et maman ?

– Elle voulait aller à la faculté pour étudier l'histoire médiévale. C'était sa passion. Tu es arrivé peut-être un peu tôt pour eux mais ils étaient tellement heureux que tu sois là qu'au final, Lily avait décidé de reporter ses études à plus tard. Elle n'a jamais intégré la faculté.

Elle était morte avant. Sirius ne le dit pas mais il sembla résonner dans l'air.

– Pourquoi vous avez choisi l'hôtellerie ? murmura Harry.

Black sourit. Un sourire tendre.

– Quand il a fallu penser à mon avenir, je ne me voyais rien faire du tout. C'est Lily qui m'a un peu donné cette idée quand on a parlé une fois d'un hôtel dans lequel on avait été tous les quatre. Il ne payait pas de mine et tu devais débourser des sommes astronomiques pour un service minable. J'ai passé trois jours à pester. Jusqu'à ce que ta mère me colle une claque derrière la tête et me dise qu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Je sais que j'avais toujours été plus ou moins celui qui agençait les choses. La maison de tes parents, par exemple, c'est moi qui ai conseillé tes parents. James m'a dit en rigolant que je pourrais faire décorateur d'intérieur. Étrangement, j'ai pensé à l'hôtellerie. C'est comme ça que je suis tombé dedans. James m'a dit qu'il allait me prêter de l'argent pour mon hôtel. Je lui ai rétorqué qu'il fallait d'abord que je finisse les études que je n'avais pas encore commencées, que je sois un investissement rentable. Il n'en a pas démordu. Je pense souvent que ta mère était un brin têtue mais ton père était... pire encore.

Étrangement cela rassurait un peu Harry de voir qu'il avait pris quelque chose de ses parents. Severus lui répétait souvent qu'il était borné et que lorsqu'il avait quelque chose dans la tête, il ne l'avait pas ailleurs. Au moins, le jeune homme savait d'où cela venait.

– Je peux vous poser une autre question ?

Rien que cette demande était incongrue. Harry en avait terriblement conscience. Jusque là, il avait osé. Parce que cela concernait ses parents. Cette fois, cela le concernait lui et comme à chaque fois, il hésitait.

– Bien sûr.

Harry souleva sa frange et dévoila son front marqué d'un éclair.

– Je l'ai eue comment ?

– Je ne sais pas. Personne ne sait. Tu es né avec. James plaisantait en affirmant que c'était le résultat de son coup de foudre pour ta mère.

Cette « cicatrice » faisait donc partie de lui depuis sa naissance. Ce que son père disait pouvait être une explication. C'était capillotracté mais depuis que Harry avait vu de quoi il était capable, il était prêt à croire à peu près tout. Sauf les invasions d'extra-terrestres.

– Parlez-moi encore de mes parents, le pria Harry en croisant les bras.

Il n'en fallait pas plus à Sirius pour raconter des souvenirs, des anecdotes qui firent sourire le plus jeune qui l'écoutait avec avidité. Il se sentait bien avec son parrain. Comme s'il l'avait toujours connu. Avec lui, son père était un peu là.

Si quelqu'un avait demandé à Harry comment il décrirait James, en cet instant il aurait dit sans hésitation qu'il le verrait comme Sirius. Au fond de lui, Harry espérait que son père serait ainsi s'il était toujours de ce monde.

– Vous croyez que...

– Tutoie-moi, je t'en prie. J'ai l'impression d'être un vieux. Je n'ai que quarante-deux ans !

Harry sourit pendant quelques secondes avant de retrouver un air sérieux, voire inquiet.

– Ok. Tu crois que si papa était encore vie, il serait... fier de moi ?

– James t'aimait. De façon inconditionnelle. Peu importe tes choix, je crois qu'il aurait été fier de ce que tu es devenu.

– Même si je suis... gay ?

– Même si tu aimes les hommes. J'en suis convaincu. Oh, je doute qu'il aurait réellement sauté de joie si tu le lui avais annoncé mais... ta mère se serait chargée de le convaincre et il aurait fini par s'y faire.

– Parfois je me dis que... qu'ils ont honte de moi. Maman m'a dit qu'elle serait toujours fière de son fils mais... j'étais pas loin de la mort alors c'est comme si je délirais totalement.

– Je suis certain que si elle te l'a dit, c'est que c'est la vérité, Harry.

Sirius l'arrêta au milieu de la rue. Ils avançaient lentement, sans se presser. Ils n'avaient pas parcouru beaucoup de chemin, la place était à une petite cinquantaine de mètres derrière eux.

– Tes parents t'aimaient et où qu'ils soient, ils t'aiment toujours. Peu importe ce que tu as fait de bien ou de mal, que tu te sois vendu pour avoir un peu d'argent afin de survivre, que tu aimes les hommes, tu aurais pu tuer quelqu'un, ils ne pourraient pas te renier. Je le sais. Parce que c'est ce que Lily m'a dit un jour, que quoi que tu fasses, tu serais toujours son bébé.

Harry fondit en larmes, se faisant la réflexion qu'il pleurait souvent ces dernières heures. Sirius l'attira entre ses bras et le berça.

Le jeune homme ferma les yeux, ses doigts arrimés au manteau de son parrain avec l'impression d'être de nouveau un enfant qui pleurait dans le giron paternel. Cette fois ce n'était pas un homme aux cheveux en bataille qui le consolait mais un autre avec des mèches bouclées attachées en catogan.

Il fallut près de trois longues minutes à Harry pour se calmer et s'éloigner de Sirius. Il s'excusa d'éclater en sanglots aussi souvent. Ce n'était pas dans ses habitudes. Son parrain lui sourit et lui fit signe que ce n'était rien.

– Allez, toi. Raconte un peu ce fameux bal. Je veux avoir tous les détails croustillants.

– De quel genre ?

Il n'allait décemment pas pouvoir raconter sa « fabuleuse » nuit de jambes en l'air avec Severus, pressentant que l'homme serait capable d'aller à Poudlard casser le nez du prince en se moquant bien de son titre et de son rang.

– Regulus. S'il n'avait pas été aussi... prompt à suivre les principes de mes parents, nous aurions pu être proches. Je crois.

– Il est sympa. Très calme. Un mur qui manie très bien la langue.

– Je suis pas certain de savoir comment je dois prendre ça. L'image d'un mur avec une langue me laisse perplexe.

Sur le coup, Harry ne put s'empêcher d'exploser de rire alors que cette image le traversa. Il fut suivi par Sirius et ils restèrent ainsi, appuyés l'un sur l'autre pour ne pas s'effondrer au beau milieu de la rue heureusement déserte.

– Oh la vache que ça fait du bien, souffla Sirius en s'essuyant les yeux.

– C'que je voulais dire, hoqueta Harry dont l'hilarité ne parvenait pas à s'en aller, c'est qu'il a renvoyé bouler ta mère.

– Dieu, finalement tu existes ! s'écria Sirius en levant les bras au ciel. Eh beh, quarante-et-un ans avant de s'émanciper de maman. Comment elle a pris ça ?

– Vu sa tronche, elle appréciait pas trop. J'crois que ton frère est marié. J'ai cru entendre qu'elle lui disait qu'il devait se trouver une autre femme parce que celle qu'il avait n'était pas bien pour lui. C'est pour ça qu'il lui est rentré dans le lard. Il lui a dit qu'il en avait rien à foutre qu'elle aime sa femme, lui l'aimait et c'était ça qui comptait. Il n'allait pas divorcer et plaquer sa vie de famille parce que sa mère pouvait pas encadrer une fille qui n'avait aucun titre.

Sirius tapa dans ses mains, aux anges.

– Va falloir que je lui écrive pour qu'on puisse se boire un verre un jour. J'aurais payé très cher pour voir ça.

Le silence revint en même temps qu'ils se remirent à marcher.

– Harry, j'aimerais te poser une question... indiscrète. Tu y réponds si tu veux. Pourquoi être parti de chez les Dursley ? Désolé. Je n'aurais pas dû te demander cela. Ça ne me regardait pas.

Si Sirius l'avait interrogé la veille ou le matin-même, Harry l'aurait renvoyé voir ailleurs. Cela avait changé lorsque son parrain l'avait consolé alors qu'il ne le connaissait même pas. Il répondit tout simplement.

– Parce qu'ils ne m'aimaient pas. Faire les corvées, jouer à la bonniche, je faisais ça depuis des années. Supporter leur indifférence, c'était normal pour moi. J'étais qu'un parasite. Sauf qu'un jour, l'oncle a voulu me cogner et là, je sais pas pourquoi, j'ai pas pu. Les punitions, les privations, je connaissais et j'acceptais. Pas le coup de poing qu'il m'a envoyé en pleine gueule. Alors je me suis tiré. J'suis allé à Londres et j'ai vécu dans la rue.

– Et là, tu t'es vendu.

– Ouais. La descente aux enfers. Au début, j'voulais pas. J'étais qu'un gamin. Les putes, ça me dégoûtait. Sauf que quand un mec qui devait avoir ton âge m'a proposé cent balles, de la bouffe et un lit contre une pipe, j'ai pas dit non. Ça faisait six mois que je crevais la dalle. J'ai chialé après. Comme un gamin. Ensuite j'ai accepté qu'on me prenne. J'ai fait la pute. J'suis tombé dans la drogue après, quand un client m'en a donné un peu. Ça m'a aidé à tenir. J'voulais m'en sortir, sauf que j'avais que quatorze piges quand j'ai commencé. Personne ne voulait d'moi. Après, sans diplômes et le fait que finalement je pouvais me payer des repas, des fringues avec ce que je gagnais... j'ai arrêté de penser à quitter la rue. C'était la seule à avoir voulu de moi.

Harry parla de ses sept ans, de la drogue, de Peter, des autres qui avaient voulu le garder, des coups, de McNair. Il parla de tout, sans se cacher, avec honte, gêne, dégoût de lui-même. Sirius savait tout de lui, de sa vie.

– Tu sais, dit finalement Sirius quand Harry se tut, tu es la personne la plus courageuse que je connaisse. Et je suis certain que, de là où ils sont, tes parents sont fiers de toi. Ils doivent pleurer de tristesse parce que tu n'as pas eu la vie qu'ils avaient espérée pour toi, mais ils sont fiers de toi. Moi-même, je le suis et tu n'es pas mon fils.

– Merci, murmura son filleul.

Sirius le gratifia d'un sourire et l'emmena comme il le lui avait promis dans le cimetière devant l'ancienne maison de ses parents. Cette dernière avait été rachetée par un couple avec deux enfants quelques années auparavant.

Elle était un peu en dehors du village, entourée d'arbres. C'était une bâtisse tout en pierres, assez basse. Comme les autres. Il y avait une grande terrasse, une vieille balançoire se trouvait sur un carré de pelouse tandis que des massifs de fleurs remplissaient le jardin, flirtant avec un potager qui regorgeaient de légumes de saison.

– Pendant des mois j'ai refusé de revenir par ici. Je ne voulais pas entendre les rires des enfants. Ça me faisait penser à ce que j'avais perdu. Ce n'était pas les tiens ni celui de tes frères ou sœurs. C'était ceux d'inconnus qui vivaient dans la maison de mes amis.

– Pourquoi t'es resté ici si chaque pierre que tu vois te faire souffrir ?

– C'est un peu chez moi aussi, répondit Sirius. Comme toi, je n'ai jamais eu de maisons. Celle de mes parents était plus une prison pour moi qu'autre chose. L'école a été pendant longtemps cette maison que j'étais obligé de quitter pour les vacances. Celle de James était mon sanctuaire, là où j'ai découvert ce qu'était la vie dans une famille. Et puis Godric's Hollow, c'est là où j'ai choisi de vivre. J'ai essayé d'aller ailleurs, revenir sur Londres pour les études. Une fois mon diplôme en poche, je suis retourné ici et là, même en l'absence de James et Lily, j'étais chez moi.

Harry se rendit compte que Sirius et lui étaient un peu pareil. Ils étaient brisés par le manque d'amour d'une famille et on leur avait enlevé la seule qui comptait vraiment à leurs yeux. Ils tentaient de se reconstruire comme ils le pouvaient.

– Je me rappelle que James avait mis cette balançoire. Il nous avait demandé à Rem' et moi de venir l'aider à couler le béton. Lily râlait parce que tu ne pourrais pas en profiter avant d'avoir au moins trois ans. Mais ton père n'en a fait qu'à sa tête. Et moi je me suis fait copieusement engueulé quand Lily s'est rendue compte que je t'y emmenais. Tu adorais ça sauf que tu ne comprenais pas le principe de se tenir. Résultat, j'étais obligé de m'asseoir avec toi sur les genoux et de te tenir, sinon c'était fini.

Ils rirent.

– Tu étais un bébé assez casse cou quand même. Tu as voulu marcher debout avant de faire du quatre pattes. Les chutes ne te faisaient pas peur et encore moins les escaliers. À neuf mois, tu étais déjà intéressé et, je dois dire que tu entamais très bien les descentes, tête la première, comme les chiens. Oh que tu nous faisais rire et James qui pestait parce que tu faisais des allées et retours pendant des heures et que lui devait rester là. Infatigable.

Harry n'en pouvait plus. Ses côtes lui faisaient mal, de même que ses abdominaux. Il était plié en deux, les larmes aux yeux.

– Ça va aller, tu vas t'en remettre ? se moqua Sirius.

– Pas certain. Je crois que je me suis fêlé une côte. Ça fait mal.

Il prit une profonde inspiration et tâta là où il souffrait théoriquement. En réalité, la douleur n'était pas importante, elle disparut assez rapidement. Ce qui l'importait, c'était qu'il riait et qu'il allait mieux.

– Ah, non. J'm'suis juste pincé un truc.

– Tant mieux. Au moins, tu n'auras pas à passer par la case Urgences. Dis-moi ce que tu veux faire.

– Faire ? répéta Harry perdu.

– Rentrer à l'hôtel ? Tu souhaites flâner dans Godric's Hollow ?

– Je sais pas. L'est quelle heure ?

Sirius tira son téléphone portable et eut l'air étonné.

– Je ne pensais pas qu'il serait si tard. Onze heures.

– Ah, je pige mieux pourquoi j'ai la dalle.

Sans se presser, ils reprirent le chemin de l'hôtel. Harry s'était réchauffé à force de marcher mais il enviait Sirius avec son épais manteau tout en regrettant celui qu'il avait laissé à Poudlard. Ce serait son prochain achat en plus de chaussures en meilleur état. Désirant éviter d'attirer la pitié sur ses vêtements en mauvais état, il chercha une excuse pour que son parrain ne l'accompagne pas.

Sur la placette, le téléphone du gérant sonna.

– Oui... oh, oui, j'arrive immédiatement... Non, surtout pas ! Je m'en charge. Il attend... Je suis sur la place de l'église, je viens.

Il raccrocha et se tourna vers Harry.

– Navré, je dois te laisser. Un client a décidé de se montrer assez... désagréable.

– Pas grave. J'avais des trucs à faire avant de rentrer de toute façon.

Une fois Black hors de sa vue, Harry chercha un magasin de vêtements. Il le trouva dans une petite rue longeant l'auberge et entra à l'intérieur. La différence de température le fit frissonner, de même que les habits suspendus aux cintres.

La boutique faisait pour les hommes, les femmes et les enfants. Il y avait à l'étage la maroquinerie et les chaussures. Exactement ce que Harry voulait.

Il commença à fouiller, pas très habitué à faire les magasins. C'était la première fois qu'il rentrait dans ce genre d'endroit, les dédaignant pour les friperies qui vendaient des vêtements à bas-prix car déjà portés. Là, il avait les moyens de s'acheter une tenue décente pour commencer une nouvelle vie. Si le temps lui permettait, il irait faire quelques autres achats notamment le nécessaire pour l'hygiène : savon, shampoing, brosse à dents et dentifrice. La nature ne l'ayant pas pourvu d'une pilosité importante au niveau du visage, il ne s'était jamais rasé. Un gain de temps selon Severus qui était obligé de barbouiller ses joues et son menton de mousse pour faire disparaître d'un coup de rasoir habile les poils drus qui avaient poussé.

Son premier choix se porta sur un manteau noir. Il en essaya plusieurs avant de prendre sa taille. Son article sous le bras, il se dirigea vers les pantalons, en sélectionna deux, se moquant de la coupe mais tentant de se souvenir de ce qu'avait dit Guipure lors de son essayage quelques mois auparavant. Il fit donc attention à ne pas prendre quelque chose de trop grand. Un tee-shirt et un pull complétèrent sa tenue et il fila en cabine pour voir si cela lui allait.

Pas regardant sur le style que cela lui donnait, Harry valida le tout. Ne restaient plus que les chaussures qu'il trouva à l'étage. Plus habitué aux baskets qu'aux belles italiennes, il en trouva une paire qui lui plut.

Armé de ses nouveaux achats, Potter passa en caisse.

– Mr, fit la vendeuse en se hâtant derrière le comptoir. Vous avez essayé ?

– Ouais.

– De toute manière, si cela ne convenait pas, vous pouvez toujours venir faire un échange sous trente jours, avec le ticket de caisse.

Elle tapota sur sa machine et le prix s'afficha devant Harry, en vert.

– Soixante-trois Livres vingt-six.

Harry dégaina sa carte. Il retint un sourire, bêtement content de pouvoir faire enfin comme tout le monde, payer avec son argent en sécurité sur un compte et non en liquide sous le regard inquiet des commerçants qui avaient peur de se faire flouer.

Une fois le code composé, la vendeuse lui rendit carte et ticket de caisse avant de mettre ses achats dans un sac qu'elle lui tendit avec un grand sourire.

– Bonne journée.

– Merci.

Décidant qu'il était l'heure de rentrer et ranger ses affaires avant d'aller manger, Harry prit la direction de l'auberge.

Dans sa chambre, le jeune homme retira ses vieilles baskets et sortit du sac ses acquisitions, retira les étiquettes puis les abandonna sur le lit. Une douche chaude s'imposait.

Ce ne fut que propre et habillé que Harry se présenta dans la salle à manger. Il avait le sentiment d'être un autre homme.

Exit le vagabond de Londres, bienvenue à Harry Potter, vingt-deux ans, futur étudiant, actuellement en vacances. Il se sentait bien. Bien mieux que lors de son séjour à Poudlard. Là-bas, malgré les vêtements, il s'était toujours vu comme le prostitué qu'il était, le parasite que Severus essayait d'initier à la vie princière. Au palais, il n'avait jamais été à sa place. Pas même dans le lit de son – maintenant – ex-mari.

Refusant de penser à Poudlard, Severus et les dernières heures qui l'avaient poussé à partir, Harry se concentra sur le présent et sur le serveur qui le mena à sa table, lui tendit un menu et s'éclipsa.

Oui, à partir d'aujourd'hui, il était un autre homme. Pas Jack Daniel's qui était mort lorsque Severus l'avait appelé par son vrai prénom. Pas Harry Rogue ni Son Altesse Sérénissime le prince Harry. Il était juste Harry Potter, une personne lambda.

Une présence se glissa en face de lui, le faisant sursauter.

– Putain, souffla-t-il en reconnaissant Sirius. Tu m'as foutu les jetons ! Préviens, bordel !

– On dirait ton père.

– Tu manges souvent avec les clients ? s'étonna Harry tandis qu'un serveur venait déposer des couverts devant Sirius.

– Juste quand ils sont importants pour moi et quand c'est mon jour de congé. Dis-moi, ça te dérange que nous soyons quatre ? L'adorable femme de Remus et leur fils sont ici.

– Bah...

– Si tu ne veux pas, personne ne va t'y forcer. Je comprendrais tout à fait que tu préfères déjeuner seul. D'autant que je m'impose un peu et t'impose des inconnus.

Pour le coup, Harry ne sut quoi dire. Il était vrai qu'il avait pensé manger en solitaire. Le fait d'avoir à supporter un enfant ou un adolescent ne le tentait pas. De même que la femme du second meilleur ami de son défunt père.

Sirius hocha la tête, lui ébouriffa les cheveux et se leva.

– Tu as raison. Il ne vaut mieux pas rencontrer le diable avant l'heure. Même si mon adorable cousine est... adorable, c'est une Black.

– C'est ta cousine ?

Lui qui avait pensé avoir rencontré toute la famille, il en découvrait encore et n'était pas certain que ce soit une bonne chose.

– La fille de la sœur aînée de Narcissa que tu n'as jamais dû rencontrer puisqu'elle vit en Écosse et qu'il est hors de question pour elle de retourner voir ses parents. Ma famille est très proche, comme tu peux le constater.

– En plus d'être nombreuse.

– Oh, nous ne sommes pas tant que ça. Et je crois bien que toi et moi avons un lien de parenté par la mère de ton père qui était aussi une Black. Nymphadora va adorer.

Harry faillit s'étouffer dans son verre d'eau. Il avait mal entendu. Personne de sain d'esprit ne pouvait s'appeler Nymphadora.

– Quoi ?

– Non, je te jure que ce n'est pas une blague. Elle s'appelle Nymphadora et déteste ce prénom, ce que je peux comprendre.

– Putain mais ta famille a des goûts de chiotte en matière de nom. J'ai toujours pensé que Harry c'était limite, enfin vous, vous en tenez une couche.

– Je te le confirme. Quand je te dis qu'ils sont tous timbrés. Tiens, la voilà. Un conseil, si tu tiens à la vie, ne l'appelle pas Nymphadora. Par contre, il faut essayer au moins une fois. La voir s'énerver est juste tordant.

À se demander quel âge Sirius pouvait avoir. La première fois, il donnait l'impression d'être un adulte de quarante ans. En apprenant à le connaître, il était plus du genre à avoir quinze ou seize ans. C'était à la fois affligeant et amusant.

Harry dévisagea la femme que Sirius salua d'un geste poli de la main. Elle semblait avoir l'âge du plus jeune malgré ses cheveux gris qui encadraient un visage doux et jovial. Elle s'approcha, traînant dans son sillage un petit garçon brun qui ne devait pas avoir plus de trois ans.

– Allez Teddy. On va manger bientôt. Bonjour Sirius, s'exclama-t-elle.

Ils étaient les seuls dans la salle à manger, ils pouvaient donc faire tout le bruit qu'ils désiraient.

– Dora.

Les deux cousins se firent la bise. Harry fut de trop et complètement oublié. Il s'enterra dans son menu afin de choisir ce qu'il allait manger. Tout lui faisait envie, à commencer par le poulet rôti, la caille et le steak.

– Harry ? l'appela soudain Sirius. Je te présente Nymphadora Lupin, la femme de Remus.

– Dora, répliqua aimablement et avec un grand sourire la jeune femme pendant u Harry se levait.

De près, elle paraissait avoir une trentaine d'année et sa couleur de cheveux n'était pas naturelle. Ses racines étaient légèrement apparentes.

– Dora chérie, voilà Harry Potter.

Au lieu de lui tendre la main, Nymphadora le prit dans ses bras.

– Je suis ravie de faire ta connaissance.

Elle le relâcha et souleva le petit garçon dans ses bras.

– Voilà Ted Lupin. Teddy, mon amour, tu dis bonjour ?

L'enfant enterra son visage dans le cou de sa maman qui soupira et lui tapota les fesses.

– Il a du mal avec les étrangers.

– Pas grave.

Lorsqu'il fut question de s'asseoir, Harry se sentit presque obligé de manger avec le petit groupe. Il avait été introduit, jouer au mal élevé n'aurait pas été correct, de son avis. Sirius lui fit un discret signe de tête, interrogateur. Le brun ne put que hausser les épaules. Aussitôt, une table et deux autres couverts furent ajoutés.

Au final, le déjeuner se passa dans une atmosphère bon enfant. Harry mangeait à côté de son parrain et en face de la cousine de ce dernier qui aidait son fils. Aucune question personnelle ne fut posée. Potter laissait les deux autres discuter, son esprit dérivant la plupart du temps pendant que son regard se posait sur les différentes peintures accrochées aux murs de la salle à manger.

Il réfléchissait à ce qu'il allait faire dans les prochains jours. Quitter avant deux ou trois jours Godric's Hollow était exclu. Harry souhaitait profiter de son parrain et peut-être rencontrer le fameux Remus qui devait rentrer le lendemain. Après cela, il désirait aller au bord de la mer. Brighton peut-être. Il n'avait jamais vu la mer de sa vie.

C'était ça sa prochaine destination. L'eau. Océan, Manche, cela n'avait pas d'importance, il irait à la mer, tremper ses pieds dans le sable puis laisser les vagues lécher sa peau. Sentir l'iode caresser son visage, emplir ses poumons.

S'il fermait les yeux assez fort, il pouvait presque s'y croire. Les conversations autour de lui avaient disparu, remplacées par le bruit des vagues.

Il se laissa aller contre le dossier de sa chaise et soupira d'aise sans s'apercevoir que Nymphadora et Sirius le regardaient. Il était bien, détendu, serein.

0o0

Les photos s'alignaient sur le sol, de même que les albums.

Quand Sirius avait parlé de quelques souvenirs, Harry avait cru avoir un simple cahier. Pas huit gros volumes pleins d'images de lui, de ses parents, de Remus, son parrain et des personnes importantes pour eux, et tout autant de photographies volantes encore dans leur boîte.

Cela faisait une heure que Harry était assis en tailleur sur le parquet du salon de l'appartement du directeur, à dévorer du regard chaque image sur laquelle il pouvait voir ses parents. Il prenait son temps, gravant dans sa tête le visage pourtant connu de Lily et James.

– J'ai des choses pour toi, annonça Sirius en déposant sur le sol une boîte en carton dont il ôta le couvercle.

Elle regorgeait de bibelots. Harry reposa le gros album qu'il feuilletait lentement et s'approcha sur les genoux de son parrain.

– Après la mort de tes parents, Remus et moi avons fait les cartons. On a vendu les meubles et certaines choses mais gardé ce qui était vraiment important pour eux comme pour nous. Des souvenirs que je garde ici, pour le jour où tu reviendrais. Ils te reviennent de droit. C'est à toi.

D'une main presque tremblante, le jeune homme sortit une petite boîte en bois vernie aux fines moulures sur le couvercle. Il la caressa du bout des doigts, comme par peur de la voir se casser entre ses mains. Avec précaution, Harry souleva le dessus. Une musique légère s'éleva dans le salon. Pour le coup, Harry faillit la laisser tomber. Il leva les yeux vers son parrain, choqué. Sirius souriait.

– Je connais ça, murmura le brun aux yeux verts.

Pour preuve, il fredonna la mélodie.

– C'était la berceuse que Lily te mettait avant de t'endormir.

Le couvercle fut abaissé puis relevé de nouveau afin que la musique reprenne. Harry ferma les yeux et se laissa porter, remonter le temps jusqu'à son enfance. Aucune image ne lui venait, aucun souvenir. Sauf celui de cette berceuse lente et délicate.

– Merci, souffla Harry, ému.

– Ce qui est là est à toi. Ce que j'ai dans un placard est à toi. Ça t'appartient. Les photos, cette boîte, certains objets... tout ce que nous avons gardé est à toi.

– Mais... enfin et toi ?

Sirius avait gardé cela pendant tant d'années. Harry ne pouvait se résoudre à le lui retirer.

– J'ai fait des doubles. Quant aux objets... ils ne me sont d'aucune utilité. Ils ne m'appartiennent pas. Il n'y a pas grand chose. Tes parents n'étaient pas matérialistes. Tout ce que nous avons conservé Rem et moi, c'est ce que James a hérité de ses parents à leur décès. Des papiers, des bijoux, quelques pierres précieuses que Euphemia, ta grand-mère paternelle aimait. Ça, c'est ton héritage et il te revient.

– Je... sais pas quoi dire. 'fin, merci Sirius.

Le petit souci était qu'il ne pouvait rien en faire, il ne vivait pas à Godric's Hollow et cette boîte l'encombrerait plus qu'autre chose s'il devait l'emmener avec lui dans son périple.

– En attendant que tu aies un endroit où vivre, tu veux que je te le garde ? proposa Sirius qui lut dans ses pensées.

– J'veux bien, ça serait sympa.

Pendant que Sirius s'installait dans le canapé, Harry resta assis par terre à tourner les pages, à découvrir des noms, des visages, des lieux. Il bénissait la personne qui avait écrit des petites légendes afin de désigner telle ou telle personne, la date.

Il retrouva la copie de la photo qu'il avait dans sa poche. C'était le lendemain du mariage de ses parents.

Tout s'arrêtait en 1981, le 16 octobre, quelques jours avant le décès des Potter. Lorsque Harry posa la question, Sirius haussa les épaules.

– À quoi bon remplir un album alors qu'ils ne sont plus là et toi non plus. C'était stupide, d'autant que c'était pour toi qu'ils ont fait ça, que la plupart de ces photos, c'était ta mère qui les prenait.

Après encore quelques minutes, Harry leva les yeux vers son parrain.

– Tu sais pourquoi ils m'ont appelé Harry ?

– Ton père. C'est lui qui a choisi ce prénom. Bizarrement, il ne voulait pas de nom qui se finissait en -y. Et quand ta mère a proposé Harrisson ou Harold, il a tranché. C'était Harry. Oui, je sais, ça se finit avec un « y ». C'était le seul qui lui convenait parmi tout ce que ta mère avait donné comme options.

Une sonnerie s'éleva. Sirius décrocha son téléphone. Harry se concentra sur les albums, écoutant d'une oreille distraite la conversation.

– Oui ?... Non, non je m'en charge... Oui Milton, j'arrive immédiatement. Désolé, fit-il à Harry. Décidément, les clients pénibles se sont donnés le mot aujourd'hui. Je te laisse. Je n'en ai pas pour très longtemps.

À peine la porte refermée sur son parrain, Harry, poussé par la curiosité, délaissa les albums, se leva et fit le tour de la pièce. Il avait regardé le salon en entrant. Il ressemblait à celui que le jeune homme avait dans sa chambre. En un peu plus grand et séparé de la chambre qui se trouvait au fond.

Sirius vivait dans son auberge. Il avait son logement mais mangeait en compagnie des clients. Une mesure de surveillance avait-il dit.

Selon Harry, cela manquait un peu de personnalisation. Peu de cadres sur les murs ou les meubles, une plante qui dépérissait dans un coin. Il n'y avait pas un gramme de poussières, tout était rangé au millimètre. Tout sauf le foutoir qu'était devenu le sol recouvert de livres de photographies, de souvenirs. Les murs étaient de couleur clair, les huisseries blanches, le parquet foncé, les tapis rouges à motifs. S'il n'avait pas vu « privé » sur la porte, Harry ne se serait jamais douté que c'était à Sirius.

Ce dernier revint cinq minutes plus tard, pensif.

– Désolé, s'excusa-t-il encore. Les gens se moquent de savoir que je suis en repos le lundi. Ça va faire quinze ans que je n'ai pas pris de vraies vacances. Je ne sais même plus ce que c'est. Mais bon, c'est ça de gérer un hôtel.

Pendant les deux heures qui suivirent, Harry se replongea dans les souvenirs de ses parents. Il était bien loin d'avoir terminé d'autant que chaque photo ou presque allait avec une petite histoire que Sirius ne se privait pas de raconter.

Ils ne quittèrent l'appartement que pour le dîner. Son parrain le laissa devant la porte de la salle à manger, prétextant du travail. Harry ne chercha pas à savoir si c'était la vérité ou non. Il fut amené à une table et s'y laissa tomber sans la moindre grâce. Il s'empara poliment du menu que le serveur lui tendait et se perdit dans la lecture.

Une ombre se glissa en face. Ce devait être Sirius qui avait pu se libérer.

– Je croyais que tu devais travailler, s'étonna Harry sans lever les yeux de la carte.

– Certainement pas quand je suis en vacances, lui répondit une voix qui le fit bondir.

Ce n'était pas son parrain.


À suivre

Ah, je pensais pas que ce serait le dernier chapitre avant demain. Oups...