C'est bientôt la rentrée pour moi, mais je n'oublie pas la cinquantaine de lecteurs en moyenne que j'ai par chapitre (Eh oui ! Je vous vois sur mon petit compteur. XD N'hésitez pas à vous manifester ça me ferait tellement plaisir) et je poste la suite.
: Journal des Reviewers :
Elenthya : MDR ! J'étais écroulée en lisant ton truc. En effet, tu vis le moment. XD J'espère que d'autres chapitres te feront le même effet, c'est trop marrant ! Nyaaa ! Trop contente que ma tite mise en scène t'ait plu ! Je redoutais un peu ce passage, mais je suis rassurée. Oui, j'avoue, le coup du « on rentre à la maison même si t'étais à l'hôpital », ça le fait mal et j'en avais conscience quand je l'ai écrit. Et c'est aussi pas très bien de vite remettre Sayuri sur pied aussi rapidement, mais j'avoue que je ne voulais pas m'encombrer d'un épisode « hosto ». Quant aux amphétamines et la dépendance éclair, euh… ben… C'était une sacrée dose ? Ok, j'arrête les explications foireuses. L'important, c'est que l'élément principal du chapitre soit réussi. Kiss et merci !
Yumi Kanzaki : Aaaaah ! Enfin une nouvelle tête ! ç-ç Merci de prendre la peine de m'écrire quelque chose ! Hu ? Une ancienne lectrice de SNPUV ? Ouuuuh ça faisait longtemps, ça ! XD En tout cas, merci pour tous tes encouragements, ça me fait incommensurablement plaisir. J'espère te revoir dans une prochaine review ! Kiss et merci !
Maintenant, faut faire le bilan !
Chapitre 25 : Conséquences
Hikaru ouvrit lentement les yeux et fut accueilli par la pénombre de sa chambre. Tiens ? Son angle de vision habituel était légèrement décalé. Une douleur dans tout le corps et le lisse froid du parquet lui servirent rapidement de réponse. Kaoru l'avait encore poussé pendant la nuit. Du moins, le reste de la nuit.
Le jeune homme ne se releva pas tout de suite. Il préférait profiter encore un peu de la fraîcheur du sol pour garder les idées au calme.
- Qu'est-ce que… j'ai fait…
C'était juste un murmure, un peu comme pour bien se faire comprendre qu'il était éveillé. Il pensait tellement à la veille qu'il avait l'impression d'être encore dans un rêve. Cela lui fit bizarre car pour lui, les terribles dernières 24 heures auraient pu avoir lieu 5 ans auparavant, l'effet aurait été le même pour lui.
Embrassée. Il l'avait embrassée. Sayuri Suzumura.
Il ferma les yeux. C'était si simple, sans arrière pensée, presque normal. Ce ne fut que maintenant qu'il fut surpris de s'être laissé aller à la douceur de l'instant. Si quelqu'un lui avait prédit ce geste, il ne l'aurait pas cru.
- Hum…
Les ressorts du matelas grincèrent légèrement alors que Kaoru se retournait et cherchait à tâtons la peau de son autre près de lui. Hikaru se redressa, les bras croisés sur le rebord du matelas, et tendit la main vers celle de son frère pour le rassurer. A ce contact, Kaoru eut un petit soupir puis émergea de ses songes en fronçant du nez.
- 'jour, Hikaru.
- Bonjour Kaoru.
Kaoru se redressa sur son séant sans quitter son aîné d'un regard suspicieux. Il avait déjà deviné qu'il s'était passé quelque chose. La drôle de figure que faisait son frère était aussi flagrante que s'il s'était maquillé comme une geisha.
- Tout va bien ?
- Ca va mieux maintenant. Cette nuit, Sayuri était au plus mal.
Hikaru lut dans le regard de son jumeau qu'il s'attendait à une suite.
- Elle craignait qu'on la voie comme une honte, surtout aux yeux de Sanae et…
- J'y crois pas… Elle t'a embrassé ?
Pffft ! Il ne fallut pas plus longtemps aux joues d'Hikaru pour se colorer d'une délicate teinte sanguine.
- N… Enfin… Comment tu as su ?
- Je faisais la même tête quand Ran m'avait embrassé.
Kaoru avait les yeux écarquillés en grand. Ben ça. Il n'en revenait pas. La surprise passée, son début de sourire goguenard fut mis à quia par Hikaru qui s'empressait de nuancer la nouvelle. Ce n'était pas ce qu'il croyait. Tout cela, c'était un accident et…
- Bien entendu. Ca arrive à beaucoup de gens de se tomber dessus et que les lèvres se tou…
- Arrête, Kaoru. C'est parti comme ça, grogna le jeune homme en détournant la tête avec gêne.
Plus sérieux, son cadet lui demanda si cela avait changé les choses entre lui et Sayuri. Hikaru releva un peu la tête comme s'il se réveillait d'un long rêve. Oui, après tout. Est-ce que ce baiser représentait quelque chose pour lui ? Allait-il voir l'aînée des sœurs Suzumura autrement que comme une amie ? Il fut étonné de ne pas savoir répondre à ces interrogations. Quand il l'avait embrassée, sa tête était devenue complètement vide. Il ne savait même pas comment il avait vécu cet instant.
- Je l'ignore, avoua-t-il tout en cherchant encore. Mais je n'oublie pas que Sayuri était très amenuisée. Tu viens, on va déjeuner ?
Kaoru le regarda aller vers la salle de bains pour s'habiller, une impression de mélancolie en lui. Son frère espérait-il que Sayuri voie ce baiser plus que comme un moment d'égarement ? Il n'arrivait pas à le dire tant le brouillard qui l'entourait paraissait épais.
Une fois habillés, les garçons quittèrent leur chambre pour prendre leur petit déjeuner mais avant, Kaoru voulait passer voir Sanae pour voir comment elle allait. Depuis leur retour de l'hôpital, la jeune fille avait montré un mutisme déprimé assez inquiétant et qui ne lui allait pas du tout. Hikaru et Kaoru se rendirent donc devant la porte voisine et toquèrent.
Ils n'eurent pas à l'appeler car la porte s'ouvrait. Sanae était déjà prête. Elle avait les traits tirés et des cernes naissantes entouraient ses jolis yeux noirs. Elle était fatiguée, mais elle salua ses visiteurs avec un sourire serein.
- Bonjour tous les deux, les accueillit-elle d'une petite voix.
- Bonjour, Sanae. Comment te sens-tu ?
Elle se retourna vers le lit vide de sa jumelle en se frottant un peu le bras et eut un sourire fade.
- Toujours mieux que ma sœur, je pense. Elle n'est pas revenue dormir dans notre chambre cette nuit. Mais je n'abandonnerai jamais Sayuri. Elle a toujours été là pour me protéger, à mon tour de lui apporter mon soutien.
Les garçons lui sourirent à leur tour et approuvèrent sa décision. Ils lui tendirent chacun un bras pour l'inviter à les suivre et Sanae accepta.
Les trois jeunes gens descendirent au rez-de-chaussée et se rendirent à la terrasse vers la tonnelle des repas. Une fois dehors, ils s'arrêtèrent net.
Sayuri était déjà attablée, assise devant une tasse de café bien serré pour se remettre de sa nuit. Elle sentit la présence des autres et se tourna vers eux. Son teint était encore un peu pâle, mais elle était en bien meilleure forme que la veille. Presque aussitôt, ses yeux se posèrent sur le jeune homme à la gauche de sa jumelle et tout remonta à la surface.
Elle ne se souvenait plus très bien de ce qui s'était passé après le baiser avec Hikaru. Après s'être séparée de lui, c'était le noir. Et quand elle s'était réveillée, elle était de nouveau dans son lit. Elle avait dû s'évanouir, trop éprouvée par son passage à l'hôpital et sa danse nocturne. Quelque part, elle était contente d'avoir eu ce malaise car à y penser, elle n'aurait jamais su comment réagir vis-à-vis d'Hikaru juste après l'avoir embrassé.
Ce fut Hikaru qui brisa le premier cet étrange silence.
- Bonjour, Sayuri, dit-il simplement. Comment te sens-tu ce matin ?
- Ca va mieux… Merci… répondit la jeune fille en baissant les yeux, les joues roses.
- Sayu…
Elle releva la tête vers Sanae. Il était temps d'affronter le regard de sa sœur, bien qu'elle ne le voulait pas. Tout mais pas ça. Elle ne voulait pas lire la déception dans les yeux de celle sur laquelle elle avait toujours veillé.
- Sanae, je suis d…
- J'ai eu tellement peur pour toi ! s'écria Sanae en la prenant dans ses bras. Quand tu es tombée, j'ai cru le pire ! Ne recommence jamais, Sayuri Suzumura ! Tu m'entends ? Jamais !
Sayuri baissa un peu la tête sur l'épaule de sa jumelle qui l'étreignait à l'en étouffer. Hikaru avait raison. Sanae n'avait que faire des erreurs, c'était sa sœur qui comptait le plus. Qu'elle avait honte d'avoir une petite sœur aussi attentionnée envers elle alors qu'elle-même était pleine de faiblesses. Elle chassa un début de larme en battant des paupières et serra doucement sa jumelle.
- Pardonne-moi.
Le déjeuner se déroula sur une note plus légère et détendue qu'il n'avait commencé. Les visages se firent plus ouverts et souriants et pourtant, on parla très peu. Le spectre des amphétamines planait encore trop près de la table pour l'évoquer et l'invoquer. Sayuri remangea petit à petit, épiée attentivement par les trois autres personnes assises. Bien que les médecins avaient assuré que tout rentrerait parfaitement dans l'ordre dans quelques temps, tout le monde voulait s'assurer que la jeune fille ne ferait pas de bêtise.
Hikaru et Sayuri prirent grand soin de ne pas se regarder directement dans les yeux, ce qui n'échappa pas à Kaoru. Celui-ci s'amusait assez de la situation. Ce n'était pas souvent qu'il voyait son fier aîné faire ainsi le timide. Sanae remarqua aussi leur étrange comportement mais n'osa pas demander car elle n'avait pas envie d'ennuyer sa sœur.
Monsieur Sakurai, le majordome en chef de la résidence, s'approcha de la tablée et s'inclina poliment.
- Messieurs Hitachiin, je viens de recevoir un appel de Monsieur Suzumura.
Sayuri eut un tressaillement à cette évocation et en lâcha sa cuillère.
- Monsieur Suzumura et son épouse souhaiteraient passer au domaine pour parler avec Mademoiselle Sayuri.
Les garçons eurent une légère grimace. Aïe. Cette visite ne promettait pas réellement de grandes réjouissances. Ils se tournèrent vers Sayuri pour la consulter et cette dernière opina faiblement du chef. Elle savait qu'elle devrait rendre des comptes. Et surtout à sa mère. Elle ne fuirait pas et assumerait la responsabilité de ses erreurs.
Les parents Suzumura arriveraient pour les alentours de 11 heures. En attendant, Sayuri s'occupait de récupérer ses affaires laissées dans sa seconde chambre pour les retransférer dans la chambre qu'elle partageait avec Sanae. Elle avait voulu s'en charger elle-même pour s'occuper un peu l'esprit en attendant la confrontation avec sa mère.
La jeune fille retrouva son costume d'Odette, rangé dans son sac de sport qui avait été ramené de l'école. Elle déplia soigneusement son tutu et le détailla longuement. C'était elle-même qui avait soufflé l'idée du design, aidée par son étrange rêve où Sanae était Odile et les jumeaux, les deux princes facétieux du royaume de ses songes.
Trois coups légers à la porte la réveillèrent. Elle rangea le costume.
- Entrez.
La porte s'entrebâilla et Hikaru fit quelques pas à l'intérieur, les mais dans les poches. Sayuri s'était d'abord interrompue dans son rangement puis reprit son activité.
- Tu désires quelque chose, Hikaru ?
- Te parler.
Le jeune homme trifouillait le fond de ses poches comme s'il pouvait y trouver les bons mots à employer. Ses sandales signées d'une grande marque étaient brusquement devenues d'un intérêt des plus fascinants. Qu'avait-il donc ? Il voulait juste éclaircir les choses, il n'allait pas la demander en mariage !
- Pour hier soir…
Il ne fut pas en mesure d'aller plus loin. Il ne savait pas quelle fin de phrase choisir. « Cela représentait-il quelque chose pour toi ? », cela aurait trop fait sentimental. « Tu m'en veux ? », cela faisait celui qui n'assumait pas. « Tu ne vas pas prendre ça au sérieux, n'est-ce pas ? », cela faisait profiteur. En fait, il n'était qu'un lâche. Il voulait que Sayuri elle-même décide de la fin.
L'adolescente se redressa lentement de la valise posée sur son lit sur laquelle elle s'était penchée. Hikaru détailla sa silhouette de dos et attendit sa réponse, les yeux perdus dans ses boucles blondes.
Après un temps de silence, Sayuri releva un peu la tête.
- Je t'avais demandé de m'aider. Tu l'as fait… à ta manière.
Le garçon fut surpris de sa réponse et encore plus de celle qu'elle lui donna en se retournant avec un sourire :
- Gardons ceci, mais ne nous retournons pas la tête.
- Ca me va, acquiesça Hikaru avec satisfaction.
Ce compromis lui plaisait beaucoup sans pouvoir se l'expliquer. Hélas, l'autre chose dont il souhaitait lui parler lui fit perdre son début de sourire.
- Tu vas dénoncer Hishiyo, n'est-ce pas ?
Sayuri se refroidit brusquement.
- Non.
- Quoi ? s'emporta Hikaru avec colère. Mais c'est lui qui… !
Il s'interrompit. Une image venait d'apparaître devant ses yeux. Celle de Sayuri dans les bras de Takumi Hishiyo. Quel idiot. Il comprenait maintenant pourquoi elle ne désirait pas le dénoncer.
Il serra ses poings dans ses poches.
- Très bien. Fais comme tu veux.
Et il tourna les talons, laissant derrière lui une trace d'amertume qui fit froncer les sourcils de Sayuri. Elle baissa les yeux. Elle avait sa part de responsabilité. Takumi ne lui avait jamais forcé la main pour prendre ces amphétamines, elle n'avait pas à le désigner comme le seul coupable et rejeter toute la faute sur lui. Et puis… son refus aux sentiments qu'il lui offrait devait avoir été assez dur pour lui.
¤¤¤
Monsieur et Madame Suzumura arrivèrent à l'heure prévue. Ils furent accueillis par les quatre jeunes colocataires qui étaient tous assez tendus. Monsieur Suzumura paraissait subitement beaucoup plus vieux que la première fois où Hikaru et Kaoru l'avaient vu. Ses rides ressortaient plus fortement et ses cheveux lisses gris perle paraissaient plus blancs, à croire que la mésaventure de sa fille aînée avait dopé son processus de vieillissement. Il gardait le front plissé et ses sourcils étaient si tendus que les adolescents crurent qu'ils allaient se détacher de son visage.
Quant à Amaya Miyano, il était plus difficile de deviner son état d'esprit. Elle arborait de grandes lunettes noires opaques mais Sayuri jurerait que ses petits yeux bleu glace la poinçonnaient de toutes parts. La jeune femme avait relâché ses cheveux. Ils étaient encore plus bouclés que ceux qu'elle avait légué à ses filles et leur couleur miel se diluait avec délice dans la lumière du jour quand elle quittait sa limousine. Elle portait une longue robe de mousseline crème lacée de roses couleur framboise et un grand chapeau griffé assorti qu'elle rajusta un peu en se redressant.
- Monsieur Suzumura, Madame Suzumura, bienvenue, saluèrent les jumeaux en inclinant le buste avec respect.
- Maman, papa… fit Sanae avec une inclination de tête timide.
Ils auraient pu les insulter, leur réaction aurait été la même. Tous deux guettaient surtout Sayuri. Kenichi la regardait avec inquiétude et son épouse devait se mordre la joue.
- Bonjour… répondit simplement la jeune fille en baissant les yeux.
- Comment te sens-tu ? s'enquit son père.
- Bien. Je ne ressens… plus trop le besoin.
Ses mots semblaient si pénibles à prononcer. Elle avait presque l'impression de les vomir. Hikaru et Kaoru commençaient à peiner à respirer à cause de cette atmosphère lourde et proposèrent aux époux d'entrer pour prendre un café.
Quand ils furent installés dans la véranda, les jumeaux pensèrent se retirer pour les laisser discuter, mais Madame Suzumura les retint :
- Vous serez bientôt fiancés, cette affaire vous concerne aussi un peu.
D'abord un peu sur la réserve, ils consentirent à prendre place chacun sur une chaise en tek. De plus en plus nerveuse et anxieuse quant au sort de sa sœur, Sanae n'arriva pas à se contenir d'avantage.
- S'il vous plait, ne soyez pas durs avec Sayuri ! Elle n'en avait jamais pris avant et… !
- Sanae ! tempéra sa jumelle, gênée.
- Sanae, l'attention que tu portes à ta sœur est touchante mais cela ne te concerne pas, trancha sa mère en ôtant ses lunettes.
Le frisson qui les parcourut tous les força à se caler dans le chaud du coussin qui recouvrait le dossier de leur siège. Etait-il dû à la glace qui avait enrobé ses mots ou le gel qui parsemait ses iris bleus ? Son regard avait quelque chose de perçant et de dur qui n'allait pas du tout avec la douceur et la jeunesse de ses traits.
Muette depuis le début, Sayuri ouvrit la bouche pour parler mais Sanae n'en avait pas fini :
- « Ne me concerne pas » ? Si ! s'exclama-t-elle avec véhémence. Ce qui concerne ma jumelle me concerne ! Sayuri a toujours été là pour moi au point de s'en oublier elle-même, alors je ne l'abandonnerai jamais !
Hikaru et Kaoru sourirent doucement. L'émotion que Sayuri ressentait en entendant cela était si visible sur son visage. Sanae avait pris sa main dans la sienne et la serrait avec détermination. Tous les deux se virent à travers elles parce que nul doute qu'ils auraient réagi de la même façon si c'étaient eux qui étaient impliqués.
Amaya ne fut pas insensible aux sentiments de sa cadette et opina du chef en signe de compréhension.
- Maman… Papa…
Tous levèrent les yeux vers Sayuri.
- Je sais que je vous ai déçus terriblement et je ne chercherai pas à me disculper comme j'accepterai les conséquences. Je n'ai pas cru en mes capacités alors que tu m'as toujours dit que c'était la clé pour réussir, maman. Je regrette mes actions et je m'en excuse auprès de vous tous. Je vous ai à tous fait du mal, que ce soit par les espoirs que vous placiez en moi ou par mes silences et mes colères. Je vous demande pardon.
Elle avait rencontré le regard de chacun sans ciller. Ses parents la dévisagèrent, semblant évaluer l'ensemble de ses paroles et le son de sa voix comme s'ils allaient le noter et donner la sentence en conséquence. Quand elle eût fini de parler, l'adolescente baissa de nouveau les yeux, épaulée par Sanae qui ne l'avait pas lâchée.
Monsieur et Madame Suzumura se consultèrent du regard puis l'homme prit la parole :
- L'important, c'est que cette histoire ne se soit pas terminée tragiquement. Mais pourquoi couvres-tu ce Takumi Hishiyo, celui qui t'a donné ces pilules ?
- Hein ? Comment savez-vous ? demanda brusquement Hikaru en se redressant.
- Quoi ? Hishiyo-san ? s'horrifia Sanae.
Monsieur Suzumura expliqua que les caméras de surveillance de l'hôpital avaient filmé la dispute entre Hikaru et Takumi et qu'il en avait été informé. Hikaru revécut une nouvelle fois la haine dévorante qui avait animé ses gestes et déglutit avec embarras. Il espérait ne pas s'être fait passer pour un garçon violent.
- Hishyio-san a avoué tout de suite que c'était lui qui t'avait donné ces amphétamines, reprit Amaya, les yeux dans ceux de sa fille. Il est le principal responsable mais toi aussi, tu es en faute. Cette histoire va discréditer mon école et il va être difficile d'étouffer tout ceci. Toi, comme lui, je te renvoie.
- Quoi ?! s'exclamèrent les jumeaux et Sanae en bondissant de leur siège. Mais maman/Madame… !
Sayuri ne broncha pas, bien qu'elle serrait sa jupe si fort qu'elle pouvait presque faire des trous dedans. Sans oser relever la tête vers sa mère, elle prit le poignet de Sanae et la força à se rasseoir et par conséquent, à se taire. Hikaru et Kaoru serrèrent le poing de frustration et l'imitèrent. Ils n'avaient pas voix au chapitre et cela les insupportait.
Madame Suzumura eut un faible soupir pour marquer une pause puis eut un regard un peu plus doux à son aînée.
- Sache que j'ai été immensément fière de toi quand j'ai su que tu interpréterais le rôle principal.
Les garçons grimacèrent. C'était un peu faible comme paroles de réconfort après avoir fermé la porte de son rêve. Néanmoins, cela parut suffire à Sayuri qui eut un sourire amer.
- Alors… je ne pourrais plus danser ? murmura-t-elle à voix basse.
- Pas dans mon école. Libre à toi d'en trouver une autre, si tu y arrives.
- Mais maman ! Ton école était la meilleure pour Sayuri ! essaya Sanae d'un air désemparé.
Le visage durci de sa mère lui fit comprendre que cette décision était sans appel. La jeune fille baissa les yeux sans rien ajouter. Il était assez bancal de voir que tout le monde s'évertuait à défendre Sayuri à part elle-même. Au contraire, elle acceptait docilement chaque mot. Seuls ses yeux de plus en plus brillants et ses mains légèrement tremblantes autour de sa jupe la trahissaient.
Hikaru et Kaoru étaient assez surpris par tant de sévérité. Il aurait été très facile de faire passer l'incident pour un empoisonnement fait par une ballerine jalouse et tout serait rentré dans l'ordre. Mais le récit de Sayuri quant à la probité de sa mère et la notion de travail acharné leur revint en mémoire. Ils admiraient cette droiture comme ils la maudissaient.
- Hikaru-kun, Kaoru-kun ?
- Monsieur ? s'étonnèrent-ils quand Kenichi leur parla.
Il croisa ses mains et tapota ses pouces avec nervosité l'un contre l'autre. Puis, il les dévisagea avec grande attention.
- Nous avons conscience que cet événement a dû être marquant pour vous. Après tout, Sayuri et Sanae seront vos fiancées. Et… enfin… je comprendrai que ce qui s'est produit vous ait fait… réfléchir…
Sanae et les garçons ouvrirent de grands yeux, presque scandalisés. Il insinuait que cette histoire d'amphétamines pouvait les avoir dégoûté de ses filles ? Que parce que Sayuri avait fait un faux pas, ils allaient la vilipender et la traiter comme une pestiférée ? Et Sanae devait payer aussi avec elle ?
- Monsieur Suzumura, nous côtoyons vos filles depuis près de trois semaines et nous savons qu'elles ne sont pas de mauvaises personnes… commença Kaoru en croisant les bras.
- Aussi, notre point de vue sur ce qu'elles sont et sur ce que vous et nos parents avez décidé pour nous n'a aucunement changé. Nous les acceptons avec leurs forces et leurs faiblesses, acheva son frère d'un air catégorique.
Sayuri et Sanae eurent le cœur qui résonna plus fortement dans leur poitrine. Toutes deux observèrent les jumeaux, les yeux un peu écarquillés par la stupéfaction. Cette déclaration les avait touchées droit au cœur, surtout Sayuri qui en était restée immobile.
Les deux époux eurent un sourire discret alors qu'ils se levaient. La machine s'était plutôt bien mise en marche depuis leur première rencontre. Ils n'insistèrent pas davantage et les remercièrent de la compréhension dont ils faisaient preuve. Mais à présent, ils devaient repartir car ils ne pouvaient pas délaisser leur travail trop longtemps.
Les jumeaux les raccompagnèrent jusqu'à la porte d'entrée.
- Eh bien, nous nous revoyons le 31, déclara Kenichi en remettant sa veste.
- Le 31 ? répétèrent les quatre jeunes gens.
- Bien entendu. Nous organisons une réception avec les deux familles pour annoncer officiellement vos fiançailles.
Une enclume leur tomba sur le crâne. Ah non, c'était juste la brutalité de l'annonce qui venait de s'abattre sur eux. « Annoncer officiellement leurs fiançailles » ? Hitachiin et Suzumura se regardèrent. Ainsi donc, ils seraient fiancés les uns aux autres à la fin du mois. Pour de vrai et définitivement.
- Oh… Oui, bien sûr…
C'était tout ce qu'ils avaient pu répondre. Cela leur fit tout drôle, mais étrangement, la chose fut plutôt bien prise. Sayuri et Sanae dirent une dernière fois « au revoir » à leurs parents qui repartirent en limousine vers leurs affaires.
Quand la luxueuse voiture disparut à l'autre bout de l'allée, Hikaru, Kaoru et Sanae se tournèrent vers Sayuri. Le premier qualificatif qui leur vint à l'esprit en la voyant fut « fade ». La jeune fille était comme transportée dans une autre dimension, coincée dans le vague mélancolique. Elle remarqua bien vite les regards posés sur elle et eut un petit rire supérieur bien à elle.
- Eh bien, on peut dire que j'ai eu de la chance ! J'aurais pu avoir droit à l'internat ou la pension à l'étranger. Ma bonne étoile veillait sur moi, on dirait. Quoique si on regarde les fiançailles pour la fin du mois…
- Sayuri…
- Bon, je ne sais pas vous, mais j'ai quelques affaires à ranger avant le déjeuner. A tout à l'heure !
Personne n'eut le temps de l'arrêter que l'adolescente avait tracé et était déjà à l'autre bout du couloir. Elle monta les marches quatre à quatre et courut jusqu'à sa chambre pour s'y enfermer. Adossée contre la porte, Sayuri laissa couler les larmes qu'elle retenait depuis de trop longues minutes et qui lui brûlaient les yeux. Quand elle glissa par terre, elle craqua et, pour la première fois depuis des années, elle pleura ouvertement et sans retenue.
Comme sa sœur et les garçons le pensèrent, Sayuri mangea peu. Et bien qu'elle eût fait tout son possible pour le camoufler, ses yeux rougis et sa tristesse se voyaient facilement. Ils comprenaient son désarroi. Sa mère venait de lui retirer l'une des choses les plus précieuses à ses yeux. Cependant, elle essayait de ne rien laisser paraître et tentait d'être aussi ironique et faussement hautaine qu'à l'ordinaire. Mais le cœur n'y était pas et il était difficile aux jumeaux d'y répondre aussi ouvertement qu'en temps normal.
Au bout d'un moment, Sanae ne supporta plus cette ombre qui avait pris la place de jumelle si fière et dynamique :
- Sayuri, arrête de faire semblant.
Sa sœur arrêta le mouvement de sa cuillère à sa bouche et la regarda.
- Quoi ? dit-elle en haussant les épaules avec désinvolture. Fait, c'est fait.
- Ne me fais pas croire que le fait d'être renvoyée de l'école ne te fait ni chaud ni froid !
- Et que veux-tu que je fasse ? rétorqua Sayuri en se levant d'un bond. Que je me suicide de désespoir ?
- Tais-toi ! ordonna Sanae d'une voix blanche. Ne dis pas de telles choses ! Parle-nous, voyons ! Tu gardes tout pour toi ! Même à moi, ta jumelle, tu ne confies rien !
- Ca vous serait trop demandé de me laisser seule ?!
Sayuri claqua ses couverts avec violence sur la table et tourna les talons avant de s'enfuir en courant. Sa sœur eut beau l'appeler, elle ne se retourna pas. Sanae serra les dents de déception lorsqu'une main lui attrapa le poignet.
- Laisse-la un peu, Sanae… conseilla Kaoru avec un sourire amical. Je pense qu'il lui faut laisser le temps de digérer.
La jeune fille soupira puis se rassit à contrecoeur. Cela lui faisait mal. Sa sœur souffrait et elle ne pouvait rien faire pour elle alors que Sayuri avait toujours été là pour elle quand elle n'allait pas bien.
Tandis que Kaoru tentait de la rassurer en lui affirmant qu'il était sûr que Sayuri était bien consciente de sa volonté de l'aider, Hikaru avait détourné la tête, le regard perdu dans le lointain. Sa boule dans la gorge n'avait pas bougé. Même face à ses parents qui étaient au courant, Sayuri n'avait rien dit contre Takumi. Il n'aimait pas cela, mais il se força à se dire qu'il avait assumé sa part de travail et que si Sayuri aimait Takumi, il ne pouvait rien faire.
Il redressa la tête. Non, cela sonnait trop creux. Qu'est-ce que c'était que cette attitude de perdant ? Jamais il n'avait réagi de cette manière. Il était hors de question qu'il laisse Sayuri à un tocard qui lui avait déjà fait du mal. De plus, elle déprimait. Rien que ces deux raisons réveillèrent son sang d'hôte. Il devait redonner le sourire à une jeune fille !
- …karu, c'est super, qu'en penses-tu ?
- Hu ? Pardon, Kaoru, je n'écoutais pas… s'excusa le rouquin en revenant sur Terre. De quoi vous parliez ?
- De ça ! déclara son autre en abattant un journal sur ses genoux.
Hikaru parcourut rapidement les petits caractères sur le papier gris et ses yeux s'illuminèrent. Il venait de trouver l'arme pour mener à bien sa mission !
Etrangement, j'ai eu beaucoup de mal à faire ce chapitre. C'est pas facile de revenir à truc banal après le genre de chapitre qu'on avait précédemment.
Prochain chapitre : Opération « On remonte le moral de Sayuri » ! Quoi ? Un cœur brisé ?
