25 – Get down.

A San Francisco, le soleil brillait comme toujours. En cette magnifique journée, de nombreuses personnes profitaient de la baie, se promenant sur le port, paressant en famille sur la plage ou lisant un bon livre dans un parc tout proche. Des jeunes écoutaient de la musique ensemble, assis en cercle sur une pelouse verte soigneusement entretenue.

Parmi toute cette foule une enfant aux cheveux bruns dans lesquels flottaient un ruban riait aux éclats tandis que son père la poussait vers le ciel. La balançoire émettait un léger grincement qui ressemblait à un écho du rire de la petite. Lorsqu'elle s'élevait, elle écarquillait les yeux et scrutait l'immensité bleue qui semblait s'offrir à elle, se laisser enfin approcher.

Elle osa enfin lâcher une main pour la tendre à la voûte azurée. Un papillon frôla sa joue et ses cris de joie devinrent plus perçants. Le bonheur illuminait ses traits.

Soudain, elle pointa le ciel du doigt en interpellant son père.

« P'pa ! Regarde l'oiseau en fer ! Il tombe ! » S'exclama-t-elle sans cesser de rire.

L'homme leva les yeux. Effectivement, un objet tombait du ciel mais ce n'était pas un oiseau.

Tout autour d'eux, les gens levaient la tête vers le ciel en s'exclamant avec excitation. Une forme harmonieuse semblait venir à leur rencontre. Le père prit sa fille dans ses bras, vaguement inquiet. Quelque chose ne tournait pas rond. Il observa, les yeux écarquillés comme la plupart de ses congénères, cette chose venir à eux. Des cris de panique se firent soudain entendre.

Le truc était plus proche et il réalisa alors l'envergure de ce qui approchait. Il céda également à la panique et s'en fut en courant se mettre à l'abri avec sa fille.

Le vaisseau s'écrasa bruyamment contre les buildings à proximité qui freinèrent à peine sa course folle. Il écrasa sans pitié la chair, le béton et l'acier sur son passage, réduisant à l'état de terrain vague une bonne partie de la ville.

Des cris de panique se mêlèrent aux cris des blessés et aux sirènes d'alerte qui retentissaient déjà, crevant le bref silence lourd de poussière qui avait suivit l'arrêt de l'engin.

A bord, Khan considéra sans émotions l'étendue du désastre. Il serrait toujours Elsie contre son torse et la jeune femme semblait simplement dormir. Il porta son regard sur la plaie qui avait meilleure allure. Il posa doucement ses doigts sur la gorge de la femme et sentit son pouls battre avec régularité. Il soupira de soulagement.

Il scruta son visage détendu et se pencha doucement vers elle. Lorsque ses lèvres s'unirent à celles d'Elsie, il se permit de fermer les yeux. La douceur velouté de leurs baisers n'avait pas changé et Khan se surprit à regretter un instant d'avoir perdu la confiance et l'amour que lui portait aveuglément la jeune femme. Il se détacha d'elle, la disposa soigneusement sur le sol du vaisseau et la regarda une dernière fois avant de se détourner et de sortir de l'épave. Il vit l'Enterprise se poser sans douceur dans la baie de San Francisco, provoquant une vague gigantesque.

Il se mêla à la foule et se mit à courir.

Dans la navette qu'il avait emprunté pour retrouver Khan, Spock eut un sourire sadique. Il venait de repérer sa cible et ne la lâchait plus.

« Mr Scott, téléportez-moi. » Ordonna-t-il.

Depuis l'Enterprise, Scott obéit.

Spock se retrouva dans les rues de la mégapole, entouré par une foule affolée, courant en tout sens. L'énergie qui traversait son corps depuis qu'il avait repris les commandes de l'Enterprise lui indiqua la direction à prendre. Il se mit à courir aussi vite qu'il le pouvait.

Rapidement il perçut le manteau noir qui virevoltait derrière sa proie en fuite. Le fureur lui donna de l'entrain et il sauta d'un bond les marches qui menaçaient de lui faire perdre du terrain. En souplesse, tel un félin chassant son repas, il se faufila à travers la vitre qu'avait brisée Khan. Son regard ne lâchait pas son ennemi.

Ce dernier finit par lui fausser compagnie en sautant sur le toit d'un transporteur. Sans réfléchir, sans rien analyser, de manière parfaitement impulsive, Spock bondit sur le véhicule qui suivait. Il était proche d'accomplir sa vengeance. Et il avait hâte que le terroriste lui tombe enfin entre les mains.

A l'infirmerie, debout face à l'inacceptable vérité, Bones ne savait que faire. Spock, Uhura et Scotty lui avaient rapporté le corps inerte de Jim, sans un mot. Seule la détresse visible, même sur le visage du froid Vulcain, avait fait comprendre au docteur que Kirk n'allait pas bondir en criant « Bouh » d'un moment à l'autre.

L'écrasant chagrin qu'il ressentait le condamnait à l'inaction et au désespoir. Sans compter qu'il n'avait pas de nouvelles d'Elsie.

Affalé sur sa chaise, incapable de réagir ni de penser de manière cohérente, il fixa un point dans le vide.

Il n'arrivait même pas à pleurer et trouvait cela pathétique.

Son cerveau refusait simplement en bloc de croire à la mort de Jim.

Au hasard, son regard se posa sur son bureau. Le tribble vint lui sentir la main et il le caressa distraitement, perdu dans ses réflexions. Puis il bondit de sa chaise. Cette chose morte ! Il flattait le pelage d'un cadavre ?! Mais non. Le tribble s'agitait sur sa table de travail, parfaitement en vie.

Bones hurla de joie.

« Vous et vous, aidez-moi ! Je vais le ramener à la vie ! » S'exclama-t-il en saisissant le corps de Kirk.

Uhura, restée là pour consoler le docteur, regarda d'abord McCoy comme s'il était fou. Mais en voyant le regard déterminé de l'homme, elle se joignit à ses efforts.

« Il me faut un cryotube vide ! IMMEDIATEMENT ! » Hurla Bones.

Les infirmiers s'affairèrent enfin, obéissant sagement aux ordres.

Léonard enferma le Capitaine à l'intérieur puis se tourna vers Uhura.

« Il me faut aussi ce fils de pute en vie ! » Lui lança-t-il.

La femme hocha la tête et partit en courant, tapotant avec rapidité la tablette qu'elle tenait entre ses mains pour ouvrir un canal de communication avec Spock. Elle échoua.

Agacé, elle se rendit en courant vers le télétransporteur.

« Mr Scott, amenez moi là où se trouve Spock. Nous devons ramener Khan vivant. » Dit-elle d'un ton urgent.

Sans discuter, Scotty la laissa monter, calcula les coordonnées et envoya Uhura rejoindre Spock.

Le Vulcain tenait Khan. Il ne pouvait plus s'enfuir, juste se battre. Et le terroriste ne se priva pas de faire volte face pour lancer un crochet violent à son adversaire. Spock l'évita et profita de l'équilibre momentanément précaire de Khan pour le pousser violemment de toute sa force vulcaine.

Le terroriste faillit choir du transporteur. Il se redressa aussi vite que possible. Spock était déjà sur lui, rendant avec hargne le coup de poing. Khan sentit la douleur irradier sa mâchoire. Un choc le frappa au ventre et il tomba à genoux. Il leva les yeux et croisa le regard noir de son assaillant. Assombri par la haine, la colère, il comprit que le Vulcain voulait le voir mourir. Cela ne signifiait qu'une chose.

« Votre Capitaine est mort, Spock ? » Avança-t-il.

Un nouveau coup l'atteignit à la tempe. Sonné, il n'entendit que partiellement la réponse.

« … s'est sacrifié pour nous permettre de vivre... le payez. » Fut tout ce qui parvint à ses oreilles.

Il tituba, tentant de se remettre debout.

Spock saisit son bras et le tordit violemment. Un « crac ! » sonore suivit d'une douleur affreuse avertit Khan que ce membre était désormais hors-service.

Un cri aigu stoppa la pluie de coups qui déferlait à présent sur son visage. Spock se tourna. Khan distingua une femme, un éclat de lumière puis s'effondra.