Guest: Ravie que ça te plaise encore :D. C'est vrai que la fin arrive, mais c'est pas dans le but de la retarder que je cale tous ces petits passages. Non, c'est juste pour encore plus vous faire pleurer xD. non, je blague, quand même.

Eclipse1995: Bon, ben ravie alors xD. Je pense que tu vas déjà moins rire ici.

Je suis en retaaaaaaaaaaard. Je m'en excuse platement. A genoux, front dans la poussière même. Pitié, pas les tomates. Je m'en sors juste pas de mes cours xD. Je suis désolée. Puissiez vous me pardonner et apprécier.


Chapitre 25 :

Le soleil se levait sur Zanarkand, me tirant de mon sommeil agité de sombres rêves. Le visage en sueur, les yeux grands ouverts vers la naissance du jour, je pris le temps de calmer les battements incessants de mon cœur. C'était l'aube. Une belle aube illuminée de furolucioles. Une aube que j'étais une fois de plus la seule à voir. Je ne dormais que trop peu. Et pourtant, j'étais bien incapable de garder les paupières closes un instant de plus. Sinon, mes pensées me hantaient. Elles me dévoraient de leurs petits yeux avides, cachées dans les creux les plus noirs de mon crâne. J'en tremblais.

Attrapant mon visage entre mes mains, je mis quelques secondes à me redresser. Autour de moi, mes compagnons dormaient paisiblement. Il était bien difficile de croire à un Braska paisible si proche du but, et pourtant, rien sur son visage ne trahissait une quelconque panique. Comme les deux autres, il dormait d'un sommeil sans noirceur. Il n'y avait que moi qui n'y parvenait. Qui ne parvenait pas à faire la part des choses. A garder pour plus tard ce que je pourrais pleurer plus tard. Jetant un énième regard aux trois hommes endormis, je me surpris à sourire en les voyant tous tassés autour de moi. Auron et Jecht côte à côte, et Braska de l'autre côté. Nos positions de sommeil avaient bien changé depuis le début. Un peu au rythme de l'évolution de nos relations.

Levant les yeux au ciel, je me remis sur pied, avant de m'étirer comme je le pouvais. J'étais fourbue. Le voyage était long et nous épuisait. Moralement, certes, mais aussi physiquement. Pourtant, je voulais bien souffrir des millénaires durant pour peu qu'il ne se termine pas. Me lamenter d'avantage sur la mort imminente ne servait à rien, et je le savais. Mais je ne pouvais m'ôter ce poids. C'était trop me demander. C'était immorale de me dire que cela ne me ferait rien. Ils m'avaient appris trop de choses. Tous autant qu'ils sont. Et je devais leur survivre pour dévoiler aux autres ce que eux m'avaient dévoilé. Raconter à Yuna à quel point son père pouvait parler d'elle comme d'un véritable rêve.

Lâchant un soupir, je me dirigeai sans vraiment le vouloir vers le temple de Zanarkand, à quelques pas de notre position. Ses ruines dominaient littéralement cette horizon déjà parfaitement irréelle. Alors du haut de ma petite taille, il me fallut tendre le coup pour espérer le voir entièrement. Encore une fois. Je ne m'en lasserais pas. Un frisson me parcourut l'échine. Ce lieu était magique. Il y flottait une atmosphère des plus étonnante. Je la sentais lourde de colère et de chagrin, lourde de tous les malheurs de ce monde. Alors que la démone qui l'habite en est elle même responsable. Et le sera jusqu'à ce qu'on lui décroche la tête du reste, dix ans plus tard. Comme il me tardait. Je n'avais aucune envie de la revoir.

Semblant siffler autour de moi, les furolucioles s'amassèrent, tournoyèrent. Lors du pèlerinage de Yuna, elles nous avaient montré les prédécesseurs de cette dernière. Elles nous en avaient appris plus sur l'enfance de Seymour. Mais elles n'avaient pas énoncé la vérité des choses à propos du futur maître de Spyra, à mon goût. Je les trouvais bien loin de la vérité maintenant que je le connaissais comme autre chose qu'un tueur. J'en fermai les yeux, respirant calmement cette dose de magie.

Tendant la main, je fus surprise de voir les furoluciols se masser. Repliant les doigts contre mon menton, je sentis ma curiosité grimper d'un cran. Me montreraient elles mes prédécesseurs ? Un doute m'assaillit. Quels allaient être mes prédécesseurs ?

Mes yeux s'écarquillèrent, et je sursautai alors qu'un bruit de pas résonnait dans mon dos. Je n'eus même pas la force de me retourner, figée comme je l'étais. Il ne pouvait s'agir que d'un de mes compagnons. Et j'aurais préféré avoir affaire à autre chose. Car, décalée dans le temps comme je l'étais, mes prédécesseurs n'allaient pas être les mêmes que les leur.

- Rikku ?

La voix calme de Braska laissa mon angoisse monter d'un cran.

- On dit de ce lieu qu'il nous montre nos prédécesseurs, reprit l'Invokeur d'une voix tranquille.

Je ne pus retenir un cri effarée. Devant moi prenait forme une silhouette que j'aurais pu reconnaître entre mille. Reculant comme une furie, gémissant, je finis par trébucher et tomber en arrière. Je les voyais. Je le voyais, lui. Car mes prédécesseurs n'étaient autres que les hommes voyageant actuellement avec moi. Alors je les voyais se dessiner. Je voyais Braska prendre vie.

Tremblant de toute part, je roulais des yeux affolés, cherchant désespérément à m'éloigner. Il ne devait pas voir. Aucun d'eux ne devait voir. Il n'avait pas le droit. C'était mon secret. Secouée, je ne pus que me débattre lorsque deux mains me saisirent par les épaules. Hurlant à m'en briser la voix, j'attrapai ma chevelure avant de plaquer mes bras contre mon visage. Je ne voulais plus voir. Je ne voulais pas que l'on me montre. Partout, cela semblait me poursuivre. Cela me dévorait un peu plus à chaque instant. Tout me rappelait que je n'étais pas d'ici. Que je n'avais pas à y être. Qu'ils allaient mourir et que j'allais disparaître. Qu'ils allaient comprendre.

Je sentis la pression des mains de Braska se faire plus puissante sur mes deux épaules, alors que plusieurs larmes de peur et de rage dévalaient lentement mes joues. Je pleurais. Encore une fois. J'étais incapable de repousser mon propre mal autrement. Il était là, le problème. J'en devenais de plus en plus folle.

- Rikku, qu'est ce que...

Non, ne me demandez pas. Pitié. Que personne ne me demande. Oubliez moi. Je veux que cela disparaisse. Pourquoi on ne peut pas me laisser en paix ? Je ne peux donc pas vivre normalement ? J'en lâchai un nouveau sanglot. S'ils avaient vu, j'allais nier. Encore. Ils ne sauront jamais. Et si je reste auprès d'eux, ce ne sera qu'en tant que mensonge. Jamais je ne pourrais vivre autrement en leur présence.

Rouvrant prudemment les yeux, je fus surprise de voir qu'il n'y avait rien. Plus rien. Peut être n'y avait il jamais rien eu, finalement. Peut être étais bien folle. Pourtant, je les revoyais, ici. Formés de magie, de souvenirs. Je les voyais. Je n'avais pas pu rêver.

- Rikku, que s'est il passé ?me demanda posément Braska en me redressant.

Mes jambes tremblaient. Je les sentais incapable de me porter. La question de Braska ne me redonna pas la parole. Elle coinça ma voix encore plus profondément dans ma gorge. Je ne savais pas quoi répondre. Je ne savais pas.

- J'ai entendu crier, que s'est il passé ?

A la voix sombre et glacée qui vrilla mes tympans, je devinais Auron à quelques pas de moi et Braska. Lui aussi voulait savoir. Ne pouvaient ils pas juste me laisser en paix ? Je ne voulais pas qu'ils sachent. Cela leur ferait du mal.

- Je...j'ai vu...quelque chose, finis je par articuler, la voix rauque.

Aligner quelques mots me faisaient mal. Rien ne semblait pouvoir sortir de mes lèvres.

Dans un élan surhumain, je me hissai sur mes jambes.

- Rikku, ce n'est pas normal de crier comme ça, s'agaça Auron. S'il y a quelque chose, tu peux nous le dire.

Je relevai vers lui deux yeux épuisés. Je ne pouvais leur donner une meilleur contenance. Et pour mentir, je n'avais pas vraiment besoin de plus. Car je devais mentir. Encore et toujours. Pour leur expliquer que j'allais bien. Pour leur dire que j'étais heureuse. Comme je l'avais dit à Seymour.

- Ce n'est rien, chuchotai-je alors en lâchant tant bien que mal le bras de l'Invokeur. Je vais bien.

Je vais toujours bien. Je dois toujours aller bien.

ooo

L'incident du temple m'avait laissé terriblement ébranlée. Si bien que je restais à attendre le départ, prostrée dans un petit coin de ruine, tournant de temps à autre le regard vers mes compagnons. Je ne savais plus où j'en étais. J'étais tellement perdue. Plus encore que la veille. Et je savais que si lendemain il y avait, ce serait plus grave encore. J'étais folle. Cette conclusion devenait de plus en plus probable. Si eux n'avaient rien vu, comment avais je pu voir ? Je n'avais pas vu non plus. Si ce n'est dans les tréfonds de mon pauvre esprit. Je voyais des pièges partout. Je me voyais sombrer de plus en plus. Sans jamais que l'on me rattrape. Personne n'en était capable tant que je ne leur en laissais pas la possibilité.

- Crevette ?m'interpella Jecht.

Je relevai faiblement la tête vers le grand brun. Ce dernier m'adressa un pauvre sourire.

- On va entrer dans le temple, me dit il en me faisant signe de les rejoindre. Alors je te conseille de rester près de nous.

Sans broncher, je m'exécutai. Mon silence semblait pesant au reste de la troupe. Mais je ne pouvais pas parler. Je ne m'en sentais toujours pas capable. Après, eux, comment auraient ils réagi, à ma place ? J'avais beau tourner et retourner la question dans ma tête, je savais que je n'avais que peu de choses à me reprocher. Il fallait vraiment être sans faille pour survivre à un tel voyage. Et je ne l'étais malheureusement pas.

Dans l'état actuel des choses, ils auraient ou me mener partout où ils le souhaitaient. Je les suivais aveuglément. Même si au vu du décor, je savais encore où je me trouvais. Cette lueur bleutée, ces ruines immenses, ces colonnes écroulées, ce plafond ouvert vers le ciel. Zanarkand était vraiment un endroit magnifique. Finalement, je comprenais presque les Invokeurs d'y mourir. C'était un endroit bien assez beau pour s'y perdre. Le bout du voyage était peut être le meilleur moment.

Divaguant royalement, je fus surprise de heurter le dos de Jecht. Me massant nerveusement le front, je dépassai le grand brun pour constater que tout le monde était arrêté. Devant quelque chose qui me fit ouvrir de grands yeux, me figeant de la tête aux pieds. Je sentis mon cuir chevelu me piquer. La salle de l'épreuve. La porte derrière laquelle se cachait Yunalesca. Je ne m'étais pas rendue compte que nous y étions déjà. Tout était une fois de plus allé trop vite. Secouant la tête, je gagnai la tête de notre petit groupe à force de grandes enjambées. Là se tenait Auron, précédé de Braska. A la manière dont ce dernier serrait son bâton, je le devinais nerveux. L'expression de son visage était différente de celle qu'il arborait d'ordinaire.

- Braska ?ne pus je m'empêcher d'appeler.

- Tu as raison Rikku, soupira ce dernier en esquissant de nouveau un sourire calme. Je dois pas reculer.

Non, ce n'était pas ce que je voulais dire. Pourtant, mon oncle se mit à avancer vers la porte. Et machinalement, je tandis un bras tremblant vers lui. Je ne voulais pas qu'il y aille. Il ne pouvait pas partir. Pas maintenant.

- En fin de compte, crevette, je crois que c'est bel et bien terminé, lâcha Jecht en posant une main puissante sur son épaule tremblante. Si tu as quelque chose à dire, c'est maintenant.

Ma gorge se noua. Plus encore qu'elle ne l'avait jamais été. Non. C'est tout ce que j'avais à dire. Levant une main vers mon épaule, j'attrapai celle de Jecht d'un geste mal assuré. Ne partez pas.

- Je ne veux pas que tu pleures, me chuchota Jecht en se penchant pour atteindre ma hauteur. Tu peux faire ça pour moi ?

Oui, je pouvais essayer. Comme je l'avais promis à Seymour. Mais pourquoi personne ne souhait que je pleure ? Pourtant, je sentais les larmes affluer et inonder mon corps. Je les sentais puissantes, je sentais les sanglots monter dans le fond de ma gorge. Et le regard que Jecht le lança en posant une main sur ma joue manqua de me faire exploser. Agitée de tremblements, je dus m'y reprendre à deux fois avant de parvenir à lever les bras. Avant de me jeter dans les siens.

- Oui, murmurai-je en fermant les yeux. Oui.

Je sentis le grand brun refermer ses bras puissants autour de mes frêles épaules. J'avais l'impression d'être une enfant. Une enfant sur le point de vivre des choses qu'elle ne devrait pas vivre. Jamais je n'aurais pu imaginer ces adieux aussi douloureux.

Agrippant nerveusement la chevelure de Jecht de peur qu'il ne s'évapore, je me fis violence pour ne pas éclater. J'avais mal. Trop mal. J'avais l'impression d'un pieu qu'on me martelait droit dans la poitrine. Une plaie béante.

- Oui Jecht, répétai-je, le visage enfoui dans son épaule. Je peux faire ça pour toi. Pour vous tous. Car...

Le sourire qu'il esquissa contre ma peau m'ébranla complètement, laissant ma respiration saccadée se faire de plus en plus rare.

- Car, je veux pouvoir me souvenir de vous avec le sourire, achevai-je.

Peut être que j'étais folle, en effet. Mais ce qui me rongeait était alors la plus douloureuse des folies.